Bonjour à tous ! Non, vous ne rêvez pas, il s'agit bel et bien d'un nouveau chapitre ^^ Pas tout à fait celui que j'avais prévu à l'origine, mais il me plaît quand même.

Je suis restée absente deux mois, il est vrai, mais certains d'entre vous auront peut-être remarqué que cette histoire a été corrigée (avec insertion des dates, chose que je n'ai fait que tardivement et à la demande de quelques lecteurs). Pas de changement de contenu, uniquement de forme, mais cela m'a pris beaucoup de temps. Donc rassurez-vous : je n'abandonne jamais totalement cette histoire, même quand je ne fais plus signe )

Je remercie tout particulièrement ma correctrice Wyny, qui prend elle aussi beaucoup de temps sur cette histoire et qui m'envoie régulièrement des bottages de fesses par mail. (Et j'aime ça XD)

RAR anonymes : merci à Marie la petite, Loc, Skerlock, Kartouche et Arty pour vos messages. Pour vos questions (comme par exemple sur le fait que je n'ai pas écrit depuis un bout de temps), n'hésitez pas à vous inscrire sur le site. C'est le seul moyen pour moi de vous répondre correctement. :)


Résumé des épisodes précédents

Nous sommes le mercredi 21 octobre, du côté du Palais. Draco se sent trahi par la psychomage Kimi Asuya, qui l'a espionné à l'aide d'une petite poupée de chiffon. Quand il sort du bureau, Philippe Piéfort le bloque dans un couloir, désireux de lui faire avouer ses crimes – dont il a un aperçu grâce à une lettre du ministère anglais – et de le punir.

Les jumelles Lenain, famille française que monsieur X espérait pourtant éloigner en poussant Philippe à révéler le passé de Mangemort de Draco Malfoy, interviennent et lui sauvent la vie en faisant montre d'un pouvoir étonnant. Une fois Philippe hors service, elles s'agenouillent devant leur maître, Draco, le Rêveur.

Du côté d'Harry, nous sommes le vendredi 23 octobre, quand il termine de traduire le parchemin de Joseph d'Arimathie. Celui-ci mentionne deux Trésors, le Premier – une coupe ou du sang – et le Deuxième – le Grand Livre de la Prédestination. Il mentionne également un « fils de père incertain », peut-être capable de sauver leur monde en luttant contre le déchirement du Voile et donc, en luttant contre les Temps Sombres.

Le lendemain, il obtient des réponses auprès d'Hermione sur la légende du Graal et, le soir, se souvient brusquement d'une rencontre avec une tapisserie mystérieuse, plusieurs mois auparavant. Après avoir surpris Igor entrer chez Severus Snape « par effraction », rencontré le Baron Sanglant et le Moine Gras dans le garde-manger, il se retrouve face à la tapisserie qui est en fait le gardien du couloir va-et-vient.

La silhouette cachée dans cette tapisserie invite Harry à se rendre à l'auberge du Voyageur Repu, où quelqu'un viendra le chercher pour une rencontre avec son maître. C'est une condition non négociable avant qu'il n'obtienne quelques réponses à ses questions.

A l'auberge, Harry rencontre Anna, le professeur Flitwick et George – qui lui parle de la cohabitation difficile entre Percy et l'âme de Fred – avant d'aller se coucher.


Chapitre 9 : Au cœur de la Palestine

Partie 3 : Secrets et Aveux

Mercredi 21 octobre, matin

Assis sur le lit d'Aline, dans l'aile Faucochêne, Draco observait les jumelles. Aline était assise sur son bureau et surplombait Lina, assise sur la chaise. Tout à l'heure, alors qu'il était toujours sonné par leur démonstration de force, elles lui avaient demandé poliment de les suivre. Elles avaient utilisé cette dénomination de « maître » qu'il abhorrait, mais il les avait tout de même suivies.

Elles étaient effrayantes, mais absolument pas menaçantes envers lui. Et lui était curieux.

Il venait de leur demander quelle magie elles avaient utilisée, dans le couloir où Philippe était toujours gisant. Et Aline venait d'affirmer qu'elles utilisaient la magie élémentaire. Et qu'elle-même maîtrisait l'air. Alors il les observait attentivement, persuadé qu'il s'agissait d'une espèce de boutade. La magie élémentaire… C'était vraiment une réponse absurde… Essayaient-elles de lui cacher quelque chose ?

En même temps, le tourbillon d'Aline plaidait en sa faveur…

- C'est impossible, affirma finalement Draco, après de longues minutes d'incertitude.

- Ce n'est pas impossible de maîtriser un élément, maître, dit doucement Lina. Puisque c'est notre rôle.

- Arrêtez de m'appeler ainsi, siffla-t-il, tendu malgré lui.

Le terme de maître n'évoquait en lui que des mauvais souvenirs, entre Voldemort qui l'avait écrasé et Potter qui le faisait souffrir… Non, il ne supportait pas qu'on le nomme ainsi. Ce mot le mettait vraiment trop mal à l'aise.

- Mais maî… monsieur Malfoy, se rattrapa Lina en fronçant les sourcils. C'est votre titre. Vous êtes le rêveur et nous vous sommes dévouées. Nous vous appartenons. Nous sommes vos Gardiennes. Nous sommes tenues de vous reconnaître comme le maître.

- Je ne suis pas sûr de comprendre, admit Draco avec une boule au ventre.

Comment avaient-elles pu comprendre qu'il était le rêveur ? N'avait-il pas été suffisamment discret ? Qu'est-ce qui l'avait trahi ? Que voulaient-elles dire par gardiennes ? Se pouvait-il qu'il soit lui aussi le bourreau, le maître de quelqu'un ?

Aline lui lança un regard méfiant et plein de colère rentrée.

- Vous êtes bien le rêveur ? demanda-t-elle brusquement, les sourcils froncés.

- Oui, mais…

- Vous souvenez-vous de notre histoire à propos du Cosmimago et des gardiens ? l'interrompit Lina, en sentant que sa sœur s'énervait sous la pression.

Aline avait toujours détesté son destin d'esclave et elle avait toujours agi comme si elle était libre de choisir sa vie. Constater, aujourd'hui, qu'elle avait bel et bien un maître devait profondément la chambouler. Elle-même avait fini par l'accepter… Difficilement, certes, mais accepter quand même. C'était le centre de leur existence, elles n'avaient d'autre choix que de s'y conformer.

- Oui, répondit Draco.

- Nous savions, à ce moment-là, que vous étiez le rêveur. Nous avons attendu votre appel tout ce temps, pour prendre place à vos côtés et remplir notre rôle. Nous avons été cr…

- … contraintes ! s'exclama Aline, les yeux flamboyants. Contraintes de devenir vos protectrices.

Lina lança un regard interloqué à sa sœur, alors que Draco demandait quel était le rapport entre la magie élémentaire et les Gardiens.

- Nous vous l'avions expliqué, reprit Lina. La légende dit que les Gardiens sont liés à un élément. Je ne sais pas si c'est systématique, mais pour nous c'est le cas. Elle dit aussi que c'est parce que le rôle d'un Gardien est de protéger la vie, et que les éléments sont indispensables à la vie. Mais ce qui est absolument sûr, c'est que les Gardiens sont là pour protéger le rêveur, celui qui voit les avenirs.

- Vous, précisa Aline.

- Nous sommes liées à votre vie, vous avez tout pouvoir sur nous. Vous êtes le maître, ajouta Lina.

En prononçant ces paroles, elle constata que sa sœur avait un visage crispé et qu'elle retenait ses larmes à grand peine. Aline avait déjà été esclave d'un maître cruel, il y avait bien longtemps. Avant que Lina, utilisant ses pouvoirs à pleine puissance et s'attirant la haine de nombreux sorciers, ne vienne la sauver et la libérer.

Pour un être comme Aline, qui avait toujours été dévouée à la bonté et à la pureté, cette mauvaise expérience l'avait marquée au fer rouge. Et aujourd'hui, tout son être criait sa détresse, sa peur et son refus d'être esclave. Lina soupira. Draco avait constaté la même chose.

Le sorcier comprenait mieux, désormais, l'acharnement des jeunes femmes à le suivre. Si elles se considéraient comme ses gardiennes, alors elles avaient rempli leur rôle avec sérieux. Mais leur détresse visible faisait un tel écho à la sienne, qu'il ne pouvait pas l'accepter.

Le pouvoir était une chose grisante, il était le premier à l'admettre. Mais pas s'il avait l'impression d'être de nouveau un bourreau Mangemort. Jamais plus il ne ressemblerait à ceux qui avaient détruit Blaise, Pansy, et les autres… Il aimait le pouvoir, mais la folie du Lord Noir avait refroidi ses désirs de puissance. L'ascendant sur les autres, il aimait aussi. Mais seulement quand sa cible avait les moyens de lutter. Comme Potter, à une époque.

Potter…

Sa propre vie ne lui appartenait plus, aujourd'hui, et il aurait tout donné pour retrouver sa liberté. Comme il les comprenait ! Comme il comprenait leur détresse... Il ne pouvait pas et ne voulait pas tenir la vie de quelqu'un entre ses mains.

- Je refuse, déclara Draco dans le silence tendu.

- Qu'est-ce que vous refusez ? demanda Lina en reportant son attention sur le sorcier.

- Je refuse que vous m'apparteniez. Il doit bien y avoir un moyen pour que vous restiez libres, non ? fit-il avec brusquerie.

- C'est impossible, nous avons été cr…

- Gardiennes, interrompit une nouvelle fois Aline, des sanglots dans la voix. Nous avons été gardiennes depuis notre naissance et cela ne peut pas être changé.

- Je refuse tout de même, continua Draco d'un air buté. Vous ne m'appartenez pas. Si vous voulez vraiment me protéger, ajouta-t-il en sachant très bien qu'il pouvait se laisser griser par le pouvoir, alors ne vous comportez jamais en esclave et ne me traitez jamais plus comme votre maître.

Il croisa les bras et tourna la tête. De toute façon, il n'avait pas les épaules assez larges pour prendre la responsabilité de la vie de deux personnes. Il refusait. Il n'était plus Mangemort et il ne serait ni le Lord Noir, ni Potter. Point.

Aline éclata en sanglots dans les bras de sa sœur et Draco la regarda, complètement perdu par sa réaction. Ne voulait-elle pas être libre ?

- C'est le soulagement, lui expliqua Lina en voyant son air perplexe.

Draco leva les yeux au ciel. Il ne comprendrait jamais rien aux filles.

- Merci, souffla Aline en se redressant, entre deux hoquets qu'elle tentait de maîtriser. Mais j'aurais dû me douter que quelqu'un résistant à l'attraction du livre ne profiterait pas forcément de notre condition.

- Le livre… Vous parlez du livre doré ?

Aline acquiesça en finissant de s'essuyer les yeux.

- Pourquoi a-t-il altéré ma vue ? demanda Draco. Si vous vouliez me protéger, vous n'auriez pas dû me le donner… Si ?

- Nous devions vous… te le donner, se rattrapa encore une fois Lina. C'est un livre très particulier qui date de notre première v…

- Génération familiale, coupa Aline en redressant la tête.

Elle jeta un œil d'avertissement à sa sœur, alors qu'elle allait protester, et continua son explication.

- Il permet de développer le domaine magique qui nous correspond le mieux. Il permet aussi de nous ouvrir à la magie plus efficacement. Il donne la possibilité de voir la magie autrement. Mais j'imagine que l'effet est différent pour chacun, puisque le contenu s'adapte exactement à la personnalité de chaque individu.

- Qu'as-tu vu quand tu as touché le livre ? demanda Lina avec curiosité. Tu avais l'air tellement effrayé, le soir où je te l'ai confié.

- Euh… Tu étais… euh…

L'air embarrassé du sorcier intrigua les jumelles et Aline, son chagrin oublié, le pressa de répondre.

- Eh bien… Tu avais l'air d'un monstre, lâcha-t-il à Lina. Et toi, ajouta-t-il pour Aline, d'un fantôme avec un drôle de halo blanc autour de toi.

Les deux jeunes femmes échangèrent un regard vif puis pouffèrent de rire, sachant exactement pourquoi Draco avait eu ces visions. L'ambiance s'en trouva considérablement adoucie.

- Tu as vu notre magie, tout simplement, lui expliqua Lina. Il est logique que le livre ait développé ta vue des choses magiques, puisqu'en tant que rêveur, tu es destiné à voir.

- Pourquoi n'ai-je pas vu la magie de tous les étudiants ?

- Parce que tout le monde ne maîtrise pas ses pouvoirs autant que nous. Et parce que la plupart des étudiants ont une magie neutre : ils ne maîtrisent pas encore la magie verte, ou un autre domaine qui donnerait à leur magie une identité.

- Alors Aline et toi avez une magie spéciale…

- Oui, confirma Aline. Je pense que tu devrais reprendre le livre, d'ailleurs. Nous ne pouvons pas te le confirmer, mais tu devrais découvrir dedans une méthode pour développer ta magie personnelle. C'est comme ça que Lina a appris la magie noire et moi la blanche. Il nous a permis de développer notre domaine magique de prédilection.

- Ce n'est pas toujours très pratique, notamment quand j'essaie de faire mon ménage, mais il y a des côtés intéressants, dit Lina avec un sourire tordu et légèrement sadique.

Aline alla ouvrir son armoire et sortit le livre d'un petit coffre, après quelques manipulations magiques. Elle le tendit à Draco qui l'accepta, avant de se lever. Il allait lui falloir du temps, pour digérer ces révélations à propos des jumelles. Mais il était heureux d'une chose : il n'avait non plus deux esclaves, mais bien deux protectrices aux pouvoirs étonnants. Il n'était pas seul.

- Merci de m'avoir aidé, leur dit-il finalement avec hésitation, avant de sortir.

Derrière lui, restées seules dans la chambre, Aline et Lina s'installèrent dans le lit.

- Pourquoi m'as-tu coupée à chaque fois que j'ai essayé de parler de nos origines et des origines du livre ? demanda Lina.

- Parce que je ne veux pas que les gens apprennent que nous avons été créées de toute pièce. Je ne veux pas être un monstre.

- Aline, souffla Lina en prenant sa sœur dans ses bras, nous ne sommes pas des monstres. Pour la première fois dans toutes nos résurrections… Nous sommes vraiment nées. Nous avons une famille. Nous existons.

Elle caressa les cheveux flamboyants de sa sœur et la serra un peu plus fort contre elle, avant d'ajouter, comme pour s'en convaincre :

- Nous ne sommes pas des monstres.

KAKAKAKAKAKAKAKAKAKAKAKAKA

Mercredi 21 octobre, midi

Kimi fut la dernière à entrer dans la petite salle de réunion. L'équipe pédagogique avait été réunie par Clothilde Lemaire, pour débattre des derniers événements au Palais. Et notamment du jeune Philippe Piéfort, découvert inanimé et gisant dans un couloir par certains de ses camarades.

Quand la psychomage referma la porte et les regarda, le professeur d'Histoire et de Civilisations remarqua son air déçu. Clothilde Lemaire secoua légèrement la tête. Elle savait pourquoi Kimi Asuya était perturbée.

Après la découverte du corps de leur étudiant et alors qu'Annabella l'analysait, les deux femmes avaient discuté. Visiblement, la colère de Draco Malfoy envers sa méthode, le matin même, lui semblait tellement justifiée qu'elle s'en voulait beaucoup. Et cette colère envers elle-même n'était visiblement pas retombée ces dernières heures.

En même temps… elle-même ne pouvait pas blâmer Kimi pour ses erreurs avec le jeune homme. En tant que professeur particulier de magie sans baguette, Clothilde avait déjà fait l'erreur de baisser son bouclier devant la magie pure et ancienne du jeune homme. Et son ancienne addiction, revenue en force, aurait vraiment pu blesser le jeune sorcier.

- Entre Kimi, l'accueillit-elle. Nous t'attendions.

La psychomage prit place sur l'une des deux chaises libres et observa ses collègues. Certains étaient soucieux. D'autres simplement curieux.

- Comment va le jeune Piéfort ? s'informa Clothilde.

- Il ne s'est toujours pas réveillé, répondit Kimi. Annabella est restée à ses côtés. Elle dit qu'il a subi une sorte de choc psychologique qui se serait répercuté physiquement sur lui et aurait provoqué son évanouissement. Elle l'a déduit de l'observation de son esprit, parce que ses flux de vie sont perturbés.

La psychomage replaça une mèche de cheveux dernière son oreille, se demandant un instant si l'hypothèse de sa collègue tenait la route, puis se décida finalement à l'exposer.

- D'après Annabella, c'est l'environnement actuel du Palais qui a pu provoquer un dysfonctionnement de l'esprit de Philippe Piéfort. Vous savez, ajouta-t-elle en regardant ses collègues, les rumeurs qui courent actuellement et les tensions qui en découlent chez les étudiants.

- Peut-être, murmura Clothilde. C'est plausible, effectivement. D'autant plus que nous connaissons tous l'état psychologique particulièrement fragile de cet étudiant.

- Oui, confirma Kimi. Sa schizophrénie brouille d'ailleurs les analyses d'Annabella. C'est pour être sûre de ce qu'elle avance qu'elle est restée là-bas, pour pouvoir faire des analyses plus poussées de ses flux magiques et vitaux.

Il y eu un instant de silence, alors que les professeurs prenaient la mesure des conséquences que pourraient provoquer les rumeurs, si elles continuaient.

- Dans combien de temps devrait-il se réveiller ? demanda finalement Oscar Twitter.

- Le temps qu'il se réadapte, je dirais… deux ou trois jours, répondit Kimi.

- C'est préoccupant, commenta Betty Noisy. L'école est sous tension et ce n'est pas vraiment pour me plaire. Ce sont ces rumeurs, qui dégradent considérablement l'ambiance. Est-ce que le cas du jeune Malfoy est si intéressant qu'il passionne toute l'école ?

Clothilde se tourna vers sa collègue enseignant la Littérature et la Divination. Elle aussi faisait partie des professeurs que le jeune Draco Malfoy fascinait. Mais si on exceptait le sang très particulier du sorcier et sa facilité en Divination, la question de Betty était pertinente.

Avant lui, d'autres étudiants du Palais s'étaient fait remarquer pour leur talent particulier dans une des branches de la magie verte. Et d'autres, plus rares, étaient aussi parfois venus d'anciennes familles à la magie fascinante. Mais aucun d'entre eux n'avait provoqué de telles tensions et de tels débats au sein de l'établissement…

- Il est compréhensible, avança Edmond Jansson, que les dernières rumeurs qui courent sur lui fascinent les élèves. Pour ma part, je dois avouer que je n'apprécie pas ces bruits de couloir. Mais savoir si oui ou non, l'un de leurs camarades a un passé de criminel passionne les élèves. Quant à la tension qui en résulte… Je gage que l'évanouissement de Philippe Piéfort résulte de sa nervosité : il doit faire partie des étudiants qui craignent ce que pourrait faire le jeune Malfoy, que ce soit justifié ou non.

- Nos élèves savent pourtant que ce sont les actes une fois dans l'école qui comptent, glissa Oscar Twitter. Le passé des élèves reste leur passé et ils viennent ici pour se forger une nouvelle identité d'adultes. Même un ancien criminel peut devenir un très bon médicomage, tout à fait fiable.

- Les premières années en sont moins conscients, admit Clothilde. Ils s'interrogent et certains sont effectivement craintifs.

- Mais ont-ils raison ? Je veux dire… Serait-il possible que le Palais ait laissé entrer un criminel ? s'inquiéta à son tour mademoiselle Lulubelle.

- Le jeune Malfoy n'est pas un criminel, affirma Kimi. Loin de là. Et s'il est torturé par son passé, ce n'est en rien à cause d'actes vraiment répréhensibles de sa part.

- Même si, reprit Clothilde par souci de vérité, il est vrai que son passé est trouble.

- Oui, mais il ne l'assume pas. Ou plus, précisa Kimi.

- Que devrions-nous faire, alors ? demanda Oscar Twitter. Un élève accepté au Palais reste un élève, nous sommes d'accord, mais… S'il perturbe les autres, doit-on agir ? Et que devons-nous faire ?

- Je crois que ce n'est pas de notre ressort, dit finalement Clothilde. Dès que nous aurons terminé cette réunion, j'irai voir la directrice et je vous transmettrai ses instructions.

Tous hochèrent la tête. Il était rare que les professeurs fassent appel à la doyenne du Palais, mais il était parfois nécessaire de trancher… Et aujourd'hui, ils ne parvenaient pas à se mettre d'accord sur ce qu'ils devaient faire à propos de l'étudiant.

CLCLCLCLCLCLCLCLCLCLCLCLCLCL

Un peu plus d'un quart d'heure plus tard, Clothilde s'approcha du tronc de l'Arbre Creux, dans le Hall.

- Madame la directrice ? l'appela-t-elle. Nous avons besoin de votre aide.

La même femme sans âge que le jour de la rentrée se détacha peu à peu de l'arbre. Et rapidement, son profond regard se porta sur le professeur de Civilisations.

- Allons marcher dans le bois, voulez-vous ? proposa-t-elle une fois sur ses deux pieds. Et expliquez-moi ce qui peut bien troubler mes professeurs au point qu'ils viennent me demander mon aide.

Clothilde suivit docilement cette femme qui avait consacré son corps et sa vie à soutenir la magie du Palais.

- Nous avons cette année accepté un élève, exposa Clothilde pendant leur marche, dont la présence ne cesse d'agiter et troubler ses camarades. Des rumeurs, certaines effrayantes, courent sur son compte depuis le début de l'année. Et elles sont en recrudescence ces derniers jours.

- Où est le problème ? demanda la directrice.

- Les dernières rumeurs sont vraies, d'après Kimi Asuya. Et une partie de nos élèves est effrayée. Est-ce que nous devons agir ? Et comment ?

- Comment réagit cet élève au passé trouble ? demanda encore la femme sans âge. Est-il « digne » de sa mauvaise réputation ?

Clothilde remarqua, dans le ton de la question, que la directrice en connaissait parfaitement la réponse. Etait-ce une sorte de test ?

- Il… commença-t-elle. Draco Malfoy semble vouloir fuir son passé et les rumeurs à tout prix. Il évite les conflits aussi, je pense. Quand nous avons trouvé le jeune Piéfort évanoui, ce matin, Kimi était sur le point de me parler du violent rejet du jeune homme à son égard, quand il a compris qu'elle connaissait désormais une partie de son passé et de ses pensées. Il n'assume pas la violence à laquelle il a involontairement pris part, plus jeune.

- Oui, murmura la directrice en s'arrêtant et en levant les yeux vers les hautes branches qui les surplombaient. Ça doit être difficile pour un jeune homme de faire face à un passé aussi sombre.

Clothilde la regarda, intriguée, et s'arrêta à son tour à ses côtés. La directrice fixa à nouveau ses yeux vifs sur son professeur de Civilisations.

- Voyez-vous, continua-t-elle, j'ai longuement hésité à laisser entrer ce jeune homme, lors de la rentrée. En scannant son passé, je me suis retrouvée devant un choix difficile. Encore aujourd'hui, je me pose des questions.

- Vous ? s'étonna l'enseignante. C'est vous qui choisissez les élèves à l'entrée ?

- Ma chère Clothilde, fit la directrice avec un sourire étrangement chaleureux, d'où pensez-vous que le portail tire sa magie et ses capacités de jugement ?

- Oh ! se contenta de s'exclamer le professeur de Civilisations. Je vois.

Désormais, elle connaissait la réponse à une question qu'elle s'était souvent posée. Après tout… Comment le portail pouvait-il choisir les sorciers dignes ou non ? Et créer des dossiers sur les étudiants ?

- Voyez-vous, reprit la directrice en levant à nouveau le visage vers le ciel, j'ai exceptionnellement hésité à cause de son passé… Et ce n'est pas la politique du Palais, n'est-ce pas ? J'ai finalement accepté, parce qu'il portait en lui les germes d'un renouveau pour notre magie verte. C'est du moins ce que je pense, en voyant à quel point la magie des bois et du Palais s'agite. Il ne laisse personne indifférent, n'est-ce pas ? Vous-même, Clothilde, l'avez pris sous votre aile…

La question n'amenait aucune réponse. Clothilde Lemaire se contenta d'observer sa supérieure en attendant la suite de sa réflexion.

- Mon seul problème, conclut finalement la femme sans âge, est de savoir si oui ou non j'ai fait le bon choix. Son tempérament calme tend à me dire que c'est le cas, mais… je ne sais pas à quoi m'attendre pour la suite.

- Alors… Que fait-on pour les élèves inquiets ?

- Quel genre de médicomages deviendront ces élèves, s'ils ont peur d'un bruit qui court ? Je vous conseille de laisser ces jeunes gens se débrouiller par eux-mêmes, pour le moment. Ils doivent apprendre à devenir des adultes responsables. Eloigner Draco Malfoy serait une erreur pour le Palais et ferait plus de mal que de bien à ses camarades. Et à lui-même, aussi, parce que fuir son passé à tout prix n'est jamais une solution.

- Alors on ne fait rien ? s'étonna encore Clothilde.

- Observez, conseilla la directrice. Observez, comme moi, et tentez de comprendre pourquoi ce jeune sorcier déchaîne la magie du Palais et les passions.

- Et si ça dégénère entre les élèves ?

- Alors nous aviserons.

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Mercredi 21 octobre, soir

Assis sur son lit, appuyé contre son oreiller, Draco observait le livre doré que les jumelles lui avaient rendu. Il était posé à plat, sur la couverture devant lui. Est-ce qu'un livre pouvait vraiment l'aider ? Il était venu au Palais en espérant guérir et en espérant des réponses sur sa magie et son statut de rêveur. Est-ce que les jumelles pouvaient avoir raison ? Est-ce que les réponses à ses questions se tenaient simplement dans ce livre ?

Le seul moyen de le savoir était de l'ouvrir, mais son expérience de la dernière fois l'avait plutôt refroidi. Certes, sa vision était redevenue normale assez rapidement, mais elle lui avait quand même causé de nombreuses frayeurs. Il pesa le pour et le contre. Puis finalement, sa grande curiosité prit le pas sur ses peurs légitimes et il ouvrit le livre à la préface.

Les lettres, sur la page devant lui, tourbillonnaient en tous sens et il fronça les sourcils. Mais bientôt, chaque lettre se fixa à sa place et des phrases claires et cohérentes se formèrent devant ses yeux.

Qu'il ouvrit en grand.

Les jumelles avaient raison. Le livre, en deux parties, traitait de la magie verte et de « la particularité des visions libres ». Donc de la magie divinatoire spécifique du rêveur, à qui les visions étaient justement libres de s'imposer. Il feuilleta les pages, s'attardant parfois ici ou là.

La première partie expliquait comment parvenir à des résultats probants dans les différentes branches du domaine magique qu'était la magie verte – Sortilèges, Potions et Divination – quand on avait des flux faibles mais une magie pure.

Et la deuxième partie semblait tout autant faite pour lui.

Comment était-ce possible ? Comment ce livre pouvait-il avoir si bien cerné ses besoins ? Fasciné, il se plongea dans la lecture de la deuxième partie. Il ne s'en détacha que vers 3 heures du matin, alors que les lettres dansaient à nouveau devant ses yeux. Cette fois, c'était à cause de la fatigue.

Et en même temps…

Il était tellement excité par ce qu'il lisait qu'il était sûr d'être incapable de dormir tout de suite.

Ses intuitions, les suppositions qu'il avait faites au fil de ses expériences et les données apprises en cours avec Betty Noisy étaient les bonnes : certains rituels et un bon entrainement de sa vision pourraient lui permettre de voir à la fois le futur et le présent. Il allait apprendre à maîtriser son don et c'était pour lui une merveilleuse nouvelle. Peut-être pourrait-il cesser d'être malade ou blessé à cause de visions malvenues ?

En tout cas, il pouvait diminuer les risques.

Sa seule frustration venait du fait que certains rêves et certaines visions continueraient à s'imposer à lui. Parce que sa magie était naturellement ouverte et active, et qu'elle était très liée à son état émotionnel. Aussi, les songes liés au passé ou au destin commun continueraient à s'imposer librement à son esprit, et les moments d'intense émotion pourraient parfois provoquer des visions.

Maîtriser ses émotions était essentiel, s'il voulait apprendre à maîtriser sa magie. Cela faisait écho au discours de Kimi Asuya, plusieurs semaines auparavant, quand elle lui avait expliqué l'objectif de leurs séances. Mais comme il n'était pas mauvais dans la maîtrise de soi, il pourrait largement se débrouiller et apprendre seul.

Parce qu'il n'avait pas changé d'avis : il détestait toujours autant les psychomages et parler de lui à quelqu'un d'étranger.

Draco, toujours assis dans son lit, décida de mettre en pratique un exercice qu'il avait lu dans le livre. Un exercice qui pourrait peut-être lui permettre de voir le futur. Il se plaça en tailleur, dans la position que lui avait enseignée Clothilde Lemaire, et il s'entraîna à faire sortir sa magie par les points de ses poignets. Il savait de mieux en mieux le faire, même s'il se fatiguait encore rapidement.

Quand le voile familier entoura ses mains et ses avant-bras, il plaça l'index et le majeur de chacune de ses mains de part et d'autre de l'arrête de son nez et y insuffla doucement son flux magique. Il inspirait profondément et agissait lentement, sa mauvaise expérience avec l'ouverture de son dernier point lui faisant encore un peu peur.

Le point de son nez, stimulé certes artificiellement mais stimulé malgré tout, s'ouvrit un peu plus. Il aurait bien le temps d'apprendre à utiliser ce point naturellement, avec ses entraînements à la magie sans baguette. Et peu à peu, comme lorsqu'il avait inhalé la poussière dorée du livre la première fois, ses yeux commencèrent à distinguer la magie qui circulait dans sa chambre.

Kerta, posée sur son perchoir, observait avec curiosité les agissements de son maître. Draco s'attarda sur elle. La magie vibrait autour de son animal un peu plus que dans le reste de la pièce. Alors il décida de concentrer son attention et ses questions sur la chouette.

Il tendit les bras vers elle et poussa sa magie hors de lui jusqu'à atteindre celle de Kerta, sans pour autant toucher l'animal. De la même façon qu'il avait stimulé son point avec précaution, il prenait garde à ne pas brûler malencontreusement sa chouette. Puis il plissa les yeux pour tenter de voir, dans la communion de leurs deux magies, l'avenir proche de l'animal.

Il les plissa si fort qu'il finit par les fermer, et sa magie prit le pas sur ses yeux pour voir. Draco eut soudain la sensation de basculer et il ouvrit les yeux observant son environnement. Il n'était plus dans sa chambre. Il tourna la tête dans tous les sens. Au-dessus de lui volait Kerta et il aperçut le Palais, un peu plus loin. Il était donc au-dessus des bois. Il avait l'impression d'être un esprit qui volait aux côtés de sa chouette, dans la nuit noire. Et elle ne le voyait pas.

Soudain, Kerta plongea vers le sol et Draco plongea avec elle, sans pouvoir maîtriser sa trajectoire. Son cœur fit un bond sous la sensation de chute. Au dernier moment, la chouette se redressa, frôla le sol et remonta dans les airs avec, entre les serres, ce qui semblait être un gros mulot.

C'est à ce moment-là que Draco redressa brusquement la tête, dans son lit, dans sa chambre, et qu'il comprit qu'il venait d'avoir un songe.

- Oui ! s'exclama-t-il en serrant les poings, un sourire victorieux s'étalant sur son visage. Toi, dit-il à Kerta, tu vas bien manger cette nuit.

Il regarda sa chouette prendre son envol et sortir par la fenêtre, heureux.

Il avait réussi ! Certes, c'était une vision courte, sans aucun enjeu et facilitée par la proximité naturelle entre lui et sa chouette, mais il avait eu sa première vision maîtrisée de l'avenir ! Il était fatigué, comme à chaque fois qu'il faisait sortir sa magie, mais c'était une fatigue teintée d'euphorie. Il avait compris comment entrer en résonnance avec la magie d'un autre être vivant, et comment voir son avenir.

Son sourire ne le quittant pas, Draco se glissa finalement dans son pyjama et son lit pour dormir.

Le lendemain, il écrirait à Margaux et Ethan pour leur faire part de ses progrès. Pour les rassurer et partager avec eux sa joie. Oui. Les jumelles avaient eu raison en lui confiant le livre doré. Elles allaient l'aider à reprendre le contrôle de sa vie.

DMCLDMCLDMCLDMCLDMCLDMCLDMCL

Vendredi 23 octobre, 16 heures

Draco entra dans la salle d'entraînement, pour son cours hebdomadaire de magie sans baguette. Comme toujours, Clothilde Lemaire l'avait devancé et elle était déjà assise en tailleur au milieu de la pièce.

Le sorcier n'eut pas besoin qu'elle lui demande pour se préparer. Otant sac, manteau, chaussures et chaussettes, il la rejoignit rapidement au centre de la salle capitonnée. Elle allait avoir une surprise, aujourd'hui. Parce que l'efficacité des conseils du livre doré ne se démentait pas depuis son premier essai, deux jours auparavant.

- Comment vous sentez-vous, Draco ? demanda Clothilde en l'observant avec attention.

- Plutôt bien, répondit ce dernier avec un sourire.

Et c'était vrai. Malgré les rumeurs et son sentiment de trahison de la part de Kimi Asuya, il était serein. Le livre lui apprenait à apaiser sa magie et même s'il avait encore rêvé cette nuit – témoin en étaient ses draps entortillés – il n'avait pas souffert au réveil. Pas de fièvre, pas de douleur post-sommeil.

Il se sentait apaisé et de bonne humeur, en songeant que sa lutte contre le destin habituellement tragique des rêveurs s'annonçait bien pour lui. Certes, les Temps Sombres qui accompagneraient sa survie n'avaient rien de positif, mais survivre l'était. Définitivement.

La Divination étant liée à la magie verte, et donc à la magie sans baguette, il pouvait même recouper ses exercices divinatoires avec ceux préconisés par Clothilde Lemaire. Il parvenait maintenant à faire sortir sa magie sans tout brûler sur son passage. Et il renforçait son contrôle sur ses émotions, ce qui ne pouvait qu'ajouter à sa bonne humeur.

Ses émotions et sa volonté étaient la clef de tout. De la nature de ses songes et de l'efficacité de sa magie.

- Etes-vous prêt à commencer ? demanda finalement Clothilde.

- Tout à fait, affirma Draco.

- Bien, approuva le professeur en se relevant. La semaine dernière, vous êtes finalement parvenu à faire frémir la balle sans y mettre le feu. Vous devez tenter de reproduire ce frémissement aujourd'hui et peut-être même pourrez-vous la bouger.

Elle posa, comme les semaines précédentes, une petite balle colorée sur le sol. Draco se plaça dans la position adéquate. Il connaissait cette balle par cœur, à force d'y projeter sa magie.

Mais contrairement à la semaine précédente, il se concentra sur ses émotions. La clef était là, pas dans l'objet, mais dans le fait qu'il voulait l'objet. Il plissa les yeux en sentant sa magie interne réagir à son appel, comme ces deux derniers jours. Il voulait aussi voir sa magie en action, comme il avait observé la magie de Kerta deux jours auparavant.

Peu à peu, le voile fin et argenté ondula autour de ses poignets et ses mains. Puis il avança, très lentement, jusqu'à la balle colorée. Oui. Il voyait sa magie, il la sentait réagir.

C'était parfait. C'était ce qu'il voulait.

Ses anciennes tentatives visant à agir sur la balle avaient échoué parce qu'il forçait le passage sans but précis. Le professeur Lemaire lui avait conseillé d'apprendre à pousser sa magie hors de lui, avant de lui donner des ordres. Mais c'était une méthode peu adéquate avec la proactivité et les réactions vives de sa magie à lui. Parce que les objets s'opposaient à son intrusion, si fort qu'ils prenaient finalement feu. C'était une réaction de défense logique.

La dernière fois, il avait fait frémir la balle sans y mettre le feu, parce qu'il avait diminué la force de son flux magique. Mais il n'avait pas pu la faire bouger. Aujourd'hui, sa magie était guidée par sa volonté. Et alors que le fin voile argenté enveloppait entièrement la balle, il savait qu'il pouvait réussir.

Clothilde, qui observait avec attention son élève en plein effort, sentit sa magie, si pure, onduler jusqu'à la balle. Elle hésita un instant et prit finalement le risque de briser sa concentration.

- C'est bien, lui souffla-t-elle. Maintenant, prononce Accio. Ta magie devrait reconnaître le sort et s'exécuter.

Draco ferma les yeux et secoua la tête. Le message était clair : il refusait son conseil et tentait de faire abstraction de sa présence. Clothilde plissa les yeux. Allait-il tenter de se servir uniquement de sa volonté pour réussir ? Si tôt ?

Il serait tellement plus facile de se servir des formules consacrées, qui étaient comme des chemins balisés pour une magie longtemps entraînée à les suivre. Mais Clothilde ravala toute protestation quand la balle se mit à bouger. Lentement, certes, mais avec une certaine régularité.

Son regard revint vers son protégé et elle put constater sa tension, visible. C'était un effort beaucoup trop gros d'un seul coup ! C'était tellement stupide. Il allait se blesser !

- Draco ! Draco, arrêtez immédiatement, lui ordonna-t-elle.

Il ne l'entendait pas. Ou alors, il faisait tout pour ne pas l'écouter.

- Draco ! s'exclama le professeur un peu plus fort. Je refuse d'avoir un deuxième étudiant dans le coma ! Philippe Piéfort est dans le coma depuis deux jours, à cause du dérèglement de sa magie. Vous allez droit dans le même mur.

Il l'ignorait toujours. Clothilde secoua la tête de dépit : si elle tentait de s'interposer, elle risquait d'être touchée par la magie flottante. Qu'elle perde à nouveau l'esprit sous l'effet de cette drogue était un risque encore plus grand pour l'étudiant qu'une utilisation exagérée de sa magie. Pourquoi ne l'écoutait-il pas ? Ou peut-être perdait-il déjà le sens des réalités en forçant ainsi son esprit et sa magie à collaborer ? Il allait finir par troubler ses flux internes et tomber dans le coma… Oui. Exactement comme Philippe Piéfort.

- Enfin, soupira-t-elle pour elle-même. Au moins, il donne les premiers signes de réveil, lui.

A peine eut-elle fini son murmure qu'une sorte de poing d'air – non, de magie – l'envoya voler contre un mur, tout comme la balle. Elle finissait par avoir l'habitude, mais Merlin ! Ça restait douloureux. Heureusement que son bouclier la protégeait correctement !

Son attention se dirigea immédiatement vers l'étudiant, toujours assis sur le sol. Il se tenait la tête à deux mains. Avait-il mal quelque part ? Alors qu'elle se précipitait vers lui, elle fut interrompue brusquement par le claquement de la porte contre le mur. Lina Lenain venait d'apparaître sur le seuil de la salle d'entraînement.

- Draco ! s'exclama la jeune femme en se jetant à ses côtés. Je suis là ! Tout va bien, on est là. Je te promets que tu ne risques rien.

Allons bon. Voilà que Clothilde était ignorée pour la deuxième fois en moins de cinq minutes. La porte laissa apparaître une seconde silhouette dans la foulée : la sœur jumelle de Lina venait de faire son apparition.

Si elle resta sur le seuil, elle attira toute leur attention avec une simple phrase, froide et claire.

- On ne te quittera plus des yeux, s'il le faut.

- Non, non, protesta-t-il en secouant la tête. Je suis désolé, j'ai eu un instant de panique, mais ça va aller. Il faut que ça aille, ajouta-t-il en redressant la tête.

Aline s'appuya sur le chambranle de la porte et Clothilde la regarda, étonnée. D'ordinaire, c'était Lina qui était sombre et froide. Aline avait cette innocence et cette joie de vivre qui leur donnait souvent l'impression qu'elle était encore un enfant immature. Même si elle avait un esprit logique implacable, une fois qu'elle était lancée.

Clothilde reprit ses esprits. Mais alors qu'elle allait sermonner les étudiantes pour être entrées sans son autorisation, Aline reprit la parole. Son ton aurait pu sembler dur, mais le professeur pouvait clairement entendre l'inquiétude de la jeune sorcière.

- OK. Alors tu vas passer le week-end avec nous et on va t'apprendre à aller bien.

Clothilde fronça les sourcils d'incompréhension, mais son étudiant sembla parfaitement comprendre le sens de cette phrase.

- Merci, dit-il avec un de ses rares sourires.

Clothilde redressa finalement les épaules, comme pour affirmer son autorité, et elle s'interposa dans leur échange.

- Mesdemoiselles… Pourriez-vous m'expliquer ce que vous faites ici au lieu d'être en cours ?

- Une envie pressante ! s'exclamèrent les jumelles en même temps, avec un air un peu effronté.

- Cela ne m'explique pas ce que vous faites ici.

- Les toilettes sont juste à côté, exposa calmement Lina.

- Nous avons entendu un bruit suspect, alors nous sommes venues voir, compléta Aline.

Clothilde plissa les yeux. Cette explication ne tenait pas la route et n'éclairait en rien la réaction des deux jumelles à leur arrivée. Elles semblaient sincères sur « l'envie pressante » et moqueuses sur le reste. La jeune femme décida de laisser courir pour cette fois et leur demanda de retourner en cours.

- Ce n'est rien de grave, ajouta-t-elle. Je m'en occupe.

Les deux étudiantes sortirent docilement, sur un dernier regard à leur camarade. Draco acquiesça imperceptiblement. Ce week-end, Aline et Lina allaient lui apprendre à se défendre contre Philippe Piéfort, ses assauts puissants et sa haine furieuse. Clothilde s'approcha finalement de lui et examina rapidement ses flux magiques. Il se laissa faire.

- Apparemment, ça ira, lui dit-elle. Mais vous avez fait une erreur en forçant autant. Vous auriez dû m'écouter : je suis là pour vous superviser et vous guider. Bon. Votre magie ne semble pas prête à s'accorder à votre volonté. Nous allons changer de méthode d'enseignement : nous consacrerons nos prochaines séances à travailler sur votre contrôle.

Draco acquiesça d'un air un peu indifférent. Son professeur avait tort. Sa magie avait réagi exactement en accord avec ses émotions et sa volonté. Il avait eu un flash de sa lutte contre Philippe Piéfort, quand Clothilde avait parlé de son réveil proche. Il avait rejeté avec force le souvenir et sa magie avait obéi à son désir : elle avait repoussé violemment tout ce qui était à sa portée.

Clothilde, elle, songea à sa discussion avec la directrice, l'avant-veille. Observer, avait-elle conseillé. Eh bien observer les phénomènes qui se produisaient autour de Draco Malfoy était un exercice pour le moins… surprenant.

IMIMIMIMIMIMIMIMIMIMIMIM

Vendredi 23 octobre, soir

Alors qu'il attendait le professeur Snape dans ses appartements pour leur petit verre du soir, Igor fut violemment secoué par l'angoisse. Pas la sienne, mais celle du rêveur. Son lien avec lui était devenu bien plus fort depuis le mercredi précédent. Probablement parce qu'en plus d'être devenu rêveur, le jeune homme avait accepté l'idée d'avoir des Gardiens.

Il se leva et tourna en rond, agité. Il ne pouvait absolument pas se rendre auprès du rêveur pour le protéger. Il était trop loin. Heureusement, peu à peu, le lien s'apaisa. C'était la deuxième fois en moins d'une semaine que le Rêveur s'agitait violemment. C'était plus qu'inquiétant pour lui, sa nature de Gardien lui réclamant d'agir.

Igor se rassit dans le fauteuil qu'il occupait quelques minutes auparavant, morose. La fois précédente, maître Snape avait refusé qu'il apprenne à Harry Potter le lien qu'il partageait, lui aussi, avec le jeune Malfoy. Igor avait espéré qu'en tant que maître, l'assistant aurait eu un moyen d'apaiser la magie du rêveur, même à distance. Mais maître Snape était catégorique.

C'était un dilemme pour lui, qui hésitait entre son obéissance à sa nature et son obéissance à maître Snape… Le professeur de Potions semblait penser que le pouvoir corromprait Harry Potter et ne pourrait que blesser son filleul. Mais Igor détestait plus que tout l'impuissance qu'il avait éprouvée le mercredi précédent et qu'il éprouvait encore aujourd'hui, alors qu'il ne pouvait pas remplir son rôle de Gardien.

Heureusement que d'autres Gardiens semblaient être auprès du rêveur et le protégeaient…

Finalement, il se leva une nouvelle fois. Il ne pouvait pas rester sans rien faire. Il détestait voir les gens souffrir, depuis sa scolarisation désastreuse à Durmstrang…

Sortant brusquement des appartements de son mentor, il se dirigea à grands pas vers l'appartement de l'assistant professeur Potter. Il devait savoir. Toujours agité, même s'il s'agissait cette fois de ses émotions et pas de celles du rêveur, Igor cogna assez fort contre le bois de la porte.

Plusieurs fois.

Et il l'appela plusieurs fois également, en vain. Personne ne répondit. Peut-être l'assistant était-il sorti ? Igor se mordit légèrement la lèvre. Que devait-il faire, dans ce cas ? Il se détourna de la porte fermée, perplexe quant à la bonne conduite à suivre. Son regard se perdit le long du couloir sombre, comme si l'obscurité pouvait lui apporter la réponse.

Un rire, au loin, lui fit penser à la jeune O'Brien. La jeune femme était elle aussi une Gardienne. Avait-elle ressenti l'appel aussi violemment que lui ? Comment réagissait-elle ? Peut-être serait-elle capable de l'aider à prendre une décision, par rapport à l'assistant professeur ?

Oui… Discuter avec quelqu'un qui comprendrait son impuissance était une bonne idée, en attendant de pouvoir rencontrer l'assistant Potter. Igor se mit alors à la recherche de la jeune étudiante, en espérant la voir traîner dans les couloirs vides comme elle aimait à le faire, le soir. Mais il fut incapable de la trouver.

Il n'aurait pas pu deviner qu'à l'instar d'Harry, la jeune femme s'était enfermée dans sa chambre pour s'isoler des autres et réfléchir. Que – tout comme Harry était effrayé par sa traduction enfin terminée du parchemin de Joseph d'Arimathie – elle était effrayée par ce qu'elle commençait à comprendre de son rôle.

Etre au service de quelqu'un d'autre. Porter le poids de l'avenir de milliers et de milliers de sorciers sur les épaules. Ne plus pouvoir se contenter de l'insouciance, que sa vie en Irlande lui avait longtemps permise. Pour la première fois depuis son arrivée, elle éprouvait le manque violent de son pays natal, si calme et apaisant.

Et les deux jeunes gens étaient tellement pris par leurs pensées respectives que rien d'extérieur n'aurait pu venir les perturber.

Quand Igor tenta à nouveau de contacter Harry, le lendemain, il fut une nouvelle fois frustré. L'assistant était sorti pour la journée, pour rendre visite à des anciens amis… Que devait-il faire de ce qu'il savait ? Que pouvait-il faire, pour aider le rêveur ?

HPAKHPAKHPAKHPAKHPAKHPAKHPAK

Dimanche 25 octobre, 8 heures

Harry donna un grand coup sur le réveil qui sonnait près de son oreille, afin de le faire taire. Il n'avait aucune envie de quitter le lit douillet et la chaleur des couvertures. Si confortable. Tellement plus confortable que son lit à Poudlard. Malgré tout, l'idée qu'il avait un rendez-vous important ce matin parvint à émerger au sein de ses pensées brumeuses et il repoussa maladroitement le drap.

Il s'assit sur le lit, posa les pieds au sol et fut satisfait de sentir les poils du tapis sous ses orteils. Malgré l'hiver proche, il n'eut pas froid. Il se leva, vacilla un peu, et se rendit directement sous la douche. L'eau l'aida à se réveiller. Il saisit la petite bouteille de savon qui était disponible sur le présentoir et étala le produit sur son ventre avant de se savonner le torse et les bras.

En se retenant brusquement à la paroi, pour éviter de trébucher sous la surprise, il se mit soudain à chanter à tue-tête.

Et faux.

Il tenta de s'arrêter, mais il n'y parvint pas. Il saisit la bouteille de savon et lu la note d'utilisation. Et entre deux couplets de « la danse des scroutts à pétard », il laissa échapper un grand éclat de rire. La bouteille était signée FSF. D'accord… Les clients avaient droit à des échantillons gratuits des produits de farce et attrapes des frères Weasley. Il secoua la tête et termina de se savonner, en se laissant même aller à danser, avec bonne humeur.

Un quart d'heure plus tard, il descendit les escaliers de la mezzanine. En bas, deux hommes discutaient autour d'une table et un autre était accoudé au bar, à discuter avec Seamus. Harry rejoignit ce dernier.

- Le voilà, justement ! s'exclama l'aubergiste en le voyant approcher. Bonjour, Harry.

- Monsieur Potter, l'accueillit l'homme au bar en se tournant vers lui. Je viens justement vous chercher.

- Andrea ? s'étonna Harry en reconnaissant le chef de la guilde des Aubergistes du Nord. C'est avec vous que j'ai rendez-vous ?

Andrea Kczmarek, vêtu de son pourpoint de velours bleu et portant autour du cou son habituel médaillon à la fourchette et au couteau, lui adressa un sourire chaleureux.

- Il semblerait effectivement que le Maître Artisan se soit enfin réveillé et qu'il veuille vous voir. Je vous avais dit, le mois dernier, que c'était surprenant qu'il n'ait pas cherché à vous rencontrer avant.

Particulièrement surpris, parce qu'il s'était justement souvenu de cet homme la veille, Harry acquiesça d'un air vague. Il commanda quelques toasts beurrés à Seamus, en guise de petit-déjeuner, et les grignota en écoutant les deux hommes terminer la conversation qu'ils avaient avant qu'il ne descende.

- Oui, disait Andrea à Seamus. C'est une bonne idée. J'en parlerai aux autres pour qu'ils en parlent à leur tour. Tu penses organiser ça quand ?

- L'année prochaine. Peut-être en février ou en mars, le temps de faire le tour des sports plus ou moins connus et des sorciers références.

- De quoi est-ce que vous parlez ? demanda finalement Harry, curieux.

- D'un Championnat International des Sports Sorciers Idiots. Le CISSI. C'est George qui en a eu l'idée après une discussion avec Pénélope, la femme de Percy. Il existe beaucoup d'autres sports sorciers que le Quidditch et les courses en balais, mais les joueurs et les sportifs ont rarement l'occasion de pratiquer les uns contre les autres.

- Un championnat international dans l'auberge ? s'étonna Harry.

- Oui. Les sports idiots sont appréciés mais peu pratiqués, donc je pense qu'il sera tout à fait possible d'organiser quelque chose ici, en agrandissant magiquement l'espace. Le Voyageur Repus est connu pour être une auberge accueillante et amusante, grâce aux produits Weasley. C'est l'un de nos atouts, avec notre ouverture aux créatures magiques. Si on veut garder cet esprit et être sûr d'avoir toujours du monde, il faut bien innover.

- C'est une idée qui me plaît, confia Andrea.

- Très bien, approuva Harry. Je suis curieux de voir ce que ça donnera. Tiens-moi au courant.

Seamus hocha la tête.

- Bien sûr. Il y a encore des choses à régler, mais il me reste quelque mois pour imaginer la forme finale du CISSI.

Harry déposa une pièce sur le comptoir, ainsi que la clef de sa chambre et se leva.

- Vous êtes prêt ? s'assura Andrea en le voyant faire.

- Oui, parfaitement.

- Alors saisissez mon bras, je vous emmène au sein de la Guilde.

Harry obéit et la sensation de transplanage d'escorte le broya comme à chaque fois. Quand il rouvrit les yeux, en arrivant, il était dans le Hall de ce qui ressemblait à un hôtel particulier. En bas d'un large escalier, deux statues blanches semblaient en pleine conversation. Au plafond, une grande peinture montrait des dragons voler et se combattre, crachant des flammes colorées très réalistes.

- Vous voici chez le Maître Artisan, annonça Andrea en avançant vers les escaliers. Il vous attend dans son bureau, à l'étage. Si vous voulez bien me suivre.

Un peu intimidé par les somptueux décors et le réalisme des œuvres, Harry resta silencieux tandis qu'Andrea le conduisait jusqu'au premier étage, puis dans un large et haut couloir. Le maître de la Guilde des Aubergistes du Nord s'arrêta devant un valet de pied, qui gardait une porte à doubles battants.

- Nous sommes attendus par le Maître, l'informa-t-il.

Le valet acquiesça silencieusement en reconnaissant l'homme et son invité et leur ouvrit la porte. A la suite d'Andrea, Harry pénétra une antichambre aux tons chauds.

- Le Maître Artisan est informé de notre arrivée et il va vous recevoir, l'informa son guide.

Au moment où il prononçait ces mots, une porte s'ouvrit derrière lui. Un sorcier, qui portait une longue robe brodée cachant sa silhouette et un masque ouvragé qui couvrait toute sa tête, s'avança dans la pièce.

- Merci, Andrea, prononça le sorcier d'une voix métallique. Je prends monsieur Potter en charge, maintenant.

L'aubergiste s'inclina d'un air qu'Harry trouva un peu crispé, avant de sortir à grands pas, le visage fermé. C'était assez étonnant à voir, sur le visage rond et généreux, dans la mesure où Harry avait cru qu'Andrea était perpétuellement jovial.

- Monsieur Potter, dit le sorcier en s'inclinant. Soyez le bienvenu. Je vous remercie d'avoir accepté mon invitation. Si vous voulez bien me suivre…

Harry se précipita à sa suite, alors qu'il repartait d'où il était venu. Derrière la porte intérieure se trouvait un petit bureau, beaucoup plus sobre que le reste du bâtiment et plutôt sombre. Seule une tapisserie venait égayer le mur, derrière le fauteuil du Maître Artisan. Et dans cette tapisserie, une ombre à la voix familière s'adressa à lui.

- Bonjour, monsieur Potter ! Je suis content que vous soyez arrivé à l'heure.

- Le gardien du couloir va-et-vient ! s'étonna brusquement Harry, en oubliant la présence du Maître Artisan à ses côtés. Que faites-vous ici ?

- C'est sa place. Mon père l'a créée pour garder un œil sur Poudlard, répondit le sorcier avant que l'ombre ne puisse répondre. Tu peux rentrer, maintenant, ajouta-t-il à l'attention de la silhouette tissée.

Harry, de son côté, fronça les sourcils avec méfiance. Garder un œil sur le château ? Ce n'était pas quelque chose qui lui plaisait et il sentait déjà la colère monter en lui.

- Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? questionna-t-il, sans le moindre respect des convenances.

Le sorcier soupira, passa un index dans son col de robe pour l'agrandir un peu et alla s'installer derrière le bureau.

- C'est le rôle de tous les Maîtres Artisans de veiller sur les œuvres magiques majeures du pays, expliqua la voix métallique. Voulez-vous bien vous éloigner de la porte un instant ? Je vous explique tout, tout de suite après. Merci. Collaporta. Impassabilis. Silencio. Repello Corpus.

Harry regarda avec effarement le sorcier lancer des sorts contre la porte qui donnait dans l'antichambre. Porte fermée, sorts qui empêchaient les objets et les sorts d'écoute ainsi que les êtres humains d'approcher trop près… Tant de précautions de la part du maître des lieux ne pouvaient que le surprendre et l'inquiéter.

- Je sais que ma demande vous semblera incongrue, reprit le sorcier avec une certaine hésitation, mais j'aimerais que vous prêtiez serment de ne rien révéler de ce que vous aller apprendre dans ce bureau…

Harry pesa le pour et le contre et finit par accepter. Le sorcier derrière le bureau poussa un nouveau soupir, se tortilla sur le fauteuil et souleva avec précaution le masque – qui tenait presque plus du casque – qui le recouvrait. Harry observa avec surprise de longs cheveux dorés s'échapper du masque et tomber en cascade sur les épaules du… non, de la sorcière.

- Vous êtes une femme ?

Et une très jolie jeune femme, même… songea-t-il. Il ne s'était pas du tout attendu à ça en voyant s'avancer la silhouette longiligne et en entendant la voix métallique. Elle lui lança un sourire amusé et légèrement moqueur.

- Vous avez un sens de l'observation très poussé, monsieur Potter, dit-elle.

- Excusez-moi, répondit immédiatement Harry. J'avais cru… ça n'a pas d'importance.

- En fait, si, ça en a.

La jeune femme fit un vague signe de la main, comme si elle était agacée.

- Mais laissez-moi le temps de tout vous expliquer, dit-elle. C'est justement l'un des buts de cet entretien. Voulez-vous vous asseoir ?

Harry prit le fauteuil que lui indiquait la jeune femme et l'observa avec curiosité.

- Je m'appelle Aliénor Douglas. Pour répondre à votre interrogation de tout à l'heure : mon père, Franck Douglas, est maître tapissier et c'est lui qui a hérité du titre de Maître Artisan, il y a de nombreuses années. C'est lui aussi qui a tissé les deux toiles où vit l'Ombre, celle du couloir va-et-vient et celle-ci. Chaque Maître Artisan a eu sa manière de veiller sur le château. Lui a créé ces tapisseries et l'Ombre lui fait des rapports réguliers sur ce qui se passe d'important au château.

- Tout ce qu'il se passe ?

- Je pense. Je ne saurais le dire avec exactitude. Avec moi, l'Ombre n'en fait qu'à sa tête, même si elle accepte parfois d'accéder à certaines de mes requêtes. Comme de vous inviter à cet entretien, aujourd'hui.

- En fait, vous avez eu de la chance. Je n'ai rencontré l'Ombre hier que par le plus grand des hasards. Avant-hier encore, je ne me souvenais absolument pas de ma première rencontre avec elle ni même de ma première rencontre avec Andrea.

Aliénor fronça les sourcils.

- Vous aviez déjà rencontré l'Ombre ? Et vous ne vous en souveniez plus ?

- Oui. Et non, répondit Harry en souriant.

- Puis-je vous demander quand vous l'avez rencontrée ?

- Il y a un quelques mois. Fin mai.

A la plus grande surprise d'Harry, la jeune femme laissa sa tête tomber sur le bureau devant elle, dans un mouvement de lassitude extrême.

- Papa, tu ne me facilites pas la tâche, grogna-t-elle.

- Heu… J'avoue que je ne vous suis pas bien. On m'a dit qu'en tant que Maître Artisan, vous étiez maître tapissière. Pourquoi semblez-vous aussi perdue face à l'Ombre ? Et qu'est-ce qui vous perturbe dans mon oubli temporaire ?

La jeune femme grogna une nouvelle fois avant de relever la tête.

- Vous posez les bonnes questions, monsieur Potter… Je ne suis pas le Maître Artisan officiel. Mon père est le véritable Maître Artisan. Fin mai – le jeudi 28 mai, pour être exacte – il a dit qu'il venait de se passer quelque chose d'important et qu'il avait des choses à faire. Il m'a demandé d'assurer l'intérim ici en attendant son retour, mais il n'est jamais revenu depuis.

Elle soupira.

- Je connais mon père. Avant d'être élu maître artisan, il lui était déjà arrivé de disparaître pendant plusieurs semaines. Si quelque chose attire son attention, il va oublier tout le reste. Et moi, en attendant, je fais ce que je peux ici. Mais il ne m'a pas laissé toutes les informations nécessaires et je suis loin de m'y connaître suffisamment en politique pour jouer mon rôle auprès du ministère. Et plusieurs maîtres de guildes intermédiaires commencent à se poser des questions.

Harry songea à l'attitude d'Andrea. Oui. Il était possible qu'il se pose des questions sur l'identité de la jeune femme.

- Pour votre oubli temporaire, je ne suis pas vraiment surprise, continua-t-elle. L'Ombre a été tissée avec des filaments de magie de mon père. Elle possède quelques unes de ses capacités en manipulation des esprits. Contrôle d'un corps pour qu'il passe dans son couloir, contrôle des souvenirs qui la concernent de plus ou moins près…

Harry prit soudain conscience de l'attitude étrange de Narcissa Malfoy, alors qu'elle le faisait passer dans ce couloir la première fois où il avait rencontré l'Ombre. L'aristocrate avait les yeux vides et ne répondait pas à ses questions. Elle devait être sous l'emprise de l'Ombre…

- Si vous l'aviez oubliée, termina Aliénor Douglas, c'était sans doute à la demande de mon père. Et si vous vous êtes souvenu de l'Ombre, c'est parce qu'elle a choisi de m'accorder une rencontre avec vous. Je ne savais pas comment vous inviter sans attirer trop d'attention de la part du ministère. Ils me surveillent toujours de si près…

- D'accord. Je comprends mieux ce qu'il s'est passé pour moi, accorda Harry. Et vous ? Si je comprends bien, vous êtes dans une situation délicate et vous vouliez me voir. Pourquoi ?

- Pour tenter de calmer les esprits au sein des guildes. Pour réaffirmer l'aura du Maître Artisan. J'ai vu, dans le journal, que certains ouvriers des guildes des ébénistes et des tailleurs de pierre avaient mis leur talent au service de votre tombeau familial. C'est qu'ils vous tiennent en haute estime. J'espérais une alliance pour bénéficier de votre image, détailla la jeune femme.

Harry aimait l'honnêteté et la fragilité qui transparaissait dans la voix de la jeune femme. Il n'aimait pas être utilisé, mais il était évident que Franck Douglas avait laissé à sa fille inexpérimentée une tâche bien trop lourde pour ses épaules…

- J'aimerais avoir un peu de temps, pour y réfléchir.

Aliénor lissa une de ses mèches, nerveuse, puis finit par le remercier.

- J'imagine que c'est déjà plus que je n'aurais pu l'espérer, dit-elle en lui souriant.

Harry laissa vagabonder un instant son regard sur la tapisserie vide.

- Pourquoi le Maître Artisan aurait pour rôle de veiller sur Poudlard ? demanda-t-il, pensif.

- Parce que les créations qui ont une magie propre, du fait de leur créateur, sont des objets puissants. Et certains d'entre eux pourraient être mal utilisés.

- Mais Poudlard est une école ! En quoi pourrait-elle être mal utilisée ?

- Avant d'être une école, Poudlard est un château-fort défendu par des sorts puissants. Des individus mal intentionnés pourraient vouloir l'infiltrer et s'en servir comme d'une base. Les directeurs successifs font en sorte de le défendre, mais nous sommes là en plus, pour aider à la surveillance.

- Est-ce que les créations qui ont une magie propre sont nombreuses ?

- Oui. Si on ne compte que les tableaux vivants, on obtient des milliers et des milliers d'objets rien qu'en Angleterre. Mais tous ne sont pas aussi puissants que Poudlard. Et ce sont les plus puissants que nous surveillons.

- Qu'est-ce qui différencie les objets puissants des autres ?

- Le partage de magie entre le créateur et la création est différent. Il est plus fort, il laisse plus de possibilités et de liberté à la création que dans les œuvres classiques. La création devient indépendante de son créateur. Ce partage de magie suit des rituels jalousement gardés ici, au sein de chaque guilde. Seuls les artisans qui s'en montrent dignes se voient enseigner ces rituels. Comprenez que je ne puisse vous en dire plus…

« Des rituels, hum… » Harry songea au parchemin de Joseph d'Arimathie et aux Trésors dont il parlait. Il était venu pour des réponses sur les Temps Sombres, conscient qu'il ne pouvait poser directement la question à un être vivant, mais peut-être pourrait-il obtenir des réponses par un autre biais ? Par le biais des Trésors

- Est-ce que… commença-t-il en hésitant. Est-ce qu'une coupe ayant contenu du sang de sorcier pourrait devenir, grâce à cela, magique et puissante ?

Harry vit clairement la jeune femme ciller. Elle semblait à la fois surprise et méfiante.

- C'est possible, finit-elle pas dire, même si je ne pourrais pas le confirmer clairement. Une légende parle d'un tel événement, du moins… Comment en avez-vous entendu parler ?

- Voudriez-vous prêter serment à votre tour de ne rien divulguer de ce que je vais vous apprendre ?

La curiosité de la sorcière était clairement plus forte que la méfiance, désormais. Et tout comme Harry avait accepté de prêter serment au début de leur entrevue, elle le fit également.

- Il y a quelques semaines de cela, j'ai découvert dans ma maison un coffre familial contenant de nombreux parchemins et des notes intrigantes de mon parrain. J'ai fait quelques recherches sur ces notes et suis tombé sur un antique rouleau d'un certain Joseph d'Arimathie qui…

- Oh ! s'écria la jeune femme en l'interrompant.

- Que se passe-t-il ?

- Rien, rien, continuez… dit-elle avec avidité.

- Bien… Ce parchemin, disais-je, raconte un peu la vie de cet homme et fait mention de deux Trésors. En vous écoutant, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un rapprochement entre vos « créations puissantes » et ces deux objets.

- Le Livre et la Coupe, compléta-t-elle. C'est fou, je n'imaginais pas que la légende puisse dire vrai. J'ai toujours pris Bernard et son Organisation pour des illuminés.

- Vous parlez de Bernard d'Arimathie ?

- Exactement. Ou plutôt, de Bernard Bradford. D'Arimathie est juste un titre qu'il a pris en devenant le dirigeant de l'Organisation.

- Et qu'est-ce que cette Organisation ?

- Un rassemblement autonome de sorciers appartenant à diverses guildes secondaires. Ils sont fous de la légende de la Coupe et du Livre, qu'on associe souvent au nom de Joseph d'Arimathie. Vous savez, la légende de la Grande Guilde – celle-ci, celle que mon père dirige – dit que cet homme en est le créateur et le tout premier dirigeant. Qu'il l'a créée en arrivant en Ecosse, pour diffuser son savoir à ceux qui le méritaient. C'est toujours l'ambition de la Guilde et des guildes secondaires, aujourd'hui.

- J'aimerais beaucoup rencontrer ce Bernard Bradford… Est-ce que vous pourriez m'aider ?

- Hé bien… heu… A vrai dire, je ne suis pas censée savoir ce que fabrique l'Organisation… dit-elle, très gênée. Je suis seulement au courant de la nature de ces deux trésors et de l'importance de Joseph d'Arimathie parce que je suis tombée par hasard sur une conversation entre Bernard et mon père, quand il est devenu Maître Artisan. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée que j'aille le voir en lui disant « tiens, au fait, j'ai rencontré quelqu'un d'autre qui s'intéresse à la Coupe ! »

Harry se retint de ricaner, en entendant l'expression « par hasard » employée par Aliénor et en voyant son air coupable. Par certains côtés, elle lui rappelait exactement l'étudiant qu'il était, il n'y avait pas encore si longtemps.

- Hé bien, dit Harry avec malice, je ne vois pas où est le problème…

La jeune femme haussa les sourcils, attendant la suite.

- Il ne serait pas étonnant que le « Grand Maître » organise une rencontre entre Bernard d'Arimathie et le jeune Harry Potter, n'est-ce pas ? Surtout si Harry Potter s'affiche avec le Grand Maître dans les journaux, en soulignant l'amitié qui les lie tous les deux depuis quelques semaines.

Aliénor regarda Harry avec des étoiles plein les yeux, puis elle éclata d'un rire frais et franc.

- Je crois que je vais être heureuse de vous avoir à mes côtés, Harry.

Ce fut au tour du sorcier de hausser les sourcils de surprise.

- Je crois qu'il est temps de nous appeler par nos prénoms, dit-elle, joueuse. Après tout, ne partageons-nous pas une grande et franche amitié, depuis quelques semaines ?

Harry sourit et acquiesça, ravi de cette rencontre.

Il commençait à avoir des réponses sur l'importance des deux Trésors de Joseph d'Arimathie… Et il avait une grande chance de rencontrer un homme capable de lui en apporter d'autres très bientôt. Peut-être même aurait-il quelques indices sur ce qui pouvait provoquer le déchirement du Voile et les Temps Sombres.

Il pourrait aussi tenter de revoir l'Ombre, dans la Salle sur Demande. La veille, elle avait sous-entendu qu'elle avait de nombreuses choses à lui apprendre, mais elle avait refusé de lui en dire plus tant qu'il n'avait pas rencontré le Maître Artisan. C'était désormais chose faite. Ou presque.

DMRSDMRSDMRSDMRSDMRSDMRSDMRS

Dimanche 25 octobre, après-midi

Draco suivait Aline docilement, alors qu'elle souhaitait l'emmener dehors pour un entraînement de self-défense un peu différent de ce qu'elle lui avait fait faire la veille et le matin même. Lina, derrière eux, riait doucement en écoutant les conseils autoritaires de sa sœur, qui insistait sur l'importance de l'anticipation. Ce fut pourtant elle, la première à sentir l'atmosphère tendue qui se dégageait du Hall.

Rassemblés en un groupe compact, de nombreux élèves semblaient les attendre. Aline et Draco s'arrêtèrent brusquement une fois dans le Hall et observèrent avec méfiance ceux qui leur faisaient face.

Trois sorciers s'avancèrent au devant d'eux. Lina reconnut sans peine Hunter et Soledad, qui faisaient partie de sa spécialité bien qu'en première année, et elle jeta un regard mauvais à Philippe Piéfort, qu'ils entraînaient avec eux. Il était donc enfin sorti de l'infirmerie. Elle ne put empêcher l'ombre d'un sourire cruel en constatant qu'il était resté plusieurs jours dans le coma.

- Il est temps pour toi de dire à tout le monde que les bruits qui courent actuellement dans le Palais sont véridiques, commença Hunter en s'adressant à Draco.

Aline, en un étrange réflexe de défense du rêveur, montra les dents. Lina eut un sourire moqueur envers sa sœur, aux réflexes animaux, et Hunter s'interrompit, un peu interloqué.

- Nous savons, continua Soledad, que tu as fait partie d'un groupe de criminels dans ton pays. Nous avons également une liste des crimes que tu as commis, qui nous a été fournie par ton gouvernement. N'est-ce pas, Philippe ? demanda-t-elle en regardant le jeune homme à ses côtés.

Beaucoup d'élèves eurent un sursaut de crainte et beaucoup d'autres s'avancèrent, les sourcils froncés, se demandant à quoi s'attendre avec leur jeune camarade. L'idée que Draco Malfoy puisse être un danger pour eux avait fait son chemin dans la plupart de leurs esprits.

Philippe, lui, regarda Soledad d'un air absent, comme s'il ne comprenait pas ce qui était en train de se passer. Le sourire de Lina s'agrandit encore. Philippe Piéfort aurait des réactions de légume à chaque fois que cela concernerait leur protégé, leur maître, le rêveur. Elle et Aline avaient bien fait leur travail. Soledad sembla agacée mais ne se démonta pas pour autant.

- Et enfin, nous savons que tu as été banni de ton pays pour tes crimes. Nous voulons aujourd'hui que tu avoues avoir été un Mangemort, avoir chassé des Sans-Magie et des Sangs-mêlés pour les exterminer jusqu'au dernier, et que tu quittes ensuite cette école pour ne plus jamais y revenir.

Un brouhaha indigné parcourut les spectateurs, quand Soledad fit mention de la chasse aux Moldus. Beaucoup, à la fin de ces accusations, se mirent à réclamer de Draco Malfoy qu'il réponde. D'autres semblaient même prêts à en découdre, au cas où il réagirait mal.

Lina jeta un œil dans le couloir derrière elle, mais aucun professeur n'était en vue au cas où l'altercation tournerait à l'émeute. Elle – ou Aline – était tout à fait capable de se débrouiller pour défendre le rêveur et disperser la foule, certes. Mais aucune d'elle n'avait envie d'utiliser ses pouvoirs devant autant de gens. Leur père serait obligé d'envoyer une équipe d'Oubliators et Lina savait qu'il y avait un grand risque pour elles, si quelqu'un échappait à son sortilège d'oubli.

Lina jeta ensuite un œil dans les escaliers tout proches. D'autres élèves pointaient peu à peu le bout de leur nez sur le palier, observant attentivement l'échange. Pas d'aide à attendre de ce côté-là non plus.

Enfin, elle leva les yeux. Les branches de l'arbre qui les surplombaient lui rappelèrent que la directrice de cette école pouvait être appelée à n'importe quel moment et elle en fut rassurée. Elle allait donc laisser sa sœur et le rêveur gérer seuls cette altercation et n'agirait qu'au cas où il n'y aurait plus d'autre solution.

- Je… commença Draco faiblement. Je…

Dès que Soledad avait commencé à l'accuser, mettant en balance une liste de ses crimes envoyée par le ministère, Draco avait perdu ses moyens. Intérieurement ébranlé, au bord de la panique, il revoyait les actions qu'il avait dû parfois commettre, pour assurer les autres Mangemorts de sa loyauté envers le Lord.

Les trois crimes qui lui avaient été reprochés lors de son procès et qui avaient provoqué son bannissement n'étaient pas vraiment de ceux qui pouvaient effrayer ces étudiants. Et de toute façon, aucun d'eux n'était anglais et aucun d'eux n'avait pu mesurer ce que signifiait véritablement porter la marque du Lord Noir. Mais lui savait, dans le recoin sombre de sa petite boîte mentale, qu'il avait parfois commis des exactions qu'il ne pouvait se pardonner.

Il n'avait jamais tué, c'était vrai. Il n'en avait jamais été capable. Mais un cachot sombre le hantait parfois. Un cachot sombre, avec sa tante Bellatrix et deux Moldus que l'équipe de Yaxley avait capturés pour jouer.

Dans un geste inconscient, alors que son regard hanté ne voyait plus personne, Draco se pencha légèrement en avant et crispa ses deux mains sur son estomac.

Il revit avec horreur le vieux Moldu baveux et tordu qu'on lui avait demandé de torturer. Qu'on lui avait ordonné de torturer, s'il ne voulait pas devenir lui-même la victime de la folie de Yaxley. Il se souvint de sa fille juste à côté. Une femme de l'âge de sa mère, qui avait assisté à cette séance et dont les cris lui avaient broyé les oreilles.

Il se souvenait encore de son visage, tordu par la douleur et la peine. Du regard qu'elle lui avait lancé alors qu'il avait finalement fui la scène, incapable d'en supporter plus. Il avait abandonné les deux Moldus à sa tante et à Yaxley, sachant parfaitement ce qu'il adviendrait d'eux. Et depuis, le visage tordu de cette femme le hantait et, pire, lui rappelait celui de Pansy.

Pansy, la bouche ouverte sur des cris silencieux d'horreur, qu'il avait également abandonnée à son sort, après avoir surpris par hasard la séance de torture que supervisait son propre père… Comment avait-il pu faire ça à sa fille ? Et comment lui-même avait pu abandonner son amie ?

Les visages de la fille moldue et de Pansy tourbillonnèrent violemment dans son esprit, jusqu'à se confondre. Il avait torturé, comme Pansy avait été torturée. Il n'avait pas été mieux que Rabastan, Greyback et Parkinson senior… Il avait été comme eux.

Non… C'était impossible… C'était faux, il n'était pas…

Draco se recroquevilla encore un peu plus sur lui-même, en pleine détresse.

- As-tu, oui ou non, été un de ces Mangemorts anglais ? demanda quelqu'un avec brusquerie, dans la foule de spectateurs.

- Non, non… C'est faux… Je ne suis pas comme eux… jamais… se défendit Draco sans entendre la question, pris dans le tourbillon de ses souvenirs.

- Tu mens ! s'écria Soledad en faisant un pas en avant. Tu mens : le sorcier Voldemort t'a tatoué parce que tu faisais partie des leurs ! Je sais que tu étais un Mangemort !

Aline fit également un pas vers Soledad, menaçante, alors que Draco reprenait un peu pied dans la réalité sous les cris de la sorcière. Il lui lança un regard douloureux.

- Tu dis que tu sais ? Tu crois vraiment savoir ce que j'étais, au milieu des autres Mangemorts ? Tu crois vraiment savoir ce que j'ai fait ? Non ! Tu me juges, mais tu n'as pas la moindre idée de ce que j'ai vécu ou ressenti ! Tu crois que mes amis ou moi avions le choix, dans cette guerre ?

La voix de Draco montait avec sa colère, mais les larmes brouillaient sa vue et lui brûlaient les yeux. Il ne devait pas. Il ne devait pas parler, ni ouvrir sa boîte. Ou il serait fini, détruit par les remords et la honte, détruit par ses souvenirs douloureux. Mais il ne parvenait pas à s'arrêter.

- Est-ce que tu t'es déjà fait battre jusqu'au sang par ta propre famille, parce que tu refusais de torturer un vieillard sans défense ? Est-ce qu'on a menacé ton père et ta mère de mort, si tu n'obéissais pas à un ordre ? Non, bien sûr. Mais tu es persuadée que tu aurais résisté à toute cette pression, n'est-ce pas ? Que tu vaux mieux que ça. Tu as tort ! Ma meilleure amie l'a fait, elle a résisté. Sais-tu ce que son propre père lui a fait subir, pour la punir ? Non ! Non, tu n'en sais rien ! Tu ne peux même pas l'imaginer ! Il…

Draco secoua la tête et s'essuya les yeux, tremblant de peine et de colère à la fois.

Lina continuait à observer attentivement les réactions de la foule, traquant le moindre geste menaçant. Mais beaucoup d'étudiants commençaient à avoir l'air gêné. Elle leur lança un regard méprisant. Ils pouvaient être gênés, tous ces imbéciles qui accusaient le rêveur sans avoir cherché à le connaître. Draco Malfoy était bon. Il avait refusé de les traiter en esclaves : il les traitait en amies.

Elle lui jeta un rapide coup d'œil alors qu'il reprenait sa tirade, incapable d'arrêter sa peine de s'exprimer. Il avait tant de chose sur le cœur. C'était bon pour lui de les exprimer. Elle jeta ensuite un œil sur sa sœur. Genoux légèrement fléchis et poings serrés, elle était prête à sauter sur Soledad d'un instant à l'autre. Encore une fois, Lina acquiesça. Sa sœur s'engageait pleinement pour protéger le rêveur. Pour elle aussi, cette confrontation aurait des retombées positives.

- Il a encouragé d'autres Mangemorts à la détruire, à détruire son corps et son esprit, détailla Draco. Et aujourd'hui, elle est dans un hôpital, soignée pour sa folie. Tu m'accuses d'avoir été Mangemort et d'avoir commis des crimes ? A tes yeux, ils semblent horribles ? Mais tu n'as jamais été obligée d'assister à ce que moi, j'ai vu. Et je ne pouvais rien faire contre ça.

Ou peut-être qu'il aurait pu, s'il avait été quelqu'un d'autre… Mais lui était quelqu'un d'horrible. Le vieux, la femme, Pansy… Il était cruel et lâche.

Soudain, juste avant qu'il ne craque complètement, Aline se précipita sur lui et le serra dans ses bras, étouffant contre elle ses pleurs et cachant sa détresse. Lina vit Soledad faire un pas en arrière, rejoignant Hunter qui ne semblait pas très fier. Philippe avait toujours le regard vide, n'imprimant pas la scène.

- J'espère que vous êtes fiers de vous, lança une voix du haut des escaliers.

Lina leva les yeux et observa Ramon, les poings sur les hanches, fusiller la foule du regard. Elle ne put s'empêcher de faire un pas en arrière, tentant de ne pas se faire remarquer par le sorcier, si joyeux d'ordinaire et si populaire auprès de ses camarades.

- Vous vous attendiez à quoi, de la part d'un sorcier aussi discret que lui ? Vous espériez quoi en le provoquant avec vos questions stupides ? Un meurtre en direct ? Alors qu'il n'a jamais fait montre de la moindre agressivité envers l'un d'entre vous ?

Lina vit Aline éloigner Draco vers un coin du Hall. Ramon avait attiré l'attention de tout le monde, focalisant la frustration de ceux que les réponses et la détresse du rêveur n'avait pas satisfaits. Ils râlaient à cause de son intervention et en oubliaient la présence de Draco. Lina lui en fut reconnaissante, dans une certaine mesure.

- Je vais vous décevoir, continua le Sud-Américain en descendant les marches d'un air menaçant, mais le passé de Draco est probablement moins horrible que le mien. Après tout, siffla-t-il, il n'a tué personne, lui. Moi, j'ai tué mon propre père.

La phrase provoqua un choc suffisamment grand pour que la foule se taise brusquement. Ramon Sanchez, ce sorcier que tous trouvaient adorable et amical, était un criminel ?

- Vous voilà tous bien silencieux, soudain, lança-t-il d'un air supérieur. Et bien distants. Vous me trouvez horrible, n'est-ce pas ? Mais je défie chacun d'entre vous de me jeter la pierre, en sachant que j'ai tué mon père en légitime défense, et pour sauver la vie de ma mère.

- C'est pas pareil ! lança une jeune fille, dans la foule.

- Ha non ? Tu es sûre ? Dans ma situation, tu aurais agi de la même manière, si c'était la seule façon de sauver ta mère, n'est-ce pas ?

- Evidemment ! s'exclama la sorcière, outrée qu'on puisse mettre en doute son intégrité et son dévouement.

- Bien. Et moi je te dis que si ma mère avait été menacée par un mage fou, j'aurais obéi au moindre de ses ordres. Même celui de torturer et tuer des innocents.

A nouveau, un brouhaha assourdissant envahit le Hall. Lina vit Ramon se lancer un Sonorus, au milieu de la foule, et la haranguer une fois de plus.

- Maintenant, avant de réagir stupidement, je vous conseille de retourner dans vos chambres et de réfléchir à tout ça. A ce que vous feriez, pour sauver la personne qui compte le plus à vos yeux. Allez ! ajouta-t-il en les chassant d'un geste. Dispersez-vous !

Lina dut lui reconnaître un certain charisme, car de nombreux élèves firent comme il le demandait, et même les petits groupes de contestataires s'éloignèrent de plusieurs pas. Mais sans doute son don l'aidait-il beaucoup. Elle allait rejoindre Draco et sa sœur quand Ramon l'appela, son Sonorus annulé.

- Pas la peine de faire la grimace, lui dit-il. Je sais que toi et ta sœur n'arrêtez pas de me fuir et je sais, je sens, depuis le début de l'année que quelque chose cloche, avec vous deux. Même si je ne sais pas encore quoi. Mais, ajouta-t-il en regardant Draco, je n'ai pas l'intention d'en parler à qui que ce soit, tant que vous aidez et protégez mon petit frère de cœur, comme vous l'avez fait aujourd'hui. Est-ce qu'on a un accord ?

Lina observa le garçon. Il semblait plutôt honnête, pour un empathe. Finalement, elle lui serra la main.

- On a un accord, confirma-t-elle.

Ramon s'éloigna et rejoignit Jil, un peu choquée par son discours. Elle-même rejoignit sa sœur et le rêveur. Draco était en train de se calmer et reprenait peu à peu son souffle.

- Merci, finit-il par souffler à Aline, rassuré que tout le monde n'ait pas assisté à sa détresse subite et un peu soulagé d'avoir évacué sa peine.

- Je t'en prie, Draco. C'est ce que font les amis.

MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX

Lundi 26 octobre, quelque part au ministère

Un homme, dont le chapeau mou cachait efficacement le haut du visage, ouvrit la porte de son bureau d'un geste nerveux. Il n'avait toujours pas reçu le rapport qu'il attendait depuis vendredi, le rapport hebdomadaire que lui faisait le fils Piéfort sur l'héritier Malfoy. Et c'était inquiétant. D'un geste brusque, cette fois, il jeta sur son bureau le journal qu'il venait de recevoir.

L'esprit ailleurs, il s'installa dans son fauteuil et entreprit de feuilleter le Gallion hebdo pour avoir un aperçu des nouvelles économiques. Avoir saboté son propre projet de complexe à Pré-au-Lard, quelques mois auparavant, avait grevé le budget de son département. Il avait dû piocher dans les réserves pour faire refaire les travaux à temps pour ouvrir avec la rentrée. Il cherchait donc ailleurs les investisseurs dont il aurait besoin, pour ses projets futurs.

Il était plongé dans un article économique sur les traités commerciaux renouvelés avec la France et l'Espagne pour l'année suivante, quand on l'interrompit en frappant à la porte. Le code habituel.

- Entre, lança-t-il à son homme de main.

- Bonjour, monsieur, le salua celui qui pénétra dans le bureau.

- Oui, oui, marmonna l'autre, assis, en faisant de la main un geste agacé.

- J'ai de mauvaises nouvelles pour vous, exposa-t-il brièvement en lui tendant un exemplaire de la Gazette, avant de reculer de quelques pas, anticipant l'explosion de contrariété de son patron.

Ce dernier baissa les yeux sur l'article exposé en évidence sur le bureau. Et poussa un cri outré. L'article en lui-même n'était pas gênant pour lui : il était entièrement consacré à la Guilde anglaise et son fonctionnement. Par contre, la photo d'illustration principale montrait le maître de la Guilde, dans son costume de cérémonie, avec Harry Potter. Et ça, c'était mauvais.

La légende et une petite interview semblaient indiquer que les deux hommes avaient noué une récente mais forte amitié. Et s'ils ne détaillaient rien de plus, ces deux petits textes étaient la preuve que Potter devait être éliminé. Parce qu'il s'approchait des ennemis héréditaires du ministère – et de lui-même, que Franck Douglas avait chassé avec mépris de son bureau – et que s'il n'avait pas encore revendiqué ses sièges au Mangenmagot, il commençait déjà à accumuler trop de pouvoir politique…

L'homme se rejeta dans son fauteuil et se massa les tempes, comme à chaque fois qu'il était contrarié. Malfoy était aujourd'hui hors de son contrôle, puisqu'il n'était pas au courant de ce qui pouvait se passer au Palais. Et Potter était en train de lui échapper… Et dire qu'ils avaient monté un si beau plan… Mais Potter ne semblait pas aussi sentimental qu'on le lui avait décrit : il n'était pas retourné à Godric's Hollow depuis plus d'un mois…

Bref. Il devait agir, s'il voulait garder le contrôle de ses pions et de la situation.

- Mon cher, tu vas partir aujourd'hui même aux Etats-Unis. Et voir quel est le problème avec le jeune Piéfort. Il ne m'a pas envoyé son rapport, la semaine dernière, et il n'est toujours pas là ce matin. Ce n'est peut-être rien de grave, mais je veux être sûr, d'autant plus après les instructions et les informations que nous lui avions fournies dans notre dernière lettre, pour détruire la réputation de Malfoy et son début de lien avec les Lenain.

- Bien, monsieur.

- De mon côté, je vais essayer une fois de plus d'éloigner Potter de la scène politique. Je crois qu'il mérite un deuxième avertissement, et j'ai déjà ma petite idée sur la manière de m'y prendre, ajouta l'homme, avec un sourire froid et sans pitié.


Voilà pour aujourd'hui. J'espère que ce chapitre vous a plu. N'hésitez pas à me laisser un petit mot en partant, pour me laisser votre avis ! J'espère pouvoir vous fournir le prochain chapitre dimanche prochain (pas cette semaine, celle d'après ^^) A bientôt, j'espère !

Lena.