Bonjour à tous. J'ai quelques difficultés à boucler mes chapitres en cette période chargée, mais je suis toujours là.

EDIT du 22 mars : désolée du retard, mais vous aurez constaté que le site bloque les publications en ce moment. J'ai réussi à publier grâce à un bidouillage informatique, mais c'était pas gagné ^^.

Un grand merci à Wyny pour son regard aiguisé et ses conseils, ainsi qu'à Vibrasax pour son oeil critique.

RAR aux anonymes :

Merci à Marie la petite (merci pour tes compliments, ravie que désormais, les deux parties te plaisent. Elles vont bientôt se croiser ^^), à Sherlock (j'essaie ^^), Arty (le parchemin et l'explication de la mort sont pour la fois prochaine), à Cataplasme (le voici enfin !) et à Chat Potty (je suis encore trop bavarde dans mes chapitres. Et ne t'en fais pas : tout le monde s'améliore avec la pratique, alors écris aussi souvent que tu le peux ^^).


Résumé du chapitre précédent :

Draco assiste par visions à l'excitation et aux recherches d'Harry à propos de Joseph d'Arimathie. Kimi Asuya découvre que son patient d'ordinaire peu loquace s'enflamme quand on en vient au sujet Harry Potter. Elle compte creuser dans cette direction. Draco part s'aérer dans le bois, s'interroge à propos de l'étrange statue de cheval cabré et poursuis une silhouette féminine qui parvient à lui échapper. Il apprend également à ouvrir ses points magiques avec Clothilde Lemaire, même si celle-ci, droguée, finit par perdre le contrôle de ses actes.

De son côté, monsieur X et son homme de main s'interrogent sur le rôle de Draco Malfoy dans leur prophétie et décident de faire de Philippe Piéfort un espion à leur solde, au sein du Palais, pour surveiller l'héritier anglais. Il parvient à surprendre Draco parler des temps parfois plus faciles à gérer de Voldemort, sans en comprendre le sens. Mais Aline et Lina Lenain contrecarrent un peu ses projets d'espionnage dans le bois.

Et les jumelles, après avoir elles-mêmes espionné l'attitude de Draco Malfoy et ses promenades dans le bois, finissent par se mettre d'accord pour lui confier un mystérieux livre. Car Draco Malfoy voit.


Chapitre 9 : Au cœur de la Palestine

Partie 1 : L'appel du rêveur

Mercredi 7 octobre – début de la nuit

Draco était debout, devant l'immense baie vitrée de la bibliothèque du Palais, et il observait avec attention les étoiles. Pour le cours de Littérature du mercredi suivant, chaque élève devait déterminer les groupes d'étoiles qui étaient liées à leur destin cette semaine-là. Mais même avec l'aide du manuel qu'elle leur avait conseillé, c'était loin d'être une tâche aisée.

Il avait cru, une ou deux heures auparavant, que ce travail serait rapide. Après tout, son cours de Littérature du matin avait été particulièrement facile. Betty Noisy leur avait donné un texte prophétique, devenu classique avec le temps, parce qu'il concernait l'un des événements les plus marquants dans l'histoire magique mondiale.

Sans leur donner plus d'indications que celle-là, elle leur avait demandé de décortiquer les mots. Lui avait eu l'étrange impression de voir ce que le prophète de ce moment-là avait voulu leur transmettre, en lisant. L'homme avait mis en garde les sorciers à propos du risque encouru par la civilisation atlante, le danger qui planait sur eux et pourrait provoquer leur perte. La fièvre rouge.

Draco comprenait mieux comment les générations de sorciers futures avaient eu connaissance de la manière dont les Atlantes avaient péri. Tout était décrit dans cette prophétie. C'était à la fois effrayant et fascinant de voir les événements qui s'étaient enchaînés. Draco avait presque pu ressentir ce que le prophète avait ressenti : compréhension, peur, chagrin et résignation…

Lui aussi avait compris qu'il voyait un désastre à venir. Il avait eu peur devant l'horreur des effets de la fièvre rouge qui provoquait cloques et délires, avait ressenti de la peine en songeant que toute une civilisation développée allait disparaître. Et lui aussi s'était résigné devant leur destin inéluctable, quelles que soient les décisions que les Atlantes et les sorciers voisins prendraient.

La seule solution trouvée par les sorciers du continent, pour éviter une propagation de la fièvre, avait été de provoquer un grand raz-de-marée qui engloutirait l'île, noierait les habitants et feraient tomber toute fièvre potentielle chez les survivants. Bien sûr, il n'y en avait pas eu…

Quand il avait rendu, bien à l'avance, son interprétation écrite… le professeur Noisy l'avait félicité pour sa précision et sa justesse.

Il n'avait aucun mérite – contrairement à ses camarades, il n'avait pas besoin de faire fonctionner son imagination ou sa logique pour comprendre les mots – mais ça avait été tout de même très agréable. Il avait même eu le droit de sortir plus tôt pour aller déjeuner.

Toujours est-il que si les textes étaient limpides pour lui, les étoiles ne l'étaient pas du tout. Il soupira et posa le front contre la vitre. Ses yeux se perdirent dans la forêt, d'un vert sombre et brillant sous les étoiles, qui s'étalait en contrebas. Il soupira une nouvelle fois, mais un soupir cette fois apaisé par la couleur réconfortante.

- Tâche difficile, n'est-ce pas ? demanda une voix derrière lui.

Draco se tourna vers l'arrivante. Lina s'approcha et leva les yeux vers les étoiles.

- Nous sommes tous passés par ce travail de divination, expliqua-t-elle avec un petit sourire. Ce qui est plus difficile encore, au-delà de trouver les étoiles et les astres déterminant un destin, c'est de leur donner une interprétation…

Toujours aussi méfiant devant cette fille aux yeux voilés, mais poli, Draco accepta d'engager la conversation.

- Pour le moment, j'essaie déjà de trouver les étoiles qui me concernent. Mais je dois mal m'y prendre, avoua-t-il. Où que je regarde, j'ai l'impression que les étoiles ont une influence sur moi. Ce n'est jamais une impression définitive, mais c'est une impression constante…

Lina tourna vers lui son regard neutre.

- Je ne sais pas si je m'exprime bien, ajouta Draco.

- Je comprends ce que tu veux dire, crois-moi, dit-elle doucement. C'est pour ça qu'il faut chercher à la fois les groupes d'étoiles influents et leur sens. Par contre, tu n'utilises pas le meilleur ouvrage pour ça.

- C'est le professeur Noisy qui nous l'a conseillé.

- Je pense que tu aurais plus de succès avec un livre plus compliqué mais plus précis : le Traité des Destins Tissés. Pour l'instant, c'est moi qui l'ai, mais je peux te le prêter, si tu veux…

- C'est celui-ci ? demanda Draco en pointant du doigt le livre à la couverture dorée qu'elle tenait respectueusement dans ses mains.

Lina resta silencieuse un instant, hésitant au dernier moment à lui répondre, alors qu'elle était justement venue pour ça. Puis se secouant, elle finit par ouvrir la bouche.

- Non. Mais c'est un livre qui pourrait t'aider également, dit-elle en lui tendant. Je te confie sa garde jusqu'à ce que tu le confies à ton tour à celui que tu jugeras digne. Prends-en bien soin.

Draco fronça les sourcils, surpris par le ton solennel de la jeune femme et légèrement inquiet à propos de sa santé mentale, mais il tendit tout de même les mains, curieux de voir ce que le livre renfermait qui pourrait « l'aider ». Alors qu'il posait les mains sur la couverture brillante, un peu de poussière dorée s'envola, provoquant chez lui une série d'éternuements incontrôlables. Il se détourna de Lina, par politesse.

Il rouvrit les yeux, une fois la crise passée, et son regard se porta immédiatement sur la forêt en contrebas. Sa vue était floue et il eut l'impression de tout voir en noir, de voir les arbres sombres onduler, menaçants. Les étoiles dans le ciel ne se reflétaient plus dans le vert du feuillage. Il crut même entendre des cris de détresse et de peur mugir dans le vent sifflant, qui n'était pas là quelques secondes auparavant.

Il cligna plusieurs fois des yeux et se frotta légèrement les oreilles, espérant faire passer l'effrayante illusion, mais la forêt resta noire et sombre. Espérant une explication, il se tourna de nouveau vers Lina. Avant de se figer.

Ce n'était plus Lina qu'il avait en face de lui, mais une caricature d'être humain monstrueuse. Elle aussi était noire, entièrement noire. Elle leva vers lui des mains aux doigts crochus et dégoulinants d'une espèce de pâte noirâtre qui, en tombant, formait au sol des gouttes épaisses.

- Ne t'inquiète pas, fit sa voix sourde aux intonations dangereuses, ça va passer…

Alors qu'elle s'approchait, Draco fit un bond en arrière, s'éloignant de la créature, le visage tordu par la peur et le cœur affolé.

- N'aies pas peur… reprit la voix d'une manière aucunement rassurante. Tu vois juste les choses comme ta magie doit les voir…

- Qu'est-ce que tu m'as fait ? hurla-t-il, sa voix partant dans les aigus.

Draco regarda autour de lui, cherchant une issue. Le bois des murs vibrait, coloré et vivant, et les livres, quant à eux, semblaient laisser échapper des vapeurs plus ou moins toxiques. Complètement paniqué, il s'enfuit par la porte restée ouverte – sans s'apercevoir qu'il laissait derrière lui le livre qu'il avait laissé tomber – et il se réfugia dans ses appartements, seul endroit où il se sentait à peu près en sécurité.

Il ferma sa porte à clef, poussa sa lourde malle devant, et observa sa chambre, tremblant et hagard. Mais même là, les murs gardaient leurs couleurs vibrantes et anormales. Il se réfugia sous sa couverture, seule fourniture à avoir gardé sa couleur verte d'origine et s'emmitoufla dedans, la tête enfouie sous l'obscurité rassurante, refusant de jeter ne serait-ce qu'un œil à l'extérieur. Ça ne pouvait pas être vrai. C'était une illusion. Ou un cauchemar. Ou une vision. Mais ce n'était pas réel.

C'est nerveusement vidé qu'il parvint finalement à s'endormir, vers quatre heures du matin, sans avoir jeté un œil supplémentaire à son environnement.

DMCLDMCLDMCLDMCLDMCLDMCL

Vendredi 9 octobre – 16 heures

Draco poussa la porte de la salle capitonnée dans laquelle il prenait ses cours de magie sans baguette. Clothilde Lemaire était déjà là, assise en tailleur au milieu de la pièce, et elle semblait l'attendre. Il lâcha son sac sans faire attention, épuisé à cause d'une nuit trop courte et d'une journée trop stressante, et retira son manteau, ses chaussures et ses chaussettes avec lassitude.

En se réveillant, il avait d'abord pensé que sa nuit avait été un simple cauchemar. Les murs de sa chambre avaient à nouveau leur couleur bois habituelle et la forêt qu'il distinguait par la fenêtre avait à nouveau cette couleur verte qu'il aimait tant.

Mais en se levant pour aller prendre sa douche, il s'était aperçu que sa malle bloquait la porte d'entrée de sa chambre.

Il y avait donc eu une part de vrai dans son « cauchemar ». Que s'était-il passé ?

Sa douche ne lui avait pas apporté la moindre réponse, et il semblait que sa vue soit redevenue normale. En revenant de sa toilette, il avait ouvert au hibou international qui lui apportait son Chicaneur chaque matin, même si c'était toujours le numéro daté de la veille… Rien d'anormal. Ses camarades et son premier cours de la journée avaient été eux aussi parfaitement normaux…

Mais toute cette illusion de normalité s'était écroulée quand il avait croisé les jumelles au détour d'un couloir, entre ses deux cours. Du moins, il supposait que c'était elles. Aline était entourée d'un halo blanc et épais, quand l'autre personne était recouverte de la même pâte noirâtre qu'il avait aperçue la veille.

Pourquoi personne ne s'étonnait ? Pourquoi était-il le seul à voir ces anomalies ? Pourquoi Lina avait-elle voulu lui jeter, la veille, cet étrange sortilège qui perturbait sa vue ? Certes, les effets semblaient s'estomper, mais quelques traces subsistaient encore. Pourquoi ?

Quand la personne sombre lui avait de nouveau tendu le livre doré, il s'était enfui, apeuré.

Il n'avait pas entendu Aline s'étonner qu'il n'ait pas le désir irrépressible de s'emparer du pouvoir du livre.

Et puis à midi, il s'était penché sur son Chicaneur, daté de la veille. Il n'avait pas fait attention, le matin, mais la Une parlait d'un attentat perpétré sur le tombeau des Potter. Qui d'autre que les Mangemorts pouvait oser commettre un tel acte ? Ceux qui étaient parvenus à fuir la bataille et Azkaban étaient-ils en train de se reformer ?

Entre son épuisement, son état de nervosité avancé à cause des jumelles et les questions qui se bousculaient dans sa tête après sa lecture, il n'avait plus qu'une envie. Se cacher dans un nid de boursoufs pour échapper à un monde extérieur hostile.

Mais rien n'était si simple. Il n'était pas un boursouf et il était bien obligé de prendre en compte le monde extérieur. Et comme Clothilde Lemaire, après son dernier cours du vendredi, lui avait rappelé leur séance privée de magie sans baguette… Il n'avait pas eu beaucoup d'autres choix que celui de s'y rendre…

Retenant un bâillement, il finit par rejoindre son professeur au centre de la salle, s'asseyant à son tour en tailleur.

- Avez-vous eu l'occasion de tester vos ouvertures, cette semaine ?

- J'ai ressenti la magie du Palais par les pieds et les mains, mais c'est tout, répondit-il.

- Est-ce que vous avez tenté de lancer des sorts ?

- Non. Je ne sais pas du tout comment m'y prendre. Je sens la magie extérieure entrer en moi, dans le sens où je la ressens vibrer, vous savez ? Mais je ne sais pas la faire sortir… expliqua-t-il.

- Je m'en doutais. C'est à cause de la méthode d'ouverture que j'ai choisie. Vous savez où sont vos points d'ouverture et vous connaissez l'effet d'entrer mais pas l'autre, c'est logique. L'étape des prochains jours sera de faire sortir votre magie, de projeter vos flux sur votre environnement. Pour cela, nous allons travailler sur le sort Accio.

- Vous aviez dit, la semaine dernière, qu'il fallait apprendre à projeter nos flux avant d'apprendre à transformer la magie en sort.

- C'est toujours le cas, confirma le professeur Lemaire en se levant. L'Accio ne fonctionnera pas tout de suite, mais ce sort vous permettra de comprendre assez naturellement comment étirer votre magie jusqu'à l'extérieur. Vous allez devoir visualiser un objet, loin devant vous, et imaginer que vous le tirez à vous à l'aide de votre magie. Comme si elle devenait vos bras. Vous comprenez ?

- Oui. Ça a l'air plutôt simple, avança Draco.

- Vous pouvez le penser, dit Clothilde, mais ça reste une tâche ardue. Je commence avec l'Accio pour que vous vous serviez de vos mains, parce que vous êtes parvenu à les utiliser la semaine dernière. Donc, peut-être aurez-vous quelques facilités, c'est vrai. Mais pour les autres points d'ouverture, ce sera bien différent, vous pouvez me croire.

Le professeur s'éloigna de Draco et sortit d'une de ses poches une petite balle de mousse colorée qu'elle posa au sol.

- Ceci est l'objet que vous devez atteindre, annonça-t-elle en se redressant.

- Comment ?

- Je vais vous l'expliquer, mais laissez-moi un instant. Si votre magie sort de vous, je préfère ne pas être touchée une nouvelle fois.

Le professeur rassembla ses mains comme pour une prière et ferma les yeux. Draco comprit qu'elle mettait en place son bouclier de protection habituel. Alors qu'elle écartait les mains, il crut voir un léger voile blanc se tisser, petit à petit. Il cligna des yeux et se concentra, les sourcils froncés : c'était la première fois qu'il voyait le résultat d'un sort sans baguette. Etait-ce une conséquence de sa vue altérée ? Du livre doré ?

Trois secondes supplémentaires, et Draco perdit la vue du voile du bouclier. Mais il savait que ce dernier formait un rempart presque invisible entre eux. Par contre, son professeur n'avait esquissé aucun geste pour protéger ses arrières. Si le bouclier se formait entre ses mains, alors il ne protégeait pas le dos de son professeur.

- Quand on lance un sort avec une baguette, commença-t-il alors que son professeur rouvrait les yeux, comme un sort de bouclier, on est protégé par une bulle. Est-ce que lorsqu'on envoie ce même sort sans baguette, il a les mêmes effets ?

- Pas toujours. Il ne faut pas oublier que la baguette du lanceur augmente sensiblement les effets de sa magie. Quand on lance un sort sans baguette, il faut s'attendre à ce qu'il soit moins puissant. C'est l'inconvénient, même si la magie sans baguette permet de lancer des sorts bien plus diversifiés.

Draco hocha la tête. C'était donc bien la magie de son professeur qu'il avait vue. Ce n'était pas une magie qui l'effrayait vraiment, même si Clothilde Lemaire avait représenté une forme de danger la semaine précédente. Sa magie à elle était discrète, mesurée.

Loin de la fantomatique Aline et de la monstrueuse Lina.

- Comment je dois m'y prendre, donc ? redemanda Draco en fixant la balle colorée.

- Vous devez tendre les mains vers la balle et imaginer que vos bras grandissent et s'allongent, jusqu'à ce que vos mains puissent la saisir. Si votre volonté est ferme, votre magie tendra à la réaliser et elle deviendra le prolongement de vos bras. Par conséquent, plus vous imaginez que vos mains s'éloignent, plus votre magie sortira de votre corps. Vous comprenez ce que je veux dire ?

- Je crois, oui, répondit Draco.

- Et ne vous inquiétez pas si ça ne vient pas tout de suite, l'avertit-elle. L'essentiel est de rester concentré. Vous pouvez vous lancer.

Tendant les bras comme l'avait suggéré le professeur, il imagina pouvoir attraper la balle au loin. Il crispa les muscles, avança les épaules au maximum, étirant son corps au lieu d'étirer sa magie et essaya. Il avait l'impression qu'il faisait un travail inutile car quinze longues minutes passèrent sans que quoi que ce soit ne se produise.

Il s'épuisait, il avait mal à force de tenir sa position : son dos et ses bras étaient presque engourdis, tout poisseux de sueur. Et il avait mal au crâne à force de ne fixer qu'un point, alors qu'il était déjà très fatigué par sa nuit presque blanche. Et Clothilde Lemaire, qui ne lui disait rien, ne le conseillait pas et se contentait de l'observer, l'agaçait énormément.

Sentant qu'il commençait à trop s'énerver, il ferma les yeux et inspira profondément. Il devait se re-concentrer, comme l'avait demandé son professeur. Se concentrer était toujours la clef.

Il rouvrit les yeux et les fixa de nouveau sur l'objectif, la balle au loin. Ses bras fatiguaient ? C'était vrai… Mais il imagina que sa magie l'aidait à les porter. Petit à petit, il relâcha ses muscles sans baisser les bras. C'était bien moins douloureux de maintenir la position. Il redressa également le dos pour soulager sa colonne.

Bêtement, il se rendit compte que son dos droit facilitait les choses et qu'il avait repris la position enseignée par Clothilde Lemaire pour la stimulation des points d'ouverture.

Il recommença à se tendre vers la balle, pour essayer de la saisir, mais uniquement psychiquement. Il maintenait son corps droit. Il se concentrait uniquement sur l'objet, au lieu de se concentrer pour se tendre le plus possible vers l'avant.

Sa magie serait immatérielle, songeait-il, un peu comme celle de son professeur. Il devrait donc envelopper la balle pour la tirer à lui. Mais comment était-elle ? Lourde ou légère ? Lisse ou assez rugueuse pour lui donner une prise ?

Alors qu'il s'interrogeait sur la balle, il perçut sur ses paumes une chatouille qui lui rappela les chatouilles de la magie de Clothilde Lemaire, quand elle la faisait entrer en lui. Sa magie tentait de sortir pour lui apporter des réponses à ses questions. Cependant, la sensation était assez différente de la magie entrante. C'était plus… comment dire… chaleureux.

Ce n'était pas la sensation d'une vague magique froide et douloureuse qui pénétrait ou explosait en lui, mais l'impression de dégager une certaine chaleur douce et amicale.

Il baissa les yeux sur ses mains et aperçut le même type de voile que celui de son professeur, ondulant autour de ses mains et ses avant-bras, mais dans un ton plus argenté. Cependant, à peine eut-il perdu sa concentration sur la balle, que le voile se résorba pour rentrer en lui à une vitesse fulgurante.

Découragé d'avoir perdu le fruit de ses efforts aussi rapidement, il baissa les bras et renversa la tête en arrière dans un grognement fatigué. Les yeux fermés, il prit conscience qu'il tanguait dangereusement, comme s'il allait perdre l'équilibre et tomber d'un instant à l'autre.

Il était véritablement épuisé.

- Bravo, monsieur Malfoy, lui dit Clothilde Lemaire en s'approchant de lui. J'ai réussi à sentir vos flux s'avancer un peu à l'extérieur. Pour une première fois, je n'en attendais pas tant.

La voix se faisait de plus en plus lointaine et il n'eut pas la force de répondre.

- Je vais vous reconduire à votre chambre. Une longue nuit de sommeil s'impose pour que vous puissiez récupérer un peu de votre effort, capta-t-il encore avant de tomber de fatigue, plongeant dans un sommeil profond et bienheureux, loin de ses questions et de ses angoisses des dernières heures.

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Dimanche 11 octobre, midi

Draco posa son plateau sur la table et se laissa tomber sur le siège en face de Ramon. Il venait encore d'esquiver les jumelles. Les halos qui les entouraient s'estompaient peu à peu, mais Draco se méfiait de leur étrangeté.

Alors qu'il se penchait vers son plateau, il laissa échapper un soupir fatigué. Des mèches de ses cheveux, trop longs, venaient parfois lui chatouiller le front et lui cacher les yeux. Il avait l'horrible impression d'être négligé. Est-ce qu'il devait les couper lui-même ?

- Moi, j'aime bien, lança Jil à côté de lui, après avoir déchiffré ses marmonnements. Ça adoucit un peu ton visage.

Draco ne répondit rien, mais songea que c'était une raison de plus.

DMKADMKADMKADMKADMKA

Mercredi 14 octobre, matin

Kimi Asuya s'étira longuement dans son fauteuil, en attendant Draco Malfoy pour sa séance de psychomagie hebdomadaire. Le jeune homme en aurait sans doute besoin, il avait l'air très fatigué ces derniers jours.

Elle était préoccupée par le résultat de leur dernière séance et par ce qu'elle avait appris entre temps. Draco Malfoy n'avait pas un passé simple. Il avait côtoyé des extrémistes toute sa vie – ce qui expliquait certaines de ses remarques parfois choquantes – et il avait probablement côtoyé des assassins régulièrement.

Le passé lourd de Malfoy et les réminiscences provoquées par ses questions pouvaient éventuellement expliquer sa fatigue.

Clothilde disait que c'était parce qu'il s'essayait régulièrement à la magie sans baguette – effectivement épuisante au début de la pratique - mais elle-même avait remarqué qu'il jetait autour de lui des regards méfiants et parfois effrayés, même si elle ne parvenait pas à en comprendre la raison. Ce n'était pas le genre de réaction associée à la pratique de la magie sans baguette.

Peut-être des cauchemars. C'était Betty qui, lors des repas, parlait régulièrement des visions précises et justes de son étudiant. Elle avait été impressionnée par sa compréhension de la prophétie de l'Atlantide et par le rendu macabre et indubitablement exact. Kimi, elle, trouvait surtout cela préoccupant.

Si ses inquiétudes à propos de la stabilité de son patient s'avéraient vraies, cela annulerait tous les bienfaits de leur dernière séance. Elle en avait appris beaucoup sur la personnalité et la mentalité du jeune sorcier. Il avait la carapace hautaine et parfois agressive d'un garçon qui n'était plus tout à fait un adolescent mais pas tout à fait un homme, et qui ne parvenait pas à trouver sa place.

Son esprit jugeait tout – personnes, actes, pensées – à l'aune de valeurs nettes et probablement acquises dans l'enfance. Le sérieux. La supériorité. L'attitude à la fois respectueuse et hautaine de ceux qui accordent de l'importance à des coutumes pourtant éculées, de son point de vue à elle en tout cas. Des coutumes qui divisaient la population entre une élite et une masse rustre et inculte.

Déroger aux valeurs qu'il suivait, c'était être inférieur et méprisable. Elle comprenait d'ailleurs mieux pourquoi son patient avait cet air coincé et ces névroses qui transparaissaient parfois sur son visage autrement froid et fermé. Parce que les valeurs de son enfance étaient psychorigides et inaptes à l'épanouissement de quelqu'un. Et même si Draco Malfoy avait commencé à les remettre en cause, il n'osait pas pousser la logique jusqu'au bout et s'affranchir totalement.

Tout cela pouvait probablement expliquer une partie de son animosité envers « Harry Potter ». Un être qui était totalement hors des cadres du jeune homme, et qui semblait farouchement indépendant.

Elle ne connaissait pas ce sorcier qui avait fait réagir Draco Mafloy si fort au milieu de ses autres questions, dans les séances précédentes, mais elle avait appris beaucoup de choses par les yeux de son patient. Il existait entre eux une animosité apparemment sans limite. Au premier regard.

Mais en allant un peu plus loin, elle avait vu parfois naître chez le jeune sorcier un sentiment plus mélancolique et une inquiétude profonde qui lui semblait un peu déplacée. Il y avait un lien, quelque en soit la nature, entre les deux ennemis d'enfance, qui allait au-delà de la simple animosité et qui méritait d'être creusé.

Le jeune homme frappa finalement à la porte et entra.

- Bonjour, monsieur Malfoy. Avez-vous bien dormi ? demanda-t-elle.

- Pas vraiment, marmonna-t-il avant de lui dire bonjour à son tour.

- Que s'est-il passé ?

- Rien de bien important, répondit-il en s'asseyant dans le canapé qui lui était destiné. Un petit cauchemar.

- Puis-je en connaître le sujet ? demanda Kimi avec cet air curieux et ouvert qui lui était propre.

Draco lui lança un regard las et quelque peu désabusé qui la fit sourire.

Elle savait qu'il n'était pas habitué à ce qu'on lui pose des dizaines de questions à la minute et que ça le décontenançait parfois. Mais elle savait aussi qu'il finissait toujours par se plier à l'exercice, de plus ou moins bonne grâce.

- J'ai été poursuivi par un méchant livre, doré et boueux, toute la nuit… lança-t-il avec une pointe d'ironie. Est-ce que c'est maintenant que vous m'annoncez que je suis définitivement fou ?

- Loin de moi cette idée. Comment votre livre pouvait-il être à la fois boueux et doré ?

- La couverture était dorée, mais la boue dégoulinait et laissait des traces sur le sol pendant que le livre me poursuivait.

Kimi griffonna quelques mots à la hâte et son patient lui lança un regard narquois.

- Ce n'est pas la peine de l'analyser, lança-t-il, je sais très bien d'où vient ce cauchemar.

- Pouvez-vous m'expliquer ?

- Non, répondit-il catégoriquement.

- Est-ce que cela vient de nos séances de psychomagie ? Cela a-t-il un rapport avec Harry Potter ?

- Qu'est-ce que Potter aurait à voir avec mon livre ? demanda Draco en fronçant les sourcils.

L'air d'incompréhension de son patient était une réponse suffisante pour elle.

- Il me semble que vous avez dit, la semaine dernière…

Kimi baissa la tête, saisit un parchemin de son bloc et lut.

- … qu'Harry Potter était « le genre de personne à plonger dans la boue sans se poser de question. Déjà, avec ses choix d'amis. Et puis, il a toujours laissé Granger réfléchir à sa place. C'est idiot parce qu'elle a un livre à la place du cerveau. » Ces mots entrent en résonance avec votre cauchemar, je trouve.

Draco ne put s'empêcher de sourire et de ricaner légèrement en entendant cette citation dans la bouche de sa psychomage. Il ne pouvait pas s'empêcher non plus de penser qu'elle sonnait étonnamment juste. Certes, Granger lui semblait moins méprisable, depuis qu'il avait rencontré Ethan. Mais elle avait toujours un livre à la place du cerveau.

- C'est vrai qu'il y a des points communs avec ce que j'avais dit, admit-il. Mais Potter n'a rien à voir, de près ou de loin, avec un livre. C'est aussi le genre de héros qui place tout dans les muscles et rien dans le cerveau.

Soudain, Draco se figea et se reprit.

- Je ne veux pas dire qu'il a des muscles, loin de là ! C'est juste un affreux binoclard qui n'a rien pour lui. Ni cerveau, ni muscle. Voilà.

Kimi empêcha un sourire de poindre sur ses lèvres. Quelle attitude enfantine il pouvait avoir, parfois. En tout cas, il était allé exactement là où elle le voulait : sur le sujet Harry Potter. Avec la même verve étonnante et la même rancœur que la fois précédente.

Elle était aussi rassurée de constater que ce n'était pas elle qui fatiguait Draco Malfoy, ni ses questions à propos de son ennemi d'enfance. Il faisait des cauchemars – qu'elle allait devoir analyser mais plus tard – mais ce n'était pas leurs séances qui l'impactaient négativement.

Elle pouvait donc continuer à creuser du côté de l'ennemi d'enfance de son patient.

- Parlez-moi encore un peu de ce Potter, demanda Kimi.

Draco songea aux journaux qu'il avait reçus ces derniers jours.

- Que voulez-vous que je vous dise ? Je vous ai déjà parlé de sa stupidité, de son incapacité à bien s'entourer…

Quoi qu'il avait commencé à faire quelques progrès.

Il avait lu, dans la Gazette, que Potter était en disgrâce auprès du gouvernement, qu'il était incapable de faire son travail correctement et qu'il prenait plaisir à effrayer et écraser ses élèves. Franchement, même lui devait admettre que c'était n'importe quoi. Potter savait enseigner – combien de fois avait-il essayé de faire chanter les élèves de l'AD sans succès, pour le dénoncer ? – et il avait ce foutu complexe du héros qui le poussait à protéger les faibles…

Certes, il n'avait jamais protégé les élèves fragiles de Serpentard, mais il ne fallait pas pousser le vice trop loin. Et puis, si Potter était capable de le faire souffrir lui, c'était aussi et surtout parce qu'il était un cas à part pour Potter.

Toujours est-il qu'il s'entourait mieux. Draco devait admettre que le Chicaneur du lundi 12 octobre était d'une virtuosité admirable dans la défense de Potter. La réponse de Luna Lovegood à la Gazette était forte et avait su donner au « Sauveur » le meilleur rôle, en démontant point par point les mots du ministre actuel. Zacharie Zorille.

Par contre, s'il s'entourait mieux, Potter était toujours un adepte des ennuis. Ce matin, il avait reçu la Gazette de la veille, qui annonçait la clôture du Chicaneur en attendant un procès… Potter et ses amis avaient des ennuis, comme d'habitude.

- Potter, reprit-il en sortant de ses pensées, est incapable d'être diplomate. Il est totalement inadapté dans notre société sorcière actuelle. C'est juste un… barbare. Il n'y a rien de plus à en dire.

- Il a été barbare avec vous ?

- Comment ça ? demanda Draco en fronçant les sourcils.

- Vous n'avez pas pu me parler de vos relations avec Harry Potter, la semaine dernière. J'aimerais vraiment savoir ce qu'il en est. Et ce qu'il vous a fait pour que vous le haïssiez ainsi.

- Rien qui vous regarde, grinça le sorcier en se fermant totalement. Et je n'ai pas de relation avec Potter, ajouta-t-il en reniflant.

Bien. Il avait de nouveau adopté l'attitude d'un botruc… Mais on avançait : cela signifiait qu'il s'était passé quelque chose d'important.

- Quelles sont vos relations avec les autres, alors ? demanda-t-elle, en espérant pouvoir obtenir des réponses par un autre biais.

- Je n'ai pas non plus de relation avec les autres, dit-il, hautain. Nous commerçons, nous négocions, nous impressionnons, mais nous n'entretenons pas de relation. Les autres peuvent soit servir – et il s'agit alors de négocier – soit ils sont inutiles et il suffit de les impressionner.

- Et qu'en était-il de vos amis ? demanda Kimi, intérieurement atterrée de voir un jeune homme penser de façon aussi limitée et… inhumaine.

Où étaient les sentiments, dans tout ça ? Comment résister si on se contentait d'une analyse mécanique des relations humaines ?

- Même chose, répondit-il d'un ton adouci en pensant à eux. Ils négociaient ou intimidaient. Ils étaient comme moi. Ils savaient comment réagir. Ils étaient adaptés socialement, eux.

- Avez-vous gardé contact avec eux ?

Une grimace fugace vint tordre son visage.

- Non, parvint-il à dire malgré sa gorge serrée. Je…

Draco fronça les sourcils pour se donner un air plus important et maître de lui, et il se racla la gorge.

- J'aurais aimé.

Kimi acquiesça. Elle se doutait qu'aborder ce sujet serait douloureux.

Elle avait plus de cartes en main désormais, pour comprendre son patient et lui tirer des réponses intéressantes. Elle avait discuté avec Clothilde, pendant le week-end, et elle avait appris son passé de Mangemort. Elle se doutait donc que les anciens amis de Draco Malfoy devaient être en mauvaise posture.

- Pourquoi n'avez-vous pas pu ?

- Vous ne pourriez pas comprendre, grogna-t-il.

- Je pourrais peut-être vous contredire, si vous m'expliquiez, avança-t-elle doucement.

- Non.

Kimi retint un soupir. Voilà. Il était dans l'une de ces phases fermées qu'il affectionnait quand les sujets devenaient trop sensibles.

Il fallait tenter de l'adoucir…

- Alors j'aimerais que vous me parliez de vos amis actuels.

Draco croisa les bras, buté. Il n'avait pas d'ami au Palais : sa promotion se méfiait de lui, des jumelles folles passaient leur temps à le poursuivre, et il fréquentait trop rarement les autres promotions…

Quoique. Ramon était éventuellement un ami. Il supportait son caractère, pour le moins. Il aimait bien aussi la compagnie de Margaux et d'Ethan, mais de là à dire qu'ils étaient amis. Il n'en savait rien. De toute façon, ils n'étaient pas au Palais.

- Ramon est différent de mes anciens amis, mais il ressemble à Blaise. Dans l'ensemble, on s'entend bien, dit-il du bout des lèvres.

Kimi attendit une suite qui ne vint jamais.

- N'avez-vous qu'un ami ? tenta-t-elle.

- En quelque sorte, oui.

Kimi se permit alors d'aborder l'attitude fermée de Draco, qui le desservait.

- C'est probablement parce que vous n'allez pas vers les autres. Vous ne devez pas attendre passivement, vous devez vous ouvrir un peu pour que les autres s'ouvrent à vous en retour.

- J'ai essayé ! explosa-t-il. Vous aviez dit que parler faisait du bien, mais c'est faux ! J'ai essayé d'expliquer à Ramon, mais il n'a rien compris ! Il s'est moqué de ce que je disais.

- Parce qu'il ne comprend pas votre passé, répondit Kimi en retour. Parce que personne ne sait comment est votre famille, comment étaient vos amis, vos ennemis, ou quelles ont été vos expériences passées. On ne peut pas deviner seul ce qui vous blesse ou ce qui vous plaît. Vous devez expliquer.

- Non, réitéra Draco en secouant la tête, non. Vous ne comprenez pas. Je ne peux pas. Personne ne peut comprendre mon passé.

Il ne voulait pas parler de ses parents, de ses amis, de Potter. Ses rancœurs et son chagrin ne pourraient que lui faire du mal s'il les laissait s'échapper de leur boîte. Il ne fallait pas qu'il craque. Il ne voulait pas craquer.

Kimi se mordit la lèvre et tenta le tout pour le tout, sachant qu'elle pouvait faire à son patient autant de mal que de bien.

- Je connais votre passé, dit-elle. Je sais que vous avez été Mangemort. Et je crois aussi que vous n'étiez pas d'accord avec la philosophie assassine qui accompagnait ce fait.

Draco Malfoy hyper-ventila. Brusquement. Il était en pleine crise d'angoisse.

C'était de sa faute, elle le savait. Elle venait de lui enlever le contrôle des informations, en lui avouant qu'elle savait déjà. Mais elle espérait en tirer quelque chose de positif à terme. Il fallait seulement qu'elle lui rende un certain contrôle pour qu'il puisse retrouver son calme… Sa nature en avait besoin. Sa lutte contre ses traumatismes aussi.

- Monsieur Malfoy, commença-t-elle posément, il y a des choses que j'ai apprises, mais il y en a encore beaucoup que j'ignore de vous. Je sais seulement une chose : la meilleure manière de vous soulager de vos poids, c'est de les partager, d'en parler. Vous pourriez commencer par mettre des mots sur ce qui vous pèse, même si ce n'est pas devant moi.

Le jeune sorcier avait toujours un regard méfiant et apeuré, ses poings crispés sur le fauteuil, mais sa respiration se calmait peu à peu. C'était bon signe.

- Vous pourriez vous défouler un peu en parlant avec quelqu'un qui vous écouterait toujours, sans rien dire.

- Je ne veux pas vous parler, admit-il douloureusement.

Kimi se leva, se dirigea rapidement vers une armoire fermée qu'elle ouvrit et en ressortit un petit objet.

- Alors vous pourriez lui parler à elle, dit-elle en lui tendant une petite poupée de chiffon. Elle gardera vos secrets.

- Vous me prenez pour une fille ? grogna-t-il, interloqué par la proposition.

La surprise avait au moins eu le mérite de lui faire reprendre ses esprits. Il avala une grande goulée d'air et cessa de se tortiller sur le fauteuil à cause de son impression de malaise. Il parvint à peu près à reprendre le contrôle de lui-même, le temps que Kimi reprenne sa place.

Celle-ci repensa aux valeurs de son patient. Comment lui faire accepter la poupée ? Le chantage serait mal perçu, lui faisant perdre une fois de plus le contrôle. La négociation pouvait par contre fonctionner…

- Si vous la gardez avec vous, offrit Kimi, vous pourriez partir maintenant.

Draco lui lança un regard le plus neutre possible, saisit la poupée et se leva. Quand il referma la porte derrière lui, Kimi poussa un léger juron. Elle savait qu'il sauterait sur l'occasion de partir, mais ils n'avaient eu le temps de parler qu'un petit quart d'heure. Son patient n'était vraiment pas facile…

ALLLPPALLLPPALLLPPALLLPP

Aline et Lina, profitant discrètement de l'une des poutres du rez-de-chaussée du Palais, gardaient un œil sur Philippe Piéfort, dont le comportement était toujours aussi étrange. Il semblait en vouloir à Draco Malfoy, même si elles n'en connaissaient pas la raison. Et comme elles, il avait l'envie visible de suivre le sorcier dans son périple rituel du mercredi matin.

Les jumelles avaient découvert que les escapades matinales de Draco Malfoy sortaient légèrement de l'ordinaire. Certes, il prenait l'air. Mais il était également capable de suivre une silhouette étrangère dans les bois, de converser avec une licorne et – sans doute – de découvrir quelque chose d'énorme à propos de la statue moldue qui trônait sur le domaine…

Elles n'avaient pas envie que Philippe Piéfort vienne mettre son nez dans ces étranges affaires.

Alors en ce mercredi matin, elles observaient le comportement du sorcier qui attendait dans le Hall, les yeux fixés sur le couloir qui menait dans les étages. Alors que Draco Malfoy pénétrait dans l'espace plus tôt que d'habitude, un objet non identifiable dans l'une de ses mains, Philippe Piéfort se mit hors de sa trajectoire, sans le quitter des yeux.

Le jeune sorcier blond ne semblait pas l'avoir vu et il se dirigea, comme à son habitude, vers les grandes portes du Palais.

Les jumelles échangèrent un regard. Elles devaient empêcher Philippe Piéfort d'empiéter sur l'espace de celui qui était, de façon de plus en plus évidente, leur futur maître. Le Rêveur.

Dans le même mouvement, elles s'avancèrent vers le Roselune, qui lui se mettait en mouvement pour sortir à son tour.

- Philippe ! lança Aline joyeusement. Quelle bonne surprise ! Est-ce que tu as la réponse de ton père ?

Le sorcier, qui avait essayé de les fuir poliment en l'apercevant, se retrouva coincé par Lina qui était apparue juste devant lui sans qu'il ne comprenne bien comment elle avait fait.

- Bonjour, Philippe. Je crois qu'on ne s'est pas encore revus, depuis tout ce temps.

- Fichez-moi la paix, grogna celui-ci, je suis pressé.

- Mais… protesta Aline avec une petite moue, et pour notre lettre ?

Poussant Lina sur le côté, Philippe sortit du Palais à grand pas. Dans la terre du chemin, encore humide de rosée du matin, pas la moindre trace de pas. Draco Malfoy avait sans doute pris un raccourci entre les arbres. Il avait encore perdu sa trace.

Rageur, il se tourna vers les jumelles qui l'avaient suivi.

- Mais qu'est-ce que vous me voulez, à la fin ? cria-t-il.

- Reprendre contact, dit Lina avec un air aussi innocent que celui de sa sœur.

- Je ne vous connais pas, répliqua-t-il hargneusement. Et je n'ai pas envie de vous connaître !

- Mais enfin, qu'est-ce qu'il te prend ? demanda Aline. On s'entendait si bien, enfants.

- Je ne suis pas celui que vous croyez, gronda-t-il d'une voix froide et dangereuse. Fichez-moi la paix ou vous aurez des ennuis. Je vous le promets.

Il rentra de nouveau dans le Palais, bousculant volontairement les deux jumelles en passant entre elles.

Lina entraîna sa sœur plus loin, sur le chemin, loin des éventuelles oreilles indiscrètes.

- Je comprends de moins en moins son comportement, chuchota-t-elle à l'oreille Aline. Il est violent. Mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi il se focalise sur Draco Malfoy et ce qu'il peut bien lui vouloir.

- Je ne sais pas non plus, admit Aline. Mais il y a vraiment quelque chose de bizarre. Tu écris à papa ?

- Dès qu'on rentre, confirma Lina.

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Draco déboucha dans la clairière qu'il affectionnait. Sa clairière, celle qui l'apaisait si facilement. Il s'approcha de la statue et s'assit sur le socle, penché sur la poupée de Kimi dont il ne savait que faire. L'objet était magique. Il le sentait dans ses mains, et il la voyait cligner des yeux à intervalles réguliers, comme un être vivant normal.

Elle était assez grossière, dans l'ensemble. Son corps mou, recouvert d'une petite robe d'été rouge, n'avait aucun détail. Pas de doigt, pas de pied. Le visage, par contre, était plus soigné. Un petit nez de tissu, une bouche rouge et des yeux aux pupilles noires et aux iris gris. Comme les siens. Des sourcils marron, comme les cheveux, qui ressemblaient d'ailleurs plus à du crin de cheval qu'à des cheveux.

Il avait l'impression qu'elle le fixait attentivement. C'était une sensation étrange.

- Je suis donc censé te raconter ma vie, c'est ça ? dit-il ironiquement.

La poupée sourit. Et Draco secoua la tête.

- Les poupées, c'est pour les filles, statua-t-il, amusé.

Le sourire de la poupée grandit. Il avait l'impression qu'elle se moquait de lui, mais il n'en pris pas ombrage, plutôt amusé. Il tourna la poupée dans tous les sens, tentant de comprendre quelle magie la recouvrait, mais il ne parvint qu'à la chatouiller, s'il en croyait sa bouche tordue par un rire silencieux.

- Je n'aime pas répondre aux questions d'Asuya. Elle n'a aucun droit de connaître mon passé, mes parents, mes amis, expliqua-t-il à la poupée. Elle ne comprendrait pas.

L'objet redevint immédiatement calme et haussa les sourcils, comme pour lui demander de continuer.

- Elle ne comprendrait pas mon passé de Mangemort, développa-t-il. Je n'ai jamais réussi à tuer, mais j'ai fait souffrir des moldus pour garder un peu mon statut. Et j'ai souvent regardé les autres torturer et tuer, sans montrer que j'en étais malade. Jusqu'à ce que je me dispute violemment avec Pansy. Je ne voulais pas l'écouter et ça a été nos derniers mots, dit-il d'une voix un peu cassée.

La poupée fronça les sourcils.

- Toi non plus, marmonna-t-il, tu ne peux pas comprendre à quel point j'ai souffert, à partir de ce jour-là… Tu es un objet de chiffon. Tu ne peux pas comprendre mes regrets. Si je l'avais écoutée, j'aurais peut-être pu l'empêcher de hurler qu'elle ne voulait pas être Mangemort en plein milieu du manoir. Je lui aurais dit de résister, d'attendre ou de fuir. Mais Pansy a toujours été entière. Je ne méritais pas son affection.

Tout sourire avait disparu de la poupée. Mais son regard était toujours fixé intensément sur lui. Il ne comprenait pas comment une poupée pouvait avoir un tel regard…

- Si j'avais été son ami, je l'aurais protégée quand son père l'a attrapée pour l'emmener au loin. Mais les autres Mangemorts autour me faisaient trop peur. J'avais déjà subi leur folie deux ou trois fois, quand ils voulaient me punir pour mon incompétence. Ils méprisaient mon père au lieu de le craindre, alors je ne faisais plus peur. Je n'ai pas bougé. Je pensais que les choses se tasseraient.

Le visage de Draco se tordit, sa souffrance et ses regrets parfaitement visibles sur son visage.

- J'ai toujours été aveugle et lâche, murmura-t-il en se tassant un peu plus, comme si le poids sur ses épaules venait de s'alourdir. Je n'aurais jamais cru que son propre père la donnerait en pâture aux autres. J'aurais dû m'en douter, pourtant. Ses deux petites sœurs étaient déjà mortes dans des circonstances bizarres… Elle…

Les poings de Draco se crispèrent sur la poupée qu'il tenait.

- Elle me manque, avoua-t-il d'une voix cassée. Je n'ai pas pu la sauver de ces barbares et elle n'existe plus. Si seulement j'avais eu un peu plus de puissance et un peu plus de courage…

Alors qu'il retenait ses larmes, Draco sentit son nez commencer à couler. C'était toujours comme ça quand il s'empêchait de pleurer. Il utilisa sa manche, sans se soucier de la bienséance ou de salir son vêtement. Ce fut inutile : les larmes s'échappèrent et dévalèrent ses joues.

Il le savait. Dès qu'il ouvrait sa boîte, dès qu'il ouvrait les vannes de la parole, il n'était plus capable de contrôler ses émotions. Il eut besoin de longues minutes pour se calmer et reprendre une respiration moins hachée.

- Tu vois, dit-il finalement à la poupée, c'est bien le seul avantage au fait que Potter ait gagné. Il a empêché ces malades qui nous torturaient de proliférer.

Et il fourra l'objet de tissu, dont le visage semblait triste, dans la poche de son manteau.

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Jeudi 15 octobre, matin

Le professeur Burke ouvrit la salle de Potions devant eux et Draco eut un vrai sourire. Ce n'était pas leur salle de cours habituelle, où les tables ne comptaient qu'un plan de préparation des ingrédients. C'était la salle de Potions toute équipée, avec feux et chaudrons, une salle qui annonçait le début de la véritable pratique.

Les élèves entrèrent, les uns après les autres, les bras chargés des ingrédients qu'ils avaient récoltés et préparés depuis plus d'un mois. Dans ceux qu'il portait, Draco en avait reconnu plusieurs plus ou moins toxiques. Il avait appris beaucoup de nouvelles choses avec Margaux. C'était la raison pour laquelle il s'était un peu ennuyé, ces dernières semaines, en se contentant de couper, hacher, presser, piler…

D'autant plus que l'exigence de son parrain, qui lui avait fait pratiquer les potions presque à chaque vacances, était aussi haute que celle d'Andrew Burke. Du coup, il avait déjà les gestes précis d'un préparateur de potions junior.

Le professeur se dirigea ensuite dans le fond de la salle, en passant entre les pupitres équipés, et ouvrit une nouvelle porte.

- Entrez et choisissez un casier parmi les noirs, leur demanda-t-il. Les autres sont réservés à vos camarades des autres spécialités. C'est désormais ici que vous stockerez les ingrédients que nous préparerons, lors des leçons plus théoriques. Pour vous l'attribuer, posez votre main sur l'emprunte de la porte et le casier gardera votre signature magique comme clef. Rangez ensuite vos ingrédients, sauf la fiole de jus de lactaire, les racines de belladone en poudre, l'aconit et les feuilles d'ellébore hachées.

Draco entra et prit le premier casier noir et libre qu'il eut sous les yeux. Il y en avait des rouges, des bleus et des verts – sans aucun doute des casiers des autres spécialités, ainsi que des blancs. Probablement pour les étudiants des années supérieures qui souhaitaient se spécialiser en Potions.

Il fit comme demandé et disposa ses ingrédients dans les différents étages. Champignons, plantes, décoctions intermédiaires… Il laissa un étage libre pour le moment où ils travailleraient sur les ingrédients issus d'animaux.

Puis il retourna dans la salle de cours avec les ingrédients cités par le professeur. Presque uniquement des ingrédients dangereux et toxiques. En rejoignant une place, au deuxième rang, il constata que sur le plan de travail du pupitre se trouvaient plusieurs fioles de divers ingrédient ainsi qu'un crapaud humide mais mort.

- Dépêchez-vous de vous installer, s'il vous plaît, demanda Andrew Burke à Soledad, toujours au fond de la pièce.

La jeune femme se hâta et s'installa à la place qu'Hunter lui avait réservée, à côté de lui et juste derrière Draco.

- Bien. Comme vous vous en doutez surement, nous allons aujourd'hui commencer la partie du programme consacrée à la préparation de potions. Je vous avais expliqué, voilà un mois et demi de cela, que nous travaillerions sur les méthodes de traitement des ingrédients avant de nous intéresser aux poisons et antidotes. Nous y voilà.

La plupart des étudiants semblaient assez satisfaits de ce fait.

- Les bézoards, reprit le professeur en commençant son cours, ne sont pas efficaces contre tous les empoisonnements et ils sont incompatibles avec certaines espèces. Vous allez donc apprendre la manière de composer, de reproduire et analyser un poison, afin de lui découvrir un antidote.

Stefanie, qui parlait assez peu avec les autres depuis que Soledad et Hunter s'étaient trouvés, leva la main.

- Est-ce que tous les poisons ont un antidote ? Est-ce qu'on peut sauver tout le monde ?

- Oui, tout ingrédient toxique ou mortel a un antidote naturel. Donc tout poison peut trouver son antidote. Mais non, tout le monde ne survit pas à un empoisonnement. C'est une question de timing : certains poisons sont fulgurants et même un médicomage – spécialisé en potions et efficace – ne peut pas toujours réagir ou trouver un contrepoison à temps.

Soledad acquiesça et pencha la tête sur son parchemin de notes.

- Bien. Aujourd'hui, nous commencerons par concocter trois poisons rapides à brasser, à base d'ingrédients toxiques qu'on trouve couramment dans les nécessaires à potions.

Le professeur fit léviter une série de petites fioles vides et en déposa trois sur chaque bureau, puis il fit léviter un parchemin d'instructions devant chaque élève.

- Votre travail, poursuivit-il, sera de comprendre comment chaque ingrédient principal – l'aconit, la belladone et l'ellébore – interagit avec les ingrédients secondaires de chaque poison. N'hésitez pas à prendre des notes. Pour la semaine prochaine, vous me préparerez un devoir sur les trois antidotes à ces poisons en m'expliquant comment ils parviennent à contrer les effets de ces derniers.

Draco se pencha sur les consignes. Deux des trois poisons présentés étaient effectivement très connus, même si on ne les étudiait pas dans le cursus scolaire anglais. Draco les connaissait à cause ou grâce à la passion de son parrain. Le troisième ne semblait pas si compliqué à brasser, même s'il ne le connaissait pas encore.

- Chacun de ces poisons vous demandera entre 30 et 35 minutes de travail, en fonction de votre capacité à préparer efficacement les éléments qui se trouvent sur votre pupitre.

Draco fit un rapide calcul mental. Les deux potions qu'il connaissait lui prendraient même moins de 30 minutes, puisqu'il était capable de préparer des ingrédients et de surveiller sa potion en même temps, lors des étapes d'ébullition ou de repos.

Par contre, la troisième potion demandait la préparation du crapaud. Et Draco avait toujours eu horreur de disséquer des crapauds. Il perdrait donc du temps à cette étape et mettrait plus de 35 minutes. Bon. C'était quand même faisable.

- La semaine prochaine, vous ne serez plus de simples préparateurs mais des expérimentateurs. A partir des antidotes que vous aurez préparés théoriquement et qui vont serviront de base de réflexion, je vous demanderai de préparer un antidote à l'un des trois poisons à partir d'ingrédients limités que je vous donnerai.

Draco haussa les sourcils. Ça allait être intéressant. Il comprenait mieux pourquoi Burke leur avait tant parlé de théorie des ingrédients et d'interactions ces dernières semaines. Ils allaient devoir inventer un antidote à partir d'ingrédients non prévus.

- Vous aurez une heure de réflexion théorique pour préparer votre processus de brassage, vous devrez ensuite le mettre en œuvre. Vous serez évalués sur la réussite ou l'échec de votre antidote, à la fin du cours. Et cette évaluation commence aujourd'hui même, avec votre implication à comprendre et appliquer mes consignes, et à anticiper sur les solutions possibles.

Le cerveau de Draco était déjà en pleine ébullition. Les potions, c'était vraiment son truc. Il s'y sentait à l'aise et y prenait plaisir.

- Enfin, sachez également que les procédures que vous aurez rédigées et les erreurs probables que vous aurez faites me serviront comme point de départ pour mon cours sur l'élaboration d'antidote. Est-ce que tout est clair pour tout le monde ?

Les élèves acquiescèrent et le professeur leur donna le départ, avant de se diriger vers le tiroir de son bureau pour récupérer son ancienne baguette. Il l'avait gardée en souvenir, puisque comme la plupart des sorciers, il y était très attaché.

Puis il se dirigea vers l'étudiant Draco Malfoy : il avait appris par ses collègues que le jeune homme n'en avait plus. Mais pour brasser correctement une potion, quelle qu'elle soit, il était nécessaire d'y mêler un peu de sa magie. Les premières années ne maîtrisant par encore suffisamment leur magie sans baguette, cette dernière restait indispensable durant ses premiers cours.

- Vous allez avoir besoin de ceci, lui dit-il, même si elle n'est sans doute pas parfaitement adaptée à votre magie personnelle.

Draco leva les yeux vers le professeur Burke et laissa échapper un micro-sourire en voyant la baguette.

- Merci monsieur, mais je ne vais pas en avoir besoin, déclina Draco en saisissant la longue cuillère de bois d'if qui servait à mesurer les quantités de jus de lactaire. Je saurai parfaitement me débrouiller avec ça. Et puis, ces poisons ne nécessitent pas beaucoup de magie pour être efficaces, conclut-il.

Andrew Burke pencha légèrement la tête en observant son étudiant, mais il n'insista pas.

- C'est vrai, confirma-t-il. Mais quoi qu'il arrive, sachez que vous serez noté comme vos camarades, l'avertit le professeur avant de retourner à son bureau.

Alors que Draco se penchait de nouveau sur son parchemin, la cuillère toujours dans une main, Hunter et Soledad échangèrent un regard significatif. Leur camarade avait de l'expérience dans la préparation de poisons… C'était louche.

L'héritier Malfoy, lui, était à mille lieues de s'intéresser à son environnement. Tout en relisant les instructions des deux premières potions, pour être sûr de n'avoir rien oublié, il testait la texture de la cuillère de bois qu'il avait sous la main.

Il s'était entraîné comme un acharné, chaque soir de la semaine, dans son lit. Et il était capable désormais de transférer sa magie dans un objet neutre qu'il tenait dans la main.

Il s'embrouillait encore avec les objets magiques, parce qu'il ne parvenait pas à faire cohabiter sa magie avec celle d'un objet extérieur, et il ne savait toujours pas projeter sa magie à l'extérieur quand il ne tenait rien dans la main. Mais être capable de prolonger un peu son bras était une grande source de satisfaction, une réussite.

Ce n'était pas comme son essai d'ouvrir son dernier point d'ouverture magique.

Draco secoua la tête, une grimace douloureuse sur le visage, et il éloigna son parchemin d'instructions avant de remplir son petit chaudron d'eau. Il alluma un feu vif et espéra que la chaleur dégagée soit une explication suffisante à la rougeur qui avait envahi ses joues au souvenir de son essai raté.

Mordred ! Il avait été tellement maladroit qu'il avait eu l'impression qu'il venait juste de mettre le feu aux poils de son bas-ventre. Si encore la douleur s'était contentée de rester au niveau du pubis, il aurait pu passer outre après quelques heures. Mais là…

La pointe de douleur avait fait son chemin, à une vitesse fulgurante, jusqu'au bout de son… Eh bien disons qu'il avait été incapable d'uriner normalement pendant les dix heures suivantes.

C'était plus qu'embarrassant.

Et il n'avait pas envie de réessayer de si tôt.

Draco saisit la fiole de lactaire commun et en versa cinq gouttes. Il en fallait dix pour six litres d'eau. Il saisit ensuite les marguerites et utilisa un couteau pour gratter le pollen et le faire tomber dans une décoction de sang de jeune oie, seul moyen pour fixer le pollen avant de le verser dans le chaudron.

Le sang d'oie, quand celle-ci n'avait pas encore pondu d'œuf, était un ingrédient neutre dans la préparation de potions.

Le temps nécessaire pour achever cette tâche permit au liquide dans le chaudron de bouillir. Draco baissa le feu et versa le pollen de seize marguerites, avec la fiole de sang, dans le liquide encore transparent. Il saisit ensuite la cuillère de bois et se concentra pour y transférer un peu de sa magie, avant de débuter ses tours de chaudron, dans le sens des aiguilles d'une montre.

C'était une expérience perturbante de se passer de baguette pour la première fois. Chez Margaux, c'était toujours elle qui s'occupait de mélanger. Il n'avait eu qu'à préparer, incorporer les ingrédients et observer.

Oui, c'était perturbant. Parce que la magie de Draco identifiait la chaleur bouillante et que le sorcier avait la sensation qu'il avait la main directement plongée dans la potion. La douleur en moins, bien sûr.

Avec un petit effort magique supplémentaire, dans son dernier tour de cuillère, pour être sûr de ne pas échouer, Draco put constater l'activation des propriétés des lactaires associés au pollen de marguerite. La potion était désormais jaune bouton d'or.

Avec satisfaction, il cessa de se laisser emporter par ses souvenirs et se focalisa uniquement sur la suite de sa préparation. Quand il rendit ses trois fioles, un peu plus d'une heure et demie plus tard, il reçut les félicitations de son professeur et les accueillit avec un vrai sourire.

Préparer des potions était idéal pour oublier les soucis quotidiens…

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Vendredi 16 octobre, soir

« De : Double à Capuche,

La cible suit des séances de psychomagie tous les mercredis matins. Elle a donc un point vulnérable à exploiter. Elle se rend aussi systématiquement dans la forêt du Palais, juste après ces séances. Mais je n'en connais pas la raison et j'aurai des difficultés à récolter plus d'informations précises sur la cible.

Elle semble être protégée par deux étudiantes de l'année supérieure, Aline et Lina Lenain, même si je ne peux pas confirmer qu'elles me tiennent à l'écart volontairement.

J'attends donc vos instructions. Respectueusement. »

L'homme assis derrière son bureau, après avoir donné à sa femme l'excuse d'une réunion tardive et exceptionnelle, avait pris le temps de parcourir la missive de son pion au Palais et d'en tirer des hypothèses, dont certaines étaient particulièrement déplaisantes…

Si l'excentrique famille Lenain entrait dans le jeu et s'intéressait à Draco Malfoy, il y avait un risque pour lui. Il avait déterminé avec son homme de main, en début de mois, que le riche héritier était un danger potentiel. Sa prophétie trouée pouvait le laisser entendre.

Si Draco Malfoy s'associait avec les Lenain, qui avaient ouvertement pris le parti anti-Voldemort et lutté efficacement contre l'intrusion de ses hommes en France… alors il aurait des ennemis supplémentaires. Et il n'en avait vraiment pas besoin en ce moment, avec les tensions autour d'Harry Potter.

D'autant plus que, même s'il s'approchait peu à peu du Président de la Magie Français, son espion Ludovic Bonnet était encore loin d'avoir les armes pour lutter contre la famille Lenain. C'était le risque de perdre son influence dans un des pays les plus influents de la société magique.

Et s'il ne voulait pas griller son espion et perdre ses chances, alors… Alors il n'avait qu'une solution. Empêcher que les Lenain s'intéressent à Draco Malfoy.

Il avait une carte à jouer pour atteindre cet objectif. Le passé de l'héritier Malfoy. Car si les filles Lenain s'intéressaient à lui, c'était probablement parce qu'elles ne connaissaient pas sa condition d'ancien Mangemort… Si elles l'apprenaient, cela pourrait casser tout lien entre eux, affaiblir Malfoy et lui laisser le champ libre pour s'en débarrasser, par la suite, s'il en avait besoin…

« De : Capuche à Double,

Nous connaissons le point faible de la cible : son passé. En tant que Mangemort, il a commis de nombreux crimes dont la liste vous est jointe. Et même en tant que Mangemort, nous savons qu'il a été victime de diverses tortures. Notre hypothèse est que ces tortures – raison probable de ces séances de psychomagie – ont créé un traumatisme exploitable pour l'affaiblir.

La famille Lenain est une famille française dont les intérêts sont contraires à ceux de notre gouvernement. Nous souhaitons donc que vous empêchiez tout rapprochement entre la cible et ses protectrices actuelles. Etant donné que la famille Lenain exècre les Mangemorts, vous pouvez jouer sur ce point.

Salissez l'image de la cible s'il le faut, mais nous avons besoin de l'isoler et de l'affaiblir autant que faire se peut. Trouvez des alliés et apportez-moi les informations que je vous demande. »

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Dimanche 18 octobre

François Lenain n'était pas quelqu'un d'inquiet par nature : il ne se précipitait jamais, prenait le temps de vivre, batifolait beaucoup… Mais il avait tendance à peser les moindres risques avant de prendre une décision. Et force était de constater qu'à un moment, on ne pouvait plus tergiverser si on voulait avancer.

Il reposa, sur la table de la cuisine, la lettre envoyée par Aline et Lina qu'il venait de lire à sa femme.

- Je vois, dit celle-ci avec calme. Il fallait bien que cela arrive un jour.

- Je ne pensais pas qu'elles devraient jouer leur rôle si vite. En fait, j'étais sûr qu'une telle chose ne pouvait pas arriver, affirma-t-il avec un regard franc.

Marianne Lenain laissa échapper un rire clair. Elle appréciait la légèreté d'esprit de son mari. C'était rafraichissant et reposant. En fait, aussi étonnant que cela paraisse aux yeux de beaucoup de leurs amis, elle appréciait sa légèreté tout court.

- L'homme nous avait prévenus, tu sais, dit-elle. Il avait raison pour la naissance des jumelles. Pourquoi pas à propos de leur rôle ?

- En même temps, répliqua François avec un sourire enfantin, elles disent bien qu'elles ne sont pas encore sûres que ce Draco Malfoy soit leur rêveur.

- Nos filles ont toujours eu un instinct très sûr, François, affirma Marianne. Que vas-tu faire avec le petit Piéfort qui les a menacées ?

L'homme devint tout à coup sérieux et ses yeux lancèrent des éclairs.

- Je ne pense pas qu'il faille mettre l'Organisation au courant des soupçons des filles, pour le moment. Par contre, je n'admets pas qu'on puisse menacer mes trésors sans en subir les conséquences.

- Je pense qu'elles ont beaucoup plus d'expérience que nous pour se débarrasser d'une menace, tu ne crois pas ? lança Marianne, amusée.

- Je me fiche de leurs expériences précédentes. Ce sont quand même mes filles, répliqua François avec un air indigné qu'il délaissa immédiatement après, replongé dans ses pensées. Il faut que je contacte ce bon vieux Paul-Henri, pour savoir ce qui se passe avec son fils. Je suis sûr qu'il ne pourra pas rester insensible à mes arguments et qu'il se sentira le devoir de sermonner son fils…

Marianne ricana. Elle avait déjà bien pu profiter des arguments de son mari pour se débarrasser de deux de ses anciens coups de cœur.

- Et puis, ajouta-t-il, depuis le temps qu'on parle de l'inviter à la maison… Maintenant qu'on n'est plus dérangés par ces fous d'Anglais qui voulaient envahir le pays, c'est l'occasion de s'amuser de nouveau, conclut François de ce ton léger qui rappelait indubitablement celui d'Aline.

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Mardi 20 octobre, fin de soirée

Draco, un peu las, montait une à une les marches en colimaçon qui menaient en haut de la tour Hibouleau. A chaque palier ou presque, il croisait quelqu'un qui le regardait de travers. Cela faisait déjà deux ou trois jours qu'il avait l'impression d'être épié et jaugé de toute part, comme quand les jumelles semblaient le suivre partout.

Pourtant, celles-ci le laissaient tranquille depuis autant de temps.

Il se passait quelque chose – il ne savait pas quoi – et ça le rendait nerveux. Il avait l'impression d'être revenu une semaine en arrière, quand sa vue lui jouait des tours et l'empêchait de dormir en paix. Maintenant qu'il ne voyait plus de monstres étranges et autres vapeurs colorées, c'était sa paranoïa qui faisait des siennes. Il n'était pas tranquille…

Alors qu'il arrivait au palier en dessous du sien, Draco entendit son nom et se figea, sans faire le moindre bruit.

- Puisqu'on te le dit ! On a vu des articles, dans des journaux anglais qui parlaient de lui : c'est un meurtrier ! fit la voix d'Hunter Back, hachée. Ils appelaient ça « Mangemort », pendant la guerre. Ça veut bien dire ce que ça veut dire !

Draco eut un coup au cœur, effrayé, et il se plia en deux pour tenter d'étouffer l'angoisse qui montait en lui. Comment savaient-ils ? Il avait tout fait pour le cacher !

- Il fait des poisons parfaits, il est violent… ajouta Soledad. On a vu ses mains pleines de sang, dans l'un des premiers cours. Et en plus, l'école lui fait suivre des séances de psychomagie ! C'est qu'il n'est pas net ! Il faut en parler à quelqu'un, non ?

- Pourquoi à moi ? demanda une voix que Draco ne parvint pas à identifier.

- Tu es en troisième année et tu es l'un des intermédiaires avec les profs. Il faudrait que tu les préviennes. Nous, on a déjà fait passer le message à tous les premières années.

Non. Non, ils ne pouvaient pas lui faire ça. Il aimait bien le Palais et les cours, même si certains élèves comme les jumelles étaient étranges. Ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas enchaîner les problèmes comme ça, tout le temps, aussi vite.

Inquiet qu'on le surprenne à espionner ses camarades, Draco monta rapidement à l'étage supérieur pour se réfugier dans sa chambre, son havre de paix. Que devait-il faire ? Réagir et nier ? Ignorer les autres ? Se cacher ?

Qu'allait-il lui arriver si tout le monde apprenait son passé sombre ? Et comment avait-on pu découvrir son secret ?

Il n'entendit jamais le troisième année faire part de ses doutes. Puis sermonner ses camarades de classe pour colporter des ragots et s'intéresser au passé des autres. Et enfin leur expliquer que le Palais était ouvert à tous ceux qui avaient à cœur d'apprendre la magie verte et que seuls les actes après le passage du portail comptaient vraiment.

Et personne n'entendit non plus les deux Hibouleaux se concerter et décider d'aller voir Philippe Piéfort pour lui narrer leur entrevue avec leur aîné. Ils voulaient que Draco Malfoy se révèle au grand jour, qu'il avoue être un meurtrier. Ils voulaient prouver qu'ils avaient raison.

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Mercredi 21 octobre, le matin

Draco ouvrit des yeux fatigués quand son réveil sonna pour la dixième fois. Il devait théoriquement être déjà levé, pour aller à sa séance de psychomagie avec Kimi Asuya. Mais il serait en retard. Il lui restait à peine dix minutes pour se préparer, ce qui était presque impossible. Surtout pour lui et surtout le matin.

Il repoussa tant bien que mal ses couvertures, morose et inquiet à cause de ce qu'il avait découvert la veille. Qui ? Qui avait pu raconter son passé à tort et à travers ? Qui avait pu le découvrir ?

Il s'assit sur le rebord du lit, pas encore assez alerte pour se mettre debout et jeta un œil distrait à son bureau.

Trônant sur celui-ci, avec ce qui semblait être un visage inquiet, la petite poupée de tissu le fixait.

La poupée…

Le professeur Asuya !

Elle savait son passé de Mangemort ! Elle savait qu'il avait commis des horreurs ! Il s'était confié à la poupée sans prendre garde, et…

Il devait vérifier quelque chose.

Draco enfila rapidement ses vêtements et saisit la poupée, la manipulant une nouvelle fois dans tous les sens, testant la magie étrangère qui la faisait vivre. Kimi Asuya aurait-elle pu espionner ses confessions grâce à la poupée ? Celle-ci avait été fabriquée par la psychomage, en tout cas. Les similitudes entre sa magie et celle de la poupée étaient trop grandes.

Rageur, il se rua hors de sa chambre et dévala les escaliers de la tour Hibouleau avant de se précipiter dans le couloir où se trouvait le bureau de la psychomage.

Il aurait dû deviner qu'il ne serait pas débarrassé de la curiosité d'Asuya en racontant ses états d'âme à une poupée. Il s'était fait avoir.

Il ouvrit brusquement la porte, faisant sursauter le professeur qui consultait des notes derrière son bureau, et il exhiba la poupée.

- Vous m'avez espionné ! l'accusa-t-il hargneusement, en s'avançant vers elle. Je vous avais dit que je ne voulais pas vous parler, mais vous avez quand même surveillé mes confessions ! Et vous en avez parlé autour de vous ! Vous m'avez trahi !

Draco haleta quelques secondes, la colère faisant trembler son corps et sa voix.

- Vous saviez que mon passé était trouble ! Vous saviez que j'ai commis des choses dont je ne suis pas fier, lança-t-il en pensant à Pansy. Et à cause de vous, toute l'école est contre moi, continua-t-il à hurler. Pourquoi ? Pourquoi m'avez-vous trahi ?

- Je ne vous ai jamais trahi, dit Kimi posément.

- Vous n'avez jamais écouté mes confessions à cette… chose ? demanda-t-il avec un air méprisant, jetant négligemment la poupée sur le bureau.

- Je ne vous ai jamais trahi, répéta Kimi en soutenant son regard brûlant de…

Oui, c'était presque de la haine envers elle que le jeune homme dégageait.

Draco serra les poings, indigné au-delà de ce qu'il imaginait possible. Elle l'avait donc bien espionné, même si elle disait ne jamais avoir divulgué ce qu'il avait avoué. Ses narines frémirent alors qu'il tentait de contenir sa colère.

- Je vois, dit-il aussi froidement qu'il le put. Je ne veux plus de vos séances, je ne veux plus vous voir.

Il tourna les talons et claqua la porte derrière lui.

Tout à sa colère et sa peine d'avoir été manipulé, Draco ne regarda pas où il allait. Jusqu'à ce qu'il rentre durement dans un autre étudiant. Il leva les yeux. C'était un Roselune. Philippe Piéfort, celui qui n'était jamais très loin de lui ces derniers temps. Et un peu louche sur les bords, selon lui.

Draco marmonna ce qui pouvait passer pour une excuse et tenta de contourner l'étudiant.

Celui-ci lui barra la route d'un bras.

- Qu'est-ce que tu veux ? cracha Draco, sa colère reprenant le dessus.

- Que tu viennes avouer tes crimes en public, répliqua Philippe avec un sourire mauvais. Il faut que tout le monde sache quel genre de sorcier tu es.

Hunter et Soledad ne parvenaient pas à persuader les étudiants plus âgés du bien-fondé de leur rumeur. Le seul moyen de l'ancrer dans les esprits, c'était – d'après eux – que Draco Malfoy révèle être un assassin devant tout le monde. Et lui, Philippe, il allait l'y aider.

- Tu veux que je confesse mes crimes ? commença Draco d'une voix soudain froide. Mes crimes passés ou celui que je vais commettre sur toi dans un instant, si tu ne libères pas le passage ?

Les yeux de Philippe Piéfort brillèrent un instant d'un éclat inhabituel.

Ce sorcier blond avait une âme noire. Mauvaise. Une âme souillée de crimes inavouables et sujette à la violence. Draco Malfoy devait être jugé pour ses crimes. Et puni.

L'éclat dans ses yeux devint plus fort encore, mais Draco, hérissé contre l'attitude de son camarade et voulant prouver sa supériorité, ne baissa pas les yeux. Mais ceux-ci s'écarquillèrent sans son accord quand il entendit Philippe reprendre la parole.

- Tu mérites une bonne leçon, petit Cracmol, énonça le Roselune d'une voix aux intonations dangereuses.

Draco fit quelques pas en arrière, toute sa colère envolée, remplacée par l'horreur.

« Tu mérites une bonne leçon, petit Cracmol… » C'était la phrase préférée de Mulciber et de sa tante, avant qu'ils ne l'agressent. Trois fois. Trois fois, ils avaient prononcé cette phrase alors qu'ils l'avaient acculé dans un coin perdu du manoir. Trois fois, il les avait subis. Doloris, sorts de découpe, sorts de lanière…

Trois fois, il avait hurlé à s'en casser la voix, cherchant par tous les moyens à se défendre, cherchant par tous les moyens à attirer une aide providentielle. Trois fois, il avait subi leurs moqueries sur la faiblesse de la famille Malfoy malgré ses grands airs. Sur sa faiblesse magique.

Trois fois, il avait cru sa dernière heure arrivée. Sans comprendre comment Bellatrix avait pu oser lever la main sur lui. Sans avoir eu l'occasion de sauver vraiment ses parents.

Il avait fini par obéir à leurs moindres ordres, s'humiliant et humiliant son nom. Conditionné pour obéir. Ils avaient réussi. Même au milieu du monde, même avec ses parents pas loin, il suffisait que sa tante lui ordonne d'aller lui chercher un verre d'eau pour qu'il obéisse. Sans broncher.

Par peur des représailles.

Trois fois, Pony l'avait retrouvé à moitié mort dans un couloir. Elle l'avait sauvé, soigné et avait gardé pour elle son secret, cette déchéance. Personne ne devait savoir qu'il avait subi des tortures de la part de son propre camp. De sa propre famille. Ça aurait brisé tout ce qu'il avait tenté de sauver. Et ça l'aurait peut-être brisé lui.

- Est-ce que tu aurais peur de ton châtiment ? Sais-tu au moins à quel point il est mérité ? continua Philippe, profitant sans vergogne des notes que lui avait envoyées le gouvernement anglais.

Draco continua à reculer, horrifié. Il ne voulait pas se laisser faire. Il ne se rendrait pas sans se battre, s'il le fallait. Car Philippe était loin d'être aussi effrayant et fou que sa tante ou que Bridget Samson. Mais il ne pourrait pas s'en sortir sans aide. Il ne pourrait pas lutter, ni physiquement, ni magiquement.

Alors comme quand la folle Bridget l'avait attaché à une chaise, il poussa un long hurlement intérieur, mélange détonnant de panique, de colère et d'impuissance.

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Aline, qui venait de rejoindre sa sœur pour le petit-déjeuner, se plia brusquement en deux, les mains pressées sur ses oreilles et une grimace de douleur sur le visage.

- Que se passe-t-il ? demanda Lina, un sentiment d'urgence lui tordant les entrailles.

- On m'appelle, prononça Aline dans un filet de voix crispée. C'est insupportable.

Le sentiment d'urgence qui l'étreignait prit plus d'ampleur et elle retira les mains des oreilles d'Aline, les pressant entre les siennes.

- C'est dans ta tête, débita Lina à toute allure. Explique-moi !

Aline leva vers elle deux magnifiques yeux bleus embués de larmes.

- C'est le rêveur, souffla-t-elle. Il est en danger, il nous appelle. On va le perdre.

- Non, répliqua durement Lina, on y va.

Elle saisit la main d'Aline et la tira derrière elle pour filer dans les couloirs à toute allure.

- On n'y arrivera pas comme ça, haleta Aline.

- Alors libère-toi, s'exclama Lina. Peu importe si quelqu'un nous voit. Amène-nous là-bas ! Maintenant !

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Philippe avait ceinturé Draco Malfoy alors qu'il tentait de fuir, plaquant le dos de ce dernier contre lui. Il avait laissé tomber sa baguette plus loin, après un mauvais coup de l'ex-Mangemort et il était très énervé.

Draco avait beau se tortiller dans tous les sens et donner des coups de talon dans les tibias de l'agresseur qui le retenait contre lui, l'autre tenait bon.

Philippe parvint à bloquer Draco, l'écrasant contre un mur, et le visage de ce dernier prit un rude coup. Alors qu'il se débattait moins, Philippe parvint à affermir sa prise sur lui, en tirant ses poignets vers l'arrière et en les bloquant dans son dos d'une main ferme. Draco se cambra pour diminuer la douleur soudaine et Philippe en profita pour attraper la gorge du sorcier de sa main libre.

- Maintenant, souffla-t-il, il est temps d'avouer tes crimes. Après, tu pourras mourir l'âme en paix.

Philippe serrait un peu trop fort et Draco cessa de se débattre. Il totalement coincé contre le mur.

Si seulement il savait se servir de la magie sans baguette. Mais il avait peut-être une chance de s'en sortir. Il ferma les yeux, tenta de faire abstraction de la douleur de sa gorge et injecta la magie de ses mains dans celles de Philippe.

Celui-ci poussa un long cri de douleur et fit un bond en arrière, sa main brûlée contre lui.

Draco se retourna pour épier les mouvements de son agresseur, en toussant, sa main droite massant sa gorge maltraitée. Il ne pensait pas pouvoir brûler réellement Philippe, mais ses expériences précédentes, quand il essayait de transférer sa magie dans un objet enchanté, s'étaient toutes soldées par un incident similaire.

- Qu'est-ce que tu m'as fait espèce de… commença Philippe en levant son poing valide pour asséner un coup au sorcier appuyé contre le mur.

- Protego ! hurla quelqu'un à la droite de Draco.

Aline avait la main levée dans sa direction et Draco vit le poing de Philippe arrêté par le bouclier qui s'était instantanément créé devant lui. Il souffla de soulagement. Le bouclier, une fois de plus, ressemblait à une toile légère, un voile. Et comme celui de Clothilde Lemaire, il devint rapidement invisible.

- Philippe ! Qu'est-ce que tu fais ? lança Aline en se remettant à courir dans leur direction.

- Bloclang ! cria Lina en arrivant juste derrière sa sœur.

Philippe se jeta sur la baguette qui gisait sur le sol, un peu plus loin, en esquivant le sort de Lina, et il la pointa vers les jumelles.

- Je ne suis pas Philippe, affirma-t-il avant de hurler. Fumaro !

Il devait aveugler les protectrices. Il devait les aveugler pour emmener Draco avec lui. Il voulait l'amener au Self, où les étudiants étaient sans doute de plus en plus nombreux, pour qu'il avoue ses crimes à la face du monde. Son âme noire devait être purifiée.

La fumée envahit le couloir, mais Draco eut le temps de voir les jumelles ricaner.

Soudain, un tourbillon d'air enfla dans le couloir, entraînant dans son sillage la fumée grisâtre et l'emprisonnant bientôt totalement. Aline était enfin visible. Elle faisait tourner son bras droit comme si elle touillait une immense marmite, et son sourire était effrayant.

Et tandis que Philippe était bouche bée devant la magie mise en œuvre, Draco jeta un œil incertain à Lina, ne l'oubliant pas.

Elle avait les yeux fixés sur Philippe.

Soudain, Aline projeta son bras gauche comme si elle poussait quelqu'un et Lina disparut. Son image du moins, car le geste fut suivi d'un cri de douleur et du bruit sourd d'une chute. Et en regardant à sa gauche, où se trouvait Philippe, il constata que la jumelle aux yeux voilés était à côté de lui.

Au-dessus de lui, plutôt, étant donné que Philippe était étalé de tout son long sur le sol.

- Aline, crée des cordes et ligote-le, lança-t-elle à sa sœur. Je m'occupe de détruire la fumée.

Ainsi Aline lança un Incarcerem sur Philippe, qui se retrouva entravé, et Lina un Destructum sur la fumée, qui disparut. Aline se tourna ensuite vers lui et prononça un Finite pour retirer la protection qu'elle lui avait lancée.

Cependant, Draco ne bougea pas. Il avait vu Aline manipuler le vent, l'air. Il était sûr qu'elle avait poussé sa sœur à une telle vitesse qu'elle s'était retrouvée auprès de Philippe sans qu'il ait eu la moindre chance de s'en rendre compte. Mais il était impossible de maîtriser un élément. Impossible.

Elles venaient l'aider, certes, mais… qui étaient ces jumelles folles ?

- Je ne vais pas pouvoir détruire ses souvenirs de cette scène, déclara Lina à regret après avoir analysé l'esprit de Philippe. Par contre, je pense pouvoir les tordre, les écraser et les compresser pour qu'il les oublie… Est-ce que tu peux me créer une petite protection supplémentaire pour les enfermer dans son esprit ? demanda-t-elle à sa sœur.

- Bien sûr ! lança gaiment celle-ci, accroupie à côté du corps inanimé.

Quand elles se relevèrent et se tournèrent vers lui, Draco frissonna.

Elles s'avancèrent toutes deux et, à un pas de lui, s'agenouillèrent devant lui.

- Maître, souffla Aline avec une certaine répugnance.

- Nous sommes heureuses de vous rencontrer, ajouta Lina, tendue.

Le lourd silence qui suivit était à couper au couteau.

- Mais de quoi est-ce que vous parlez ?


Les étudiants du Palais apprennent peu à peu le passé de Draco, qui parvient au fil du temps à maîtriser la magie sans baguette - malgré quelques cafouillages - Philippe Piéfort perd le contrôle sur Juez, monsieur X s'inquiète à propos des Lenain et le rêveur fait appel aux Gardiens pour la première fois. Les jumelles se rapprochent donc de Draco. Que va-t-il se passer, maintenant ?

J'espère en tout cas que ce chapitre vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser un petit mot d'encouragement en partant ^^ Et je vous donne rendez-vous d'ici une ou deux semaine(s) pour le prochain chapitre ! A bientôt.

Lena.