Bonsoir à tous ! Voici donc le prochain chapitre. Toujours long. Dernière ligne droite avant le début du feu d'artifice ^^ Un immense merci pour mon immense correctrice Wyny et pour tout son travail !
RAR : Merci, LiliBlack pour ta review. Non, tu ne te trompes pas : Aline a plus de mal à accepter Draco et son rôle de gardienne (explications dans le prochain chapitre). Sinon, pour la poupée, moi aussi je l'aimais bien… Mais elle n'arrangeait pas mes affaires (c'était simplement un essai pour qu'il se libère de ses plus profonds remords, même s'il est encore loin d'avoir remonté la pente). Je vous réserve autre chose pour dans pas très très longtemps. A bientôt !
Résumé du chapitre précédent :
Harry participe à sa première réunion de professeurs et apprend que sa fiancée et Anna O'Brien se battent souvent l'une contre l'autre et – plus étonnant – que c'est une bonne chose pour l'équilibre de Ginny.
Un attentat est perpétré contre le tombeau des Potter par des Mangemorts. S'ensuit une bataille médiatique entre le ministère (qui ne veut pas être tenu pour responsable de la présence de Mangemorts dans la nature) et Harry (qui ne veut pas voir son image ternie), par l'intermédiaire de la Gazette et du Chicaneur. Un personnage semble désormais s'intéresser à Harry. Qui ?
A côté de ça, Harry est enfin parvenu à maîtriser son esprit, qu'il a construit grain de sable par grain de sable. Bientôt, il pourra tenter de se transformer… M ais avant ça, il y a toujours ce parchemin. Celui de Joseph d'Arimathie…
Petite note préalable :
Je joue avec les croyances et les religions ici comme je l'ai fait pour les Aztèques, en mêlant histoire et inventions(*). Merci de ne pas vous offusquer si cela gêne vos croyances, il s'agit seulement d'une histoire. Par ailleurs, le début de ce chapitre (et la lettre de Jospeh d'Arimathie) vous sembleront peut-être obscurs au départ. Mais faites-moi confiance et laissez-vous porter, tout s'éclaircira très vite. Vous allez découvrir les origines d'une légende. Celle du rêveur.
Chapitre 9 : Au cœur de la Palestine
Partie 2 : Joseph d'Arimathie
Vendredi 23 octobre, milieu de la nuit
Légèrement fiévreux, Harry apposa le point final à la traduction du parchemin de Joseph d'Arimathie. C'était apparemment une lettre destinée à une jeune femme nommé Domicella. Où alors, littéralement, l'homme pouvait également s'adresser à une « fille de noble lignée », mais Harry préférait voir le mot comme un prénom. C'était plus… humain. Plus doux.
Et Merlin savait combien ce texte avait besoin d'être adouci.
Il avait finalement mis plus de trois semaines à conclure sa traduction, mais il devait avouer que certains passages lui avaient posé de grandes difficultés.
Il posa la plume, se frotta les yeux et s'étira un instant, conscient que le texte qu'il avait sous les yeux était pour le moins… étrange. A cette heure-ci, ce n'était probablement pas la meilleure lecture pour éviter ou réduire ses cauchemars, mais il tenait à relire le résultat en entier. Se penchant à nouveau sur son travail, il cligna des yeux pour les réveiller et commença.
« La fin est proche et je n'ai toujours pas retrouvé le deuxième. Je n'aurais jamais imaginé, voilà près de 80 longues années, que la demande du Conseil mènerait mes pas jusqu'en l'île de Bretagne. Et que dire du fardeau que je dois léguer à mes disciples ?
Rien ne m'est plus difficile aujourd'hui que de te léguer le premier, Domicella, et j'espère qu'il te permettra de survivre encore longtemps aux rêves qui te hantent. Tu m'as longtemps prié de te conter mon histoire et j'accède enfin à ta demande, puisque je pars bientôt. Puisses-tu te garder des tentations et trouver celui de père incertain pour que le premier et le deuxième soient enfin détruits. »
Harry ne put s'empêcher de trouver sa traduction légèrement bancale, mais il était difficile de trouver meilleure expression à la phrase tordue qu'il avait eue sous les yeux. Domicella savait sans doute ce qu'étaient le premier, le deuxième et celui de père incertain, mais lui n'avait pu que supposer qu'il s'agissait là de deux trésors et d'une personne, d'après le contexte.
Tout le monde semblait vouloir obtenir le premier et le deuxième. Et s'il n'avait su déterminer exactement ce qu'était le premier – peut-être du sang ou une personne – il avait pu comprendre que le « deuxième », également appelé le « Trésor Antique », était une sorte de livre. Probablement un livre de divination.
« Les Trois Grands, rois et mages des contrées paisibles et brûlantes dont je t'ai souvent parlés, ont posé un jour le regard sur Jésus, fils de Joseph. Ali, le vingtième héritier d'Hiram, les avait prévenus que le Trésor Antique allait faire son grand retour en Palestine, après être resté silencieux quatre siècles et treize années. Le deuxième avait enfin trouvé son premier. Même si je n'ai découvert ce fait que bien après.
Car lui aussi avait tes rêves, Domicella, mais le sang retrouvé leur donnait plus de vérité que jamais. Et il annonçait ainsi de grands malheurs. »
Cette simple phrase, dont les mots n'étaient ni exagérés ni grandiloquents, parvenait à provoquer chez lui une profonde angoisse. Systématiquement. Comme si son inconscient reconnaissait sa vérité. Comme si son inconscient était capable de comprendre ce qu'ils signifiaient.
« Les Trois Grands se sont rendus chez Joseph, pour échanger le Trésor Antique contre l'or, la myrrhe et l'encens. Mais les parents n'avaient pas connaissance du deuxième, et les mages sont repartis, cherchant ailleurs le deuxième. Le Grand Livre de la Prédestination. »
Nous y étions. Le livre qui était également le deuxième « trésor » cherché par tous.
« Simple magicien infiltré dans un conseil de Sans-Magie, je n'avais d'abord pas eu connaissance de ces visites à Joseph, père de Jésus. Mais le Conseil Juif m'a demandé d'enquêter sur cet homme, Jésus, qui lançaient de folles prédictions à propos de la fin du monde et du déchirement du Voile.
J'étais heureux comme le loup qu'on faisait entrer dans la bergerie. J'étais le magicien qui devait surveiller les délires d'un homme sur la magie. Et j'avais peur comme l'animal traqué par le renard, car comment Jésus le Sans-Magie pouvait-il avoir eu vent du Voile qui sépare les mondes ? Etaient-ce les indiscrétions de Simon de Samarie, que tous savaient sorcier ? Jésus pouvait-il avoir raison ?
Non. C'était autre chose. Car je ne cessais d'entendre les rumeurs de miracles parcourir la ville. Jésus le Sans-Magie avait des affinités avec la Mère Magie. Que croire ? »
C'était là encore un passage qu'Harry avait eu quelques difficultés à traduire. Et c'était la Dame Grise qui, lors d'une discussion anodine dans la Réserve, l'avait mis sur la voie. Les anciens sorciers parlaient de la Magie comme d'une entité, comme d'un être à la conscience propre qui choisissait qui elle gratifiait de ses dons. Une mère pour les sorciers.
L'expression courante pour parler de cette entité était donc la « Mère Magie ».
Aujourd'hui, l'origomagie tendait à associer la magie au sang et non à une entité à part. Encore balbutiante quelques dizaines d'années auparavant, à cause du mépris que les sorciers éprouvait pour elle, l'origomagie avait pour ambition d'étudier l'origine de la magie. Harry, pour le peu qu'il avait lu dans la Réserve, n'était pas convaincu par les origomages.
D'ailleurs, les anciens rites et les anciennes pratiques avaient toujours cours dans le monde magique. Ainsi, le fait de brûler un corps pour un enterrement témoignait de cette ancienne croyance. Car on rendait à la Mère Magie, grâce à la purification par le feu, la magie qui avait été prêtée au défunt.
Harry se frotta une nouvelle fois les yeux, comme si ce geste allait l'aider à se reconcentrer. La fatigue l'emmenait dans des digressions dont il n'avait pas besoin.
« Mon enquête mena mes pas chez Joseph, père de Jésus, et il m'apprit la visite des Trois Grands. Le Livre de la Prédestination, le deuxième qui avait été perdu depuis si longtemps, n'était encore qu'un mythe à mes yeux. Mais je me suis rendu à l'évidence, Domicella, et ta quête commence alors que la mienne se termine, inachevée. Cependant, je n'en suis pas encore rendu à ce moment de mon récit.
Alors que j'écoutais Jésus, je fus frappé par la justesse de son verbe alors qu'il affirmait ceci : « Les prophètes qui viendront après moi seront de faux prophètes. » Il avait une source sûre pour faire ses prophéties, mais laquelle ?
Mon enquête stagnant et les hommes s'agitant dans la ville, Jésus fut condamné et crucifié. J'allai demander le corps à Ponce Pilate, fils de charge de Valerius Gratus, pour comprendre son lien avec la Mère Magie. Je recueillis son sang dans ma coupe. Le sang, Domicella, avait des reflets d'or, la douceur de l'huile de myrrhe et l'odeur de l'encens. Me souvenant de la visite des Trois Grands à propos du deuxième, je m'inquiétai.
Les Trois Grands avaient offert le pouvoir à Jésus fils de Joseph. La Mère Magie avait été liée à un Sans-Magie. Se pouvait-il que ce prophète ait eu raison ? Se pouvait-il que le Voile se déchire un jour ? »
Harry avait été très perturbé pendant sa traduction. Pas tout à fait sûr, au début, que ce Jésus fut celui de la religion catholique, il avait dû se rendre à l'évidence avec ces passages.
Là où il bloquait toujours, c'était à propos de ce « Voile » et de l'insistance de l'auteur à propos du sang. Le voile était pour lui une notion assez obscure que même la Dame Grise n'avait pu lui éclairer. Il comptait bien sur sa visite à Hermione, dans quelques heures, pour peut-être en apprendre plus sur ce que pouvait être le Voile chez les sorciers.
Il était bien plus réticent, par contre, à montrer la traduction de cette lettre à son amie. A cause de la toute fin de la lettre. A cause des Temps Sombres dont il ne devait parler à personne. Mais il n'y était pas encore.
« Je n'eus que le temps de cacher le corps et ma découverte, quand le Conseil des Sans-Magie me découvrit. J'ai protégé le sang retrouvé et j'ai accepté de me plier aux règles des Sans-Magie en me laissant enfermer dans une pièce sans issue. Il me fallait réfléchir au calme. Comment savoir la vérité ? Et je repensai soudain à Jean, le disciple que Jésus aimait.
Sans plus me soucier du Conseil des Sans-Magie, je me transférais auprès de Jean. Je devais comprendre comment Jésus avait pu avoir accès à la Mère Magie et pourquoi il était persuadé de pouvoir voir l'avenir. Jean m'avoua enfin que Jésus avait lu un livre étrange, qu'il avait appelé le Grand Livre de la Prédestination, le livre de la destinée du monde.
Alors le deuxième, le livre caché pendant des siècles, le livre dont le contenu ne devait pas être lu avait vraiment refait surface. Et le premier, celui qui était destiné à terminer le monde de la Mère Magie venait d'être exécuté. Il n'était pas le Premier Ultime. Nous avions donc du répit. Mais j'eus peur soudain. La phrase de Jésus qui m'avait frappée durement, quelques années auparavant, me revint en tête. « Les prophètes qui viendront après moi seront de faux prophètes. »
Encore un passage problématique. Harry n'aimait pas l'expression « terminer le monde de la Mère Magie », parce que cela signifiait tout simplement que les sorciers allaient disparaître. Il n'avait, en tout cas, pas trouvé meilleure explication.
L'autre expression qu'il trouvait bancale, mais qu'il avait fini par comprendre, était ce « Premier Ultime ». Au départ, Harry avait pensé que le Jésus décrit par ce livre était nommé le Premier parce qu'il était le premier à avoir pu lire le livre dont parlait Joseph d'Arimathie. Mais cette expression de Premier Ultime sous-entendait que le Premier était une appellation consacrée comme aurait pu l'être « l'Enchanteur », quand des textes parlaient du sorcier Merlin. Restait à savoir ce que cela signifiait exactement…
De même, l'expression sous-entendait que le Premier avait une descendance. Au moins spirituelle. Et la fin de la lettre, comme le tout début, corroborait cette hypothèse. Domicella était cette héritière qu'il envisageait. Même si la lettre n'explicitait aucunement le processus mis en œuvre pour faire d'elle une descendante – en quelque sorte – de Jésus…
« Il était nécessaire de pouvoir contrer le destin tragique. Car le deuxième était depuis toujours associé à l'Apocalypse, au déchirement du Voile, à la révélation et la mise à nu de notre monde, annonçant la fin.
Je devais reprendre le deuxième et le demandai à Jean. Mais un autre magicien avait entendu parler du livre et l'avait déjà volé.
Je crus que tout était perdu, que tout le monde aurait connaissance du Voile, que c'était la fin. Mais Jean m'avoua n'avoir jamais pu ouvrir le livre, scellé de sept seaux. Jesus seul pouvait le lire. Je compris que c'était le sang. Le sang du premier associé au contenu du deuxième. Il fallait détruire le corps et protéger le sang.
Je conseillai alors à Jean d'écrire ce dont il se souvenait. De peu, apparemment, car seule l'idée que la guerre finale commencerait dans le ciel lui revenait à cet instant. Retrouver les mots perdus était essentiel pour contrer le funeste destin de notre monde, alors je l'emmenai sur une île, protégé du danger qui rodait en Palestine et lui demandai d'écrire son apocalypse et de propager sa connaissance.
Si quelqu'un se manifestait, ce serait mon premier indice pour retrouver le deuxième. Je jetai un dernier œil à Jean, qui était le réceptacle des mots peut-être prophétiques de Jésus et songeai qu'il me fallait des disciples jeunes et forts pour perpétuer la race des prophètes et les visions du futur.
Là était la preuve que Joseph d'Arimathie avait fait quelque chose pour faire de Domicella une héritière de Jésus…
Car les Temps Sombres prophétiques s'annonçaient. Il fallait retrouver les mots perdus. C'était devenu vital. »
Et là aussi étaient les mots qui transformaient presque son angoisse en effroi. Le funeste destin du monde… Il semblait d'après ce texte que le « Grand Livre de la prédestination » possédait des clefs essentielles pour protéger leur monde.
« Fort de cette résolution, j'allai à la rencontre d'Ali, vingtième descendant d'Hiram, le premier protecteur du Trésor Antique, et lui demandai conseil.
Il me confirma que les signes étaient malheureusement cohérents avec la fin, car Ali se savait le dernier de la lignée d'Hiram. Après lui, les gardiens ancestraux du Livre auraient totalement disparu. Après lui, le Livre entrerait définitivement dans le jeu, passant de main en main. Comment s'assurer qu'il ne soit pas ouvert par celui qui déclencherait la fin ?
C'est impossible à faire, d'après Ali. Car la Prophétie Antique associée au Trésor Antique est formelle. L'apocalypse ne peut être évitée.
Mais il me conseilla de trouver le fils de père incertain, qui seul incarnait l'espoir d'atténuer l'horreur de la fin, à la condition d'accéder au premier et au deuxième.
Le fils de père incertain… C'était là le secret longtemps gardé par la lignée d'Hiram pour combattre les effets du Livre si les Temps Sombres se mettaient en route - et Jésus semblait en avoir été le premier grand déclencheur. C'est le secret qu'il m'a confié et que je te confie à mon tour. Trouve le Deuxième. Trouve le fils de père incertain. C'est là notre seule chance. »
Ce qui effrayait profondément Harry, c'était de savoir que les descendants Black avaient fait des recherches autour de ces trois « trésors » - le Premier, le Livre et le Fils – et qu'ils en étaient sortis complètement bouleversés.
Harry ne s'était pas encore replongé dans les notes de son parrain ou d'Alphard Black, parce qu'il voulait d'abord éclaircir certains points par lui-même. Il ne voulait pas se laisser influencer. Il espérait que les réactions disproportionnées des Black étaient dues à des erreurs dans leurs recherches et leur traduction de ce parchemin. Il ne voulait pas que son avis soit biaisé de quelque manière que ce soit.
Mais ce qu'il avait lu avant de trouver le parchemin était formel. Les Black étaient sûrs que les trésors décrits existaient encore, quelque part.
« L'horreur qui ne me quittait plus ces derniers jours ne devait pas me faire plier. J'avais pour mission de trouver le premier et le deuxième et de les conduire au fils de père incertain. Je récupérai le sang et partis en l'île de Bretagne, loin du danger inconnu en Palestine, pour recréer le premier. J'y suis arrivé.
Tu es là, Domicella, et tu te dois de garder le sang. Protège-le et les gardiens te protégeront. J'ai créé ce sort pour toi, pour te protéger, même s'il provoque ma fin. Ils protégeront les visions parce que tu protégeras le sang.
Traque le deuxième et trouve le fils de père incertain. Sa lignée est flottante, tu le sais désormais.
Et les deux trésors lutteront contre les deux trésors à armes égales, pour que le fils puisse nous donner l'issue. J'ai confiance en ton courage. Garde-toi des tentations du premier. Adieu, Domicella. »
Les derniers mots de Joseph d'Arimathie n'étaient pas moins perturbants que le reste de la lettre. Parce que « les deux trésors combattant les deux trésors » était une expression qui signifiait qu'il lui manquait encore des données. Parce que même s'il se doutait que le livre et le sang étaient les deux trésors nécessaires pour lutter contre les Temps Sombres, il n'avait aucun indice sur les deux autres trésors, ceux à combattre. Par contre, son instinct lui criait que ces deux derniers étaient reliés aux Temps Sombres.
Et il était également perturbé parce qu'il avait su – avec ses maigres connaissances – relier le « sang » emmené en Bretagne avec la quête du Saint Graal mené par Arthur Pendragon. Et Merlin.
Et même si Binns ne leur avait pas beaucoup parlé de l'histoire de Merlin et d'Arthur – ce qu'il estimait être un comble pour des sorciers – Harry savait que Merlin avait poussé Arthur le roi moldu à chercher le Graal. Pourquoi ? Pour protéger ce qui semblait si important aux yeux de Joseph d'Arimathie dans la lutte contre les Temps Sombres ? Ou pour ouvrir le Livre ?
Mais tout cela partait d'hypothèses qui aboutissaient à de nouvelles hypothèses et Harry s'avouait perdu.
La seule chose dont il était sûr, c'était qu'il devait absolument comprendre ce qu'étaient ces fameux Temps Sombres. Percy aussi avait utilisé cette expression, lorsqu'il s'était rendu au magasin de farces et attrapes quelques mois auparavant. Mais Harry n'avait toujours pas trouvé de référence dans les livres de la Réserve depuis ce temps.
Le sorcier s'étendit dans son fauteuil, étirant son dos malmené par son long travail de cette nuit. Ses yeux papillonnaient. Il était tellement fatigué. Il réactiva le sort en fourchelangue qu'il avait placé sur son parchemin de traduction et se traîna jusqu'à son lit.
Une dernière pensée vint le hanter avant qu'il ne s'endorme… N'avait-il pas déjà entendu quelqu'un parler des Temps Sombres, avant Percy ? Ou de… Temps Noirs…
HPHGHPHGHPHGHPHGHPHGHPHGHPHG
Samedi 24 octobre, midi
Hermione ouvrit la porte et Harry entra dans la petite maison de fonction avec un sourire.
- C'est très joli, comme pavillon, approuva-t-il après l'avoir saluée.
- Toute la rue est composée de maisons neuves. La nôtre est simple mais parfaite, dit Hermione.
Harry acquiesça. Les autres pavillons des employés du ministère étaient pour le moins… originaux. Au moins, la maison de ses deux meilleurs amis ressemblait vraiment à une maison.
- C'est donc là que le ministère a mis sa priorité, pendant les premiers mois, constata Harry.
Hermione se mordit la lèvre, nerveusement, comme prise en faute.
- Ce n'est pas un reproche, Hermione. Maintenant que c'est fait, ce serait dommage de ne pas en profiter.
- Je suis bien d'accord, acquiesça Hermione avec une pointe de soulagement.
Elle avait longtemps hésité à demander ce logement de fonction.
Mais Ron ne gagnerait pas correctement sa vie avant plusieurs années. Même s'il vivait actuellement sa première sélection dans l'équipe nationale. Et elle-même n'avait qu'un salaire médiocre au regard de ses compétences. Mais il fallait bien commencer quelque part et elle préférait bénéficier d'un logement de fonction et mettre un maximum d'argent de côté.
- Salut Harry ! lança Ron en descendant les escaliers. Je suis content que tu sois venu ! Hermione t'a fait visiter ?
- Pas encore.
- Alors suis-moi, je vais te montrer le jardin. C'est la partie la plus intéressante.
Harry acquiesça en retenant un rire. Parce que quand Hermione avait levé les yeux au ciel, il s'était douté que le jardin devait avoir été transformé en terrain d'entraînement au Quidditch. Et il avait raison. Ron commenta avec enthousiasme les installations qu'il avait fait poser.
- Et ça, c'est un lanceur de souaffles vicieux, dit-il en lui montrant une espèce de cube avec un nez en trompette. Il analyse ma position devant les anneaux et il tire dans les endroits qui me poseront le plus de difficultés. Il va super vite, en plus !
- Ron a l'intention de devenir le futur seigneur des anneaux, glissa Hermione avec un petit rire.
- Exactement ! approuva le sorcier roux sans saisir l'allusion. J'ai bien l'intention de devenir un des piliers de l'équipe dans les prochaines années ! Comme je te l'ai déjà dit en septembre, les premiers matchs amicaux de l'équipe nationale vont commencer au début du mois prochain. C'est l'occasion de faire mes preuves.
- Et comme ça, ajouta Hermione avec un sourire légèrement moqueur, Ginny cessera de le chambrer avec son rôle de porte-serviette et de limonadier actuel.
- Hermione ! protesta Ron d'un air faussement indigné. Tu es censée soutenir ton futur mari dans les épreuves difficiles de sa vie. Pas l'enfoncer.
Harry éclata de rire devant la mine réjouie de ses deux amis avant de suivre le couple dans le reste de la maison. Elle était classique, mais certaines pièces étaient typiquement représentatives de sa meilleure amie. Il y avait une bibliothèque assez grande, probablement aménagée par ses soins, un petit bureau d'études qu'elle monopolisait quand Ron n'était pas là, ainsi qu'une petite chambre de bébé.
C'est cette pièce-là, surtout, qui intrigua Harry.
- La politique sociale du ministère sera toujours de favoriser les naissances sorcières, dit Hermione en embrassant la pièce du regard. C'est d'ailleurs leur grande campagne du moment, ils voudraient rétablir un peu le niveau de la population sorcière pour compenser les nombreuses pertes et disparitions mystérieuses liées à la guerre.
- Effectivement, j'ai vu ça, confirma Harry en repensant aux dernières Gazettes qu'il avait parcourues, et aux encarts qui lui avaient sauté aux yeux.
- Ron et moi avons dû prêter serment comme quoi nous avions prévu de nous marier et d'avoir au moins un enfant plus tard, pour pouvoir bénéficier du logement en priorité. C'était… particulier, ajouta-t-elle
- C'est clair, approuva Ron. Surtout que je ne suis pas encore tout à fait prêt à être papa… Et d'autant plus si je veux percer au Quidditch.
- Et je suis bien d'accord avec lui, continua Hermione alors qu'Harry haussait les sourcils. Je voudrais d'abord me consacrer un peu à mon avancement de carrière au sein du ministère. Il est assez mal vu que les mères de famille travaillent. C'est une conception rétrograde, mais leur rôle de femme au foyer est vu comme sacré. Surtout dans une société aussi patriarcale que la société sorcière. Du coup, j'aimerais d'abord faire évoluer les mentalités avant d'avoir un bébé. Pour ne pas rester bloquée au milieu de ma carrière.
- Ça risque de te prendre du temps, déclara Harry, admiratif de sa volonté et de son courage.
- Je sais, affirma Hermione avec satisfaction. Entre ça et les créatures magiques, beaucoup de travail m'attend.
Elle fut interrompue par une étincelle au bout de sa baguette et les invita à passer à table : le repas était prêt.
Il se déroula dans une ambiance bon enfant qui lui rappela ses années en tant qu'élève à Gryffondor. Ça lui semblait tellement loin, désormais. Ce n'est qu'une fois le dessert avalé qu'il aborda le réel motif de sa visite. Le voile et Joseph d'Arimathie.
- Pendant que vous discutez, lança Ron peu enclin à participer à cette conversation, je m'occupe de la vaisselle. Quand tu auras fini, Harry, tu pourras peut-être me rejoindre dans le jardin pour échanger quelques balles, qu'en dis-tu ?
- C'est bon pour moi, affirma Harry avant de suivre Hermione dans son bureau d'études.
La petite pièce s'éclaira un peu plus quand Hermione ouvrit les rideaux. L'inconvénient des mois d'hiver, c'était ce froid, cette humidité et cette obscurité qui envahissaient tout.
- Tu veux donc des informations sur ce que pourrait être le voile chez les sorciers… fit Hermione pensivement, appuyée contre son bureau. Est-ce que tu sais au moins que c'est plus une théorie qu'un fait ? D'après moi, c'est une image qui se réfère au secret de notre condition, à la frontière symbolique entre nous et les moldus. Mais il existe aussi une autre théorie fréquente qui raconte qu'il existe une frontière entre la Terre et d'autres mondes. Et cette frontière serait appelée le Voile en raison de sa fragilité.
- Est-ce que tu peux m'en dire plus là-dessus ?
- Les références à un Voile dans les écrits sorciers sont nombreuses et rarement parfaitement concordantes. Mais globalement, certains théoriciens magiques pensent que la Magie est le résultat d'un mélange de forces et d'ondes qui proviennent d'autres mondes parallèles au nôtre.
Harry tiqua à la mention de mondes parallèles. Est-ce qu'il n'était pas déjà suffisamment compliqué de comprendre le monde actuel ? Hermione développa.
- On retrouve cette croyance en des mondes parallèles chez les moldus aussi. Ils ont l'intuition que la magie existe vraiment et ils recherchent le sens du canevas du monde et leur place au sein de ce canevas. Et chez ces moldus, il est fréquent de parler des 9 ou 10 cercles – ou mondes parallèles – qui composent l'univers…
- Vraiment ? s'étonna Harry. Mais qui pense de cette façon, chez les moldus ?
- Une partie des Francs-Maçons, par exemple…
- C'est perturbant.
- Sans aucun doute.
- Le voile serait une frontière entre notre monde et les mondes parallèles, donc.
- C'est ce que certains penseurs affirment. Ils disent que la tendance naturelle des dimensions, c'est de lutter les unes contre les autres pour s'étendre et prendre toute la place possible. Un peu comme l'Univers serait en perpétuelle extension. Et que par conséquent, un jour, le voile qui nous protège sera déchiré par les autres dimensions qui prendront pied dans notre réalité.
- C'est effrayant, commenta Harry en songeant à son parchemin.
- Plus que tu ne l'imagines. Si ces penseurs avaient raison, cela signifierait également que la Magie disparaîtrait. Parce qu'ils pensent que la magie sur Terre est le résultat d'un mélange des magies spécifiques des autres mondes, qui se mêlent harmonieusement sans lutter les unes contre les autres. Si le voile se déchire, il n'y a plus de frontière neutre. Sans frontière neutre, les batailles seront inévitables. S'il y a batailles, il n'y a plus de mélange harmonieux donc plus de magie.
- Je vois. Et cette frontière, ce voile, est-ce une image symbolique ou quelque chose de concret qu'on peut voir ?
- Je n'en sais rien du tout.
La fin de leur monde. La fin de la magie. Le déchirement du Voile tel que le voyait Joseph d'Arimathie se rapprochait des théories catastrophistes des penseurs cités par Hermione… C'était plus qu'effrayant, même.
Harry comprenait mieux pourquoi Joseph tentait par tous les moyens de retrouver le Livre et le Fils. Pour lutter contre une catastrophe à venir.
Il était incapable de dire comment ce livre et ce fils étaient censés lutter, mais il devenait indispensable de les trouver…
- Je vois, conclut Harry. Et que peux-tu me dire sur l'histoire de Merlin et du Saint Graal ?
- Mais qu'est-ce que je peux être bête, parfois ! s'exclama soudain Hermione. Bien sûr que je connaissais Joseph d'Arimathie ! C'est celui qui, dans la légende arthurienne, a rapporté le Graal en Grande-Bretagne.
- Heu oui… Mais celui qui m'intéresse surtout, c'est Merlin.
- Alors là, il y a sans doute des centaines de choses à dire… commença Hermione. J'ai besoin de savoir ce que tu veux savoir exactement.
- Je voudrais savoir son lien avec le Graal, s'il y en a un.
- Il y en a un. Les légendes moldues se rapprochent des légendes sorcières sur bien des points. Merlin aurait ainsi voulu mettre la main sur le Saint Graal, même si on ne sait pas exactement pourquoi puisque c'est censé être une coupe et du sang séché moldu, à la base. Et il aurait confié cette quête à Arthur. Cependant, comme tu le sais, Arthur n'aura jamais eu cette coupe entre les mains. Ni Merlin, emprisonné entre temps par Viviane.
Harry resta un instant pensif.
- Est-ce qu'aucun sorcier n'a déjà essayé de rechercher le Graal ?
- Si, sans doute. Mais il ne semble pas que qui que ce soit ait réussi, puisque le Graal n'est jamais réapparu. J'imagine que ton parchemin est un texte d'obédience chrétienne et qu'il raconte que Joseph d'Arimathie aurait recueilli le sang de Jésus Christ, n'est-ce pas ? demanda Hermione, sûre d'elle.
- Oui, mentit Harry. C'est ça. Du coup, j'ai pensé à Arthur et à Merlin et je me suis demandé s'il y avait du vrai dans cette histoire.
- Je ne crois vraiment pas. Le Graal est une vieille légende que la littérature moldue a fait vivre. D'ailleurs, tu en entendras plus parler de leur côté que chez les sorciers. Nous n'avons jamais eu besoin de cette coupe pour faire les « miracles » qui composent notre quotidien. Et la vie éternelle promise par un objet hypothétique a toujours été moins intéressante qu'une pierre philosophale dont on connaissait le créateur et les effets.
Hermione s'interrompit un instant et observa attentivement Harry qui semblait cogiter.
- Le Graal est une légende, Harry. Tu ne dois pas t'y fier comme un fait réel. Et puis, il a plus une dimension religieuse et folklorique qu'autre chose. C'est probablement un symbole dont on a perdu la signification il y a longtemps. Comme pour le Voile.
Harry savait que c'était faux, mais il ne pouvait pas parler des Temps Sombres à Hermione. Il avait peur que les mots de la première prophétie de Percy, reliés aux Temps Sombres, ne lui soient fatals d'une manière ou d'une autre.
- Je te remercie beaucoup, Hermione. Tes connaissances m'aident beaucoup. Je suis surpris que tu n'aies pas identifié immédiatement qui était Joseph d'Arimathie.
- C'est parce que j'avais la tête ailleurs. Le ministère n'est vraiment pas le meilleur lieu pour réfléchir. On me demande sans cesse de réaliser des missions mineures qui me prennent un temps fou, et je m'aperçois à la fin que c'était vraiment un travail inutile. Alors toute ma réflexion est concentrée sur la meilleure manière d'organiser mon travail pour qu'on reconnaisse mes compétences et mon efficacité.
- Pas facile.
- Non, je te le confirme… Et puis, je pensais sur le coup à un de mes collègues, Bernard d'Arimathie… Le nom m'est devenu familier et me semble contemporain, à force.
Harry haussa les sourcils, intrigué.
- Et il est comment, ce Bernard d'Arimathie ?
- C'est un vieux loufoque plutôt gentil. C'est un des seuls à être vraiment aimables avec moi. Les Sang-Pur qui sont encore au ministère ont tendance à m'ignorer ou à me mépriser, tu t'en doutes.
- Ça m'énerve, grommela Harry avant de changer de sujet. Est-ce que tu crois qu'il a quelque chose à voir avec Joseph d'Arimathie ?
- J'en doute, répondit Hermione, puisque l'existence de Joseph d'Arimathie peut prêter à polémique. Il n'apparaît même pas dans tous les textes religieux qui traitent de la descente de croix…
Hermione sourit devant la petite moue déçue d'Harry. Ses recherches étaient un peu trop ésotériques pour elle, mais cela l'amusait de le voir courir après un nouveau mystère. Et puis, si c'était sa manière à lui de surmonter l'après-guerre, elle n'avait rien à dire. Elle-même s'abrutissait bien dans son travail pour ne pas se retrouver dans une inactivité déprimante.
- Mais tu peux toujours le lui demander, concéda-t-elle alors. Quoi qu'il me semble qu'il soit actuellement en France pour affaires… Mais j'essaierai de te décrocher un rendez-vous, si tu veux.
- J'aimerais bien. Merci pour ton aide, Hermione. Heureusement que ma meilleure amie est une des sorcières les plus intelligentes du pays !
- De rien, répondit celle-ci en rosissant. Les amis sont faits pour ça.
Harry sortit à la suite de la maîtresse de maison d'un pas joyeux, et tous les deux décidèrent de se couvrir pour rejoindre Ron qui s'entraînait durement, seul, dans le jardin.
HPIMHPIMHPIMHPIMHPIMHPIMHPIM
Samedi 24 octobre, soir
Harry traversait le parc de Poudlard, pensif, perturbé par sa traduction de la nuit et sa conversation avec Hermione. Il ne savait pas ce qui tenait du vrai et du mythe, mais il trouvait effrayante l'idée qu'une guerre des dimensions puisse avoir lieu quelque part autour de lui, sans qu'il en soit conscient. Sans qu'il ne le ressente.
Il leva les yeux au ciel et observa les étoiles. A quoi pouvait bien ressembler le Voile ? Il ne pouvait pas être une simple métaphore. S'il existait diverses dimensions, il devait exister quelque chose de concret, quelque chose les protégeant… Si les Temps Sombres étaient quelque chose comme une bataille de dimension, alors eux – humains et sorciers – ne pourraient rien faire.
Les Temps Sombres et le Voile étaient liés, c'était clair dans son esprit. Et c'était le déchirement du Voile qui allait provoquer ces temps difficiles. Mais comment était-ce possible ? Et si c'était vrai, comment lutter ? Un livre et une coupe ne pouvaient pas être la solution. Peut-être alors le fils de père incertain était-il nécessaire justement parce qu'il avait connaissance de cette solution ?
Tant de questions… Les Temps Sombres et le Voile avaient probablement un rapport avec cette histoire de dimensions dont parlait Hermione, mais certainement pas au sens où elle l'entendait…
Si seulement il en savait plus sur cette « catastrophe annoncée »… Il savait que Percy n'était pas le seul à lui en avoir parlé, mais il rageait de ne pas se souvenir de l'autre… Pourtant, il connaissait bien son esprit et ses souvenirs, désormais. La seule raison pour laquelle il ne se souvenait pas précisément de celui ou celle qui lui avait parlé de « Temps Noirs » devait être la magie.
Un sortilège ou quelque chose brouillait peut-être ses pensées.
Harry franchit les portes de Poudlard et frissonna. Il faisait encore plus froid à l'intérieur du château qu'à l'extérieur, c'était un comble ! Alors qu'il se dirigeait vers les escaliers menant à ses appartements, il fut distrait par des bruits de course.
Il vit la jeune Anna O'Brien débouler du couloir menant au dortoir Poufsouffle. Visiblement heureux de l'exercice, son gros chien blanc courait à ses côtés.
- Bonsoir professeur Potter ! lança-t-elle en passant à côté de lui. Au revoir, professeur Potter ! s'exclama-t-elle ensuite en se ruant à l'extérieur.
Un peu surpris, Harry vit Argus Rusard surgir du même endroit qu'Anna à l'instant. Il était visiblement hors d'haleine et suait comme un bœuf. En claudicant, il atteint les grandes portes.
- Petite peste ! hurla-t-il à la nuit. La prochaine fois que tu lui fais peur, je te donnerai une leçon que tu ne seras pas prête d'oublier !
- Bonsoir, monsieur Rusard, le salua poliment Harry.
Il espérait, en montrant au concierge une certaine forme de respect, pouvoir l'amadouer. Et puis, il se souvenait de l'épisode où Thorn l'avait tourné en ridicule et il n'avait plus la moindre envie de faire tourner le vieil homme en bourrique. Il ne voulait pas ressembler à l'ancien professeur de Durmstrang.
- Bonsoir, répliqua l'homme un peu hargneusement, ayant du mal à assimiler que l'ancien élève irrespectueux des règles puisse lui être aujourd'hui encore plus… supérieur.
- Pourquoi la jeune O'Brien fuyait-elle ? demanda-t-il, curieux.
- Elle a eu peur de sa punition après avoir agressé ma chatte ! s'emporta-t-il. La pauvre est toute traumatisée, continua-t-il d'un ton plus plaintif.
- Vraiment ? s'indigna Harry, même s'il n'appréciait pas particulièrement Miss Teigne. Qu'a fait mademoiselle O'Brien ?
- Son chien, cracha-t-il, était en train de noyer ma chatte dans sa bave avant de la dévorer ! Je suis sûr qu'il était en train de la goûter ! dit-il avec colère.
Harry fronça les sourcils, un peu perdu.
- Je ne comprends pas très bien, avoua Harry dont la colère était retombée.
- Je l'ai vu ! Je l'ai vu la lécher ! s'exclama Rusard.
- Oh.
Harry se mordit la lèvre, peu désireux de rire devant le concierge énervé. Pour une fois que quelqu'un appréciait Miss Teigne, il aurait dû être content.
- Je parlerai à miss O'Brien dès que je la verrai. Je vous le promets.
Le concierge crasseux lui jeta un œil méfiant avant de le remercier du bout des lèvres et de repartir en grommelant. Quand il fut un peu plus loin, Harry s'autorisa à sourire. En voyant la colère du concierge, il avait pensé à quelque chose de bien plus grave que quelques coups de langue de l'animal.
Il comprenait mieux l'air malicieux de la jeune femme, très joyeuse, lorsqu'elle était passée à côté de lui.
Il referma les portes en secouant la tête. A l'instar de nombreux étudiants majeurs ou ayant l'autorisation de leurs parents, elle était probablement allée à Pré-au-Lard faire la fête en ce samedi soir. Il songea que lui aussi pourrait sortir là-bas, un de ces jours. Il n'avait pas rendu visite à Seamus depuis l'inauguration de son auberge.
Soudain, Harry se figea.
Les souvenirs revenaient. Lors de l'inauguration du Voyageur Repu, il avait rencontré Andréa, maître de la Guilde des Aubergistes du Nord. Et il avait parlé avec lui du Maître Artisan, qui les dirigeait tous. A l'époque, déjà, leur conversation avait fait naître en lui le vague souvenir d'une tapisserie aux tons sombres.
Maintenant, il se souvenait parfaitement de cet épisode que son esprit avait si longtemps occulté. Lorsque Narcissa Malfoy l'avait convaincu de se rendre au chevet de son fils pour l'aider, ils étaient passés dans un couloir aux murs mouvants, avec une vieille tapisserie. Une silhouette, dessus, lui avait parlé comme n'importe quel tableau aurait pu le faire.
C'était cette tapisserie, cette silhouette dans l'ombre qui lui avait parlé de « Temps Noirs ». Elle lui avait demandé s'il était prêt et elle avait mentionné son « maître ». Il avait presque oublié tout ça… Il ne savait pas si aujourd'hui, la tapisserie le jugerait « prêt » ou pas, mais Harry avait bien l'intention d'obtenir des réponses sur ces Temps Sombres dont il entendait trop souvent parler ces derniers mois.
Pressé, il monta dans son appartement pour récupérer sa carte des Maraudeurs et sa cape d'invisibilité – il n'avait absolument pas envie qu'on le voit mener ses recherches – puis il redescendit vers les appartements de Severus Snape. Une fois au bas des marches de l'escalier qui y menait, il scruta le couloir sombre, devant lui.
Le Baron Sanglant lui avait dit que c'était plein de culs-de-sac, là-bas, et sa carte du Maraudeur lui disait la même chose… Mais il était sûr d'être passé par là quand madame Malfoy les avait guidés tous les deux. Il s'avança et explora les quelques couloirs à l'embranchement du bout.
L'un d'eux menait à la maison Serpentard, sous le lac, mais il savait que le couloir qu'il cherchait n'était pas là-bas. Les autres étaient, comme l'avait annoncé le Baron Sanglant, des culs-de-sac. Perplexe, Harry revint sur ses pas. Est-ce que son souvenir était mauvais, ou est-ce qu'une magie étrange œuvrait une fois de plus dans le château ?
Il se figea quand il entendit des pas descendre les escaliers qui menaient au Grand Hall.
La silhouette longiligne d'Igor apparut bientôt, éclairée par une petite torche que le médicomage tenait à la main. Harry fronça les sourcils avant de se rappeler que l'homme n'utilisait plus de baguette depuis longtemps. Roulée sous le bras, il portait une toile blanche qui reflétait la lumière de la torche.
Igor accrocha sa torche au mur et déroula la toile avant de la plaquer sur la porte grisâtre des appartements de Snape.
- Tu avais raison ! s'exclama la toile, faisant sursauter Harry.
Le sorcier s'approcha à pas de loup. Mais il n'y avait personne dans le tableau ! Seules de vagues montagnes grisées dominaient une plaine gelée. Qui parlait ?
- Le mot de passe a changé, continua la toile. C'est Hocus Pocus.
Igor eut un énorme rire et dut lâcher la toile d'une main, pour s'essuyer les yeux.
- Tu m'expliques ? demanda la toile, intriguée.
Igor lissa à nouveau la toile, soigneusement, avant de répondre d'un air joyeux.
- Quand maître Snape m'a annoncé pour la première fois que j'étais un sorcier, je ne l'ai pas cru. C'était mon frère qui était un sorcier. Alors il m'a tendu sa baguette et défié d'utiliser une formule magique. J'ai crié Hocus Pocus. Ça n'a rien fait, évidemment, à part le faire rire. J'étais vexé. Après, il m'a expliqué comment lancer un vrai sort et ça a marché. C'est un bon souvenir.
- Je suis sûr que tu es amoureux de ton « maître Snape » ! s'exclama la voix, taquine.
Harry perçut la grimace évidente d'Igor, qui faisait écho à la sienne.
- Boris, protesta-t-il, je t'ai déjà expliqué que maître Snape était un père pour moi ! Pas un amant, lâcha-t-il sur une dernière grimace.
Cette fois, Harry perçut un ricanement provenir de la toile.
- Dommage. Tu sais que plusieurs membres de la tribu sont toujours d'accord pour te prendre comme compagnon.
- Et tu sais que ce serait une erreur à cause de ma condition, parce que je ne serais plus capable de vous soigner si vous me transformiez.
- J'espère que tu reviendras bientôt. Certains d'entre nous ont rechuté depuis que tu es parti.
- Je me suis engagé un an. Je reviendrai après, Boris. Et je te remercie pour le mot de passe.
- Pas de quoi. C'est très amusant, ce système de tableaux pour espionner tout ce qui se passe dans le château, même si ça manque de sécurité. Votre directrice doit bien s'amuser.
Igor leva les yeux au ciel et s'adressa une dernière fois à l'être invisible.
- Tu peux retourner te promener ou rentrer, je n'ai plus besoin de toi. A bientôt.
- Je vais aller me promener. Tu sais que les tableaux sont très nerveux, quand ils ne voient pas leur interlocuteur ? Surtout ceux de Poudlard, qui sont justement faits pour voir… Et ne lève pas les yeux au ciel, gronda la voix avec une nuance amusée.
Igor enroula de nouveau la toile et la replaça sous son bras, avant de sourire comme un gamin et de prononcer le mot de passe. Puis il pénétra dans les appartements de Snape.
Ça au moins, ce n'était pas commun… Harry se retourna pour recommencer son exploration et sursauta, retenant à grand peine un cri de surprise.
- Bonjour, monsieur Potter, le salua froidement le fantôme de Serpentard. Que faites-vous ici, à cette heure de la nuit ?
- Vous pouvez me voir ? demanda bêtement Harry, toujours sous sa cape.
- Bien sûr ! s'exclama le Baron avec un haussement d'épaules. Les reliques de la mort ne nous affectent pas vraiment puisque nous appartenons au même monde. Alors ? reprit-il avec un air plus menaçant. Que cherchez-vous dans les parages ?
Harry ne releva pas la connaissance du fantôme à propos des reliques, tout comme il n'avait pas relevé sa connaissance de l'importance des contes de Beedle le Barde, lorsqu'il avait discuté avec lui quelques mois auparavant.
- Un couloir avec une tapisserie, répondit Harry. Je voudrais retrouver le chemin par lequel Narcissa Malfoy m'avait fait passer il y a quelques mois de cela.
- Oui, marmonna le Baron Sanglant, moins menaçant. Je me souviens de votre lubie de vouloir repasser par les culs-de-sac pour remonter dans le Hall… fit-il pensivement. Mais je vous assure qu'aucune tapisserie n'est gardée dans les cachots. Du moins, se corrigea-t-il, pas de ce côté-ci du château. Vous devriez essayer les oubliettes, du côté des couloirs de Poufsouffle.
- Il y a des oubliettes à Poudlard ? s'étonna Harry. Mais pour quoi faire ? C'est une école !
- Poudlard est une école, jeune homme, mais c'est avant tout un château maintes fois convoité qui nécessitait à l'époque des Fondateurs des geôles efficaces. Mais c'est normal que vous n'en ayez jamais entendu parler, vous les élèves. Ce n'est pas un endroit pour les êtres humains. Quoi que, s'interrompit-il avec un air pensif, certains cachots ont été transformés en réserves de nourriture depuis quelques centaines d'années. Et c'est beaucoup plus convivial comme ça.
Harry frissonna non pas de froid, mais de crainte à l'idée de s'enfoncer dans les entrailles putrides et gelées des oubliettes de Poudlard.
- Vous devriez aller voir le Moine Gras, conseilla le Baron Sanglant, si vous voulez des informations sur une tapisserie. Les autres pourront peut-être vous donner quelques informations, même si je n'y compterais pas trop si j'étais vous. En tout cas, ne traînez pas trop par ici. Les cachots de Serpentard ne sont pas faits pour d'autres personnes que le directeur Snape et ses élèves.
Harry acquiesça et remonta les escaliers pour se lancer à la recherche du Moine Gras. En toute logique, d'après les bruits qui avaient toujours couru pendant sa scolarité, le fantôme des Poufsouffles ne restait jamais bien loin des dortoirs de sa maison, eux-mêmes tout à côté des cuisines du château.
En constatant que le couloir était vide, il chatouilla la poire de la cuisine et retira sa cape une fois à l'intérieur.
- Maître Harry Potter ? s'étonna Winky en l'apercevant. Winky peut-elle faire quelque chose pour le maître ?
Plusieurs autres elfes vinrent l'entourer, toujours prêts à aider.
- Je suis à la recherche du Moine Gras. Est-ce que vous savez où il se trouve ?
- Oui, maître Potter, Spip sait ! s'exclama l'un d'eux très excité.
A force de sautiller pour attirer son attention, il fit tomber l'assiette sale qu'il tenait dans ses mains et elle se brisa.
- Ho ! fit-il en rougissant de gêne. Spip est très désolé, maître ! Spip est un mauvais elfe.
Alors qu'il commençait à se frapper la tête au sol, Winky l'interrompit.
- Spip ! Cesse immédiatement et ramasse les morceaux !
L'elfe obéit et Winky secoua la tête avec désapprobation.
- Excusez nous, maître Harry Potter. Spip est l'elfe le plus maladroit du château. Winky sait aussi où se cache le Moine Gras, maître Harry Potter. Il traîne dans les réserves. Est-ce que maître Harry Potter veut que Winky l'accompagne ?
- Oui, merci Winky.
Harry suivit l'elfe de Poudlard jusqu'à une porte un peu sinistre et descendit les escaliers juste derrière, en admirant intérieurement la rapidité de Winky à dévaler les marches. Lui-même faisait attention en s'enfonçant dans le petit couloir étroit. Au moins, l'atmosphère ici restait saine.
Arrivé en bas des marches, il haussa les sourcils de surprise.
- Ce sont les réserves de Poudlard, maître Harry Potter, dit Winky en montrant le couloir large et droit qui s'étendait devant eux. Le Moine Gras est toujours tout au bout, avec les charcuteries, expliqua-t-elle.
Harry la suivit et observa, le long du couloir, les… cellules qui s'alignaient. Chaque petite pièce, fermée par une grille, était remplie de nourriture pour préparer les repas du château.
- Voilà le Moine Gras, maître Harry Potter, fit l'elfe en désignant le spectre qui flottait au dessus de barils en humant l'air avec délices.
Le fantôme se tourna vers eux et observa Harry, curieux et surpris de voir quelqu'un dans son domaine.
- Merci Winky, tu peux remonter, je n'ai plus besoin de toi.
- Oui, maître Harry Potter, dit l'elfe dans une courbette, avant de repartir.
- Assistant Potter, le salua le Moine Gras avec un sourire assez jovial. Que venez-vous faire dans les réserves du château ? Il y a bien assez de nourriture dans les cuisines pour vous combler un petit creux, non ?
- Oui bien sûr ! Mais ce n'est pas à manger que je viens chercher. C'est vous. J'ai besoin de votre aide.
- Mon aide ? s'étonna le fantôme en flottant vers lui.
- Oui. Je cherche les oubliettes de Poudlard. Les tapisseries du château, plus précisément.
- Voilà une requête bien inhabituelle, fit le fantôme en fronçant ses sourcils transparents. Les oubliettes ne sont pas faites pour les êtres humains. Mais les couloirs des oubliettes sont effectivement tapissés de belles œuvres, qui pour la plupart ont été reléguées là quand sont apparus les premiers tableaux vivants. Ils sont bien moins dangereux, ajouta pensivement le fantôme.
Harry fronça les sourcils, pas certain de comprendre les propos du Moine Gras. Il trouvait bien dommage de laisser de belles œuvres cachées dans des oubliettes, même s'il était heureux de voir le Moine Gras confirmer les propos du Baron Sanglant.
- Pourriez-vous m'y emmener ? demanda poliment Harry.
- Volontiers. Suivez-moi, fit le fantôme avant de traverser le mur derrière lui.
Harry s'approcha du mur et leva les yeux au ciel. Les fantômes oubliaient vite que les humains ne traversaient pas les murs. Il voulut donner quelques coups sur la pierre, pour rappeler le Moine Gras, mais son poing traversa du vide et il bascula en avant.
Sonné, il comprit qu'il venait d'atterrir sur le sol froid d'une nouvelle pièce, cachée aux regards.
- C'est une belle illusion, n'est-ce pas ? demanda le Moine Gras. Je suis toujours aussi fasciné par le travail des artisans de mon époque. Ils étaient quand même particulièrement doués pour créer des choses inexistantes, qu'en dites-vous ?
- Oui, grogna Harry en se relevant, effectivement.
- Suivez-moi, l'invita le fantôme en recommençant à flotter.
Ici, il faisait beaucoup plus sombre que dans les cachots de Serpentard. Harry leva sa baguette et lança un Lumos avant de suivre le Moine Gras. Il était apparemment dans une immense pièce pleine de colonnes elles-mêmes reliées aux voutes du plafond. Elles soutenaient une partie du poids du château.
Le mur brut qu'ils rasaient n'était pas particulièrement entretenu, mais il semblait solide. Au bout de la salle voûtée, aux deux extrémités du mur, deux couloirs s'enfonçaient dans le noir.
- Les oubliettes sont ici, à droite, l'informa le fantôme. C'est un petit labyrinthe qui a longtemps été glauque, mais les tapisseries aujourd'hui donnent plutôt l'impression de parcourir un petit musée. Cependant, l'air est lourd et peu renouvelé, ici, alors je vous conseille de ne pas rester trop longtemps.
Harry remercia le Moine et consulta sa carte du Maraudeur. D'après elle, il était dans un espace vierge de toute indication, comme hors de Poudlard. Son père n'avait probablement jamais eu l'idée qu'il puisse exister ici des oubliettes… Le Moine flotta et disparut derrière un mur, laissant Harry se débrouiller sans lui.
Ce dernier n'était pas inquiet. S'il se perdait, il appellerait Kreattur pour le sortir de là. Il s'enfonça dans le couloir des oubliettes jusqu'à rencontrer une première tapisserie. On y apercevait une scène champêtre où trois sorcières s'amusaient à faire danser et chanter un service à thé. Les bruits étaient cependant assez faibles, étouffés.
Harry s'approcha et héla les jeunes femmes qui se retournèrent vers lui.
- Un être vivant ! s'exclama l'une d'elles.
Le couloir sembla soudain s'éveiller de mille chuchotis et Harry se sentit mal-à-l'aise, épié par des personnages tissés qu'il ne pouvait pas voir.
- Que viens-tu faire par ici, jeune damoiseau ? demanda une autre femme du tableau, dans un murmure.
Harry s'approcha encore, l'oreille tendue pour bien comprendre ce que les sorcières disaient, et répondit.
- Je suis à la recherche d'une tapisserie qui représente le château la nuit, avec une silhouette cachée dans l'ombre. Est-ce que cela vous dit quelque chose ?
- Oui, bien sûr, jeune homme. Enfonce-toi dans les profondeurs des oubliettes, c'est là que les tapisseries qui ont des secrets se cachent.
- Ou reste avec nous pour nous tenir compagnie, dit la deuxième d'une voix cajoleuse.
- Ecartez-vous, sorcières ! s'exclama une voix, dans le bois qui bordait le tableau. Et allez voir ailleurs si j'y suis !
En poussant de petits cris surpris et apeurés, les trois femmes s'enfuirent de la tapisserie et le service à thé cessa tout mouvement. Harry perçut la silhouette qui venait de parler, entre les arbres.
- Qui êtes-vous ? demanda Harry à qui la voix était familière.
- Celui que tu cherches. Si des péronnelles t'envoient t'enfoncer dans un labyrinthe, un conseil, ne le fait pas, dit-il d'un ton mécontent. Je suis bien placé pour savoir que la plupart des tapisseries cachées ici sont dangereuses. Elles représentent des créatures que personne n'a envie de voir de face, ou des jeunes gens à la beauté ensorcelante qui te perdent dans les couloirs… Bref. Je suis content de te voir, mon garçon. Je te cherchais justement.
- Moi ?
- Oui, toi. Suis-moi, prend le premier couloir à droite.
Intrigué, mais à peu près sûr que c'était bien la silhouette qu'il cherchait, Harry s'avança dans le labyrinthe et prit l'embranchement de droite. Le couloir fut soudain beaucoup moins sombre.
- Traverse, ordonna la silhouette qui avait progressé avec lui le long des tapisseries. Et rejoins-moi dans la salle au bout.
Encore une fois, Harry fit le choix d'obéir et il atterrit brusquement dans le couloir de la Salle sur Demande. Comment était-ce possible ? Il constata que la porte de la salle était visible : elle attendait visiblement de la visite. Harry poussa la porte et entra.
- Bienvenue, monsieur Potter, l'accueillit la silhouette.
La tapisserie qu'il avait cherchée dans les cachots était pendue devant lui, sur le mur de pierre d'une salle assez sombre.
- Comment avez-vous fait ça ? demanda Harry en désignant la salle du bras. Comment avez-vous pu bouger de place, par rapport à la dernière fois ?
- Rien de bien compliqué, répondit la silhouette. Je suis le gardien du couloir va-et-vient. Je peux me déplacer partout dans les couloirs du château et relier ensemble n'importe quelle pièce à une autre. Et, évidemment, ma magie est liée à la Salle-sur-Demande, alors il n'est pas surprenant de m'y rencontrer, quand on me cherche.
- Je ne savais pas qu'il y avait un couloir mouvant dans le château, déclara Harry avec méfiance.
- Très peu de gens le savent, répondit laconiquement la tapisserie. Mais faites-moi plaisir : la prochaine fois que vous me cherchez, ne vous promenez pas dans les couloirs – et encore moins ceux des oubliettes – venez plutôt me chercher ici, d'accord ?
- Oui, bien sûr, marmonna Harry. Pourquoi est-ce que vous me cherchiez ? demanda-t-il, toujours méfiant.
- Expliquez-moi d'abord ce que vous voulez de moi, pirouetta la voix.
- Des réponses. Sur les Temps Sombres.
- Ho ho… fit sombrement la voix, retrouvant d'un seul coup tout son sérieux. Je vous écoute.
- Je sais que les Temps Sombres sont un déchirement du Voile. Je sais que le seul moyen d'y remédier est de rassembler deux trésors – un livre et une coupe – mais je ne comprends pas comment le voile peut se déchirer, et je ne sais même pas ce que c'est exactement. Et comment est-ce qu'un livre et une coupe de sang séché pourraient nous préserver d'un désastre ?
- Le Voile, répondit la tapisserie, est une frontière entre les mondes, qui permet à la magie d'exister ici. C'est une frontière entre la Terre et d'autres dimensions qui possèdent des magies spécifiques. Mais je ne sais pas comment il pourrait être déchiré, ni comment les deux trésors dont vous parlez peuvent contrer cela. Ce n'est pas de mon ressort.
Harry fronça les sourcils. Il avait donc eu raison. Les Temps Sombres étaient liés au déchirement du Voile. Et le texte de Joseph d'Arimathie disait sans doute la vérité également, en soulignant l'importance du Premier et du Deuxième…
- Je pourrais sans doute vous en apprendre beaucoup, reprit la tapisserie, mais vous avez quelqu'un d'autre à rencontrer, avant. Quelqu'un qui pourra vous apporter des réponses que vous cherchez…
Harry releva la tête, qu'il n'avait pas eu conscience de baisser, plongé dans ses pensées.
- Qui donc ?
- Mon maître. Il souhaite vous rencontrer. Et c'était la raison pour laquelle je vous cherchais.
- Très bien, accepta Harry. Où est-ce que je peux le voir ?
- Allez dormir à l'auberge du Voyageur Repu, ce soir… La personne qui vous amènera au Maître viendra vous y chercher demain matin !
Et avant qu'Harry ait pu ajouter quoi que ce soit, la tapisserie avait disparu dans un « pop » qui ressemblait fort à celui des elfes de maison.
HPAOHPAOHPAOHPAOHPAOHPAO
Samedi 24 octobre, nuit.
Harry poussa la porte principale de l'auberge et fut assailli par une musique pour le moins… étrange. Il fit quelques pas à l'intérieur, la chaleur ambiante créant un contraste saisissant avec le froid du dehors, et il alla s'appuyer au bar.
Il y avait beaucoup de monde et personne ne l'avait remarqué. Dans l'espace détente – enfin, dans ce qui était habituellement l'espace détente, avec son tapis blanc et ses fauteuils vert foncé – un petit groupe de quatre… nains probablement, vu leur petite taille, accaparait l'attention de la foule. Un petit accordéon, une guitare, une flûte et une cornemuse jouaient des airs assez entraînants.
Harry continua son observation de la foule mais son regard revint brusquement sur la cornemuse. Etait-ce son collègue Filius Flitwick qui jouait ? Harry cligna des yeux, mais oui, il avait bien vu. Malgré ses joues gonflées, il restait reconnaissable.
Harry secoua la tête et s'accouda au bar, en attendant que Seamus daigne le remarquer. Ce qu'il fit rapidement.
- Bonjour, Harry ! Je suis content de te voir ! s'exclama-t-il en lui serrant la main par-dessus le comptoir. Qu'est-ce que je te sers ?
- Un cocktail de ton choix, répondit Harry. J'aimerais aussi une chambre pour la nuit.
Sans poser de question – sans doute la compagnie de George et Percy l'avait-il blasé ou peut-être avait-il eu droit à quelques tours en réponse à trop de curiosité – il acquiesça et attrapa une clef dans un tiroir avant de la lui lancer.
- La meilleure chambre, commenta-t-il brièvement. Elle n'est pas prise, ce week-end. Tu me donneras ton avis.
Puis il se retourna pour préparer un cocktail alors qu'Harry contemplait la petite clef. Il ne put s'empêcher de sourire en voyant qu'une harpe était gravée sur l'objet. Quand Seamus lui tendit sa commande avec un sourire malicieux, il lui glissa un Gallion et quelques noises dans la main.
- Garde la monnaie, dit Harry en se détournant.
Seamus sourit et secoua la tête. Il n'avait absolument pas demandé de paiement, mais George lui avait dit qu'Harry aimait donner et que l'argent avait tendance à lui brûler les doigts. En voyant le dos d'Harry lui faire face, il comprenait mieux ce que son associé avait voulu dire. Il glissa donc l'argent dans la caisse et versa une biéraubeurre à un autre client qui le lui avait demandé. Cette soirée s'annonçait très bonne pour son chiffre d'affaires…
Harry retint un bâillement et sirota la boisson, à la fois fraîche dans la bouche et brûlante dans la gorge. Harry tenta de deviner le mélange, mais s'il se douta de la présence de menthe et d'anis, il était incapable de reconnaître l'alcool principal…
- Bonsoir, professeur Potter ! lança une voix malicieuse à ses côtés.
Harry se tourna vers la jeune Anna, dont le sourire grandit encore quand il lui fit les gros yeux.
- Bonjour, miss O'Brien. J'ai un mot pour vous de la part du concierge…
- Bulle, sort de là ! dit la jeune femme à une de ses poches.
La petite tête du chien, habituellement énorme, fit son apparition et se fixa sur l'enseignant en laissant échapper un bref aboiement. Harry était toujours surpris de voir cet animal pouvoir changer de taille à volonté.
- On vous écoute, professeur, dit Anna avec un air sérieux qui ne parvenait pas à cacher son regard effronté.
- Monsieur Rusard vous demande à tous les deux de ne plus importuner son chat. J'espère que vous lui obéirez.
La jeune femme fit une petite moue, son chien poussa un gémissement d'autant plus pitoyable que sa petite taille le rendait plus aigu, et elle accepta de ne plus embêter Miss Teigne.
- Mais c'est dommage de la laisser seule dans son coin. Bulle l'aimait bien.
Harry secoua la tête et retint un sourire. Son regard se perdit de nouveau dans la foule et il écouta distraitement la musique. La fatigue tombait tout doucement sur lui.
- Vous devriez rentrer vous coucher, dit-il encore à l'étudiante restée à ses côtés.
- Non, émit-elle doucement. La musique me fait du bien. Mon pays me manque…
Harry se tourna vers elle.
- Vous êtes Irlandaise ?
Elle lui jeta un regard brûlant en rejetant ses cheveux en arrière.
- Vous en doutiez ? Mon nom prête pourtant rarement à confusion.
- Je ne me suis jamais posé la question en fait, répondit-il en haussant les épaules. Par contre, je suis surpris que deux mois loin de chez vous suffisent à vous rendre nostalgique.
- C'est parce que c'est la première fois que je m'éloigne autant de ma famille, dit-elle avec une petite moue. Ma grand-mère, ma mère et même mes sœurs me manquent… Et puis… C'est vrai qu'on voit du monde, ici, mais j'aimerais mieux revoir les étendues encore vierges de mon pays. Je savais bien que ce n'était pas une bonne idée de venir ici.
- Pourquoi être venue quand même, alors ?
La jeune femme le fixa attentivement pendant un moment qui lui parut une éternité. Puis elle répondit.
- Ma grand-mère a insisté. Elle a dit que son savoir ne me permettrait pas de devenir une sorcière accomplie. Elle préférait que je vienne me frotter à d'autres sorciers. Mais… Franchement, est-ce que vous n'avez pas l'impression d'être en retard, ici ? Je veux dire… Vos plus jeunes élèves, ils savent à peine lancer un sort. J'avais toujours entendu dire que Poudlard était une des meilleures écoles de sorcellerie au monde…
Harry tiqua légèrement devant la franchise naïve de l'étudiante.
- Elle l'est, je pense, répondit-il. Mais nous faisons aussi attention à ne pas épuiser la magie des jeunes élèves. Elle est instable et une mauvaise utilisation des sorts pourrait la perturber durablement et causer des dégâts irréversibles.
Anna fit une nouvelle petite moue, montrant ses doutes, et ajouta.
- Deirdre m'a appris très tôt à faire de la magie. Dés que j'ai rencontré Bulle ! Et je n'avais que six ans…
- Tu as là ton explication, dit Harry en se souvenant de ses lectures dans la réserve. Un familier est un animal magique qui permet aux enfants de gérer leurs variations magiques et leurs émotions. En partageant ça avec toi, ton familier t'a permis de t'initier à la magie plus tôt que les autres enfants.
- Je vois… souffla-t-elle en acquiesçant d'un air absent. Tu vois Bulle, dit-elle soudain d'un air joyeux en se penchant vers sa poche, j'ai beaucoup de chance de t'avoir rencontrée !
Le chien, la langue pendante, semblait acquiescer de tout son être. Harry sourit une nouvelle fois, trouvant désarmant le caractère enfantin de l'étudiante, pourtant presque majeure puisqu'elle était en sixième année. Sans plus parler, les deux sorciers restèrent là, à écouter la musique, jusqu'à ce que le groupe ait terminé de jouer.
- Pour tous les étudiants de Poudlard, s'exclama Seamus, grimpé sur un tabouret, il est temps de rentrer !
Plusieurs jeunes sorciers grognèrent mais obéirent.
- Bonne nuit, professeur Potter, glissa Anna en sortant avec grâce. Amusez-vous bien !
Harry observa les musiciens ranger leurs instruments tandis que les clients quittaient peu à peu le bar. Filius Flitwick s'avança vers lui et poussa un soupir satisfait.
- Voilà bien longtemps que mes amis et moi n'avions pas joué devant un public, dit-il. C'était vraiment agréable. Avez-vous apprécié la musique, Harry ?
- Beaucoup. Bravo à vous et à vos amis. Est-ce que je peux vous poser une question gênante ?
Le minuscule professeur commanda quatre chopes de Biéraubeurre à Seamus puis se tourna vers Harry, lui faisant signe de lui poser sa question.
- Est-ce que vous avez de la famille chez… les nains ?
Filius eut un petit rire et acquiesça.
- Vous avez résisté plus longtemps que Neville Longdubat pour me poser cette question. En fait, ce ne sont pas les nains mais les Gobelins qui sont rentrés dans mon arbre généalogique, expliqua-t-il à voix basse. Tout comme mes amis, qui étaient cachés pendant la guerre, je porte des gênes issus de la population gobeline. Mais je suis incapable de vous dire depuis combien de générations.
- Ho ! Merci d'avoir répondu, dit Harry avec un sourire. Et bonne continuation.
- Merci, Harry. Bonne soirée, lui dit encore le professeur en emportant le plateau de chopes préparé par Seamus.
Ce dernier se tourna vers Harry, enjoué.
- Si tu restes encore une demi-heure en bas, dit-il, tu pourras voir George. Il vient renouveler le stock de farces et attrapes.
- Ça fonctionne bien ?
- Ici ? Encore mieux que ça, répondit malicieusement le jeune aubergiste en lui faisant un clin d'œil.
Bientôt, une fois les musiciens partis, le comptoir se vida de ses occupants. Seamus ferma le bar et George jaillit de la cheminée.
- Bonjour, Harry ! s'exclama le sorcier roux en l'apercevant. Comment va notre banquier préféré ?
- Fatigué, avoua Harry. J'ai hâte d'aller me coucher. Comment vas-tu ? Et Percy ?
- On va assez bien, tous les deux, répondit George en ouvrant les vitrines. Les ventes sur le chemin de Traverse ne sont pas aussi bonnes qu'attendu pour le moment, mais les commandes par hibou et les ventes ici compensent largement. Comme c'est Percy qui s'occupe des envois de colis, il est pas mal occupé, mais il préfère ça à l'inactivité. Tu le connais.
George sortit quelques paquets pour les placer dans les vitrines, sourcils froncés, puis se tourna à nouveau vers Harry.
- Et puis, dit-il en lui lançant un regard sérieux, c'est mieux pour qu'il ne perde pas pied dans la réalité.
Harry fronça les sourcils, soudain très inquiet.
- Que se passe-t-il ?
- Un corps n'est pas fait pour partager deux âmes et c'est épuisant pour Percy qui dort peu. En ce moment, de jour comme de nuit, Fred semble répéter le même marmonnement sans arrêt, dans sa tête. « Ingérence » ou quelque chose comme ça. Ça tracasse mon jumeau mais je suis incapable d'aider Percy puisque Fred et moi ne partageons plus les mêmes schémas de pensée, maintenant. Est-ce que toi, tu as compris les mots qu'il t'a adressés, depuis le temps ?
- Non. Pas vraiment. Mais je ne désespère pas !
George secoua la tête, silencieux, et termina le réapprovisionnement des vitrines.
- Va discuter un peu avec Percy, lui demanda-t-il quand il eut terminé, dés que tu auras un peu de temps. Ça apaisera peut-être l'âme de Fred.
Harry lui promit de passer dés que possible et George, après avoir discuté quelques minutes avec Seamus, repartit par la cheminée.
- Viens, proposa Seamus à Harry. Je vais te montrer ta chambre.
Harry suivit son ancien camarade de dortoir, grimpa les escaliers de la mezzanine et passa la porte de gauche, celle du couloir qui menait aux chambres pour sorciers. Quelques marches à monter, à descendre et quelques coudes à négocier et il se retrouva devant une double porte en bois qui portait le numéro 18.
- La plus belle, voici ta chambre, déclara Seamus en la lui désignant.
Harry introduisit la clef que lui avait confiée l'aubergiste un peu plus tôt et poussa la porte. Un petit hall carré et carrelé donnait sur trois portes.
- A gauche, une penderie annexe pour les robes, les capes et les chaussures. Des pantoufles t'attendent là, à côté de la porte du salon. Et à droite, des toilettes. Tu en as aussi dans la salle de bain qui est accolée à ta chambre, ajouta Seamus en poussant la porte du salon, mais c'est au cas où tu as des invités un soir.
Harry suivit Seamus dans le salon. Il n'était pas extravagant, mais quand même assez grand. Une petite cheminée, non raccordée au réseau d'après Seamus, deux canapés d'un beige assez doux et une table basse avec quelques magasines composaient la pièce, tout entière recouverte du même tapis doux et blanc qu'on pouvait trouver au rez-de-chaussée.
Sur les murs, des bibliothèques pleines n'attendaient que son bon vouloir.
- Tu as aussi un petit garde-manger derrière toi, à côté de la porte, précisa Seamus alors que sa baguette émit un étrange bêlement. Quelqu'un me sonne, en bas, dit-il. Je te laisse voir la chambre et la salle de bains, j'espère que tout sera à ton goût.
- Ça l'est déjà. Merci Seamus et bonne nuit.
L'aubergiste le laissa seul et il prit tout juste le temps de se rafraîchir avant de s'écrouler sur le lit, à peine conscient quand il mit le réveil de la table de chevet sur 6 heures.
* Vérités, vraisemblance admise et inventions.
Comme pour le reste de cette fiction, je me suis servie de données historiques et religieuses réelles, ainsi que de données littéraires, que j'ai ensuite remaniées à ma sauce afin de créer une toute nouvelle "Histoire". Je vous donne quelques unes de ces données sélectionnées ci-après :
- « Histoire » de Joseph d'Arimathie : Vous êtes nombreux à connaître Joseph d'Arimathie à travers les romans racontant la quête du Graal. Sa récupération de la dépouille de Jésus et son enfermement consécutif (suivi de l'évaporation mystérieuse) est reconnu par les textes religieux.
- Jésus et religion : la phrase de Jésus à propos des prophètes est aussi reconnue par l'Eglise, il existe bien une Apocalypse de Jean écrite sur une île loin de tout, ainsi qu'un disciple nommé Jean qui était « aimé » de Jésus, même si ce n'est sans doute pas le même. Par ailleurs, « Apocalypse » signifie littéralement « déchirement du voile ».
En espérant que ce chapitre vous ait intrigué ! Rendez-vous la semaine prochaine avec une partie Harry-Draco. En attendant, n'hésitez pas à me laisser un petit mot avec votre avis ^^
Lena.
