Un immense et sincère merci à Wyny, la correctrice imaginative de cette histoire ! Si je ne l'avais pas, je laisserais passer beaucoup trop d'erreurs et d'approximations ^^
RAR : Merci aux anonymes Arty, Sherlock et Marie la Petite : vos encouragements et votre enthousiasme me fait plaisir !
Résumé de l'épisode précédent :
Aline et Lina révèlent leur rôle à Draco, le Rêveur qui est le maître de tous les Gardiens, qui refuse pourtant qu'elles soient ses esclaves. Par contre, il accepte leur aide avec le livre doré et commence ainsi à maîtriser ses pouvoirs et ses visions. Elles décident également de l'entraîner, ayant senti sa détresse quand il a appris que Philippe Piéfort, auparavant dans le coma, allait se réveiller.
Igor se sent mal de ne pas pouvoir aider le Rêveur et prend la décision de révéler à Harry le lien qu'il partage avec Draco. Mais ce dernier est absent tout le week-end : il dort à l'auberge de Seamus, où Andrea Kczmarek vient le chercher pour le présenter au Maître Artisan le dimanche. Ce même week-end, Draco dévoile une partie de son passé à ses camarades du Palais.
Harry s'étonne de la méfiance qu'Andrea témoigne à ce Maître de la Guilde, mais le comprend mieux quand il découvre que le vrai Maître Artisan est parti en vadrouille et que c'est sa fille Aliénor, encore inexpérimentée, qui doit assurer l'intérim. Les deux jeunes gens sympathisent et Harry découvre le rôle de surveillance de l'Ombre, dans la tapisserie de Poudlard, ainsi que l'existence d'une Organisation, qui s'intéresse au Livre et à la Coupe dont parle son parchemin de Joseph d'Arimathie.
En échange d'une rencontre avec son dirigeant Bernard « d'Arimathie », il s'affiche avec le Maître Artisan dans les journaux. Mais cette publicité attise la méfiance et l'antipathie de monsieur X, qui se décide à agir…
Chapitre 9 : Au cœur de la Palestine
Partie 4 : Deuxième avertissement
Lundi 26 octobre, matin à Fineborough
Un grand homme sec, enroulé dans un large manteau en fourrure de Niffleur, traversait rapidement les rues de la ville sans jeter le moindre regard autour de lui. La neige qui recouvrait tout était presque immaculée – preuve que le marché habituel de Finborough cessait quand venait l'hiver et que les montagnes devenaient infranchissables – et rares étaient les passants qu'il croisait.
Et quand bien même il rencontrait un être vivant, ce dernier ne s'intéressait pas à lui. Peut-être sa capuche relevée sur sa tête les effrayait-elle ? Ou peut-être ne faisait-on simplement pas attention à lui. S'il se promenait dans la ville par ce temps, c'était sans doute – dans l'esprit de ces gens – qu'il appartenait à la ville.
L'homme, qui malgré son large manteau avait une fine carrure, n'était pas le moins du monde gêné dans sa progression. Son corps musculeux, travaillé avec soin pour être capable de protéger physiquement son patron si le besoin s'en faisait sentir, se mouvait dans la neige avec une grâce toute féline. Non, la seule chose qui le perturbait réellement était le décalage horaire avec Londres. Il était déjà midi quand il avait eu la cheminée internationale qui l'avait amené ici. Et ici, il ne devait pas être plus de 7 heures du matin. Son ventre criait famine…
Haussant les épaules, pressé d'effectuer sa mission, il accéléra même le pas quand il fut sorti de la ville. Il avait envoyé un hibou postal immédiatement à son arrivée. Il espérait bien que l'enthousiaste Philippe Piéfort serait à l'heure à leur rendez-vous de ce midi. Lui-même, pour être déjà venu deux fois jusqu'aux grilles du Palais, savait qu'il arriverait tout juste à l'heure. Les bois d'ici étaient sombres, dangereux et retors.
Finalement, un soleil pâle mais bien présent brillait haut dans le ciel quand il arriva au point de rendez-vous. Un seul coup d'œil lui suffit pour constater que Philippe Piéfort n'était pas encore arrivé…
Ce n'est qu'aux alentours de midi et demie, alors qu'il allait faire demi-tour dans la plus grande frustration, que l'homme aperçut la silhouette hésitante de l'étudiant. Quand il fut près des grilles, il lui envoya un regard méfiant qui lui rappela leur première rencontre. Etrange, quand on songeait à l'enthousiasme dont le jeune homme avait fait preuve ces dernières semaines, pour les servir…
- Bonjour, monsieur Piéfort, lança l'homme de son habituelle voix modifiée quand il s'adressait à un de leurs espions. Je viens aux nouvelles, puisque nous n'avons pas reçu votre rapport cette semaine.
L'air perplexe que lui renvoya l'étudiant à ce moment-là fut suffisant pour lui mettre la puce à l'oreille : il se passait quelque chose d'inhabituel.
- De quel rapport parlez-vous ? lui demanda-t-il avec hésitation et méfiance.
- De vos rapports sur l'ancien Mangemort Draco Malfoy et ses agissements au Palais.
L'homme vit avec curiosité le regard de l'étudiant se faire totalement vide au moment où il prononça « Draco Malefoy ». Intéressant et inquiétant à la fois : il comprit immédiatement qu'un sortilège avait été activé sur l'étudiant. Mais qui avait pu oser toucher à l'esprit de Philippe Piéfort – au risque de le débiliter – et surtout : pourquoi ? Car si quelqu'un bloquait toute pensée liée à Draco Malfoy chez leur seul espion au Palais, cela signifiait que son patron pouvait se retrouver avec de nouveaux ennemis…
Sans hésiter, il lança un sort d'immobilisation à l'étudiant aux réflexes amoindris et plongea dans son esprit pour comprendre le processus à l'œuvre. Son avantage était qu'il savait – globalement – où chercher et quoi chercher. Travailler pour son patron avait toujours été très instructif…
C'est avec consternation qu'il observa la magie à l'œuvre. S'il était capable de défaire les scellés de magie noire, il ne savait pas comment défaire les autres résidus magiques qu'il avait plus de mal à identifier. Il ne pouvait pas agir pour comprendre qui avait lancé le sort, parce que la mémoire du garçon avait été salement amochée, mais il pouvait éventuellement contourner ce problème et rendre son mordant à leur espion…
Cependant, cela n'était pas sans risque pour le cerveau de l'étudiant… Et raviver ce qu'il identifiait comme la haine du garçon envers l'héritier Malfoy, sans être capable de raviver la partie raisonnable de son esprit, qui n'était déjà pas bien grande à l'origine, pourrait comporter un risque pour l'héritier Malfoy également…
Bien. Ce n'était pas à lui de faire un choix.
Il lança un sortilège d'oubliettes à l'étudiant et fit demi-tour avant qu'il ne reprenne ses esprits. Il avait besoin des conseils de son patron. Et ce dernier n'allait pas être content de ce qu'il avait découvert… Pas content du tout…
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Mardi 27 octobre, le soir à Londres
Dans un bureau silencieux, lui-même au bout d'un couloir silencieux et assez annexe, un homme à la carrure imposante triturait un bout de son chapeau mou en lisant une lettre. Il était sur le point de partir, quand la chouette était arrivée, et il avait tout de suite reconnu la magie anti-traçage et anti-espionnage sur le courrier.
« Patron.
Je viens de comprendre pourquoi vous n'avez pas reçu de rapport de notre homme. Son esprit a été gravement altéré par un mélange de magie noire et d'une autre magie hors de ma portée et il ne se souvient même pas avoir travaillé pour nous. Toute mention de la cible le rend incapable de penser et de réagir. Il s'agit donc d'un maléfice ciblé, peut-être lancé par la cible elle-même, si l'on tient compte de son passé. Je suis incapable, en l'état actuel des choses, de défaire entièrement ce sort.
Cependant, j'ai peut-être une solution à vous proposer, si vous tenez toujours à être au courant des agissements de la cible ici. Je peux contourner l'obstacle en réveillant la personnalité à laquelle j'ai le plus accès par mes affinités magiques, mais il s'agira donc de faire ressortir le double en supprimant les traits marqués de l'original…
Vous connaissez aussi bien que moi les risques possibles – tant pour le cerveau du garçon que pour la cible – et le manque de contrôle que nous aurons sur la nouvelle personnalité. Que voulez-vous faire, dans ce cas ? »
L'homme massif s'éjecta de son siège et froissa consciencieusement la lettre codée que lui avait envoyée son homme de main, avant de la faire brûler. Il avait bien choisi ce suiveur-là. Il était non seulement compétent mais très intelligent. Sa lettre, qui ne nommait personne tout en étant parfaitement claire, en était une preuve supplémentaire.
Ce qu'il voulait faire ? C'était très simple.
Il se fichait totalement du sort de Philippe Piéfort. Il avait bien d'autres chats à fouetter et l'étudiant n'était même pas un atout important dans son jeu. S'il lui permettait d'être à nouveau au courant des agissements de Malfoy, dont le rapprochement de fortune possible avec Potter était une option terrible s'il considérait les rapprochements stratégiques de ce dernier avec La Guilde, alors tant mieux. S'il mourrait… Tant pis.
Personne dans le monde magique ne serait surpris de voir le cerveau de Piéfort griller. Quand on était un schizophrène patenté, la magie pouvait avoir des réactions explosives et suicidaires… Deux volontés dans un même corps, c'était presque impossible à tenir sur le long terme, pour une magie qui était nécessairement guidée par l'esprit…
Quant au risque qu'il prenait, si la personnalité double de Philippe – Juez – se réveillait, il était minime. Comme il l'avait déjà dit à son homme de main, il était désormais à peu près sûr d'avoir fait une erreur dans son interprétation de la prophétie trouée. Draco Malfoy ne lui était pas indispensable. Et s'il avait tout de même raison, d'une manière ou d'une autre, l'héritier était destiné à souffrir.
Efficacement, l'homme saisit un parchemin et une plume – les stylos moldus risquant trop facilement de mener à lui si la lettre était interceptée – et écrivit ses instructions à l'homme qui attendait patiemment de l'autre côté de l'Atlantique.
Certains parleraient d'une prudence excessive en ce qui concernait l'héritier Malfoy. Mais quand il prenait en compte l'ébauche de rapprochement entre Malfoy et la famille Lenain, qu'avait esquissé Piéfort dans son dernier rapport, il avait des raisons d'être inquiet. Potter, après tout, n'était qu'un adolescent sans connaissance du monde magique et sans réel pouvoir, et il avait prouvé la veille qu'il pouvait se positionner en ennemi.
Lui avait toujours pris garde au potentiel des gens neutres qui gravitaient autour de lui. Car tant qu'ils ne s'étaient pas clairement positionnés en tant qu'alliés, ils pouvaient se transformer en ennemis redoutables…
Et son ascension vers le plus puissant des pouvoirs ne pouvait souffrir de la moindre résistance.
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Mercredi 28 octobre, midi
- Foutus fichus Aurors, marmonna le jeune sorcier entre ses dents.
Théodore Nott les avait aperçus tout de suite. Dans la foule de Londres, même au milieu des groupes de Moldus les plus originaux, les Aurors n'étaient pas capables de passer inaperçu. Il sentait, depuis quelques jours, qu'il était traqué et que les mailles du filet autour de lui se resserraient. Mais il avait tout prévu.
Sans se précipiter, se fondant parmi des Moldus qu'il avait appris à imiter, le jeune sorcier tourna le dos aux enquêteurs du ministère et s'enfonça dans une rue annexe où la foule était encore plus dense. C'était l'avantage du midi. Presque tout le monde sortait pour manger à l'extérieur et les rues étaient envahies.
Il fit semblant de flâner pendant un bon quart d'heure, surveillant dans les vitrines les Aurors qui cherchaient les Mangemorts cachés dans la foule. Puis quand il fut sûr que son mouvement passerait inaperçu, il se hâta dans une ruelle sombre et désertée, entre deux immeubles d'habitation. Il se mordit la lèvre, conscient qu'au moment où il transplanerait, les Aurors le localiseraient. C'était d'ailleurs son utilisation de la magie, la veille et par accident, qui avait dû les conduire jusqu'ici.
Puis, ayant finalement choisi la marche à suivre et ses prochains mouvements, il se décida à agir.
Il transplana rapidement dans le quartier est – à l'opposé de sa chambre d'hôtel miteuse actuelle – puis, très rapidement, il transplana six fois dans plusieurs rues aux alentours, à quelques centaines de mètres les unes des autres. D'après ses calculs, le signal d'une activité avec sa signature devait maintenant avoir été envoyé aux Aurors. Il lui restait trois secondes pour changer de lieu avant la mise en place d'une bulle anti-transplanage dans le quartier.
Il réitéra l'opération dans la partie sorcière de Londres, prenant garde à ne pas être reconnu.
Puis il se précipita du côté de chez House Houst, l'un des pubs miteux de l'allée des Embrumes, pour emprunter une cheminée.
Même si l'équipe qui le traquait était plutôt bonne – pour des Aurors du ministère – et réactive, Nott avait l'habitude de préparer plusieurs coups d'avance et il avait souvent eu la chance de son côté. Le tenancier de House Houst n'avait peut-être pas de chambre digne de ce nom, mais il ne posait jamais de question et ses deux cheminées étaient allumées en permanence pour les clients désireux de voyager rapidement.
Nott lui lança trois mornilles et saisit discrètement deux pincées de poudre de cheminette. Les Aurors étaient sans doute éparpillés dans l'est moldu, à sa recherche, maintenant. Le temps qu'ils s'aperçoivent que sa signature avait refait surface au chemin de traverse, il aurait disparu. L'avantage des cheminées étaient qu'elles ne consignaient pas les signatures magiques. A moins de le chercher spécifiquement sur le réseau, on ne pourrait pas le retrouver. Mais il était prudent…
Il entra dans les flammes vertes et prononça distinctement « 8, rue de la Babiole ».
Il fut éjecté dans ce qui était une maison sorcière abandonnée, en ruines. Avec la pincée de poudre qu'il avait gardée à la main discrètement, il profita des quelques flammes mourantes dues à son arrivée pour ouvrir un nouveau passage. Cette fois, il prononça « chambre 3, maison Zigs ».
- Plutôt bons mais quand même idiots, chuchota-t-il en atterrissant dans la chambre moldue d'un ancien camarade Mangemort, en faisant référence aux Aurors.
L'avantage d'être discret, c'était de pouvoir en apprendre beaucoup sans que les autres s'en aperçoivent. Quand il avait lu, dans la Gazette, que Malcolm Zigs était mort dans le cimetière de Godric's Hollow, une semaine après le premier attentat sur le tombeau des Potter, il s'était douté que personne n'avait vérifié si Malcolm avait sa propre cheminée raccordée au réseau.
Après tout, qui aurait pu deviner qu'il avait vécu dans la maison moldue d'une de ses tantes, dans sa jeunesse… Encore un Mangemort qui avait joué les Sangs-purs sans en être un et que lui avait su percer à jour.
Et surtout, Nott avait retenu l'information pour trois raisons. La première, c'est qu'il ne serait pas dérangé par ses anciens collègues, puisque Zigs était mort. La deuxième, c'était que personne ne le chercherait du côté de Godric's Hollow puisque le site était toujours sous surveillance magique des Aurors et que personne ne s'attendait à voir un ancien Mangemort vivre sans magie.
La dernière enfin, c'était qu'il avait lu dans l'article que le premier attentat avait provoqué la mort de la vieille gardienne du cimetière.
Et qui disait gardienne disait lieu de garde, où se cacher en attendant que les choses se tassent.
Théodore laissa échapper un soupir las. Il en avait assez de changer de lieu sans cesse, mais il savait qu'il n'avait pas beaucoup de choix. Il jeta un œil dans le petit sac qu'il gardait avec lui, où il avait entreposé de nombreuses denrées comestibles. Il en sortit un de ces sandwiches moldus qu'il avait achetés plus tôt. Sauces étranges mais goûts sympas.
En le mâchonnant distraitement, Nott jeta un œil dans l'armoire de Zigs. Il restait quelques vêtements de sa jeunesse. Avisant un long manteau sombre, le sorcier s'en saisit. Quand la nuit serait tombée, il se glisserait dans les rues jusqu'au cimetière et à la maison de la gardienne. Il s'y cacherait quelques jours, le temps d'être sûr d'avoir semé les Aurors.
Vraiment, ce n'était pas simple d'être un Mangemort en fuite…
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Jeudi 29 octobre, début de soirée
Le sorcier, à l'accueil du restaurant, prit sa cape pour l'installer dans le vestiaire et l'emmena avec efficacité à la table où il était attendu. Harry était particulièrement satisfait du professionnalisme de cet accueil car même si on l'avait reconnu, personne ne l'avait importuné en lui réclamant des autographes ou en tenant à le photographier.
Il laissa un instant son regard se perdre sur les murs et le plafond décorés avec opulence, avant de s'intéresser aux tables environnantes. Les clients étaient déjà nombreux, mais on n'entendait pas un bruit. Harry en fit part au groom, qui lui expliqua que chaque table était ensorcelée pour préserver l'intimité des conversations. Harry approuva de la tête.
Finalement, il arriva à la table où l'attendait déjà l'homme avec lequel il avait rendez-vous. Le sorcier, probablement assez âgé s'il en croyait son visage parcheminé, se leva et lui tendit naturellement la main.
- Bonjour, monsieur Potter. C'est un plaisir de vous rencontrer.
- Moi de même, monsieur d'Arimathie.
- Appelez-moi Bernard, s'il vous plaît, l'invita l'homme avec un sourire. Ou si vous y tenez, monsieur Bradford. Etre appelé par mon titre me fait toujours un effet un peu étrange. Mais asseyez-vous, je vous en prie.
Harry obtempéra et un serveur fit son apparition à leurs côtés, alors que l'homme qui l'avait accueilli et conduit ici était retourné à son poste.
- Désirez-vous quelque chose ? leur demanda-t-il.
- Un Martibullé pour moi, s'il vous plaît, commanda Bernard.
- La même chose, ajouta Harry avec une pointe de curiosité envers cette boisson qu'il ne connaissait pas.
Le serveur disparut et revint avec leur commande avec autant de discrétion et d'efficacité que la première fois. Dans l'intervalle, Harry avait dévisagé Bernard d'Arimathie – ou Bernard Bradford – avec un peu plus de curiosité et d'insistance que ne l'auraient voulu les règles de la politesse. Mais le sorcier devant lui semblait plutôt amusé que fâché.
Finalement, Harry leva son verre dans sa direction et lui envoya un sourire satisfait. Le sorcier ne semblait ni pompeux, ni à cheval sur les règles des Sangs-purs qu'il commençait à connaître. Et Hermione avait eu raison en le lui présentant comme un homme affable et non soucieux des affaires de sang. Bernard trinqua avec lui et ils burent une gorgée du liquide bouillonnant. Harry haussa les sourcils, surpris. C'était étonnamment frais et agréable.
- Vous avez deux amies qui vous apprécient beaucoup, monsieur Potter, déclara Bernard après le long moment de silence qu'ils venaient de partager. Elles ont toutes les deux insisté pour que je vous rencontre, arguant que vos questions allaient sans aucun doute m'intéresser.
Harry tiqua quand Bernard utilisa le féminin. L'homme le remarqua sans peine et lui envoya un sourire malicieux.
- Oui. Le Maître Artisan actuel est assez doué pour tromper beaucoup de monde, dit-il en baissant la voix, mais je sais que son père est actuellement en vadrouille pour l'Organisation, compte tenu du dernier message qu'il m'a envoyé.
- Oh ! fut la seule réaction d'Harry.
- Comme vous dites, lança Bernard avant de boire une nouvelle gorgée de Martibullé. Mais j'avoue avoir été intrigué par la connaissance d'Aliénor à propos de notre travail, ajouta-t-il en faisant référence au groupe qu'il dirigeait. Et d'autant plus intrigué par les questions que vous pourriez me poser à ce propos.
- Au moins, marmonna Harry, vous entrez immédiatement dans le vif du sujet.
- C'est mon défaut, accorda Bernard avec un petit rire. Mon travail et mes recherches me passionnent. Et j'aime plus que tout rencontrer des gens qui partagent ma curiosité sur certains objets. Voyez-vous ?
- Je vois, acquiesça Harry.
- Alors je vous écoute, lança Bernard avec un regain d'intérêt, satisfait que son vis-à-vis comprenne son sous-entendu. Quelles sont vos questions et que savez-vous de notre travail, à l'Organisation ?
- Justement pas grand-chose, avoua Harry en hésitant un peu. J'espérais que vous m'en diriez un peu plus sur votre groupe et sur… les deux Trésors.
Bernard ne répondit pas immédiatement et but une nouvelle gorgée de son apéritif en jaugeant Harry du regard. Il avait entendu l'intonation et l'insistance du jeune homme, en parlant des deux Trésors, et il était plus qu'étonné de la tournure des événements. Si Aliénor était au courant de l'intérêt de l'Organisation pour le Livre et La Coupe mythiques, elle n'avait jamais utilisé l'appellation « Trésors » elle-même.
Cela faisait quelques années, maintenant, qu'il n'avait plus rencontré de nouveaux sorciers au courant de leur existence et de leur importance… Si le jeune Harry Potter était dans la confidence, il n'avait pas de raison de lui cacher le rôle de l'Organisation…
Bernard jeta un œil discret autour de lui. Même s'il connaissait l'existence des enchantements de discrétion autour d'eux, il voulait être sûr que personne n'ait l'attention tournée vers eux. Et bien que satisfait de son rapide contrôle, il ajouta un sort de protection supplémentaire avant de reprendre la parole d'une voix très basse.
- Puis-je vous demander un serment ? demanda-t-il. Rien de ce dont nous allons parler ne doit être divulgué sans précaution. Je connais assez l'importance des deux Trésors et des enjeux qui se cachent derrière pour ne pas prendre de risque. Comprenez-moi : même si l'Organisation ne se cache pas, peu de sorciers sont vraiment au courant de son existence et de son… rôle.
Harry fronça les sourcils et baissa les yeux sur son verre, encore à moitié plein du liquide bordeaux et bouillonnant. Encore un serment… Il savait que le parchemin de Joseph d'Arimathie contenait des informations dangereuses et d'importance, s'il tenait compte des réactions de son parrain et de sa famille avant lui, mais il n'imaginait pas que ses découvertes l'amèneraient sur des terrains à l'aspect si glissant…
Quoi que. S'il était honnête avec lui-même, Harry devait avouer que le lien qu'il avait établi entre les deux Trésors, le déchirement du Voile et l'expression « Temps Sombres » que Percy avait insisté pour lui transmettre quelques mois auparavant, ne pouvait que signifier que des choses dangereuses étaient en jeu…
Il soupira puis releva les yeux.
- J'accepte à la condition que vous fassiez la même chose, dit-il.
Bernard acquiesça et les deux hommes prononcèrent un serment sur leur magie que rien de ce qu'ils apprendraient ce soir ne serait divulgué à un tiers, s'ils n'avaient pas l'autorisation explicite de l'autre. Bernard sembla satisfait et se racla la gorge avant de commencer à répondre aux questions d'Harry.
- L'Organisation est un groupe presque aussi vieux que les deux Trésors dont vous parlez – du moins, aussi vieux que la Coupe, commença-t-il. Notre rôle a toujours été de protéger celle-ci de ceux qui voudraient l'utiliser à leurs fins.
Harry s'étrangla avec la gorgée qu'il était en train d'avaler et Bernard laissa affleurer un sourire un peu moqueur sur ses lèvres.
- Vous voulez dire que la Coupe est en votre possession ? demanda-t-il d'une voix sourde après avoir longuement toussé.
- C'est bien ça, confirma Bernard. Et en plus de cette protection, nous sommes à la recherche du Livre depuis nos origines. Notre travail est entièrement tourné vers la réunion de ces deux Trésors, afin de… hé bien… disons que nous espérons que cette réunion des deux Trésors et leur protection permettra d'éviter le déclenchement de problèmes, éluda quelque peu Bernard. Ce sont deux objets puissants, après tout.
- Parce que vous appelez le déchirement du Voile un simple problème ? s'étonna Harry en évitant sciemment l'expression « Temps Sombres » qu'il n'avait pas le droit de divulguer, compte tenu des avertissements de Percy.
Cette fois, ce fut au tour de Bernard de s'étrangler avec sa boisson.
- Par Merlin ! Le déchirement du Voile n'est pas une donnée que nous partageons avec tout le monde, souffla Bernard. Comment en avez-vous entendu parler ?
- J'ai… Je suis tombé sur le contenu d'un ancien parchemin signé de la main d'un certain Joseph d'Arimathie.
Les yeux exorbités et avides de Bernard lui dictèrent d'être prudent et de ne pas révéler que c'était lui qui possédait ce parchemin.
- Où ça ? demanda le chef de l'Organisation. Où est ce parchemin ? Puis-je le lire ?
- Je n'ai pas ce parchemin, improvisa Harry. J'ai juste découvert, dans l'une des maisons que je possède, une fiole de souvenirs d'un membre de la famille Black. J'en ai pris connaissance et, parmi d'autres, je suis tombé sur le souvenir qui montrait le contenu de ce parchemin. Je n'en sais pas plus. Par contre, si vous finissez de répondre à mes questions, je pourrais je pense vous retranscrire ce que j'y ai lu…
Bernard se rassit correctement sur sa chaise – il n'avait pas eu conscience de se tendre vers son interlocuteur au point de se lever à demi – et laissa échapper un soupir.
- Ça aurait été trop beau, dit-il, d'accéder à un texte de notre fondateur. Mais je comprends que la personne ayant possédé ce souvenir ait voulu le retirer de sa mémoire. Les textes qui mentionnent les Trésors ou Joseph d'Arimathie ont toujours été alarmistes et dérangeants… J'accepte en tout cas votre marché. Je parviendrai peut-être à tirer quelque nouvelle donnée de ce que vous me transmettrez.
Harry acquiesça et termina son verre. Le serveur réapparut à leurs côtés.
- Désirez-vous passer commande, maintenant ? demanda-t-il en leur tendant une carte du restaurant.
Les deux sorciers assis de part et d'autre de la table en chêne acquiescèrent, se laissant le temps de parcourir le menu pendant que le serveur emportait leurs verres vides. Quant il revint, Harry commanda un plat de poisson et Bernard le suivit. Le serveur leur apporta bientôt les assiettes pleines avant de les laisser à leur repas.
Les deux hommes étaient restés silencieux, chacun perdu dans ses pensées, et Bernard finit pas relancer la conversation.
- Que disait ce parchemin à propos du Voile et des deux Trésors ? demanda tout de même Bernard, trop curieux. Il contenait peut-être un indice sur le lieu où chercher le Livre ou… peut-être parlait-il d'une personne particulière ? ajouta Bernard en hésitant.
- Jospeh d'Arimathie soupçonnait un magicien d'avoir volé le Livre, répondit Harry, mais il n'a pas donné de nom.
- Je vois. Rien de vraiment neuf pour nous, donc.
- Hum… Le texte mentionne aussi un certain « Fils de père incertain », ainsi qu'une Domicella. Mais sans aucun détail sur ces deux personnages.
- Domicella d'Arimathie a été la deuxième dirigeante de l'Organisation, après Joseph. Elle était intimement liée à la Coupe, d'après les textes fondateurs de notre Ordre. Il est dommage qu'elle n'ait pas trouvé le Livre, avec les compétences particulières qu'elle avait.
- Quelles compétences ? demanda Harry.
- Elle était de la race des Rêveuses, expliqua gracieusement Bernard. L'Organisation possède la Coupe, mais pour être honnête, elle ne sert pas à grand chose et n'a pas tant de pouvoir que ça, tant qu'une Rêveuse n'y verse pas un peu de son sang.
Harry fronça les sourcils.
- Le texte que j'ai lu, dit-il, mentionnait que Domicella avait des visions, des rêves.
- Nous ne sommes sûrs de rien, admit Bernard, mais il semblerait que Joseph d'Arimathie ait manipulé la magie contenue dans le sang recueilli chez le Moldu Jésus, pour créer une race particulière de prophètes, devins ou autres appellations – la Rêveuse étant l'appellation communément admise dans l'Organisation, pour désigner le Premier Trésor.
- Mais vous n'avez plus de Rêveuse, constata Harry.
- Non. Mais nous savons que la magie en jeu existe toujours. Il semble seulement que l'héritage qu'elle représente passe aléatoirement chez diverses personnes. Nous attendons que la Rêveuse ou le Rêveur Ultime se fasse connaître auprès de nous. C'est pour cette raison que les dirigeants de l'Organisation portent toujours le titre d'Arimathie. Pour être identifiés comme les descendants perpétuant le travail de Joseph et de ses Rêveuses, et pour être l'interlocuteur privilégié de celles-ci, quand elles apparaissent. Mais depuis que je suis à la tête de l'Organisation, aucune Rêveuse n'est venue me voir.
- Est-ce que vous connaissez la Rêveuse actuelle ?
- Non. Mais j'espère que quand nous aurons trouvé le Fils, la Rêveuse nous aura rejoints.
- Vous êtes donc à la recherche du Fils en plus des deux Trésors.
- Oui, mais de façon moins intense. L'existence du Fils est conditionnée à l'imminence du déchirement du Voile. Aussi peut-être n'est-il pas encore né. La plupart des membres de l'Organisation et des Organisations annexes des autres pays savent seulement que nous cherchons le Livre. Nous avons la Coupe et ils sont rares à savoir pour la Rêveuse ou le Fils.
- Vous êtes présents dans d'autres pays ? s'étonna Harry.
- Oui, évidemment. C'est plus simple d'avoir des branches qui cherchent dans le monde entier, même si nous restons la tête de l'Organisation.
- Pourquoi est-ce que le chef de l'Organisation est en Angleterre ? Si je me souviens bien, le parchemin de Joseph parle principalement de la Palestine. Et c'est là-bas que le Livre a le plus de chances d'être trouvé. Non ?
- En fait, pas forcément. Depuis le temps qu'il est perdu, le Livre pourrait être n'importe où. De plus, les sorciers ayant cherché le Livre en Palestine, sans succès, ont été nombreux au fil des siècles.
- Comment ça ?
- Certains de nos membres sorciers les plus anciens ont créé des liens dans le monde moldu, pour provoquer de larges expéditions vers la Palestine et pour pouvoir chercher le Livre partout. Les fameuses croisades. Il fallait à nos membres une vaste protection et le moyen, éventuellement, de percer les défenses des villes qui ne leur ouvriraient pas les portes pour leurs recherches. C'était une manière d'agir sans grande subtilité, il est vrai. C'était l'époque qui voulait ça.
- Mais… Mais…
- Oui, ça peut surprendre. Surtout pour des moldus qui ont un peu connaissance de leur propre histoire.
- Les Croisés étaient liés à la religion catholique moldue, affirma Harry, avec la Croix et tout ça, justement.
- Pas exactement, le contra Bernard. C'est la croyance populaire. Mais vous apprendrez que la forme de la Croix comme signe de ralliement n'a jamais été attestée formellement. La couleur rouge, par contre, faisant référence au sang particulier de Jésus et à la Coupe en possession de notre Organisation, elle, oui. Elle est attestée.
Harry ouvrit de grands yeux sans savoir quoi répondre à tout cela.
- Et pour le fait que la direction de l'Organisation soit en Angleterre, continua Bernard en faisant référence à la première question d'Harry, ce n'est pas tout à fait vrai. Nous sommes principalement basés en Ecosse. Même si, étant donné que l'Ecosse sorcière est régie par le Ministère de la Magie anglais, c'est souvent ici qu'on me trouve. Notre implantation là-bas est parfaitement logique et liée à notre histoire.
- Pouvez-vous m'expliquer ?
- Volontiers. Quand il a fui la Palestine, où il avait le sentiment d'être en danger et où la menace n'était pas identifiable, Joseph d'Arimathie est venu se cacher ici, en Grande-Bretagne. Cherchant à mettre le maximum de distance entre lui et les hommes qui l'avaient connu, il est monté de plus en plus haut vers le Nord. Puis il s'est installé en Ecosse, où il a réuni quelques fidèles – dont Domicella.
- Des fidèles ?
- Oui, des hommes et des femmes ayant comme lui la conviction que le déchirement du Voile était possible. Depuis les origines, les sorciers vivent sous la menace de la fin de leur monde. Plusieurs fois, par l'acte de fous adeptes de la puissance ultime et absolue, le monde sorcier s'est vu chamboulé. Et plusieurs fois, l'équilibre sur lequel repose toute vie humaine ou sorcière s'est vu mis en danger. Ces hommes et ces femmes, donc, ont suivi Joseph dans sa quête de la solution pour éviter le cataclysme final.
- Il y aurait donc une solution…
- C'est le Fils de Père incertain, qui doit avoir cette solution.
- Si c'est le cas, pourquoi ne s'est-il jamais manifesté ?
- Comme je vous l'ai dit, cette personne sera contemporaine du cataclysme. Si ce dernier ne s'est jamais déclenché, c'est logique que la solution ne soit pas encore apparue.
- Alors pourquoi cherchez-vous le Fils ? Si ça se trouve, il n'apparaîtra pas avant de très longues décennies…
- C'est possible. C'est la raison pour laquelle notre rôle est surtout et avant tout de rassembler les deux Trésors pour les mettre à la disposition du Fils le moment venu. L'existence théorique de ce dernier est gardée plus ou moins secrète par les hauts membres de l'Organisation.
- Comme vous.
- Comme moi, confirma Bernard.
- Pourquoi tant de mystères autour votre Ordre et sur le Fils ?
- Pour une raison simple : si les sorciers apprennent que quelqu'un peut les empêcher d'accéder au pouvoir ultime, ils feront tout pour l'éliminer. Que ce soit le Fils ou un groupe de personnes organisé comme nous le sommes.
- Je vois. Et pourquoi vouloir rassembler les deux Trésors, si seul le Fils peut réellement s'en servir ?
- Parce que malgré tout, les deux Trésors ont un pouvoir immense et il serait dangereux qu'ils tombent en de mauvaises mains. L'Organisation doit les trouver pour les protéger, pour protéger le Voile et la Vie.
- A quel point sont-ils puissants ?
- La Coupe ne vaut pas grand chose sans sa Rêveuse. Pour le Livre, c'est différent… Il existe depuis bien plus longtemps que la Coupe. Et honnêtement, je préfère ne pas connaître sa puissance. Je sais, par les traditions orales puis écrites, que la destruction du premier Temple de Protection construit par les sorciers a été terrible et a déclenché une vague de pouvoir effrayante. Cela me suffit pour savoir que le Livre est puissant, sans vouloir en savoir davantage.
- De quel Temple parlez-vous ?
- De celui qui a été construit par la lignée d'Hiram pour protéger le livre en son sein. Le Temple que les Moldus ont plutôt l'habitude de nommer le Temple de Salomon. Hiram a été son fondateur et il a été détruit par la suite, en 587 avant le fameux Jésus, par un Moldu persuadé de pouvoir devenir puissant grâce au Livre. Un certain Nabuchodonosor II, qui à l'époque dominait un vaste empire en Orient.
- Wow ! s'exclama ingénument Harry. C'est une vieille affaire.
- Certes. A notre échelle. A l'échelle de la magie, le temps est passé très vite depuis cette lointaine époque.
Harry se tut, triturant un morceau de poisson du bout de sa fourchette. Dans son parchemin, Joseph était allé demander conseil au vingtième descendant d'Hiram sur la protection du Livre. Probablement le même Hiram que le protecteur du Livre ayant construit le Temple. Il avait dit quelque chose comme quoi le Trésor avait été mis en jeu et que cela annonçait le déchirement du Voile. Et que le Fils serait la solution, a condition d'avoir les deux Trésors à sa disposition.
C'était totalement effrayant. Il fallait retrouver le Livre rapidement, pour éviter le déclenchement des Temps Sombres. Parce qu'Harry n'était pas naïf : si Fred, par la voix de Percy, avait absolument tenu à le mettre en garde à propos des Temps Sombres, c'était parce que ces derniers s'annonçaient pour bientôt.
- Quand il a détruit le Temple de Protection, est-ce que Nabuchodonosor a récupéré le Livre ? demanda Harry, curieux de savoir si quelqu'un était parvenu à l'utiliser.
- Non. Il a été perdu ou il a disparu. On n'a jamais bien su. Tout ce qu'on sait, c'est que les descendants d'Hiram ont tout fait pour le retrouver. C'était leur rôle de le protéger : il n'avait pas encore été remis en jeu, il pouvait donc être à nouveau caché et protégé. Mais…
Bernard prit une fourchette de poisson avant de continuer son récit.
- Un peu avant la naissance du Moldu Jésus, l'un des descendants a découvert que le Livre allait refaire surface avec cette naissance et qu'il fallait plus que jamais craindre une remise en jeu du Livre et de sa puissance. Il a prévenu les trois Rois des trois royaumes sorciers de l'époque, qui se sont rendus à son chevet pour récupérer le Livre et le cacher de nouveau.
- Mais le Livre n'était pas encore là. Et du coup, les cadeaux qu'ils avaient apportés n'étaient pas utiles pour marchander.
- C'est bien ça. Mais il semble qu'à ce moment-là, un lien se soit crée entre le Moldu et la Mère Magie. Et quand le Livre, on ne sait pas exactement comment, s'est retrouvé entre ses mains… Eh bien Jésus l'a activé et remis dans le jeu.
- Ce qui veut dire ?
- Ce qui veut dire que le Livre n'était plus protégé par la lignée d'Hiram et qu'il pouvait de nouveau être chassé par les mages avides de pouvoir. Ce que beaucoup de sorciers ont fait, apparemment.
- Et du même coup, avec cette remise en jeu du Livre, il y a plus que jamais le risque que le monde bascule vers un déchirement du Voile.
- Exactement !
Harry replongea dans ses pensées. Il fallait absolument retrouver le Livre et rassembler les deux Trésors…
La lignée d'Hiram avait été incapable de retrouver le Livre et avec sa remise en jeu, elle était devenue inutile pour le protéger. Mais d'une façon ou d'une autre, ils avaient prévu une deuxième mesure de précaution : le Fils de Père incertain. Ce dernier était l'homme qui devait prendre leur relais pour protéger le monde sorcier – et le monde tout court – d'un déchirement du Voile.
Ce n'était pas simple. Quoi qu'il en soit…
- Est-ce que le Livre ne pourrait pas tout simplement être quelque part dans le monde moldu, aujourd'hui ? demanda Harry en songeant aux siècles qui s'étaient écoulés sans qu'on ne retrouve le Trésor.
- C'est possible. Ça a aussi été la réflexion d'un de nos anciens dirigeants, William de Saint Clair, un peu avant 1600. Il est parvenu à créer des branches particulières de l'Organisation en territoire moldu, pour l'aider à trouver le Livre. La première branche est celle d'Edimbourg, forcément en Ecosse pas loin de la direction de l'Organisation, et elle s'appelait Mary's Chapel. Aujourd'hui, notre branche moldue est extrêmement bien développée et implantée un peu partout dans le monde.
- A ce point ?
- Oui, bien sûr. N'avez-vous donc jamais entendu parler des francs-maçons ?
- Si, évidemment, mais… Je n'aurais jamais fait le rapprochement, marmonna Harry, un peu sonné.
- Pourtant, le nom lui-même est une preuve évidente de leur rattachement à notre Organisation.
- Comment ça ?
- Leur existence est, comme la nôtre, entièrement vouée à la découverte et la protection des deux Trésors. Donc, comme nous, leur rôle descend de celui d'Hiram, qui avait construit le Temple de Protection. Ils se désignent donc comme des francs-maçons. Ceux qui se veulent les constructeurs d'une nouvelle protection.
Même s'il se souvenait des explications d'Hermione, le samedi précédent, il n'imaginait pas que la croyance des francs-maçons en la magie pouvait être fondée sur une connaissance réelle de leur monde…
- Merlin ! souffla Harry. Je me sens complètement dépassé… Est-ce que le ministère ne dit rien ? Avec toute votre influence, et la loi du Secret qui nous interdit de parler de la magie aux moldus, et… et tout ça…
- Le ministère ne peut rien. C'est pour être protégée de son ingérence que l'Organisation s'est – en quelque sorte – placée sous la coupe de La Guilde. Cette dernière est assez puissante pour nous permettre de continuer nos activités en paix. Et puis, quelque part, nous partageons le même intérêt envers les créations magiques puissantes, ajouta Bernard avec un air malicieux, alors cette alliance a quelque chose de logique.
- Votre tâche paraît immense… commença Harry avant d'être brutalement interrompu par l'arrivée à leurs côtés du sorcier de l'entrée.
- Monsieur Potter, dit-il d'une voix pressée et quelque peu angoissée, excusez-moi de vous déranger, mais l'hôpital Sainte Mangouste vient de nous contacter. Ils réclament votre présence immédiate.
- Comment ! Pour quelle raison ? s'inquiéta vivement Harry.
- Une jeune femme a été agressée un peu plus tôt dans la soirée. Il semble qu'elle soit dans un état critique et elle vous réclame à ses côtés… Je n'en sais pas plus.
Se levant brutalement avec l'impression d'avoir avalé du plomb, Harry s'excusa auprès de Bernard – qui l'incita à se dépêcher de partir d'un geste – et, le visage blême, il se précipita à la suite du sorcier de l'accueil. Qui ? Qui allait-il trouver à l'hôpital ?
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Jeudi 29 octobre, midi
Juez, la colère guidant ses pas, ignora complètement les appels de l'ombre, bloquée par les grilles. Ses souvenirs partiellement revenus, il avait pris conscience que trois sorciers méritaient aujourd'hui le châtiment suprême, pour l'avoir agressé et l'avoir empêché de rendre justice. L'ombre lui avait rendu ses souvenirs, elle était le signe, l'envoyée suprême qui prouvait son bon droit. Et lui était l'instrument de la justice, légitime dans la prononciation des peines de ses camarades.
En remontant rapidement la route terreuse qui menait au Palais, il songeait à la meilleure façon de procéder.
Aucun doute, il devait s'occuper du criminel Malfoy, avant de s'occuper des jumelles Lenain qui avaient tout fait, ces dernières semaines, pour l'empêcher de faire son travail. Et surtout, il voulait s'attaquer au petit morceau, avant de se pencher sur le cas des deux étudiantes, qui avaient prouvé être puissantes.
Il savait où chercher le sorcier.
Il se souvenait, au milieu du brouillard qu'était son cerveau, avoir bouilli de colère en entendant l'aveu de Draco Malfoy dans le Hall, le week-end précédent. Il allait aussi devoir s'occuper de l'autre – Ramon Sanchez – qui avait tué son père et méritait également d'être puni pour son âme noire et souillée.
Draco Malfoy n'était pas loin. En sortant tout à l'heure, pour répondre à l'appel de l'ombre, il l'avait aperçu dans le jardin du Palais, là où les professeurs cultivaient les plantes nécessaires à la fabrication des potions en cours. Probablement le sorcier préparait-il ses ingrédients pour de nouveaux crimes.
« Oui, » songea Juez, en passant la barrière du jardin, « il n'a pas bougé. »
Juez sortit sa baguette promptement et la pointa dans le dos du sorcier, accroupi devant un buisson de baies.
- Incarcerem !
Le cri tira Draco de son activité et il se tourna brusquement pour apercevoir le sort foncer vers lui. Et même s'il lui fallut moins d'une seconde pour évaluer la situation et comprendre qui il avait devant lui, Draco n'eut pas le temps de réagir à l'attaque. Son cœur accéléra alors que les cordes s'enroulaient et se serraient autour de lui.
Mais si Juez s'attendait à ce qu'il reste bien docile, il se trompait. Car depuis leur première confrontation, Draco avait beaucoup appris. Sous ses airs doux et innocents, Aline était autrement plus dangereuse que Juez. La magie blanche pouvait être particulièrement retorse entre ses mains. Et alors que Juez lui lançait un sourire triomphant, Draco sut qu'il était prêt.
- Incendio maximus, marmonna Draco en ouvrant au maximum les flux de ses mains.
Les flammes qui s'élevèrent brusquement autour de Draco Malfoy surprirent Juez un instant. Instant qui fut suffisant pour que Draco brise les cordes calcinées en écartant brusquement les bras. Juez sentit la rage le submerger et, la baguette toujours pointée sur le sorcier, il lança un nouveau sort.
- Incendio ! cria-t-il.
Draco se jeta derrière le buisson, qui prit immédiatement feu.
- Alors comme ça, tu aimes le feu, petit Cracmol, susurra Juez sans savoir exactement d'où il tirait sa dernière expression.
- Fiche moi la paix, Philippe ! Tu sais que tu n'es pas en position de force.
Juez éclata de rire, trop amusé par la situation.
- Pas en position de force ? Et qui de nous deux est en train de ramper derrière une vulgaire plante pour échapper au juste châtiment que moi, Juez, suis en droit de lui donner ? Incendio ! Incendio ! Incendio !
« Juez ? » s'étonna intérieurement Draco.
Les trois arbustes à proximité de celui qui brûlait déjà prirent feu. Toujours accroupi, rassemblant sa magie pour qu'elle affleure à la limite de ses mains, Draco songea que Philippe avait définitivement perdu la tête. Alors oui, il était dangereux, mais s'il était fou, s'il se prenait pour un autre, alors Draco avait définitivement une chance de s'en sortir.
En entendant son adversaire s'avancer en écrasant plusieurs plantes au passage, Draco se releva et surgit face à lui aussi brusquement qu'un épouvantard hors de son placard.
- Confundo, lança Draco, les mains tendues vers Juez, avec l'espoir que sa magie reconnaîtrait le sort et lui obérait.
Mais si le sort de confusion fonctionna, ce ne fut pas plus de dix secondes, le temps pour Draco de fuir le jardin en direction du Palais. Il appela intérieurement les jumelles. Elles devaient pouvoir l'entendre. Si elles venaient, alors elles pourraient l'aider une fois de plus. Derrière lui, Juez se lança à sa poursuite.
- Confringo ! hurla-t-il, la rage exsudant par tous les pores de sa peau.
Draco se jeta au sol dans un réflexe, le sort lui passant au-dessus de la tête pour aller s'encastrer dans l'un des arbres du bois. Le tronc explosa littéralement, envoyant branches, débris et morceaux de bois partout autour de lui. Draco tourna la tête une seconde : le Roselune s'était arrêté pour protéger son visage. Sans hésiter, il se releva promptement.
Mais au moment où il se remit à courir, Juez avait déjà relevé sa baguette. Cette fois pourtant, au lieu de viser directement le sorcier, il visa le sol devant lui.
- Deprimo !
Le sol devant les marches du Palais s'affaissa brusquement et, pris dans son élan, Draco ne parvint pas à s'arrêter et chuta de plusieurs mètres. Son cri de surprise, puis de douleur quand sa cheville droite céda dans un angle tout sauf naturel, devait avoir rameuté quelqu'un ! Il ne pouvait pas mourir maintenant, de la main d'un sorcier complètement taré !
Draco leva les yeux vers le ciel. Du bord du trou, Juez le regardait. S'il était incapable de déterminer les raisons qui poussaient l'étudiant à l'attaquer si violemment, il fut sûr à cet instant que même l'arrivée des jumelles ne pourrait pas le sauver. Juez tendit une dernière fois la baguette vers lui et Draco serra les dents.
- Confringo !
Le sortilège explosif se dirigea une nouvelle fois vers lui. Et, dans un reflexe parfaitement naturel, alors qu'il était – une seconde auparavant – tétanisé par la peur et l'incrédulité devant l'absurdité de sa fin, Draco tendit les bras devant lui pour se protéger.
Et sa magie à fleur de peau réagit en formant un voile de protection. Le bouclier-réflexe explosa sous l'impact du sort, et les bras de Draco volèrent contre la terre dure, mais il venait de gagner quelques secondes de répit. Pourquoi Juez n'utilisait-il pas directement le sort de mort, malgré sa haine évidente ? Ah, oui ! La magie verte qu'ils avaient tous commencé à apprendre devait l'en empêcher, comme Igor le lui avait expliqué fin juin.
Ces quelques secondes furent en tout cas suffisantes pour permettre à quelqu'un d'intervenir.
- Philippe Piéfort ! rugit une voix quelque part au-dessus de lui, sans qu'il ne parvienne à la reconnaître. Lâche cette baguette immédiatement !
- Arrière ! Ceci ne regarde que moi et ce criminel.
- Je ne me répéterai pas !
- Expuls…
- Expelliarmus ! rugit la voix une nouvelle fois en interrompant le sortilège du Roselune. Petrificus totalus !
Le silence qui suivit fit monter l'angoisse de Draco. Qu'est-ce qui venait de se passer ? Au-dessus de lui apparut bientôt le visage d'Aline.
- Mobilicorpus, lança-t-elle doucement pour le léviter jusqu'à elle.
Elle le déposa sur le sol et, alors qu'elle tentait de diagnostiquer rapidement ses blessures, Draco constata la présence de Lina et de la femme sans âge qui les avait accueillis le jour de la rentrée.
- Episkey, lança Aline en direction de son visage, pour effacer les coupures dues à l'explosion de l'arbre, précédemment. Ferula, prononça-t-elle ensuite deux fois, en visant sa cheville blessée et son poignet droit.
Draco grimaça quand les attelles fixèrent ses os cassés. Aline lança à nouveau un Episkey, mais sur son poignet gauche cette fois. Elle fronça les sourcils, recommença, puis se mordit la lèvre. Elle retira ensuite sa ceinture et se pencha pour entourer la blessure qu'elle ne parvenait pas à guerir avec le tissu frais et rouge.
Derrière elle, Draco observa la doyenne, qui d'après la rumeur vivait dans le tronc de l'Arbre Creux, faire léviter Philippe vers le Hall. C'était sa voix à elle qu'il n'avait pas tout de suite reconnue. Sur le pas des portes du Palais, Draco constata que plusieurs élèves, ainsi que Clothilde Lemaire, étaient venus voir l'origine du vacarme.
- Vous six, lança le professeur de Civilisation après que la doyenne lui ait adressé quelques mots, vous m'accompagnez au jardin. Un incendie menace les bois du Palais.
Draco laissa retomber sa tête dans l'herbe, soulagé de voir que d'autres que lui prenaient les choses en mains. Il ne se sentait pas très bien, à l'instant, et il avait perdu tout courage, toute énergie. Il porta sa main libre de toute attelle à son visage, pour faire passer le mal de crâne qui l'avait pris brusquement.
- Non ! Ne bouge pas, lui ordonna Lina.
Trop tard. Il venait de se rendre compte, autour du bandage de soie improvisé par Aline, que ses poignets saignaient atrocement. Ça expliquait sans doute pourquoi il se sentait si faible.
- Je me suis bien défendu, murmura-t-il à Aline.
- C'est bien, Draco, lui dit-elle d'un ton apaisant. Je suis fière de toi. Tout est fini, tu peux fermer les yeux, maintenant.
Le sorcier laissa un sourire satisfait étirer ses lèvres et obéit. Il était prêt à se défendre. Il était fort, désormais.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Jeudi 29 octobre, 20 heures 30
Quand la cheminée cessa de tourner, Harry fut éjecté dans le hall d'accueil blanc des urgences de Sainte Mangouste.
- Merlin, merci ! Vous voilà, l'accueillit un sorcier nerveux.
La peur au ventre, sans parvenir à poser la moindre question sur ce qui pouvait bien se passer, Harry suivit le médicomage pressé dans les couloirs tout aussi blancs que le petit hall d'accueil, jusqu'à un sas austère de décontamination.
- Enfilez ça, lui ordonna le médicomage en lui tendant une blouse blanche. Aegroris Abrogare, lança-t-il ensuite vers le plafond.
Harry sentit un désagréable fourmillement partout sur son corps et ses vêtements, alors que le sort éliminait toute trace de microbes et de maladies.
- Voilà. Maintenant, vous pouvez entrer, l'invita le sorcier en disparaissant derrière une porte à l'aspect métallisé.
Harry entra dans ce qui semblait être une salle d'opération. Il se précipita immédiatement vers la silhouette allongée sur la table.
- Ho, Harry ! Tu es venu, l'accueillit une voix aux accents brisés.
- Luna ! ne put s'empêcher de s'exclamer Harry.
La jeune femme en larmes n'était pas une vision qu'il s'était attendu à voir un jour. Son visage tuméfié le fit bouillir d'une rage froide et sans pitié.
- Que s'est-il passé ? demanda-t-il sourdement, en levant la tête vers l'équipe de médicomages.
- Ils étaient plusieurs, répondit Luna précipitamment, d'une voix hachée par la douleur et les contractions. Ils ont blessé Herman, Alizée et… et… et Corbin. Ils ont dit que tu devais apprendre à rester à ta place, que c'était leur deuxième et dernier avertissement. Ho, Harry ! s'exclama-t-elle avec des sanglots dans la voix. Je ne veux pas perdre mon fils.
Alors que Luna fondait en larmes, Harry fut submergé par un immense sentiment de culpabilité. C'était de sa faute. C'était à cause de lui que Luna était sur la table d'opération. Et son bébé était-il… ?
- Comment va…
Harry déglutit durement.
- …le bébé ? demanda Harry au médicomage qui s'affairait dans la région sud de son amie.
Il fit signe à un collègue, qui emmena Harry un peu plus loin. D'un ton professionnel, ce dernier exposa la situation.
- L'agression a provoqué le travail, mais la naissance était heureusement prévue pour très bientôt. Mademoiselle Lovegood a protégé le bébé contre les sorts de ses agresseurs, à l'aide de sa magie, mais l'utérus a quand même été malmené, tout comme la maman, à cause des coups qu'elle a reçus.
- Et elle, comment va-t-elle ? l'interrompit Harry, en proie à l'angoisse.
- Elle est gravement blessée. Mais nous ne pouvons ni lui donner de potion, au risque de blesser le bébé, ni la guérir par des sorts, puisque la magie de mademoiselle Lovegood réagit durement à tout sortilège qui s'approche d'elle. Tant que l'enfant n'est pas né, nous ne pouvons rien faire.
- Alors faites-le sortir ! s'exclama Harry.
- Mademoiselle Lovegood a jusqu'ici refusé de le libérer. Elle a passé son temps à vous réclamer à ses côtés. Etes-vous le père ?
- Non, non, pas du tout, répondit Harry, un peu sonné.
Il retourna précipitamment aux côtés de son amie.
- Luna, l'appela-t-il. Luna, pourquoi est-ce que tu refuses de laisser sortir le bébé ?
- Je ne peux pas, répondit-elle à travers ses sanglots. Je ne veux pas que Corbin soit seul au monde.
- Je ne comprends pas, la pressa Harry.
Luna serra les dents et laissa échapper un long gémissement alors qu'une contraction plus douloureuse que les autres lui coupait le souffle.
- Je ne suis pas idiote, tu sais, haleta-t-elle quand la douleur se fit supportable. Je ne vais peut-être pas en réchapper. Colin est mort aussi, il ne pourra pas s'occuper de lui… Ah… Je n'ai jamais eu le temps de te le demander correctement, ni de trouver une marraine pour le protéger, mais… Ah… Je veux que tu sois son parrain. S'il te plaît.
Harry regarda la jeune femme, totalement et définitivement sonné. Colin était le père ? Colin était mort pendant la bataille de Poudlard, pour lui. Et Luna voulait qu'il soit le parrain ? Il ne pouvait pas. Il était déjà le parrain de Teddy et il était tout à fait indigne de ce rôle. Mais Luna était gravement blessée... Elle méritait son appui. Oui, mais encore une fois, c'était à cause lui.
Il était à la fois effrayé et submergé par une honte indicible.
- Je… Luna… Je ne suis pas la bonne personne. Je suis le parrain de Teddy et je suis incapable d'aller le voir. Depuis que la guerre est finie, c'est sa grand-mère qui s'en occupe et je n'ose pas… il… son père est mort pour moi. Colin est mort pour moi. Je ne peux pas leur faire ça. Corbin m'en voudra. Colin aussi m'en voudra.
- N'insulte pas sa mémoire ! cria Luna en crispant les mains sur son ventre.
Harry ne détourna pas les yeux de la jeune sorcière en colère. C'était là aussi une image à laquelle il ne se serait jamais attendu.
- Colin, comme Rémus, sont morts en toute connaissance de cause. Ce sont des héros qui se sont battus, non pas seulement pour te sauver toi, mais pour protéger leur monde, leur descendance !
La colère, à cet instant, lui faisait oublier la douleur et le danger.
- Pourquoi crois-tu que Colin s'est jeté dans la bataille ? Il voulait protéger son enfant ! Et toi, aujourd'hui, tu refuses égoïstement de lui permettre de reposer en paix, en refusant de protéger Corbin !
- Mais… gémit Harry.
- Non ! Non, tais-toi. Je n'imaginais pas que tu refuserais de donner à deux bébés ce que leurs parents t'ont donné.
- Mais c'est à cause de moi que tu as été agressée ! s'exclama Harry avant qu'elle ne le coupe.
Il était en proie à un dilemme et une détresse immenses, alors que les reproches justifiés de son amie se battaient dans son esprit et son cœur contre sa culpabilité, devant l'état désastreux de la jeune femme.
- Comment pourrais-je protéger ton fils si je n'ai pas su te protéger ? Il va me haïr. Ils vont tous les deux me haïr.
Luna, qui avait fermé les yeux sous l'effet de la peur et du désespoir, les rouvrit et tourna la tête vers lui. Harry lui avait semblé fort et rassurant, ces derniers temps. Il semblait avoir surmonté la guerre et elle ne pensait pas qu'il était encore terriblement hanté par les morts et la peur de leur jugement. Mais c'était lui, qu'elle voulait. L'un de ses premiers amis, le seul qui était suffisamment mûr pour accepter son bébé, quelles que soient sa personnalité et ses croyances.
- Ni Teddy ni Corbin ne t'en voudront d'avoir accepté de t'occuper d'eux, en l'absence de leurs parents. Si tu me promets d'être un parrain aimant pour mon fils, je ne peux que te pardonner d'avance si je meurs aujourd'hui. Et si je peux te pardonner, alors je sais que Rémus et Tonks l'ont fait depuis longtemps.
Il ne demandait qu'à la croire.
- Tu n'as qu'à leur demander, à eux, ajouta-t-elle en fermant à nouveau les yeux.
Soudain, une sirène se mit à hurler dans la pièce.
- Mademoiselle ! cria le médicomage entre ses jambes. Mademoiselle !
- Luna ! Non, Luna ! Réveille-toi ! cria Harry, en proie à la panique.
Celui qui lui avait expliqué la situation un peu plus tôt poussa durement Harry et asséna deux gifles à la jeune femme. Il n'avait pas d'autre choix. Le bébé était en danger et un sort mal dosé pouvait empirer les choses aussi bien pour la mère que pour l'enfant.
Luna papillonna des yeux, reprenant difficilement conscience, alors que sa magie agitée l'avait épuisée et laissée quelques instants sans connaissance.
- Monsieur Potter, vous allez devoir sortir ! La patiente n'est plus en état de discuter et la situation est critique, le pressa une médicomage assistante.
Harry s'approcha de Luna et se pencha vers elle, saisissant une de ses mains.
- Je te promets d'être le parrain de Corbin. Je te promets de t'aider à le rendre heureux. Maintenant, fais sortir ce bébé et dépêche-toi de te soigner, pour que je puisse te gronder pour ton entêtement.
Luna lui fit un faible sourire et lui serra la main, juste avant qu'on ne le pousse vers le sas de décontamination. Vers la sortie.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Jeudi 29 octobre, 21 heures 30
Cela faisait presque une heure qu'il tournait en rond dans la petite salle d'attente. Blanche, encore. Seule une machine à café rouge et des sièges en plastique vert dénotaient. Harry était incapable de rester assis. Il était mortellement angoissé et il ne parvenait pas à laisser les paroles de Luna de côté, le temps de se calmer.
Quelqu'un d'extérieur aurait probablement imaginé qu'il était le père angoissé d'un bébé à naître. Ce n'était pas si loin. Si le petit Corbin n'était pas son enfant, il avait promis d'en être le parrain. Et pour lui, c'était tout aussi effrayant et stressant. Il aurait des responsabilités envers Corbin comme il en avait pour Teddy. Comme il s'en sentait envers Rémus et, désormais, envers Colin.
Mais son angoisse allait bien au-delà. Il était au bord de la panique. Car la maman était une amie proche et elle était en danger. Pourvu qu'elle s'en sorte !
Il songea avec honte à tous ces mois passés sans qu'il ne soit allé voir le fils de Rémus et Tonks. Andromeda lui avait parfois donné des nouvelles et elle ne l'avait jamais grondé pour son absence et sa peur. Elle-même avait eu besoin de faire son deuil, de panser ses blessures loin de la foule, et elle comprenait qu'il n'en ait pas encore eu le temps lui-même.
Il pensait que ce n'était pas encore très grave, qu'il saurait revenir dans les cadres plus tard. Qu'il n'agissait pas mal. Mais en quelques minutes, Luna avait anéanti ses certitudes et lui avait renvoyé son attitude égoïste en plein visage.
Il avait déjà parlé de ses peurs à Ginny. C'était l'une des premières discussions sérieuses et douloureuses qu'ils avaient échangées dans le petit jardin. Mais Ginny comprenait : Teddy avait perdu ses parents pendant la guerre, et Harry avait été au cœur de cette guerre. Elle comprenait qu'il puisse être angoissé par la réaction possible de rejet du garçon, qu'elle soit juste ou injuste.
Mais Luna, à sa manière parfois un peu folle et parfois terriblement sérieuse, comme à l'instant, était capable de vous ouvrir les yeux et d'énoncer de grandes vérités.
Harry poussa un glapissement quand il se mordit accidentellement le pouce. Il se rendit compte à ce moment-là qu'il n'avait pas cessé de les ronger. Il jeta un œil vers le couloir qui menait à la salle d'opération et serra les poings, avant de reprendre ses pas nerveux.
Il fallait à tout prix que Luna vive. Elle lui pardonnait peut-être d'avance sa… son… décès éventuel. Mais il fallait qu'elle vive. Parce que lui-même aurait du mal à se pardonner. Pour la dixième fois depuis qu'il tournait en rond dans la pièce, sa magie pulsa sous l'effet de sa colère. Quel sorcier avait pu agresser une femme enceinte pour lui lancer un avertissement à lui ?
Il fallait qu'elle soit là pour son fils. En tant qu'orphelin, Harry ne savait que trop bien quels sentiments de solitude et d'abandon pouvaient submerger un petit garçon malheureux. Bien sûr, lui-même ne serait jamais – au grand jamais ! – un « oncle Vernon » pour ces enfants en mal d'amour, mais… Corbin et Teddy pouvaient-ils vraiment apprécier son aide en tant que parrain ? Etait-il fait pour ça ?
Et leurs parents… pouvaient-ils vraiment lui pardonner d'être morts sans avoir connu leurs fils respectifs ? Luna le pouvait. Elle lui avait dit et il la savait honnête et franche. Mais les autres ? Que pensaient-ils de lui, de là où ils étaient ? Luna lui avait conseillé de demander directement à Rémus. Oui, mais… comment ?
Il y avait forcément un moyen. La jeune femme avait été on ne peut plus sérieuse en lui proposant cette solution pour être fixé. Elle savait qu'il pouvait. Mais même dans le monde magique, pouvait-on vraiment parler aux morts ?
Harry s'arrêta brusquement dans sa ronde en se rappelant ce que lui avait dit la Dame Grise, l'une des premières fois où il était entré dans la Réserve de la bibliothèque de Poudlard. Elle lui avait dit que, parfois et si l'on posait les bonnes questions, les morts pouvaient répondre. Et il avait le moyen tout tracé de contacter l'au-delà.
Fred.
Un médicomage entra dans la salle et le sortit de ses pensées à cet instant.
- Monsieur Potter ?
- Oui.
- Mon chef m'a demandé de vous tenir au courant. Le bébé est enfin sorti. Nous avons dû le prendre en charge médicalement dans l'aile des maladies magiques, à cause de sa surexposition à la magie hors de contrôle de la maman, mais il pourra s'en sortir sans grande séquelle. Il est maintenant hors de danger.
Le soulagement d'Harry dut être visible, parce que le médicomage lui fit un sourire compréhensif à la fin de sa tirade.
- Et pour Luna ? demanda Harry après s'être mordu la lèvre.
- Mademoiselle Lovegood est actuellement en salle s'opération, mais elle est hors de danger immédiat maintenant qu'elle a accouché du bébé. Elle est prise en charge par notre meilleure équipe et devrait bientôt être envoyée en salle de réveil pour récupérer de l'opération. Elle dormira sans doute jusqu'à demain, assez tard.
- Quelle opération ? osa demander Harry d'une toute petite voix.
- Ho ! s'exclama le médicomage en fronçant des sourcils. Mon collègue précédent ne vous a pas prévenu ?
Harry fit non de la tête. « Je n'ai vu personne, » précisa-t-il. L'homme sembla hésitant.
- Je ne suis probablement pas la meilleure personne pour vous annoncer ça, mais… Nous avons dû pratiquer une ablation totale de l'utérus. Il a été beaucoup trop abimé par l'agression et le refus de mademoiselle Lovegood de laisser sortir son bébé. Et dans la mesure où elle était trop faible et où nous avons dû passer par une césarienne… et comme l'opération a été délicate… il aurait été dangereux pour la santé de mademoiselle Lovegood de le lui laisser.
Harry se sentit flancher et le médicomage l'aida à s'asseoir sur l'une des chaises vertes.
- Je suis sincèrement désolé, monsieur Potter. Mais même avec les meilleures potions et le meilleur chirurgien, je ne suis pas sûr que nous aurions pu réparer les dégâts. Est-ce que vous voulez que j'appelle quelqu'un, un ami, pour… pour vous ramener chez vous ?
Harry secoua la tête.
- Je vais juste… rester là un petit peu, merci, murmura-t-il, abattu.
Le médicomage acquiesça et sortit de la salle, en le prévenant qu'ils étaient tous là s'il avait besoin d'aide. Resté seul, Harry se recroquevilla un peu sur lui-même et se cacha le visage entre les mains. La honte et le chagrin pour la jeune sorcière insouciante, que la guerre n'avait pas su briser et qui venait de se voir dépouiller d'une partie d'elle-même par un ennemi invisible et sans scrupule, le terrassèrent. Et c'était sa faute à lui…
D'abord discrets, ses sanglots devinrent rapidement violents et incontrôlables. Une sage-femme, attirée par le bruit, secoua la tête de compassion et lança discrètement un sort d'intimité sur la salle. Ce n'était pas la première fois qu'un sorcier craquait, aux urgences, et ce ne serait sans doute pas la dernière fois.
Quand il fut plus calme, Harry releva la tête.
Bien. Il avait promis à Luna d'être là, il tiendrait sa promesse. Mais d'abord, il lui fallait retrouver une certaine paix intérieure. Parce que son amie aurait besoin de lui et qu'il voulait définitivement être présent, sans restriction, être l'épaule solide sur laquelle elle pourrait s'appuyer. Il était tard, mais il ne se posa aucune question quand il décida de se rendre chez Percy Weasley.
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Jeudi 29 octobre, 22 heures
Harry atterrit dans le salon réservé aux visiteurs, dans la maison que partageaient Percy Weasley et Pénélope Deauclaire. C'est cette dernière qui, baguette à la main, déboula dans la pièce au son de l'alarme.
- Harry Potter ? s'étonna la jeune femme.
Elle jeta un coup d'œil rapide à l'horloge, avant de froncer les sourcils d'incompréhension.
- Que se passe-t-il ?
- Excusez-moi de vous déranger, Pénélope, fit Harry sur un ton assez formel, mais il s'est passé quelque chose de grave cette nuit. Et j'ai impérativement besoin de parler à Percy.
- Perceval vient de réussir à s'endormir, dit-elle en se mordant la lèvre et en jetant un œil derrière elle, dans le couloir. Il est fiévreux, je ne sais pas si vous pourrez discuter…
- Est-il malade ?
- On peut dire ça, je suppose, répondit la sorcière en s'enveloppant de ses bras, nerveusement. George dit que c'est son lien avec leur frère décédé qui le fait parfois délirer. C'est effrayant, mais je n'ose pas encore utiliser de sortilèges d'exorcisme. Je ne sais pas s'il y réagira bien.
- Que disent les médicomages ?
- Ils n'y comprennent rien, mais c'est logique puisque Perceval refuse de parler de son frère décédé à quelqu'un d'autre que vous, George ou moi. Les médicomages m'ont prescrit des potions pour faire baisser la fièvre et pour l'aider à dormir. Mais je ne suis pas sûre de leur efficacité.
Elle jeta un nouveau coup d'œil inquiet au couloir.
- Suivez-moi, Harry. Nous serons mieux dans le salon.
Harry lui obéit et avança dans le couloir sombre. Le salon semblait effectivement mieux chauffé que le reste de la maison. Devant la cheminée, dans le fauteuil, Percy était couché et gémissait dans son sommeil. La couverture qui devait probablement le recouvrir l'instant précédent était désormais sur le sol. Pénélope s'avança vers le sorcier fiévreux et replaça amoureusement la couverture sur lui.
- Perceval ? Chéri, tu as de la visite… lui murmura-t-elle à l'oreille en lui serrant l'épaule.
Le sorcier roux papillonna des yeux et mit du temps à resituer son environnement. Harry se morigéna en apercevant les deux cernes sombres qui marquaient le visage pâle. Il se tourna vers la maîtresse de maison d'un air contrit.
- Je suis désolé d'arriver à l'improviste. George m'avait prévenu qu'il n'allait pas bien, mais…
La sorcière haussa les épaules dans un geste gracieux et le coupa.
- A vrai dire, ce n'est pas un mal. Je voulais de toute façon vous contacter. Perceval dit que Frédéric s'agite dans l'au-delà et que c'est lié à votre personne. J'espère juste que vous trouverez le moyen d'apaiser mon fiancé…
- Harry ? grommela Percy en le reconnaissant enfin.
- Bonsoir Percy. Comment vas-tu ? demanda maladroitement Harry, la réponse étant plus qu'évidente.
- Moi, ça va, grogna-t-il. C'est Fred qui m'empêche de trouver un juste repos. Il s'agite sans cesse et parasite mon esprit presque en permanence.
- Que dit-il ?
- Rien de très compréhensible, je le crains, répondit faiblement le sorcier. Il répète sans cesse que quelqu'un met son nez dans nos affaires et qu'il faut faire cesser l'ingérence. Mais il ne précise rien d'autre. Il marmonne. Et s'il gêne mes pensées, je suis incapable de comprendre clairement les siennes. Je suis juste persuadé que c'est à propos de toi. Tout ce que Fred m'a dit jusqu'ici te concernait.
- Est-ce que tu souffres de… partager ton corps ?
Percy regarda sa fiancée avec un air peiné.
- Oui, avoua-t-il. Je suis perdu et parfois, j'ai l'impression de ne plus être moi-même. Même si savoir que Fred veille sur nous me fait plaisir, j'aimerais de plus en plus souvent retrouver ma liberté.
Harry acquiesça, compréhensif. Deux âmes dans un même corps, deux esprits aux priorités différentes et aux sentiments et souvenirs divergents, cela devait forcément épuiser Percy.
- Harry dit qu'il s'est passé quelque chose d'important ce soir et il voudrait te parler, glissa Pénélope en couvant le sorcier fatigué du regard.
- Je ne suis plus tout à fait sûr que ce soit une bonne idée, en te voyant, dit Harry à Percy, l'air gêné.
- Dis-moi toujours.
- Ce soir, Luna Lovegood a été agressée – mais elle va s'en sortir, précisa Harry en les voyant réagir – et nous avons… discuté. Elle dit qu'il est possible de discuter avec les morts. Et j'ai… j'ai besoin de parler à Rémus.
- En quoi puis-je t'être utile ? demanda Percy.
- J'espérais pouvoir parler à Fred et lui demander de me servir d'intermédiaire avec lui.
- Je suis désolé, Harry, souffla Percy en secouant la tête, mais je n'ai aucun moyen de contacter Fred. C'est lui qui m'envahit quand il le désire. Il est sourd à toutes mes tentatives de dialogue, à tous mes appels.
- Alors je ne sais pas comment obtenir mes réponses, déclara Harry d'une voix basse, entre deux soupirs. C'était la seule idée qui me semblait un tant soit peu valable.
- Je… J'ai peut-être une solution… intervint Pénélope.
- Vraiment ? demanda Harry avec espoir. Laquelle ?
- Hé bien… Mon père, même s'il a épousé une moldue, était très attaché aux rites et aux traditions les plus anciennes du monde sorcier. Je sais qu'en certaines occasions, il lui a été possible de provoquer une espèce de conseil de famille avec nos ancêtres décédés proches, même s'ils étaient plutôt rares à répondre. Par contre, je suis désolée pour vous, Harry, mais il n'a pas eu temps de m'apprendre ce rite-ci.
- Est-ce que cela veut dire que je pourrais théoriquement parler avec Rémus ou… mes parents ? chuchota Harry en osant à peine exprimer sa pensée.
Quand il avait abandonné la pierre de résurrection dans le bois, il avait fait une croix sur toute tentative de parler à nouveau avec sa famille. Mais il aurait vraiment aimé leur dire une fois encore tout son amour, pouvoir profiter un instant de plus de leur fierté alors que la victoire était sienne. Et surtout, il aurait voulu parler une dernière fois à Rémus, alors qu'il n'avait pas eu le temps de lui dire au revoir à cause de la bataille finale.
- Il me semble, oui, répondit Pénélope en hésitant. Il faudrait que tu interroges quelqu'un de plus qualifié que moi, pour en être sûr…
Neville.
Le lien pour Harry était limpide. Neville avait toujours ce carnet de notes qui recensait tous les enseignements de sa grand-mère à propos des coutumes des sangs-purs. Pour une fois, il bénissait la volonté de ces sorciers traditionnaliste de garder leur passé et leur histoire vivants.
- Merci, Pénélope. C'est un précieux conseil pour moi. Je vais vous laisser, mais je vous promets à tous les deux de chercher ce qui perturbe Fred et qui vous empêche de profiter de votre vie à deux. Si j'ai le moindre indice, je reviendrai vous voir.
- Je te remercie, lui dit Percy d'une vois fatiguée. Parfois j'hésite, mais souvent je voudrais retrouver la paix…
- Merci Harry. Vous serez le bienvenu, aussi souvent que vous nous préviendrez.
Harry rougit légèrement au sous-entendu : il était vrai qu'il avait enfreint toutes les règles de bienséance, ce soir. Mais si c'était une mauvaise excuse, il savait aussi que c'était uniquement dû à son état d'agitation profonde. Et le désir farouche de retrouver Luna le plus rapidement possible.
Harry emprunta la cheminée par laquelle il était arrivé et rentra dans ses appartements de Poudlard. Il était déjà 22 heures 30. Mais au point où il en était, réveiller Neville ne lui causerait pas plus d'état d'âme que réveiller Percy qui était visiblement affaibli. Il se rendit à grands pas jusqu'aux appartements de son collègue, qui lui ouvrit rapidement. Il n'était pas encore couché et, visiblement, Harry avait interrompu des corrections de copies.
Neville sentit tout de suite que quelque chose perturbait l'assistant professeur et ils s'installèrent dans le canapé aux tons orangés pour mieux discuter.
- Luna a été violemment agressée, ce soir, commença-t-il avec une grimace douloureuse. Elle a failli perdre son bébé, ajouta-t-il dans un sanglot.
- Comment ? rugit Neville. Où est-elle ?
- A l'hôpital, répondit Harry d'une petite voix.
- Je dois la voir, affirma Neville d'une voix blanche, en se levant brusquement.
- Tu ne peux pas. A l'heure qu'il est, elle dort probablement pour récupérer de l'opération.
Neville se leva, la colère tendant tous ses nerfs.
- Qui ?
- Elle ne sait pas. Il semble que ce soit les mêmes personnes qui s'en sont pris au tombeau de ma famille. J'ai l'impression que j'agace fortement quelqu'un de dangereux, même si je ne sais pas exactement ce qui m'est reproché.
- S'en prendre à Luna, c'est tellement… tellement…
Ne trouvant pas les mots pour exprimer sa rage et son angoisse, Neville donna un coup violent dans le dossier du fauteuil libre. Harry se sentit mal. Comme si c'était lui qui aurait dû recevoir le coup de Neville.
- Je suis tellement désolé, murmura-t-il. J'aurais préféré que les agresseurs s'en prennent directement à moi.
Neville tourna la tête vers son ami.
- Ne crois pas que je te tiens pour responsable, déclara Neville. Je suis sûr que Luna ne le fait pas. Ce n'est pas toi le coupable. Seuls ceux qui ont agressé Luna et celui qui a ordonné cette attaque sont coupables.
Etrangement, ces mots-là eurent plus d'effet pour alléger sa culpabilité que tout ce que Luna avait pu lui dire avant. Peut-être aussi acceptait-il moins le pardon de Luna parce qu'elle était une victime directe et qu'il ne pouvait pas faire abstraction de ses blessures. Neville s'assit en face d'Harry et lui demanda de continuer son récit. L'assistant s'ouvrit totalement à son ancien camarade de chambre et ne put empêcher une nouvelle vague de détresse, quand il raconta les mots qu'il avait échangés avec Luna, dans le bloc opératoire, ainsi que les conséquences physiques de l'agression avec lesquelles elle devrait désormais vivre.
Neville, entre ses éclats de colère intempestifs, lui prêta une épaule compatissante. Et il acquiesça quand Harry lui parla du conseil de Pénélope, pour tenter de parler à Rémus, pour obtenir son pardon et son aval.
- Cependant, précisa Neville, le rituel dont parle Pénélope a de grandes chances d'être inefficace : Rémus ne fait pas partie de tes ancêtres donc il n'apparaîtra peut-être pas à ton appel. Et il est possible qu'aucun de tes ancêtres ne soit capable de t'apporter les réponses que tu attends, s'ils viennent pendant le rituel.
Harry acquiesça et observa Neville se lever, entrer dans sa chambre et revenir avec le fameux carnet dont il lui avait déjà parlé. A l'époque, il lui avait servi à se présenter officiellement à la famille Weasley comme le fiancé de Ginny.
- J'ai peut-être un conseil qui tombe à pic, pour t'aider, précisa Neville. Dans ce carnet, tu trouveras des indications pour réaliser ce rituel – avec quelques modifications – pendant la fête de Samain, samedi prochain.
En voyant son ami froncer les sourcils, il lui expliqua ce qu'il entendait par là.
- Le rituel d'appel aux ancêtres peut être réalisé n'importe quand, où presque, dans l'année. Mais la fête de Samain pourra peut-être t'aider : c'est un moment particulier où la frontière entre notre monde et celui des morts devient particulièrement fine. Ce qu'on fête avec « Halloween », c'est ce moment de passage possible entre nos deux mondes. L'espace de quelques minutes, nous vivons théoriquement sur le même plan. Même si, dans les faits, tant qu'on n'appelle pas les morts, ils ne se montrent pas. Voilà, en tout quoi, pourquoi je pense que l'arrivée de Samain tombe à pic pour toi.
- Je vois, acquiesça Harry. Est-ce que c'est compliqué à faire, ce rituel ?
- Pas tant que ça. Par contre, le rituel draine beaucoup d'énergie magique, résultat du conflit entre la nature des défunts, qui n'ont plus de magie intrinsèque, et la tienne. Ils s'en nourrissent, ils te drainent. Sinon, pour la mise en place du rituel lui-même, je possède beaucoup des ingrédients et des encens nécessaires. Pour le reste, tu peux éventuellement demander à Snape ou à Igor. Et un peu avant minuit samedi, tu devrais pouvoir parler avec tes parents et obtenir, par eux, une réponse de Lupin.
Harry parcourut rapidement les feuillets du regard et s'informa sur le lieu de rite le plus indiqué, puisque le carnet indiquait seulement « en fonction de l'appel ».
- C'est évident, Harry, lui répondit Neville d'une voix posée. Là où tes ancêtres reposent, c'est là où ils t'entendront le plus facilement et là où ils pourront le mieux t'atteindre… Il faut donc que tu ailles au cimetière de Godric's Hollow.
Un bruit métallique leur fit relever la tête au même instant.
Devant l'âtre, un jeune elfe qu'ils n'avaient pas entendu arriver venait de faire tomber le tisonnier.
- Spip est désolé, maîtres ! Spip ne savait pas que les maîtres étaient encore debout ! Spip est très désolé ! se répandit l'elfe en se triturant les oreilles, l'air paniqué.
Harry reconnut l'elfe maladroit que Winky avait dû réprimander, quelques jours plus tôt. Il réagit comme elle l'avait fait, pour l'empêcher de se blesser inutilement.
- Spip ! Arrête immédiatement. Ramasse le tisonnier et repasse plus tard.
- Oui, maître Harry Potter ! Tout de suite, maître Harry Potter.
L'elfe disparut sans bruit et Neville regarda Harry, les sourcils froncés.
- Tu as été un peu sec, non ?
- Non, tu te trompes, répondit doucement Harry. Spip est connu pour être extrêmement maladroit chez les elfes. Si je le laisse se punir, il serait capable de se blesser trop gravement.
Neville accepta l'explication et les deux jeunes hommes discutèrent encore une bonne heure du fonctionnement du rituel, avant d'aller se coucher. L'avantage était que cette discussion leur avait permis de faire retomber la tension que l'agression de Luna avait provoquée chez eux…
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Vendredi 30 octobre, matin
Quand le conseiller se mit debout, le silence fut immédiat. Les huit jeunes gens devant lui rassemblaient six fuyards Mangemorts qu'il protégeait des inquisitions de l'équipe de Shacklebolt et Malone, ainsi que deux Aurors qui lui étaient totalement et aveuglément fidèles. Ils étaient tous soumis et obéissants, impatients du moindre mot de sa part.
- Bien. Voilà plusieurs semaines que je vous ai réunis avec l'espoir de venger la mort de notre ancien maître. Aujourd'hui, je viens d'apprendre que les conditions que nous attendions seront réunies demain. Ensemble, nous devons absolument lutter contre la déliquescence de notre pouvoir et de nos traditions. Nous allons reprendre en main notre destin !
Les corps tressaillant et fébriles de son équipe trahissaient leur impatience à lui obéir et à voir, enfin, l'avènement de leurs valeurs. Quels naïfs !
- Vous, reprit-il en désignant les deux Aurors, vous allez vous assurer de supprimer toutes les détections magiques placées sur la ville – et surtout sur le cimetière – de Godric's Hollow. Arrangez-vous également pour glisser dès aujourd'hui les faux indices que je vous ai fournis à l'équipe d'enquêteurs sur les Mangemorts. Je veux que Shacklebolt et Malone soient le plus loin possible de nos affaires.
Les deux Aurors acquiescèrent.
- Vous, fit-il en se tournant vers les anciens Mangemorts, vous allez préparer le terrain et installer le matériel pour la bulle d'emprisonnement. Et vous vous placerez stratégiquement dès demain matin autour du tombeau Potter. Attention ! L'homme est méfiant et agile. Vous ne devez vous montrer qu'une fois la bulle infranchissable. Et surtout, vous devez l'empêcher de mener le rituel à bien. Si les morts s'en mêlent, vous pourriez avoir des problèmes pour vous débarrasser de lui.
Avec sérieux et une détermination sans faille, les hommes se redressèrent dans un semblant de salut militaire. L'ancien conseiller de Voldemort laissa un sourire satisfait étirer ses lèvres.
- Demain… déclara-t-il plus pour lui-même que pour son équipe. Demain, Harry Potter doit mourir.
J'espère que vous avez très envie d'avoir la suite, maintenant ^^ Merci d'avoir lu et à bientôt !
Lena.
