Bonjour à tous. Pardon pour mon retard. Voici la dernière partie du chapitre 9 consacré aux mystères de la Palestine. J'espère vivement qu'il vous plaira ! Je vous remercie en tout cas pour tous vos commentaires et je souhaite la bienvenue à tous ceux qui m'ont récemment mise en alerte ou en histoires favorites !
Merci à Wyny, ma correctrice bien-aimée ^^
RAR anonymes : Merci à Loc, Sherlock, Arty et Marie la petite pour vos commentaires. Marie la Petite, tu auras ta réponse sur les agresseurs dans ce chapitre. Pour le fait que monsieur X soit au courant de l'intention d'Harry, il y a forcément quelqu'un qui lui a dit. Qui savait ? En tout cas, n'hésitez pas à vous inscrire sur le site pour bénéficier de ses avantages et de réponses plus développées ^^
Résumé de l'épisode précédent :
Monsieur X envoie son homme de main libérer la deuxième personnalité de Philippe – Juez – pour garder un œil sur Draco. Mais la situation lui échappe : Juez tente de tuer Draco, qui se défend bien, et la directrice du Palais ne le sauve qu'à la dernière seconde.
Harry Potter rencontre Bernard Bradford – ou Bernard d'Arimathie – qui dirige l'Organisation. Cette dernière est vouée à chercher le Livre dont parlait le parchemin d'Harry, ainsi que le fils de père incertain. Mais Harry n'a pas le temps de poser plus de questions : il est appelé en urgence à Sainte Mangouste.
Luna Lovegood a été agressée et demande à Harry d'être le parrain de son fils. Il accepte avec difficulté. Le bébé et la maman sont sauf, mais au prix d'une mutilation de Luna. Harry a besoin d'être en paix avec sa conscience de parrain et demande conseil à Percy, Pénélope puis Neville pour contacter Rémus et Tonks et obtenir leur pardon.
Pendant ce temps, Nott échappe aux Aurors et Monsieur X prépare un attentat sur la personne d'Harry Potter.
Chapitre 9 : Au cœur de la Palestine
Partie 5 : Fantôme d'Halloween
Vendredi 30 octobre, 10 heures
Draco était assis sur un petit banc, dans le couloir menant à la salle des professeurs. Avec une certaine anxiété, il attendait qu'on l'appelle pour donner sa version des faits qui s'étaient déroulés la veille.
Il avait passé tout l'après-midi dans les vapes, la veille, sous l'effet des sorts de soin et des potions régénératrices de sang. Si la réparation de ses fractures n'avait pas pris beaucoup de temps au professeur d'Anatomie Annabella Sweets, la douleur provoquée par ses muscles froissés avait persisté plusieurs heures. Les tissus mous mettaient toujours plus de temps à se remettre d'une blessure…
Le soir, Ramon, Jil et les jumelles étaient passés le voir, après le repas. Ramon et sa petite amie voulaient surtout savoir comment il allait. Les jumelles étaient, elles, venues pour lui raconter ce qui s'était produit en son absence. Apparemment, le professeur Asuya avait dû recourir à une forme de légilimencie pour obtenir des réponses claires et sensées de la part de Philippe Piéfort.
Et les jumelles avaient appris – il ne tenait pas à savoir comment – que Philippe était un schizophrène suivi de près par la psychomage, et qu'apparemment, la deuxième personnalité avait totalement pris le dessus sur Philippe. D'une certaine manière, ce dernier n'existait plus. Draco avait lui-même deviné qu'il se passait quelque chose de ce genre, quand Philippe s'était auto-nommé Juez.
Mais quand même… Etre attaqué par un schizophrène, ce n'était pas courant.
Lina avait aussi appris que Philippe avait été en contact avec un mystérieux sorcier aux portes du Palais, avant de venir l'agresser. Suite à l'investigation de Kimi Asuya, le professeur Sweets avait découvert que les problèmes de flux au niveau du cerveau de son étudiant provenaient d'une manipulation de ses souvenirs et de sa psyché, et non pas d'un quelconque stress dû aux tensions entre étudiants.
Comme elle l'avait expliqué à ses collègues, elle n'avait pas pensé à investiguer dans ce sens. Comme dans la plupart des disciplines magiques, le bon sens voulait qu'en entendant des bruits de sabots, on pense d'abord à un cheval avant de penser à une licorne. Draco en convenait également.
Quelque part, ça l'avait bien arrangé que le professeur d'Anatomie n'ait pas cherché plus loin. Si elle avait immédiatement découvert la manipulation de la psyché de Philippe, elle aurait tout de suite pu remonter jusqu'aux jumelles. Draco savait qu'elles avaient manipulé lourdement les souvenirs de Philippe pour qu'il oublie les pouvoirs qu'elles avaient montrés en venant le secourir. En l'occurrence, tout le monde attribuait l'esprit dérangé de l'étudiant aux manipulations de l'homme inconnu aux grilles du Palais.
Mais maintenant, assis sur son banc de bois, Draco ne pouvait s'empêcher de stresser. Parce qu'il se doutait que le professeur avait continué ses investigations aussi loin que possible. Et il avait peur que les enseignants ne soient finalement tombés sur les manipulations des jumelles. Cela pouvait valoir leur renvoi du Palais.
Les deux jeunes femmes ne craignaient pas de devoir partir. Elles avaient des connaissances déjà très larges de la magie et – même si la magie verte était un domaine qu'elles ne maîtrisaient pas encore – elles ne regretteraient pas de devoir interrompre leur scolarité.
Draco leur avait demandé de l'aide pour cacher temporairement ses souvenirs aux investigations des professeurs. Parce que si les deux jeunes femmes n'étaient pas inquiètes de devoir retourner en France, chez leurs parents, lui était inquiet de voir potentiellement ses protectrices et amies partir au loin. Et si la psychomage utilisait la légilimencie sur lui, il ne saurait pas résister et garder le secret des jumelles. Il préférait qu'elles manipulent un peu sa mémoire.
Mais elles avaient refusé.
« Ecraser tes souvenirs des événements risque de les endommager à jamais. Nous ne sommes pas sûres de pouvoir te les rendre, » avait expliqué Lina.
« Par ailleurs, les professeurs réagiront immédiatement, s'ils ont l'impression que ton esprit aussi a été manipulé. Et cette fois, s'ils remontent jusqu'à nous, nous n'aurons plus d'excuse, » avait conclu Aline.
Puis les jumelles l'avaient taquiné à propos de sa toute nouvelle affection envers elles. Il avait « subi » les moqueries sans méchanceté de Lina et les plaisanteries d'Aline. Sans broncher. Il était conscient qu'elles avaient sincèrement apprécié son inquiétude et il commençait – effectivement – à s'attacher aux deux jeunes femmes. Ils s'étaient quittés un peu plus détendus.
Ce n'était plus le cas désormais, alors qu'il attendait une confrontation dont il ne parvenait pas à identifier clairement les buts ou les résultats possibles.
- Monsieur Malfoy ? l'appela le professeur Lemaire depuis la porte de la salle des professeurs. Vous pouvez entrer.
Draco eut l'impression d'être très lourd, quand il se leva du banc. Et chaque pas était plus difficile que le précédent, parce que son inquiétude grandissait. Il passa finalement la porte après ce qui lui parut des heures et il entendit distinctement la porte se fermer derrière lui. Dans la salle, la plupart des professeurs étaient assis en retrait. Annabella Sweets, Kimi Asuya et son professeur principal Clothilde Lemaire semblaient plutôt prêtes à lui sauter dessus.
- Bonjour, monsieur Malfoy, l'accueillit la psychomage avec une certaine froideur qu'il n'avait pas coutume de voir chez elle. Comment vous remettez-vous ?
Draco jeta un œil au professeur d'Anatomie.
- Bien. J'ai encore quelques douleurs aux poignets, mais je vais bien.
Il ne savait pas par quel processus étrange ses poignets s'étaient mis à saigner la veille, mais ils restaient comme… raidis, et sa magie sans baguette ne répondait pas aussi bien que les jours précédents. D'après les jumelles, à qui il s'en était ouvert la veille, c'était normal. Avec le peu d'entraînements qu'ils avaient eu ensemble, et avec la pulvérisation de son bouclier instinctif par le sort explosif, sa magie avait été malmenée et ses poignets avec…
- Cela devrait aller mieux dans quelques jours, l'assura le professeur Sweets.
- Vous pouvez vous asseoir, l'invita Clothilde Lemaire.
Draco obéit et son professeur principal s'installa au milieu de ses autres collègues. Le professeur Sweets s'avança vers lui et reprit la parole.
- Nous avons appris, hier après-midi, que votre camarade Philippe Piéfort avait subi une altération de son esprit, par manipulation de ses flux. Nous vous avons laissé le temps de récupérer, suite à votre agression et au choc que vous avez subi, mais nous aimerions aujourd'hui vérifier si le même phénomène n'est pas à l'origine de vos problèmes de flux internes. Le voulez-vous ?
Draco ne put cacher sa surprise. Il savait déjà pour cette manipulation, mais il s'attendait à être interrogé dessus justement. Pas à être examiné à son tour. D'autant plus qu'il était plus qu'hautement improbable que qui que ce soit ait manipulé magiquement son esprit sans qu'il s'en aperçoive.
- Oui, confirma la psychomage en se méprenant sur l'origine de sa surprise, c'est peut-être étonnant, mais c'est bien ce qui est arrivé à votre camarade. Pouvons-nous vous examiner, alors ?
Toujours un peu inquiet qu'on utilise la légilimencie sur lui, Draco accepta néanmoins. Le professeur Sweets lui demanda de s'asseoir le plus confortablement possible et lui confia une potion de demi-sommeil. Il la but et elle lança sur lui le sortilège qui permettait une projection du schéma de ses flux, comme elle l'avait fait lors de son tout premier examen. Les professeurs autour d'eux examinèrent attentivement la projection, pour chercher avec elle l'origine de ses difficultés.
Comme dans un rêve un peu flou, Draco devina les silhouettes bouger un peu partout autour de lui et échanger des paroles qu'il ne parvenait pas à comprendre, malgré ses efforts. Un peu plus d'une heure plus tard, quand il reprit totalement conscience de son environnement, il s'inquiéta du nombre de sourcils froncés.
- Nous sommes désolés, lui dit le professeur Sweets, mais nous n'avons pas trouvé l'origine du problème de vos flux. Vous n'avez apparemment subi aucune altération magique de votre esprit.
Draco acquiesça : ce n'était pas comme s'il en avait douté.
- Dans ce cas, nous pouvons vous demander sans crainte ce qui s'est passé hier, dit à son tour Clothilde Lemaire.
Alors que Kimi, dont les dons en légilimencie n'allaient pas être sollicités, s'éloignait, Draco retint un sourire soulagé. Les jumelles ne risquaient rien. Draco raconta dans les moindres détails la confrontation de la veille. Il passa simplement sous silence le fait que c'était la deuxième fois que Philippe l'agressait et laissant entendre que sa réaction rapide à la menace venait de son expérience de la guerre, en Angleterre.
Personne n'avait besoin de savoir qu'il n'avait jamais vraiment pris part à une bataille ou à un raid, et que les rares fois où il avait usé de la baguette, c'était sous la menace de sa tante complètement folle.
- Je vois. Cela confirme ce que nous avons cru voir dans les souvenirs de Philippe Piéfort, déclara distraitement le professeur Oscar Twitter, qui semblait plongé dans ses pensées.
Draco comprit derrière les mots que l'esprit de Philippe avait dû être sérieusement endommagé, au point de rendre ses souvenirs flous et chaotiques…
- Nous avons décidé de le placer dans un centre de soin spécialisé, en accord avec son père, l'informa Clothilde Lemaire. Vous ne risquez donc plus d'être agressé au Palais. Cependant, toute l'équipe et moi-même sommes désolés de n'avoir pas identifié la menace. Les conséquences auraient pu être terribles et c'est de notre responsabilité de protéger les étudiants.
Draco constata que la plupart des professeurs semblaient fâchés, même s'il savait que cette colère n'était pas dirigée contre lui mais contre eux-mêmes. Au-delà de l'analyse de ses flux chaotiques, il comprit mieux la raison de cette réunion, qui faisait manquer les cours aux étudiants. L'agression était suffisamment sérieuse pour qu'ils s'inquiètent et, si son esprit avait été manipulé, ils auraient tous été présents pour décider de la marche à suivre. D'une certaine manière, c'était réellement rassurant.
- Aussi, quoi qu'en dise notre doyenne, nous avons tous décidé de garder un œil vigilant sur les rumeurs qui courent sur votre compte. Si vous vous sentez de nouveau menacé, n'hésitez pas à en parler au professeur Asuya…
Draco lança un regard hostile à la psychomage, qui resta totalement stoïque.
- … ou à moi-même, termina Clothilde en ayant capté ce regard.
- Nous ferons une annonce à propos de cette décision lors du repas de ce midi, ajouta le professeur Twitter en reprenant apparemment ses esprits. Car, précisa-t-il, il n'est pas question de laisser la situation s'envenimer ou permettre qu'une telle chose arrive de nouveau.
Draco les remercia et fut renvoyé dans sa chambre pour se reposer, le reste de la journée.
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Samedi 31 octobre, vers 16 heures 30
- Alors ? Comment ça s'est passé ? demanda Ramon à Draco, en le voyant arriver dans la salle encadré par les jumelles Lenain.
- Comme tu as dû l'entendre hier, répondit Draco d'une voix un peu lasse, Philippe a été envoyé à l'hôpital et j'ai été libéré pour récupérer.
- Je suis content que tu viennes nous aider, déclara Ramon en montrant d'un geste de la main les préparatifs en cours. C'est bien plus amusant de préparer une fête tous ensemble, avant de profiter d'un bon moment de détente. Après tes deux jours d'absence, j'avais peur que tu ne puisses pas profiter d'Halloween avec nous.
- C'est ton idée de fêter Halloween ? demanda Aline avec curiosité, en regardant partout autour d'elle.
- Oui. Quitte à être aux Etats-Unis, autant s'adapter à leurs coutumes drôles et sympas ! lança Ramon avec enthousiasme.
- En Angleterre, ce n'est pas censé être une fête drôle, fit remarquer Draco.
Il suivit distraitement des yeux un groupe d'étudiants qui sortait de la salle, probablement à la recherche d'un peu plus d'éléments de décoration.
- J'ai trouvé un vieux rouleau de parchemin dans le dépôt ! s'exclama Stefanie Caruso en se ruant dans la salle.
Au passage, la jeune fille bouscula l'un de ses camarades qui grogna.
- Pardon, s'excusa-t-elle rapidement avant de se précipiter vers Ramon. Regarde, le professeur Jansson a dit qu'on pouvait l'utiliser à notre guise !
- Génial ! s'exclama Ramon avec enthousiasme. C'est tout ce qu'il me manquait pour métamorphoser des chauves-souris !
Draco et Lina haussèrent les sourcils, en observant Ramon découper des formes grossières à l'aide de sa baguette. Il fut bientôt imité par Aline. Stefanie s'approcha de Draco.
- Je suis désolée, pour ton agression de jeudi. Je ne m'en sens pas responsable, mais je regrette d'avoir cru que c'était toi, l'étudiant dangereux. Je pense que si ma mère - ou mon frère - avait été menacé, j'aurais fait pareil que toi et Ramon. J'aurais tout fait pour les protéger. Alors… voilà, je tenais à te le dire : je suis désolée.
- Ah. Euh… merci, bafouilla Draco, ne sachant pas très bien ce qu'il devait répondre à une pareille déclaration.
Il observa ensuite la jeune femme rejoindre Jil, qui s'amusait à répandre des toiles d'araignées un peu partout dans la pièce. Draco frissonna et détourna le regard : plus loin, deux étudiants recouvraient les fauteuils et les tables de la salle de repos avec de grandes pièces de tissu noir. Probablement des couvertures ou des draps métamorphosés par leurs soins.
- L'année dernière, commenta Lina d'un ton plat, on n'avait pas fêté Halloween. Les professeurs n'ont jamais rien organisé : nous sommes bien trop âgés pour ce genre de choses. Mais je pense que c'est une bonne idée de fêter ça, cette année. Ramon cherche à rassembler tout le monde pour dédramatiser les derniers événements. Son atout, c'est d'être écouté, suivi et respecté par une grande partie des premières années. Il a cette personnalité ouverte et spéciale qui fait qu'il attire les autres.
Draco songea immédiatement à un autre sorcier, qui attirait le regard et l'admiration des autres. Harry Potter était de ceux qui organisaient ce genre d'événements pour rassembler tous ses amis. Cependant, choisir Halloween entre toutes les fêtes… il ne pouvait s'empêcher de trouver ça bizarre.
- Je ne vois pas en quoi la fête des morts va dédramatiser les choses, souffla-t-il finalement à la jeune femme. C'est sinistre.
- Au contraire, lui répondit Lina. Je sais que Ramon a prévu plein de farces et de mises en scène grotesques pour tourner la peur des élèves en dérision. Le rire est le meilleur remède contre la peur. Toujours.
- Comme avec les épouvantards, glissa le jeune homme avec compréhension.
- Exactement, approuva Lina en souriant.
Draco resta silencieux quelques instants, observant ses camarades et leur bonne volonté pour préparer la soirée. Bientôt, Ramon montra à Aline et Nestor – un Rossisaule venu les aider – comment ensorceler les formes de parchemin pour créer des chauves-souris réalistes. Il était doué. Quelques uns des faux animaux voletèrent au plafond, les autres préférant tout simplement se pendre aux rideaux noirs qui cachaient les fenêtres pour empêcher la lumière de passer.
Quand Jil et deux autres étudiants lancèrent des sorts de lumière orangée pour créer des effets d'ombre dans la pièce, le sorcier blond apprécia l'ambiance. Il ne savait pas comment Ramon et sa petite amie étaient parvenus à la rendre à la fois sombre et chaleureuse. Il se tourna vers Lina.
- Je crois que je vais aider, moi aussi.
Elle lui fit un sourire chaleureux, contente qu'il se décide à participer. Car si Ramon ne l'avait pas dit clairement, elle avait compris que c'était ce que le Sud-Américain attendait de son ami. Elle n'était pas idiote : en tant qu'empathe, il avait sans doute compris qu'en se mêlant aux autres, Draco serait mieux vu.
- Alors moi aussi, répondit-elle.
Contrairement aux premières années comme Ramon, Jil ou Stefanie, les jumelles étaient presque totalement sevrées de leur baguette. L'année suivante, elles n'utiliseraient plus que leurs mains pour pratiquer la magie verte. Bien sûr, elles avaient bien l'intention de garder leur baguette : leur maîtrise respective de la magie blanche et de la magie noire nécessitait cet outil pour être efficace. Mais globalement, elles avaient – grâce à la magie verte – de plus en plus de facilité à travailler sans baguette.
- Letus Corpus Animandi, marmonna Aline en visant un angle de la salle.
Bientôt, une silhouette un peu fantomatique de mort-vivant fit son apparition. Plusieurs élèves crièrent de peur et Draco lui-même retint une grimace dégoutée.
- Lina, vraiment ! s'exclama Aline avec un ton de reproche.
La sorcière en question se contenta d'un sourire supérieur et moqueur.
L'espèce de cadavre avançait lentement dans la pièce, restant le plus possible dans les ombres, et il laissait derrière lui des morceaux de vêtement ou de chair – personne n'avait envie de vérifier de plus près – qui disparaissaient après quelques secondes.
- C'est répugnant, glissa Draco à sa gardienne.
Lina eut l'air de le prendre comme un compliment.
- C'est fantastique ! s'exclama Jil en suivant le corps décharné des yeux. J'étais déjà impressionnée par les talents de métamorphose de Ramon, mais là… c'est proprement hallucinant !
- C'est pas propre du tout, grogna Aline en secouant la tête.
Tout le monde ou presque avait les yeux fixés sur la chose remuante. Aussi, tout d'abord, personne ne prit garde aux quatre silhouettes encapuchonnées qui entrèrent discrètement dans la salle.
- Que personne ne bouge ! s'exclama l'une des silhouettes d'une voix profonde et grave. Tremble, Malfoy !
Les étudiants se tournèrent vers la silhouette qui venait de parler. La plupart d'entre eux froncèrent les sourcils, se demandant en quoi les nouveaux arrivants avaient voulu se déguiser. Draco, lui, écarquilla les yeux de surprise. Quatre imbéciles avaient décidé de se déguiser en Mangemorts !
Qu'espéraient-ils ? Lui faire peur pour Halloween ? Mais les Mangemorts n'étaient pas effrayants seulement parce qu'ils portaient un costume. Ils avaient aussi une aura malfaisante et menaçante qui ne pouvait laisser personne indifférent. Habillés comme ils l'étaient, les quatre étudiants avaient plus l'air stupide qu'effrayant.
Alors qu'il allait leur faire entendre sa façon de penser, Draco haleta. Il avait la tête qui tournait. Il eut l'impression qu'il était pris au milieu d'un tourbillon et qu'il se dédoublait. Merlin ! Il reconnaissait cette sensation, exactement la même que lors de sa première vision en cours de Littérature. Les mêmes sensations que son livre doré décrivait pour les visions du présent.
- Potter ! s'exclama-t-il d'une voix qui sonnait étrangement étouffée à ses oreilles.
Il ne vit pas Jil se précipiter sur le meneur pour le frapper avec son petit poing inoffensif, en colère, persuadée que son malaise était dû à un mauvais souvenir. Il n'eut pas la sensation de tomber en arrière ni d'être rattrapé par Lina, qui avait compris que la magie du rêveur entrait en action. Il n'eut pas conscience que la jeune femme, avec l'aide de sa sœur, le trainait hors de la salle, loin des quatre perturbateurs. Et que ces quatre perturbateurs, gênés et honteux, étaient en train de se faire vertement sermonner par Ramon.
La seule chose dont il eut conscience, à cet instant, fut son double. Et le sentiment d'être projeté en avant, projeté en un éclair à travers l'océan qui le séparait de l'Angleterre. C'était définitivement un sentiment de déjà-vu et Draco paniqua. Parce que dans sa première vision, il avait vu Potter se faire assassiner.
Potter allait mourir et Draco n'était pas certain de ce qu'il ressentait, hormis une peur inexplicable et viscérale.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Samedi 31 octobre, vers 11 heures 30, Godric's Hollow
Harry avait tout préparé pour le rituel. Il avait acheté les encens qui manquaient à Neville, qui lui avait confié une étrange plante tordue de la serre de l'école pour disposer des amulettes de famille récupérées dans son coffre…
Il avait tracé, devant la tombe de ses parents – dont le cerf protecteur était désormais accompagné par une biche à l'air alerte – une « porte » pour faciliter le passage et la discussion avec ses ancêtres. Une porte qui n'était rien d'autre qu'une étoile de cendres fines, qu'il avait tracée à l'aide d'un patron disponible dans l'Allée des Embrumes.
Il ne lui restait plus qu'à attendre un bon quart d'heure pour commencer l'incantation. C'était une forme de chant, un appel qui comportait ses doléances et ses questions et qui durerait jusqu'à minuit. A cette heure fatidique, s'il n'avait pas fait d'erreur lors du chant, il pourrait peut-être voir ses ancêtres et – il l'espérait – obtenir par leur bouche le pardon de Rémus et Tonks.
En attendant que vienne le bon moment, il se perdit dans la contemplation des statues et dans son désir de revoir – une fois encore – ses parents.
C'est à ce moment-là que Draco – ou tout du moins son esprit – parvint dans le cimetière de Godric's Hollow. Presque en face de Potter. Il fit un bond en arrière, surpris et effrayé, mais son ancien ennemi ne semblait pas le voir du tout.
- Potter, fit-il avec ce ton supérieur qu'il avait pourtant abandonné au Palais, tu es un inconscient !
Toujours pas de réaction. Draco secoua la tête. Apparemment, Potter ne pouvait pas non plus l'entendre. Sans attendre, il chercha autour de lui les signes de la présence de Mangemorts, comme il l'avait vu dans sa première vision. La seule différence pour le moment était la présence de deux statues animales sur les tombes de la famille Potter.
Draco se précipita entre les stèles, avançant vers l'une des extrémités du cimetière, jusqu'à tomber sur deux Mangemorts accroupis devant une rune. Il eut un violent sursaut avant de comprendre que si Potter ne le voyait pas, les Mangemorts ne le pouvaient pas non plus.
Il ne risquait rien pour le moment.
- Alors, ça vient, oui ou non ? chuchota l'un d'eux, visiblement agacé.
- C'est pas l'heure, grogna le deuxième. Potter doit commencer le chant avant qu'on mette en place le bouclier. Si on le met trop tôt, il n'y aura aucune perturbation dans le rituel d'appel. Le boss a bien dit si on mettait la barrière trop tôt ou trop tard, le chant aboutirait. Et si Potter obtient l'aide des morts, on ne s'en sortira pas. Donc… on attend, on perturbe et on attaque.
- Moi, je trouve plus simple qu'on aille l'abattre maintenant, tant qu'il a le dos tourné. Il n'a aucune chance, râla le premier.
- Imbécile, siffla méchamment son compagnon. Si le Lord n'est jamais parvenu à lui lancer le sortilège de mort, ce n'est pas toi qui réussiras. Potter est un foutu chançard. Il vaut mieux s'y mettre tous ensemble.
- Tu ne m'empêcheras pas de trouver ça bancal. L'action apporte de meilleurs résultats que toutes ces planifications idiotes.
- Parce que tu veux voir les Aurors débarquer en masse ? Tu sais bien que le coin est bourré de sortilèges de détection ! Si on lance l'Avada sans avoir placé le bouclier de protection, on fera sonner toutes les alarmes et on sera morts avant d'avoir pu comprendre ce qui se passait !
- C'est bon, c'est bon. J'attends, dit le Mangemort pressé en détournant le regard, morose.
Draco lui, avait compris trois choses. D'abord Potter s'intéressait à l'un des plus anciens rituels magiques Sang-pur. Il ne s'y serait pas attendu. Ensuite, quelqu'un – un « boss » – avait repris avec succès le contrôle des Mangemorts. C'était plus qu'inquiétant. Enfin, ceux qui étaient devant lui étaient particulièrement décidés à remplir leur mission. Tuer Harry Potter.
Et lui, il était invisible, un simple esprit au milieu des tombes. Un esprit inefficace et au bord de la panique. Draco passa à nouveau à côté d'Harry et tenta de manifester sa présence en le secouant. Mais il traversait son pire ennemi avec encore moins d'effet qu'un fantôme… De plus en plus effrayé, il s'avança vers un autre coin du cimetière, à l'opposé des précédents Mangemorts.
Et il tomba sur un autre tueur, seul et calme, le regard fixé sur l'horloge du clocher juste à côté. Il patientait à côté d'une rune prête à être activée. La même rune que précédemment, celle d'un bouclier de magie noire puissant.
Draco trembla.
Que ferait-il si Potter était tué ce soir ? Qu'adviendrait-il de lui, si celui qui avait la maîtrise de sa magie disparaissait ? Il serait peut-être libre. Ou alors, sa dette l'obligerait à accompagner Potter dans l'au-delà. Ou échanger leurs vies pour que son « maître » puisse continuer à vivre… Il ne pouvait pas savoir et s'il était honnête avec lui-même… Il n'avait pas très envie de savoir…
Potter était insupportable et parfois cruel. Souvent idiot. Mais… Draco voulait absolument agir. Pas seulement parce que Potter était son maître. Pour lui-même également. Il recommençait à avoir des amis, de l'espoir. Il apprenait à maîtriser sa magie – pour une fois qu'il était réellement doué dans un domaine. Il pouvait avoir un avenir. Alors Potter devait, lui aussi, avoir un avenir.
Il revint une fois de plus vers son ancien ennemi, l'esprit tournant à cent à l'heure. Que pouvait-il faire pour l'aider ? Il n'était qu'un esprit et il ne pouvait agir ni physiquement, ni mentalement : Potter lui était totalement hermétique.
Draco porta inconsciemment son ongle à sa bouche. Peu importait qu'il ne soit pas réellement là, il avait dramatiquement besoin de faire quelque chose pour apaiser sa tension.
Soudain, à ses côtés, Harry se mit à réciter la formule d'appel avec un parchemin déroulé devant les yeux. Au besoin, il modulait sa voix chaude, comme s'il chantait. Avec un sentiment d'horreur et d'impuissance grandissant, Draco vit le bouclier des Mangemorts se former peu à peu dans les airs. Comment cet idiot de Gryffondor pouvait-il louper ça ? Certes, le dôme était translucide et Potter se concentrait sur son parchemin, mais… Par Mordred ! Il allait mourir stupidement !
Il voulait voir ses ancêtres ? Il allait les rejoindre plus vite qu'il ne s'y attendait, si ça continuait ainsi.
- Potter ! cria-t-il à son oreille. Potter, bon sang, écoute-moi ! Potter ! Bouge tes fesses.
Mais le sorcier brun ne réagit pas à sa voix. Plutôt au mouvement de tête des deux statues ornant les tombes de ses parents, comme si les deux animaux s'animaient et s'intéressaient à lui.
Potter parut enchanté et plein d'espoir, mais Draco gémit de frustration : l'imbécile était totalement absorbé dans son appel et le mouvement des statues. Le sorcier blond leva les yeux vers le ciel : le dôme serait bientôt complet et Potter serait perdu !
- Potter, réveille-toi, souffla Draco dans ce qui ressemblait plus à un sanglot inquiet qu'à un cri de colère.
Il fit plusieurs allers et retours en traversant le corps de Potter, lui rentrant dedans violemment, guidé par la peur et l'espoir de le faire réagir d'une façon ou d'une autre. Rien.
- Potter ! Triple imbécile de Gryffondor ! Tu vas te faire tuer !
Il lança un regard désespéré au dôme. Deux secondes et il serait complet. Une.
- Non ! hurla-t-il. A l'aide !
A l'aide ! Mais qui pouvait l'aider ? Ses gardiennes étaient au Palais, de l'autre côté de l'Atlantique. Et il ne savait pas si un autre de ses gardiens était suffisamment proche pour entendre sa détresse.
Il tourna frénétiquement sur lui-même, cherchant désespérément une solution.
Quand son regard se posa sur l'encens brûlant du rituel.
L'encens, dans la nuit, lui rappela le jour où il avait aidé Igor à soigner son parrain.
Igor ! Il devait amener Igor ici. Dans une de ses lettres, à la fin de l'été et alors qu'il tentait d'apaiser ses angoisses à propos des épreuves d'entrée au Palais, Igor lui avait dit qu'il serait un jour capable de l'atteindre psychiquement et de dialoguer avec lui par l'esprit. Peut-être… Peut-être y avait-il encore un espoir ? Peut-être y arriverait-il ce soir ?
Peut-être aussi que quelqu'un d'autre l'entendrait et pourrait l'aider ?
Alors Draco hurla, appelant le médicomage à l'aide de toutes ses forces. La mort rodait, bien trop proche d'eux. Il la sentait comme il ne l'avait jamais sentie.
SSIMSSIMSSIMSSIMSSIMSSIMSS
Samedi 31 octobre, vers 11 heures 40, Grande Salle de Poudlard
Snape renifla en observant un couple de sixièmes années danser langoureusement sur de la musique douce. Il était habillé en Vampire et elle en Gorgone. Quelle originalité… Il repoussa hargneusement la citrouille évidée qui trônait sur la table des professeurs, dont la bougie ne brûlait plus qu'à peine.
- Rappelle-moi pourquoi j'ai accepté de surveiller cette stupide fête étudiante… grogna-t-il en direction de son voisin.
Igor eut un petit rire rauque.
- Pour être exempté de surveillance pour les fêtes de fin d'année, répondit-il aimablement.
Snape grogna et tourna de nouveau son regard vers les étudiants. Ils n'étaient pas si nombreux à danser. Ces adolescents immatures s'étaient empiffrés pendant le banquet spécial et ils étaient à moitié comateux.
- J'espère qu'on n'a jamais été aussi pathétiques quand on était jeunes, marmonna Snape pour lui-même.
Certains se jetaient des regards plein d'espoir sans faire le moindre geste, d'autres restaient affalés sur leurs bancs en attendant la « surprise » de minuit, promise par la directrice au début de la soirée. Il était sûr et certain qu'il s'agissait d'une suggestion farfelue de l'ancien directeur Dumbledore. Minerva n'aimait pas les fêtes.
Tout comme lui.
- Est-ce que tu te rends compte que les étudiants vont encore penser que je suis une vieille chauve-souris attirée par l'obscurité, le mal et la mort, grogna encore Snape. Déjà qu'on me prend pour un vampire… Si en plus je ne surveille qu'Halloween…
Igor haussa les épaules. Maître Snape râlait pour râler, mais il avait l'habitude de son caractère bougon. Et il ne pouvait s'empêcher de trouver tout ça très divertissant. Il se servit un verre de Whisky pur Feu, qui restait définitivement la meilleure boisson de ce pays, et en servit un à son mentor.
Il leva son verre et maître Snape l'imita avec un air sinistre, avant d'avaler une longue rasade du liquide hautement alcoolisé. Deux autres chansons interminables passèrent et leurs verres se vidèrent trois fois.
- Si ce cauchemar continue encore longtemps, je suis bon pour un mal de crâne intense demain matin.
- On s'habitue, glissa Igor avec une certaine espièglerie.
- Ne crois pas que tu peux m'enterrer ! grogna Snape avec un regard noir. Je reste celui qui a le plus d'expérience dans ce domaine.
- Je pense que votre autre collègue, là-bas, est celle qui a le plus d'expérience, s'amusa Igor en remplissant à nouveau leurs verres. Je ne l'ai jamais vue sobre, jusqu'ici. Et pourtant, elle tient debout.
- Sybille est un cas à part. Et ce n'est pas ma collègue, grogna une nouvelle fois Snape.
Il était peut-être un mauvais enseignant, mais Trelawney était bien pire que lui. Il ne fallait pas le mettre dans le même panier, non plus…
Le professeur de potion leva son verre en direction d'Igor et voulut trinquer. Mais alors que leurs verres étaient sur le point de s'entrechoquer, Igor laissa échapper le sien en poussant un grognement de douleur. Il porta immédiatement ses mains à ses oreilles, alors que dans la salle, un cri attira l'attention des élèves.
Snape, l'esprit alerte malgré ses quelques verres, fit disparaître le verre brisé d'Igor et son contenu répandu sur la nappe, et porta son attention vers la source de cri. Anna O'Brien, la perturbatrice en chef des Poufsouffles, se tenait la tête à deux mains comme Igor le faisait.
Mauvais signe.
Anna et Igor étaient des portes – ou des Gardiens, comme le médicomage s'était nommé la dernière fois qu'ils en avaient parlé – et s'ils réagissaient en même temps, c'était forcément que son filleul avait des problèmes.
- Dis-moi, exigea-t-il de la part d'Igor.
- Pas le temps. C'est urgent, répondit Igor en se levant brusquement et en traversant la salle en direction d'Anna, qui venait de courir à l'extérieur.
Snape le suivit, absolument pas satisfait de sa réponse, et le vit rejoindre la jeune femme à l'extérieur. Avant de s'approcher à son tour, il vérifia que Trelawney était toujours à son poste. Elle l'était. Bien. Pour une fois, il allait devoir la laisser seule à surveiller toute une bande d'étudiants… Eh bien il n'avait pas le choix. Pas si son filleul avait des ennuis.
- Non ! s'exclama Igor. Vous. Restez. Là, ordonna fermement le médicomage à la jeune Anna, qui parut blessée d'être vouvoyée.
- Mais le rêveur a besoin de moi, fit la voix paniquée de la sorcière. J'ai ressenti son besoin ! C'est une question de vie ou de mort.
- Pas question que vous veniez. Pas maintenant. Vous n'êtes pas prête. Je m'en occupe, promis !
- Je… D'accord, capitula la voix tremblante de la jeune femme.
Snape lui jeta un regard au moment où Igor se mettait à courir vers le portail de l'école : il avait bien fait de lui ordonner de rester. Elle n'était pas encore capable de se battre. Elle était trop jeune, trop inexpérimentée et sur le point de fondre en larmes. C'était une notion qui n'était pas naturelle pour elle. Fidèle, certes, mais Poufsouffle… Les Pouflsouffles n'étaient tout simplement pas fait pour la haine.
Snape sortit sa baguette et courut pour rattraper Igor, qu'il parvint finalement à saisir par le poignet.
- Je n'ai pas le temps, dit Igor en voulant se dégager.
- Ne t'avises même pas de partir sans moi si mon filleul a des ennuis, répondit fermement le potionniste.
- Bien. Mais je ne sais pas où nous allons atterrir, le prévint Igor en passant la grille. L'appel provient du sol anglais et aux dernières nouvelles, le rêveur était aux Etats-Unis.
- Il ne peut pas être ici ! confirma Severus. En tant que banni, il aurait immédiatement fait sonner les alarmes de surveillance du ministère. Es-tu sûr que ton « appel » vient de lui ?
- Parfaitement ! Alors prudence, recommanda Igor à celui qu'il savait pourtant être un excellent combattant.
- Je connais la prudence, répliqua vertement Snape. Je viens.
Igor ne montra pas sa satisfaction à voir son mentor le suivre coûte que coûte, et les deux hommes transplanèrent là où Igor avait localisé l'origine du cri de détresse.
HPDMHPDMHPDMHPDMHPDMHPDMHPDM
Samedi 31 octobre, 11 heures 48, Godric's Hollow
Draco était juché sur les statues mouvantes des tombes Potter et surveillait avec angoisse l'obscurité autour de Potter. Au moment même où le dôme s'était complètement fermé, le cerf et la biche avaient violemment rué. Ils avaient probablement senti la magie noire autour d'eux. Elle avait soufflé l'encens et les amulettes, dont plusieurs étaient tombées sur le sol.
Avec consternation, Potter venait de prendre conscience que son appel n'aboutirait pas et, hagard, il regardait les statues renâcler.
Draco savait, d'après les runes tracées au sol, que le dôme visait à empêcher Potter de puiser correctement la magie dans son noyau. Et comme l'avaient prévu les Mangemorts, la création du dôme avait perturbé le chant en coupant Harry Potter de la magie de son environnement. Il allait être de plus en plus faible. Ça allait être un carnage !
De là où il était, Draco aperçut finalement les ombres des Mangemorts s'approcher de Potter. Ils n'étaient pas aussi nombreux que dans son premier rêve, mais ils formaient tout de même un large demi-cercle qui s'approchait tout doucement de Potter, par derrière. Draco sauta au sol. Il devait prévenir Potter.
Et le pire de tout, c'était qu'Igor n'était toujours pas là et qu'il avait donc, lui aussi, échoué dans sa tentative d'appel au secours. Potter ne semblait pas vouloir bouger. Stupidement debout à la vue de tous, il restait figé devant les tombes de sa famille. Il était une cible bien trop facile. Draco fit une nouvelle tentative pour le bouger, pour qu'il se mette à l'abri.
- Potter ! Potter ! Ecoute-moi ! Les Mangemorts sont là, ils sont derrière toi ! Potter, idiot de Gryffondor stupide et aveugle ! Tu vas ouvrir les yeux, oui ou non ?
Bon sang ! Les silhouettes derrière Harry se faisaient plus précises !
L'une d'elle leva brusquement la baguette et Draco ne réfléchit pas quand il hurla, devançant le sort.
- Harry ! Au sol !
Harry, brusquement interpelé par une voix familière, ne réfléchit pas et se jeta au sol au moment où on lui lança plusieurs Avada Kedavra simultanés dans le dos. Les sorts verts s'encastrèrent violemment dans la statue de biche qui protégeait la tombe de sa mère. Celle-ci tomba vers l'avant, pattes fléchies. Au même moment, le cerf se cabra. Comme s'il était en colère.
Par réflexe, Harry se jeta derrière la stèle aussi vite qu'il le put. Il évita ainsi deux sorts d'entrave.
Toujours sans réfléchir, pressé par les événements, il saisit sa baguette et la pointa derrière lui, à l'aveugle.
- Stupefix ! Locomotor Mortis ! Expelliarmus !
Il pensait avoir touché au moins un de ses assaillants, d'après le bruit sourd de chute qui avait suivi le maléfice d'entrave. Mais il était désagréablement surpris par la faiblesse de ses sorts. Stressé, il se précipita derrière une autre tombe, puis une autre et une autre encore, pour se cacher et tenter de comprendre la situation.
La voix familière à laquelle il avait obéi en se jetant au sol, c'était la voix qu'il avait entendue dans son coma et qu'il avait été incapable d'oublier depuis mai. Qu'il avait été incapable d'identifier, également. Une voix qui venait de lui sauver la vie alors qu'il était victime d'un raid…
Quant aux deux statues qui bougeaient, Harry n'était pas vraiment surpris. Il avait senti la magie faire vibrer le cercueil de bois sculpté par son artisan, et il avait remarqué que le cerf avait parfois changé de position. Sur les photos de la Gazette, c'était flagrant. Il comprit mieux également pourquoi, lors du deuxième attentat sur les tombes de ses parents, les Aurors avaient trouvé de nombreuses traces de sabot enfoncées dans le sol.
- Mille millions de mille trolls tordus !
Le cri frustré, quelque part dans son dos, indiqua à Harry que ses assaillants venaient de s'apercevoir qu'il n'était plus derrière la tombe de sa mère. Une colère sourde monta en lui alors qu'il aux sorts qui avaient violemment frappé la statue de biche. Elle avait fléchi, comme si elle avait mal. Et il détestait qu'on touche à sa famille, même morte.
- Potter ! Où tu te caches ? Aurais-tu peur de nous ? lança quelqu'un avec force et ironie.
Harry retint un grognement. Il n'était pas stupide au point de répondre aux provocations et de vendre sa position. D'autant plus qu'il était seul contre plusieurs adversaires non identifiés. Quoi qu'il se doutât avoir affaire à des Mangemorts.
Harry risqua un œil sur le côté et aperçut au moins trois silhouettes trop proches de lui. Mais au moins, l'obscurité jouait en sa faveur. Discrètement et lentement, il s'éloigna de plusieurs tombes, avec l'espoir de contourner et surprendre ses adversaires. Il ne serait pas seul longtemps. Impossible. Parce qu'autant de magie dans ce cimetière ferait forcément hurler les détecteurs du bureau des Aurors.
Derrière une plaque plus haute et plus large que les autres, Harry retira son manteau – trop gênant pour ses mouvements furtifs. Il était heureux d'avoir choisi des vêtements noirs pour ne pas attirer l'attention des Moldus. Il n'aurait pas imaginé qu'ils seraient utiles pour éviter des assassins au cœur de la nuit.
Il se décala d'une stèle supplémentaire.
- Potter ! Es-tu un lâche ? Un couard qui préfère se cacher derrière des tombes plutôt que combattre ? As-tu peur de te perdre ? demanda quelqu'un à environ deux tombes derrière lui.
Harry baissa les yeux sur sa poitrine. Pensif, il tâta le pendentif que lui avait confié Shacklebolt, quelques mois auparavant, juste après son examen de DCFM. Devait-il appeler l'Auror à son secours, comme il le lui avait proposé à l'époque ? Il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée. Si l'homme débarquait devant les Mangemorts, il serait tué sur le coup. Ce serait bien trop de risques, même pour un combattant d'élite.
- Pourtant, continua une autre voix bien plus lointaine, nous sommes là pour répondre à tes désirs. Te renvoyer auprès de ta famille. Un 31 octobre, le même jour où notre maître a tué tes parents, ce serait un si beau geste ! Tu ne crois pas ?
Une nouvelle fois, Harry retint un grognement de colère. Il avait un monstrueux désir de faire taire ces lâches et ces assassins. Il s'agissait donc bien d'anciens Mangemorts… Que faisaient-ils là ? Etait-ce un coup du destin ou avaient-ils appris qu'il serait là ce soir ? Et comment l'auraient-ils appris ?
- Tu aurais bien raison d'avoir peur de nous cela dit, le nargua une nouvelle voix d'homme, quelque part à sa droite.
Harry glissa autour de la tombe, baguette bien en main, pour éviter d'être repéré.
- Après tout, continua l'homme, ta petite copine folle est toujours à l'hôpital. De ce que j'ai entendu, on l'a bien réussie. Qu'en dis-tu ? On peut t'assortir de la même manière… Entre nous, je comprends mieux pourquoi tu l'apprécies. Des hurleuses comme elle, on n'en fait plus…
- Expelliarmus ! hurla Harry avec toute sa haine, en visant le dernier assaillant à avoir ouvert la bouche.
Harry espérait de tout cœur que l'agresseur de Luna vole contre une tombe et se brise la nuque. Mais la baguette trembla à peine dans la main de l'homme, pourtant touché en pleine poitrine. Trois rayons verts flashèrent dans sa direction. Harry se jeta violemment derrière une autre tombe. Il retint difficilement un cri de douleur, alors que son épaule réceptionnait durement son poids.
La main tremblante, il jeta un œil à sa baguette. Que lui arrivait-il ?
- Tss, tss, tss… Potter, fit une voix navrée un peu plus loin. Commencerais-tu à te sentir faible ? Comme l'insignifiant petit rat que tu es ? Tu ne peux pas nous échapper, fais-toi une raison. Tu es au cœur d'un bouclier qui se nourrit de ta force. Bientôt, tu deviendras aussi inoffensif qu'un chaton. Et il ne nous restera plus qu'à t'écrabouiller sous notre botte.
Harry tâta son épaule. Elle n'était pas cassée. Eraflée, douloureuse, mais encore valide pour le combat. A quatre pattes, il se faufila entre les tombes. Jusqu'à ce qu'il voit se découper dans la nuit la silhouette de l'agresseur qui s'était moqué de Luna, un peu plus tôt. Il sentait rouler en lui des vagues de haine et un désir profond de vengeance.
- Qu'est-ce que tu attends ?
Harry se secoua la tête, surpris par la voix amicale et familière de son renard.
- Je ne suis pas un assassin, marmonna Harry entre ses dents.
- Tu préfères être un cadavre ? demanda la voix de son animal d'âme, aimablement.
Harry frissonna durement, alors qu'il prenait conscience de l'odeur de la mort, partout autour de lui. Il puait la peur et la haine à plein nez. La sueur âcre faisait coller ses vêtements à sa peau d'une manière très désagréable. La mort rôdait, toute proche, et en prendre conscience lui donna la nausée.
- Je préfère rester fier de moi, répondit difficilement Harry.
Il écouta le silence autour de lui, guettant le moindre signe d'approche de ses assaillants, le moindre bruit trahissant leurs mouvements.
- Je croyais que nous préférions être le chasseur plutôt que le chassé, fit pensivement son renard.
Harry se retint au moment où il allait protester que lui ne pensait pas ainsi. Il ne faisait qu'un avec son animal. Le rejeter grossièrement pourrait le faire échouer dans sa quête pour devenir animagus. Et il ne pouvait nier qu'une partie de lui était… un chasseur sans pitié… Cependant, il ne voulait pas être un meurtrier. Pas déjà. C'était lui, certes, mais…
« Je n'en suis pas encore là. Je crois, » pensa Harry en s'adressant à son animal, tentant d'ignorer les insultes et les menaces qui pleuvaient sur lui. Quelque chose le retenait encore. Sa raison ou son cœur, il n'aurait pas su bien le dire.
- Potter ! reprit finalement un des agresseurs. Est-ce que tu crois que ta folle d'amie appréciera notre visite, quand on en aura fini avec toi ? On pourrait se débarrasser de son bâtard et lui faire porter la future élite des Mangemorts, à la place.
« D'accord ! Là, j'en suis ! » rugit intérieurement Harry. Il n'aurait jamais la lâcheté d'abandonner ses proches au danger et à la souffrance. Quitte à répondre à une provocation.
- Viens… murmura le renard en lui, avec séduction. Nous sommes le chasseur, pas le chassé. Sens-les. Ressens-les. Ils vont retourner d'où ils viennent, ils vont retourner dans ce monde de mort auquel ils appartiennent. Défendons notre territoire…
Avec un glapissement définitivement animal, Harry se sentit rétrécir, ployer vers l'avant. Son nez s'allongea, ses dents s'aiguisèrent et il sentit une queue touffue s'allonger au bas de son dos, lui permettant de trouver aisément son équilibre à quatre pattes.
Autour de lui, ses vêtements et sa baguette formaient un tas informe.
- Ils sont proches, continua la voix dans sa tête. Sa propre voix. Ils sont la violence et la haine. Ils profanent notre territoire de leurs vices. Ils ne s'arrêteront pas tant qu'ils ne nous auront pas tués. Ils ne sont pas des hommes ni des bêtes. Ils sont morts dedans. Ils doivent retourner à la mort.
Quelques bonds légers et furtifs. L'animal qu'il était envahissait de plus en plus sa conscience, le laissant sans barrière raisonnable, sans maîtrise humaine. Un grognement d'avertissement. Il n'y avait plus ni bien ni mal. Juste le danger et son instinct, juste les tueurs qui menaçaient sa vie et son territoire et son besoin de mordre. Deux ou trois foulées fluides. Bientôt, ayant contourné tous les obstacles de pierre, il fit face à l'être immonde qui avait menacé son amie. Il avisa le masque grotesque.
Juste derrière le masque, une gorge palpitante attendait ses crocs.
Harry se laissa définitivement envahir par ses instincts animaux quand il prit conscience que seules la discrétion et la légèreté de son animal lui permettraient de s'approcher suffisamment de l'agresseur sans faire craquer les feuilles et les branches mortes.
Non loin de la scène, un des Aurors parjure sursauta, quand un cri inhumain raisonna dans la nuit noire. Trend avait-il réussi à neutraliser Potter ? Baguette fermement tenue en main, il s'approcha de la source du bruit. Un corps gisait. Mais il ne parvint jamais à l'atteindre. Une chose non identifiée lui bondit dessus, arrachant son masque et enfonçant des griffes acérées dans son œil et la chair de sa joue gauche.
La chose disparut avant qu'il ait pu la toucher. Il tomba à genoux, criant sa douleur. Une main sur la partie meurtrie de son visage, il pointa sa baguette sur l'animal hérissé un peu plus loin. Il avisa les crocs luisants et entendit enfin le grondement sourd et menaçant qu'il laissait échapper, mais il n'était pas gros. Il n'était pas une réelle menace.
- Avada Keda…
L'homme s'interrompit en voyant l'animal bondir brusquement et lui planter violemment ses crocs dans la main. Il ne lâcha cependant pas sa baguette et envoya, par réflexe, son poing gauche vers la bête. Mais celle-ci semblait avoir anticipé le mouvement : elle lâcha sa main et fit un petit saut arrière. Et quand le poing manqua sa cible, elle sauta une nouvelle fois. Vers la gorge désormais accessible.
Le cri de peur se termina dans un immonde gargouillis. Un troisième assaillant, attiré par le grabuge, déboula entre les tombes et trébucha sur l'un des deux corps mutilés. Couché en travers du corps de son collègue du ministère, il se retrouva face à face avec un animal.
- Lumos ! hurla-t-il en direction de la bête, espérant la faire fuir.
Le rayon de lumière balaya le terrain devant lui et il reconnut l'animal. C'était un renard. Un simple renard petit et palot. Le deuxième Auror ayant trahi son serment envers le ministère de la Magie fronça les sourcils. C'était anormal. La bête ne bougeait pas, se contentant de gronder dans sa direction. Et surtout, l'Auror aurait parié que ce renard n'était pas un animal de la région.
- Grande Gorgone ! souffla l'homme en voyant le renard le charger.
Utilisant l'une des quelques techniques de combat rapproché apprises pendant son entraînement d'Auror, il roula sur le côté et se remit sur ses pieds, accroupi en position d'attaque. Le renard le manqua une première fois dans son élan, mais il dérapa habilement sur l'herbe pour lui faire face à nouveau. Quand la bête le chargea pour la deuxième fois, l'homme attendit la dernière seconde, banda ses muscles et projeta le renard dans les airs de ses deux poings.
Il l'entendit atterrir dans un glapissement douloureux, plus loin. L'Auror en profita pour se remettre debout et retourner les deux corps du bout de sa botte. Deux compagnons, pas de Potter en vue… et un renard déchaîné…
- Bon sang de Merlin ! réalisa l'homme.
Il pointa sa baguette sur sa gorge, lança un Sonorus et s'adressa à ses compagnons.
- A tous ! Nous avons deux morts et je pense que Potter est un animagus renard ! cria-t-il. Faites tous attention à la…
L'homme fut brusquement interrompu alors qu'on lui brisait la nuque d'une brusque torsion.
Harry, toujours sous l'emprise de son instinct de chasseur, s'était faufilé rapidement derrière l'homme, avait repris forme humaine le temps de se débarrasser de son agresseur, et s'était à nouveau transformé en renard. Il s'oubliait, plus à l'aise sous sa forme animagus que sous sa forme humaine. Il se faufila de nouveau dans les ombres, efficace et discret, à la recherche de sa prochaine victime.
Draco, son esprit volatile n'ayant pas quitté Harry d'un pouce, ne put s'empêcher d'être admiratif devant l'animagus, petit mais puissant, et devant la ténacité et la combattivité du sorcier. Il était fort. Bien plus fort qu'il ne l'admettrait jamais. Et Draco comprenait mieux comment l'orphelin était parvenu à tenir tête à Voldemort et toute son armée de Mangemorts.
Harr… Potter était puissant. Puissant, fascinant, dangereux.
SSIMSSIMSSIMSSIMSSIMSSIMSS
Samedi 31 octobre, 11 heures 55
Severus et Igor atterrirent durement sur le sol de macadam, devant le cimetière de Godric's Hollow. Pour le professeur de potions, qui était allé se recueillir sur la tombe de Lily Potter une dizaine de fois ces quinze dernières années, il n'y avait aucun doute quant à leur destination. Igor se leva et se frotta le bas des reins.
- Avez-vous senti le mur que nous avons percuté ? demanda-t-il rapidement à son mentor, qui se remettait debout à son tour.
Les deux hommes avaient été violemment interrompus pendant le transplanage, puis éjectés. Ils auraient dû atterrir au cœur du cimetière, si leurs calculs étaient bons. Quelque chose clochait. Severus Snape avança la main jusqu'à la grille et observa. Une bulle presque invisible entourait le lieu.
- Oui, confirma Severus, j'ai senti. Mais ce n'est pas un mur, c'est un bouclier de magie noire.
Il leva la baguette et en analysa la nature. Igor leva les sourcils quand son mentor jura brusquement.
- Qu'y a-t-il ?
- Je connais ce bouclier, répondit le professeur précipitamment en tapotant le bouclier de sa baguette. Il est destiné à tuer un adversaire en l'affaiblissant jusqu'à le rendre Cracmol. Je l'ai déjà vu employé chez les Mangemorts, à une époque où on avait de gros problème avec un Auror doué mais rétif. Ce n'était vraiment pas beau à voir ! Et si mon filleul est là-dedans…
Il s'interrompit quand des rais de lumière déchirèrent la nuit noire. Un homme, visiblement paniqué, entra dans leur champ de vision en courant. Il avait le visage ensanglanté et semblait hurler ses sorts, qu'il lançait derrière lui à l'aveugle. Mais Severus et Igor n'entendaient pas le moindre bruit, résultat du bouclier.
Quand un rai de lumière d'un vert sinistre fit exploser une motte de terre, les deux hommes virent enfin ce que le troisième fuyait.
- Un renard des sables ? s'étonna Igor, qui utilisait parfois les poils de cet animal dans ses remèdes. J'en ai rarement vu, souffla-t-il sans se rendre compte qu'il parlait tout haut, et encore moins dans des pays aussi humides que l'Angleterre…
- Ce n'est pas un animal, déclara Severus avec un mauvais pressentiment, alors que le renard dépassait l'homme en fuite.
Ce dernier n'avait rien vu et continuait à scruter l'obscurité par-dessus son épaule. Soudain, il trébucha, se reprenant de justesse. Juste au moment où le renard, devant lui, reprenait forme humaine. La forme d'un homme totalement nu, qui lui brisa la nuque en moins d'une seconde, se courba vers le sol en même temps que le cadavre, se retransforma en renard, bondit entre deux tombes et disparut.
Igor et Severus avaient à peine eu le temps de comprendre la scène tellement elle s'était déroulée rapidement.
- Potter ! s'exclama Severus en reconnaissant le jeune homme. Bon sang ! Qu'est-ce que vous foutez ?
- On a un problème, constata Igor sans perdre son habituel flegme.
- Quoi donc ? demanda le potionniste, agressif à cause de sa peur.
- Le rêveur a un lien plus fort avec l'assistant que vous ne l'imaginiez. C'est pour ce dernier qu'il m'a appelé.
- Ça paraît évident ! s'exclama Severus sèchement, en désignant le cadavre qui gisait désormais devant eux. Maintenant, ajouta-t-il en continuant ses mouvements de baguette, tais-toi et fais comme moi. Si on est suffisamment efficaces, le bouclier tombera en moins de trois minutes.
Igor se tut et saisit sa baguette, obéissant. Maître Snape n'avait pas compris ce qu'il avait voulu dire. Le lien entre l'assistant Potter et le jeune Malfoy avait des racines plus profondes et puissantes qu'un lien de dette de vie ne le réclamait. Une dette de vie ne blâmait pas le débiteur pour son impuissance à remplir sa dette, quand les deux liés étaient trop éloignés l'un de l'autre.
Ce soir, le rêveur avait appelé ses Gardiens à l'aide. En fait, c'était même pire que ça. Le rêveur avait appelé tout le monde, cherchant de l'aide où il pensait pouvoir la trouver. Si pour maître Snape, il était évident qu'Anna et lui étaient des Gardiens, ça ne l'était pas du tout pour le rêveur, à qui ils ne s'étaient pas encore manifestés.
Anna et lui avaient ressenti l'appel puissamment, parce qu'ils étaient déjà inconsciemment liés à leur guide, leur maître ? Mais tout le monde ce soir devait avoir ressenti un profond malaise. Anna et lui avaient senti où ils devaient se rendre, mais tout le monde avait dû ressentir un étrange besoin d'agir. Maître Snape lui-même avait ressenti ce besoin.
Le problème était là. Dans la nature composite, trouble et trop puissante du lien que les deux jeunes gens partageaient.
Aussi, tout en aidant Snape à agrandir la brèche qu'ils venaient de créer dans la bulle, Igor prit trois décisions. Sauver l'assistant pour obéir au rêveur, parler à Snape du lien pour le convaincre définitivement de parler à Potter et enfin, se soumettre officiellement au rêveur. Ce soir, en l'appelant et en le poussant à l'aider, le rêveur avait officiellement fait d'Igor l'un de ses Gardiens.
Et eux aussi étaient désormais liés par une ancienne et forte Magie.
De son côté, Severus Snape ne pensait à rien d'autre qu'à l'urgence de faire tomber le bouclier.
Il ne pouvait s'empêcher d'admirer l'ingéniosité du garçon, qui avait contré la nature de la magie noire en privilégiant la force physique à la magie. C'était de toute manière le seul moyen de se protéger de la nature dévoreuse de la bulle, parce que l'animagie n'était qu'une branche très peu gourmande, une fois maîtrisée. Comme l'art des potions. Mais il avait aussi très peur pour le garçon.
Pas peur quant au résultat des combats – Potter s'en était toujours sorti et il savait le gamin plus fort qu'il n'y paraissait. Mais il avait peur que le jeune homme s'oublie dans son animal, comme Black l'avait fait pendant son séjour à Azkaban. Quand la raison laissait place aux instincts, on pouvait craindre les actions d'un animagus. Et lui avait déjà vu Black perdre ses sens, au square Grimmaurd.
Potter présentait le même genre de signaux inquiétants : en se métamorphosant à nouveau en humain, il n'avait pas récupéré ses sens. Nu comme au jour de sa naissance, il s'était laissé retomber sur ses mains comme sur des pattes, comme si c'était là sa position naturelle.
Cela ne signifiait qu'une chose. Potter s'était transformé à l'instinct, pour sa survie, mais il n'avait pas maîtrisé sa transformation. Et s'il ne revenait pas rapidement à la raison et à sa forme originelle, il serait en danger.
Foutu Gryffondor sans cervelle !
TNTNTNTNTNTNTNTNTNTNTN
Samedi 31 octobre, 11 heures 57, maison de la gardienne du cimetière
Quand il s'était réveillé en sursaut un peu plus d'un quart d'heure auparavant, Nott avait eu du mal à comprendre ce qui l'avait réveillé. Une sourde angoisse l'avait poussé à regarder par la fenêtre. Des cris dans le cimetière, des sorts colorés qui volaient en tout sens… Etait-il repéré par les Aurors ? Déjà ? Non. Il n'avait pas utilisé la moindre magie ces derniers jours… Alors que se passait-il ?
C'est quand un homme avait parlé de la forme animagus d'Harry Potter, sous Sonorus, qu'il avait commencé à comprendre. Une bataille entre sorciers. Et Nott avait reconnu un ancien collègue Mangemort, quand il était passé non loin de la fenêtre. C'était donc un attentat organisé.
Il était resté bien caché dans l'ombre et personne ne s'était approché de la maison. Il n'avait pas ressenti le besoin d'agir, dans un sens ou dans l'autre. Les Aurors ne tarderaient probablement pas à apparaître, vu la quantité de magie déployée en plein quartier moldu, et la surveillance constante du site par les dispositifs des Aurors.
Potter allait être sauvé par les officiels, et tout serait très bien ainsi.
Mais là, alors qu'il était presque minuit, Nott commençait à sérieusement s'inquiéter. Toujours pas d'Auror et toujours autant de sorts… Quelque chose clochait. Que se passait-il donc ici ?
Il retint un hoquet surpris quand un autre ancien Mangemort passa devant la maison. La tenue qu'il portait ne trompait pas. Il reculait pas à pas, lentement, et fixait quelque chose au sol. Nott se haussa sur la pointe des pieds pour voir à son tour. C'était un renard… Etait-ce vraiment Potter ? Le Sonorus avait semblé l'affirmer, mais…
- Le boss ne nous avait pas parlé de ça, mais je te ferai payer la mort de notre Maître. Oui… Le conseiller sera fier de moi. Il reprendra le fardeau du Lord Noir et redonnera au monde magique sa gloire d'antan. Tu es fini, Potter !
Les deux combattants s'étaient un peu éloignés l'un de l'autre et se jaugeaient, face à face. Brusquement, le renard bondit en avant. Mais le Mangemort fut plus rapide.
- Homomorphus ! hurla-t-il.
A la lumière jaunâtre du sort, Nott reconnut Rosenberg. Frappé en plein museau, l'animal fut projeté au sol. Rosenberg n'avait pas été un des plus idiots, chez les Mangemorts. Loin de là. Il n'était bête que quand son exaltation à servir le maître prenait le pas sur le reste.
Nott cessa d'observer son ancien camarade de raid quand le mouvement de transformation du renard attira son regard. Cet homme… Alors c'était bien Potter ! Il était bien un animagus !
Décidemment, le Survivant était plein de ressources ! Quel dommage qu'il ait tant méprisé les Serpentards, à Poudlard. Aucun d'eux n'était si stupide qu'il n'ait reconnu au Golden Boy quelques qualités de leur maison. Il y aurait sans doute eu des choses intéressantes à apprendre de lui… Mais le problème était que Potter restait un Gryffondor par bien des aspects. Il était resté tellement obtus…
Une petite voix lui souffla à ce moment que si leur leader – Draco – n'avait pas tant haï Potter, alors Potter n'aurait peut-être pas tant haï les serpents… Mais parce qu'il restait fidèle à l'amitié qu'il éprouvait pour Draco, Nott étouffa cette petite voix. Il était trop tard pour changer quoi que ce soit, de toute façon.
Draco avait choisi sa voie, lui la sienne. Draco et Pansy avaient souffert chez les Mangemorts, lui avait survécu. Et il comptait bien continuer.
Potter, nu, se remit à quatre pattes et Nott secoua la tête. Rosenberg était parvenu à utiliser la faille de l'animagie, faille que l'homme du Sonorus avait tenté de transmettre à ses acolytes avant d'être brusquement interrompu. L'animal d'âme devrait se battre contre le sort qui s'opposait à sa transformation, et, hybride, Potter serait vulnérable pour quelques minutes.
Nott fronça les sourcils quand il vit Potter rouler des épaules. Il était parti pour bondir sur son adversaire ? Etait-il devenu complètement débile ? Sa seule solution était de fuir !
- Doux Merlin ! murmura Nott.
Potter venait de sauter sur Rosenberg et de le mordre à la gorge. Le mouvement avait tellement surpris Rosenberg qu'il n'eut pas le temps de riposter avec le moindre maléfice. Son cri d'agonie glaça Théodore Nott, qui pourtant en avait vu d'autres.
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Samedi 31 octobre, 11 heures et 59 minutes
Draco n'avait pas lâché le Gryffondor d'une semelle. La rage de Potter, à partir du moment où les agresseurs avaient menacé Luna Lovegood, n'avait pas faibli. Il égorgeait ou tordait les cous – plus ou moins proprement – toujours avec une efficacité effarante. Lui avait toujours su que menacer les amis de Potter était le meilleur moyen d'attiser sa colère. Mais il avait depuis longtemps compris qu'il y avait des limites à ne pas franchir.
Potter était dévoué aux autres. Un protecteur dans l'âme.
Il observa avec une fascination mêlée de répulsion le Gryffondor sauter à la gorge de son agresseur, malgré le sortilège d'Homomorphus. Et il sentit la bulle, tout autour d'eux, s'effondrer. Cela ne pouvait signifier qu'une chose : Potter venait de tuer le dernier de ses agresseurs.
Il se précipita vers lui, comme s'il pouvait le prendre dans ses bras. Peu importait en cet instant qu'il fut Potter, son maître et ancien ennemi.
- Bravo, Potter ! Tu les as tous…
- Potter ! Attention ! cria la voix de son parrain, interrompant son euphorie.
Alors que Potter se tournait vers le maître des Potions, pour identifier la source du bruit, Draco aperçut un homme par-dessus l'épaule du sorcier nu. Comme au ralenti, il vit l'un des agresseurs de Potter lever sa baguette et la pointer dans le dos de ce dernier.
Il en restait un ! C'était son parrain qui avait fait tomber la bulle de magie noire, pas la mort des tueurs !
Le premier coup de minuit sonna, sinistre. Draco leva les yeux vers ceux – vitreux – de Potter. C'est là qu'il s'aperçut du grognement continu qui sortait de sa gorge : Potter n'était pas lui-même.
Le deuxième coup de minuit retentit : Potter ne réagirait pas assez vite. Le rictus du tueur, derrière lui, lui glaça les sangs. A un tueur près, Draco allait échouer. Potter allait mourir. Malgré son intervention. Malgré l'arrivée d'Igor et de son parrain.
Le troisième coup semblât sonner le glas du sorcier : Draco vit avec horreur l'agresseur inspirer profondément, pour lancer le sort sans faillir. Avec l'horrible sensation de faire du surplace – comme si son corps se faisait plus réel, plus lourd – il se jeta en avant, traversa Potter au quatrième coup de minuit et se précipita vers le tueur.
Plus tard, quand il y repenserait, il se traiterait de tous les noms pour avoir agi ainsi, à l'instinct, sans même peser les risques. Il n'était pas un fichu Gryffondor sans cervelle.
- Harry ! hurla Draco en se ruant vers l'avant. Derrière-toi !
Le cinquième coup de minuit retentit, couvrant aisément son cri, mais Harry se tourna néanmoins vers le tueur, clignant des yeux comme s'il se réveillait tout juste. Au sixième coup, l'agresseur – ayant rassemblé toute sa magie et toute sa volonté – hurla le sort. L'Avada Kedavra jaillit de la baguette violemment.
Au même instant, la silhouette spectrale de Draco Malfoy se fit plus nette, plus réelle. Son cri de douleur figea le tueur ainsi qu'Harry, alors que le sort de mort traversait le fantôme. Le Mangemort n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il venait de se produire, alors que l'entité disparaissait, son hurlement résonnant dans les oreilles de tous malgré le septième coup de minuit.
Le rayon vert avait été dévié, perdant de sa force alors qu'il allait traverser le bras de Potter. Au huitième coup, ce dernier s'effondra sur le sol, pris de violentes convulsions, la bouche ouverte sur un cri muet. La douleur semblait insupportable.
Igor et Severus se figèrent, refusant d'assimiler la scène. Nott, n'ayant rien manqué du spectacle et ayant reconnu Draco Malfoy sans le moindre doute, jaillit de la maison de la gardienne. Il avait tout de suite compris que Snape et l'homme avec lui ne parviendraient jamais à mettre l'agresseur hors d'état de nuire avant qu'il n'achève Potter.
Comme son leader, il choisit de protéger le Survivant et lança l'Avada sur le Mangemort sans la moindre hésitation. Ce dernier s'effondra, mort.
L'homme avec Snape se jeta aux côtés de Potter, toujours pris de convulsions, et il vit Snape lancer des sorts de neutralisation à une vitesse surhumaine. Le maître des potions se jeta sur lui pour lui saisir les épaules.
- Le bouclier est tombé et les alarmes sonnent. J'ai couvert vos traces, dit-il précipitamment. Maintenant, accrochez-vous, on fuit !
Les coups de l'horloge s'étaient tus et Théodore Nott prit conscience des alarmes magiques, tellement fortes qu'elles faisaient vibrer sa magie.
- Je vous suis, souffla-t-il, prit de court par sa propre bêtise.
Et son ancien directeur de maison les fit tous les deux transplaner.
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Dimanche 1er octobre, minuit une.
Kingsley Shacklebolt et cinq autres membres de son équipe atterrirent à Godric's Hollow en formation défensive, pour éviter d'être surpris par des sorts ou une explosion, comme la dernière fois qu'ils étaient intervenus sur place. Le chef de la petite brigade, toute dévouée à la recherche des Mangemorts en fuite, désactiva toutes les alarmes pendant que ses collègues scrutaient les alentours, trop calmes.
- Par les culottes de Merlin ! s'exclama soudain Malone. Cadavre en vue !
- Tous par deux ! ordonna Kingsley. Cherchez les survivants et les responsables, s'ils sont encore là ! Malone, avec moi.
Les deux hommes avancèrent lentement et prudemment dans le cimetière, alors que le reste de l'équipe s'était éparpillé plus loin.
- Là, pointa Malone de son Lumos. Qu'est-ce que c'est ?
Il se pencha et ramassa un tas de vêtements. Une baguette en tomba et roula au sol. Kingsley la ramassa pour tenter de l'identifier.
- Troll ! laissa-t-il échapper en relevant la tête et en scrutant les alentours avec encore plus d'attention.
- Qu'y a-t-il ?
- Il y a que Stevens s'est fait avoir comme un bleu, grogna Kingsley en reprenant leur exploration prudente.
- Je ne comprends pas, glissa Malone en restant bien sur ses gardes.
- On galère depuis six mois pour débusquer des Mangemorts bien cachés. Et hier, d'un seul coup, notre équipe tombe sur plein d'indices concomitants. J'ai eu raison de ne pas aller sur le port de Chatham, de trouver ça trop louche… Si on était allés là-bas, on aurait tous loupé le déclenchement des alarmes.
- Une diversion ?
- J'en ai peur. Et si Stevens n'avait pas insisté pour emmener son équipe à Chatham, on aurait pu appeler des renforts et on prendrait moins de risques…
- On ne peut pas lui en vouloir de vérifier cette piste, au contraire, raisonna Malone.
L'auror noir se retint de parler des risques pris par Stevens. Personne d'autre que lui ne savait que la mort de Tony Tonguy*, l'un des meilleurs Langue-de-Plomb du ministère – n'était pas naturelle. Que quelqu'un au ministère l'avait voulue. Pour tout le monde, l'homme était paranoïaque et s'était sans doute suicidé à cause de sa solitude.
Les indices avaient juste semblés trop grossiers, pour sa méfiance grandissante. Comme Tony, il en devenait parfois paranoïaque, voyant le mal et les traîtres partout. Ou presque.
Mais Kingsley savait que le ministère était en danger. Et s'il avait délibérément le choix de retourner sur le terrain et de s'éloigner des locaux officiels, il n'en arrêtait pas son enquête pour autant. Il avait simplement choisi d'être encore plus prudent que Tony, de s'éloigner pour se faire un peu oublier.
- Avec un peu de chance, continua Malone, il nous ramènera de nouveaux prisonniers. Les indices semblaient dire que le repère était une sorte de quartier général pour de nombreux Mangemorts.
- Pourquoi n'y es-tu pas allé ?
- C'est toi le chef, admit Malone.
- Alors je vais t'expliquer pourquoi tu as bien fait, chuchota Kingsley en s'arrêtant. Tu vois cette baguette ? C'est celle d'Harry Potter.
- Mince !
- Ça et le cadavre à notre arrivée… Je pense qu'on a plus de chances de trouver des Mangemorts ici que là-bas.
Son agent lui lança un regard admiratif. Il n'était pas idiot lui-même, mais arrêter des Mangemorts était sa raison de vivre et l'aveuglait parfois…
- Là, souffla brusquement son chef. Trois autres cadavres.
Malone s'avança et retourna l'un d'eux du bout de sa botte, baguette brandie au cas où il s'agirait d'un piège. Il retint un haut-le-cœur et fit signe à son chef se s'approcher. Kingsley s'avança et eut l'impression de recevoir une gifle. Les trois hommes étaient en tenue de Mangemort, leurs masques reposant sur le sol de façon grotesque, et leurs visages étaient mutilés, mais…
- Salauds ! Traîtres ! siffla Malone en se jetant sur deux des trois cadavres.
Fou de colère, il y enfonça son poignard personnel à de nombreuses reprises.
- Le problème est plus grand que prévu, murmura Kingsley.
L'infestation du ministère pendant l'année noire n'avait pas été une surprise. Des Aurors traîtres à leur serment avaient toujours existé. Mais voir que malgré les enquêtes et les arrestations d'après-guerre, les traîtres étaient toujours là… C'était encore plus inquiétant que prévu.
Gibbon et McCarthy avaient toujours été les plus honnêtes. Ou au moins était-ce l'impression qu'ils donnaient. Si son jugement avait été si mauvais sur eux… Comment ferait-il pour débusquer l'homme qui avait commandé le meurtre de Tony ?
- Bon, décida-t-il finalement. Malone, tu fais disparaître les corps. Si on couve une vipère en notre sein, il va falloir jouer serrer.
Malone serra les poings et acquiesça. Il n'avait même pas relevé la remarque de son supérieur sur les vipères, alors que c'était un sujet de dispute amicale d'ordinaire. Il était un ancien Serpentard et avait développé une passion sans borne pour les serpents, et Shacklebolt le charriait souvent à propos de cette passion. Mais il savait que son chef avait confiance en lui.
Il n'était pas fiable sur beaucoup de sujets. Mais si on pouvait compter sur lui pour une chose, c'était bien pour sa foi en son travail : capturer des criminels – en particulier les Mangemorts – et les livrer à la justice. Peu lui importaient les moyens. Faire disparaître deux collègues traîtres ? Pas quelque chose qui lui faisait peur. Cacher des découvertes capitales au directeur des Aurors ? Pas de problème de conscience, tant que c'était pour les besoins de ses enquêtes.
L'Auror noir observa son collègue user de ses talents magiques particuliers. Malone savait parfaitement détruire les choses. Les rendre au néant.
A force de combattre les magies noire et rouge – souvent toutes les deux confondue par le grand public – il avait fallu les apprendre. Pour mieux les contrer.
Les Aurors avaient eu besoin de spécialistes et Malone s'était porté volontaire avec enthousiasme. Il aimait traquer et détruire les ennemis de la paix publique. Certains trouvaient cet engouement suspicieux. Kingsley, lui, n'avait jamais interrogé Malone à propos de son besoin malsain. Parce qu'il avait besoin de lui et que Malone obéissait toujours à ses ordres, malgré son caractère parfois emporté.
Quand il se releva, Malone avait un regard satisfait et apaisé. Kingsley le remercia d'un mouvement de tête.
- Chef ! l'appela un de ses hommes. Vous devriez venir, et vite !
L'Auror Shacklebolt se dépêcha de rejoindre son équipier, suivi de près par Malone. Il eut la surprise de trouver deux sorciers en vie devant lui. Non. L'un d'eux était en vie et l'autre avait le teint gris des cadavres.
- Qu'est-ce que vous faites ? rugit-il à l'intention du sorcier en blouse blanche qui s'affairait auprès du corps affaissé de Potter.
Le jeune héros de guerre était totalement nu, couvert de terre et de boue. Des fioles vides reposaient n'importe comment autour de lui. Les Aurors tenaient l'homme suspect en joue, mais ils avaient dû appeler leur chef. Ils n'avaient pas su que faire face à cet homme qui ne semblait pas perturbé par leur présence ou leur uniforme.
- Comme je l'ai déjà expliqué à votre collègue, exposa calmement Igor, je tente de sauver l'assistant professeur Potter.
- Qu'a-t-il ?
- Je crois… qu'il a été frôlé au bras par un Avada Kedavra, minimisa Igor.
Cependant, le sort n'avait pas provoqué une mort instantanée et définitive. Sa nature avait légèrement changé et Igor pensait être parvenu à en contrer les effets. Les hommes tout autour haletèrent. Potter, un sort de mort… Etait-il toujours vivant ? C'était ce que l'homme accroupi semblait penser. Le jeune homme portait décidément parfaitement son titre de Survivant.
- Il doit être emmené à Sainte Mangouste, déclara Kingsley en touchant son dispositif spécial pour appeler les médicomages urgentistes.
- Pas avant que j'ai donné mon accord, répliqua froidement Igor en continuant son travail avec soin.
- Et qui êtes-vous pour ordonner une telle chose ? demanda Kingsley avec colère, inquiet pour le jeune sorcier.
- Igor Malinovski, médicomage de Poudlard et médicomage personnel de monsieur Potter, répondit Igor toujours aussi froidement.
Certes, la dernière affirmation n'était pas tout à fait vraie. L'assistant ne lui avait jamais donné ce statut officiel. Mais Igor espérait ainsi avoir la paix pour terminer son travail. Et il ne pensait pas que le jeune Harry lui en voudrait.
- Maintenant, ajouta-t-il, silence ! Je suis dans un processus délicat qui demande de la concentration.
Les Aurors obéirent, tout en gardant l'homme à l'œil. Quand les médicomages de Sainte Mangouste arrivèrent sur place, Kingsley Shacklebolt leur exposa la situation le plus silencieusement possible. Deux des trois intervenants s'installèrent aux côtés du médicomage de Poudlard pour lui tenter de l'aider.
- Voilà, conclut Igor de sa voix rude. Maintenant, il peut être transporté. Et je reste avec lui cette nuit, précisa-t-il avec le ton de l'évidence.
- Très bien, monsieur Malinovski, lui concéda l'Auror à la boucle d'oreille d'or, mais je vous suis également. J'ai beaucoup de questions pour vous. Ce que vous faites ici, si loin de Poudlard, pourquoi y a-t-il tous ces cadavres autour de nous, qui avait-il d'autre ce soir, pourquoi monsieur Potter est nu…
L'Auror s'interrompit à cet instant sur un regard noir d'Igor. Son air outré avait quelque chose de rassurant. Il se tourna donc vers son équipe.
- Je veux un prélèvement de tous les résidus magiques, une analyse des corps et tout ce que vous pourrez trouver d'utile pour comprendre ce qui s'est précisément passé ici.
Tous acquiescèrent et se mirent au travail alors que leur chef transplanait avec Malinovski à Sainte Mangouste. Et cette nuit là, aux alentours de minuit, un étrange ballet vint agiter Godric's Hollow, après l'étrange feu d'artifice silencieux qui avait éclairé le cimetière.
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Samedi 31 octobre, vers 17 heures, Palais des bois
Aline, inquiète, observait sa sœur faire mille et une vérifications autour du corps de Draco Malfoy. Après un hurlement qui avait même fait frissonner Lina, le rêveur s'était tu et ne montrait plus signe de vie.
Que venait-il de se passer ?
* Voir le chapitre "Les examens", quand Kingsley Shacklebolt discute avec Harry, après son examen de DCFM.
J'espère que le chapitre vous aura fait plaisir. N'hésitez pas à me laisser un petit (ou grand) mot d'encouragement.
Lena.
