Bonjour à tous ! Avec une journée de retard, voici le chapitre suivant ^^ Bonne lecture !
Mille mercis à ma correctrice Wyny sans qui les chapitres ne seraient probablement pas aussi aboutis et merci à Vibrasax pour ses conseils. ^^
Résumé de l'épisode précédent :
Ginny se décide à aider Harry avec son image, écornée par le ministère. Ce dernier prend en charge des cours de DCFM pour les deux premières années, mais se laisse un peu emporter quand l'un de ses étudiants remet en cause ses capacités. Il met un épouvantard en jeu et découvre que sa nouvelle peur est de devenir mauvais. Son travail sur son animagus doit avoir joué sur sa nouvelle perception de lui-même. Luna présente son équipe à Harry qui s'aperçoit que Ginny en fait partie, à la rubrique Quidditch. En fin de semaine, Harry accompagne Ron aux tirages de Quidditch et rencontre plusieurs personnages politiques : Neb, Gharib et, dans une moindre mesure, Zorille. Il a des mots avec Gharib qui a une attitude menaçante envers lui.
Chapitre 8 : Quidditch dans la tempête
Partie 5 : Avertissements
Lundi 5 octobre – soir
Harry entra dans la salle des professeurs en même temps que Neville, pour la réunion organisée par la directrice. Un léger brouhaha témoignait de la douce ambiance et de la détente de la plupart des professeurs, après l'une des journées les plus difficiles de la semaine.
Harry n'avait rien emporté avec lui, à part un petit bloc de parchemins et une plume auto-encreuse, mais il constatait que de nombreux collègues avaient en plus un gros dossier sous le bras. Neville lui-même avait emmené une petite pochette de documents, pour cette réunion sur les nouveaux élèves et les difficultés rencontrées par les enseignants.
- Installez-vous, je vous prie, invita la directrice quand les derniers membres du personnel furent entrés.
Chacun obéit et Harry s'installa avec Neville, préférant éviter les remarques acerbes d'un Thorn ou d'un Snape. Tout le monde prenait visiblement ses aises, même si Harry ne put s'empêcher de rester raide sur sa chaise, comme les deux sombres professeurs.
- Merci à tous d'être venu, continua la directrice en souriant. Comme nous le faisions, pour la plupart d'entre nous, à l'époque où Albus était directeur, nous sommes réunis pour parler des problèmes des étudiants et des vôtres, pour trouver des solutions.
- Du temps où j'étais directeur, je n'avais pas besoin d'une réunion pour être au courant des moindres problèmes des étudiants. Mais à chacun ses dispositifs de contrôle, n'est-ce pas ? ricana Snape, qui ne digérait toujours pas d'avoir été évincé du poste de directeur et qui trouvait risible que la directrice n'ait toujours pas compris le rôle de certains tableaux du château.
- Severus, s'il vous plaît, le gronda la directrice.
Alors que la plupart des professeurs levaient les yeux au ciel, laissant glisser le mauvais caractère de l'homme, Minerva McGonagall dut se racler la gorge pour reprendre un ton de voix neutre. Elle ne se ferait jamais à la langue acerbe de son collègue et ne comprenait définitivement pas ce que Dumbledore avait pu apprécier dans ce mode de franchise brutale…
- Cette réunion a donc lieu, disais-je, afin de déterminer le niveau des classes, et particulièrement des nouveaux arrivants, afin d'adapter notre enseignement et – le cas échéant – de proposer des aides individuelles pour les élèves en difficultés.
Harry perçut le sourire nostalgique de Neville, à ses côtés, et il se demanda si son ami avait bénéficié de telles aides par le passé.
- Ce mois écoulé nous a tous permis de repérer les étudiants en difficulté ou à problèmes. Aussi j'aimerais que nous confrontions nos remarques et nos expériences. Comme les directeurs qui m'ont précédée, j'aimerais entendre que les promotions de cette année sont exceptionnelles – ce qui raccourcirait agréablement cette rencontre – mais je ne me fais pas trop d'illusions.
Harry fut surpris du nombre de sourires de dérision qui fleurirent sur les visages de nombreux professeurs, mais il en comprenait le sens.
La directrice l'avait prévenu : il fallait s'attendre à une très longue réunion, étant donné que l'établissement avait accueilli cette année beaucoup plus de nouveaux élèves que d'habitude. Il y avait non seulement les premières années, mais également les cinquièmes et sixièmes années intégrés en cours de route…
- Procédons par ordre, annonça la directrice, et concentrons-nous d'abord sur les premières années. Filius, dit-elle en se tournant vers le petit professeur à sa droite, voulez-vous bien commencer ? demanda-t-elle pour éviter d'interroger le professeur des Potions, à sa gauche.
- Mais certainement, accepta jovialement ce dernier. J'avoue être assez satisfait de cette nouvelle promotion. Ils n'ont pas de trop grandes difficultés à comprendre les principes des Enchantements, hormis deux étudiants : Affenpinscher de Serpentard et Bottillon de Poufsouffle. Et quant à ces derniers, je les prends déjà en charge, en leur réexpliquant régulièrement les bases de ma matière.
- Bien, approuva Minerva McGonagall avec un sourire satisfait. Et vous, Septima ?
La directrice continua son tour de l'assemblée – Harry n'avait rien à dire, n'ayant rencontré aucune difficulté dans ses cours avec les premières années – et termina par Severus.
- C'est comme chaque année, grogna-t-il. Mes nouveaux élèves sont tous des incompétents notoires, excepté quelques Serpentards bienvenus, dont Affenpinscher, d'ailleurs. Tous les autres sont des empotés. Ah ! Et j'ai une bonne nouvelle pour vous, monsieur Longdubat, annonça-t-il en se tournant vers Neville. Sachez que votre niveau de nullité crasse vient d'être dépassé par la petite Soloist. Une de vos Gryffondors, c'est bien cela ? railla-t-il.
Neville, plus du tout intimidé par l'humeur caustique de son ancien professeur, lui répondit d'un air malicieux.
- Nous pouvons donc espérer beaucoup de son avenir. Après tout, je suis bien devenu votre collègue.
Interloqué parce qu'il n'était pas parvenu à intimider son ancien étudiant, le maître en Potions ne sut pas quoi répondre. Agacé, il se renfrogna et grogna un vague « j'ai terminé » avant de se taire.
En conclusion, l'équipe enseignante n'avait repéré que quelques vrais problèmes, dont trois élèves presque Cracmols qu'il faudrait prendre en charge spécifiquement. Rien à voir avec Neville qui, à son époque, avait surtout un problème de timidité.
Par contre, en tant que directeurs de maison, les professeurs Longdubat, Snape, Flitwick et Sinistra – qui remplaçait le professeur Chourave partie en retraite, à la tête de la maison Poufsouffle – avaient un peu plus de choses à dire à propos des premières années.
Filius Flitwick soupçonnait l'une de ses élèves moldue d'avoir été longtemps une enfant battue : le moindre bruit ou mouvement brusque l'effrayait et lui donnait l'air d'une licorne prise à partie par des Mangemorts.
Le professeur Sinistra s'interrogeait à propos de Stephen Botillon qui, selon elle, n'avait pas sa place à Poufsouffle. Il passait son temps à tourmenter et choquer ses jeunes camarades, ce qui était en contradiction totale avec les valeurs de soutien mutuel et de loyauté qui représentaient la maison.
Enfin, avec un regard noir vers Harry, qui fit soupirer ce dernier de lassitude, le professeur Snape lança le débat à propos des tourments que subissaient les premières années de sa maison et des chocs qui étaient très mauvais pour leurs nerfs.
Minerva prit bonne note des remarques de ses collègues et de certaines solutions qu'ils proposaient, même si le cas de la maison Serpentard restait délicat. Harry se sentit vraiment mal à l'aise d'en avoir rajouté avec son premier cours épique et son épouvantard, alors qu'il savait que cette maison était déjà éprouvée par ailleurs.
Il devait souvent sanctionner des élèves qui s'en prenaient à eux en représailles pour les souffrances qu'ils avaient subies ou subissaient encore.
- Bien. Je pense que nous pouvons passer aux nouveaux élèves de cinquième et sixième années.
- La plupart de mes nouveaux étudiants dans ces promotions ont été élevés par des précepteurs ou des maîtres indépendants en magie, exposa Flitwick. Ils ont un très bon niveau magique et culturel – parfois meilleur que celui de nos étudiants, je suis au regret de l'admettre – mais leur comportement est plus… délicat.
Harry et plusieurs autres professeurs acquiescèrent avec compréhension, avec le même nom en tête. O'Brien. La jeune Anna n'avait visiblement pas l'habitude de la discipline ou des contraintes. Même Thorn ne lui faisait pas spécialement peur. Elle seule était capable d'interrompre son cours avec des questions diverses et variées et parfois sans rapport avec la DCFM.
- Combien d'admissions à l'infirmerie sont dues à des bagarres auxquelles Anna O'Brien a pris part, en septembre ? demanda la directrice à Igor Malinovski, assis légèrement en retrait et resté silencieux jusqu'ici.
- Vingt-Sept, répondit-il laconiquement.
- Merlin, murmura Minerva, légèrement choquée. Je ne pensais pas que c'était à ce point…
- Et les punitions ne lui font ni chaud ni froid, ajouta Thorn. Elle les exécute correctement et recommence ses… bêtises tout de suite après.
- Faudrait-il l'exclure pour son comportement ? demanda Minerva à ses collègues.
- Je ne crois pas, intervint Snape alors que ses collègues hésitaient.
- Pourquoi ?
- Parce qu'elle est l'une des seules à défendre les Serpentards avec conviction, et que c'est nécessaire dans l'atmosphère tendue de cette année.
- Oh ! Vous et vos Serpentards ! s'exclama soudain le professeur Vector, lasse d'une rengaine trop éculée. Je veux bien admettre qu'ils sont plus calmes que la plupart des autres élèves, mais il faudrait aussi prendre en compte les autres ! La maison Gryffondor se bat plus avec elle que Malfoy et Potter à leur époque ! Et les Poufsouffles perdent leur habituelle gentillesse, en suivant O'Brien. Arrêtez un peu d'avoir des œillères.
- Septima, s'il vous plaît, l'interrompit Minerva avec sévérité. Nous ne sommes pas ici pour nous quereller mais pour trouver des solutions.
Harry haussa les sourcils, surpris d'une telle tension entre Snape et Vector, mais il supposa que leur inimitié dépassait la simple querelle à propos des Serpentards, vu les regards noirs qu'ils s'échangeaient. Neville lui avait vaguement rapporté une querelle à propos de la direction de Serpentard. Une vague histoire comme quoi le professeur Vector lorgnerait la maison vert et argent depuis de nombreuses années…
- Votre remarque sur les Poufsouffles est d'une condescendance à couper le souffle, persifla Snape. Et il faut bien que quelqu'un défende mes étudiants, quand même les adultes ne sont pas capables de faire preuve de maturité et de retenue à leur égard.
Le regard sombre glissa légèrement sur Harry mais ne s'y arrêta pas – Snape savait qu'il était impartial, même s'il n'avait pas apprécié l'usage d'un épouvantard incontrôlable devant ses deuxièmes années. Par contre, son regard s'arrêta sur Sybille Trelawney et la fusilla. Celle-ci eut le bon goût de paraître gênée.
- Est-ce de ma faute si presque tous les Serpentards ont un avenir plein de cruauté et une fin tragique ?
Avant que le ton ne remonte dans son équipe pédagogique, la directrice s'adressa à Neville.
- Est-ce que votre maison se déchire toujours à propos des Serpentards ?
Alors que tous se retournaient vers le tout jeune directeur de maison, celui-ci prit le temps de mesurer sa réponse.
- A vrai dire… Non. Mes étudiants se déchirent plus à propos de l'attitude de mademoiselle O'Bien qu'à propos de la maison Serpentard soi-disant « maléfique », désormais. Elle a… comment dire ça correctement… hésita-t-il.
- Elle a pris sur elle de devenir le nouvel ennemi de vos étudiants, qui ont longtemps combattu et qui sont en perte de repères. Elle a, en quelque sorte, rétabli un équilibre au sein de l'école.
- Monsieur Malinovski a raison, approuva Neville. Je sais que cela peut sembler étrange, mais j'ai l'impression que l'irritation qu'elle déclenche est saine, qu'elle purge la colère auparavant focalisée sur des élèves innocents. Certains de mes étudiants, qui éprouvaient un véritable mal-être en début d'année et qui étaient souvent sujets à des sautes d'humeur, sont maintenant plus calmes. Apaisés.
- Vraiment ? s'étonna Vector.
- Si l'on prend l'exemple de Ginny Weasley, répondit Neville en adressant un petit sourire contrit à Harry, c'est assez flagrant, vous ne pensez pas ?
Plusieurs professeurs hochèrent la tête et Harry se retint de demander ce qui était si flagrant. Cela révélerait qu'il négligeait bien trop sa fiancée, ces derniers temps.
Quoi qu'il avait pu constater qu'effectivement, Ginny ne lui avait pas fait de scène quand il était venu demander son aide, la semaine précédente. C'était une attitude bien différente de son attitude au début des vacances.
- Dans ce cas, j'adresserai un avertissement à mademoiselle O'Brien, mais je ne sévirai pas immédiatement.
- Vous devrez en adresser un à Ginny Weasley également, dans ce cas, intervint Igor Malinovski.
- Pourquoi ? demanda Harry en se tournant vers lui.
La question fusa, vive, et tira un rictus de mépris à Thorn et un autre moqueur à Snape. Malinovski se contenta de répondre avec neutralité.
- Parce qu'elle provoque Anna O'Brien presque autant que cette dernière la provoque. Ce sont mes deux patientes les plus fidèles.
- Très bien. Qu'il en soit ainsi, alors, soupira la directrice. Ya-t-il d'autres remarques avant que nous abordions les difficultés scolaires ? Non ? Alors dites-moi si certains de vos nouveaux étudiants nécessitent une prise en charge pédagogique accrue ou adaptée.
- Il y a déjà le cas de Camomille Scott, qu'untrop grand choc a rendu muette… intervint Neville. Pour le moment, elle s'en sort bien dans la théorie. Mais tant qu'elle ne parlera pas, nous ne pourrons pas lui apprendre de sorts concrets. Et il est difficile de l'évaluer puisqu'elle ne participe pas aux exercices avec les autres…
- Et après, on me parlera de la « force de caractère » des Gryffondors… grommela Snape une fois de plus, sans que qui que ce soit y prête trop attention.
- Il est vrai que je ne peux pas dire si elle est capable de lancer correctement ou non les sorts que nous apprenons actuellement, appuya Flitwick. Théoriquement, elle les connait sur le bout des doigts, mais en pratique…
- Que proposez-vous ? demanda Minerva.
- Les entretiens psychomagiques sont inefficaces, les informa Neville. Cela fait plusieurs mois qu'elle est silencieuse…
- Et comme personne ne connaît le choc d'origine, il est difficile de créer un contre-choc, ajouta Igor.
- Peut-être un sortilège d'amnésie ? proposa Sybille Trelawney.
- Pour cela, il faut savoir exactement quel souvenir retirer. Et, comme je viens de l'expliquer, nous ne connaissons pas le choc de l'origine, répondit Igor. Quant à explorer son esprit par la légilimencie, nous savons tous que les résultats sont pires que mieux pour les sorciers traumatisés.
- Si nous ne trouvons pas bientôt une solution, intervint la directrice, nous n'allons pas pouvoir garder mademoiselle Scott au château…
- Si elle ne parle pas, le meilleur moyen de lui permettre de pratiquer des sorts est de lui apprendre à lancer des informulés, intervint finalement Thorn, comme si c'était la chose la plus évidente du monde.
- Personne ici ne pratique les informulés, intervint Filius Flitwick. Sauf peut-être Severus.
- Seulement pour des sorts qui n'ont rien à voir avec le programme scolaire, précisa ce dernier, peu désireux de se trouver avec une élève à problèmes supplémentaire.
Thorn les regarda un a un, avec une lueur de mépris que tous purent identifier.
- Je pratique les informulés depuis plusieurs années. Beaucoup de professeurs à Durmstrang en ont besoin pour enseigner, dit-il. Je peux peut-être lui apprendre.
Minerva, n'appréciant pas plus que ça l'idée de laisser Thorn avec une élève vulnérable, précisa qu'elle ne retiendrait cette solution que si la situation ne changeait pas pendant les trois semaines à venir. En attendant, l'élève devrait s'avancer au maximum dans la théorie.
Le professeur Sinistra lança à son tour la conversation à propos de l'une de ses élèves de Poufsouffle, dont les résultats scolaires en théorie étaient pires que mauvais, contrairement à sa pratique. « Elle est incapable de conceptualiser, » expliquait-elle.
Harry n'écouta que distraitement le reste de la discussion. Les problèmes des autres dernières années étaient normaux. Questions sur les BUSES et les ASPICS, stress devant l'avenir, cohabitation parfois mouvementée, mais rien que de très logique quand on considérait les effectifs doublés… Alors, non, il n'écoutait pas vraiment.
Il jetait des regards en biais à Thorn. Le professeur était vraiment bon, il devait l'admettre… Quelque part, il était sans doute un peu jaloux de ses compétences. Par contre, il ne lui faisait absolument pas confiance pour aider Camomille.
Lui savait ce qui travaillait la jeune fille. Mais il savait également qu'il n'aurait pas aimé qu'on parle de ses problèmes à lui, quand il était plus jeune. Alors il ne voulait rien dire.
Par contre, comment expliquer à ses collègues que la fragilité de la Gryffondor ne supporterait pas la brusquerie de Thorn ? Elle n'avait pas pris l'option DCFM, elle ne connaissait donc pas le personnage, et il serait capable de lui faire plus de mal que de bien avec une violence qui lui rappellerait Bridget Samson… Il espérait pour la jeune fille que ses efforts pour parler de nouveau aboutiraient avant les trois semaines imparties.
Quand – enfin – la réunion se termina, Harry tira son fauteuil près de la cheminée et s'affala, abandonnant son attitude un peu trop rigide des dernières heures. Il salua ses collègues, qui partaient se coucher, et ignora une énième remarque sarcastique de Thorn, à son propos.
Neville approcha à son tour son fauteuil et lui adressa un sourire las. De telles réunions étaient fatigantes, même si elles étaient indispensables. Après un temps de silence bienvenu, Neville prit la parole.
- Tu as fait fort, samedi dernier.
- Comment ça ? demanda Harry.
- Tu n'as encore une fois pas lu les journaux, n'est-ce pas ? constata le jeune directeur de maison. Que ce soit dans le Chicaneur ou même la Gazette, les propos que tu as tenus pendant les tirages de Quidditch ont été repris ce matin. Et ils font encore une fois débat. Est-ce que tu penses vraiment que le ministre Zorille n'est pas à la hauteur ?
Harry se mordilla la lèvre.
- Ce n'est pas tout à fait ce que j'ai dit. Seulement que je n'avais pas une grande confiance en lui.
- Harry… fit Neville en souriant. Tu as désavoué publiquement le ministre. C'est comme si tu avais dit qu'il n'était pas compétent. Sois sûr que les gens vont se poser des questions, après une telle intervention.
- Ce n'est pas ce que je cherche. Je sais que le pays a besoin de stabilité, mais… je n'ai réellement pas confiance en Zorille. Il est exactement comme les ministres précédents. Corruption, chantages, menaces… Rien ne l'arrête.
- Tu en es sûr ?
- Il a essayé de m'acheter, Neville. Et l'un de ses proches larbins, Gharib, ne cesse d'avoir une attitude menaçante envers moi. Tu te souviens de lui, non ? Il avait mangé à notre table, le jour où le ministère a envoyé une équipe d'inspection à Poudlard, pour déterminer s'ils allaient organiser les examens ou pas.
- Je me souviens, confirma Neville. Je n'avais pas eu l'impression qu'il était de ce genre, mais si tu gênes le ministère, alors c'est plausible que tu te fasses de nouveaux ennemis sans le savoir. Après tout, la plupart des ministres t'ont vu comme une menace à éliminer, alors… pourquoi pas celui-ci, effectivement.
- Une menace pour le ministère ? Je ne vois pas en quoi…
- Ron ou son père te l'expliqueraient mieux que moi, mais le petit monde politique est vu comme un concours d'échecs. Tu pourrais imaginer un échiquier géant, sur lequel gravitent trois ou quatre adversaires en même temps…
- Les échecs sont un jeu pour deux personnes, l'interrompit Harry.
- Je sais. C'est une image. Je disais donc que trois ou quatre adversaires avancent leurs pions tout en surveillant leurs côtés. Et au milieu de l'échiquier, il y a des gens indépendants, des atouts et des pièges qu'il faut négocier au mieux. Toi qui n'es dans le monde magique que depuis quelques années, tu ne connais pas ces règles de négociation. Tu es un peu comme…
Neville se gratta le bout de l'oreille en cherchant la meilleure expression.
- … la main d'un bébé qui attrape des pièces pour les mâchouiller ou qui balaie le plateau et fait tomber les pièces sans aucune distinction.
Harry haussa les sourcils, surpris et amusé par le choix des mots.
- Quelle belle image.
- Elle n'est pas entièrement de moi, soupira Neville. C'est ma grand-mère qui utilisait l'échiquier pour m'apprendre à tenir mon rang, il y quelques années… Tu as toujours eu le don de t'attirer des ennuis et des ennemis. Espérons seulement que ton don t'ait abandonné, maintenant, finit-il sur un sourire.
- Tu n'as pas tout à fait tort, lui accorda Harry. Je crois que la politique n'est pas faite pour moi, soupira-t-il ensuite.
- Et tu n'es pas fait pour la politique, railla légèrement Neville. Tu n'as pas fait dans la subtilité, samedi.
- J'étais énervé, justifia Harry.
C'était vrai. L'attitude hostile de Gharib, alors qu'il voulait seulement prendre une coupe pour lui et sa fiancée, l'avait contrarié. Neville rit à l'expression butée de son collègue.
- Excuse-moi. Tu as été subtil, en fait. Après tout, tu n'as jeté de sort ni au ministre, ni aux journalistes.
Harry eut un léger rire et les deux jeunes gens s'enfoncèrent un peu plus dans leurs fauteuils, appréciant l'ambiance détendue et complice qui s'était installée entre eux.
- Est-ce que tu crois vraiment que Ginny provoque des bagarres ? demanda soudain Harry.
- C'est une Gryffondor, répondit Neville avec fatalisme. N'oublie pas que tu agissais de la même manière avec Malfoy, il n'y a pas si longtemps.
- Mais… C'était différent… Malfoy était mauvais.
- Avec le recul, et à force de gérer les sautes d'humeur des élèves de ma maison, je peux t'assurer qu'il était surtout vantard et turbulent. Pas mauvais. Je suis sûr que si tu demandais à Snape, il te dirait qu'il n'était pas son élève le plus difficile.
Devant l'air interloqué de son ami, il développa.
- Malfoy était de nature obéissante. Sauf face à toi, bien sûr, ajouta-t-il avec un petit sourire. J'ai moins de problèmes en cours avec les actuels Serpentards, naturellement disciplinés et attentifs, qu'avec les Gryffondors de ma maison. Ajoutes-y les traumatismes dus à la guerre et une propension à rechercher des sensations fortes… Alors oui, Ginny provoque des bagarres avec Anna O'Brien parce qu'elle a trouvé chez elle un nouveau moteur sur qui déverser ses angoisses. C'est puéril, je te l'accorde, mais c'est ainsi.
Harry fit une légère grimace. Des angoisses… De quoi Ginny pouvait-elle être angoissée ? Il se souvint alors de leur discussion dans le couloir, quand elle lui faisait part de son inquiétude.
- Est-ce que je pourrais être un déclencheur d'angoisse ? demanda-t-il soudain.
- Ah… soupira Neville en détournant les yeux. L'amour génère des angoisses, c'est humain. Mais cela ne vient pas de toi en particulier.
Harry sourit en coin, malicieux. Neville avait l'air d'être sujet aux affres de l'amour. De l'attirance, du moins. Restait à savoir pour qui.
- Que pense ta grand-mère de ton poste ? lui demanda-t-il encore.
Accueillant le changement de sujet avec un soulagement visible, Neville reprit avec enthousiasme.
- Ravie ! Et fière. J'ai combattu les forces du mal avec autant de pugnacité que mon père, et j'ai obtenu un poste avec distinction comme l'aurait désiré ma mère. Elle respecte plus mes choix, même si elle reporte ses lubies sur d'autres sujets…
Surpris de le voir se renfrogner, Harry lui demanda quels étaient ces sujets. Neville se tourna vers lui avec un air décomposé.
- Elle dit… qu'il ne me reste plus qu'à faire un beau mariage, maintenant.
Harry ne put s'empêcher d'éclater de rire devant cet air et il s'appuya sur Neville pour reprendre son souffle.
- Je suis sûr que quelque soit ton choix, ta grand-mère sera ravie pour toi, Neville. Ne t'inquiète pas. Et qui est l'heureuse élue qui te fait rougir comme ça ?
- Je… Que quoi ? Mais personne, voyons ! Je…
Harry serra amicalement l'épaule de son ami.
- Ne t'en fait pas, tu peux garder le secret. J'imagine qu'elle est encore étudiante, si tu ne veux pas en parler. Fais la sourde oreille quand ta grand-mère parle de mariage et attend encore un peu, le temps qu'il faudra. Mais je sais que quand tu feras ta demande, ta copine te sautera au cou, crois-moi !
Harry se leva ensuite et souhaita une bonne nuit à Neville, avant de regagner ses appartements pour sa petite séance de méditation habituelle du soir.
Resté seul, Neville laissa son regard se perdre dans les flammèches du feu mourant, plusieurs pensées se bousculant dans son esprit. Un sourire idiot grandit peu à peu sur son visage.
- Me sauter au cou ? murmura-t-il pour lui-même. Qu'elle me sauterait au cou ? reprit-il un peu plus fort, sans en avoir vraiment conscience.
Et Neville eut un irrépressible fou rire en imaginant la scène. Non, vraiment… C'était une idée beaucoup trop étrange.
MMMMMMMMMMMMMMMMMMMMM
Mercredi 7 octobre – début de soirée
- Ne poussez pas, derrière, chuchota une voix. Passez-moi de l'huile, la grille grince beaucoup trop fort.
- Comme si on pouvait nous entendre à cette heure-ci… Tout le monde dort, maugréa une deuxième voix, masculine.
- Qu'est-ce que tu en sais ? demanda agressivement la première voix. Avec les moldus, il faut s'attendre à tout ! Et on ne doit pas se faire repérer avant d'avoir pu remplir notre mission. Si on capote, c'est toi que le dira au boss.
- C'est bon, c'est bon…
- Tu ne pourrais pas utiliser un sort, tout simplement ? grogna une troisième voix, dans laquelle transparaissait une certaine inquiétude.
- Non. Je t'ai déjà dit que nous pourrions être repérés par nos résidus magiques. Alors ! Quelqu'un me passe l'huile, ou pas ? fit la première silhouette, dont le pied tapait le sol en cadence, traduisant son impatience.
- Et comment on va faire pour détruire les tombes, si on ne doit pas laisser de résidu magique ? demanda la voix stressée, alors que la silhouette masculine passait à sa collègue un petit flacon.
- Laissez-moi faire et taisez-vous.
Une fois la grille réduite au silence, trois personnes entrèrent dans le cimetière. Même si l'une d'elles avait de la famille pas loin, il leur avait fallu du temps pour le trouver. Il n'était pas caché magiquement, mais ils n'avaient surtout pas l'habitude de trouver un lieu à la méthode moldue. Si ce n'avait pas été pour leur nouveau maître, ils auraient refusé d'agir d'une manière aussi… dégradante.
Bientôt, les deux hommes et la femme s'arrêtèrent au milieu du cimetière, devant les deux pierres tombales qu'ils cherchaient. La femme sortit un petit lot d'explosifs de sa cape.
- Tu es sûre que ce truc moldu va marcher ?
- Oui. Il a dit qu'il faut juste allumer le petit fil qui dépasse… Troll !
- Quoi ? Quoi ? s'affola la voix stressée.
- Je n'ai rien pour l'allumer !
- Mais quelle bécasse ! s'énerva la deuxième voix, tout en maintenant le volume bas de leurs échanges.
Trop obnubilés par leur tâche, ils n'entendirent pas immédiatement les cailloux de l'allée crisser, pas loin d'eux.
- Mais qu'est-ce que vous faites ? chevrota soudain une nouvelle voix, avec surprise.
Les trois silhouettes se tournèrent en même temps vers la vieille dame qui les éblouissait de sa lampe torche, leurs trois baguettes brandies.
- Malcolm Zigs ? s'étonna-t-elle en reconnaissant l'une des silhouettes. C'est bien toi.
- Troll ! On n'a plus le temps ! s'affola le dénommé Malcolm.
- Je croyais qu'à cette heure-ci, tout le monde dormait, railla la première voix.
- Qu'est-ce qu'elle fait là, d'abord… Et comment est-ce qu'elle te connaît ? demanda la deuxième voix à son comparse.
- C'est la voisine folle de mes parents… Je croyais qu'elle était morte depuis longtemps.
- Ne t'en fais pas, répondit la deuxième voix avec une sorte de jubilation malsaine, je m'en charge…
- On n'est pas censés laisser de traces ! Le boss ne veut pas qu'on sache que c'est nous qui avons fait le coup, pressa la première voix, alors qu'elle voyait son collègue raffermir sa prise sur sa baguette.
- On n'a plus le temps, s'énerva-t-il sur la femme. Troll à la discrétion et allume cette mèche ! Dépêche-toi.
- Qu'est-ce que vous faites ? Malcom ? demanda une nouvelle fois la vieille dame, une peur sourde montant dans ses entrailles.
La femme agenouillée avait enfin allumé la mèche d'un Incendio bien placé, provoquant le cri surpris et apeuré de la femme moldue.
- Avada Kedavra, cria le deuxième homme, agacé, sans plus se soucier de rester discret. Et on transplane. Maintenant ! hurla-t-il.
Malcom envoya un dernier sort dans les airs, et ils transplanèrent à la vitesse de l'éclair. Juste après, cinq « pop » se firent entendre. Cinq Aurors de permanence venaient de débarquer.
- On les a ratés, râla Kingsley en s'apercevant que le cimetière dans lequel ils avaient atterri était vide.
- Là ! Un corps ! s'exclama Malone, un autre membre de l'équipe préposée à la recherche des Mangemorts disparus.
Ce furent leur seul échange avant qu'une déflagration ne les envoie tous voler contre les pierres tombales.
HPLLHPLLHPLLHPLLHPLLHPLLHPLL
Mercredi 7 octobre, milieu de la nuit
Harry tournait en rond dans le salon aux couleurs bigarrées de Luna. Il ne disait rien, mais son amie sentait bien son bouillonnement intérieur. Elle venait de lui annoncer la nouvelle que tous les journaux allaient reprendre demain matin. Elle avait voulu le prévenir à cause des journalistes qui feraient tout pour lui demander ses réactions.
- Qui a fait ça ?
- Personne ne le sait encore, lui répondit Tim.
C'était lui qui avait apporté l'info à sa patronne, qui avait justement invité son ami à manger. Ou plutôt, elle l'avait invité et il avait fait à manger, inquiet devant les ingrédients qu'il avait trouvés dans ses armoires.
Lui était parti interviewer l'ancien ministre Shacklebolt, redevenu Auror, afin d'avoir son avis sur la politique actuelle du ministre : les mots d'Harry Potter avaient encore une fois lancé des débats au sein de la population sorcière. Et celle-ci réclamait des informations. Toujours plus d'informations.
En plein milieu de leur entretien à propos de la recherche de Mangemorts disparus, les capteurs d'activité illégale au bureau des Aurors s'étaient tous mis à sonner.
S'attendant à ce que les anciens Mangemorts se vengent un jour de la défaite de leur maître sur l'ancienne maison ou les tombes des Potter, les Langues-de-Plomb avaient conseillé aux Aurors de placer sous surveillance Godric's Hollow, petite ville de l'ouest de l'Angleterre. Ils avaient eu visiblement raison.
Il avait à peine eu le temps de transplaner à la suite des Aurors surentraînés, quand il avait assisté à une explosion dans un cimetière. Il n'avait jamais été très doué pour atterrir pile au bon endroit, et il avait été suffisamment loin de l'explosion pour ne pas la subir. Il s'était alors précipité.
Les Aurors étaient tous blessés, mais à part Shacklebolt, inanimé, ils avaient suffisamment de conscience pour appeler des médicomages d'urgence grâce à des dispositifs d'alerte spéciaux. Malone lui avait conseillé de déguerpir avant d'être pris dans les interrogatoires et il avait obéit. Mais seulement après avoir satisfait son instinct de journaliste.
Il avait observé d'où était partie la déflagration – le tombeau des Potter – et jeté un œil craintif au ciel, dans lequel avait été inscrit magiquement « Premier avertissement », avant de disparaître.
- Premier avertissement pour quoi ? explosa soudain Harry. Si je ne sais pas qui ils sont, comment savoir ce que j'ai fait de mal ?
- La crème aux œufs, répondit Luna.
- Quoi ? demanda Harry, interloqué et coupé dans son élan de colère.
- Corbin pense que tu fais mal la crème aux œufs… Il manquait un peu de poils de yacks et de la sauce aux airelles. Regarde comme il proteste, dit-elle en levant la tunique qu'elle portait.
Harry aperçut des petits mouvements à la surface de la peau tendue du ventre et il se détourna, légèrement gêné.
- Luna… Tu sais que tu n'es pas censée montrer ton ventre à tout va. C'est personnel, fit-il en oubliant un instant le sujet qui le préoccupait réellement.
Luna abaissa sa tunique tout en regardant fixement Harry. Elle n'avait pas ce sourire léger et un peu fou qu'elle avait d'habitude.
- Oui, c'est personnel. Ça blesse. Ça donne envie de hurler et de se venger. C'est la famille et on ne devrait jamais toucher à la famille. Montre leur que leur acte te rend plus fort. Plus grand.
Harry se laissa tomber dans un fauteuil et enfouit sa tête dans ses mains.
- Comment va Shacklebolt ? demanda-t-il avec inquiétude.
- Très blessé. Mais je pense que Sainte Mangouste parviendra à le réanimer, répondit Tim. Les terroristes n'avaient pas imaginé toucher des Aurors, je pense. Ils voulaient surtout détruire les tombes de vos parents.
- Pourquoi ce genre de choses n'arrive qu'à moi ? grogna Harry.
- Parce que vous avez éliminé leur maître, répondit à nouveau le journaliste, laconiquement.
- C'était une question rhétorique, précisa Harry en relevant la tête.
- Je sais, conclut Tim avec un sourire d'autosatisfaction.
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Jeudi 8 octobre, matin
Severus Snape reposa avec un certain contentement sa tasse vide sur la table des professeurs. Il venait d'avaler d'une traite son chocolat chaud du matin. Bien sûr, sa grande compétence en matière de potions donnait aux autres l'impression qu'il buvait du café noir et amère – il tenait à conserver sa réputation qui lui assurait la tranquillité – mais il préférait largement la douceur du chocolat pour commencer une journée.
Lily en avait toujours plein les poches, dans sa jeunesse. Et c'était également elle qui l'avait initié aux joies de la boisson sucrée.
Dans un grand bruissement d'ailes, les hiboux pénétrèrent dans la grande salle pour distribuer le courrier. Snape saisit une Gazette des Sorciers et glissa une pièce dans la bourse de cuir attachée à la patte de l'animal qui s'envola de nouveau.
Il lisait également le Chicaneur, qui lui avait rendu un grand service et qui donnait souvent des informations intéressantes au milieu des théories farfelues. Mais là encore, il préférait ne pas le montrer.
Igor venait souvent lui chiper son exemplaire dans ses appartements, le matin. Il évitait régulièrement les petits-déjeuners dans la Grande Salle. Soit il ne réussissait pas à se lever à l'heure, soit il était toujours traumatisé. Il avait déjà remarqué qu'Igor tolérait les oiseaux, mais qu'il n'était jamais parfaitement à l'aise quand ils volaient au-dessus de lui.
Le bruissement d'ailes diminua, mais les hiboux continuaient à affluer avec des lettres et des colis, qui formaient un tas de plus en plus haut devant l'assistant en DCFM, juste à côté de lui, en bout de table. Snape grogna en lui-même : fichue célébrité. En même temps… Potter ne semblait pas ravi. Est-ce qu'il était trop gâté ou était-ce autre chose ?
Maintenant qu'il y pensait, Potter n'avait pas eu l'air dans son assiette ce matin. Longdubat ne cessait de se pencher ridiculement vers l'avant pour lui jeter des regards inquiets.
Dailleurs, il trouvait ça particulièrement agaçant. Si Longdubat s'inquiétait à propos de Potter, il n'avait qu'à se lever plus tôt pour trouver deux places côte à côte... Lui ne bougerait pas pour laisser sa place à Longdubat, même s'il lui demandait. Il aimait trop s'asseoir ici, pour bien commencer la journée. Ainsi, il n'avait ni Trelawney, ni la maison Gryffondor en vue.
Par curiosité, soudain, il se pencha à son tour en avant pour apercevoir cette dernière. Et il ricana. Weasley numéro sept jetait des regards noirs aux lettres et aux fleurs qui arrivaient par dizaines, même si elle tentait de rester discrète. Sa journée s'annonçait décidément bien…
Il se réinstalla confortablement au fond de sa chaise et ouvrit son journal d'un geste brusque et assuré. Avant de s'étrangler à moitié en lisant la Une. « Le Survivant en proie au drame ! »
« Cette nuit, au moins trois individus ont pénétré dans le cimetière de Godric's Hollow, d'après les traces et les résidus magiques trouvés sur place. Les trois terroristes ont attenté au tombeau familial des Potter. Le Survivant n'en a pas terminé avec les malheurs et il s'est senti incapable de nous répondre pour le moment, probablement trop affecté par ce drame. Photos exclusives des tombes profanées en page 4. »
Snape, avec une boule au ventre et une espèce de fascination morbide, tourna lentement les feuillets pour atteindre la page 4. Puis il referma violemment le journal, furieux.
La pierre qui recouvrait normalement la tombe de Lily était brisée, et plusieurs morceaux étaient tombés sur le côté. L'un des morceaux avait même enfoncé bois noirci des cercueils, en laissant entrevoir le trou noir où reposaient sans doute les squelettes. Heureusement, la photo laissait seulement imaginer ces squelettes, sans les montrer crument.
Comment avait-on pu oser toucher au tombeau de Lily ? Et comment Rose Elmack osait-elle publier de telles photos ? Des photos parmi les plus irrespectueuses qui soient, parce que la majorité des sorciers considéraient la mort comme une étape sacrée. Excepté ses anciens collègues Mangemorts, bien sûr, dont la plupart avaient été des barbares sans honte.
Snape comprit mieux les colis adressés à Potter. La radio avait dû faire un scoop sur cet événement, ce matin… Il était agacé par Potter, mais surpris des mots employés par la journaliste dans son article. Potter était peut-être un gamin immature et bourré de défauts, mais ce n'était pas un bébé pleurnicheur.
Sa colère mal maîtrisée, à cause de la photo, il se tourna vers Potter. Le jeune assistant tourna la tête vers lui et ils échangèrent un regard étincelant de rage, de désir de vengeance et de compréhension mutuelle.
Snape hocha la tête et se releva, le journal calé sous son bras. Le regard de Potter n'était pas celui d'un faible. Il ne laisserait pas ce crime impuni. Et c'était tout ce que Snape avait besoin de savoir.
Quand il rentra dans ses appartements, il fut à peine surpris de voir Igor installé dans l'un de ses fauteuils. Comment est-ce qu'il parvenait à entrer ? C'était un véritable mystère. Mais Snape ne lui disait rien, parce qu'il appréciait la compagnie du médicomage et qu'il savait que ce dernier était respectueux de ses affaires.
- Bonjour maître Snape, le salua-t-il.
Severus marmonna vaguement dans sa direction et jeta négligemment la Gazette sur le fauteuil encore libre. Igor sourit, se leva et lui tendit le Chicaneur.
- Je pense que ce sera une lecture beaucoup plus satisfaisante et… amusante, précisa-t-il.
- Vraiment ? grogna le potionniste, toujours de mauvaise humeur.
- Oui. Nous allons à nouveau assister à une partie de ping-pong entre votre ministère et ce journal, répondit Igor avant de sortir.
Snape baissa la tête pour lire le titre du Chicaneur. « Mangemorts : où en est le ministère ? »
« Hier soir, trois Mangemorts actuellement recherchés par les Aurors auraient pénétré dans le cimetière de Godric's Hollow, une petite ville dans l'ouest de l'Angleterre. Ils ont assassiné une Moldue et provoqué une explosion qui a endommagé les tombes de Lily et James Potter, deux sorciers respectés du monde magique et parents du Sauveur. Ils ont également blessé l'équipe d'Aurors, alertés par les dispositifs spéciaux installés sur la ville.
Parmi ces Aurors, trois ont dû être transportés à Sainte Mangouste, dont l'ancien ministre Kingsley Shacklebolt. Les dispositifs et les moyens mis en œuvre par le ministère sont-ils suffisants ? Peut-on craindre un renouveau du mouvement anti-moldu dans les mois à venir ? Page 3 : Interview exclusive de l'actuel chef d'une brigade d'Aurors – spécialisés dans la recherche des Mangemorts disparus – juste avant son accident : Kingsley Shacklebolt. »
Ainsi donc, les individus qui avaient saccagé la tombe de Lily étaient des Mangemorts ? Mais pour quelle raison attaquer le tombeau des Potter ?
AOEEAOEEAOEEAOEEAOEEAOEE
Vendredi 9 octobre, matin
« Le Sauveur en disgrâce ? » titrait la Gazette, ce matin-là. Cela faisait plusieurs longues minutes que le visage outré d'Eléonore Elboeuf, plongée dans sa lecture, intriguait son amie Anna, assise en face d'elle. Depuis autant de temps, le titre racoleur du journal faisait de l'œil à la jeune Poufsouffle qui défrayait les chroniques de Poudlard.
Toujours extrêmement curieuse quand il s'agissait de l'assistant professeur Potter, elle n'y tint finalement plus.
- De quoi ça parle ?
- Mmm… répondit Eléonore.
- Oh ! fit Anna avec un air surpris. Mais ce n'est pas Wayne Hopkins qui vient là ?
Eléonor releva brusquement la tête, quand le nom prononcé parvint à ses oreilles, et la tourna dans la direction qu'indiquait Anna du doigt. Celle-ci en profita pour lui piquer son journal et se rassit, satisfaite de son stratagème.
- M'en fiche, grogna la jeune femme flouée. J'avais fini, de toute façon…
Anna lui adressa un sourire légèrement moqueur et son amie haussa les épaules, se forçant à bouder, même si elle savait qu'elle ne pourrait rester fâchée très longtemps avec la pétulante jeune femme.
Anna parcourut l'article concernant Harry Potter, le seul qui l'intéressait vraiment, et son air s'assombrit au fil des secondes. Rita Skeeter rapportait les mots d'un porte-parole du ministre Zorille, à propos de l'attentat de la veille, et elle mettait en évidence de nouvelles informations qui n'avaient pas encore été publiées.
« L'attentat n'était pas la conséquence d'une politique quelconque du ministère, » disait le porte-parole, « mais il était adressé à Harry Potter. Après avoir amorcé l'explosion des tombes, les fuyards ont laissé derrière eux un message à son attention « Premier avertissement ». Le ministère a mis de nombreux dispositifs en place pour traquer les anciens criminels Mangemorts. La preuve en est que l'équipe de Kingsley Shacklebolt s'est immédiatement rendue sur place et qu'elle a été blessée par une explosion qui n'était pas dirigée contre elle.
Ceux qui accusent le ministre de rester passif sont des inconscients qui ne font que troubler inutilement notre société, alors que nous sortons tout juste d'une guerre. Ne nous reprochez pas de ne pas faire notre travail quand on peut se demander si le « Sauveur » devenu « professeur » fait le sien correctement. »
Monsieur Ladre soulève des questions intéressantes, reprenait ensuite Rita Skeeter, si les anciens Mangemorts en ont après Harry Potter, peut-on prendre le risque de le laisser auprès de nos enfants ? Après les propos que ce dernier a tenus lors des tirages pour la coupe du monde de Quidditch, n'est-il pas raisonnable de penser qu'il cherche à déstabiliser le gouvernement en place ?
D'autres confrères journalistes estiment que le ministère ne fait pas son travail… Mais si le Sauveur avait éliminé correctement la menace, acte pour lequel il ne cesse de recevoir des éloges, alors l'attentat d'hier n'aurait jamais pu avoir lieu.
Par ailleurs, comment reprocher au ministère son traitement du problème « Mangemorts » quand Harry Potter lui-même intervient lors de procès pour éviter à des criminels Azkaban à perpétuité, préférant offrir à des bourreaux d'enfants une chambre d'hôpital luxueuse ?
De nombreux témoins de Poudlard nous ont confirmé que l'assistant Potter a tendance à réprimer plus sévèrement les disputes entre élèves quand c'est un Serpentard qui a le dessous. Un glissement qui reflète un certain mode de pensée ? N'oublions pas que la maison de Salazar Serpentard est celle qui a vu éclore Voldemort lui-même ainsi que la plupart de ses suiveurs…
Ce comportement étrange n'est-il pas le reflet d'un être perturbé à qui les temps de terreur manquent trop ? Le témoignage d'un tout jeune écolier nous rapporte d'ailleurs que l'assistant s'amuse à effrayer nos enfants, lors de leçons de Défense contre les Forces du Mal prêtant à polémique… Alors la question la plus importante du moment me paraît être la suivante.
Harry Potter n'est-il pas en train de devenir un danger pour notre communauté ?
Anna évita de chiffonner le journal comme elle en avait envie et le rendit à Eléonore, qui s'y replongea avec attention. Anna fulmina, renversant régulièrement du chocolat sur la table en buvant, brisant entre ses doigts les biscottes de beurre et de confiture qu'elle affectionnait. Au bout d'un moment, Eleonore reposa son journal et se tourna vers elle.
- Arrête.
- Quoi ? demanda agressivement Anna.
- Ça ne sert à rien de t'énerver maintenant. S'il faut jouer les justicières auprès de Serpentards malmenés, c'est d'accord. Mais pas au moment du petit déjeuner.
Anna reposa le bout de biscotte qu'elle avait encore à la main sur le tas de morceaux émiettés sur la table.
- C'est cette… cette… journaliste ! ragea-t-elle. Elle est encore en train de faire passer les Serpentards pour de dangereux maniaques. Ce n'est pas eux mais elle, qu'il faudrait faire enfermer.
- Et encore, tu ne sais pas tout sur elle, dit Eléonore avec un petit sourire en coin. Toi qui t'intéresses tellement à l'assistant, tu l'aurais détestée si tu avais lu ses articles quand il était encore élève avec nous.
- Raconte-moi, exigea Anna en regardant avidement sa compagne.
Et Eléonore narra les divers articles qu'elle avait « collectionnés » quand elle était encore une adolescente qui rêvait de la gloire d'être avec Le Harry Potter. Avant que Wayne Hopkins, un Poufsouffle de l'année supérieure, ne lui tape dans l'œil.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Samedi 10 octobre, fin de matinée
Harry ouvrit un peu violemment la porte-fenêtre vitrée du rez-de-chaussée pour descendre dans le jardin. La terrasse légèrement surélevée par rapport au sol, comme le reste de la maison, était en pleine finition. Les ouvriers s'appliquaient à traiter le bois avec des potions spéciales et protectrices.
Ils lui firent tous un salut de la main sans pour autant s'arrêter dans cette étape délicate.
Normalement, avoir vu sa maison dans un tel était d'avancement aurait dû lui faire plaisir. Vraiment.
La cuisine et la salle à manger, désormais séparées uniquement par un bar américain, étaient presque terminées. Le carrelage blanc et les boiseries étaient posés, les murs refaits étaient peints dans un beige doux traité pour éviter les salissures… Il ne manquait plus que quelques finitions dans l'installation de lampes magiques au plafond et sur les murs, pour les soirées qui se feraient de plus en plus sombres.
Mais Harry Potter n'arrivait pas à être joyeux devant ces progrès. Kreattur venait de lui confirmer qu'il n'avait aucun moyen d'attaquer cette peste de Skeeter. Elle avait tourné son article de manière à poser des questions et non présenter des affirmations, même si ces questions faisaient pencher la balance d'un côté bien précis.
Fichue société sorcière.
Et Hermione ne voulait pas faire pression sur Skeeter qui, probablement pour qu'on lui fiche la paix, avait enfin officialisé sa condition d'animagus. La bougresse était même parvenue à ne pas se faire poser de sorts de contrôle, en invoquant sa profession de journaliste et l'importance du secret des sources et de la liberté d'expression…
Bougresse.
Une bourrasque un peu plus forte que les autres lui fouetta le visage. L'air frais lui fit du bien.
La compagnie d'assurances gobeline chez qui les tombes de sa famille étaient assurées avait terminé son inspection, comme Kreattur venait de lui annoncer.
L'explosion provoquée mercredi, non prévue dans les termes originaux du contrat, ne lui rapporterait pas beaucoup d'indemnités. Mais peu importe. Il était déterminé et il allait enfin pouvoir entamer les travaux de réparation qui le rongeaient depuis deux jours.
Harry descendit les trois marches qui menaient au jardin et se dirigea vers la tente du chef de chantier, qui se changeait probablement avant d'aller manger.
- Monsieur Potter, salua joyeusement ce dernier en boutonnant son bleu propre, comment allez-vous ?
- Pas très bien, pour être honnête. Je viens d'ailleurs vous demander un service…
- Je vous écoute, confirma l'autre en accrochant à une patère le vêtement sale et poussiéreux qui traînait au sol.
- Connaissez-vous un ouvrier capable de réparer les tombes de mes parents. Ou de refaire quelque chose qui leur fasse honneur ?
L'homme regarda Harry et l'évalua un instant avant d'acquiescer. Il fit quelques pas en dehors de la tente et hurla, sa voix de stentor couvrant sans peine le bruit du vent.
- Léopold ! Gustave !
Un des ouvriers affectés à la terrasse reposa ses outils sur le sol et un autre, à moitié perché sur le rebord d'une fenêtre au deuxième étage, rentra à l'intérieur de la maison avant de réapparaître par la baie vitrée. Les deux hommes les rejoignirent rapidement et Harry reconnut celui qui avait fait le cabinet des Croupton et celui qui avait créé l'alcôve romantique du manoir Fudge.
- Vous êtes affectés à un nouveau travail, commença le chef de chantier. Monsieur Potter voudrait réparer les dégâts infligés aux tombes de ses parents et cherche des gens qualifiés.
Les deux hommes, qui avaient d'abord semblé outrés, avaient maintenant un air fier qui surprit quelque peu Harry.
- Léopold Larchet est un sculpteur reconnu et Gustave Grandjean un ébéniste doué. Ils sont capables de faire beaucoup de bonnes choses, dans une maison, mais ils sont encore plus qualifiés dans leur spécialité. Vous pouvez leur faire confiance.
- C'est le cas, affirma Harry. De quoi avez-vous besoin et quand pouvez-vous commencer ? demanda-t-il aux deux artisans.
Les yeux de Léopold brillèrent furieusement quand il lui répondit.
- Si vous pouvez nous fournir la matière première, alors nous pouvons commencer immédiatement. Avez-vous quelque chose de précis en tête ?
- Voyez avec Kreattur pour les matériaux, je lui demanderai de vous fournir tout ce dont vous aurez besoin. Et non, je n'ai pas vraiment d'idée précise. Juste offrir une nouvelle demeure calme à mes parents, le plus rapidement possible. Je veux montrer que cet attentat est une erreur, parce qu'il me rend plus fort, dit-il en reprenant les mots de Luna. Si ça pouvait éviter que ce genre d'acte malveillant ne recommence… Sinon, vous avez toute liberté d'action.
Les deux hommes échangèrent un regard complice et enthousiaste, et Gustave fit un pas vers Harry.
- Vous pouvez compter sur nous, confirma-t-il presque solennellement.
GWGWGWGWGWGWGWGWGWGWGW
Dimanche 11 octobre, fin d'après-midi
Ginny était en train de rédiger ses deux prochains articles de Quidditch dans un petit bureau annexe au salon de Luna. Elle avait choisi de commencer par celui de Kirley Sky, dont l'interview avait été assez exceptionnelle et plaisante.
Elle devait beaucoup à Luna. Elle n'avait jamais envisagé que son futur travail puisse être aussi agréable. Si encore beaucoup trop de gens sous-estimaient l'ancienne Serdaigle, ils avaient tort. Elle parvenait à lui prendre des rendez-vous avec tous les joueurs, quand elle-même n'avait pas le temps, prise entre ses cours et ses devoirs.
- Tu comprends, expliquait Harry à Luna, dans la pièce d'à côté, je voudrais vraiment m'exprimer là-dessus, mais… j'ai peur de ne pas être entendu. Pas… écouté plutôt.
Ginny savait que l'article de la Gazette, vendredi dernier, l'avait blessé. Parce qu'on s'attaquait à son travail et son intégrité, encore plus que parce qu'on s'attaquait à sa santé mentale. Et parce que Poudlard n'avait pas besoin de tensions supplémentaires.
- Je suis là, Harry, répondit la jeune femme. Quand tu as un problème à parler, il vaut mieux laisser quelqu'un d'autre s'exprimer pour toi. Quelqu'un avec suffisamment de recul pour éviter les attaques personnelles.
Pour avoir beaucoup côtoyé les journalistes qu'elle avait recrutés, ses soirs de travail, Ginny savait que la future maman avait trouvé des plumes redoutables. Elle leur laissait d'ailleurs une très grande liberté de ton. Elle ne leur demandait jamais de tricher. Et quand le journal s'engageait, c'était Luna qui signait les articles, et elle seule.
- D'accord, mais à charge de revanche, alors. Si jamais on t'attaque, Luna, tu ne m'arrêteras pas. Parce que cela voudra vraiment dire qu'ils cherchent la guerre et je la leur donnerai.
Ginny devinait le sourire doux de sa patronne. Elle avait toujours apprécié Harry qui, le premier, avait accepté sa différence. Avec quelques difficultés, parfois, mais il ne l'avait jamais laissée tomber.
- Ils devraient avoir compris que tu ne te laisseras plus faire, désormais, répondit Luna. Ne t'inquiète pas pour moi.
Oui. Ginny signa son papier avec une joie interne éclatante. Elle pouvait être fière d'Harry. Il ne se laissait plus faire, il s'appuyait sur son entourage pour être toujours plus fort… Harry Potter s'affirmait et elle aimait ça.
TNTNTNTNTNTNTNTNTNTNTNTNTN
Lundi 12 octobre, matin
« On peut donc se demander si le ministère actuel est réellement compétent, s'il place toutes ses responsabilités sur les épaules d'un jeune homme qui a déjà fait plus que sa part dans le monde magique. La question la plus importante du moment me semble donc être…
Que doit-on faire de notre ministre actuel ? »
Théodore Nott, du fin fond d'une chambre sombre et un peu trop humide pour être saine, referma le journal avec une certaine perplexité. Il reconnaissait une habileté hors du commun à Luna Lovegood, la folle Serdaigle qui traînait parfois dans leur chambre commune à une lointaine époque. Elle avait repris et démonté, point par point, l'article de Rita Skeeter.
Nott était le premier à admettre que l'attitude hostile d'Harry Potter les avait précipités dans une galère sans nom. Mais s'il était trop tard pour ses anciens amis, il devait admettre que l'attitude du Sauveur avec Pansy et les rumeurs qui couraient sur sa défense de Serpentard lui donnaient matière à réfléchir. Les choses pouvaient peut-être changer, après tout…
Quant à la dernière question de Luna… il devait admettre qu'il avait peu goûté l'article de la Gazette, largement en défaveur de son ancienne maison. Lui-même était traqué. De là à dire qu'il était Mangemort… C'était vrai. Et faux. Dans une certaine mesure.
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Mardi 13 octobre, midi
Dans son grand bureau, un homme regardait avec satisfaction l'exemplaire de la Gazette du jour. Le ministère attaquait le Chicaneur pour incitation à la révolte et diffamation. Zorille était peut-être bon pour jouer aux jeux du pouvoir au sein de l'institution, mais il était incapable de gérer l'adversité avec mesure.
S'attaquer à la presse, même si c'était uniquement le Chicaneur au contenu décalé, était toujours une très mauvaise idée. La phase d'éviction du ministre actuel commençait donc.
Il releva les yeux et observa son homme de main. Il serait parfait. Bien sûr, ça lui laisserait moins de temps pour travailler en sous-main comme il le faisait depuis tant d'années. Mais ça lui mettrait les deux pieds dans le pouvoir. Le tout était de manœuvrer une nouvelle fois de telle sorte qu'aucune élection publique n'ait lieu.
Il serait beaucoup plus difficile de gérer les paramètres entrant dans le choix de chaque individu que de négocier avec les pontes du ministère…
- Les retombées de ton idée sont idéales, félicita-t-il son homme de main.
- Je suis à votre service, monsieur, répondit l'autre avec un sourire plutôt fier. Pensez-vous utile de monter un nouvel attentat pour éloigner Potter encore un peu plus des jeux politiques ?
- Ne changeons pas notre plan final, pour le moment. Sa mort doit absolument avoir lieu dans le contexte propice que nous sommes justement en train de mettre en place. Potter n'a pas pris la parole depuis le premier attentat et il est actuellement au plus bas dans sa côte de popularité, parce que les gens se posent des questions sur lui… Donc il n'est plus d'un grand danger, pour le moment.
L'homme s'interrompit un instant, pensif, avant de reprendre.
- Je pense qu'il a compris notre avertissement.
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Vendredi 16 octobre, tôt le matin
- Qu'en penses-tu alors ? demanda Harry à Luna.
- Je pense que tu es fou, mais j'aime ça, répondit la jeune femme en ouvrant avec satisfaction l'exemplaire du Chicaneur de la matinée.
La Une reprenait le titre de la lettre d'Harry, lettre qu'elle publiait entièrement en page 3 de son journal, alors que le sommaire était relégué sur la page 2, à gauche. « J'accuse ! »
Harry lui avait dit que c'était Hermione qui avait trouvé ce titre, inspiré d'une célèbre lettre d'indignation moldue, publié dans l'Aurore, un vieux journal français.
Luna se replongea dans la lettre qu'elle n'avait pu lire qu'en diagonale, la veille, alors qu'elle remettait ses presses en route en urgence, après deux jours d'interdiction de publication.
« Sorcière, Sorciers,
Affecté depuis plus d'une semaine par l'acte lâche, barbare et inutile qui a frappé ma famille, j'ai choisi de ne pas m'exprimer publiquement. L'indignation et la douleur qui ont été miennes ne sont pas de celles qu'on expose sans pudeur, parce que je sais que chacun d'entre vous est capable de comprendre ce que j'ai ressenti sans que je ne le crie sur les toits. »
- Redoutable, quand tu veux, commenta-t-elle. Tu n'es pas lâche en restant silencieux, mais digne. Et non seulement tu crées une proximité avec les lecteurs, en parlant de compréhension mutuelle, mais tu flattes aussi leur intelligence…
- Il faut bien que j'apprenne quelque chose, à force de côtoyer Hermione et Kreattur et de les voir manier les mots, souligna-t-il avec un grand sourire.
« Mais je me dois de sortir de ma réserve aujourd'hui, parce qu'un autre acte m'indigne encore plus. La restriction de notre liberté.
Voilà deux jours que le Chicaneur ne paraît plus, sur ordonnance du ministre Zorille. Vous connaissez déjà mon sentiment mitigé vis-à-vis de cet homme, mais je dois avouer que j'ai été surpris par cette nouvelle lubie. Est-ce raisonnable de répondre à un contradicteur par un Silencio ? Est-ce là le dialogue d'un dirigeant avec son peuple ? Cela me fait penser à une querelle d'enfants déraisonnables, telle que j'en vois parfois à Poudlard et cela m'attriste. »
- Tu fais vraiment passer le ministre pour un gosse capricieux, commenta encore Luna.
- C'est bien le but.
- Je te vois bien en train de froncer les sourcils derrière tes lunettes et de faire un sermon au ministre, pouffa Luna.
« Il m'a fallu batailler ferme, pour que le Chicaneur d'aujourd'hui puisse paraître normalement en attendant un véritable procès en diffamation. Est-ce là la conception de la justice de notre ministre ? Où sont nos droits ? Où est notre liberté si chèrement acquise ?
J'avais l'espoir que les nombreux sacrifices de la guerre n'aient pas endeuillé inutilement nos familles. Que les choses changeraient enfin, pour le meilleur. Je fais donc le choix de défendre notre liberté d'expression, et j'accuse le ministre actuel de ne pas être compétent. Aussi, je pose à nouveau cette question qui l'effraie tant : que devons-nous faire de lui ? »
- Tu prends des risques, conclut Luna.
- Toi aussi.
- Alors c'est bien.
Harry retourna donc à Poudlard, pour ses cours, avec le sentiment du devoir accompli. Il avait défendu l'honneur de son amie, exploitant sans vergogne la fibre familiale dans sa lettre – Neville lui ayant glissé que c'était une des valeurs phares des sorciers, surtout dans les familles influentes.
Harry en était sûr, maintenant. Les sorciers avaient besoin d'un autre ministre, quelqu'un qui ne soit pas corrompu. Il était allé voir Shacklebolt à l'hôpital, lundi, mais ce dernier avait refusé de redevenir ministre, même si les sorciers l'élisaient d'office.
Il avait toujours été un Auror dans l'âme et il voulait plus que tout retrouver les Mangemorts disparus. Et surtout découvrir qui avait tué son ami, Tony Tongy, quelques mois auparavant : son enquête n'avait toujours pas avancé, depuis qu'il lui avait fait passer son examen de DCFM…
IMHPIMHPIMHPIMHPIMHPIMHPIM
Samedi 17 octobre, début de soirée
- Tu devrais te calmer un peu, Harry, conseilla Igor au jeune homme actuellement couché dans le lit devant lui. Je n'aime pas te voir dans mon infirmerie.
- Tu préfèrerais que ce soit Anna ?
En voyant le trouble du médicomage, Harry ricana. Il avait remarqué que l'homme perdait sa réserve quand elle était à proximité et ça l'amusait.
- Tu te surmènes, affirma Igor en changeant de sujet.
- Ça me permet d'oublier un peu la tension, dehors, dit Harry d'une voix lasse, en repliant un bras sur ses yeux fatigués.
- Peut-être, mais au point de te faire mal, c'est une mauvaise idée. C'est un beau claquage que tu t'es fait à la cuisse. Ton corps te réclame un repos que tu ne lui as pas accordé depuis plusieurs jours…
- Thorn fait beaucoup plus de sport que ce que j'ai fait aujourd'hui, et il va bien.
- Mais Thorn a des années d'entrainement derrière lui. Et il ne s'amuse pas non plus à tenter de régler les problèmes de la société sorcière en même temps…
Harry grommela, fatigué.
- Tu as lu mon article ?
- Tout le monde l'a lu, je crois, s'amusa Igor. C'était divertissant.
- Ce n'était pas le but.
- Ne t'en fais pas, les gens en parleront dans les chaumières, ce week-end.
- J'étais énervé qu'on ait pu interdire à un bon journal de paraître, tout ça parce que les articles ne plaisaient pas au ministre. Mais maintenant, je me demande si j'ai eu raison de vouloir faire bouger la société sorcière. Après tout, elle est déjà en retard de plus d'un siècle…
Igor sourit et termina le massage de la cuisse blessée avec un baume de sa composition, avant d'aller se laver les mains.
- Voilà. Tu devrais arrêter d'en faire trop et te reposer, ce week-end. N'essaie pas de rattraper Thorn d'un seul coup.
Harry ne lui dit pas que cela faisait déjà plusieurs semaines qu'il imitait Thorn et partait s'entraîner dans les bois chaque matin. Il avait juste voulu ajouter une séance d'entraînement au combat supplémentaire, cet après-midi, dans la Salle sur Demande. Mais il avait peut-être visé un peu trop haut…
- De toute façon, ajouta Igor, il doit être satisfait de ton travail, puisqu'il te donne de plus en plus de cours à assurer…
- Alors pourquoi est-ce qu'il ne cesse pas de me râler dessus ?
- Thorn aime bien pousser les gens dans leurs retranchements. Mais toi, tu as déjà franchi la ligne, aujourd'hui. Tu dois rester au repos ce week-end. C'est bien d'accord ?
Harry donna son assentiment. Il avait plus important à faire ce week-end que du sport. Il avait bien l'intention de poser la dernière pierre de sa forteresse mentale ce dimanche. Depuis deux semaines, il partageait ses soirées entre sa traduction du parchemin de Joseph d'Arimathie et le façonnage de son esprit.
Derrière sa porte principale s'étendait désormais non plus un labyrinthe chaotique, mais un désert dangereux et sauvage. Et quelque part au milieu de ce désert, se dressait un grand château, noir et lugubre, qui contrastait avec le paysage brûlant tout autour.
En discutant longuement avec son renard, surtout après la découverte de son épouvantard, il était parvenu à admettre que son côté sombre était aussi important que son côté lumineux. La nature de son animagus en était la meilleure preuve.
Même si elle l'effrayait sincèrement, il avait été obligé d'admettre sa part noire. En prenant conscience des potentialités meurtrières et mauvaises qui étaient auparavant enfermées dans sa salle des peut-être, il n'avait pas pu nier cette part de lui-même.
Il avait également compris que s'il avait peur de devenir mauvais, c'était parce qu'il avait souvent été à un cheveu de basculer. Surtout dans son enfance, lorsque la colère et son tempérament fougueux prenaient le pas sur le reste. Il avait ainsi pris conscience qu'il serait tout à fait capable de torturer longuement les hommes ou les femmes qui avaient osé profaner les tombes de ses parents.
Alors il avait décidé de profiter de cette dualité pour piéger son esprit.
Ses souvenirs, ses valeurs et ses rêves les plus importants, il les avait profondément enfouis à divers endroits, sous le sable chaud. Seul lui-même, par l'intermédiaire de son animagus, était capable de creuser jusque là et y accéder.
Dans son désert, son côté lumineux, il était parvenu à créer – avec certes quelques difficultés – des animaux de chasse virtuels mais féroces. Des lions, principalement, qui semblaient vouloir protéger le château. Leur crinière était composée de souvenirs et il fallait combattre la bête pour les visionner. Mais Harry s'était amusé à y placer des souvenirs parfaitement inutiles.
Si l'intrus finissait par comprendre ce stratagème et qu'il se concentrait sur le château avant qu'Harry n'ait pu l'expulser, il serait confronté à un labyrinthe piégé, malsain et cauchemardesque. Harry avait réutilisé les pierres de sa salle des peut-être pour construire ce château. Il était donc composé par les potentialités de son « double » maléfique. Et au milieu, là où on s'attendrait à voir ses souvenirs les plus importants et les plus protégés, il avait placé son épouvantard virtuel.
Quiconque essaierait de pénétrer son esprit serait confronté à un Harry fragile et futile ou un Harry maléfique. Tromper l'ennemi en paraissant faible ou l'effrayer en paraissant fou, voilà quelles étaient les deux options choisies par Harry. Tout comme la population voyait en lui uniquement l'image qu'il avait choisi de renvoyer, ses ennemis seraient devant une illusion façonnée de toute pièce.
Et Harry aurait ainsi le temps de chasser l'ennemi, dans tous les sens du terme. C'était dans la nature même de son animagus. C'était dans sa nature… Il s'identifiait de plus en plus à son animal d'âme et espérait avoir dépassé toutes ses réserves originelles.
Et il espérait pouvoir tenter ses premières transformations. Bientôt.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Lundi 19 octobre, fin de journée
Harry hésita un instant et finit par pousser la grille d'entrée du cimetière. Il voulait profiter de cette journée où il ne donnait aucun cours pour se rendre sur la tombe de son père. Il savait que Gustave et Léopold étaient venus chercher le cercueil maltraité de sa mère, la semaine dernière, et que Gustave était en train de le lui refaire.
Il espérait être tranquille, ne voir personne, parce qu'à 19 heures avait lieu l'inauguration du complexe de Pré-au-Lard. Les réparations avaient pris beaucoup plus de temps que prévu, mais les magasins ouvraient ce soir pour leur première semaine d'exploitation. Tout les élèves de Poudlard en parlaient, mais il n'avait pas eu envie d'y aller.
Il avait déjà donné, merci bien.
Il savait que sur la tombe de son père, qui n'avait pas été aussi touchée par l'explosion que celle de sa mère, devait se dresser une toute nouvelle stèle. Léopold lui avait confirmé, après une semaine de travail acharné, qu'il l'avait installée ce dimanche.
Ses deux ouvriers avaient attrapé comme… une fièvre du travail. Ils ne voulaient pas entendre parler de jour férié et s'adonnaient à leur art avec un plaisir non dissimulé. D'autant plus qu'Harry leur avait laissé toute liberté.
Bientôt, il arriva là où, quelques semaines auparavant, se dressaient les deux pierres tombales au nom de ses parents. Et il laissa échapper un halètement surpris.
Il savait qu'il devait s'attendre à ne voir qu'une pierre sur les deux, celle que Léopold avait sculptée pour son père. La pierre tombale et le cercueil de sa mère avaient été emportés en attendant réparation. Mais il n'avait pas imaginé que l'homme ait pu également ajouter, sur la dalle blanche et protectrice, la statue gracile d'un cerf endormi.
Autour de la pierre, de nombreux bouquets semblaient former un tapis de fleurs sur lequel l'animal se serait paisiblement endormi. Et sur les bois de ce dernier, quelques sorciers avaient accroché des fleurs, ainsi qu'une couronne funéraire, pour rendre hommage aux morts profanés. Harry n'aurait jamais imaginé qu'on puisse lui témoigner du soutien de cette façon. Mais après tout, Neville le lui avait dit : le monde sorcier accordait beaucoup de valeur à la famille et aux ancêtres.
Ils comprenaient sa colère et sa peine.
Harry s'accroupit devant la tombe, à la hauteur de la tête du cerf, posée sur l'une des pattes avant. Il ne savait pas s'il avait vraiment eu envie de rencontrer le regard vide de la statue, mais constater que l'animal avait les yeux fermés lui fit mal au cœur.
Il avait l'impression qu'il avait réellement son père, endormi pour toujours, devant les yeux. Et c'était toujours aussi douloureux. L'expression paisible de la statue lui faisait plus mal que tout le reste et lui serrait la gorge, parce qu'il avait le sentiment de voir la mort en face.
Pas dans le sens où il se sentait en danger, non. Mais son tumulte intérieur, sa colère envers les profanateurs et sa peine de ne pas avoir connu ses parents, tout cela contribuait à lui rappeler que son père et lui appartenaient définitivement à deux mondes différents. Il était vivant. Agité. Son père était mort. Paisible, d'une certaine manière.
- Papa, murmura Harry. Je n'ai presque pas eu le temps de te parler, mais… j'espère que tu sais que maman et toi avez une immense place dans mon cœur.
Il jeta un œil au trou vide, dans la terre juste à côté, et il ne put que sentir les larmes monter dans ses yeux. Il savait où était sa mère, d'accord. Son corps, déplacé avec soin par Gustave, n'attendait que sa nouvelle demeure pour être rapporté ici. Mais il avait, à cet instant, l'impression qu'on la lui avait arrachée une nouvelle fois.
Il se racla la gorge et détourna le regard.
- Je sais que j'apprends à devenir cet homme dont vous pourriez être fier, mais… j'ai parfois encore des regrets. Ceux de ne pas avoir pu partager avec vous des rires et des jeux. J'aurais aimé entendre maman pester contre toi, alors que tu aurais tenté par tous les moyens de m'apprendre le Quidditch. J'aurais aimé te voir râler parce que maman aurait tenu à m'avancer dans le programme scolaire…
Harry secoua la tête, se sentant un peu idiot de parler à une statue endormie, mais il continua.
- Du moins, c'est ainsi que je vous ai parfois imaginés, d'après les souvenirs des gens que j'ai croisés. Je sais qu'aucune famille n'est parfaite, mais j'aurais aimé avoir des parents comme vous. J'aurais aimé faire votre connaissance et grandir entouré de gaité. Je n'aurais probablement pas attiré les problèmes comme un aimant particulièrement puissant…
Harry se leva et passa sa main sur l'une des ramures du cerf.
- Quoi que… Qui sait ? Ma seule consolation, quand je suis inquiet comme ces derniers jours, c'est de penser que malgré tout, vous continuez à veiller sur moi. J'ai souvent envie de pouvoir vous parler, vous demander conseil… mais je sais aussi que vous me pardonnerez mes fautes, si j'en fais. Alors je me sens capable de continuer. Je ne vous ai pas réellement connus, mais je vous aime malgré tout comme un fils.
- Bonjour, monsieur Potter ! ahana quelqu'un, derrière lui, interrompant son monologue. Nous ne pensions pas vous voir ici.
Harry se retourna pour voir arriver Léopold et Gustave, qui faisaient léviter à deux un cercueil magnifiquement ouvragé, dans un bois sombre aux tons chauds.
- Bonjour. Est-ce que c'est… ?
- Oui, c'est le cercueil de madame Potter, répondit Gustave. J'ai été plus long à travailler mon bois pour votre mère que Léo à travailler sa pierre pour votre père, mais j'ai fait au mieux. Je voulais remettre le cercueil en place avant que vous ne veniez, mais…
- Je ne vous reproche rien, dit Harry en s'approchant timidement du convoi, admirant les entrelacs de bois. Mais ce n'était pas nécessaire de faire un cercueil aussi… travaillé.
- Pour une fois que je peux laisser libre cours à mon imagination, j'avoue m'être laissé emporter. Ne vous inquiétez pas, il vous en coûtera le prix d'un cercueil basique. Je sais que le cercueil sera bientôt invisible, caché par la pierre, mais je l'ai aussi fait pour mon plaisir…
- On dirait… des lianes pleines de vie qui protègent leur trésor, murmura-t-il ensuite, en caressant très légèrement les motifs, les feuilles et les papillons.
Il retira presque instantanément sa main, comme s'il s'était brûlé, surpris par la chaleur amicale et réconfortante que semblait dégager le bois. Il en fit part à Gustave.
- Ne soyez pas si surpris, lui dit l'ébéniste. Ce sont les sorts de protection que nous avons ajouté à notre travail, pour éviter un nouvel accident. La part de notre magie qu'ils ont requise est assez importante, et c'est ce qui donne au bois sa chaleur. Le cercueil devrait résister longtemps !
- Je ne sais pas comment vous remercier, répondit Harry, visiblement touché.
Léopold eut un sourire un peu étrange et lui lança un regard malicieux.
- Vous nous avez donné l'occasion d'exercer un peu notre métier et croyez-moi, c'est déjà bien agréable. Ce n'est pas que nous n'aimons pas nos chantiers, mais sculpter des toilettes, même dans le marbre, cela n'a rien de très palpitant, expliqua-t-il en faisant référence à son travail chez les Croupton, plusieurs années auparavant.
- Et que diriez-vous de l'alcove romantique de monsieur Fudge. Certes, j'ai travaillé le bois, mais… je crois que lui et moi n'avons pas la même conception du mot « romantique ».
- En plus, termina Léopold toujours aussi malicieux, les sorts de protection ne sont pas une faveur mais plutôt une manière de nous assurer que notre travail restera longtemps en place. C'est une très bonne publicité pour nos talents, voyez-vous ?
Harry sourit et s'écarta, alors que les deux hommes, avec un effort magique visible, remettaient doucement le cercueil de Lily Potter à sa place originelle.
- Voilà, madame Potter peut de nouveau reposer en paix, affirma Gustave en s'essuyant le front d'un revers de manche.
- Il ne manque plus que la stèle, la dalle et la statue que j'ai déjà commencées.
- Justement, commença Harry, je me demandais comment… Enfin, pourquoi est-ce que vous avez choisi de sculpter un cerf ?
- J'ai écouté ma pierre. La forme s'est imposée à moi. La Magie a ses exigences, parfois, et nos talents sont justement à son service, répondit Léopold en désignant également son collègue. Je crois que c'est un hommage assez juste à l'homme qu'il était, non ?
- Je… Oui, je suis d'accord, confirma Harry sans comprendre comment le hasard avait pu faire si bien les choses.
- Bonne journée, monsieur Potter, le salua Gustave. Nous devons y aller. Nous sommes venus avec un portoloin aller-retour et nous ne voudrions pas le rater.
- Bien sûr, je vous en prie ! Et… merci encore pour votre travail, leur dit-il sincèrement.
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Jeudi 22 octobre, fin de soirée
« Attentat manqué ! » criaient la Gazette et le Chicaneur. Pour une fois d'accord sur l'information principale du jour, les deux journaux relataient l'accident qui avait eu lieu la veille au soir, dans des conditions similaires à la première fois, mais avec des victimes différentes.
« Il y a deux semaines, jour pour jour, deux tombes de la famille Potter étaient victimes d'une explosion criminelle, dans le cimetière de Godric's Hollow. Il semblerait que l'adage bien connu qui dit que les criminels reviennent toujours sur le lieu de leur forfait soit avéré.
Hier soir, les trois Mangemorts responsables du premier attentat, identifiés grâce à leur signature magique, ont de nouveau pénétré le cimetière, armés d'explosifs moldus. Mais ils ont cette fois été eux-mêmes victimes de ce qui semble être un déclenchement accidentel du dispositif.
Plusieurs pistes sont actuellement explorées par les Aurors enquêteurs, même si la thèse de l'accident est aujourd'hui privilégiée. Il est possible que les terroristes aient été pris à partie par une troupe d'animaux furieux, comme en témoignent les nombreuses traces de sabots et la terre profondément remuée autour des corps, qui les aurait poussés à mettre en route les explosifs trop tôt.
Les Aurors moldus soutiennent que leur population n'a pas pour habitude de choisir des animaux à sabots comme familiers, mais ils interrogent tout de même le voisinage pour savoir s'il y a récemment eu des passages d'animaux sauvages provenant de la forêt voisine.
Le seul point positif à cette explosion accidentelle, c'est qu'aucune tombe aux alentours n'a été réellement touchée, si ce n'est par la fumée dégagée qui a pu salir quelques pierres. Nous attendrons donc les conclusions de l'enquête pour savoir si, oui ou non, cette explosion était à nouveau destinée à la famille Potter. »
- Intéressant, murmura une femme en refermant le journal.
La photo du cimetière, qui montrait que l'une des tombes Potter avait été refaite, mettait en valeur la statue d'un cerf couché, redressant fièrement la tête. Il paraissait presque vivant, tant l'expression provocatrice était réaliste.
Apparemment, Potter travaillait avec des ouvriers de la guilde, des ouvriers rompus aux secrets de réalisation qui avaient fait le choix de mettre leur talent au service d'un particulier. C'était… assez rare. Surtout pour un objet aussi trivial qu'une tombe… Et ils avaient mis à peine une semaine ou deux à réaliser cette œuvre. Ils avaient mis du cœur à l'ouvrage.
C'était intéressant, effectivement. Et perturbant. Cela voulait dire que les ouvriers sentaient quelque chose…
Elle n'avait maintenant plus aucune raison de tenir Potter à l'écart.
La tapisserie avait eu raison. Potter était le signe qu'ils attendaient depuis trop longtemps. Un signe de changement. Il n'était pas encore tout à fait prêt, certes, mais il se rapprochait de plus en plus d'eux. La mort de Voldemort avait été un signe fort. Mais encore trop… accidentel. Désormais, Potter ne se laissait plus guider. Il décidait.
Il s'était posé en adversaire de la politique actuelle, et il était clairement identifié comme tel par le pouvoir. Car elle n'avait aucun doute quant au commanditaire de ces deux attentats… Le gouvernement sorcier n'avait jamais apprécié les résistances, quelles qu'elles soient.
Alors oui, c'était intéressant et perturbant.
Il était temps de le rencontrer.
Voilà pour aujourd'hui. Beaucoup d'informations qui, j'espère, satisferont un peu votre curiosité. N'hésitez pas à poser vos questions, laisser votre avis ou une simple trace de votre passage, j'en serai vraiment enchantée ^^ A bientôt !
Lena.
