Bonjour ! Je suis en retard, c'est vrai, mais certains chapitres sont plus difficiles à boucler que d'autres. J'espère que le temps que j'ai passé sur celui-ci – et que le temps que vous passerez à le lire – rattrapera le temps que vous avez passé à attendre ^^

Un grand merci à Wyny, ma relectrice si précieuse pour ses conseils et ses remarques. J'aime ton chipotage ^^ S'il reste des fautes, ce sont les miennes.

RARs aux anonymes

Marie la Petite : Cela peu sembler lointain, mais l'action et le temps ne vont cesser d'accélérer à partir de maintenant. La coupe du monde n'est plus si lointaine. Merci pour ton commentaire et de rien pour mes réponses ^^

Manoirmalfoys : je sais que tu n'es pas anonyme, mais je ne suis pas parvenue à t'envoyer ma réponse. Tu as raison de te méfier de Gharib. Il n'est pas recommandable – et effectivement étrange – même si je ne pousserai pas ma réponse plus loin ^^ Merci, comme toujours, pour ton mot et ta fidélité.

Sherlock : L'école prendra conscience de son passé dans le prochain chapitre sur Draco (si je me souviens bien). Pas dans celui-ci, mais dans peu de temps, donc. Quant à ta question, je n'y réponds pas ici puisque tu auras quelques indices dans ce chapitre. ^^ Merci et à bientôt, en tout cas.

Arty : Il faut bien qu'il apprenne, à force d'être confronté à des langues acérées )

Potiron : Je te laisse découvrir cela dans ce chapitre et dans ceux d'après. Merci pour ton enthousiasme.

Doloris : merci beaucoup. ^^

Suc et Loc : Merci beaucoup. Vous me faites très plaisir. Mon rythme de parution, globalement, est d'un chapitre tous les 7 à 10 jours. En ce moment, les chapitres ont une grande importance pour la suite (même si cela ne se voit peut-être pas encore) et je fais des petits blocages sur Draco, donc mon rythme est plus lent. Sinon, oui, j'ai déjà un scénario précis pour chacun des 5 tomes. C'est d'ailleurs pour ça que je sais qu'il y en a cinq. Merci pour vos compliments et vos encouragements et à bientôt !


Résumé de l'épisode précédent

Philippe Piéfort apprend, grâce à son père, que Draco Malfoy était un Mangemort en Angleterre. Il en comprend les implications et prend le sorcier trop solitaire en grippe.

Draco Malfoy commence ses séances de psychomagie et perd presque le contrôle quand il est obligé de se souvenir des mauvais épisodes de son passé et d'Harry Potter, son maître inconscient. Il se réfugie dans la forêt, qu'une tempête déchaine, et croit apercevoir une silhouette féminine courir entre les arbres. Un violent éclair l'empêche de partir à sa poursuite, en donnant à la clairière au cheval cabré cet éclat doré perturbant, que les lutins ont qualifié de dangereux le jour de la rentrée.

Le courrier où Harry Potter s'excuse d'avoir brisé sa baguette arrive enfin chez Draco. Il le prend mal mais s'en vante quand même auprès de ses parents, en espérant leur plaire. Le ministère parvient à décoder sa lettre et s'inquiète de l'intérêt que Draco porte au demi-soleil de Cortès et du rapprochement apparent avec Harry Potter.

Lina, elle, voit s'assombrir le futur de Malfoy et s'inquiète…


Chapitre 8 : Quidditch dans la tempête

Partie 4 : Manigances

Lundi 28 septembre, matin

Draco s'agitait sur son lit. Le corps brûlant et le front plissé par une lutte inconsciente, il était victime de l'un des nombreux rêves liés à sa condition. Son réveil, qui sonna près de son oreille, lui fit peu à peu reprendre conscience de son environnement et il se redressa dans son lit, les yeux bien ouverts.

Poisseux de sueur, il désentortilla ses couvertures pour pouvoir sortir de son lit, devenu trop humide. Mais l'atmosphère lourde du château n'avait rien de rafraichissant ou d'apaisant. Il se rendit immédiatement dans la salle de bain, juste à côté, retira son pyjama et se glissa sous l'eau fraîche de la douche, qui acheva de le réveiller.

Etait-ce son réveil brutal ? Toujours est-il qu'il se souvenait exceptionnellement bien de son rêve. D'habitude, les seuls indices laissant deviner qu'il avait rêvé étaient son lit défait et son corps courbaturé, ou le témoignage de son voisin de lit, comme chez Margaux.

Mais là, comme lorsque Oline l'avait réveillé en plein milieu du cauchemar où il était esclave, il se souvenait des images et des sensations de son rêve.

Maintenant qu'il était réveillé et rafraîchi, Draco tourna un peu le bouton de l'eau chaude, pour qu'elle devienne plus tiède.

Il avait rêvé de Potter. Pas un de ces songes qu'il faisait fréquemment sur son futur potentiel, non… Il était parfaitement sûr d'avoir vu Harry Potter. En direct. Quelle heure pouvait-il bien être, en Angleterre ? Aux alentours de midi, probablement, puisqu'il était sept heures ici. Et Potter éprouvait… un mélange surprenant d'excitation, de regrets et de détermination sans faille.

Un tel déluge avait sans doute activé leur lien bien plus fortement que d'habitude. Et s'il ne pouvait pas dire exactement comment il le savait, Draco savait que les visions qu'il avait eues étaient réelles. En direct. Il avait vu le présent, pour la première fois depuis qu'il était un rêveur. Pourquoi maintenant ? Et pourquoi Potter était-il à l'origine de ce songe ?

Draco attrapa machinalement le savon qu'il laissait toujours dans la douche.

Potter avait-il eu besoin de lui, d'une quelconque manière ? Avait-il alors remué sa magie et provoqué ce rêve ? Ou est-ce que la lettre d'excuse qu'il avait reçue quelques jours plus tôt avait pu replacer Potter au centre de ses préoccupations et en faire le sujet de son rêve ? Ou alors…

Ou alors, son lien d'esclavage pouvait ne rien avoir à faire dans tout ça. Puisque Potter avait fait l'objet d'une prophétie à propos de Voldemort, il n'était pas impossible qu'il soit lié, d'une manière ou d'une autre, aux Temps Sombres qu'il avait « prophétisés » sur le bateau de son exil… Dans ce cas, on pouvait être inquiet que quelqu'un de la puissance magique de Potter soit mêlé à tout cela.

Se frictionnant aussi vigoureusement que soigneusement, Draco espéra étrangement que son lien avec Potter – et rien d'autre – soit à l'origine de sa vision.

Si celle-ci avait été déclenchée par l'excitation sentimentale que le « Sauveur » lui avait transmise, alors cela confirmait son hypothèse et celle de Betty Noisy. Les visions étaient le résultat d'une agitation interne forte…

Dès lors, l'éclat doré qu'il avait aperçu dans la clairière, mercredi dernier pendant l'orage, avait peut-être été une vision résultant de son état émotionnel instable. Ou encore la jeune fille qui courait. Aurait-il pu ne pas se rendre compte qu'il venait de faire un rêve, si celui-ci ne durait que quelques secondes ? Peut-être…

Et s'il n'était pas courageux, Draco était curieux. Et sa curiosité lui dictait d'aller vérifier sur place, pour en avoir le cœur net.

Draco savait que cette agitation de Potter était due à la découverte d'un coffre rempli d'objets et de documents apparemment précieux. Et visiblement, le héros du monde sorcier était décidé à percer le mystère qui y était rattaché. Un vrai Gryffondor.

En haussant les épaules, fataliste devant ce fait, Draco sortit de la douche, se sécha et s'habilla, avant de saisir son sac et de se rendre au self pour le petit-déjeuner.

Et il dut considérer que Potter était très agité ou très inquiet, parce qu'il eut droit à des visions de lui toute la matinée. Des visions actuelles de ce qui se passait en Angleterre. La découverte du coffre avait enclenché un étonnement et un questionnement si forts que Draco devenait régulièrement, l'espace de deux ou trois secondes, le réceptacle de ses découvertes.

Vers 14 heures, une dernière vision lui avait révélé les noms de Joseph d'Arimathie et de Ginny Weasley, avant qu'il ne soit tranquille. Enfin, tranquille… C'était vite dit.

Il avait passé l'après-midi à se demander en quoi un sorcier comme Joseph d'Arimathie pouvait bien intéresser un sorcier aussi inculte que Potter. Et pourquoi ce dernier avait été agité toute la journée. Et pourquoi Ginny Weasley était-elle placée au premier plan de ses préoccupations ? Que pouvait-il bien manigancer ?

DMKADMKADMKADMKADMKADMKADMKA

Mercredi 30 septembre, matin

Draco jeta un œil par la fenêtre, en entrant dans le bureau où Kimi Asuya jouait les consultantes en psychomagie. Le temps était au beau fixe, depuis lundi, après l'épisode orageux qui avait duré toute la fin de la semaine précédente.

Quoi qu'on en dise, un soleil brillant dès 7 heures 30 du matin avait quelque chose d'apaisant. Draco ne pouvait pas rester longtemps morose et se surprenait même à sourire, parfois, quand les rayons de soleil venaient caresser son visage.

Il s'assit finalement dans le canapé de cuir, directement face à son prof. Aujourd'hui, il n'avait pas l'intention de se laisser envahir par ses mauvais souvenirs, et il voulait montrer qu'il était fort, malgré sa presque crise à la dernière séance.

- Bonjour, Draco, le salua doucement Kimi en réfrénant son enthousiasme naturel. Comment vas-tu, aujourd'hui ?

- Très bien.

- Je te propose de modifier nos séances de travail. J'aimerais simplement qu'on discute, pour pouvoir mieux te connaître.

Méfiant, parce qu'il ne voulait pas trop en révéler sur lui justement, Draco acquiesça néanmoins.

- Alors dis-moi… Qu'est-ce qui t'a amené ici, au Palais ?

Ne pouvant décemment pas répondre qu'il était exilé par son gouvernement et qu'il fuyait son « maître », Draco hésita quelques secondes.

- Je n'avais plus de baguette et j'ai rencontré un médicomage qui venait d'ici. L'une de nos discussions m'a convaincu que c'était une bonne idée. Et puis… Il avait su voir mes problèmes de santé, ce qu'aucun médicomage n'avait su faire, jusqu'ici. Du coup… j'ai eu l'espoir que vous trouviez une solution.

- Je vois. C'est important pour toi, cette guérison ?

Si la question pouvait sembler étrange pour sa réponse évidente, au premier abord, Kimi espérait que la réponse positive de l'étudiant soit un point d'ancrage pour elle. S'il admettait qu'il voulait être enfin débarrassé de ses problèmes, elle aurait un point d'appui pour ses séances de psychomagie. Pour l'inciter à s'ouvrir plus, à lui parler.

Mais le haussement d'épaules de Draco la surprit.

- Vous savez… commença-t-il. J'ai ces douleurs depuis tellement longtemps que je les oublie parfois.

C'est qu'encore une fois, Draco ne se sentait pas de lui dire qu'elle ne pourrait pas le guérir totalement. Sa magie avait un autre maître que lui, et vouloir s'éloigner, vouloir désobéir à celui à qui il devait la vie, était nécessairement douloureux. Sans compter ses rêves…

- Alors quand tu te vois, plus tard, est-ce que tu t'imagines guéri ?

- Plus tard quand ? demanda Draco en détournant les yeux un instant.

- Je ne sais pas. Mettons… dans dix ans.

Si le sourire désabusé de l'élève fut très bref, Kimi, qui ne cessait de l'observer attentivement, le vit parfaitement.

- Je ne vois pas aussi loin, déclara-t-il sans laisser filtrer la moindre émotion.

- Tu sais au moins ce qui te tient à cœur, non ? Qu'est-ce que tu voudrais faire, dans quelques années ?

Draco laissa planer un long silence, en pleine réflexion. Il ne détournait pas les yeux. Aussi Kimi sut-elle qu'il était en train de chercher une réponse à lui donner et attendit-elle patiemment. Mais finalement, il haussa les épaules. Il ne cherchait pas à se rendre misérable : la réponse qu'il lui donna ensuite était parfaitement claire, admise et sincère, dans sa tête. Mais Kimi en fut saisie.

- Ce que je veux n'a aucune importance.

La psychomage resta silencieuse, le temps de comprendre tout ce que cette simple phrase pouvait impliquer. Rien de très joyeux, selon elle. Mais rien que de très normal pour lui, visiblement. Ou pas. C'était difficile de juger : il avait replacé ce masque sans émotion, qu'elle avait souvent vu chez ses patients.

Il s'était penché légèrement sur le côté, son coude sur l'accoudoir du canapé, le menton dans la main et les yeux tournés vers la fenêtre. Il avait l'attitude parfaite de l'ennui, mais ses yeux ne reflétaient rien de bien concluant… Comment savoir par quel bout le prendre, si elle ne savait pas ce qui comptait pour lui, dans sa vie ?

- D'accord, finit-elle par dire de la façon la plus neutre possible. Alors y a-t-il quelque chose d'autre qui soit important ?

En haussant les sourcils, Draco se redressa et la fixa de nouveau. Légèrement méprisant, il répondit.

- La famille, évidemment. Comme pour tous les sorciers.

Kimi acquiesça, tout en griffonnant quelques mots sur son calepin. Draco était parfaitement convaincu que la famille était la réponse la plus évidente. Pourtant, ça ne l'était pas. Pour Philippe, par exemple, le plus important dans la vie était le respect. Ainsi, il méprisait son père pour se laisser marcher sur les pieds dans son travail.

- Pour quelle raison ? demanda Kimi, dans l'espoir qu'il développe un peu son point de vue.

- Comment pour quelle raison ? demanda le sorcier, les sourcils désormais froncés.

- Pourquoi la famille est-elle plus importante que tout le reste ? reformula Kimi.

- Parce que… C'est elle qui nous donne la vie. Je suppose…

- Est-ce que tu veux dire que c'est l'amour de ta famille qui te tient à cœur ?

La grimace éloquente de l'étudiant fut suffisante pour lui répondre. Elle reprit.

- Si ce n'est pas l'amour, qu'est ce que ta famille t'apporte de si important ?

- L'honneur, répondit Draco, sans hésitation cette fois.

- L'honneur de quoi ? De ses actes, de son histoire…

- Du sang.

Kimi pencha la tête un peu sur le côté. L'honneur du sang. C'était une bien étrange idée, mais qui faisait parfois débat dans la société sorcière. Il y avait ceux qui détenaient du sang sorcier depuis les origines, et ceux qui naissaient spontanément dans les familles non-sorcières. Et les derniers étaient parfois méprisés.

- Est-ce que tu méprises tous les sorciers qui ne viennent pas d'une famille sorcière ? Et est-ce que tu admires tous les sorciers de longue lignée ?

Draco pensa immédiatement aux Weasley. Ils étaient d'une longue lignée, c'était admis. Mais…

- Non. Certains sorciers de sang pur sont méprisables.

- Pourquoi ?

- Ils sont…

Draco chercha un instant un adjectif adéquat… Irritants ? Pas vraiment valable, n'est-ce pas ? Nombreux ? S'il avait eu un frère ou une sœur, quand il était petit, il n'aurait pas dit non… Peu ambitieux ? Gâcher un potentiel de sang-pur avec des pratiques moldues et aucun sens des affaires, c'était effectivement agaçant…

- … pauvres, finit-il par dire. Pas de culture, pas d'argent, pas de grand pouvoir…

Même si sur ce dernier plan, sa mauvaise fois était claire. Car lui-même était conscient que malgré son sang pur, il n'était pas le sorcier le plus puissant.

- Alors c'est la reconnaissance des autres, qui te tient à cœur ? Tu es fier de ta famille parce qu'elle est reconnue. Peut-être admirée ? avança Kimi.

Elle espérait comprendre, par des questions légèrement détournées, les relations entre Draco et ses parents – grâce aux valeurs prônées et à la vision que le garçon avait de sa famille, notamment. Il hésitait visiblement dans sa réponse, mais ne semblait pas vouloir se taire totalement.

- Ils ne sont pas admirés, avança Draco, mais ils sont reconnus et craints… Parfois enviés…

Kimi ne chercha pas à approfondir les raisons qui faisaient que la famille Malfoy était crainte et enviée mais pas admirée, parce qu'elle sentait que son patient pouvait se figer comme un botruc à tout instant. Elle se reconcentra sur lui, puisqu'il semblait plus enclin à parler de lui que de sa famille.

- Et comment vois-tu les familles qui ne sont pas de « sang pur » ?

Kimi reprenait les mêmes termes qu'il employait, afin de créer une sorte de complicité et d'entente. Elle voulait faciliter leur dialogue en n'émettant pas le moindre jugement. Pour le moment.

Encore une fois, Draco hésita. Quelques mois auparavant, il aurait sorti toutes les horreurs possibles sur eux. Ils étaient faibles, pleurnichards, ils corrompaient le sang sorcier et la magie. Mais maintenant… Quand on prenait conscience que les Moldus avaient un rôle dans la préservation de leur société, il était difficile de considérer que les Sangs-mêlés ou les Sang-de-Bourbe étaient totalement mauvais.

En plus, Ethan n'avait pas semblé être quelqu'un de faible, même s'il était moldu. Et Draco était bien placé – désormais – pour comprendre que le Lord Noir ou Harry Potter, des Sangs-Mêlés, étaient puissant…

- Ils peuvent être… euh… puissants et… utiles ?

Sa réponse tenant plus de la question que de l'affirmation, Kimi s'interrogea. Il semblait que les valeurs de famille ou de sang, encore profondément ancrées en lui, aient déjà commencé à faire l'objet d'une remise en question de la part du jeune sorcier. Il était conscient que tous les « sang-pur » n'étaient pas parfaits, et que les autres n'étaient pas totalement mauvais.

- Et ceux-là, sont-ils reconnus ? Admirés ? demanda-t-elle en faisant référence à ce qu'il avait dit de sa famille, plus tôt.

Draco eut un petit ricanement méprisant.

- Oh oui, ils sont parfois admirés. Adulés comme des héros. Potter, par exemple. Il est tout le temps dans les journaux, il est probablement poursuivi par la moitié des sorcières en âge de se marier, si ce n'est plus…

Kimi ne dit rien, mais trouva intéressante la réaction vive de son patient, d'habitude réservé. Elle ne pouvait dire si c'était de la colère ou de la rancœur – peut-être de la jalousie – dans sa voix, mais elle avait l'impression de ressentir les deux. Il y avait là quelque chose à creuser. Déjà, elle se renseignerait sur ce « Potter » qui semblait si connu outre-manche.

- Est-ce que tu aimerais être admiré comme lui ?

- Je ne veux surtout pas lui ressembler ! s'exclama Draco avec un air outré. C'est un rustre avec des manières de paysans. Il n'avait aucun respect pour mes camarades ou pour moi, il nous considérait toujours avec un petit air condescendant, méprisant ou méfiant. Tout le monde l'admire comme un héros, mais il n'a jamais cherché à nous sauver, nous !

La diatribe enflammée confirmait à Kimi qu'il fallait creuser par là pour mieux comprendre son patient. D'ailleurs, elle trouvait révélatrice la manière de son élève d'inclure tout un ensemble de personnes à l'injustice qu'il semblait éprouver, tout en se mettant à part. Y avait-il entre les deux une histoire commune particulière ?

Combien de fois avait-elle eu affaire à des sorciers butés qui mettaient tous leurs problèmes sur le dos d'un « ennemi ». Elle devait vraiment se renseigner sur ce « Potter » et sur le passé de son étudiant. Elle demanderait à la directrice dès la séance terminée. Mais d'abord…

- Et de quoi aurait-il dû vous sauver ? demanda Kimi

Elle se retint d'employer le singulier, même si son instinct lui soufflait qu'il parlait principalement pour lui, à ce moment-là. D'ailleurs, son regard vague lui prouva qu'il était en train de se souvenir de quelque chose.

Et c'était le cas. Draco revoyait sa sixième année. Entre la peur pour ses parents, les tortures de Voldemort et de sa tante Bellatrix, l'espoir une seconde d'être sauvé par Dumbledore qui lui avait été immédiatement arraché.

Puis les « vacances » remplies par les nouvelles tortures des Mangemorts, qui méprisaient désormais son père et qui s'amusaient sur lui dans leurs instants de folie… Pansy… La septième année, avec les Carrow qui le tenaient à l'œil… Puis les folles de Gryffondors, après la victoire de Potter… Bridget Samson…

Au bout d'un temps qui lui sembla interminable, il parvint à reprendre ses esprits et secoua la tête. Il ne voulait pas être faible. Il lança un regard noir à la psychomage.

- Ça ne vous regarde pas !

Il se tourna pour jeter un œil à l'horloge. Le geste était révélateur et Kimi soupira. Elle l'autorisa à sortir, même s'il n'était pas tout à fait 8 heures et demie.

Quand il eut refermé la porte derrière lui, elle grogna. Elle se leva, alla poser son calepin sur son bureau puis se posta devant sa fenêtre. Elle avait encore loupé son approche. Draco Malfoy semblait être pétri de divers traumatismes plus ou moins forts, et il était difficile de ne pas faire le faux-pas qui le poussait soudain à se taire.

Il n'était pas très coopératif, et c'était le cas de la plupart des patients, au début. Mais elle avait cru que le mode discussion était le bon, quand il lui avait répondu. Elle allait réessayer la semaine suivante, mais elle doutait de sa réussite. Draco Malfoy préférait laisser ses problèmes de côté, les enfermer et les ignorer…

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

De son côté, Draco était plutôt fier de sa réserve. Son masque avait été plus facile à repositionner, aujourd'hui. Il descendit les marches avec plus de retenue que la semaine précédente, salua Ramon qui discutait avec Jil et une autre personne sous l'Arbre Creux, et sortit au grand air.

Il avait décidé de se rendre à la clairière pour élucider le mystère de l'éclat doré, et il avait bien l'intention d'y arriver. Quand il déboucha sur les lieux, le soleil était totalement levé. Mais même la forte lumière de cette matinée ne donnait pas à l'herbe verte le moindre éclat doré.

Draco s'approcha de la statue et s'assit sur le socle, observant attentivement le sol. Qu'est-ce qui avait bien pu le faire briller ? Il n'y avait strictement rien dans l'herbe, pas la moindre poussière dorée. D'où était venu cet éclat ?

Il s'accroupit et, à l'aide d'un morceau de bois ramassé plus loin, il retourna une motte de terre. Même celle-ci était tout ce qu'il y avait de plus banal. Il écrasa la motte : peut-être qu'un peu de verre ou de petites pierres scintillantes avaient pu provoquer l'éclat qu'il avait vu, en reflétant l'éclair. Mais non. Le soleil n'était pas le moins du monde réfléchi dans cette motte sans cailloux.

Il laissa tomber le bâton et se frotta les mains pour faire partir la poussière et la mousse verte qui s'était collée sur sa peau. Il s'avança un peu plus dans la clairière, s'éloignant de la statue, et observa l'espace dans son ensemble.

Et soudain, il se demanda ce que pouvait bien faire ce cheval cabré, sculpté en plein milieu d'une clairière. Qui l'avait placé là ? Etait-ce juste une décoration comme celle qu'on pouvait trouver dans les parcs ou bien autre chose ? Il revint sur ses pas et passa la main sur la pierre.

Sans aucun doute, cette statue était de réalisation moldue. Aucun frémissement magique ne réagissait à son toucher. Pourquoi l'avait-on placée là ? Il en fit le tour, pour tenter de découvrir une anomalie dans la facture, mais la pierre était parfaitement banale, et la statue avait été taillée dans un seul bloc.

Draco ne pouvait pas dire exactement pourquoi, mais il avait le sentiment que cette sculpture avait un sens… De là à dire que c'était relié au phénomène doré, peut-être pas. Mais quelque chose détonnait.

Embrassant à nouveau la clairière du regard, Draco crut percevoir une présence, au milieu des arbres. La même jeune fille que la dernière fois ? C'était idiot, c'était Gryffondor, mais Draco se mit à courir pour la rejoindre, la rattraper. Il aperçut soudain une silhouette s'enfuir, en faisant bouger les branches et voler les feuilles.

Il avait raison. Il y avait bien quelqu'un d'autre que lui qui se baladait dans les bois. Qui ? Pourquoi ? La silhouette avait-elle vu le même éclat doré que lui ? Mais si Draco était plus sportif depuis les entraînements matinaux de Margaux, il n'avait pas encore l'habitude de courir longtemps. Cela ne servait à rien quand on pouvait transplaner d'un endroit à l'autre en un clin d'œil.

Mais il le regretta, quand il constata que les branches devant lui ne bougeaient plus. La personne qui s'était enfuie avait désormais trop d'avance sur lui. Et pourquoi le fuyait-elle, d'abord ? Draco s'arrêta, essoufflé, et constata qu'il était perdu au milieu des arbres.

- C'est bien ma veine, soupira-t-il.

Une petite touffe de cheveux noirs était prise dans l'étau d'une branche basse, et Draco s'approcha. Il se pencha vers la branche : c'était bien des cheveux… Et au vu de la hauteur – à mi-cuisse pour lui – il avait soit poursuivi une femme aux cheveux longs, soit un animal aux poils noirs… Mais la deuxième hypothèse lui paraissait bien farfelue, d'autant plus que c'était bien une silhouette féminine qu'il avait aperçue la semaine précédente.

Des branches craquèrent derrière lui, et il se retourna brusquement.

- Draco ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?

- Et toi ?

Aline, la jumelle aux yeux foncés, semblait se promener dans les bois. Mais après sa course poursuite avec la silhouette, Draco trouvait cette coïncidence louche.

- Je prends l'air, répondit-elle.

- Est-ce que tu as vu quelqu'un d'autre en te promenant ? Ou aperçu… une silhouette ?

Aline fronça les sourcils.

- Une silhouette ? Mais de quoi est-ce que tu parles ?

- Peu importe, répondit Draco en secouant la main comme s'il chassait une mouche.

Il regarda une nouvelle fois du côté où la silhouette s'était enfuie, mais les arbres lui bouchaient la vue et il ne pouvait rien voir à plus d'un mètre. Une inconnue dans le bois… Encore une chose étrange sur les terres du Palais, songeait-il…

- Tu te promènes aussi ? demanda Aline en voyant son air perplexe.

- Non. Je me suis perdu.

- Tu veux rentrer avec moi ? J'étais justement sur le chemin du retour, proposa Aline.

Draco acquiesça et suivit l'étrange jumelle, soulagé au moins de pouvoir retrouver son chemin. La prochaine fois, il réfléchirait à deux fois avant de s'élancer à l'aveuglette dans les bois…

Il ne vit pas deux yeux brillants le suivre attentivement du regard, depuis une épaisse branche d'arbre au-dessus de lui.

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Jeudi 1er octobre, midi

- J'ai un courrier pour vous en provenance du Brésil, monsieur, dit un homme sec en entrant dans le bureau de son patron.

- De bonnes nouvelles, j'espère, marmonna celui-ci en refermant le grimoire volé à la communauté de Saint Louis.

L'homme assis dans le large fauteuil de cuir tendit la main, saisit le parchemin cacheté, l'ouvrit et le parcourut.

« Cher associé.

Paul-Henri Piéfort a refusé toutes les avances et tous les arrangements que Volpino lui a transmis. Il semble outré qu'on veuille l'utiliser pour s'informer discrètement sur un camarade d'école de son fils. Il n'y aura rien à faire avec lui.

Quant au fils lui-même, Volpino m'a fait part de quelques informations intéressantes. Il semble qu'il soit connu auprès des ambassadeurs du Brésil pour être un jeune homme instable, schizophrène, dont on ne peut pas toujours deviner les réactions. Il a au moins deux personnalités avérées : Philippe, le fils prodige parfaitement adorable qui correspond aux standards de son père, et Juez, le Juge. Il déteste son père et les ambassadeurs, et il a tendance à se penser supérieur au genre humain et à déterminer des sanctions pour les âmes qu'il juge mauvaises.

Il n'est, à mon avis, pas fiable pour servir d'informateur. Même si je vous laisse seul juge au final.

Pour ce qui est de votre autre demande, Jairo a écouté mon conseil et a augmenté les crédits pour la recherche, ainsi que la prime pour les explorateurs indépendants. En toute logique, on connaît le montant de la récompense partout dans le pays, ainsi que tout le long de la Cordillère des Andes.

Toujours à votre service,

E.J.B »

- Bonne nouvelle, effectivement, confirma l'homme assis à la fin de sa lecture. Eva est parvenue à faire monter les enchères. Bien sûr, l'inconvénient est que tous les chercheurs savent que l'objet est précieux. Mais c'était nécessaire pour activer les recherches.

- Etes-vous sûr d'être au bon endroit, monsieur ? demanda l'homme resté debout.

- Depuis le temps que nous cherchons, j'ai parfois des doutes… Mais… Regarde ici.

L'homme assis derrière son bureau ouvrit de nouveau le grimoire sur son bureau et feuilleta quelques pages dans la deuxième moitié du livre.

- Là, dit-il en pointant un paragraphe du doigt.

- « Le Maître de la magie mêlée fera réapparaître le demi-soleil quand le vent de la recherche fera frémir toute la Corde des Anti. », lut l'homme sec en se penchant sur le grimoire. Qu'est-ce que cela signifie, exactement ?

- Cela confirme simplement mon hypothèse. Nous savons depuis longtemps que ma magie personnelle s'est mêlée à l'ancienne magie lors de cet… incident, il y a quelques années. Je suis le Maître de la magie mêlée, quoi qu'ait pu croire Voldemort pendant quelques années, et je suis destiné à incarner un jour la Magie toute-puissante, à maîtriser la vie et la mort. Et je pourrai faire réapparaître le demi-soleil quand j'aurai réussi à pousser tous les habitants de la Cordillère des Andes à le chercher.

- « Corde des Antis » pour Cordillère des Andes ?

- Oui. N'oublie pas que ce grimoire recense les prophéties liées à la Mère Magie en anglais. Ce sont des traductions, même si elles sont suffisamment proches du sens original pour être fiables. J'ai pu moi-même en comparer quelques unes… C'est tellement fascinant, tous ces hommes qui pendant des siècles ont agi en fonction de cette échéance tant annoncée… Pour l'éviter ou pour la provoquer, ils ont tous tenté d'influencer le destin. Et aujourd'hui, je suis là.

L'homme observa la boule dans laquelle était enfermée la prophétie de la pythie qu'il avait torturée dans sa jeunesse. Cette prophétie qu'il avait choisi de faire écouter à son fidèle homme de main, quelques mois plus tôt… Un jour, il serait le maître de toute vie… Il reprit la parole d'une voix lointaine.

- Des centaines de prophètes se sont succédés pour prédire la fin de la Magie désincarnée. Pendant des milliers d'années. Et cette puissance sans limite m'est destinée. Tous les signes convergent vers notre époque, mon cher. Et vers moi. A commencer par mon absorption accidentelle de magie pure, chez nous, quand j'étais jeune.

Il replongea ensuite ses yeux vifs dans ceux, sombres, de son serviteur.

- Les temps qui s'annoncent seront ceux de notre règne, mon cher. N'ait aucun doute.

DMCLDMCLDMCLDMCLDMCLDMCLDM

Vendredi 1er octobre, 14 heures

- Bonjour, monsieur Malfoy. Comment se porte votre magie, cet après-midi ? demanda Clothilde Lemaire.

- Assez calme, merci, répondit Draco en entrant dans la salle de classe capitonnée qui servait aux cours de magie sans baguette.

- Avez-vous pratiqué les exercices que je vous ai montrés la semaine dernière ?

- Oui, confirma Draco. Mais pour peu de résultats, je le crains.

- Venez vous installer au centre de la pièce, s'il vous plaît, l'invita-t-elle.

Draco posa son sac, retira l'habituel manteau blanc de son uniforme, ainsi que ses chaussures. Il s'avança ensuite vers le professeur Lemaire, déjà assise en tailleur, et l'imita.

- Voyons voir les effets de vos méditations… marmonna-t-elle en lançant un sort de la main. Vos flux sont beaucoup plus calmes, déclara-t-elle. L'avez-vous remarqué ?

Les yeux de Clothilde Lemaire étaient un peu flous et Draco gigota, mal à l'aise. Elle pouvait voir à travers lui des choses qu'il n'était pas encore capable de voir. Il n'était encore qu'un étudiant débutant.

- Peut-être… répondit Draco. Pas vraiment, en fait. A aucun moment je ne suis parvenu à ressentir mes flux ou mes « nœuds » magiques, comme vous me les avez décrits.

- Je comprends, acquiesça le professeur. C'est toujours plus difficile quand la magie d'une baguette n'est pas là pour vous guider. D'habitude, elle stimule les points d'ouverture de vos mains et vous permet d'identifier ce qu'est un nœud magique, dans vos flux. Sans elle, vous aurez bien plus de difficultés. D'autant plus que vos flux sont emmêlés et douloureux en divers endroits.

Draco fit une petite moue.

- Mais les douleurs ont effectivement un peu diminué avec les méditations, admit-il.

Le professeur de Civilisations sourit.

- C'est l'effet d'une ré-harmonisation des flux. C'est déjà ça de pris, constata-t-elle. Mettez-vous en position, s'il vous plaît.

Draco, déjà assis en tailleur, colla ses deux pieds l'un contre l'autre et redressa sa colonne vertébrale. Ses deux mains, paumes vers le haut, vinrent reposer sur ses genoux.

- Votre position est bonne, lui accorda le professeur Lemaire. Maintenant, essayez d'activer vos flux, pour que je voie ce que ça donne.

Draco ferma les yeux et se concentra autant qu'il le put pour tenter de visualiser la circulation de sa magie, le long des autoroutes qui constituaient le corps d'un sorcier. Comme à chacun de ses essais, ce ne fut pas très concluant. Au bout de quelques instants, la sorcière devant lui prit la parole, hésitante.

- Nous pourrions tenter autre chose, pour accélérer le processus, avança-t-elle. Vous souvenez-vous de toutes les ouvertures magiques du corps humain, que je vous ai énumérées la semaine dernière ?

- Oui. Le nez, les mains, l'estomac, le pubis, les genoux et les pieds.

- Bien… Je pourrais stimuler artificiellement vos nœuds magiques, vos ouvertures, pour que vous soyez physiquement capable de les identifier et que vous ressentiez physiquement leurs positions. C'est par là que vous devriez pouvoir exercer votre magie sans baguette.

- Par les pieds ? demanda Draco, effaré.

- Oui. Enfin… D'habitude, on se contente de vous apprendre à vous servir de vos mains. C'est le nœud magique le plus sensible et le plus ouvert, parce que la baguette tire votre magie par son bois et la transforme en sorts grâce à son noyau.

- Ce n'est pas nous qui produisons les sorts ?

- Pas directement, non. Votre volonté se transmet à votre noyau, mais c'est la baguette qui effectue la transformation de votre magie. D'ailleurs, une fois que vous saurez maîtriser vos flux magiques et que vous serez capable de les projeter hors de vous, vous devrez apprendre à transformer votre matière magique en sorts. Cette dernière partie devrait être plus aisée que pour beaucoup de jeunes gens : votre magie est très pure et naturellement pro-active.

- Comment faire ?

- En visualisant le résultat que vous souhaitez obtenir. Par exemple, vous pouvez agir par et sur vos pieds, afin de courir plus vite. Si vous maîtrisez ce nœud magique, évidemment.

Draco acquiesça : il comprenait mieux les possibilités que la magie sans baguette permettait. Il était conscient qu'une bonne baguette pouvait rendre un sorcier presque imbattable. Mais il savait aussi qu'une baguette ne permettait pas tout. Courir plus vite était une étrange idée, surtout quand on pouvait transplaner. Mais quand il songeait à l'épisode des bois… Oui, il aurait aimé courir plus vite.

- Mais le plus important pour vous, en tant que médicomage, reprit le professeur, ce sont vos mains. Ce sont elles qui nous permettent de diagnostiquer, soigner, convoquer des outils, préparer des potions efficaces. D'ailleurs, vous remarquerez l'année prochaine que n'importe quel autre ustensile que la baguette deviendra efficace, parce que vous serez capable d'y transférer votre magie et d'activer les ingrédients et leurs propriétés.

- D'accord. Et qu'allons-nous essayer, alors ?

- Ma stimulation consiste à faire pénétrer ma magie personnelle au niveau de vos ouvertures. Un tel mélange ne se fera pas dans la facilité puisqu'elles sont faites pour faire sortir la magie et non la faire entrer. Mais cet afflux vous permettra d'identifier vos nœuds magiques.

Draco regarda le professeur désactiver le bouclier magique qu'elle portait toujours pendant leurs rencontres. Elle n'avait pas voulu lui en expliquer la raison et il n'aurait jamais pu imaginer qu'elle se protégeait de sa magie brute. Elle voulait éviter une nouvelle intoxication.

Plus jeune, Clothilde Lemaire, avait eu de grandes difficultés à se sevrer de cette « drogue », que son fournisseur lui transmettait régulièrement. Moments intenses où elle était prise d'un tel sentiment de puissance, que tout lui paraissait possible.

Le professeur s'approcha de lui et lui demanda de presser ses paumes contre les siennes.

- Je vais faire ce transfert très lentement, pour éviter un rejet naturel. Essayez de le sentir et, si possible, repoussez-moi.

Acquiesçant légèrement, Draco ferma les yeux pour se concentrer sur lui-même. Bientôt, il sentit comme des picotements dans les doigts. Pas vraiment sûr que ces picotements soient dus au transfert de magie, il attendit. Ses paumes le chatouillèrent.

Et bientôt, juste à la jonction du poignet, la douleur devint insupportable. Comme une petite explosion. Il poussa un cri de douleur, ouvrit les yeux et éloigna ses mains brusquement.

- Bien… Tu ne m'as pas repoussée, mais tu as clairement senti le moment où j'ai augmenté la puissance de mon transfert. Es-tu capable de savoir où sont les ouvertures de tes mains, maintenant ?

Draco jeta un œil sur ses paumes rougies.

- Oui, mais vous n'étiez pas obligée de provoquer cette explosion, protesta-t-il.

- Ce n'était pas une explosion, mais une douce augmentation de mon transfert, répondit la femme en fronçant légèrement les sourcils. Je suppose que vous pratiquez la magie depuis votre plus jeune âge, pour que vos mains soient si sensibles. Soit. Continuons.

Elle posa ensuite ses mains sur ses genoux et recommença le processus. Avec un sentiment de malaise, dont il ne perçut pas immédiatement l'origine, Draco tenta de sentir les nœuds de ses genoux. Rien. Jusqu'à une nouvelle explosion magique qui le fit sursauter.

Il dut admettre qu'il ressentait désormais circuler la magie de ses jambes.

- Bien, approuva Clothilde.

Sans attendre, elle écarta ses deux pieds pour mêler, une fois de plus, sa magie à la sienne. Draco n'eut pas le temps de fermer les yeux, quand il vit les yeux de son professeur se faire flous. Elle transférait de bien plus grandes quantités de magie, maintenant, et c'en était presque désagréable. Sa magie n'aimait pas plus que lui cette intrusion.

Une nouvelle explosion sensibilisa les nœuds magiques de ses pieds et il poussa un petit cri de douleur. Il s'éloigna rapidement de son professeur et massa ses pieds douloureux.

- Vous êtes sûre que c'est la bonne méthode ? demanda Draco en râlant un peu.

- Oui, affirma Clothilde Lemaire avec des yeux brillants et toujours un peu flous. Mets-toi debout, ce sera plus simple pour expérimenter tes ouvertures magiques, maintenant qu'elles sont activées.

Draco obéit, curieux malgré la légère douleur qui continuait à pulser dans ses pieds. Ses yeux s'agrandirent sous le choc. Il avait l'habitude de ressentir la magie d'un objet en passant sa main sur sa surface. Mais à l'instant, il parvenait à ressentir la magie qui circulait sous ses pieds. Il ferma les yeux et fit quelques pas.

Malgré le tissu de ses chaussettes noires, il pouvait sentir les petites aspérités du sol et les subtils changements de température entre les lattes. Oui, ses pieds étaient un peu douloureux, mais… sa magie semblait plus libre. Plus forte. Venant de lui, ça pouvait sembler ironique.

- Continuons, l'interrompit le professeur Lemaire en s'approchant à nouveau de lui.

Elle plaça son pouce et son index de part et d'autre de son nez, juste au niveau des sinus. Draco apprécia assez peu la brusquerie de l'enseignante, mais il savait qu'elle entrait régulièrement dans cette sorte de transe imperturbable, quand elle faisait cours. Le regard vague qu'elle avait témoignait probablement d'un de ces moments-là.

L'afflux de magie lui donna un immédiat mal de crâne et, comme s'il venait de recevoir un coup de poing, sa tête partit en arrière. Il se sentit groggy et désorienté. Raison pour laquelle il ne réagit pas quand elle le retourna, pour ensuite presser ses deux mains contre son estomac.

Encore plus mal à l'aise qu'en début de séance, parce qu'il sentait son corps dans son dos, il allait protester. Mais l'afflux magique lui coupa la parole et le souffle, et il se plia en deux. Clothilde Lemaire le relâcha, alors qu'il tentait de reprendre sa respiration, et il s'aperçut alors qu'il saignait du nez.

- Mais qu'est-ce qui vous prend ? cria-t-il, la colère suivant la douleur.

Il n'avait pas le temps de s'habituer à l'ouverture de ses nœuds magiques, Clothilde Lemaire les enchaînant sans s'arrêter. Quelque chose clochait. Son impression se confirma quand le professeur ne réagit pas à son cri. Elle s'avançait à nouveau vers lui, le regard toujours aussi vague.

Soudain, Draco prit conscience qu'au-delà d'être vague, son regard était fiévreux. Clothilde Lemaire était pâle, et quelques gouttes de sueur qu'il n'avait pas vues avant glissaient sur sa peau. S'il prenait aussi en compte les tremblements furtifs de son professeur, Draco pouvait affirmer qu'elle n'était pas dans l'une de ses transes habituelles.

- Qu'est-ce que vous faites ? demanda-t-il encore, en reculant pas à pas.

Hypnotisée par son bas-ventre, elle ne répondit pas. Draco comprit avec horreur qu'elle allait appliquer la même méthode à son dernier point d'ouverture. Et c'était hors de question. Quand elle avança son bras vers lui, il se rua en avant et la poussa de toutes ses forces, avec l'espoir de l'envoyer le plus loin possible.

Ce qu'il n'attendait pas, c'était qu'elle soit projetée contre le mur capitonné, en face. Clothilde Lemaire atterrit un peu brusquement sur les fesses et reprit ses esprits, alors que Draco, figé, regardait ses mains comme deux étrangères. Un peu gonflées, rouges, il sentait le sang pulser jusqu'au bout de ses doigts.

Que venait-il de se passer ? En s'apercevant qu'il y avait un trou de quelques minutes dans ses souvenirs, Clothilde comprit immédiatement le problème.

- Bravo, monsieur Malfoy. Vous venez de lancer votre premier sort sans baguette réussi.

Le jeune sorcier leva les yeux vers elle, méfiant.

- Veuillez m'excuser pour ces dernières minutes, monsieur Malfoy. Je n'en ai aucun souvenir. Cela signifie soit que le coup que j'ai reçu était trop fort, soit que j'ai fait une rechute.

- Une rechute ?

- Une magie aussi pure que la vôtre peut être une drogue puissante pour les autres sorciers, vous savez. Je n'ai pas été prudente en abaissant ainsi mon bouclier. J'aurais aussi dû espacer mes transferts de magie. J'ai été trop enthousiaste et votre magie m'a littéralement hypnotisée.

- Est-ce que je suis tranquille, maintenant ?

- Presque, mais je vous laisse découvrir seul votre dernier point d'ouverture. Nous allons cesser notre entrevue de ce soir et nous reprendrons la semaine prochaine. Le temps que vous vous habituiez à ressentir vraiment vos possibilités. Pourriez-vous aller voir le professeur Sweets, pour qu'elle vous soigne ? Il vaut mieux que je ne vous accompagne pas alors que je suis encore un peu trop sous emprise…

Draco acquiesça et enfila ses chaussures et son manteau en quatrième vitesse. Quand il saisit son sac, elle lui demanda de lui envoyer Annabella Sweets immédiatement après qu'elle l'ait guéri. Elle allait avoir besoin d'elle. Draco confirma qu'il le ferait avant de sortir, une main sur son nez saignant.

Une fois seule, Clothilde Lemaire soupira. Annabella l'avait mise en garde… Elle allait se faire passer un savon. Un énorme savon…

DMRSDMRSDMRSDMRSDMRSDMRS

Samedi 3 octobre

Ramon avait mobilisé l'une des salles de détente du rez-de-chaussée du Palais, pour organiser un grand tournoi de bataille explosive. Il voulait s'occuper l'esprit, en attendant l'annonce des résultats du tirage pour les poules de la Coupe du Monde de Quidditch. Et la plupart des participants massés autours des tables faisaient de même.

En attendant l'ouverture de la cérémonie en Angleterre, l'équivalent américain de la RITM diffusait le dernier groupe de chanteurs à la mode. De la soupe romantique qui cartonnait auprès des adolescents sorciers.

A sa table, Draco faisait face à Ramon. Jil était à sa droite, et un certain Nestor, ses cheveux déjà grisonnants, avait pris place à sa gauche.

Alors que Ramon distribuait ses cartes, Draco jeta un regard en coin à sa voisine. A ses cheveux, plus particulièrement. Leur couleur l'avait frappé dès qu'il était entré dans la salle, sur l'invitation de Ramon. Sa chevelure épaisse était aussi sombre que les cheveux de Ramon. Et surtout, elle était longue.

Jil pouvait-elle être la jeune femme qu'il avait aperçue dans les bois ? Elle n'était pas très grande et Draco aurait pu jurer que la silhouette du bois l'était plus que lui. Mais c'était difficile de juger, étant donné que la silhouette avait été à moitié cachée par les arbres, loin de lui. Peut-être était-ce quand même elle ?

- Distribution terminée ! lança Ramon en plaçant un tas de cartes de côté, qui servirait de puits pendant le jeu.

Draco se recentra sur sa main. Il avait de bonnes chances de gagner cette manche : il avait le Merlin d'or, une des plus fortes cartes du jeu. Un bon atout, capable de contrer les explosions fatales aux cartes plus faibles.

Son regard dériva à nouveau vers Jil, mais il n'eut pas le temps de se replonger dans ses réflexions : Ramon engagea la conversation avec lui.

- Tu sais que mamie est inquiète ?

- Margaux ? s'étonna Draco.

- Ben oui, qui d'autre ? s'amusa Ramon. Elle est inquiète parce que tes lettres sont courtes. Du coup, elle ne sait pas vraiment comment ça se passe pour toi, en ce moment.

- C'est parce que je n'ai pas grand-chose à raconter, répondit Draco en abattant une Gwendoline la Fantasque sur le sommet du tas qui venait de se former au milieu de la table.

Il fut satisfait de voir que l'explosion provoquée venait de contrer le Roi Arthur de Nestor.

- Parle-lui de tes amis, de tes cours ou… de ta chasse au trésor. Ça devrait l'amuser, ajouta-t-il avec espièglerie.

- Tu sais très bien que j'ai dit ça pour faire taire Cathy.

- Pas de trésor ? demanda Ramon avec une petite moue déçue. Alors parle-lui de ta petite amie, elle sera contente. Tu n'imagines pas à quel point elle a hâte de rencontrer Jil, depuis que…

- Quelle petite amie ? demanda Draco, effaré.

- Tu ne sors pas avec la jumelle, là… Aline ?

- Pas du tout ! Qu'est-ce que tu vas imaginer ?

- Ben… Jil et moi, on vous a vu rentrer ensemble de la forêt, mercredi… D'ailleurs, on pourra te montrer d'autres coins beaucoup plus sympas pour être tranquille…

- Mais puisque je te dis qu'il n'y a rien, insista Draco. Les jumelles sont trop… bizarres, ajouta-t-il avec une grimace.

Au moins, Draco avait appris que la silhouette ne pouvait pas être Jil. Ramon, lui, observa le sorcier blond avec attention, les yeux plissés.

- D'accord, je te crois, finit-il par dire, lentement.

Il abattit une carte au milieu de la table, soudain goguenard. Un Grindelwald, qui provoquait de belles explosions. Le nouveau tas commençait d'ailleurs déjà à fumer.

- Essaie un peu de contrer ça ! s'exclama-t-il, toutes traces d'inquiétude envolées.

Draco regarda le tas. Puis sa main. Le tas à nouveau. Et enfin, il releva la tête pour lancer un sourire carnassier à son vis-à-vis.

- Tu n'as pas encore gagné, mon raton… susurra-t-il en utilisant le petit nom que Margaux donnait à son petit-fils adoptif.

Et il abattit sa meilleure carte.

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Dimanche 4 octobre

- Oui… Oui… D'accord. Merci de ta collaboration.

Un homme, dont la haute stature et la fine silhouette ne laissaient pas deviner – au premier abord – son talent pour certains sports de combat physiques, raccrocha le combiné de la cabine téléphonique rouge. La technologie moldue, en termes de conversation discrète et immédiate, était de loin supérieure aux cheminées sorcières.

S'il avait voulu contacter Volpino à l'aide d'une cheminée internationale, au ministère, il aurait dû faire une demande officielle. Et il aurait été certain que sa conversation allait être surveillée. C'était ainsi : tout le monde cherchait à dénicher le détail personnel sur lequel faire pression, pour obtenir toujours plus de pouvoir.

Au moins, à Londres, les cabines téléphoniques étaient suffisamment nombreuses pour que le ministère sorcier n'y voie pas d'avantage à les surveiller. Et puis… Elles étaient moldues. C'était un grand motif de désintérêt.

Il était amusant de constater que son patron, s'il jouait dans la cour des Sang-Purs, leur était supérieur à tous. Parce qu'en plus de connaître parfaitement le fonctionnement de la société sorcière et d'en exploiter les rouages, il n'avait jamais méprisé les apports des peuples inférieurs. Il méprisait voire détestait la plupart de ces derniers, certes, mais il savait se servir de leurs atouts pour prendre l'avantage.

Ça, et le fait qu'il se soit découvert sorcier sur le tard, expliquait sa connaissance du monde moldu.

L'homme sortit de la cabine et se dirigea à grands pas nerveux vers les toilettes publiques donnant sur le ministère sorcier. Ombre parmi les ombres, personne ne fit attention à lui. Il tira la chasse d'eau et atterrit dans l'espace cheminée du hall d'accueil. Il passa rapidement devant les surveillants, qui ne s'étonnaient plus des nombreux allers et retours de cet homme qui côtoyait régulièrement le ministre.

Il s'engagea dans l'ascenseur, puis dans le sombre couloir dans lequel étaient situés son « placard » et le bureau de son patron. Il fit un détour par son bureau personnel pour récupérer la lettre du jeune Malfoy, qu'il avait interceptée le matin même, et se dirigea au fond du couloir.

Son patron n'allait probablement pas apprécier ses nouvelles. Il frappa à la porte.

- Entrez, tonna la voix imposante.

- Bonjour, monsieur. J'ai pour vous la traduction d'un courrier qui faisait route vers le manoir Malfoy.

- Attend une minute…

L'homme assis devant lui, penché sur une pile de parchemins, tapota sur son bureau à l'aide de son stylo moldu, les sourcils froncés. Le stylo, une autre invention pratique pour cet homme au tempérament parfois emporté et qui cassait trop souvent ses plumes.

S'enfonçant dans l'ombre de ce coin de bureau qu'il affectionnait, l'homme qui venait d'entrer acquiesça. Il n'était pas pressé de voir quel effet ce courrier allait avoir sur son patron déjà stressé par la prestation du jeune Harry Potter, la veille.

Mais le jeune homme n'en aurait sans doute plus pour longtemps… Un mois tout au plus, selon les plans mitonnés par son patron. Et franchement, il serait content de voir cet homme puissant libéré de ce poids qui l'inquiétait.

- C'est bon, je t'écoute, lui dit son patron en se redressant.

- Apparemment, le jeune Malfoy présente des signes de magie sans baguette précoces, exposa-t-il en tendant la traduction qu'il avait réalisée à l'aide du vieux livre de contes que son patron lui avait fourni.

- Comment est-ce possible ? marmonna l'homme en parcourant le parchemin du regard. L'héritier Malfoy n'est qu'une marionnette obéissante. Bellatrix et Rosier auraient pu en témoigner, ils aimaient bien jouer avec lui et lui faire peur… Malfoy est un faible.

- Il faut croire que l'ancienne magie qui coule dans le sang des Malfoy a les mêmes propriétés que celle que vous avez absorbée étant jeune.

- J'aurais dû m'en douter… Mais cela n'arrange pas nos affaires…

- Que voulez-vous dire ?

- Je pensais que Malfoy était celui qui devait me conduire au demi-soleil. Pour tout un tas de raisons que tu n'as pas forcément besoin de connaître. Mais s'il maîtrise la magie sans baguette, ça change tout. Il serait capable de prendre le contrôle de l'artefact à ma place… Il met notre projet en danger.

- Avec toutes les prophéties que vous avez compilées… Pourquoi auriez-vous besoin de Malfoy pour récupérer le demi-soleil ?

L'homme derrière son bureau se releva, agité. Il fit quelques pas jusqu'à son petit frigo pour en sortir deux Biéraubeurres. Son serviteur savait très bien que bouger était pour son patron un bon moyen de réfléchir.

- A l'époque où j'ai demandé à faire marquer Draco Malfoy, j'avançais encore dans l'obscurité. Avec ma prophétie incomplète et le peu d'indices que je possédais, expliqua-t-il en tendant à son serviteur l'une des deux bouteilles, je savais seulement que la famille Black était plus ou moins impliquée dans des recherches autour du demi-soleil.

Il avala une longue goulée de la boisson, s'interrompant un instant.

- Même si je pense qu'ils n'avaient jamais compris les possibilités que l'artefact offrait en matière de puissance et de magie, je voulais accéder aux carnets d'Orion. Tu sais comme moi qu'il était réputé pour son intelligence et ses nombreux contacts. Il pouvait avoir eu accès à des informations que je n'avais pas et qui seraient déterminantes. Pour obtenir ces carnets, j'ai cherché à mettre Draco Malfoy, dernier héritier mâle dans lequel coulait le sang des Black, sous ma coupe. Je n'ai jamais imaginé que la maison revienne finalement à Sirius Black, le renié, puis à Harry Potter, le « Sauveur »…

Il secoua la tête de dépit.

- Heureusement, tu as pu entrer dans la maison au bon moment et subtiliser les carnets.

En voyant son patron repartir dans ses souvenirs et ses réflexions, l'homme dans l'ombre lui redemanda pourquoi Draco Malfoy aurait eu une influence sur les recherches du demi-soleil.

- Je comprends en quoi il était important pour les carnets et pourquoi vous avez tenté de prendre le contrôle sur lui, développa-t-il, mais nous les avons obtenus autrement. Alors pourquoi voulez-vous toujours garder un œil sur lui ?

- Grâce au grimoire que tu m'as rapporté de Saint-Louis, je sais effectivement désormais comment faire apparaître le demi-soleil. Le vent de la recherche souffle actuellement sur la cordillère des Andes et agite la population. Mais les recherches que nous menions à l'époque m'avaient fait penser que Draco Malfoy était une clef essentielle pour accéder à l'artefact.

- Qu'est-ce qui vous faisait penser cela ?

- Ma prophétie incomplète et quelques recherches, mon cher. Tout simplement. Te souviens-tu des premiers mots de la pythie ?

- Non, monsieur, avoua le serviteur avec un léger sentiment de honte.

Son patron, massif, s'avança vers lui et lui tapota l'épaule.

- C'est ce qui me prouve, une fois de plus, que tu acceptes de me suivre sans chercher à me doubler, mon cher… Ecoute plutôt ce qu'a prononcé la pythie entre quelques râles incompréhensibles…ô Seigneur sans couleur, c'est perclus de douleur… Un long bout manque, ici. Marqué par le serpent, héritier de la lune, rends grâces à ta race, toi qui maîtrise la rune… Et un peu plus tard, elle précise : Fils-serpent ambitieux, il te faut rester libre.

- Je me souviens, maintenant, acquiesça l'homme.

Oui, il se souvenait avec une précision confinant à l'exactitude de ces mots qu'il avait occultés pendant un temps, trop occupé par ses autres missions.

Oh Seigneur sans couleur, c'est perclus de douleur…

marqué par le serpent, Héritier de la lune,

Rends grâces à ta race, toi qui maîtrise la rune…

...

Et prends garde au soleil qu'il ne tue l'équilibre…

Fils-serpent ambitieux, il te faut rester libre,

Car tes choix guideront la puissance de ton nom…

...

Et devant l'héritière du trou dans la magie,

Libère toi de l'ennemi qui vaincra le…

et tu seras celui… et maîtrisera toute vie.

- Il a toujours été évident, selon moi, que Voldemort était le serpent de cette prophétie, reprit son patron. Il est le résultat presque ultime de la multiplication des mages noirs dans le monde, ce dernier siècle. Il annonce ma venue. Et il est évident que je suis cet héritier de la lune. Tu comprends aisément pourquoi, n'est-ce pas ?

L'autre acquiesça une nouvelle fois. Tant de choses concordaient effectivement pour désigner son maître comme tel.

- Et ce, d'autant plus que je maîtrise parfaitement la magie runique, comme tout sorcier ambitieux se le doit… ajouta le sorcier massif, en commençant à faire les cent pas. Mais les deux mentions – à propos du fils serpent et de cette personne marquée par le serpent – sont contradictoires…

Resté silencieux, observant son patron tourner en rond, l'autre lui laissa le temps d'organiser ses pensées.

- Vois-tu, le problème avec ces deux allusions, c'est qu'elles ne peuvent pas désigner une seule et même personne. Parce que si le fils serpent doit rester libre, il ne peut être marqué par ce même serpent. N'est-ce pas ?

L'autre ne dit rien. Son patron était toujours en train de marcher à grands pas, il n'avait donc pas terminé sa démonstration.

- C'est alors que j'ai commencé, à cette époque, à envisager que cette prophétie fasse référence à deux personnes distinctes, dit-il en s'arrêtant et en plongeant son regard dans les yeux de son serviteur. Cette théorie me désigne comme l'héritier de la lune, pour des raisons évidentes, et comme le fils serpent, Voldemort m'ayant… pris sous son aile. Ce qui signifie que l'expression « marquée par le serpent » désigne quelqu'un d'autre. Quelqu'un dont la pythie parle probablement, mais justement dans la partie incompréhensible de sa prophétie. Et puis j'ai découvert une chose intéressante, fit-il avec un sourire un peu tordu.

- Quoi donc ?

- Une autre prophétie. Très vieille, peut-être trop vieille pour être encore valide, fait référence à « celui qui sera marqué par le serpent ». Et j'ai alors compris pourquoi les Blacks se sont tant intéressés au demi-soleil.

- Et pourquoi ?

- Parce que de façon tordue, le dernier héritier mâle de la maison Black était annoncé comme « celui qui sera marqué par le serpent » et qui obtiendrait « le soleil coupé ». Notre artefact, en d'autres mots. Bien sûr, le nom « Black » n'est jamais apparu réellement – et c'est logique puisque cette famille a aujourd'hui disparu et que Malefoy porte le nom de son père – mais ce n'était pas difficile de recouper les indices et d'arriver jusqu'à lui.

L'homme leva l'index et termina son explication.

- Je pensais donc Draco Malfoy indispensable, pour qu'il obtienne cet artefact et que je puisse le récupérer pour régner en maître sur toute vie. J'ai fait marquer Draco Malfoy par le serpent et je garde un œil sur lui depuis ce temps. Mais maintenant, je m'inquiète à propos de ce trou dans ma prophétie, juste avant que la pythie ne fasse mention du « marqué par le serpent ». Est-ce que Malfoy peut devenir un danger pour moi ? Je le pense de plus en plus…

Le silence s'installa quelques instants. Le serviteur, resté silencieux la plupart du temps, prit soudain la parole.

- Quand la pythie parle de quelqu'un « perclus » de douleur… commença-t-il, éveillant l'intérêt de son patron. La première fois, j'ai pensé que la pythie parlait d'elle-même et de vos méthodes de persuasion, avança-t-il tout haut. Mais elle aurait dû alors dire « percluse de douleur », n'est-ce pas ?

Il leva les yeux et vit son patron acquiescer et lui faire signe de continuer, avant d'aller s'asseoir dans son fauteuil.

- Il nous manque un bout de prophétie, mais la personne marquée par le serpent est sans doute la même personne percluse de douleur. Un homme, en l'occurrence. Je crois que… hésita-t-il

Son patron alluma un cigare – ce qu'il faisait rarement au ministère, car bien trop moldu – sans le quitter des yeux. Il l'encouragea encore une fois.

- Je crois que Malfoy peut effectivement correspondre à cette personne.

- J'en suis arrivé à la même conclusion, très cher. D'autant plus que notre séjour au manoir m'a permis d'assister discrètement à plusieurs tortures sur le fils Malfoy, par des Mangemorts en quête de distractions. Etre perclus de douleurs est devenu son quotidien. Peut-être moins aujourd'hui, puisqu'il est loin de tout Mangemort, mais son séjour dans un cachot du ministère et son procès m'ont montré qu'il n'était pas remis de toutes ses souffrances.

- Que voulez-vous faire de lui, dans ce cas ?

- Suivre mon instinct, mon cher. Il m'a rarement trompé. Et aujourd'hui, il me réclame de serrer Draco Malfoy au plus près. Nous allons avoir besoin d'informations sur ce garçon dont parlait Eva dans sa dernière missive, pour qu'il ne lâche pas Malfoy et qu'il nous envoie toutes les remarques qu'il pense pertinentes.

- J'ai contacté Volpino, révéla fièrement son serviteur. Et j'ai toutes les informations qu'il me faut pour manipuler le fils Piéfort.

- Bien. Alors rencontre ce garçon aussi rapidement que possible. Son caractère instable et les risques de dommages collatéraux ne sont plus un problème, si l'on considère que Malfoy doit souffrir, dit-il en s'avançant un peu par-dessus son bureau.

L'homme debout acquiesça.

Si Philippe Piéfort se rapprochait du fils idéal voulu par Paul-Henri, qui avait refusé de se laisser corrompre, c'était gênant, pensa-t-il. Mais la deuxième personnalité, Juez, était parfaitement dans ses cordes. Il lui suffirait d'appuyer sur celui-ci pour obtenir les renseignements et la surveillance que son patron lui demandait. Et si en plus, les dommages collatéraux n'étaient plus un problème… Pourquoi se priver d'un tel outil ?

Son patron baissa les yeux sur les notes qu'il prenait avant qu'il n'entre dans le bureau avec le courrier des Malfoy.

- Fais ça vite, mais bien, dit ce dernier en relevant les yeux vers lui. J'ai besoin de toi pour mettre en place le plan qui nous libérera de l'ennemi Potter.

L'autre sourit, comprenant le sous-entendu, et sortit de la pièce. La prophétie qui lui était revenue en mémoire lui permettait de comprendre pourquoi son patron avait cessé de s'interroger sur le cas Potter.

La veille, après les tirages pour la coupe du monde, Potter s'était définitivement présenté comme l'ennemi.

Interrogé par la presse étrangère, curieuse et pleine de bons préjugés envers lui, le Sauveur de l'Angleterre, il avait exprimé ses doutes sur le gouvernement. Et il était évident que les journaux comme la Gazette ne pouvaient taire cette information. Le risque était de bouleverser l'échiquier politique actuel, qui avait résisté aux effets de l'après-guerre et que son patron maîtrisait parfaitement, comme le joueur d'échecs hors pair qu'il était.

Pour conserver l'équilibre de son jeu, ce dernier devait donc se libérer de l'ennemi au plus tôt, comme le dictait la prophétie de la pythie…

Et quel meilleur moyen qu'un tragique accident ?

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Mercredi 7 octobre, matin

Philippe s'enfonça un peu plus dans le fauteuil. Il savait parfaitement que Ramon Sanchez avait adopté cette salle de repos très confortable et que Malfoy passait tout son temps avec lui, ces derniers jours. Le meilleur moyen de surprendre des informations intéressantes avait donc été de les attendre ici.

Depuis quelques minutes, il pouvait écouter leur conversation sans qu'ils s'en aperçoivent.

Avec une bouffée de fierté satisfaite, il repensa à son entretien avec l'étrange contre-espion anglais, la veille. Il avait reçu un courrier qui lui donnait rendez-vous aux grilles du parc du Palais – de son bois, pourrait-on plutôt dire. La lettre, à la fois suffisamment précise pour témoigner du sérieux de son expéditeur, et suffisamment floue pour titiller sa curiosité, s'était enflammée à la fin de sa lecture.

Il en avait été enchanté. Il venait de bénéficier d'une technologie sorcière de pointe, en matière de courriers confidentiels. Son père en avait transmis de nombreux semblables aux ambassadeurs sorciers siégeant au Brésil. Mais il n'en avait jamais reçu, lui : il était insignifiant dans cette bâtisse richement tenue.

Alors Philippe s'était rendu sur place.

Il avait découvert un homme – du moins le supposait-il, bien que le visage fut caché par une capuche et la voix modifiée par un sort – enveloppé dans une cape sombre et sinistre. « Philippe Piéfort, c'est bien cela ? » lui avait-on demandé. « Moi-même. » « J'ai une mission pour vous. »

Et cette mission, il l'avait acceptée. Surveiller Malfoy dans ses moindres déplacements, ses discussions, ses interactions avec les autres. L'Angleterre voulait surveiller ce Mangemort qui, s'il avait été jugé pour ses crimes, risquait apparemment de devenir dangereux. Une question de terrorisme, d'après le contre-espion.

C'était un véritable bonheur de remplir une telle mission. Il travaillait avec des gens importants. Il était important.

- Evidemment que le pays me manque ! s'exclama soudain Malfoy. Mais tu sais parfaitement que je ne peux pas y retourner. Ils me voient tous comme un monstre, Margaux te l'a déjà expliqué.

Et il aurait très bientôt des choses à rapporter à l'espion, qui avait raison en pensant que Malfoy voulait retourner au pays… Ses yeux brillèrent un instant alors qu'il se demandait si l'ancien Mangemort était une âme humaine digne de vivre.

- Tu m'as dit aussi que tu n'as pas totalement suivi votre dictateur fou et que Potter t'as envoyé une lettre d'excuses, dit Ramon. Tu ne crois pas qu'il pourrait t'aider de la même manière qu'il l'a fait pour tes parents.

Draco grogna avant de répondre.

- Aucune chance. Déjà enfants, nous étions ennemis. Nous avons toujours été ennemis. Et sache de plus que Potter a trop longtemps sélectionné les personnes méritant d'être aidées. Je ne fais résolument pas partie de la bonne charrette.

- Que veux-tu dire ? Je croyais qu'il était le héros de l'Angleterre…

- Il l'est. L'était. Enfin, disons que c'est toujours compliqué de garder une bonne réputation dans mon pays, donc je ne sais pas ce qu'il en est à l'heure actuelle. Mais durant la guerre, son comportement pendant sa scolarité en a fait la figure du Sauveur aux yeux de beaucoup de sorciers. Mais son extrémisme…

Draco secoua la tête et releva légèrement sa manche, laissant deviner le tatouage de serpent délavé que Ramon avait déjà vu sans encore en comprendre la signification.

- Il a poussé nombre de mes camarades vers le Lord Noir, expliqua Draco. Ils n'ont jamais espéré une autre solution, même ceux qui étaient contre le Lord, parce que personne n'aurait imaginé les Serpentards du « bon côté ». Ils se contentaient d'espérer pouvoir se cacher loin de tous le plus longtemps possible…

- Alors pourquoi a-t-il sauvé tes parents ?

- Je… Je n'en sais rien. Potter s'est toujours amusé à contrôler et perturber ma vie, dés qu'il le pouvait.

- J'imagine que tu ne l'apprécies pas beaucoup…

Hésitant visiblement entre la honte et le chagrin, Draco tenta d'éviter le regard perçant du Sud-Américain pour éviter de dévoiler ses pensées profondes. Trop… Trop de Blaise en lui, à cet instant. Trop douloureux à voir quand il se souvenait que Potter avait fait s'écrouler son monde. Ou plutôt, quand il se souvenait que Saint Potter n'avait pas levé le petit doigt pour aider ses camarades à s'en sortir.

- Draco… Regarde-moi quand on discute, dit Ramon d'une voix assez douce.

Le sorcier obéit et Philippe redoubla d'attention alors qu'il entendait à quel point le sujet semblait devenir épineux pour l'ancien Mangemort.

- Des fois… commença Draco. Des fois, je me demande s'il est mieux de vivre sous la coupe d'un Lord qu'on sait sadique ou d'un héros inconscient qui peut vous malmener à n'importe quel moment. De toute façon, dans aucun de ces deux cas, je n'ai la possibilité de protester.

Philippe étouffa une exclamation. Est-ce que Malfoy regrettait la disparition du Lord Voldemort ? Est-ce qu'il était si dangereux ? Il comprenait mieux pourquoi les Anglais voulaient le tenir à l'œil.

- Tu ne crois pas que tu fais un peu dans le mélodramatique, là ? le rabroua un peu Ramon.

En voyant les yeux gris se voiler très légèrement, ce dernier comprit que le sujet devenait trop sensible. Mamie Margaux lui avait déjà parlé des risques de crises de son ami – et il avait déjà pu assister à la manifestation de sa souffrance pendant les nombreuses nuits qu'ils avaient passées dans la même chambre.

Pas question de le laisser faire trembler les murs comme il avait dévasté le jardin de sa grand-mère de cœur. Aussi n'ajouta-t-il aucune remarque, en espérant que Draco renoue le dialogue de lui-même.

Quant à Draco, il se demandait encore comment Kimi pouvait lui répéter, comme pendant toute leur séance ce matin, que parler faisait du bien.

C'était à cause d'elle qu'il avait été obligé de penser à Potter. A cause de toutes ses questions. Et c'était à cause d'elle que sa situation lamentable d'esclave en sursis lui était revenue une fois de plus en pleine face, comme une gifle sans retenue. C'était à cause d'elle qu'il se sentait si mal, une fois de plus.

Il avait osé faire part à son ami de sa tourmente honteuse. Mais Ramon pensait qu'il exagérait. Il avait tort. Potter avait toujours fait, volontairement ou non, de sa vie un enfer.

- Je vais prendre un peu l'air, lui dit-il. Est-ce que tu veux m'accompagner ?

Conscient qu'il venait de blesser le sorcier blond, Ramon déclina la proposition. Draco lui montrait qu'il pouvait passer au-dessus de sa remarque, mais qu'il avait besoin de rester un peu seul. Il le laissa se rendre seul dans le bois et rejoignit Jil, qui voulait passer la matinée à la bibliothèque.

Philippe se leva peu après, toujours désireux de ne pas se faire remarquer, et se dirigea à grands pas dans le Hall. Il devait savoir ce que Malfoy trafiquait dans les bois pour s'y rendre systématiquement chaque mercredi matin. Il put apercevoir l'étudiant relever sa capuche par-dessus ses cheveux blonds avant de sortir. Parfait.

- Philippe Piéfort, c'est bien ça ? l'appela soudain une voix, reprenant l'exacte réplique du mystérieux espion de la veille.

Il s'arrêta et tomba nez à nez avec la fantasque jumelle Lenain. Celle de Faucochêne.

- C'est bien ça, n'est-ce pas ? répéta-t-elle d'un air curieux et ouvert.

- Oui, répondit-il, réticent à l'idée de risquer de perdre sa proie des yeux.

- On m'a dit que ton père travaillait dans l'ambassade sorcière située au Brésil, c'est bien ça ?

- C'est cela, répondit-il avec toujours autant de réticence. Pourquoi ces questions ?

- Alors je suis ravie de te revoir ! s'exclama-t-elle soudain, le laissant un peu perdu. Je n'étais pas sûre que ce soit toi, tu comprends ?

Philippe fit non de la tête, mais Aline n'arrêta pas son monologue joyeux.

- J'aimerais que tu transmettes cette lettre à ton père. Elle vient du mien. Tu ne t'en souviens probablement pas, tu étais trop petit, mais mon père souhaite se rappeler au bon souvenir du tien. Notre famille a décidé de rester en France, contrairement à la tienne, mais ce n'est pas une raison. N'est-ce pas ?

Le babillage rapide et incessant de la demoiselle eut le don de l'agacer. Il lui arracha le courrier des mains, la remercia sèchement en lui assurant qu'il l'enverrait à son père et sortit vivement par la grande porte, sans la laisser terminer la longue phrase dans laquelle elle venait de se lancer.

Avec un sourire légèrement sadique, celle-ci se délecta du son frustré qu'émit Philippe, dehors, en se rendant compte qu'il ne pouvait plus suivre Draco Malfoy.

Un ricanement, semblable à celui de sa sœur en cet instant, s'échappa de ses lèvres. Elle se détourna et songea qu'il serait sans doute amusant que le jeune homme tente d'ouvrir ce courrier qui ne lui était pas adressé. Rien que pour voir les effets du liquide vicieux que Lina avait incorporé au cachet de cire, en plus des divers sorts de protections qu'elle-même avait lancés à l'enveloppe.

Elles se devaient de protéger celui qui était peut-être le rêveur ultime de tous ceux qui avaient un comportement trop louche. Et Philippe Piéfort avait un comportement louche depuis la veille au soir. Lina avait tout de suite repéré la lueur changée, dans les yeux du jeune homme. Lina avait toujours été douée pour voir les failles, les dangers, les choses importantes. Elle disait que l'atmosphère qui régnait dans le Palais venait de changer. Subtilement.

Il y avait quelque chose de pas net et ce n'était pas pour leur plaire.

Alors elles devaient protéger Malfoy. Même si ce n'était pas ce qu'elles voulaient. Même si l'espoir de pouvoir vivre et mourir libres, sans avoir à remplir leur rôle ingrat, les avait taraudées toute leur jeunesse.

LLALLLALLLALLLALLLALLLA

Mercredi 7 octobre, fin de soirée

- Tu avais tout à fait raison ! attaqua tout de suite Lina en pénétrant dans la chambre de sa sœur.

Elles n'avaient pas eu le temps de discuter plus avant, pendant la journée. Elles n'avaient pas pris les mêmes options et ne faisaient pas partie de la même maison.

- Et merci de la distraction, ajouta-t-elle en lançant à Aline un de ses rares sourires. Je crois que Philippe Piéfort a tenté d'ouvrir notre missive.

- Tu en es sûre ?

- Ses mains brûlées au troisième degré sont une preuve suffisante pour moi, répondit Lina d'un ton joyeux qui contrastait avec ses propos. Et le fait que j'ai retrouvé le courrier à moitié ouvert dans une poubelle. Il faudra dire à papa d'écrire une nouvelle lettre, d'ailleurs… Quant à Philippe, il ne pourra plus tenir une plume pour les trois prochains jours, le temps que les baumes de Burke fassent effet.

Aline eut une légère grimace.

- Je ne comprends toujours pas comment tu as pu vouloir te spécialiser dans les potions. Tu aurais dû faire Divination.

- Non. Mes dons sont limités, tu le sais bien. Ma divination est incompatible avec notre apprentissage actuel. Et puis, je ne te dis rien à propos de ton choix en Sortilèges, n'est-ce pas ?

Aline haussa les épaules.

- Qu'as-tu vu, alors ?

- La clairière et sa fascination pour la statue. Comme toi la semaine dernière, je viens de me rendre compte de l'étrangeté de cette statue.

- As-tu vu également la silhouette de la fille qui s'est enfuie ?

- Non. Et c'est dommage que nous n'ayons pas inversé nos tours de garde. J'aurais aisément pu rattraper cette fille avec mes connaissances…

- Et ? demanda Aline, consciente que ce n'était pas tout.

- Et tu aurais probablement pu rester à proximité de Malfoy sans faire fuir la licorne.

- Une licorne ? Avec Malfoy ? s'exclama la jumelle aux yeux sombres, sonnée.

- Une gigantesque bête qui s'est approchée de Malfoy et s'est laissée flatter les naseaux. J'ai cru que je pouvais m'approcher un peu, mais évidemment…

Un air de regret profond s'inscrivit sur les traits de Lina et sa sœur se leva immédiatement du lit sur lequel elle était assise, pour pouvoir la prendre dans ses bras.

- Ca va aller. Simplement, je n'aurais jamais plus la même pureté d'âme que toi. Je lui ai probablement fait peur et elle s'est enfuie. Malfoy avait l'air de trouver ça dommage.

- Viens t'asseoir avec moi, l'invita Aline en la tirant a elle jusqu'à ce qu'elles soient toutes les deux assises en tailleur sur la couverture marron. Qui aurait cru qu'une licorne puisse être hébergée dans les bois du Palais ? Ce n'est pas un lieu… sain. Et qu'elle s'approche de Malfoy, en prime. Je croyais qu'il était tordu. Tu es sûre que c'était une licorne ?

- C'est ce que je voulais vérifier en m'approchant. Tu dois bien admettre que la réaction de l'animal à mon approche est naturelle. Et donc que Malfoy est probablement le rêveur. Il me faut le livre.

- Quoi ? s'exclama Aline. Il n'en est pas question ! Est-ce que tu te rends compte de ce que tu me demandes ?

- Oui. Je veux ce livre pour remplir notre mission et aider Malfoy.

- Mais… Non… c'est impossible. C'est trop dangereux.

- Aline. Que crois-tu qu'il pourrait se passer, si Draco Malfoy disparaissait avant d'avoir pu remplir son rôle ?

- Mais… protesta Aline, plus faiblement On n'est toujours pas sûres… Tu m'as dit qu'on allait attendre jusqu'à ce qu'il fasse appel à nous, et maintenant tu nous fais agir… Il ne nous a pas appelées, pourtant. Tu te trompes peut-être…

- Non, Aline. Le rêveur voit. Des choses que même moi, j'ai été incapable de voir jusqu'ici. Est-ce que tu t'es déjà interrogée sur notre arrivée au Palais, l'an dernier ? Pourquoi est-ce qu'on a ressenti le besoin de venir ici ? Toutes les deux ? Pourtant, ni toi ni moi n'avions besoin d'apprendre la magie verte, n'est-ce pas ? Elle risquerait au contraire de perturber notre magie actuelle. Alors pourquoi ?

- Je… n'en sais rien, avoua Aline.

- Et nous n'avions jamais prêté attention à la statue. Aline… Elle est non-sorcière. Au beau milieu d'une source magique dangereuse et corrompue, dans laquelle aucun non-sorcier ne serait théoriquement en mesure de pénétrer. Tu ne crois pas qu'il y avait là matière à se poser des questions ?

- Mais… mais…

- Et même moi, je ne m'étais jamais posé de question. Ecoute… Je sais que notre relative liberté nous manquera, mais il faut voir la réalité en face : il a la magie étrange, le visage attendu, une affinité avec la Divination qui fait pâlir Noisy d'envie et une capacité à voir les failles encore plus forte que la mienne. Que te faut-il de plus ?

Aline laissa échapper un soupir tremblant et résigné.

- Très bien. Alors c'est toi qui le lui donneras. Mais j'espère que tu sais ce que tu fais en mettant un tel potentiel entre ses mains.

- Aline. Que crois-tu que les gens auraient pensé, si on leur avait demandé de m'autoriser à toucher à un tel pouvoir ?

La jeune femme eut un léger rire nerveux.

- Même les sorciers auraient voulu te brûler en place publique, répondit-elle. Pour être sûrs que tu ne puisses pas survivre.

- On est bien d'accord, constata Lina avec un sourire fier. Et pourtant, je m'en suis servie à bon escient. Non.

Aline baissa les yeux, mais son sourire la trahit.

Lina se leva donc et retira les mauvais sorts de l'armoire bien protégée, puis sa soeur se leva à son tour pour retirer les protections qu'elle aussi avait placées. Elle saisit le livre, brillant de poussière de fée, et le tendit à sa sœur avec de grandes précautions. Lina lui sourit et s'apprêta à sortir.

- Lina, lança Aline avant que la porte ne se referme.

- Oui ?

- Je les aurais empêchés, moi, de te brûler.

- Je sais, sœurette. Je sais.

Et elle referma la porte.


Voilà pour aujourd'hui. Je crains que le prochain chapitre ne mette également un peu de temps à venir, mais ne soyez pas trop inquiets. C'est simplement parce que je veux qu'il soit correctement finalisé. Qu'il soit fluide.

En tous les cas, n'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me donner votre impression sur ce chapitre ou pour m'encourager. J'y prendrai grand plaisir ^^ A bientôt !

Lena.