Bonjour à tous ! Voici le nouveau chapitre. Mille mercis pour vos encouragements et vos superbes commentaires (plus de 800 désormais, pour 44 000 hits). Les recevoir est ma meilleure motivation pour l'écriture de cette saga. Merci aussi à Wyny, ma correctrice, pour avoir vérifié le début de ce chapitre. La deuxième moitié n'a pas été corrigée, j'espère ne pas y avoir laissé d'erreurs.
RAR ! Pour les anonymes, je réponds en fin de chapitre. Pour ceux qui n'ont pas encore reçu de réponse personnelle : pas d'inquiétude, vous la recevrez ce soir ou demain matin au plus tard. Je voulais juste publier ce chapitre dans le délai que je m'étais imparti.
Résumé de l'épisode précédent :
Philippe Piéfort a été renvoyé du Palais et Draco devrait maintenant être tranquille. Vraiment ? Il se retrouve pris dans une vision du présent, au cimetière de Godric's Hollow. C'est là qu'Harry tente de contacter ses ancêtres pour qu'ils lui disent si oui ou non Rémus et Tonks lui ont pardonné et lui font confiance avec Teddy. Mais le chant d'appel échoue quand un groupe de tueurs lance un bouclier puissant qui avale sa magie, pour l'affaiblir et de le tuer.
Draco appelle Igor et tous ceux qui pourraient l'entendre à l'aide. Harry parvient, avec l'aide d'une Voix à qui il fait confiance à éviter les sorts mortels et se transforme en animagus. Il se débarrasse de la majorité de ses agresseurs, sauf un. Ce dernier lui lance un Avada, alors que son attention est tournée vers Igor et Severus qui viennent d'arriver. Draco se jette sur l'agresseur et absorbe en partie le sort, même si Harry est touché, puis disparaît dans un cri d'agonie. Théodore Nott, présent sur place, achève le tueur et se fait emmener par Severus Snape loin du cimetière.
Kingsley et son équipe arrivent sur les lieux et l'Auror constate la trahison de deux agents-Mangemorts. Il est décidé à poursuivre son enquête sur le groupe, parfaitement conscient qu'un membre important des Mangemorts est en liberté. Et probablement au ministère.
Au Palais, les jumelles qui gardent Draco sont effrayées par le cri du Rêveur et le fait qu'il paraisse désormais inanimé.
Note ! Vous avez parfois été surpris(es) de la violence du renard d'Harry. Dans mon esprit, l'animal d'âme est magique et représente des traits de personnalité grossis. Il n'est en aucun cas le même animal que dans la nature. Je pense que dans la situation du cimetière, un vrai fennec se cacherait plutôt que d'attaquer. La transformation d'Harry a été guidée par les sentiments de danger et de colère. Ces derniers ont été du coup magnifiés pendant cette transformation. L'instinct a pris le dessus sur la raison et tout ça explique la violence de l'animagus.
Attention ! Ce chapitre contient des scènes de violence justifiant le rating. (J'avais oublié de le préciser dans le dernier chapitre.)
Chapitre 10 : Les fêtes de fin d'année
Partie 1 : Passés troubles
Mardi 3 novembre, mi-journée, hôpital Sainte Mangouste
Harry ouvrit les yeux avec beaucoup de difficultés. Il n'y voyait pas très clair et son corps était tout courbaturé. Il le tiraillait d'une manière assez douloureuse. L'idée qu'il transgressait les lois naturelles de la vie et de la mort, en se réveillant, le frappa avec netteté. Pourtant, il ne comprenait pas bien d'où cette impression lui venait.
Il lui fallut de longues minutes pour que le monde cesse de tourner autour de lui, bien qu'il fût encore incapable d'observer son environnement. Il avait tellement mal aux yeux. Il lui fallut encore plus de temps, pour que ses idées s'éclairent. Les souvenirs affluaient, lentement mais sûrement, peu compréhensibles.
En fait… oui, on pouvait dire que des impressions, des odeurs et des couleurs lui revenaient. Mais rien de précis. Pas de véritables souvenirs. Puis un flash, net et coupant, lui vrilla l'esprit. Il avait parlé avec son animal d'âme. Oui ! Il avait cédé à la tentation de se transformer ! Par désir de protéger Luna et par vengeance, aussi. Il s'en souvenait. Mais…
Mais quand était-ce ? Cela lui paraissait tout à la fois proche et lointain. Curieuse sensation. Peut-être hier ?
Soudain effrayé par sa perte de repère, il se força à regarder autour de lui. Où était-il ? Dans un lit d'hôpital, mais clairement pas à Poudlard. Comment était-il arrivé là ? Il s'était transformé dans le cimetière de Godric's Hollow. Que s'était-il passé ? Où était sa baguette ?
Il tourna la tête et leva la main jusqu'à la petite table de chevet. Il tâta délicatement les objets posés, incapable de voir correctement. Un tas de journaux, d'après la texture, ses lunettes – il les posa sur son nez – et sa baguette. Il laissa échapper un soupir de soulagement.
Maintenant, essayer de se souvenir… Il avait été attaqué par plusieurs hommes, certains se cachant derrière des masques de Mangemorts. Ça, il s'en souvenait. Mais comment avaient-ils eu vent de sa présence ? Ils avaient soigneusement préparé leur coup, bridant sa magie avec une bulle magique spéciale. Il n'avait pas eu beaucoup d'autres choix que celui de se transformer pour se défendre. Et il l'avait fait en fonçant tête baissée et sans aucune précaution.
Et tout était flou, ensuite.
Il avait… un goût de sang dans la bouche. Il avait l'impression que l'odeur de la sueur envahissait la pièce et saturait ses narines. Il se souvenait avoir poursuivi cette odeur sans se poser de questions. Des éclats de lumière lui avaient brûlé les yeux par intermittence. Des sorts ? Probablement. Une odeur de roussi. Ses poils qui brûlaient. Une chute douloureuse. Des esquives…
C'était son animal, son âme, qui avait retenu ces bribes. Mais pourquoi aucun de ces souvenirs n'était net ? De la bile lui monta à la gorge brusquement. Se pouvait-il… Pouvait-il avoir été pris d'un tel désir de vengeance, d'une telle folie meurtrière qu'il n'osait pas se rappeler les événements ? Que son esprit occultait ce qui s'était passé ?
Encore maintenant, il avait le sentiment d'avoir agi avec justesse, avec légitimité. Avait-il raison ou avait-il perdu toute capacité d'analyse en se battant ? Que s'était-il passé ? Avait-il cédé à son côté sombre ? A cette partie de lui qui lui faisait peur…
Harry gémit douloureusement et ferma les yeux. Il était dans une chambre d'hôpital, mais il ne ressentait pas la sécurité habituelle. Il était à Sainte Mangouste. Avait-il été touché par l'un de ses agresseurs ?
- Par Merlin ! souffla Harry en rouvrant les yeux.
Un autre souvenir s'imposait à lui. Net, cette fois. Une… voix l'avait appelé. La Voix. Celle de son coma, celle qui lui avait hurlé de se coucher alors que ses agresseurs lançaient un sort de mort. Celle qui l'avait prévenu d'un dernier tueur, dans son dos. Oui… A partir du moment où cette voix s'était manifestée, il avait repris ses esprits. Et ses souvenirs recommençaient.
Il s'était passé cette chose étrange quand le tueur avait levé sa baguette. Il avait cru voir… Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Il avait cru voir le fantôme de Malfoy. Une sorte de silhouette fantomatique qui avait les mêmes traits que son ancien ennemi. Ce n'était pas difficile pour lui de faire le rapprochement. Il avait passé tellement de temps à l'espionner, à le traquer…
Mais pourquoi une telle apparition ? Et sous cette forme ? Son inconscient lui avait-il joué un tour ? Etait-ce son imagination ?
Harry se secoua et s'assit laborieusement dans le lit. Il n'avait pas envie de penser à Draco Malfoy.
Il laissa son regard parcourir la pièce blanche. Dans un coin, de nombreux bouquets de fleurs étaient entassés. Elles ne sentaient rien. Peut-être un sort les entourait-il pour protéger l'atmosphère. Il s'intéressa ensuite à la table de chevet et aux journaux qui l'encombraient. Il saisit le premier de la pile. Une Gazette datée du 3 novembre. Sans doute la date d'aujourd'hui.
Etait-il resté dans le coma si longtemps ?
En même temps, si son souvenir de la nuit était bon, il s'était fait toucher par un sort de mort. Comment pouvait-il être encore en vie, il l'ignorait, mais… Le sort avait été dévié par la silhouette de Draco Malfoy et ça, il en était presque certain.
Et voilà ! Il recommençait.
C'était comme le jour où, dans sa salle des peut-être, il s'était penché sur l'un des pics rocheux noirs. L'un des plus grands. Celui sur et autour duquel il avait finalement choisi de construire sa forteresse, en faisant peu à peu disparaître le labyrinthe pour laisser place au désert dangereux habité par les souvenirs-lions.
Toucher ce rocher l'avait mis face à des doubles, des personnalités potentielles, qui étaient toutes reliées à des scènes modifiées de son passé où était présent… Draco Malfoy. Des personnalités dérangeantes découlant de fantaisies et de rêveries plus ou moins innocentes. Il avait passé plus de temps, malgré lui, à observer ces « possibles », toutes ces identités potentielles qui, sans le définir complètement, faisaient partie de lui. Et il savait que ça l'emmenait sur des terrains glissants où, parfois, il s'effrayait lui-même.
C'était d'ailleurs pour cette dernière raison qu'il avait choisi de bâtir sa forteresse sur ce rocher. Il lui donnait littéralement vie, alimentant la dangerosité de son double maléfique, son épouvantard, celui qui gardait le château et se cachait en son cœur. C'était un battement de vie malsain, dérangeant, mais définitivement attirant pour tout espion, tout légilimens qui parviendrait à passer la porte de son esprit.
Une fois de plus, Harry secoua la tête pour chasser ces idées parasites. Il ne voulait pas penser à Draco Malfoy.
Il se plongea plutôt dans le dernier exemplaire en date de la Gazette, curieux de connaître les informations officielles qui circulaient dans le monde magique et qu'il avait loupées à cause de sa blessure. Ce dernier numéro relatait notamment l'enquête menée au cimetière de Godric's Hollow et Harry s'y plongea immédiatement.
Il fut pris d'horreur en découvrant l'état des cadavres de ses agresseurs. Etait-ce lui qui avait fait ça ? Un seul homme semblait être mort à cause d'un sort, probablement l'Avada Kedavra, même si l'examen de sa baguette et de celle du seul témoin de la scène – Igor Malinovski – avait révélé qu'ils étaient tous les deux innocents.
Mais… En majorité, les autres hommes étaient morts mutilés. Etait-ce lui ? Le journal mentionnait des traces de crocs sur les victimes. Des crocs qui avaient mutilés des visages et arraché des gorges. Mais le plus perturbant était sans aucun doute la mention d'un dernier détail : l'une des victimes avait été déchiquetée par une mâchoire humaine.
Harry jeta le journal au loin et se pencha violemment hors du lit pour vomir.
Ce goût de sang, dans sa bouche… Cet étrange relent métallique qu'il avait l'impression de sentir partout autour de lui… Ce n'était pas une impression. Il avait, avec une sauvagerie qu'il n'osait même pas imaginer, tué tous ces hommes. C'était une certitude, désormais : il était devenu un assassin.
La bile qui remontait jusqu'à sa gorge le brûlait et les spasmes violents de son estomac pourtant vide lui arrachèrent des gémissements de douleur. Quelqu'un ouvrit la porte et Harry, se sentant faible, honteux et malade comme rarement, éclata en sanglots.
- Assistant Potter, le salua une voix froide et pourtant étrangement rassurante.
Harry leva vers Igor un visage perdu quand il entendit la porte de sa chambre se refermer. Il n'y voyait rien, ses lunettes étant tombées pendant ses spasmes, mais il fut rassuré que ce soit lui le médicomage présent lors de ce moment de faiblesse intense. L'horreur qu'il avait perpétrée et les mille pensées paniquées qui se succédaient dans son esprit lui donnaient le tournis.
Professionnel et sans faire le moindre commentaire, Igor lança des sorts de nettoyage et de stérilisation sur le sol et les draps.
- Je suis content que tu sois enfin réveillé, lui dit-il, beaucoup moins formel qu'à son entrée dans la chambre. Ça va faire bien trois jours que tu dors. Ah ! Et si on te pose la question, je t'informe que je suis maintenant ton médicomage attitré.
A travers ses larmes, Harry laissa échapper un léger rire de soulagement. Igor lui tendit ses lunettes, propres, et Harry leva les yeux vers lui.
- J'aime autant que ce soit toi, confirma-t-il.
Voir les questions dans les yeux d'un autre médicomage. Sa déception, ses doutes, son dégoût peut-être… Il aurait eu beaucoup de mal à le supporter. Ça l'aurait effrayé. Il détestait être jaugé, évalué. Surtout en situation de faiblesse.
Igor lisait attentivement un parchemin, placé au bout du lit, et Harry hésitait à l'interrompre. Mais une question lui brûlait la langue alors que la peur rongeait son esprit. Se pouvait-il qu'il n'ait rien fait ? Que la mort de ces hommes n'ait rien à voir avec lui et que tout ça ne soit qu'une sorte de cauchemar tordu ?
- La Gazette dit que tu as été témoin de ce qui s'est passé à Godric's Hollow. C'est bien vrai ? osa-t-il finalement demander d'une petite voix.
Igor leva les yeux du parchemin.
- Oui.
- Est-ce que… qu'est-ce que tu y as vu ?
- Toi. Ton animagus qui s'est bien défendu.
Harry pâlit drastiquement.
- Alors les Aurors savent que c'est moi qui ait tué ces hommes ? demanda Harry d'une voix blanche. Ils vont venir me chercher ?
- Non. J'ai expliqué à l'Auror qui m'a interrogé que j'avais cru voir un renard attaquer l'un des hommes. Que pour les autres, je n'avais rien vu. C'est la stricte vérité. Il ne m'a pas demandé quel homme était la victime – sinon, il se serait posé des questions sur les cervicales brisées – ou si j'avais plus d'information à propos de l'animal. Les Aurors ne savent pas que tu es un animagus et je n'avais aucune raison de les en informer.
Harry ferma les yeux de soulagement. Ce fut de courte durée quand il se souvint du but de sa question : savoir ce qui s'était passé. Et il avait sa réponse : il avait tué.
- Tes constantes sont bonnes, l'informa Igor. Tu vas t'en sortir sans problème majeur, hormis la double brûlure sur ton bras droit.
Harry rouvrit les yeux et observa son avant-bras avec une espèce de curiosité morbide. Deux brûlures, nettes, rondes et profondes, témoignaient de la violence du sort qui l'avait traversé. Un point d'entrée. Un point de sortie. Et il était encore en vie. Il frissonna.
- Je ne suis pas parvenu à les effacer. Ce ne sont pas des cicatrices ordinaires. Tu vas sans doute devoir les garder.
- J'ai l'habitude, répondit Harry dans un souffle, portant inconsciemment sa main jusqu'à sa cicatrice en forme d'éclair.
- Je ne sais pas par quel processus exact le sort n'a fait que te traverser, mais c'est ce qui te permet d'être encore en vie.
Les deux hommes échangèrent un regard. Il y avait plus derrière tout ça qu'ils ne voulaient le dire. Harry avait vu un fantôme absorber le sort. Igor avait vu le Rêveur changer légèrement la nature du sort. Mais, dans l'immédiat, Harry ne voulait pas passer pour un fou et Igor voulait tenir la promesse qu'il avait faite à Maître Snape : lui et lui seul parlerait du lien à Harry. Et il le tannerait pour qu'il le fasse. Dès le lendemain.
- Je vais t'emmener dans la pièce d'à-côté pour prendre une douche antibactérienne. Ton corps et ta magie sont encore en partie choqués par l'impact du sort, et les sorts antibactériens ne sont pas fiables à cent pour cent sur les corps humains. Je préfère ne prendre aucun risque avec des maladies trop opportunistes.
Harry acquiesça faiblement et Igor l'aida à s'asseoir puis se mettre debout.
- Tu peux t'appuyer sur moi, mais essaie de marcher au maximum par toi-même. Ça m'aidera à affiner mes observations et mes remèdes.
Le jeune sorcier s'appliqua au mieux, même si la tête lui tournait deux fois plus, maintenant qu'il était debout. Et ça lui semblait étrangement… déplacé, de marcher sur ses deux pieds. Il n'était pas à l'aise avec ses mouvements, ni avec son corps, comme s'il n'était pas réellement le sien. Il en fit part à Igor.
- C'est normal, répondit Igor. C'est dû à ta transformation mal maîtrisée en ton animal. Dans l'urgence, tu as oublié qui tu étais en tant qu'être humain et ton animal a pris entièrement possession de toi. Normalement, ton animal ne devrait être qu'une partie de toi. C'est ce qui fait que tu ne te sens pas à l'aise sous cette forme. Tu devrais encore avoir quelques instincts purement animaux ces prochains jours.
Surpris, Igor s'interrompit. L'assistant venait de laisser échapper une sorte de sanglot sec.
- Tout était réel… souffla-t-il d'un air désespéré. Tout…
Igor ne répondit pas immédiatement. Soutenant Harry d'un bras, il poussa la porte de la petite salle de bains de l'autre.
- Je suis un assassin, souffla encore Harry.
Se sentir mal dans son propre corps et entendre Igor parler de son renard lui avaient fait prendre conscience qu'il s'était senti particulièrement à l'aise sous cette forme. A l'aise alors qu'il se débarrassait définitivement de ses agresseurs. Ce qu'il redoutait le plus était en train de se produire : il perdait le contrôle de lui-même et devenait dangereux.
Il était tellement plongé dans ses pensées noires qu'il ne sentit pas Igor lui retirer sa chemise de malade pour l'installer sur le siège d'une petite baignoire pour sorciers indigents. Seule l'eau chaude le tira de son état d'hébétude. Igor, les manches retroussées, l'arrosait à l'aide d'une pomme de douche. Puis le médicomage lui tendit un gant imprégné d'une crème épaisse et sans odeur.
- C'est une lotion spéciale. Elle ne mousse pas, c'est normal. Est-ce que tu peux l'appliquer seul ?
- Oui, murmura Harry en baissant les yeux. Je pense.
Il prit le gant et se savonna maladroitement sous le regard professionnel mais pensif d'Igor. Il se sentait tellement bizarre dans son corps qu'il ne pouvait s'empêcher de grimacer, embarrassé par ses gestes malhabiles.
- Tu viens de te réveiller, dit Igor en poursuivant son explication. C'est normal de te sentir décalé. Demain ou après-demain, tu seras de nouveau habitué à ta forme humaine. Les premières fois, passer d'un état à l'autre est toujours étrange, surtout quand la première transformation a été aussi… complète que la tienne.
Harry lui jeta un rapide coup d'œil.
- Oui, répondit Igor à la question muette. Je suis un animagus, moi aussi.
- Quelle forme ? demanda Harry en laissant sa culpabilité de côté.
- Je ne devrais pas te le dire, jeune homme, dit Igor toujours un peu froidement. Mais ma forme est bien plus dangereuse que la tienne… Plus sauvage. Plus meurtrière.
- Est-ce que… Est-ce qu'on peut apprendre à contrôler la violence de son animal ? Je veux dire… Je suis fait pour chasser et… et tuer, mais… je ne veux pas être un meurtrier et j'ai peur de finir par trouver ça normal.
- Il y a vraiment peu de chances, répondit Igor. Tes remords humains me paraissent trop forts. Quant à la violence de ton animal… Elle n'est pas naturelle, si tu veux. N'oublie jamais qu'un animagus sous sa forme animale reste un être magique. La magie a amplifié tes besoins, tes forces, ton agressivité. Avec un peu d'entraînement, te transformer ne provoquera plus en ce genre de carnage.
- Mais il y a toujours un risque que ça arrive, n'est-ce pas ? demanda Harry en songeant à quel point il avait perdu le contrôle.
- C'est vrai. Je te conseille d'en parler à Maître Snape, demain.
Harry cilla à l'expression employée, comme à chaque fois, même s'il ne dit rien. Igor semblait avoir un respect envers le professeur de potions qui dépassait de loin sa compréhension, et aucune de ses remarques précédentes n'avait pu lui faire abandonner cette formulation.
- Je vais lui demander de passer, continua Igor. Lui aussi connaît ta forme animagus et, s'il n'en est pas un lui-même, je pense qu'il a prévu de te mettre en contact avec un animagus confirmé.
- Oui, la directrice, je suppose. C'est elle qui m'a aidé, au début, pour organiser mon esprit et trouver ma forme animale.
- Je vois. Il m'avait bien semblé sentir un petit quelque chose d'animal sur elle.
- Le problème, reprit Harry doucement, c'est que je ne suis pas sûre qu'elle puisse comprendre à quel point mon animal est dangereux. Et si je lui révèle ce que j'ai fait, j'ai bien peur que son sens de la justice l'amène à en parler aux autorités….
- Hum… Je suppose que si la directrice n'est pas en mesure de t'aider, tu peux venir me voir. Je t'apprendrai à contrôler ce désir de chasser, déclara fermement Igor.
Harry acquiesça. Puis il se concentra de nouveau sur sa toilette. Quand ses yeux se posèrent sur la marque de brûlure, il la frotta durement. Encore plus durs furent ses mouvements pour se nettoyer les mains. Il avait l'impression qu'elles étaient pleines de sang. Que tout le monde s'en apercevrait au premier regard. Il lâcha le gant, ferma ses poings durement et serra les dents. Qu'avait-il fait ?
Igor avait observé la gestuelle révélatrice de son patient et il secoua la tête. Il comprenait et partageait l'horreur du garçon pour les morts violentes. Mais il ne partageait pas autant ce sentiment de culpabilité que l'assistant dégageait. Peut-être avait-il été plus abimé que le jeune homme ? La trahison et la violence étaient entrées dans sa vie si tôt, si brusquement…
En tout cas, il pouvait toujours faire quelque chose pour soulager la conscience torturée de son patient.
- La première fois que j'ai tué, déclara Igor d'une voix détachée, j'avais 11 ans.
Harry leva les yeux vers lui, son attention immédiatement captée par les mots qui, de toute évidence, lui étaient destinés. Il desserra légèrement les poings et écouta attentivement.
- Ils étaient quatre hommes. Quatre chasseurs. En Russie, les sorciers sont traqués pour être éliminés. Généralement, les équipes d'exterminateurs qui sillonnent le pays tuent les adultes et capturent les enfants. Pour les primes élevées qui sont offertes en échange. Les sorciers vivent rarement vieux. Il est impossible de transplaner pour fuir et, de toute façon, il n'existe aucune école qui puisse permettre aux enfants de maîtriser leur pouvoir. La plus proche est Durmstrang, mais il faut être d'un bon lignage, avec une fortune raisonnable, pour y entrer.
Harry ne lâchait pas Igor des yeux. Ce dernier croisa les bras et sa voix se fit plus froide que d'ordinaire, quand il continua.
- Parfois, il s'avère que ces chasseurs « jouent » avec leur gibier.
- Vous… ? commença Harry, sans bien savoir s'il voulait connaître la réponse.
- Non. J'aurais préféré.
Igor ferma les yeux et prit une profonde inspiration pour continuer son histoire. Il ne faisait aucun doute qu'elle était encore vive et douloureuse dans sa mémoire.
- Il s'appelait Nikolaï. C'était mon petit frère. Il était « magique » et j'étais excessivement fier de lui. Mes parents n'avaient jamais été très riches et, dans la campagne reculée où nous vivions, la vie était difficile. Quand mon frère est né, elle m'a semblé soudain plus douce, plus belle. Ça valait le coup de se battre pour vivre. Rapidement, mon frère a montré des dons pour faire pousser de quoi manger sur la lande froide. Il améliorait notre vie, de plus en plus. Il utilisait ses dons de façon généreuse et j'ai cru que nous pourrions vivre ainsi, heureux, pour toujours.
Harry eut un minuscule sourire. Le visage d'Igor était doux, quand il parlait de son frère, même si sa voix restait glacée. Il avait dû beaucoup l'aimer. Les mots du médicomage trouvaient leur écho en lui. S'il avait eu un frère ou une sœur, lui aussi aurait été heureux. Et subir les Dursley aurait même eu du sens.
- Que s'est-il passé ? demanda-t-il quand il fut évident qu'Igor était perdu dans ses pensées.
- Nos parents ont vendu mon frère. Pour de l'argent et la possibilité de s'installer en ville. Ils ont prévenu une équipe d'exterminateurs et sont partis, nous laissant là. Sur le coup, je n'avais pas compris pourquoi ils étaient partis en ville sans nous. Je n'avais pas non plus compris que c'était définitif. C'est bien plus tard que j'ai pris la pleine mesure de ce qui s'était passé.
- Leurs propres enfants… souffla Harry, horrifié.
- Ne les juge pas trop vite. C'était la mentalité de notre région : les enfants apportaient bien plus de problèmes que d'avantages et on ne cherchait pas à en avoir. Un enfant naissait ? Bon. Et bien qu'il travaille. Il mourrait ? Tant mieux, c'était toujours une bouche en moins à nourrir… Les terres étaient trop rudes pour nourrir tout le monde. Et rares étaient les propriétaires qui auraient pu léguer quoi que ce soit à leurs enfants. Alors pourquoi en avoir ?
- Je n'arrive quand même pas à comprendre, dit Harry calmement. L'un de mes rêves est d'avoir une famille nombreuse.
- C'était ainsi, statua Igor en haussant les épaules. Quand les chasseurs sont arrivés, ils ont trouvé deux enfants au lieu d'un. Ça les a mis en colère. Ils voulaient celui d'entre nous qui était le sorcier, mais on avait trop peur d'eux pour répondre. C'est quand ils nous ont menacés que j'ai compris qu'ils voulaient du mal à mon frère.
- Nikolaï ! Cours ! cria Igor à son petit frère, en l'entraînant le plus rapidement possible vers la maison.
Aucun des quatre hommes ne bougea, mais tous éclatèrent de rire en voyant les deux petites formes s'enfuir et se barricader derrière la porte de chez eux. Ils étaient naïfs de croire qu'ils pourraient leur échapper. Les quatre hommes s'avancèrent en roulant des épaules, clairement amusés.
- Andropov ! Passe derrière et vérifie qu'il ne reste aucune issue, fit une voix, calme et sans pitié.
Le petit Igor sentit la peur ramper en lui. Ces hommes ne leur voulaient définitivement pas du bien. A côté de lui, effrayé par les voix et la course effrénée de son grand frère, Nikolaï pleurait. Lui aussi avait très peur, et Igor en voulut encore plus aux quatre hommes.
- Attention ! prévint Igor d'une voix tremblante. Mes parents vont bientôt rentrer et ils seront en colère !
Le jeune garçon ne comprit pas pourquoi sa menace fut accueillie par des rires tonitruants. Mais son faible sentiment de sécurité vola en éclats.
- Aucune autre issue, déclara le dénommé Andropov en revenant. Ils sont tout à nous.
- Bien. Droski, défonce cette porte.
Trois coups d'épaule violents lui suffirent pour exploser le bois. Derrière, les deux jeunes garçons s'étaient mis à hurler. Celui qui avait ouvert attrapa Igor et lui tordit les bras vers l'arrière. Igor tenta bien de lui donner des coups de pieds, mais sa rébellion n'eut pour résultat que d'avoir les bras tordus encore plus fort.
Le leader, l'homme qui ne cessait de donner des ordres aux autres, attrapa son petit frère et le jeta dehors sans le moindre égard.
- Nikolaï ! cria Igor, effrayé par les pleurs redoublés du petit garçon.
Droski poussa Igor au-dehors et les deux enfants furent ramenés sur la lande glacée.
- Je veux savoir qui de vous deux est le sorcier, déclara le leader d'une voix dangereuse. Maintenant ! Je n'ai pas de temps à perdre avec vos idioties et vous n'avez pas envie de me voir en colère, croyez-moi.
Igor regarda son petit frère, paniqué. Il semblait si petit et si fragile sous la poigne rude des chasseurs.
- Moi ! C'est moi ! cria-t-il en espérant qu'ils laisseraient Nikolaï tranquille. Je suis un sorcier !
Les quatre hommes ricanèrent tandis que le leader venait s'accroupir devant lui. Il lui saisit violemment le menton et observa son visage sous toutes les coutures.
- Montre-moi, exigea-t-il.
- Euh… Je… Je ne sais pas la faire quand je veux, paniqua Igor, incapable de lancer le moindre sort.
C'était son frère qui était réellement magique. Et il était vraiment bon, même s'il était un sorcier. Il ne faisait de mal à personne. Il faisait seulement pousser des plantes et des fleurs.
- Maintenant ! lui hurla le leader, peu patient.
- Je… Je ne sais pas ! cria Igor en retour, éclatant en sanglots.
- Bien.
L'homme se releva lentement, un rictus mauvais aux lèvres. Igor le suivit des yeux, à travers ses larmes. Son cerveau d'enfant ne parvenait pas à comprendre ce qui se passait, ni à anticiper la cruauté naturelle de certains hommes. Il savait juste qu'il avait peur et que tout ça était bien pire que les punitions occasionnelles de ses parents. Le leader fit un signe aux deux chasseurs qui encadraient Nikolaï. Ces derniers attrapèrent le garçon, chacun par un bras, et le maintinrent fermement. L'homme s'avança puis se retourna vers Igor, visiblement dans l'attente d'un acte magique. Ne voyant rien venir, il se tourna vers Nikolaï et lui asséna la plus grande gifle qu'il lui ait été donné de voir.
Le cri d'Igor fut au moins aussi fort que celui de son frère.
- Alors ? Toujours rien ?
- Je ne sais pas… Je ne sais pas… S'il vous plaît, supplia Igor.
L'homme secoua la tête d'un air navré et jeta un œil à ses équipiers avant de revenir se placer à la hauteur d'Igor. Leurs sourires de connivence avaient apparemment eu du sens pour lui.
- Ecoute bien ce que je vais te dire, mon petit. Tu nous prouves que tu es un sorcier et on t'emmène en laissant ton frère tranquille. Autrement…
- Je ne sais pas ! Je ne sais pas ! cria Igor en secouant la tête hystériquement. Laissez-le, s'il vous plaît ! C'est moi le sorcier ! Nikolaï n'a rien fait, c'est de ma faute !
- Je ne vois toujours pas de magie, déclara l'homme en savourant chaque mot.
Il se leva à nouveau et Igor supplia de plus belle, simplement conscient que les choses allaient empirer pour son frère. Mais l'homme fut totalement sourd à ses cris. Et Nikolaï reçut coup sur coup. Partout, les gros poings meurtrissaient le petit corps. Nikolaï avait cessé de crier et semblait à peine conscient tandis qu'Igor, horrifié, n'avait cessé de hurler. L'un des deux hommes qui maintenaient ses bras secoua un peu le garçon et n'obtint presque aucune réponse.
- Il est mort ? demanda le leader, curieux.
- Pas encore. Presque.
- Ok. Lâchez-le.
Igor eut un sursaut d'espoir en entendant l'ordre, même si l'état de son frère le terrifiait. Il s'était affaissé sur lui-même, assis sur ses talons, bringuebalant comme si son corps ne tenait plus que par réflexe et non par sa volonté.
- Nikolaï… supplia Igor, la voix cassée par ses cris. Nikolaï, réponds-moi…
- Bon. Autant finir le travail, déclara platement le leader, en regardant le garçon blessé.
Il ajusta son pied et, d'un coup particulièrement bien placé, il lui fracassa la mâchoire. L'impact résonna comme un coup de tonnerre et Igor sut qu'il ne pourrait jamais oublier ce son. Il hurla de toute la force de ses poumons alors que le corps de Nikolaï percutait le sol sans la moindre résistance, dans une pose grotesque.
Le chasseur s'avança et donna quelques coups de pieds dans le corps. Aucune réaction.
- Maintenant, il est mort, statua l'homme avec une satisfaction malsaine.
Et Igor le sentit. Là, au fond de lui. Un monstre tapi qui hurlait à la mort pour la perte de son frère. Et Igor hurla une nouvelle fois. Un cri inhumain, de douleur, de colère et de haine. Un cri qui fit se recroqueviller les chasseurs en tentant de se boucher les oreilles. Igor brûlait de l'intérieur. Il bouillait. Et quand son cri de douleur cessa, la rage et la haine qu'il avait accumulées en lui explosèrent. Et tout explosa. Littéralement.
Quand il reprit conscience de son environnement, les quatre chasseurs gisaient sur la lande désormais calcinée. Eparpillés en plusieurs morceaux. Eperdu, Igor se jeta sur le corps battu de Nikolaï, le prit dans ses bras et le berça, pleurant toutes les larmes de son corps.
Jamais plus il ne pourrait consoler ainsi son frère, après un cauchemar. Jamais plus il ne pourrait lui parler, le faire rire en admirant ses talents.
- Bonjour petit. Que dirais-tu de me suivre ?
Igor leva les yeux. Un jeune homme avec les cheveux corbeau le regardait avec insistance.
- Pourquoi ? demanda-t-il, méfiant et prêt à se jeter sur lui pour se défendre.
- Parce que quand les gens arriveront ici, ils ne seront pas tendres avec toi.
Le jeune homme désigna les bouts de corps éparpillés et Igor vit, avec une fascination mêlée d'horreur, qu'il était couvert de sang et de chair. Il reposa son frère au sol et leva ses mains devant ses yeux. Horrifié, il rendit le peu qu'il avait mangé et se précipita contre un arbre pour y frotter ses mains et ses bras. Durement. Il voulait que tout ce sang disparaisse de sa peau. Il était un monstre. Et son frère était mort par sa faute.
Igor interrompit son récit et regarda ses mains comme Harry l'avait fait plus tôt. Il avait le regard hanté. Et Harry comprit. Tout était pareil pour lui. Le dégoût de lui-même, de son corps… Igor se détendit légèrement en repensant à la fin de cette scène, de ce cauchemar. Maître Snape l'avait aidé à survivre. Et il chérissait cette scène qui avait fait basculer sa vie et qu'il ne partagerait avec personne.
- Arrête, ordonna la voix du jeune homme aux cheveux noirs.
- Non !
- Alors laisse-moi t'aider.
- Pourquoi ? Et comment ? demanda Igor, se sentant soudain terriblement seul.
- Je peux t'emmener avec moi et te sauver des chasseurs, t'apprendre à maîtriser ta magie et te permettre de vivre.
Igor regarda le jeune homme, suspicieux.
- Ce n'est pas moi qui suis magique. C'était mon frère.
- Vraiment ? Tiens, dit l'homme en lui tendant un morceau de bois. Prends ma baguette et lance un sort. Tu verras, c'est très naturel.
Igor prit la « baguette » tout doucement, effrayé. Les baguettes étaient faites pour les mauvais sorciers, les gens dangereux que les chasseurs cherchaient. Son frère était bon. Il faisait pousser les plantes sans baguette. Est-ce que lui était un mauvais sorcier ? Un de ceux qui étaient capables de lancer d'horribles sorts dans les histoires ?
Les sourcils froncés, avec un air extrême de concentration qui sembla attirer encore plus l'attention de l'homme à la baguette, Igor brandit le morceau de bois et cria « Hocus Pocus ! ». Trente secondes après, il n'avait toujours pas bougé. Et rien ne s'était passé. Le jeune homme aux cheveux noir corbeau, qui s'était visiblement retenu autant que possible, éclata de rire. Et Igor se sentit infiniment vexé.
- La magie ne fonctionne pas comme ça, dit-il après avoir rapidement repris son sérieux. Laisse-moi te montrer…
Et il lui montra. Il lui montra des sorts et aida Igor à enterrer dignement son petit frère. Et Igor accepta de suivre l'homme sec mais étrangement rassurant, qui avait réussi à effacer toutes les traces de sang sur lui. Sauf dans ses cheveux. Igor le lui avait demandé. Il voulait que les gens sachent qu'il était mauvais. Qu'il avait tué.
- Est-ce que… la culpabilité… diminue ? Après ? demanda Harry pour couper le long silence et la fascination d'Igor pour ses propres mains.
Harry ne savait pas exactement ce qu'il voulait savoir. Avoir pris conscience qu'il avait tué, s'apercevoir qu'il avait pris la vie d'autres êtres humains lui donnait l'impression que sa vision de lui-même et du monde avait été profondément chamboulée. Comment passer outre la culpabilité, la connaissance d'avoir fait quelque chose d'aussi… horrible ? Etait-ce seulement envisageable ?
Igor se leva et ramassa le gant tombé dans le bac de douche.
Le jeune Harry ne pourrait pas comprendre qu'il ne se sentait plus réellement coupable de la mort de ces gens. La seule culpabilité qui le rongeait était due à son manque de contrôle. Lui qui avait la violence en horreur, il devait admettre qu'y céder malgré lui, lui donnait l'impression de trahir la mémoire de son frère. A ce niveau-là, c'était vrai, sa culpabilité ne partirait jamais.
Igor rinça le gant et le recouvrit à nouveau avec la lotion spéciale, avant de le rendre à son patient. Harry l'accepta sans broncher et recommença à se nettoyer. Igor triturait maintenant une de ses mèches de cheveux rouges. Rouge sang.
- J'ai tué ces hommes, répondit finalement Igor, la voix basse. Ils étaient les premiers. Je suis dangereux, je le sais, mais je fais tout mon possible pour me contrôler. Mais parfois, c'est plus fort que moi et la violence prend le dessus. C'est que… Je ne supporte plus de voir des gens battus ou malmenés…
Pendant l'été, il aurait pu perdre précocement le rêveur à cause de la haine manifestée par de jeunes sorcières inconscientes et incapables de se contrôler. Il n'avait pas pu supporter de voir Draco Malfoy battu au point d'être presque inconscient. Cette vision avait été un rappel bien trop violent de son enfance et de la mort cruelle de son petit frère(*). Au moins avait-il été capable d'agir, cette fois.
- Je n'ai jamais acquis un contrôle parfait sur ma propre bête intérieure et je perds totalement pied quand la colère prend le dessus. C'est pour ça que la culpabilité ne partira jamais. La médicomagie, en me permettant de soigner autant de gens que possible et en réfrénant certaines possibilités magiques, me permet de trouver une sorte d'équilibre. Mais la culpabilité fait partie du tout.
- Je vois, murmura Harry en terminant de se laver. Pourtant, tu sembles toujours si calme…
Il tendit le gant au médicomage qui s'en saisit pour lui laver le dos aux endroits inaccessibles.
- Tu sembles tellement posé et inaccessible aux tourments… Je t'envie souvent.
- Tu as tort. Ne m'envie pas, au contraire. J'oublie parfois que ressentir est ce qui fait de moi un être humain à part entière. Se sentir coupable vaut mille fois mieux que rester froid devant ses actes. Maintenant, lève-toi et tient-toi à cette barre.
Harry obéit et se souleva avec difficulté, conscient soudain de son immense fatigue. Il laissa Igor finir de nettoyer chaque repli sans protester, avant de profiter de l'eau chaude qui le rinçait abondamment. Il resta silencieux jusqu'à ce que le médicomage le ramène à sa chambre, où il le remercia pour son aide et sa discussion. Il n'avait plus envie de penser à tout ça, pour le moment.
Quand Igor remonta le drap propre sur lui, Harry était déjà endormi. Le Russe eut un sourire sec puis sortit rapidement. Il devait voir Maître Snape.
IMSSIMSSIMSSIMSSIMSSIMSSIMSS
Mardi 3 novembre, fin de soirée.
Igor cogna fermement contre la porte des appartements de Maître Snape. Ce dernier lui ouvrit avec un temps de retard et sans sa robe de professeur habituelle. Il eut l'air surpris.
- Igor ? Je croyais que tu restais à Sainte Mangouste tous les soirs, maintenant. Pour Potter.
- J'ai laissé une infirmière compétente se charger de l'assistant, avec ces instructions précises. Il s'est réveillé ce matin.
- Tu n'es pas censé me parler trop vite. Les Aurors enquêtent toujours et je ne veux pas qu'ils s'intéressent à moi, tu le sais.
- Je sais, confirma Igor. Mais j'ai besoin de discuter avec vous. Il faut que vous alliez parler avec l'assistant. Il doit savoir, pour son lien avec votre filleul.
Le visage du maître des potions s'assombrit, mais l'homme s'effaça pour laisser entrer le médicomage.
- Installe-toi, dit-il en désignant un fauteuil. Je vais chercher notre bouteille spéciale.
Igor ricana. Le vin des elfes était délicieux, mais trop fin et parfumé pour simplement… picoler. Leur eau-de-vie d'alisier, par contre, était suffisamment carabinée pour les rendre tous les deux plus que joyeux en un seul verre. Si Maître Snape le sortait, c'est qu'il avait compris qu'ils allaient parler de la dette de vie du Rêveur, et Igor savait que le sujet des dettes de vie était sensible pour le potionniste.
- Tiens, lui dit ce dernier en lui tendant un verre à moitié plein. Maintenant, explique-moi pourquoi diable cette discussion avec Potter te semble si urgente. Que je sache à quoi m'en tenir quand j'irai lui parler.
- Plusieurs raisons me poussent à penser que ce lien est profond et qu'il faut absolument en parler à l'assistant. Je suis vraiment inquiet.
- Je t'écoute.
- Il y a d'abord l'importance de Draco Malfoy. Vous et moi savons qu'il est un Rêveur en devenir, mais j'ai l'intime conviction qu'il est le Rêveur Ultime. Celui de la légende des Temps Sombres.
Severus Snape fronça les sourcils. Igor lui avait déjà expliqué la nature de cette légende et du Rêveur Ultime, supposé annoncer les Temps Sombres. Il frissonna en repensant à ce qu'il connaissait déjà des Temps Sombres et en repensant à l'air effrayé des tableaux des anciens directeurs de Poudlard. Il voulait remettre en cause l'instinct d'Igor, mais Albus Dumbledore lui-même semblait avoir compris – bien avant tout le monde – ce que pouvait représenter Draco Malfoy pour le monde magique.
- Bon. Pourquoi cette conviction ?
- La première lettre que j'ai lue de Draco, quand il me demandait des informations sur les épreuves d'entrée au Palais, me l'a montré en tant que Rêveur Ultime potentiel. Parce qu'il avait les pouvoirs du rêveur et qu'il comptait bien apprendre à les maîtriser et à leur survivre. A l'époque, mon incertitude m'avait poussé à la prudence et je n'ai pas voulu lui donner trop d'informations trop vite, même si j'étais fier de l'avoir poussé vers le Palais et la magie verte. Le meilleur endroit, selon moi, pour bien maîtriser ses dons en divination.
- Je me souviens de tout ça, confirma Severus. Tu m'avais dit que tu ne lui en apprendrais plus que s'il parvenait à t'atteindre par télépathie.
- Oui. Et c'est ce qu'il a fait. Plusieurs fois. Et samedi soir dernier, quand il m'a appelé à l'aide pour sauver l'assistant Potter, il a légitimé son pouvoir dormant en me poussant à agir. Comme pour Anna, il a fait de nous des Gardiens de fait. On ne peut pas ignorer un appel du rêveur. Quand il s'adresse à nous, nous devenons ses gardiens et nous devons le suivre.
- Pourquoi ses premiers appels n'ont pas fait de toi un Gardien de fait ? Et quand est-ce qu'il a essayé de t'appeler ?
- Il a essayé deux ou trois fois, alors qu'il était en danger. Ne vous fâchez pas : au moins un autre Gardien est à ses côtés. C'est pour cette raison que je n'avais pas besoin d'agir. Par ailleurs, vous savez comme moi qu'il est à l'autre bout du monde. A partir de là, je ne lui suis d'aucune aide. Je suis incapable de transplaner si loin.
- Personne ne l'est, confirma sombrement le professeur.
- Toujours est-il qu'à cette époque pas si lointaine, je n'étais qu'une porte – sous l'autorité de l'Ancien – et que je n'étais pas encore un Gardien au sens complet du terme. Je le suis aujourd'hui. Et si on compte Anna et le ou les autres Gardiens qui sont outre-Atlantique, alors on peut dire que le Rêveur est en train de rassembler ses Gardiens. Il s'affirme de plus en plus comme le Rêveur Ultime.
- Parce qu'il vous rassemble autour de lui ? s'étonna Severus.
- Exactement. La première fois où j'ai compris qu'Anna O'Brien était une Gardienne, j'étais effrayé.
- Oui. Tu n'arrêtais pas de l'éviter. D'essayer de l'éviter, du moins. Ce n'est plus le cas, maintenant. N'est-ce pas ? demanda le potionniste d'un ton moqueur, pour alléger l'ambiance.
- Effectivement, marmonna Igor, le visage légèrement coloré. Mais cela importe peu dans ma démonstration, dit-il en revenant au sujet principal de leur conversation. Le fait est que plus le besoin de se rassembler est fort, plus le danger qui nous menace est proche. Anna et moi avons envoyé un gage de notre soumission au rêveur en même temps que le livre que je lui avais promis. Nous sommes donc au moins trois Gardiens de fait, désormais. C'est pour cela que je suis persuadé que Draco Malfoy est le Rêveur Ultime.
- Bien. Tu m'as convaincu de son importance pour le monde magique, déclara Severus avec inquiétude.
Igor observa le maître des potions vider le fond de verre qui lui restait avant d'y verser à nouveau de l'eau de vie d'alisier. Il tendit lui-même son verre vide, pour profiter aussi de l'apaisement généré par cet alcool d'elfes.
- C'est pour cette raison, dit doucement Igor, que j'ai besoin que vous parliez de Draco Malfoy avec l'assistant.
- Tu m'as répété d'innombrables fois qu'il ne fallait surtout parler de la nature de rêveur de mon filleul à personne. Pour le protéger.
- Je ne veux pas que vous lui parliez du Rêveur, exposa Igor calmement. Je voudrais que vous lui parliez de la dette de vie, de leur lien.
- Pourquoi ? s'énerva le professeur. Je t'ai déjà parlé des dangers liés à une dette de vie si profonde. Je n'étais qu'un Sang-mêlé et ma magie me poussait à me soumettre à… peu importe ! Mais imagine que Potter prenne conscience du pouvoir qu'il a sur un jeune homme à la magie aussi pure que celle de mon filleul ! S'il sait… S'il s'aperçoit de tout ce qu'il peut lui demander… Je n'ai aucun doute qu'un tel pouvoir corrompra définitivement le « Sauveur » du monde magique.
Igor fronça les sourcils. Lui aussi avait peur pour le Rêveur. Les Gardiens avaient besoin d'un guide, capable de combattre avec eux les Temps Sombres. Si celui qui avait le pouvoir d'empêcher le déchirement du Voile se retrouvait soumis à un autre… Si la dette était si puissante qu'elle pouvait aliéner le pouvoir du rêveur… alors la lutte contre les Temps Sombres serait perdue d'avance…
- Je pense, déclara Igor tout en réfléchissant, que si vous présentez à l'assistant le danger de corruption de son âme, il y sera sensible. Même s'il était en situation de légitime défense, apprendre qu'il a tué plusieurs hommes samedi dernier l'a rendu terriblement malade.
Severus Snape laissa échapper un grognement qui pouvait aussi bien être approbateur que méprisant.
- Mais, continua Igor, il faut qu'il soit au courant de cette dette. Au départ, j'espérais simplement me servir de lui et de ce lien pour apaiser le Rêveur à distance.
- Et tes motivations sont différentes, maintenant ?
- Oui. A cause de la profondeur de leur lien. Le Rêveur est essentiel pour lutter contre les Temps Sombres, et il s'est volontairement jeté devant un sort de mort pour sauver l'assistant. Certes, il s'agissait d'une projection de son esprit et je ne pense pas qu'elle ait été définitivement endommagée. Mais si le Rêveur que je pense être le Rêveur Ultime est capable de faire passer Harry Potter avant lui-même, de mettre sa vie en danger sans hésiter…
- Alors nous pouvons perdre le Rêveur Ultime et nous serons perdus.
Igor acquiesça sombrement.
- Si le lien qui lie ces deux jeunes gens est aussi puissant et que le Rêveur ne peut pas pondérer ses actions lui-même pour nous sauver, alors quelqu'un d'autre doit le faire. L'assistant. Et pour qu'il fasse attention à ne pas mettre le Rêveur en danger, il faut qu'il sache pour la dette de vie.
- Mais pas pour la nature de Rêveur de mon filleul.
- Exactement, confirma Igor. Le Rêveur doit être protégé de la convoitise de tous. Ses dons en divination sont bien trop importants pour prendre le moindre risque, en attisant les désirs de puissance et de connaissance des hommes.
Severus Snape poussa un profond soupir.
- D'accord, capitula-t-il. J'irai parler à Potter de cette dette de vie et le mettre en garde contre ses dangers pour mon filleul. Mais je vais te dire une bonne chose…
Il avala une gorgée d'eau-de-vie.
- …le garçon va me détester.
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Mercredi 4 novembre, midi
Harry remercia la jeune infirmière qui venait de lui apporter son repas et la regarda s'éloigner en gloussant. Visiblement, elle était sous son charme et n'avait aucunement peur de lui. En même temps, il était vrai que les enquêteurs n'étaient pas parvenus – pour le moment – à le relier formellement aux traces de morsures animales…
Le fait que des Mangemorts étaient déjà morts sous les sabots d'animaux le mois précédent – même si Harry avait dans l'idée que les statues magiques sur les tombes de ses parents étaient les vrais coupables – et le fait que les sorciers connaissaient vraiment mal le monde moldu poussaient les enquêteurs à croire à une sorte d'heureux hasard. Seul Kingsley connaissait réellement le monde moldu. Mais Harry avait dans l'idée que l'investigation de l'Auror en chef n'était pas portée sur la mort des Mangemorts, mais plutôt sur leur survivance en tant que groupe et leur rassemblement au cimetière.
Quand l'infirmière eut refermé la porte derrière elle, Harry jeta un œil critique à son repas : un peu de salade, un peu de pâtes, une tranche de roastbeef froid, un yaourt et une banane. Mouais. Il avala la viande sans y penser à deux fois et repoussa le plateau.
Il détestait les hôpitaux, c'était clair pour tout ceux qui le connaissaient. Il voulait bouger et s'aérer l'esprit. Se trouvant suffisamment en forme pour un peu de marche, il décida de rendre visite à Luna, qui était dans une autre aile de l'hôpital avec son fils nouveau-né. Il avait besoin de parler avec elle à propos de l'échec de son appel. Besoin de la voir et de savoir si elle lui pardonnait réellement tout ce qui s'était passé.
Ce fut cependant avec difficulté qu'il trouva la chambre de son amie, toujours mal à l'aise sur ses deux jambes, et avec déception qu'il fut renvoyé par le médicomage présent. Ce dernier l'avait intercepté au moment où il allait frapper pour lui expliquer que les visites étaient pour le moment interdites. La magie de la jeune maman et celle de son fils avaient encore besoin de guérir et de se retrouver l'une l'autre.
La surexposition du fœtus et la panique de Luna pendant son agression avaient provoqué un malsain mélange des deux magies. Ils avaient besoin de rester tous les deux seuls pour se soigner, sans la présence extérieure et perturbante d'un individu tiers.
Harry grogna vaguement son mécontentement, mais partit sans faire d'histoire. Il voulait vraiment que Luna et son fils soient totalement hors de danger.
Il tourna dans un couloir adjacent et s'aperçut qu'il n'était pas très loin de l'aile pour les maladies mentales. La nouvelle aile qui avait été créée par le ministère et qui, en partie, était occupée par les Mangemorts légalement irresponsables. Harry fronça les sourcils et décida de vérifier la bonne santé de Pansy Parkinson par le judas de sa petite chambre.
Une fois arrivé devant la bonne porte, il fut surpris par une infirmière qui, ici aussi, était venue apporter un plateau de nourriture.
- Bonjour, monsieur Potter, le salua-t-elle gentiment. Comment allez-vous ?
- Je me remets, répondit-t-il à la femme dont l'embonpoint lui faisait, d'une certaine manière, penser à madame Weasley. Et vos patients ?
La femme énergique laissa son regard parcourir le couloir vers les cellules habitées. Elle fit une petite moue avant de répondre.
- Je ne pense pas que tous ces gens vont s'en remettre, monsieur Potter. Les Mangemorts n'ont pas été tendres, même avec les leurs. Peu nombreuses sont les infirmières qui acceptent de venir voir les patients de cette aile, mais… franchement, quand je les vois, j'ai plus l'impression d'être devant des victimes que des bourreaux.
Harry haussa les sourcils.
- N'ayez pas l'air si surpris, dit-elle en le regardant dans les yeux. Vous savez bien que les treize personnes de cette aile n'ont plus toute leur tête. Certains sont apathiques comme nos patients des maladies incurables, d'autres sont paniqués par le moindre bruit comme des enfants en plein cauchemar et d'autres ont des crises de larmes ou de colère par intermittence. Vous le savez. N'est-ce pas vous qui avez témoigné pour aider la jeune Parkinson, derrière moi ?
- J'ai témoigné, c'est vrai… Je vous suis reconnaissant d'aider ces personnes malades, même si je ne suis probablement pas la personne la plus émue par leur détresse.
L'infirmière lui adressa un petit sourire et fit rouler son plateau jusqu'à la chambre suivante.
- Qu'êtes-vous venu faire dans cette aile, alors, monsieur Potter ?
Harry suivit la petite femme replète du regard.
- Je suis juste… venu voir comment se portait Pansy Parkinson, admit-il.
- C'est une bonne chose que je ne sois pas la seule personne qu'elle puisse voir. C'est l'une des seules patientes qui n'a plus ni famille, ni amis. Ses crises sont plus fréquentes que celles de mes autres pensionnaires et elle se perd bien plus souvent qu'eux hors de la réalité. Et dans son monde, j'ai la triste impression qu'aucun être humain n'est simplement humain avec elle.
- Qu'en disent les psychomages ? demanda Harry.
- Les psychomages ? renifla l'infirmière avec un mépris mal réfréné. A part pendant les procès, pour statuer de l'insanité de mes patients, il n'est aucun psychomage qui ait accepté de frayer avec l'esprit d'anciens Mangemorts.
- Est-ce mal si je comprends leurs réticences ? demanda Harry d'une voix douce.
L'infirmière soupira.
- Non, ce n'est pas mal, admit-elle. A vrai dire, je suis l'une des premières à détester les Mangemorts, parce que nous sommes au contact de leurs victimes chaque jour. Mais voilà. Je n'ai pas l'impression qu'on puisse qualifier réellement mes patients de Mangemorts…
Harry jeta un œil sur la porte de la cellule de Pansy.
- Que diriez-vous de voir par vous-même ce que j'essaie de vous expliquer ? proposa l'infirmière tranquillement.
Elle entra dans la cellule suivante avec un plateau qui ressemblait beaucoup à celui auquel lui-même avait eu le droit, si ce n'était les plus petites quantités. Il se passa une main dans les cheveux, hésitant, puis s'avança jusqu'au judas pour jeter un œil dans la petite chambre. Pansy Parkinson était assise devant la fenêtre et elle n'avait visiblement pas l'intention de toucher au repas devant elle…
Harry se tourna vers l'infirmière, quand celle-ci ressortit de la cellule voisine les mains vides.
- Je crois que j'aimerais entrer. Si vous êtes sûre que ça ne présente aucun risque.
- Je doute que qui que ce soit risque quoi que ce soit dans ces cellules, répondit l'infirmière sérieusement. Elles sont lourdement enchantées et ne possèdent aucun objet réellement dangereux.
Elle s'avança et tapota la porte de sa baguette. On entendit un déclic et elle lui ouvrit la porte.
- Je vous laisse dix minutes, le temps de finir ma distribution, puis je reviendrai vous chercher, lui dit-elle aimablement. Au moindre problème, vous avez un bouton à côté de la porte. Il active un enchantement qui paralyse le patient et fait sonner ma baguette. Dans ce cas, j'arriverai immédiatement.
Harry acquiesça, même si ce n'était pas pour lui qu'il était inquiet des risques. Plus pour la santé mentale et physique de la sorcière internée. Après tout, il avait sa baguette et il se sentait encore un peu… dangereux. Mais il redressa les épaules, bien décidé à se montrer courtois avec la malade, et entra dans la cellule.
Pansy ne tourna pas immédiatement la tête vers lui. Quand le dispositif de la porte émit un nouveau déclic, prouvant que la cellule était à nouveau puissamment fermée, elle émit un soupir et se tourna vers son plateau.
- Je n'ai pas eu faim, Thémis. Tu peux reprendre mon plateau…
Harry se demanda à quel point la jeune femme pouvait perdre la notion du temps… Après tout, on venait à peine de lui apporter son repas.
- Hum… Bonjour, Pansy, lança-t-il aussi aimablement que possible.
Elle tourna promptement vers lui un regard effrayé, avant de s'adoucir quelque peu en le reconnaissant.
- Potter. Qui t'a permis de m'appeler par mon prénom ? On n'a pas élevé les Croups ensemble, à ce que je sache. Et qu'est-ce que tu fais chez… moi ?
La fin de sa phrase fût hésitante, alors qu'elle observait la petite pièce dans laquelle elle se tenait. Elle semblait avoir des difficultés à se souvenir de la raison de sa présence ici.
- Je suis juste venu voir comment tu allais.
Elle resta silencieuse un instant, à le sonder, avant de reprendre la parole.
- Et en quoi mon état pourrait-il intéresser le grand Survivant ? ironisa-t-elle. Ce serait une grande première.
- Ne sois pas agressive, s'il te plaît, demanda Harry en gardant son calme. Ton état m'intéresse tout simplement. Et puis, dit-il avec autodérision, le Survivant est un titre un peu dépassé. On m'appelle le Vainqueur, maintenant… Ou le héros du monde sorcier, c'est selon.
Harry, qui avait espéré alléger un peu l'atmosphère en se moquant de lui-même, vit le regard de la Serpentarde se faire plus flou. Il s'assit sur le lit, doucement, à cause de ses jambes fatiguées, en essayant de ne pas être brusque. Il ne parvenait pas à savoir si l'esprit acide de la jeune femme était toujours avec lui ou pas.
Il lui fallut du temps pour se souvenir des bribes de son procès, pour se souvenir que le Lord Noir était effectivement vaincu et qu'elle-même était condamnée à l'enfermement à Sainte Mangouste. Parfois, c'était juste trop difficile de ne pas tout mélanger.
- Le Sauveur, finit-elle par murmurer. Le Sauveur pour qui ? Tu arrives trop tard, Potter. Beaucoup trop tard. Tu nous as tous perdus.
- Tous qui ?
- Nous. Les Serpentards. Draco, Blaise, Théo, moi… Nous tous.
- De quoi aurais-je pu vous sauver ? Vous me haïssiez, dit-il amèrement.
- Parce que tu ne nous as jamais laissé de porte de sortie. Tu nous haïssais tout autant. Nous ne voulions pas tous être Mangemorts.
- Vous passiez votre temps à insulter Hermione et les Nés-de-Moldus. Vous menaciez les autres, vous prôniez la supériorité des Sangs-purs sur tous les autres êtres magiques. C'était ça, que je haïssais. Pas les Serpentards spécifiquement, mais ce que vous représentiez.
- Tu ne pourras pas comprendre nos motivations, Potter. Tu n'es pas un Sang-pur ayant été élevé dans le monde magique. Ce que nous désirions tous, c'était retrouver les anciennes valeurs de notre société et la puissance passée de notre civilisation. Ce que nous détestons chez les Nés-de-Moldus et la plupart des Sangs-Mêlés, c'est leur vision du monde. Individualistes, nivelant tout par le bas, ils sont incapables d'apprendre et respecter les anciens codes, sûrs de leur bon droit en rejetant en bloc les magies les plus puissantes, au nom de valeurs bien-pensantes qu'ils ne respectent même pas.
Harry observa la jeune femme un instant et réfléchit profondément. Il était surpris par la virulence de ses propos et la vigueur que son discours lui avait redonnée. Mais ce qui le surprenait le plus était particulièrement la fausseté de sa vision du monde et de son raisonnement.
- Le monde magique a besoin d'avancer, de progresser, pour retrouver la gloire passée. Et le monde Moldu a beaucoup de choses à vous apporter. Vous accusez ceux qui ne sont pas de « sang pur » de tous les maux, mais est-ce que vous vous rendez-compte que le clivage vient entièrement de vous ?
Pansy sembla indignée, mais il la devança.
- Ce que j'ai vu de la plupart des Sangs-purs ne m'a pas plu et m'a poussé à vous rejeter. Vous m'avez montré le mépris, la violence, le désir d'écraser les autres et de les maintenir dans l'ignorance et l'incapacité… Personne n'a envie d'être traité en inférieur. Vous nivelez vous-même le monde magique par le bas, en interdisant à ceux qui ne vous ressemblent pas la connaissance que vous avez du monde magique. Et l'ignorance provoque la peur et le rejet. Ne sois pas surprise que les sorciers qui se découvrent cherchent à transformer le monde magique en un lieu qui leur ressemblerait plus.
- Potter, dit-elle lentement. Si nous faisons partager notre connaissance de la puissance de la Magie, que crois-tu qu'il se passera ? Les Moldus ont toujours détesté les sorciers. Ils veulent notre perte. Nous ne sommes pas si stupides que nous leur donnerions les moyens de nous éradiquer.
Harry secoua la tête.
- Ta vision des Moldus a des siècles de retard. N'as-tu jamais parlé avec des sorciers nés de Moldus ? Ils ne détestent pas le monde de la magie, au contraire. Ils sont fascinés et enchantés. T'es-tu rendu compte que la plupart d'entre eux abandonnent le monde moldu, à leur majorité, pour venir s'installer dans le monde magique.
Pansy voulut objecter, mais elle fut incapable de trouver un argument valable pour exposer ses pensées et son sentiment, vis-à-vis des sorciers de sang mêlé ou moldu.
- Pas ailleurs, dit-il doucement, je ne suis pas sûr que le monde que proposait Voldemort fût réellement meilleur.
Pansy trembla violemment en entendant le nom, mais elle sembla lutter pour garder une certaine cohérence.
- Non, il ne l'était pas. On le savait tous. On n'attendait qu'une ouverture de ta part pour fuir et éviter une vie d'esclaves soumis au doloris. Nos parents avaient tous le cerveau lavé depuis bien trop longtemps pour comprendre que nous ne voulions pas de leur vie.
- Vous ne m'avez jamais montré le moindre désir de fuir, au contraire.
- Les Serpentards ne demandent pas, Potter. Nous avions un rôle à jouer, nous l'avons fait. Nous espérions que tu jouerais le tien. Celui du « Sauveur ».
Pansy avait prononcé le dernier mot avec un mépris flagrant et blessant. Harry sentit la moutarde lui monter au nez.
- Tous, vraiment ? Draco Malfoy n'était pas le dernier pour la « chasse aux Sangs-de-Bourbe ». La brigade inquisitoriale d'Ombrage, les sorts, les insultes…
- Potter, renifla Pansy, ne parle pas de choses que tu ne connais pas. Que crois-tu qu'il serait arrivé au fils d'un membre du cercle intime de Voldemort, s'il n'avait pas agi exactement comme il l'a fait ?
- Nous l'aurions sauvé comme Dumbledore l'a fait pour mon parrain et il aurait évité la marque, répondit Harry abruptement.
- C'est là où je sais que tu n'es pas un Sang-pur, Potter. Draco l'est. La famille passe avant tout. Avant son bonheur, son honneur, ses désirs. Sa mère n'était pas une Mangemorte. Si Draco s'était sauvé, elle aurait subi le courroux du Lord Noir par sa faute. Et aucun Sang-pur ne pourrait supporter la culpabilité d'un tel acte. Si tu lui avais laissé une porte de sortie, il aurait saisi la chance de sauver sa mère et aurait accepté de renier les idéaux du Lord Noir.
- Pas son père ?
- Potter… Draco n'a jamais été quelqu'un de stupide. Son père faisant partie du cercle intime, il n'aurait pas pris le risque de mettre sa mère où d'autres fuyards potentiels en danger. Il ne lui aurait jamais parlé de ton offre de fuite. En l'occurrence, j'ai appris qu'il était en liberté surveillée… Il a fini par tourner le dos au Lord et Draco aurait peut-être même pu le sauver, lui aussi. Mais les héritiers obéissants que nous sommes n'auraient jamais pris de risque inconsidéré. Te demander de l'aide ou prendre des initiatives ne font pas partie de notre nature.
- Vous êtes comme des marionnettes pour vos parents. Et tu dis que tu préfères vos idéaux ?
- Tu ne comprends pas Potter. Les choses sont bien plus compliquées que ça. Même si nous avons choisi de respecter nos idéaux, nous n'avons jamais cherché d'ennuis sérieux aux antis-lord de Serpentard. Nous avons choisi la famille, les antis ont choisi de se battre. Du moins, les autres ont mieux respecté ce choix que moi, dit-elle d'une voix faible. J'ai voulu fuir. Je n'aurais jamais dû.
Pansy trembla violemment et ses yeux redevinrent flous. Harry avait déjà vu cela, pendant le procès. Il voulu détourner son attention de ses souvenirs qu'il devinait plus que douloureux.
- Je n'ai entendu parler des antis-Vol… des antis-Lui que très récemment, dit-il. Comment se fait-il que nous n'ayons pas entendu parler d'eux avant ? Avant la guerre et la prise de pouvoir de Vol… de Riddle, nous aurions pu les aider.
- Si vous aviez entendu parler d'eux, répondit Pansy, reconnaissante qu'il évite de prononcer le nom honni, alors le Lord aussi. Et ils auraient été perdus.
- Comment aurais-je pu vous aider, soupira Harry, si aucun de vous ne laissait rien transparaître ?
- En étant plus tolérant avec nous, moins méfiant peut-être. Tu semblais tant vouloir combattre les Serpentards. Aucun Gryffondor n'a jamais fait de différence entre nous. Nous n'avions pas l'impression d'avoir d'autre choix que celui de nous débrouiller comme nous le pouvions. Je ne sais pas ce que tu aurais pu faire. Mais de toute façon, c'est trop tard. Ce qui est fait est fait.
Harry était contrarié. Il aurait pu faire tellement plus. Et peut-être terminer la guerre bien avant. Ou peut-être pas… Les horcruxes avaient été un facteur bien trop important dans la lutte pour qu'il ait pu se pencher sur quoi que ce soit d'autre. Mais quand même… son image de Serpentard ne cessait d'être bouleversée depuis l'article « Mes amis les Mangemorts », dans le Chicaneur.
Il laissa échapper un grognement frustré et ferma les yeux. Son complexe du héros lui faisait regretter son attitude intransigeante à l'école. Mais comment aurait-il pu savoir ? Lutter contre Voldemort avait déjà été un travail bien trop difficile pour l'adolescent qu'il avait été. Négocier les nuances de gris des étudiants de Poudlard aurait été hors de portée.
- Je n'aurais jamais imaginé que vous puissiez avoir aussi des moments difficiles, finit-il par avouer à mi-voix. J'avais l'impression que mes amis et moi étions les seuls à vraiment pâtir de toute cette situation.
- Au moins, dit-elle avec un regard lointain, Draco a aidé beaucoup d'entre nous en prenant toute l'attention sur lui. Poudlard était globalement un lieu de paix pour nous tous.
Harry rouvrit les yeux pour observer la Serpentarde. Elle avait été très proche de Malfoy. Et même s'il avait appris qu'elle avait partagé une certaine intimité avec Dean – qui était en plein tour du monde – il avait toujours pensé qu'elle et Malfoy sortaient ensemble.
- Tu sembles beaucoup l'aimer, constata-t-il.
- Il a toujours été compréhensif avec moi. Et s'il jouait parfois les brutes, il a toujours été capable de nous ressentir avec justesse. D'une certaine manière, oui, je l'aimais. Il était… comme un membre de ma famille.
Harry acquiesça. Il commençait à comprendre que ce terme était lourd de sens pour elle et les autres « Sangs-purs ». Puis il fronça les sourcils, s'apercevant soudain du temps employé par la sorcière.
- Etait ? demanda-t-il.
Elle le regarda droit dans les yeux, pour répondre.
- Draco nous ressentait tellement bien que suis absolument sûre qu'il connaissait mon calvaire. A partir du moment où j'ai…
Elle avala durement.
- A partir du moment où j'ai été punie pour mon refus d'obéir au Lord, il n'a plus été capable de me regarder ou de me parler sans souffrir. Il avait mal pour moi et je le sentais. Ça m'a rendue malheureuse, de nombreuses fois, mais il m'apportait la seule chose dont j'avais besoin : il m'aimait encore comme une sœur. Et puis… Il a fini par me dire adieu. A l'époque, mes moments de lucidité étaient presque inexistants. Seulement quand il était là. Je n'ai pas eu le cœur de le retenir. Alors oui, il était de ma famille. Aujourd'hui, je suis morte pour lui. Et c'est mieux comme ça. J'ai appris que sa seule punition était l'exil. Il est encore libre de se reconstruire. J'aimerais qu'il guérisse.
Tout cela était très étrange à entendre, très perturbant pour lui. Il avait toujours vu Draco Malfoy comme une fouine malfaisante et égoïste, méprisant tout le monde sans exception. Moins depuis l'article de Luna, mais il avait encore du mal à saisir à quel point il avait mal jugé et mal connu les sorciers de sa génération.
- Et toi ? Tu es en train de guérir, non ? La dernière fois que je t'ai vue, tu… eh bien, on avait du mal à te comprendre.
Pansy eut un rire sec et très bref.
- Potter. Tu es ma première conversation civilisée depuis un siècle. Même Thémis ne parvient pas à me garder saine aussi longtemps. Je ne me contrôle pas, Potter. Je suis consciente quand je bascule vers les cauchemars et la folie et ça me terrifie. Après, c'est le trou noir. Tout ce dont je peux me souvenir, quand je me « réveille », c'est la souffrance. Et franchement, Potter, j'aime autant ne pas me souvenir de ce qui fait si mal. Je ne veux pas guérir. Je veux oublier.
Harry ne put s'empêcher de se sentir mal pour elle, alors que son regard se faisait une nouvelle fois flou et terne. Il se sentait un peu coupable, peut-être, même s'il était de plus en plus persuadé qu'il n'aurait rien pu faire, à l'époque.
- Oublier, marmonna-t-elle vaguement.
Un déclic résonna dans la petite pièce et l'infirmière entra.
- Bonjour, Thémis, dit Pansy d'un air absent. Que m'apportes-tu de bon aujourd'hui ?
Harry regarda l'infirmière retenir un soupir résigné alors qu'elle montrait à Pansy le plateau plein, près de la fenêtre. La sorcière ne semblait plus consciente de sa présence, alors Harry sortit, bientôt rejoint par l'infirmière.
- J'espérais que votre visite lui fasse plus de bien que ça, avoua-t-elle d'un air triste.
- Gardez courage, lui dit-il gentiment. Elle a besoin de vous. Et je ne doute pas que les autres patients aussi. Je vais essayer de l'aider plus, si je peux. Mais vous êtes importante, ici. Vous avez bon cœur et je suis content que ce soit vous qui soyez en charge de ce service.
L'infirmière mit ses poings sur ses hanches et regarda Harry avec un sourire un peu moqueur.
- C'est bien la première fois qu'un jeunot comme vous me félicite pour mon attitude et mon travail, monsieur Potter.
- Ce n'était pas condescendant, se défendit-il, les joues rouges.
- Je sais, monsieur Potter. Et c'est pour quoi je vais prendre vos mots comme un compliment sincère. Maintenant, vous feriez mieux de retourner dans votre chambre. Vous semblez bien trop fatigué pour continuer à errer dans les couloirs.
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Mercredi 4 novembre, fin de journée.
Harry émergea de son demi-sommeil quand on frappa à la porte de sa chambre d'hôpital.
- Oui, entrez, lança-t-il en se passant une main lasse sur le visage.
- Monsieur Potter, le salua une voix sarcastique.
Harry observa le professeur Snape entrer dans ses appartements et refermer la porte derrière lui, et il l'accueillit poliment.
- Igor vous a probablement déjà dit que je viendrai vous voir.
- Effectivement, il l'a mentionné hier, confirma Harry.
- Vous a-t-il dit pourquoi ?
- Non, pas vraiment.
- Cela ne va pas me faciliter la tâche, dit-il sèchement. Mais soit. Asseyez-vous, Potter. Nous allons avoir une discussion pour le moins... sérieuse.
Harry avala avec difficulté, persuadé qu'il allait se faire démonter pour avoir tué tous ces hommes, le samedi précédent. Comment Snape était-il au courant, il n'en avait pas la moindre idée. Mais il était au courant, c'était certain. Une fois assis, il vit Snape tirer une chaise jusqu'au bord de son lit.
- Que savez-vous des dettes de vie, Potter ?
Ah non. Il s'était trompé de sujet. Qu'avait dit Hermione à propos de ça déjà ? Ron était en colère que madame Malfoy ait mis une dette de vie dans la balance, pour l'inciter à sauver sa famille des Détraqueurs… Ah oui !
- Que le débiteur doit payer sa dette jusqu'au remboursement total. Ou, si ce n'est pas possible, jusqu'à épuisement total de sa magie. Il peut même mourir.
- C'est un bon résumé, confirma Snape sombrement. Et vous êtes actuellement détenteur d'une dette de vie.
Harry fixa Snape avec un regard vide. Visiblement, il ne comprenait pas ce que venait de lui dire le professeur.
- Que voulez-vous dire ?
- Savez-vous comment se forme une dette de vie ?
- Hé bien. Je crois qu'un sorcier y fait appel quand il a besoin que son débiteur fasse quelque chose pour lui.
- Dans certains cas, c'est vrai. Pour les sorciers qui ont une magie encore pure…
- Encore ce terme ! s'exclama Harry avec hargne, interrompant le potionniste.
- Monsieur Potter… fit Severus avec un ton d'avertissement.
- C'est bon, c'est bon, marmonna Harry sombrement. Je vous écoute.
- Pour les sorciers qui ont une magie encore pure, disais-je, le processus ne nécessite aucune demande. Et la dette de vie devient littéralement cela – une dette de vie.
- C'est-à-dire ? demanda Harry, intrigué, en voyant l'homme se perdre dans ses pensées.
- Quand un sorcier en sauve un autre, ce dernier lui doit la vie. C'est une dette qui ne peut être simplement ignorée. Si la magie du débiteur est pure, elle peut décider de se soumettre à un nouveau maître : celui qui l'a sauvée. Celui-là mérite le droit de la diriger. Vous, Potter, avez sauvé cette année un sorcier à la magie pure – Draco Malfoy. Vous avez même fait pire, puisque pour une question de vie ou de mort, vous avez pris à Draco Malfoy sa baguette. Celle-ci s'est soumise à vous, bien sûr, mais pas seulement. La magie de Draco Malfoy s'est soumise à vous également par la force de votre besoin et de votre volonté.
Harry prit un teint verdâtre en commençant à comprendre les implications de ce que lui apprenait le potionniste.
- Vous voulez dire que Draco Malfoy m'est… doublement soumis, demanda-t-il, nauséeux et soudain pleinement conscient des cauchemars où il traitait les autres comme des « esclaves ».
- C'est cela.
- Pourquoi… Pourquoi m'apprenez-vous ça, maintenant ? demanda Harry faiblement.
- Pour vous mettre en garde, Potter. J'aime mon filleul, et je ne veux pas qu'il subisse les affres d'une dette de vie comme j'ai dû les subir pendant une large partie de ma vie.
- Qui… ? commença le jeune sorcier avant de réaliser soudain. Mon père et vous…
- Oui, Potter. Il aurait sans doute été plus simple pour moi de restaurer mon amitié avec votre mère si votre père ne m'avait pas interdit de lui parler, avec toute la force de sa haine envers moi.
Harry ferma les yeux, un sentiment de détresse intense le submergeant. Il se rapprochait de plus en plus du monstre inhumain qu'il ne voulait pas être. En plus de ne pas savoir contrôler sa violence et ses pulsions en toute circonstance, il avait une sorte d'esclave à son service. Aucun doute sur l'appellation, après les explications d'Hermione. Il laissa échapper un gémissement. Non, il ne voulait pas…
Severus observa l'assistant et s'adoucit quelque peu, malgré les regrets et l'amertume qui ne l'avaient jamais totalement quitté.
Il s'était certes réconcilié avec les esprits de Lily et James Potter, quelques mois auparavant. Mais… Il n'oubliait pas qu'il aurait pu se réconcilier avec Lily et – peut-être – l'épouser. S'il n'y avait pas eu cet ordre formel. La grossesse de Lily avait mis un terme à tous ses espoirs et l'avait poussé plus avant dans la servitude envers le Lord Noir.
James Potter n'avait pas été le plus horrible des maîtres pour lui. Et posséder un camarade de classe l'avait un peu poussé à murir – ce qui l'avait d'autant plus aidé à séduire Lily. Mais… Quand ils étaient seuls ou que Potter se décidait à lui donner un ordre, il pouvait le voir tel qu'il était profondément. Imparfait et de plus en plus grisé, corrompu par ce pouvoir.
La mort brutale du sorcier avait été une bonne chose pour l'image du couple Potter. James de plus en plus corrompu, Lily commençait à se poser des questions. Et lui-même était de plus en plus amer et mauvais.
Harry Potter était ce qui les avait maintenus ensemble, soudés. Il était aussi celui qui l'avait, lui, fait complètement basculer du côté sombre. Il avait toujours été gris. Bien balancé entre les magies du bien et du mal, entre les potions de guérison et un certain goût pour les tortures mentales. Harry Potter lui avait fait perdre tout espoir de rédemption auprès de Lily et c'est pourquoi il avait embrassé pleinement la « carrière » de Mangemort.
Oui, la dette de vie qu'il avait contractée malgré lui envers Potter avait fait de sa vie un torchon dont il regrettait une large part. Mais Harry Potter n'avait pas besoin de tout savoir. Le garçon le détesterait suffisamment pour parler mal de son père, pas besoin d'en brosser le portrait complet. Tout cela était du passé.
- Comprenez-moi bien Potter, dit-il finalement. Votre père n'a pas été particulièrement cruel avec moi, une fois la dette de vie en cours. Mais je ne vous mentirai pas : il a malgré tout rendu ma vie plus amère, solitaire et douloureuse qu'elle aurait pu l'être. A l'époque où nous étions à Poudlard, il manquait de maturité. Et ses ordres étaient d'autant plus durs à accepter pour moi qu'il n'y réfléchissait pas à deux fois. Mais j'étais protégé, en quelque sorte, par ma nature de Sang-mêlé. Parce que ma magie n'était pas pure et aussi soumise que celle de Draco Malfoy.
Harry rouvrit les yeux mais évita ceux du potionniste.
- Lui devra obéir à chacun de vos ordres, chacun de vos désirs inconscients. Sa magie pure est à ce prix : il vous « appartient ». Je suis venu vous parler de cette dette de vie à cause de cette puissance que vous tenez inconsciemment entre vos mains. Vous avez théoriquement tout pouvoir sur lui. Et je ne veux pas qu'il perde tout espoir d'une vie normale. C'est pourquoi je vous demande de prendre garde à ce que vous faites et pensez. Particulièrement s'il est près de vous. Il vous remboursera par tous les moyens à sa disposition. Il ne peut pas lutter.
Il devait enfoncer le clou. Il grimaça.
- Votre… Votre père a été corrompu par ce pouvoir qu'il avait. Et qui n'était pas moitié aussi puissant que celui que vous détenez aujourd'hui. Il se tournait peu à peu vers le pire de sa personnalité. Alors s'il vous plaît, Potter. Je sais que vous détestez mon filleul, mais faites attention à lui. Vous vous rendriez un grand service.
Après cette dernière prière, Severus Snape quitta rapidement la pièce avec soulagement. Il n'aimait pas penser à tout ce qu'il avait perdu à cause de James Potter. Il préférait envisager son avenir et aider son filleul au mieux, comme Lily le lui avait conseillé dans l'entre-deux-mondes. Les temps qui venaient étaient durs. Très durs.
De son côté, Harry se laissa imprégner par les mots secs. Il ne voulait pas être corrompu ou se tourner vers le pire. Alors, oui, il tenterait de faire attention à son tempérament ou ses désirs bizarres. Parce que de toute façon, il ne détestait plus autant Draco Malfoy que tout le monde semblait le croire. Après tout… son ombre semblait lui avoir porté chance, là-bas, dans le cimetière.
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Mercredi 4 novembre, milieu de la nuit
Théodore mit un point final au courrier qu'il voulait envoyer à son ancien directeur de maison. Il avait, comme demandé, pris le temps de réfléchir aux événements de la nuit de samedi. Les moqueries du Mangemort Rosenberg, alors qu'il s'apprêtait à lancer l'Homomorphus à Potter, lui étaient revenues brusquement à l'esprit.
L'ancien conseiller du Lord Noir. Rosenberg en avait parlé et cela signifiait, selon toute vraisemblance, que le conseiller avait orchestré cette attaque. C'était sans doute là le genre de détail clef que le professeur Snape lui avait demandé de chercher en pensant et repensant précisément à cette attaque.
Et cette information, Nott acceptait de la partager avec lui. Parce que le professeur Snape l'avait sauvé des Aurors et qu'il chérissait sa liberté par dessus tout. Pourvu que le courrier arrive bien à destination.
(*) Voir le Chap 2, partie 3 "Rencontres". Vous comprenez désormais la colère d'Igor et son manque de contrôle, quand il a vu Bridget Samson battre Draco. Vous savez quelle image tirée de son passé il lui superpose. Vous comprenez également pourquoi il a choisi le prénom « Nikolaï » comme mot de passe pour ses appartements et qui était ce « Nikolaï ».
RAR anonymes :
Loc, Sherlock, Arty et Rabbit :
merci pour votre enthousiasme et vos compliments. Je suis sincèrement touchée ^^
Kiki :
D'abord, sois la bienvenue. Tes compliments sur cette histoire et ma façon d'écrire me vont droit au cœur. Je suis particulièrement ravie d'avoir su t'amener à ressentir des émotions différentes tout au long des chapitres. Tu n'es pas la seule à avoir pensé au lapin, pour l'animagus. Margaux et Ramon garderont une place importante au fil de l'histoire, donc je suis contente qu'ils te plaisent. J'admets que les cachets ouverts ne sont pas de la dernière discrétion. Mais d'une part, il est impossible (dans mon idée) de contrefaire un cachet familial – monsieur X ne peut donc pas le remettre en place – et d'autre part, il n'est pas inquiet car les Malfoy restent des Mangemorts sous surveillance et ils n'ont pas vraiment de recours ou de possibilité de porter plainte. On leur rirait au nez.
Ah ! Le rêve avec les chaînes peut correspondre, à ce niveau de l'histoire, à plusieurs personnes. Harry est effectivement l'une d'elle. Et comme il s'agit d'un futur potentiel, pourquoi pas un Harry maléfique, tu as raison d'y penser. Je ne donnerai aucun indice sur ce rêve, dans cette réponse, mais c'est un élément qu'il faut garder à l'esprit quand on observe l'évolution d'Harry au fil du temps. Pour l'autre rêve, alors là… Surprise ! :)
Tu as raison de me faire remarquer les horaires étranges. C'est dû à un travail morcelé sur ce chapitre, mais il s'agit bien de 23h30 etc… Je vais y remédier très vite. Quant à Draco, on n'aura pas de nouvelles dans ce chapitre-ci, mais bien dans le prochain. Et oui, même s'il n'était pas d'humeur à s'arrêter sur ce détail, il a eu une bonne vue sur le corps d'Harry ^^ Enfin, oui, quand la transformation est maîtrisée, la partie humaine conserve ses vêtements. Ici, on peut parler d'une transformation sauvage où la nature et les instincts ont tout pouvoir.
En tout cas, je te remercie sincèrement, et j'espère que la suite de cette histoire te plaira !
Et c'est la fin de ce chapitre de révélations en tout genre. Désormais, Harry sait pour le lien. J'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à laisser un petit mot en partant ! Et (avec quelques efforts de ma part), j'espère à la semaine prochaine !
Lena.
