Bonjour à tous ! Milles mercis aux lecteurs et aux commentateurs, bienvenue à tous les nouveaux !

Ce chapitre m'a posé beaucoup de problèmes et ils ne sont pas tous résolus. Il manque à cette nouvelle partie un tiers de la trame prévue à l'origine. Du coup, on va parler d'un chapitre de transition… Je vais devoir décaler mon travail : la prochaine partie sera elle aussi centrée sur Harry et la partie 5 sur le réveillon (C10P5) sera décalée au chapitre 11 partie 1 (C11P1)… Quelques acrobaties narratives m'attendent donc. J'espère que ce chapitre vous contentera en attendant. Un immense merci à ma correctrice Wyny pour ses questions, ses remarques et - évidemment - toutes ses corrections.


RAR anonymes

Merci à Nina (sois la bienvenue ! J'espère que tu as continué à accrocher à l'histoire et aux personnages ^^) à Sherlock (c'est ma nature sadique qui s'exprime et ce n'est pas fini…), à pR (c'est bien ça mais en 12 ou 13 chapitres et non 15. Prévoir est indispensable pour moi, parce que les trames sont nombreuses et l'histoire complexe. Ça m'amuse énormément d'écrire tout ça et oui, certaines parties des prochains tomes sont déjà écrites. Les 5 parties de l'épilogue - tome 4 - et du chapitre 1 du tome 2, par exemple…), à trolamine (tout dépend de mes besoins. Le prochain chapitre est aussi sur Harry, les deux suivants sont mixtes), à BU (oui, vous le connaissez. C'est ce qui fait tout son charme), à Chat Potty (merci), à Arty (je sais ^^), à Sauge (cela va entraîner quelques surprises pour elles, d'ailleurs. Quant à la fée… Hé bien elle est quand même à l'origine de l'extermination d'un peuple. Une hécatombe ? Oui, pour le moins…) et à Me (Bienvenue ! Et un grand merci ! Je suis infiniment heureuse que cette histoire et les personnages te plaisent. Beaucoup de réponses arriveront bientôt, maintenant que nous approchons de la fin de ce premier tome, mais j'espère en provoquer de plus nombreuses encore par la suite… ^^ A bientôt !)


Résumé de l'épisode précédent :

Harry se réveille à Sainte-Mangouste et prend conscience qu'il a tué, sous sa forme animale, de nombreuses personnes. Horrifié, il a peur d'avoir franchi les premiers pas pour devenir le monstre qu'est son épouvantard. Igor le rassure autant que possible et lui raconte sa propre enfance en Russie et ses premiers meurtres.

De retour à Poudlard, Igor oblige son mentor Severus Snape à révéler à Harry le lien qu'il partage avec Draco Malfoy. Ils ont tous les deux conscience que ce dernier est probablement le Rêveur Ultime des légendes. A Sainte Mangouste, Harry discute également avec Pansy Parkinson des anti-Voldemort de Serpentard et de l'absence de choix propre des héritiers de Mangemorts. Il est navré de constater que la sorcière ne reste pas longtemps consciente de son environnement.

Snape met en garde Harry à propos de son pouvoir sur Draco et de la corruption d'âme qui le guette. Il parle notamment de sa propre dette de vie envers James Potter. De son côté, Théodore Nott prend conscience qu'il détient peut-être des informations capitales sur le commanditaire de l'attentat et, inquiet, il écrit une lettre destinée au maître des Potions.


Chapitre 10 : Les fêtes de fin d'année

Partie 3 : Le foyer Potter

Mercredi 4 novembre, fin d'après-midi

Les derniers rayons du soleil venaient effleurer la façade taguée et déformée d'une petite salle de sport, perdue au milieu de maisons mal entretenues et peu éclairées. Dans ce quartier mal famé de la banlieue londonienne, le froid régnait déjà en maître, annonçant un hiver des plus rudes. Malgré tout, on pouvait entendre des cris d'encouragement et de joie animer la rue vide que traversait une unique silhouette longiligne. La joie féroce des deux équipes de football qui s'affrontaient sur le bitume, derrière la salle de sport, égayait quelque peu les alentours.

La silhouette solitaire, dont l'apparente fragilité avait déjà trompé bien des adversaires, avançait d'un pas calme et mesuré là où devait se trouver son patron. L'homme discret poussa la porte de la salle et se dirigea vers les vestiaires désertés. Le seul sac de sport qui trônait là brillait à ses yeux d'un sort repousse-moldus. Il y déposa son manteau et révéla ainsi la tenue de sport qu'il portait lui-même.

Il ne s'était donc pas trompé de destination. Dès que son contact à la Gazette du Sorcier lui avait révélé le rétablissement du jeune Potter, il avait su que son patron était déjà au courant. L'espoir que son équipe était parvenue à handicaper définitivement - si ce n'était tuer - Harry Potter l'avait maintenu dans une humeur passable ces derniers jours, en dépit de la perte de ses anciens Mangemorts et de la disparition inexpliquée de ses deux Aurors infiltrés.

Mais toute sa colère et toute sa frustration avaient dû ressortir en apprenant la nouvelle. C'était ce que lui, son plus fidèle homme de main, avait compris en ne le retrouvant ni au ministère ni chez lui. Et c'était ainsi qu'il avait revêtu cette tenue moldue pour le rejoindre ici, où il savait que son patron aimait décharger sa colère, après un coup dur.

En entrant dans la salle, violemment éclairée par des néons, il laissa un sourire courir sur son visage. Les autres sportifs présents évitaient, en un large cercle, l'homme qui se déchaînait sur un sac de boxe et qui était visiblement de mauvaise humeur. Aucun d'eux ne protestait contre sa monopolisation du matériel parce que tous avaient déjà entendu les histoires qui couraient sur lui. Il était imbattable. Inhumainement imbattable. Et les adversaires qui avaient osé le provoquer sur un ring n'en étaient jamais ressortis indemnes.

Souplement, le nouvel arrivant s'avança vers son patron et le salua. Pendant plusieurs minutes, il fut ignoré. Mais cela ne le dérangeait pas. Il savait qu'ici, cette attitude contribuait à faire de cet homme massif un chef, un leader, dont l'aura autoritaire et dangereuse éloignait tout perturbateur éventuel.

Finalement, le boxeur cessa ses coups pour se tourner vers son homme de main.

- Je commence à mieux comprendre Voldemort, lui souffla-t-il.

- Patron ! protesta l'homme de main, aussi discrètement que possible. Même ici, il vaut mieux ne pas prononcer ce nom et attirer une attention indésirable.

- Les sorciers sont trop stupides pour imaginer l'un d'entre eux se rendre volontairement dans une salle de sport moldue, quand la magie est là pour tout résoudre. En fait, certains sont même tellement stupides qu'ils sont incapables de remplir une mission des plus simples et de se défendre contre des animaux.

L'homme se tut et sa fureur se déchaîna une nouvelle fois contre le sac de sable. Son interlocuteur, lui, resta droit et silencieux, en attendant que cette colère retombe. Il comprenait la frustration de son patron. C'était la deuxième fois que, dans le cimetière de Godric's Hollow, ils perdaient des hommes par la faute d'animaux sauvages et inconnus.

Et ils connaissaient tous les deux suffisamment le monde moldu pour savoir que les animaux sauvages n'entraient pas dans les villes, même lorsqu'un bois se trouvait à proximité.

- J'ai essayé d'envoyer mes propres enquêteurs sur le terrain, reprit le boxeur en s'arrêtant. Mais les Aurors qui s'occupent de l'attentat ont récupéré tous les indices et aucun n'est enclin à parler de ce qu'il a vu ou analysé. Il semblerait que Shacklebolt ait instauré une discipline des plus strictes à son équipe.

- Que vouliez-vous trouver ? Vous connaissez le commanditaire mieux que personne, fit remarquer l'homme de main d'un ton amusé.

- Je voulais trouver une preuve que Potter est impliqué dans des affaires louches ou illégales. La présence de ces animaux qui le protégeraient est anormale. J'ai songé à l'animagie, mais je n'ai aucune preuve pour le moment. Et je cherche un moyen de pression. Potter s'est soulevé plusieurs fois contre notre politique d'après-guerre et contre le ministre que nous avons choisi, et la population le suit. Je ne peux pas supporter ça.

- Sans compter son rôle possible dans votre prophétie.

- Exactement. Je ne veux pas réitérer les échecs de Voldemort. Je ne veux pas passer mon temps à courir après un gamin chanceux et politiquement influent. Malgré la menace qu'il peut représenter, j'ai beaucoup d'autres affaires à traiter et beaucoup plus importantes que lui. Mais… Qu'un grain de sable puisse gripper toute ma machinerie sophistiquée, je ne pourrais pas le supporter.

L'homme de main acquiesça. La « machinerie » de son patron était plus une « machination », un complot international contre les grands de ce monde, afin de prendre le pouvoir tout en gardant l'apparence de la légalité. Leurs espions et leurs hommes de main étaient déjà infiltrés dans les quelques capitales sorcières mondiales qui avaient de l'influence dans leur monde. Et d'autres hommes agissaient sur le terrain pour préparer l'avènement de leur patron auprès des populations sorcières éloignées qui comptaient malgré tout.

Cela demandait beaucoup de travail, mais les recherches de leur futur maître, pour augmenter son pouvoir magique de façon considérable et définitive, n'en seraient que plus simples par la suite. Régner en maître, ce que Voldemort désirait, son patron en était plus proche que n'importe quel autre sorcier de l'histoire.

Dépasser Merlin en tout - le sorcier dont l'influence magique et politique se faisait ressentir jusqu'à aujourd'hui - voilà quel était l'objectif de cet homme patient et implacable. Etre le maître absolu tout en étant adulé par les foules. Il y avait de quoi être grisé d'avance.

- J'ai besoin de faire tomber Potter suffisamment longtemps pour m'occuper d'autres choses sans m'inquiéter de lui. Il me faut un moyen de pression sur lui.

- Je pense… que vous pourriez me laisser tenter quelque chose, proposa l'homme de main toujours raide comme un piquet. J'ai moi aussi des contacts intéressants à Poudlard qui pourraient m'aider à discréditer et ridiculiser Potter.

L'homme massif tourna un regard vide vers le sac de boxe, en pleine réflexion. Il lui fallait faire tomber Potter avant de pouvoir finir Zorille et imposer son propre candidat. Il avait choisi depuis longtemps son homme de main le plus fidèle. D'une part, il lui avait promis de faire de lui un homme puissant et son homme avait accepté tout de suite le rôle. D'autre part, il avait définitivement besoin de quelqu'un de confiance et de compétent à la tête du gouvernement.

Il avait des choses à régler, dans son pays natal, et il lui faudrait s'absenter un peu plus d'un mois…

- Prouve-moi que tu peux t'occuper de Potter, donne-moi l'ascendant sur lui et je fais tomber Zorille pour te mettre à sa place. Avec les discours de défiance de Potter et les réactions stupides de Zorille pour museler la presse, sa position est déjà très instable. Il me suffira de prévenir nos partisans au Magenmagot et de laisser filtrer quelques informations bien placées pour le faire chuter totalement.

C'est avec fébrilité que l'homme de main lui répondit, heureux de sentir que leur prise de pouvoir était proche.

- Potter n'est pas dangereux tant qu'il reste à l'hôpital. Mais dès qu'il sortira, je trouverai le moyen de vous mettre en position de force, monsieur. C'est une promesse.

SSLMSSLMSSLMSSLMSSLMSSLMSSLM

Jeudi 5 novembre, midi, à Poudlard

- Ne soyez pas de si mauvaise humeur, glissa la directrice McGonagall à son professeur de potions, en se penchant vers lui. C'est plutôt une bonne nouvelle, après toutes les suppositions qui ont couru sur l'état de Potter ces derniers temps. On n'échappe pas à un attentat si massif tous les jours, après tout !

L'air ravi de la vieille femme mit les nerfs de Severus Snape à rude épreuve. Le journal de la matinée faisait part du rétablissement d'Harry Potter qui, avec un peu de chance, pourrait bientôt revenir enseigner à Poudlard. Malinovski avait maintenu Potter à l'abri de tout journaliste, le temps de son rétablissement, et les foules s'étaient inquiétées de ne pas avoir de nouvelles de lui alors qu'ils avaient eu le droit à de nombreux détails sur l'attentat supposé au cimetière de Godric's Hollow.

Bien sûr, Snape savait déjà que Potter était rétabli. La visite de Malinovski, le mardi précédent, ainsi que sa propre visite à l'enfant chéri du monde sorcier ne lui laissaient pas le moindre doute. Ce n'était pas ce qui le mettait en rogne, non.

C'était plutôt le fait que tant d'élèves s'extasient joyeusement à propos de cette nouvelle qui le mettait en rogne. Potter était adulé sans cesse, depuis qu'il avait vaincu le Lord Noir, et ça l'inquiétait autant que ça l'agaçait. Comment le môme pourrait-il garder la tête sur les épaules si tout le monde autour de lui le mettait sans cesse sur un piédestal ? Le fils de son père, voilà ce qu'il risquait de devenir.

Ça et le fait qu'il n'aurait plus le plaisir de voir la dernière Weasley se décomposer à chaque fois que le nom de son fiancé était prononcé… Alors non, il ne voyait vraiment aucune raison de se dérider.

En voyant que ses paroles n'avaient pas le moindre effet sur lui, la directrice haussa les épaules et se tourna vers le professeur Flitwick pour échanger quelques potins en ricanant. Ces deux là étaient de pires commères que leurs propres étudiants, quand ils s'y mettaient…

« Pouf ! »

Le bruit d'apparition qui résonna soudain à son oreille le fit moins sursauter que de constater qu'un rouleau de parchemin ailé était étalé dans son assiette. Le professeur Babbling, à sa gauche, laissa échapper un petit cri de ravissement qui attira immédiatement l'attention de la directrice. Severus retint un soupir, sachant exactement quelles idées saugrenues allaient leur passer par la tête en voyant le message ailé.

- Mais c'est… une lettre d'admiratrice, Severus ? demanda Minerva, les yeux brillants d'anticipation.

Severus ne se donna pas la peine de lui répondre et sortit sa baguette pour analyser la magie en place.

- Par Merlin ! jura-t-il brusquement en attrapant le courrier. Message reçu, prononça-t-il en direction du parchemin.

Les deux ailes disparurent et Severus sortit rapidement de la Grande Salle pour se rendre dans ses appartements.

- Je pense qu'il sait de qui il s'agit, gloussa Bathsheba Babbling en se penchant vers la directrice. On dirait que notre sombre professeur de potions entretient une liaison à notre insu.

- Il avait l'air pressé de lire sa lettre, en tout cas, confirma Minerva en regardant avec curiosité la porte dérobée par laquelle il était sorti.

Elles ne pouvaient avoir plus tort.

A peine rentré dans son bureau, l'homme laissa échapper un juron sonore. Il n'avait pas besoin d'ouvrir la lettre pour savoir qu'elle contenait des informations délicates ou dangereuses. Personne ne prenait la peine de transférer un noyau de sa propre magie dans un courrier pour s'assurer qu'il arrive bien à destination. C'était prendre le risque inimaginable de subir un choc physique majeur et de ne pas pouvoir s'en remettre.

Les petites ailes sur le courrier pouvaient faire penser à une chose romantique - au moins n'était-il pas inquiet des réflexions de Minerva et ses collègues à propos de son contenu - mais il s'agissait bien d'un enchantement de magie grise. L'ayant reconnu, l'homme avait au moins pu faire cesser l'enchantement rapidement en confirmant la réception du message.

Quelle folie…

Severus Snape avait immédiatement reconnu la signature magique de Théodore Nott. Sept années à Poudlard lui étaient largement suffisantes pour identifier chacun de ses serpents et Nott avait toujours attiré son attention par son caractère discret, aussi paradoxal que cela puisse sembler. Les sorciers discrets étaient souvent des personnages plus dangereux et intelligents que les tape-à-l'œil. Il suffisait de voir Lockhart pour s'en rendre compte.

Frémissant, il barda sa porte de divers sortilèges. Même si Nott était peut-être devenu paranoïaque sans raison, le potionniste préférait ne pas prendre de risque. Et prendre cette lettre par-dessus la jambe serait un manque flagrant de respect pour un étudiant qui avait tout de même réussi à utiliser une magie pour le moins sombre, afin de s'assurer qu'elle parvienne à destination.

Dans quel état s'était-il mis ? C'était aussi préoccupant que d'anticiper le contenu du parchemin.

Finalement, dans le plus grand silence, il parcourut la lettre. Deux fois. Puis il la reposa et ferma les yeux, un peu perdu. Agité soudain, il fit les cent pas devant son bureau. Que cela signifiait-il ?

Le regard sombre se posa une nouvelle fois sur la lettre de son ancien étudiant et il cessa de tourner en rond. Il était inquiet. Mais s'inquiéter sans réagir serait aussi stérile que de tenter d'apprendre à un Longdubat à brasser une Goutte du Mort-Vivant. Il fallait se décider à faire quelque chose. Peut-être s'assurer que Théodore Nott n'avait pas eu d'hallucination ? Parce que s'il avait bien entendu l'un des agresseurs de la nuit de Samain parler de l'ancien conseiller de Voldemort comme s'il était encore actif, il y avait de quoi sérieusement s'inquiéter pour la paix toute récente.

D'abord, parce que cet homme, ce conseiller, avait bénéficié de la confiance presque totale de Voldemort au moment de son grand retour. Rien que cette raison était suffisante pour effrayer le stoïque maître des potions.

Ensuite, parce que jusqu'à aujourd'hui, il avait été persuadé que le conseiller de Voldemort était Lucius Malefoy. L'aristocrate ne s'en était jamais vanté, il est vrai, et ce n'était pas dans les habitudes de sa famille. Mais les cheveux blonds presque blancs qui s'échappaient parfois de la capuche que conseiller ne quittait jamais étaient caractéristiques d'un Malefoy.

Pourtant, maintenant, il doutait. Et les inquiétudes de Kingsley, venu le voir au mois d'août pour avoir des informations sur ce conseiller, commençaient à prendre du sens. Lucius Malefoy avait beaucoup de défauts. Mais l'idiotie pure n'en faisait pas partie. Le « Sauveur » était son meilleur atout, à l'heure actuelle : il lui avait évité à la fois de subir une peine de prison à Azkaban et de succomber à une vendetta vengeresse de la part de la population sorcière. Alors pourquoi aurait-il commandité son assassinat ? C'était illogique. Et en même temps… Lucius était un fanatique du pouvoir…

Devant Kingsley, Severus avait feint de ne pas savoir qui était le conseiller. Persuadé qu'il s'agissait de Lucius, il n'avait pas voulu le faire renvoyer devant un tribunal alors que Potter était parvenu à lui sauver la vie. Mais finalement, il était possible que le potionniste ne sache réellement pas qui était le conseiller de Voldemort… Et l'idée que cet homme puisse être toujours dans la nature lui donnait des frissons.

La voix modifiée par enchantement du conseiller lui revint en tête. Pourquoi Lucius modifierait-il sa voix ? Et en même temps… Severus n'était pas sûr d'avoir vu Lucius à ses côtés, dans la salle du trône, quand le conseiller parlait… Il devait avouer qu'il s'était systématiquement senti fasciné, comme par magie, lors de ces discours.

Il ne pouvait pas oublier cette sensation de grandeur, les appels au pouvoir et à la restauration des plus anciennes et des plus grandes valeurs de la société sorcière. Le conseiller de Voldemort s'était toujours montré brillant et il croyait définitivement en ce qu'il prêchait. Comme le Lord Noir, lors de son premier règne. Il était facile, pour un homme comme ça, de rassembler des partisans. Lui-même en aurait peut-être fait partie, si la mort de Lily n'avait pas provoqué une haine et un chagrin plus forts que tout.

Que croire alors ? Son ancienne intuition ou les suppositions de Théodore Nott ? Il fallait juste qu'il soit sûr, avant de décider quoi faire…

Aussi, Severus ouvrit sèchement le tiroir de son bureau et attrapa une plume et un parchemin vierge. Et de sa plus belle calligraphie, il écrivit à Lucius Malfoy, son plus vieil ami depuis Poudlard.

HPHGHPHGHPHGHPHGHPHGHPHGHPHG

Vendredi 6 novembre, fin d'après-midi

Harry était plongé dans la lecture d'un rapport de Dobby sur ses finances quand on frappa à la porte de sa chambre d'hôpital. Il redressa la tête, frustré de devoir finir ce travail plus tard, mais il invita tout de même la personne à entrer d'une voix aimable.

- Harry ! s'exclama Hermione en se précipitant vers lui. Je suis tellement contente de pouvoir enfin te voir ! Ron et moi étions si inquiets !

- Bonjour, Hermione, souffla-t-il en la serrant contre lui. Mes blessures n'étaient pas si terribles que l'a laissé entendre la Gazette en début de semaine.

- Oui, mais tu comprends, sans Luna et son Chicaneur, je n'étais pas sûre des informations… Et comme ton médicomage interdisait toute visite, ça m'a rendue trois fois plus nerveuse.

Harry comprenait et avait entièrement approuvé la décision d'Igor de le maintenir en isolement. D'abord parce que c'était une obligation médicale, quand il était dans le coma. Ensuite, parce qu'il avait encore des difficultés à se remettre de sa transformation accidentelle. Son comportement et ses instincts flirtaient parfois à la limite de l'animalité et tous les deux avaient jugé dangereuse l'exposition au moindre stress, pour le moment.

Il tenta de dévier du terrain médical en provoquant sa meilleure amie.

- Tu te fies plus au Chicaneur qu'à la Gazette, maintenant ?

- Ho ! Harry ! s'exclama Hermione en lui envoyant un léger coup sur l'épaule. Ce n'est plus la peine de me taquiner. Tu sais bien que depuis la guerre, le journal de Luna est devenu bien plus fiable et intéressant ! Depuis que son père est parti en voyage, il y a beaucoup moins de suppositions folles et d'articles bizarres. Comment va Luna, au fait ? demanda-t-elle sérieusement. J'ai croisé l'un de ses journalistes, au ministère, et il m'a raconté l'agression dont ils ont tous été victimes.

- J'ai su que presque toute son équipe avait été touchée, c'est vrai, mais c'était surtout Luna qui était visée, répondit Harry. Elle a même failli en perdre son bébé. Heureusement, reprit-il en voyant l'air horrifié de sa meilleure amie, les médicomages m'assurent qu'ils s'en remettent bien, tous les deux. On ne peut pas encore la voir, mais ils autoriseront de nouveau les visites d'ici deux semaines, environ.

- Tant mieux, chuchota la jeune femme. J'ai essayé de savoir qui a provoqué l'attaque, continua-t-elle en se tournant nerveusement vers la porte, et je pense que c'est la même personne qui a cherché à t'éliminer…

- Je te le confirme. Les hommes qui ont agressé Luna sont les mêmes que ceux qui ont tenté de me tuer.

- Je vois… dit elle en hochant la tête. Je n'avais pas de preuve, mais ça corrobore mes hypothèses.

Elle se tourna une nouvelle fois vers la porte de la chambre et poussa un soupir.

- Que t'arrive-t-il ? lui demanda Harry.

- Je ne sais pas. Je suis nerveuse. Je te l'ai dit, j'ai essayé de savoir qui avait provoqué ces attaques. Ça m'inquiète de penser que quelqu'un cherche encore à te nuire, mais… je n'ai pas vraiment eu le temps d'enquêter, avec tous les dossiers que je dois encore potasser, et… les bruits de couloir, au ministère, sont assez inquiétants.

- Hermione, déclara sérieusement Harry, je t'interdis de te mettre dans une position délicate pour moi.

- Je ne t'ai jamais abandonné jusqu'ici, Harry, s'énerva-t-elle, et je n'ai pas l'intention de commencer. Mais… je n'ai pas encore réussi à déterminer qui est responsable et j'ai peur de me frotter à plus gros que moi. De me frotter à quelqu'un du ministère, aussi.

- Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

Hermione tripota nerveusement sa jupe de tailleur. Elle était visiblement venue directement après son travail, bien décidée à le voir et à lui faire part de ses théories. Mais elle semblait angoissée. Bien sûr, entre ses périodes d'examens et sa dispute avec ses parents à cause de l'Oubliettes, elle avait déjà montré ce côté peu assuré de sa personnalité. Mais Harry n'arrivait pas à faire coïncider l'image qu'il avait devant les yeux avec la combattante qu'Hermione était devenue, l'année précédente, pendant leur recherche des Horcruxes.

- Après que j'ai commencé à poser des questions autour de moi, persuadée que les gens du ministère devaient connaître un minimum les ennemis publics potentiels, j'ai reçu la visite de mon supérieur, exposa Hermione. Il m'a dit que si je voulais évoluer au ministère, il valait mieux que je n'interroge pas trop les personnes en place. J'ai ostensiblement arrêté mon enquête, même si j'ai laissé traîner mes oreilles partout, et mon supérieur est revenu me voir ce matin.

- Et ? réagit Harry alors que son amie s'était tue.

- Il m'a offert une sorte de… promotion. Pour ma bonne conduite. Il m'a dit que je pouvais arrêter d'apprendre les livres de code qu'il m'a confiés à mon arrivée et que j'allais pouvoir prendre en charge tout un dossier, au lieu de seulement jouer les assistantes.

- C'est une bonne chose, non ? hésita Harry en tentant de voir son visage.

- Non ! s'exclama Hermione en relevant la tête. Enfin, si, j'ai besoin de cette promotion pour faire avancer les droits des espèces magiques, mais… Enfin, Harry, c'est évident ! dit-elle en pointant un doigt vers lui, les yeux flamboyants. Ça prouve que mes questions dérangeaient quelqu'un de haut placé au ministère. Et que donc, le responsable de vos deux agressions est soit un sorcier qui a les faveurs des hautes autorités, soit qu'il est lui-même une haute autorité.

Harry se gratta la nuque, perplexe.

- La seule personne à qui j'ai nui, ces derniers temps, c'est le ministre lui-même.

- Le problème, reprit Hermione à voix basse, c'est que les bruits de couloir l'annoncent en mauvaise posture. Même mon chef, qui cherche à tout prix les faveurs de sa hiérarchie, lui témoigne du mépris. S'il est vraiment sur la sellette, il peut effectivement t'en vouloir mais il ne peut pas te nuire. Ce serait prendre un trop grand risque, tu comprends ?

- Ce que je comprends surtout, après tes explications, c'est que tu es au beau milieu d'un nid d'Acromentulas, dit Harry en fronçant les sourcils. Est-ce que tu t'en sors ?

- Oui, bien sûr. Je suis une née-de-moldus et j'ai déjà obtenu ma première promotion, dit-elle en se détendant un peu. Bien sûr, je ne l'ai pas eue pour les bonnes raisons, mais c'est toujours une première marche de franchie. D'habitude, pour contrer l'influence des sang-purs et avancer au ministère, il faut des siècles à quelqu'un comme moi.

Harry grimaça.

- Le ministère est encore et toujours sclérosé, alors.

- Oui. On peut le dire. Je vais déjà essayer de faire passer des lois en faveur des créatures magiques qui sont maltraitées et je verrai plus tard pour faire avancer le ministère. Je vais déjà avoir pas mal de travail. Avec leur nouvelle circulaire qui modifie le décret CM-9083, la plupart des êtres magiques n'ont plus la même liberté de circulation. C'est un problème pour les espèces migratrices comme les licornes, les centaures et tant d'autres, qui ont besoin d'explorer le pays pour trouver des terrains où installer leurs nouvelles tribus et leurs nouveaux membres. Avec l'hiver qui approche, ça risque de devenir un très gros problème, pour la recherche de nourriture et la chasse.

- La nouvelle circulaire ? Quand ça ? Comment ont-ils pu faire passer ça sans que personne ne réagisse ? Je veux dire… Même pas nous… se morigéna Harry.

- Ils l'ont fait en août, au moment de l'ouverture des procès des Mangemorts(*). Tout le monde était plus obnubilé par les procès et les sentences que par le reste de l'actualité politique. Et ceux qui ont essayé de se faire entendre n'ont pas été relayés ou suivis.

- Je vois. Ce n'est pas ce qu'on attendait après avoir vaincu Voldemort, n'est-ce pas ? demanda Harry avec dérision.

- C'est le monde réel… Difficile de changer des mentalités vieilles de plusieurs siècles, répondit Hermione avec une pointe s'amertume.

Les deux jeunes gens restèrent silencieux un instant et Harry se redressa contre les oreillers.

- Que devient Ron ? Il n'a pas pu venir ? demanda-t-il après quelques secondes d'un lourd silence.

- Il est actuellement en déplacement dans la province de Loreto, au Pérou. L'équipe nationale l'a emmené faire ses griffes pendant les matchs amicaux contre les autres nations, et il va jouer contre les Hydres d'Iquitos dans quatre jours.

- On dirait bien que ça fonctionne pour lui, commenta Harry avec un sourire.

- Plutôt, oui, répondit Hermione fièrement. Les Tornades de Tutshill sont deuxièmes du championnat mais sont de plus en plus solides face aux autres équipes, et il commence à jouer plus sérieusement avec la sélection nationale, même s'il n'est pas encore prêt de jouer les matchs officiels.

- Je croyais que tu détestais le Quidditch, la taquina Harry.

- Pas quand ça concerne mon homme, répliqua-t-elle avec un sourire espiègle.

Harry sourit à son tour. Il se sentait léger. C'était bon de partager des moments en bonne compagnie. Ses amis lui manquaient, même s'il était conscient qu'ils avaient tous un travail prenant et exigeant désormais.

HPGWHPGWHPGWHPGWHPGWHPGWHPGW

Samedi 7 novembre, fin de matinée

Harry jeta un œil par le judas de la cellule de Pansy. Depuis leur dernière discussion, il n'était pas retourné lui parler. Mais ses exercices de marche dans l'hôpital, imposés par Igor, finissaient toujours par l'amener ici, dans ce couloir plus calme que tous les autres de l'établissement. Comme l'avait dit l'infirmière en charge de ce service, il y avait peu de visites aux anciens Mangemorts condamnés.

Pansy ne changeait que rarement de position. Elle semblait passer beaucoup de temps à regarder les feuilles tomber, par la fenêtre. Deux fois, il l'avait trouvée au sol, en pleine crise. Elle hurlait et convulsait, probablement en proie à un de ses cauchemars habituels. A chaque fois, il avait fallu peu de temps à l'infirmière pour apparaître, entrer dans la cellule et faire avaler de force une potion calmante à la jeune femme hystérique.

« Ce sont ses pires crises, » avait-elle tenté de le rassurer. « D'ordinaire, elle ne s'effondre pas au sol en hurlant, elle se cache sous ses draps, ses visions se calment et elle revient à elle comme si elle se réveillait d'un cauchemar. Elle oublie les images qui la traumatisent, quand elle est consciente. Ce processus de refoulement est sa seule défense, actuellement. »

Il n'avait pas du tout trouvé ça rassurant. Pas du tout. Il se sentait terriblement désolé pour la jeune femme. A chaque fois qu'il retournait dans sa chambre, il lui fallait du temps pour passer à autre chose et cesser de se demander à chaque seconde ce qu'il aurait pu faire pour l'aider…

Quand il commença à frissonner, les couloirs de cette aile étant plutôt froids, il sut qu'il était temps de retourner dans sa chambre. Il jeta un dernier coup d'œil à la sorcière qui lui tournait le dos, secoua la tête, compatissant, puis reprit sa marche. Il avait encore une ou deux hésitations, parfois, mais les choses semblaient plus naturelles. Igor lui avait annoncé qu'à ce rythme, il pourrait bientôt quitter Sainte Mangouste.

Il poussa finalement la porte de sa chambre et fit un bond en arrière, surpris, quand il entendit crier.

- Harry ! Enfin ! Où étais-tu passé ?

La jeune femme qui se tenait debout, devant lui, semblait infiniment soulagée de le voir. Ses traits tirés témoignaient de son angoisse récente, alors qu'elle ne l'avait pas trouvé dans la chambre, et ses cheveux flamboyaient un peu moins que d'ordinaire, mais ses yeux brillants disaient assez sa joie d'être là.

- Ginny ! s'exclama-t-il à son tour en s'avançant vers elle pour la prendre dans ses bras, après avoir fermé la porte. Tu m'as fait peur. Mais je suis vraiment content de te voir.

- Malinovski autorise les visites depuis deux jours, mais je ne pouvais pas m'absenter de Poudlard avant ce week-end, se justifia-t-elle en se laissant bercer contre lui. Je n'ai plus d'interview en ce moment. J'ai fait le tour des joueurs de la ligue et l'équipe nationale est au Pérou, alors je n'ai pas réussi à trouver d'excuse valable pour sortir de l'école.

Harry acquiesça vaguement. Après le départ d'Hermione, la veille, il s'était senti infiniment seul. Kreattur, qui profitait de son temps libre pour le mettre au courant de l'avancée de ses affaires, venait certes le voir chaque soir. Mais tous ses autres proches lui avaient manqués. Voir sa fiancée était donc une très agréable surprise.

- Si tu savais comme j'ai eu peur, quand j'ai appris ton agression, murmura la jeune femme contre lui. Et personne ne voulait répondre à mes questions, me dire si tu allais bien ou pas…

Ginny se serra un peu plus contre son torse et s'agrippa à son dos, comme pour s'assurer de la matérialité de son fiancé. Elle avait besoin de réconfort. Elle avait cru, en tombant amoureuse d'Harry plusieurs années auparavant, qu'il était une sorte de héros invincible capable de résister à tout en restant droit sur ses pieds. Même l'année précédente, alors que les Carrow imposaient leur dictature à Poudlard et que beaucoup d'élèves perdaient courage, elle avait été sure qu'il se débrouillait parfaitement dans sa lutte contre Voldemort. Elle n'avait jamais douté de lui.

Mais depuis la victoire, il semblait sans cesse être en difficulté. Aujourd'hui, encore. Elle avait tellement besoin de se sentir rassurée sur leur avenir à tous les deux…

Harry, de son côté, inspira longuement la fragrance complexe de la jeune femme. Il ne pouvait dire exactement comment, mais il pouvait distinguer son stress, son désir de rapprochement et un parfum fruité qui provenait probablement de sa douche matinale.

- Je vais bien, maintenant, murmura-t-il finalement. J'avais seulement besoin d'une petite semaine de calme pour me remettre de l'agression.

Ginny releva la tête pour le regarder dans les yeux.

- Alors tu as bien été blessé.

- Seul contre plusieurs adversaires bien entraînés, je pouvais difficilement m'en sortir indemne, n'est-ce pas ?

Ginny confirma, mais ses yeux montraient son inquiétude. Que tout soit du passé ne l'aidait pas : elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce qui aurait pu arriver.

Harry se retint de lever les yeux au ciel. L'angoisse de Ginny lui semblait désormais hors de propos, mais très craquante dans un sens. Sur une impulsion et désireux de faire partir les plis de son front, Harry se pencha vers la jeune femme et l'embrassa. Elle fut surprise, mais il ne lui fallut pas longtemps pour participer elle aussi au baiser.

Cette réciprocité enflamma les sens du jeune homme et il ne se posa aucune question alors qu'il la faisait pivoter pour la plaquer contre la porte. Ginny poussa un cri de surprise, sous la brusquerie de son geste, mais il fut étouffé par les lèvres de son fiancé. Pressé contre elle, il semblait plus entreprenant que jamais.

Elle trouvait la situation un peu déplacée : elle n'était pas dans l'état d'esprit adéquat pour apprécier leur proximité. Mais elle se décida à se détendre pour profiter de l'instant. Ils étaient trop rares, ces derniers temps. Elle s'accrocha à son cou et ferma les yeux, se concentrant sur les sensations provoquées par le baiser enflammé.

Par contre, les mains baladeuses qui auraient pu être excitantes ne provoquaient chez elle qu'un sentiment de malaise. Ce n'était pas ça qu'elle voulait. Elle voulait Harry, elle le désirait, elle le voulait vibrant et pourquoi pas fou de désir, mais pas maintenant ! Pas comme ça, pas dans ces conditions ! Elle n'était pas venue pour ça.

Elle lâcha sa nuque et se tortilla pour tenter de plaquer ses mains sur son torse et le repousser. Mais leur proximité était si forte qu'elle n'avait presque aucune marge de manœuvre. Et ses mouvements furent mal interprétés par son fiancé, qui glissa rapidement ses mains sous l'ourlet de sa jupe et la souleva pour lui agripper les fesses. Ginny, à bout de souffle, tourna la tête pour échapper au baiser.

- Harry, arrête ! protesta-t-elle.

La porte froide n'était pas agréable et l'insistance de son fiancé était quelque peu déstabilisante. Il ne semblait pourtant pas l'avoir entendue, plongé dans son cou parfumé : ses mains continuaient à glisser sur sa peau.

Elle asséna un petit coup de poing sur son épaule, plus effrayée encore par son manque de contrôle. Ça lui ressemblait si peu, lui qui la frustrait bien trop souvent par son attitude beaucoup trop respectueuse… Son cœur battait violemment et elle n'arrivait pas à analyser suffisamment la situation pour réagir. Elle n'eut pas besoin de protester une deuxième fois, cependant, parce que le collier se manifesta douloureusement au moment où Harry tenta de glisser ses mains sous le tissu de son sous-vêtement.

Projeté vers l'arrière, il lâcha un juron bien senti.

- Mais enfin, qu'est-ce qui t'a pris ? se fâcha Ginny en replaçant sa jupe fébrilement. Je ne suis pas venue ici pour me faire agresser. Je voulais savoir si tu allais bien, mais ce n'est visiblement pas le cas ! Tu es complètement fou ! Je rentre, conclut-elle en ouvrant la porte d'une main mal assurée.

Tremblante de colère et définitivement perturbée par l'attitude d'Harry, elle n'avait qu'une envie : fuir au loin pour reprendre ses esprits. Elle s'était crue prête à tout pour lui, mais la situation l'avait effrayée. Elle était tellement remontée ! Il avait le pire sens du timing qu'elle avait jamais vu !

Pour une fois, elle ne voulait pas cette fusion qu'elle fantasmait et qu'il ne lui accordait jamais. Elle ne voulait rien de sexuel ou même de simplement sensuel. Elle était seulement venue chercher un peu de réconfort pour apaiser son angoisse des derniers jours. Quelques mots, un petit câlin tendre, elle ne voulait rien d'autre. Mais il était complètement à côté de la plaque, une fois de plus. Il ne comprenait rien à rien.

Harry, de con côté, prit soudain conscience des mots de Ginny et de sa propre attitude. Il se précipita dans le couloir à sa suite.

- Ginny ! Attends ! S'il te plaît, je suis désolé.

Il ne l'avait pas fait exprès. Il s'était oublié. Il avait naturellement laissé libre cours à ses besoins, sans écouter ceux de sa fiancée, mais il ne l'avait vraiment pas fait exprès. Cependant, son appel et ses excuses n'eurent aucun effet. La jeune femme accéléra le pas, le fuyant, pressée de trouver un endroit où apaiser les battements de son cœur.

Elle voulait juste un peu de paix, pour tenter de comprendre ce qui venait de se produire.

- Et merde ! s'exclama-t-il en donnant un coup dans le mur le plus proche.

Il retourna dans sa chambre et se laissa tomber sur le lit, se sentant minable comme jamais. Il avait agi comme… un animal. Etait-ce encore un effet de sa transformation en animagus ? Peut-être. Mais cette idée ne le soulageait aucunement : il avait mal agi. Avachi sur lui-même, il ferma les yeux, pencha la tête et laissa pendre ses bras lamentablement. Qu'avait-il encore fait ?

C'est dans cette position qu'Igor le trouva, une heure après, alors qu'il venait vérifier l'évolution de son patient.

- Que t'arrive-t-il ? demanda-t-il en refermant derrière lui.

Harry poussa un long soupir.

- Je crois que j'ai fait quelque chose d'horrible… commença Harry, avant de lui raconter la visite de Ginny dans les grandes lignes.

Igor resta d'abord silencieux, puis il effectua ses analyses habituelles. Harry se sentit encore plus mal. Finalement, le médicomage s'installa à côté de lui.

- Bon. Tu es complètement guéri, tu vas donc pouvoir sortir de l'hôpital dès demain. Je te conseille d'aller immédiatement t'excuser auprès de ta fiancée. Elle est jeune, elle peut avoir été choquée. Par contre, tu ne retourneras pas tout de suite enseigner. Ton manque de contrôle est problématique et si on te met en présence d'enfants turbulents, on ne sait pas comment tu pourrais réagir. Il faut que tu prennes rendez-vous avec un animagus qualifié qui pourrait t'apprendre à contrôler tes transformations et à retrouver totalement ton identité humaine. Tu es d'accord avec tout ça ?

- Oui, chuchota Harry, honteux.

- Un autre conseil, dit Igor. Préviens la jeune Weasley que tu souhaites la voir pour t'excuser. Laisse-lui le choix, cependant. Tu dois lui rendre le contrôle, si tu ne veux plus l'effrayer comme tu l'as fait aujourd'hui.

Cette fois, Harry ne répondit pas et se contenta d'acquiescer. Il avait vraiment foiré…

HPATHPATHPATHPATHPATHPATHPAT

Mardi 10 novembre, fin de matinée

Harry remontait lentement le boulevard Cavendish, dans le quartier de Hampstead du nord de Londres. C'était l'un des plus beaux quartiers du district de Camden et probablement l'un des plus beaux quartiers du tout Londres. Dans les rues détrempées, les passants étaient rares et tous se protégeaient sous des parapluies.

La veille, il avait pris son courage à deux mains et appelé Andromeda Tonks. Il n'avait pas réussi son appel aux ancêtres et il n'avait toujours pas accès à la chambre de Luna pour lui parler, mais il s'était décidé à passer au-dessus de ses craintes et à voir son filleul. La discussion qu'il avait eue avec Luna, dans la salle d'opération juste après son agression, l'avait marqué au fer rouge. Il s'était senti lâche et il détestait cette sensation.

Ravie par son geste, Andromeda l'avait immédiatement invité à manger dans sa maison de ville, à Londres. Raison pour laquelle ce matin, Harry se dirigeait chez elle, en profitant de cette sortie pour marcher et tenir ses instincts animaux sous contrôle.

Protégé par un long manteau sorcier, il ne s'inquiétait pas du regard des passants. Dans les quelques lettres qu'il avait échangées avec elle, Andromeda lui avait expliqué que ce quartier était principalement fréquenté par de riches et très riches moldus et que l'originalité n'attirait plus leur attention depuis bien longtemps.

Les Tonks avaient peu habité cette maison de ville, préférant de loin leur maison protégée de la campagne. Mais à la mort de son mari et de sa fille, Andromeda avait préféré quitter cette dernière, trop chargée de souvenirs. Elle préférait recommencer sa vie au milieu des moldus. Le choix de ce quartier par son mari Ted lui avait toujours plu. Parce qu'il laissait la possibilité aux sorciers ne connaissant pas les coutumes vestimentaires moldues de leur rendre visite sans attirer l'opprobre des voisins sur sa famille.

Il avait été un mari formidable selon elle, et un père drôle et aimant, d'après ce que lui avait raconté Nymphadora.

En tout cas, Harry était ravi de pouvoir profiter du manteau sorcier qu'il avait enfilé par-dessus sa tenue moldue, parce qu'il le protégeait de la pluie et du vent très efficacement.

Ce manteau, c'était Kreattur qui le lui avait apporté. Il faisait partie des biens de son coffre, d'une panoplie complète que l'elfe avait qualifiée de « tout-temps », bardée de sortilèges de protection en tout genre et en très bon état. Kreattur avait pris le temps de les faire rafraichir par madame Guipure, avec qui il s'entendait bien, et Harry ne pouvait que l'en remercier. Il se sentait protégé de l'extérieur et cela apaisait agréablement ses tourments internes.

Son malaise du samedi précédent s'était un peu dissipé, à la fois sur le terrain amoureux et à propos de ses pertes de contrôle, mais pas totalement.

D'une part, il avait passé une partie de l'après-midi, le dimanche, à s'expliquer avec Ginny. Elle avait souhaité la présence rassurante de sa mère, ce qui les avait obligés à quelques acrobaties dans leur échange d'excuses et explications, mais il s'était globalement réconcilié avec elle.

Pour tenter de se justifier, il avait parlé d'une perte de contrôle exceptionnelle, due à un stress post-agression mal géré. Bien sûr, Ginny ne lui avait pas sauté au cou. Elle avait même gardé cette pointe de doute et de méfiance, dans le regard. Cela l'avait blessé, mais il ne pouvait que la comprendre. Avant de partir et afin de la rassurer un peu plus, il avait même précisé qu'il aurait plusieurs rendez-vous avec un spécialiste ces prochaines semaines, pour éviter que ce genre de choses ne se reproduise.

Il n'avait pas parlé d'animagie, désirant à tout prix garder le secret pour le moment, mais il n'avait pas menti à propos du spécialiste.

Car d'autre part, il aurait bel et bien rendez-vous avec une animagus confirmée plusieurs fois dans les semaines à venir, pour régler ses problèmes de pulsions animales. Quand Igor était venu lui annoncer qu'il ne pourrait pas assurer les cours tout de suite pour raisons médicales, la directrice McGonagall s'était inquiétée. Elle avait tellement insisté pour connaître ces raisons - promettant de garder elle aussi le secret médical - qu'Igor avait fini par lui parler de sa transformation animagus mal maîtrisée.

La directrice avait alors insisté pour se charger de son éducation elle-même, à raison d'une visite chaque jour cette semaine puis de visites plus espacées par la suite. Les exercices qu'elle lui avait montrés la veille lui avaient permis de se transformer pour la deuxième fois de sa vie en renard, mais en gardant le contrôle de ses instincts. Et quand il était redevenu humain, il s'était aperçu qu'il portait toujours ses vêtements.

- C'est le contrôle des instincts, qui fait tout, avait-elle dit. Malgré la transformation animale, garder son humanité et sa raison permet de lier les vêtements à l'aspect humain.

Ce matin, il avait choisi de marcher jusque chez Andromeda pour bien se glisser dans ses attitudes humaines, avant de voir la sorcière et le petit Teddy. Le conseil d'Igor de marcher beaucoup dans les mois à venir avait été confirmé par la directrice de Poudlard. Les méditations servaient à se mêler plus facilement à son animal d'âme et ne permettaient pas, justement, de séparer sa personnalité humaine. La marche, au contraire, était essentielle pour se retrouver soi-même, en tant que sorcier. De même que les transformations aidaient à mieux comprendre sa personnalité animale.

A 11 heures 30, il monta enfin les marches menant au petit portillon de la grande maison Tonks. Elle se fondait parfaitement dans la verdure et n'attirait absolument pas l'œil au milieu de ses voisines. Mais cela s'expliquait par la volonté des Tonks de vivre le plus possible à la mode moldue, pour se faire oublier du monde magique. Et si quelques barrières empêchaient les sorciers non invités d'entrer, la maison était visible par tous.

Harry abaissa sa capuche et lança rapidement un sort de séchage sur les cheveux qui n'avaient pas été protégés de la pluie, avant de sonner.

- J'arrive Harry ! résonna la voix de la veuve, dans le couloir derrière la porte.

Dix secondes après, il entendit les cliquetis de chaînes qu'on retire. Dans l'encadrement de la porte, Andromeda avait le visage tiré mais son sourire était sincère. Dans ses bras, accroché à sa chemise violette, un petit garçon de sept mois le regardait avec un mélange de crainte et de curiosité.

- Bonjour, Andromeda. Comment allez-vous ?

- Un peu fatiguée ce matin, à cause d'une mauvaise nuit de Teddy, mais ça va, répondit-elle d'une voix douce.

Harry était toujours surpris de voir cette femme, tellement ressemblante à Bellatrix, se révéler aussi calme, douce et posée. Il se souvenait encore de son visage vexé, quand la première fois qu'il l'avait vue, il l'avait prise pour une Mangemorte. Il baissa la tête vers le petit garçon qui ne l'avait pas quitté des yeux.

- Bonjour Teddy. Je suis Harry, ton parrain.

Alors qu'il tendait la main vers lui, le visage de Teddy se crispa, comme s'il allait pleurer. Harry se rétracta, un peu vexé malgré lui.

- Ne t'inquiète pas Harry, c'est normal qu'il soit inquiet. Je n'ai pas l'occasion de lui faire voir beaucoup de monde, pour le moment, et les nouveaux visages lui font un peu peur. Mais entre plutôt, l'invita-t-elle.

Harry retint un soupir, en songeant que la méfiance de Teddy était sa juste récompense pour ne pas s'en être immédiatement occupé, puis il la suivit dans le couloir et le salon.

- Installe-toi, dit-elle en déposant Teddy dans un parc plein de peluches. Je vais nous chercher à boire. As-tu une envie particulière ?

Se souvenant du goût agréable du Martibullé qu'il avait bu au restaurant, en compagnie de Bernard Bradford, le haut dirigeant de l'Organisation, Harry demanda à Andromeda si elle en avait.

- Bien sûr ! s'exclama-t-elle, surprise parce qu'elle s'était plutôt attendue à devoir apporter de la Biéraubeurre rustique ou un alcool fort comme le Whisky-pur-Feu. C'est aussi l'une de mes boissons préférées, ajouta la sorcière avec un sourire. Surveille Teddy, je reviens.

Quand la sorcière disparut de la pièce, Harry se sentit nerveux. Il n'était jamais resté seul en compagnie d'un bébé et il avait la peur irrationnelle de provoquer un accident. Dans son parc, Teddy tenait assis tout seul. Il fronça les sourcils en voyant la sorcière quitter la pièce et poussa un petit cri en tendant la main.

- Da !

Voyant que c'était sans effet, il recommença.

- Da ! Da !

Alors que le visage du bébé se crispait de nouveau, Harry craignit une crise de larmes et il s'approcha du berceau. Il parla, aussi doucement que possible, et sa voix grave mais rassurante attira l'attention de Teddy.

- Ne t'en fais pas Teddy. Andromeda va revenir très vite. Tout va bien. Tu n'as pas besoin de pleurer, Andromeda sera bientôt là.

Harry eut envie de rire quand il vit le visage étonné puis concentré de Teddy, mais il se retint de peur de l'effrayer à nouveau. Finalement content que quelqu'un d'autre soit avec lui dans la pièce, Teddy se désintéressa d'Harry et attrapa l'une de ses peluches pour la mordiller et la frapper contre les barreaux du parc. Harry se releva au moment où Andromeda revenait, un petit plateau à la main.

- J'ai l'impression que tu es adopté, Harry, dit-elle en déposant deux verres et la bouteille de Martibullé sur la table. D'ordinaire, il passe son temps à pleurer en présence d'inconnus.

- C'est le cas de tous les bébés, non ? demanda Harry, peu à l'aise avec le sujet.

- Non, pas du tout. La plupart sont plus sociables que Teddy. C'est que j'aurais normalement dû l'emmener voir du monde, le sortir ou inviter des gens à la maison, pour l'habituer à des visages étrangers, mais… c'est toujours un peu dur. Lui donner mon attention et les soins qu'il mérite me prend déjà beaucoup de temps.

Harry hocha la tête et proposa de servir les verres, pour s'occuper les mains et permettre à Andromeda de faire disparaître la crispation de son visage. Il comprenait qu'elle n'ait pas beaucoup de visites, la guerre n'ayant pas facilité les liens d'amitié. Et puisque toute la famille Black et les Tonks étaient morts… Oui, il comprenait que ce fut difficile pour Andromeda de passer outre. Il lui avait lui-même fallu beaucoup de courage pour enfin oser se présenter ici.

Alors qu'il versait l'alcool, Andromeda se leva et sortit Teddy du parc pour le faire sauter sur ses genoux. Toujours en train de mâchouiller sa peluche, ce dernier ne protesta pas. Harry tendit le premier verre à son hôtesse puis prit le second pour lui-même, se renfonçant dans le canapé de cuir ferme.

- A nos enfants et petits-enfants, lança Andromeda en levant son verre.

- A nos enfants et petits-enfants, l'imita Harry.

Il but une gorgée d'alcool et observa la manière dont Andromeda tenait Teddy. Il était définitivement important pour elle. Elle s'accrochait visiblement à lui, à son besoin d'elle, pour avancer et continuer à vivre normalement. Tous les Black étaient forts. Même si parfois fous. Mais Andromeda avait vraiment perdu beaucoup pendant la dernière guerre… Etre le dernier survivant n'était jamais facile, il en savait quelque chose.

Soudain, Teddy se tortilla dans tous les sens pour descendre des genoux de sa grand-mère. Celle-ci le déposa au sol avant de reprendre son verre. Andromeda vit Harry suivre le petit garçon des yeux, alors que celui-ci explorait les alentours à quatre pattes. Le bébé était ravi de sa liberté, si l'on en croyait ses petits cris et ses balbutiements.

Andromeda fixa attentivement le sorcier assis devant elle. Puis elle hocha la tête en souriant, quand elle lut sur son visage son attention envers Teddy et le désir de protection qui émanait de lui. Il lui avait fallu du temps, mais il serait là pour lui désormais.

- Je suis contente que tu sois venu, dit-elle à son intention.

Harry releva la tête et retint tout juste une grimace.

- J'aurais dû venir depuis longtemps. Mais je vais essayer d'être là et de vous aider à l'élever, maintenant.

- Tu peux me tutoyer, intervint-elle.

- Très bien, accepta Harry en souriant. J'essaierai de soulager un peu vot… ton travail en prenant Teddy en charge de temps à autre. Ce sera encore un peu difficile, ces prochains mois, parce que je n'ai pas de maison où vous accueillir. Mais dès que les travaux du 12 Square Grimmaurd seront terminés, vous serez tous les deux les bienvenus.

- Tu fais des travaux dans la vieille maison de la tante Walburga ? s'étonna Andromeda.

- Oui. Pour la rendre habitable pour Ginny et moi.

- Et son tableau te laisse faire ? s'étonna encore la sorcière.

Harry eut un sourire de vainqueur. Le tableau de Walburga Black et ses cris stridents étaient légendaires pour ceux qui connaissaient le 12 square Grimmaurd. Mais il était parvenu à atténuer son mauvais caractère.

- On a passé un accord, répondit-il succinctement.

On ne pouvait pas dire que la vieille maîtresse de maison soit vraiment ravie des changements, mais elle s'était adaptée. Elle avait abandonné ses sempiternelles insultes, ce qui était déjà un énorme progrès en soi. Et Kreattur facilitait les choses, étant encore un peu attaché à sa vieille maîtresse. Kreattur facilitait toujours les choses et il n'était jamais aussi heureux qu'en aidant.

Cette constatation donna soudain une idée au sorcier.

- En attendant d'avoir la maison, reprit Harry, je vous enverrai Kreattur. Il m'est devenu indispensable et il pourra t'aider à t'occuper de Teddy, au moins en prenant soin du ménage, des courses ou de la cuisine. Bien sûr, j'ai besoin de lui sur d'autres chantiers, mais il sera là aussi souvent que possible.

- Si tu es si sûr de lui, alors c'est gentil de ta part de me le prêter, répondit Andromeda.

Il n'était pas question qu'elle décline l'offre. Plus jeune, elle avait elle-même été prise en charge par des elfes de maison et elle avait toujours admiré leur efficacité. En partant avec Ted, elle avait abandonné ce mode de vie et s'était occupée de tout, même si les premiers temps s'étaient révélés épiques. Mais aujourd'hui qu'elle était seule avec un enfant en bas âge, toute aide serait la bienvenue.

Teddy accaparant à nouveau l'attention d'Harry et ce dernier ne semblant pas particulièrement à l'aise dans la discussion, Andromeda laissa le silence s'installer. Ce n'était pas un de ces silences gênants qu'on cherche à tout prix à briser tant ils mettent mal à l'aise. Seulement le silence de ceux qui partagent et apprécient un petit moment de calme.

Bientôt brisé par un bruit sourd.

- Outch ! compatit Harry en se levant immédiatement.

Teddy venait de se cogner contre un meuble et se retrouvait sur les fesses, ne sachant pas encore comment réagir. Il se tourna vers les deux adultes et Andromeda intercepta Harry pour le faire rasseoir.

- Ne le cajole pas ou il se mettra immédiatement à pleurer.

- Mais il a dû se faire mal ! protesta Harry.

- Non, sinon il aurait hurlé immédiatement. Regarde plutôt.

Harry se tourna de nouveau vers Teddy, toujours assis sur les fesses à les regarder.

- Allez, mon garçon, dit Andromeda avec un sourire rassurant. Lève-toi !

Et Teddy se contenta de se remettre à quatre pattes pour explorer de nouveau les environs. Harry secoua la tête.

- J'ai l'impression que c'est déjà oublié, commenta-t-il.

- C'est le cas.

- Est-ce qu'il ne faudrait pas lancer des sortilèges pour adoucir les coins des meubles ? demanda encore Harry, en suivant la progression chaotique de son filleul.

- Là où c'est vraiment dangereux, parce que les pointes sont aiguisées, j'ai déjà fait le nécessaire. Pour le reste, il vaut mieux ne pas trop adoucir son environnement. Sinon, comment apprendrait-il à faire attention aux meubles ? Nous avions fait cette erreur pour Nymphadora, parce que Ted était un papa angoissé qui jugeait mes sorts de coussinage indispensables partout. Et, dit-elle avec un sourire attendri, nous savons tous les deux combien elle était maladroite…

Harry eut un petit rire, en se souvenant des innombrables fois où la jeune Auror se prenait les pieds dans les tapis ou renversait les objets à proximité. La maladresse de Tonks était effectivement légendaire au sein de l'Ordre. A se demander comment elle était parvenue à devenir l'Auror efficace qui suivait Kingsley partout…

- Je pense, conclut Andromeda, que ma fille serait d'accord avec ma décision.

Une nouvelle fois, le regard d'Harry se posa sur Teddy. Andromeda connaissait suffisamment sa fille pour prévoir ses réactions et ses accords ou désaccords. Que pensait Rémus d'eux, de là où il était ?

- Il serait heureux de voir à quel point nous aimons son fils, répondit la sorcière. Tu as parlé tout haut, précisa-t-elle quand Harry se tourna vers lui avec un air horrifié.

- J'aurais aimé l'entendre de sa bouche, confia Harry. J'ai essayé de le contacter, d'avoir son avis par l'intermédiaire de mes ancêtres, mais mon appel a échoué.

- Ne trouble pas leur repos ! s'exclama brusquement Andromeda. Les morts doivent rester où ils sont, ajouta-t-elle d'une voix moins agressive. Ted, ma fille, son mari, ils ont tous mérité de se reposer. Ils ont fait le choix de se battre, ils nous ont sauvés, ils ne méritent pas qu'on vienne les inquiéter avec nos états d'âme.

- Mais j'ai besoin d'être sûr ! protesta Harry.

Les deux sorciers se calmèrent quand Teddy se mit à chouiner, effrayé par les haussements de voix. Andromeda soupira et le prit dans ses bras.

- Je sais pourquoi tu as essayé. Je comprends, après tous les doutes que tu m'as confiés dans tes lettres. Mais ils ont le droit de goûter à la paix. Ils ont laissé Teddy à nos soins en toute connaissance de cause. Parce qu'ils savaient ce qu'ils risquaient. Ils n'ont pas besoin de nos doutes et nos craintes. Ils sont partis et on doit respecter ça.

- C'est… dur.

- Je sais.

Harry s'apaisa : Andromeda savait, bien évidemment, à quel point tout ça était difficile. Il pouvait la croire, si elle disait que sa fille et Rémus leur avaient confié Teddy en toute confiance. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir coupable de leur mort et d'avoir peur de s'occuper de Teddy. Heureusement, désormais, entre Luna et Andromeda qui ne se gênaient pas pour le secouer, il pourrait mieux accepter son double rôle de parrain.

- Alors par respect pour eux, je ne dérangerai plus leur sommeil, déclara Harry. C'est juste… Quand Luna m'a parlé des conseils des morts et des appels aux ancêtres, j'ai cru que c'était une pratique courante et même juste envers eux. Les morts, je veux dire. Que c'était ça, les respecter.

- Non, pas du tout, répondit la sorcière, qui avait retrouvé tout son calme. Cette pratique doit être exceptionnelle, pour les décisions dont les impacts ont une réelle importance, une portée vaste qui englobe toute la famille. Certaines familles de sorciers ont rendu la pratique courante, mais c'est un manque de respect total envers nos traditions.

La voix d'Andromeda semblait apaiser quelque peu Teddy, mais sans stopper totalement ses protestations.

- Qu'est-ce qu'il a ? finit pas demander Harry, inquiet.

- Il a eu peur et maintenant, il a faim. Pour lui, c'est l'heure de manger depuis un quart d'heure, déjà. Tu m'accompagnes à la cuisine ?

Harry acquiesça et suivit la sorcière silencieusement. La cuisine était assez spacieuse et lumineuse, et les carreaux beige clair qui couraient le long des murs lui donnaient un éclat de propreté. Elle était beaucoup plus chaleureuse que chez les Dursley, où le blanc et vert d'eau se disputaient la domination de la tapisserie et des meubles.

Andromeda installa Teddy dans une chaise haute, lui enfila un bavoir et sortit un petit pot de purée de légumes qu'elle prépara idéalement en quelques coups de baguette.

- Tu veux essayer ? lui demanda-t-elle.

Harry jeta un œil à Teddy, qui tendait les bras vers le petit pot et faisait d'étranges mouvements de succion avec la bouche.

- Je veux bien. Mais montre-moi d'abord, s'il te plaît. J'ai peur de lui faire mal.

- Un bébé n'est pas aussi fragile qu'on l'imagine souvent, tu sais. Donner à manger à Teddy est très simple. Bien sûr, il en mettra partout et la majorité de la purée se retrouvera sur ses mains et son bavoir plutôt que dans sa bouche, mais ce n'est pas grave du tout. Après, je lui donne encore un petit biberon de lait, donc il n'aura pas faim.

Harry avança une chaise à côté de celle de Teddy et lui tendit sa première cuiller. Il s'avança avec avidité mais très peu de la purée se retrouva dans sa bouche. Une partie s'étalait sous son nez et le reste était toujours dans la cuiller. Andromeda eut un léger rire et elle se pencha pour montrer à Harry comment minimiser les dégâts.

Vingt minutes après, Harry avait terminé de lui donner son pot. Qui aurait cru qu'il faudrait tant de temps pour avaler moins de 200 grammes de purée ?

- Là, là. C'est bien mon garçon, murmura Andromeda en essuyant la bouche du bébé.

Teddy semblait détester ça et Harry ne put s'empêcher de sourire, attendri, alors qu'il se lavait les mains dans l'évier. Andromeda prépara le lait et, quand tout fut prêt, elle prit le petit garçon sur ses genoux et lui tendit son biberon. Celui-ci l'attrapa vivement, mais il était encore incapable de le soulever seul. Andromeda lui maintint, pour qu'il puisse boire tranquillement.

Harry revint s'asseoir sur sa chaise et Andromeda se tourna vers lui.

- Je suis heureuse que tu sois là, dit-elle, mais je suis surprise que tu m'aies dit hier être libre toute la journée. Est-ce que ton travail de professeur assistant ne te prend pas de temps ?

- Si, bien sûr, il me prend du temps. Mais mon médicomage et la directrice sont d'accord pour me donner encore quelques jours pour me remettre de mon agression. Je sors à peine de l'hôpital, en fait.

- J'ai entendu parler de cette agression, par la radio sorcière. Difficile de passer à côté. La population est inquiète de voir que même si tu nous as débarrassés du Lord Noir, il y a encore des gens prêts à te tuer. Ils ne se sentent pas en parfaite sécurité.

- Je suppose qu'il faut encore s'attendre à quelques attentats sporadiques, à l'avenir, dit Harry en haussant les épaules. Il reste encore des Mangemorts convaincus et des sympathisants dehors. Et après ces derniers mois, je ne doute pas qu'ils tentent encore divers coups d'éclats. La paix ne se décrète pas en un jour.

- Ni même en plusieurs années, tu as raison, soupira Andromeda.

- Comment cela ?

- Lorsque tu nous as débarrassés du Lord Noir, la première fois, la société avait été marquée profondément. Les années 70 ont été les pires de l'histoire magique britannique et les années 80 n'ont pas tout effacé. On pouvait parler de troubles et d'une guerre larvée sous un lit de paix. J'avais presque 30 ans et je pouvais sérieusement le sentir, même si j'étais loin du monde magique, que j'avais quitté en 1973.

- Comment t'en étais-tu rendu compte ?

- J'avais droit, parfois, à des lettres de Narcissa. Je sais ce que tu penses d'elle, mais… nous n'avons pas pu couper les ponts tout de suite, elle et moi. A l'époque, elle s'inquiétait parce que Lucius Malfoy lui parlait d'héritier et qu'elle ne jugeait pas les temps assez sûrs pour avoir un bébé. Elle et Lucius ont longtemps été très proches du pouvoir. Ils savaient que tout était loin d'être rose et, même s'ils en profitaient eux-mêmes, Narcissa s'inquiétait pour son futur bébé. Et puis finalement, elle s'est décidée et nous en connaissons le résultat.

Oui. Draco. Sa mère avait donc toujours eu une espèce d'inquiétude sincère envers son fils. La famille… C'était définitivement ce qui passait avant tout le reste, chez les « Sangs-Purs ».

- Dix ans après, reprit Andromeda, alors que le Lord avait disparu, la société sorcière n'était toujours pas sur le bon chemin pour vivre sans peur des grandes guerres. En fait, depuis la folie de la guerre contre Grindelwald, nous n'avons jamais retrouvé le bon équilibre.

- Kreattur m'a pourtant expliqué que depuis que Dumbledore l'avait vaincu, le monde sorcier était devenu beaucoup plus sûr. Qu'il avait instauré des règles pour régir correctement la société.

- Oui, peut-être qu'elle est plus sûre et un peu plus juste pour tous les sorciers qui ne faisaient pas partie des grandes et anciennes familles sorcières. Mais c'est plus compliqué.

- Pourquoi ?

- Il y a une raison qui explique que les partisans de Voldemort étaient souvent tirés des familles de Sangs-purs. Je suis de sang pur moi-même et j'ai appris les histoires de ces anciennes familles. On m'a enseigné qu'avant l'arrivée de Dumbledore, le monde sorcier était certes impitoyable pour les solitaires et les sorciers issus de Moldus, mais que les codes de notre société nous liaient les uns aux autres et nous responsabilisaient. La famille était le noyau de chacun et l'honneur familial dictait les conduites.

Le noyau familial. Encore et toujours, cette notion revenait quand Harry discutait avec des sorciers « Sangs-purs ». Pansy elle-même avait mis cette notion en avant, lors de leur discussion. Le fait est qu'il détestait ce que l'expression « sang-pur » signifiait - cette idée que certains sorciers étaient naturellement supérieurs aux autres par le sang - mais il pouvait accepter cette appellation depuis qu'il la liait uniquement à cette attitude particulière qui mettait la famille au cœur de tout.

- Développer la puissance familiale, continua Andromeda, sur les plans financier, politique et culturel, était l'objectif de chacun. Et s'il arrivait que des conflits entre familles s'ouvrent à cause de cette recherche de puissance, il n'y a jamais eu de guerre totale comme sous Grindelwald ou Voldemort. Il y avait des codes à suivre, que chacun devait apprendre quelque soit son origine familiale, il y avait des négociations à mener, et voilà comment tournait le monde des Sangs-purs.

Andromeda s'arrêta une seconde pour vérifier que Teddy était bien installé puis reprit.

- Ce n'est pas un monde parfait, bien évidemment, et surtout pas pour les sorciers de sang mêlé ou issus des Moldus qui ne pesaient pas grand chose dans la balance. Mais la plupart des Sangs-purs regrettent encore aujourd'hui cette société codée ou les liens entre familles et au sein des familles étaient particulièrement serrés.

- Qu'est-ce qui a tout fait basculer ? J'ai dû mal à comprendre en quoi, après Grindelwald et avec Dumbledore, la société a changé. Aujourd'hui, les « Sangs-purs » continuent à régir le monde politique, à posséder l'argent, à vivre en mettant la famille au cœur de tout. Qu'est-ce qui a changé ?

- Les familles de sang-pur disparaissent et ne représentent plus qu'une infime proportion du monde sorcier. Et les nouvelles familles puissantes qui trustent le pouvoir et l'argent n'ont plus les règles que nous avions. Certes, je sais qu'au ministère, les anciennes règles régissent toujours le pouvoir. Mais pour le reste…

Andromeda poussa un soupir et baissa les yeux sur Teddy, qui somnolait, son biberon presque terminé. Elle posa ce dernier sur la table et souleva le petit garçon pour lui faire faire son renvoi, avant de continuer.

- Aujourd'hui, mon sentiment est que chacun cherche à dominer l'autre, et les scrupules ne sont plus de mise, même au cœur des familles. Grindelwald a été le premier à tout faire exploser, si j'ose dire, en cherchant le pouvoir pour lui-même et par tous les moyens. Dont la guerre. Puis les règles instaurées par Dumbledore et l'exemple qu'il donnait lui-même ont fait place nette à l'individu. Ce qui est bien, dans la mesure où chacun a théoriquement les mêmes droits que son voisin. Et ce qui est mauvais, dans la mesure où il n'y a plus vraiment de cadre affectif familial qui place des limites à chacun.

- Pansy Parkinson m'a dit qu'elle détestait l'individualisme porté par les nouveaux venus dans le monde magique. Elle parlait des sorciers issus de Moldus et des sorciers de Sang-mêlé, principalement, exposa Harry en réfléchissant à ce que disait Andromeda.

- La petite Parkinson n'a pas entièrement raison. L'individualisme explose aussi chez les Sang-purs. Grindelwald puis Dumbledore, tous les deux puissants et influents à leur manière, étaient des individualistes. Le problème vient du fait que les sorciers n'ont plus aujourd'hui de modèle fiable et fort auquel se raccrocher. Et ceux qui devraient l'être sont loin d'être des exemples à suivre. Vu les dernières nouvelles dans la presse sorcière, ça va recommencer comme dans les années 80…

- Comment ça ?

- Tu n'as écouté la radio sorcière, ce matin ?

- Je n'ai pas ce réflexe, non.

- Un scandale vient d'éclater. Le Ministre de la Magie Zorille aurait saisi des biens de familles de Mangemorts pour son propre bénéfice. Tu peux t'attendre à des émeutes et des protestations dans la journée, parce que les gens ont peur que le pouvoir puisse retirer leurs biens à leurs enfants n'importe comment et n'importe quand… Mais nous savons tous que ce n'est pas ça qui va l'arrêter ou l'empêcher de recommencer plus tard. C'est toujours pareil.

- Il va devoir démissionner, non ? D'autres ont dû le faire avant lui.

- Il y a peu de chances, répondit Andromeda. On sort de la guerre, on a besoin de stabilité. De plus, la flamme que ce scandale vient d'allumer sera bientôt éteinte et remplacée par autre chose. Et puis, même si les sorciers peuvent trouver scandaleuse cette spoliation de biens, il s'agit toujours de biens d'anciens Mangemorts. Je ne suis vraiment pas sûre que le ministre soit forcé de démissionner…

Harry fronça les sourcils, mécontent. Il ne pouvait pas laisser les choses ainsi. Les Mangemorts devaient être punis, certes, mais leurs enfants trop jeunes pour avoir commis des crimes ne méritaient pas de devenir indigents à cause de la cupidité de quelques uns. D'après ce qu'il savait de l'enfance de Voldemort, il ne doutait pas qu'il s'agirait d'un terreau idéal pour de futur « mages noirs » avides de vengeance.

Il devait parler à Aliénor, de la Guilde. Elle connaissait le fonctionnement du ministère et luttait contre son influence et ses travers. Elle pourrait peut-être l'aider et inciter la population à réclamer de nouvelles élections…

- Mais laissons ces pensées déprimantes de côté et allons coucher Teddy, conclut Andromeda. Ensuite, je te ferai goûter mon rôti d'agneau et mon pudding au pain en sauce. J'ai appris la recette exprès pour Ted, parce que sa mère cuisinait des rôtis tous les dimanches, quand il était plus jeune.

Harry passa un excellent repas puis un excellent après-midi. Il en apprit énormément sur les anciennes traditions liantes des Sangs-purs et sur le rôle des parrains dans ces anciennes traditions. Il décida de se faire nommer parrain par les Gobelins dans une cérémonie officielle dès que Luna serait autorisée à sortir avec son bébé. Il rassura ainsi Andromeda, pour le bien de Teddy, car la magie Gobeline était reconnue supérieure dans cette cérémonie particulière. (**)

Et quand il partit, Harry avait la sensation d'en avoir appris beaucoup sur le monde sorcier. Parce que même si elle avait quitté le monde magique depuis longtemps, Andromeda se tenait au courant de ce qui se passait. Et son éducation sorcière donnait aux événements un éclairage nouveau qu'il trouvait particulièrement intéressant. Il se promit de revenir les voir - elle et Teddy - plus souvent.

SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS

Jeudi 12 novembre, fin de soirée

« Très cher et fidèle Severus,

Au nom de notre amitié si longue, au nom de nos expériences partagées, ma femme et moi t'invitons au manoir Malfoy le mercredi 23 décembre prochain pour les fêtes de Noël. Je souhaiterais avoir ton avis sur un nouveau projet qui nous tient à cœur.

Mes respects,

Lucius Abraxas Malfoy. »

Severus leva les yeux d'un air absent. La réponse de Lucius à son courrier de la semaine précédente était pour le moins étrange. Son ancien ami n'avait répondu à aucune de ses questions et le mot lui-même était plutôt angoissant. Parce que Lucius n'écrivait jamais une lettre sans en peser le moindre mot, et que ceux qu'il avait choisis insistaient sur leur passé commun de Mangemort…

« Fidèle », « expériences partagées », « mes respects »… Il y avait quelque chose de parfaitement familier dans ce choix de mots. De quel nouveau projet parlait Lucius ? Pouvait-il être impliqué de nouveau dans un groupe de Mangemorts ? Mais le ministère le surveillait… D'ailleurs, la réponse plus que brève prouvait la méfiance du patriarche Malfoy face à cette surveillance. Mais pourquoi se méfier ?

Se pouvait-il que Lucius ait tenté d'assassiner Harry Potter ?

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Samedi 14 novembre, début de soirée

Harry se félicita d'avoir pris son écharpe et ses gants quand un nouveau coup de vent fit voler son long manteau.

Il patientait devant les portes d'un grand hôtel londonien, devant lequel Aliénor Douglas lui avait donné rendez-vous. Elle avait réservé pour deux dans le petit restaurant très coté du rez-de-chaussée et Harry n'avait pu qu'accepter. La jeune femme, lorsqu'elle jouait son rôle de Grand Maître de la Guilde, était bien trop occupée pour être accessible et elle avait préféré se rendre disponible et le voir dans un cadre plus intime.

Pour la voir, il avait dû refuser l'invitation d'Andromeda - qui voulait le remercier pour l'aide incroyable que lui apportait Kreattur - ainsi que l'invitation de Molly. Cette dernière avait espéré le voir en même temps que Ginny, qu'elle avait invitée à manger chez Seamus à Pré-au-Lard. La mère de famille se sentait plus que jamais seule, tous ses enfants partis du Terrier. Ce soir, Arthur était retenu à une réunion exceptionnelle au ministère et elle n'avait pas voulu rester seule.

Pour se faire pardonner de son absence, il avait fait envoyer aux deux sorcières un bouquet de fleurs. Et il s'était arrangé avec Seamus pour qu'elles apprennent, une fois installée, que le menu qu'elles choisiraient était déjà payé. Il espérait qu'elles puissent ainsi réellement et sans complexe profiter de leur dîner.

Harry jeta un œil à la montre qu'il s'était achetée pendant la semaine et haussa les épaules. Il était un peu en avance et Aliénor ne se montrerait pas avant dix bonnes minutes.

Il avait trouvé ennuyeux d'avoir une semaine si… vide. Vraiment, il ne comprenait pas comment les rentiers pouvaient supporter des mois à ne rien faire. Gérer son patrimoine ne lui prenait pas plus de quelques heures par jour, souvent moins de deux heures avec l'aide de Kreattur, et ses leçons avec la directrice n'occupaient qu'une petite partie de ses matinées.

Il avait fait du shopping, à la fois pour faire plaisir à Kreattur qui lui reprochait son style trop négligé et pour passer le temps, mais il avait horreur de dépenser son argent inutilement. Aussi, après deux après-midi, n'avait-il plus rien eu à faire.

Heureusement, bien qu'il ait passé la plupart de son temps auprès de Teddy et Andromeda, Kreattur avait réussi à lui trouver des occupations. Harry avait ainsi rendu visite à Arnold Kent, son ancien armurier, et il avait passé deux après-midi aux côtés de sa famille, pour faire le point sur l'avancée de leurs inventions. Il en avait approuvé plusieurs. Et Arnold, qui avait imaginé des chaînes de fabrication pour les jouets les plus simples, serait bientôt en mesure de produire les premières peluches.

Rien de bien compliqué dans ces jouets, dans l'immédiat. Il n'y avait pas de système mécanique élaboré ni de technologie informatisée, cette dernière leur paraissant encore trop récente et trop instable. Mais c'était un bon moyen de tester le sens des affaires de Debbie Kent, qui achetait les matières premières et devait trouver des débouchés aux produits fini, et d'expérimenter le bon sens de son fils François. Ce dernier, malgré l'abandon de son cursus scolaire, avait continué à développer son sens du développement durable, notion qui commençait doucement à faire son chemin dans les esprits des Moldus. Et il avait proposé à sa mère toute une gamme de peluches qui prônaient le geste citoyen.

Avec Kent, Harry avait beaucoup parlé des dégâts de la guerre sur les enfants en général. Et les questions de cet homme pragmatique l'avaient beaucoup fait réfléchir à ce que lui aussi trouvait inadapté dans son monde.

- Ainsi vous n'avez pas de système de prise en charge pour les enfants de moins de onze ans ? s'était-il étonné. Pas d'école, pas d'orphelinat ? Pas d'association d'aide aux jeunes déshérités ?

Harry avait bien dû admettre que non. C'était un des points dont il avait parlé avec Andromeda, en début de semaine. Bien longtemps auparavant, l'honneur d'une famille lui dictait de prendre en charge le neveu, le cousin germain, l'enfant qui n'avait plus ses parents mais qui avait des liens avec elle. Par la suite - et d'autant plus les trente dernières années - on avait laissé les jeunes gens et les enfants en difficultés livrés à eux-mêmes. On les envoyait dans le monde moldu sans jamais vérifier leur évolution et leur bien-être.

- Alors tu ne dois pas être surpris des problèmes de ton monde. Une société qui ne prend pas soin de ses enfants est forcément malade…

Et Harry n'avait pu qu'être d'accord avec Arnold Kent.

- Harry ! s'écria une voix féminine, à sa gauche. Je suis là !

Aliénor, emmitouflée dans un manteau rouge, marchait précipitamment vers lui. Elle avait les joues roses, autant à cause du froid que de sa précipitation pour le rejoindre, et ses longs cheveux blonds volaient dans le vent. Arrivée à ses côtés, la jeune femme retira ses cache-oreilles noirs, assortis à ses collants et ses chaussures, leva la tête et lui déposa un baiser sur la joue.

Un instant surpris par la familiarité de la jeune fille, il eut un temps d'arrêt avant de lui répondre et de lui rendre son baiser amical.

- Bonsoir Aliénor. Comment vas-tu ?

- Je suis complètement épuisée, répondit-elle avec néanmoins un sourire lumineux. C'est même pire que d'habitude, en ce moment. Avec les scandales qui sont sortis à propos du ministre Zorille, la Guilde a beaucoup d'opportunités à prendre pour renforcer son pouvoir politique. Alors forcément, j'ai beaucoup de travail. Je comprends pourquoi mon père a longtemps hésité avant d'accepter le poste !

- Peut-être voudrais-tu entrer t'asseoir ? proposa Harry.

- Volontiers. Il fait vraiment froid par ici.

D'un geste galant du bras, il l'invita à entrer dans l'hôtel et lui tint la porte. Cela sembla beaucoup amuser la sorcière, mais elle ne protesta pas le moins du monde. Au contraire, elle appréciait le geste suranné à sa juste valeur. Elle se dirigea directement à la réception du restaurant et demanda la table réservée aux noms de monsieur et madame Douglas. Harry, qui venait de la rejoindre, haussa les sourcils. Aliénor lui fit discrètement signe de ne pas commenter, alors que la réceptionniste vérifiait les données dans son livre.

- Oui, monsieur et madame Douglas. Vous avez la table 22.

- Voulez-vous me suivre ? demanda l'un des serveurs, dès que le numéro de table fut prononcé.

Aliénor avait un sourire espiègle et Harry haussa les épaules alors qu'il la suivait jusqu'à leur place. Ils étaient installés à côté d'une large vitre donnant directement sur les jardins privés de l'hôtel. Le serveur leur tendit le menu - très français - et Harry commanda deux entrées de foie gras, un tournedos de bœuf Rossini pour lui et un émincé de magret de canard pour Aliénor.

Une fois le serveur parti, Harry se tourna vers la sorcière, un air sérieux sur le visage.

- Monsieur et madame Douglas ? interrogea-t-il.

- Désolée, dit Aliénor en rougissant un peu de gêne. J'ai seulement pensé que si ton nom n'apparaissait pas, tu serais plus tranquille.

- On est dans un hôtel moldu, fit remarquer Harry. Personne ne me connait ici.

- Hum. Ça m'amusait beaucoup, aussi, ajouta-t-elle avec des yeux brillants de malice. Je me suis dit que ce serait agréable de faire des envieuses chez les serveuses et la clientèle.

Harry secoua la tête.

- D'accord pour cette fois, mais ne recommence pas s'il te plaît. Si Ginny venait à apprendre une telle chose, je pense qu'elle pourrait se sentir blessée.

- Pardon ! s'exclama Aliénor avec de grands yeux. J'ai tendance relâcher ma garde, en ta présence, et je n'ai pas pensé à ça. Tu es tellement discret sur ta vie privée que j'oublie parfois que tu es fiancé. Ce n'est pas le genre d'info qui m'intéresse, alors… je fais parfois des gaffes. C'est d'ailleurs mon problème avec mes partenaires de la Guilde. Mon père retenait tous les détails des vies de famille de ses collaborateurs et moi, je suis un peu paumée parfois.

- Ce n'est pas grave, la rassura-t-il, tant que tu ne me joues pas à nouveau cette plaisanterie par la suite.

- Promis ! s'enthousiasma Aliénor. Alors, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Tu avais l'air de vouloir me parler en urgence…

- Oui. C'est à propos de ton travail, en fait, dit-il avec un air d'excuse. A propos du Ministre Zorille.

Les deux jeunes gens s'interrompirent quand le serveur apporta leurs rafraichissements, puis Aliénor reprit.

- Qu'est-ce qui t'embête avec le ministre. A part le fait que c'est un tricheur, un voleur, un menteur et un trouillard ?

- Tu ne l'apprécies pas ?

- Pas du tout.

- Je me demandais si la Guilde pouvait pousser le ministre dehors pour provoquer de nouvelles élections. Je veux dire… je ne voudrais pas qu'un homme comme lui reste au pouvoir. J'aimerais vraiment que les choses s'améliorent pour le pays et ce n'est pas avec des gens comme lui qu'on y arrivera.

Aliénor eut à nouveau ce sourire espiègle qui ne semblait pas la quitter quand elle était avec lui.

- Les grands esprits se rencontrent, dit-elle malicieusement.

Elle s'interrompit pour porter un toast aux changements à venir et, après une gorgée de son apéritif, elle développa.

- J'ai déjà réussi à provoquer une réunion exceptionnelle, ce soir, à propos de l'incompétence du ministre. J'ai travaillé divers partenaires au corps pour qu'ils finissent par penser que la seule bonne solution pour le ministère est de changer de ministre. J'ai été surprise que tout aille si vite, cependant. Beaucoup de membres du ministère vont dans le même sens que moi - ils détestent l'idée que leurs propres enfants puissent être spoliés de leur fortune par un ministre cupide - mais je ne vais certainement pas m'en plaindre.

Harry resta silencieux un instant. Il avait d'abord été surpris de constater que le scandale avait été révélée au grand public aussi facilement - la Gazette, notamment, qui semblait plutôt du côté du ministre, avait consacré plusieurs articles à l'enquête en cours. Maintenant, il s'étonnait que la défiance envers le ministre fut si rapide… Les scandales précédents s'étaient étouffés d'eux-mêmes, qu'il s'agisse des attentats réguliers par des ex-Mangemorts ou de la fermeture temporaire du Chicaneur.

Alors certes, la chute de Zorille lui convenait - il n'appréciait pas le personnage - mais elle était étrange également… Quand Hermione était venue le voir à l'hôpital, elle avait dit que son chef et la plupart des employés du ministère s'éloignaient déjà de la sphère politique du ministre. Or, le scandale de ce vol de biens n'avait pas encore été révélé. Il y avait quelque chose de louche et d'un peu malsain dans cet enchaînement des faits. Il ne pouvait dire d'où venait cette impression, mais il était sûr que la chute du ministre arrangeait les affaires de quelqu'un. D'autant plus après avoir entendu les hypothèses d'Hermione et les remarques d'Aliénor.

Il lui faudrait surveiller l'évolution de cette affaire, pour en avoir le cœur net. Peut-être même lui faudrait-il s'impliquer un peu plus, pour faire sortir le loup de sa tanière…

- Bon, dit Harry d'un ton décidé. Si jamais tu as besoin de moi pour soutenir publiquement ton appel à un changement de ministre, préviens-moi. Je veux bien aider.

- Je garde ça en mémoire. Etait-ce la seule raison pour laquelle tu voulais me voir ?

- La principale, disons. Je me demandais aussi si tu connaissais les dispositifs mis en place pour aider les jeunes sorciers orphelins et les enfants qui ont souffert de la guerre.

- Il n'y a rien d'officiel, répondit-elle d'un air beaucoup plus sombre, soudain. Quelques grandes familles sorcières ont des fondations et font régulièrement des dons pour aider un hôpital comme Sainte Mangouste ou aider certains héritiers de bonne famille à acheter leurs fournitures pour Poudlard. Ce genre de choses. Mais il n'y a pas grand-chose de plus. On envoie la plupart des enfants dans le besoin chez les Moldus. Leurs dispositifs de prise en charge sont beaucoup plus nombreux que chez nous.

- Ce sont des familles qui donnent ? Que fait le ministère lui-même ?

- Il donne l'occasion aux grandes familles de faire des dons.

Harry fronça les sourcils, retenant un reniflement moqueur.

- Par exemple, exposa Aliénor, chaque année, il y a un bal de charité à Noël. Le ministère organise une grande fête à Sainte Mangouste et l'objectif est de se montrer et donner de belles sommes pour tous les enfants et les jeunes gens malades qui sont pris en charge à l'hôpital. Ils sont bien plus nombreux qu'on l'imagine : il y a eu beaucoup de traumatismes dus aux exactions des Mangemorts et les jeunes victimes ont une magie beaucoup trop instable pour qu'on les envoie chez les Moldus.

- Je vois. C'est quand ?

- Cette année... fit Aliénor pensivement. Ce sera le samedi 19 décembre. Mais… Normalement, si tu veux y être, tu dois recevoir une invitation. C'est étrange que tu ne l'aies pas déjà reçue… Je veux dire… Tu es le Sauveur, tout ça… Tu es un atout évident pour améliorer un peu plus l'image de ce bal de charité et celle du ministère.

- Ha ! soupira Harry en levant les mains. Je ne suis pas surpris. Je n'étais déjà pas invité lors de la soirée de tirage pour la coupe du monde…

- Je suppose que tu n'es pas encore considéré comme assez important sur le plan politique, dit Aliénor avec une moue perplexe. C'est idiot, parce que vu les deux sièges que tu possèdes au Mangenmagot et la fortune de ta famille, tu devrais être pris très au sérieux. C'est surtout dommage pour les enfants : je suis persuadée que tu aurais agi pour leur bien.

Harry fronça les sourcils, plongé dans ses pensées, alors qu'Aliénor changeait de sujet et parlait avec enthousiasme des vacances qu'elle prendrait dès que son père serait revenu de son expédition surprise. Bien sûr, sa mention des sièges qu'il détenait au Magenmagot l'intriguait, mais ce qui retenait principalement son attention concernait les enfants.

Pour lui et ceux qui le connaissaient, c'était évident qu'il avait les intérêts des enfants à coeur. Mais ce n'était pas qu'une question d'argent. Qu'il n'ait pas été invité lors du gala ne le dérangeait pas plus que ça. Non, il ressentait le besoin de faire quelque chose de plus concret et durable, pas simplement verser de l'argent. L'argent ne remplaçait pas le besoin de se sentir chéri, de sentir qu'on appartenait à un monde, qu'on était accepté par quelqu'un.

Combien d'orphelins comme lui souffraient de leur différence dans le monde moldu ? Combien de victimes de la guerre n'étaient pas prises en charge comme elles en avaient besoin ? L'état de Pansy - sa solitude et son manque de soins - le tracassait depuis de nombreux jours. Il voulait pouvoir faire quelque chose pour elle. Et pour tous les jeunes gens victimes de la guerre, qui ne méritaient pas une longue vie de souffrance. Même ceux qui méritaient peut-être une punition ne devaient pas être simplement abandonnés à eux-mêmes au milieu de l'hostilité ambiante…

Une idée lui trottait dans la tête, depuis sa discussion avec Arnold Kent. Une idée simple mais probablement difficile à mettre en œuvre…

Le monde sorcier avait besoin d'un foyer éducatif ouvert à tous. Aux sorciers dans le besoin, aux enfants sorciers rejetés par les moldus, aux Cracmols et aux enfants innocents de parents Mangemorts… Il avait certes besoin de creuser son projet et d'en discuter avec Kreattur, dont les conseils avaient toujours une grande valeur, mais il voulait définitivement faire quelque chose. Un foyer.

Le foyer Potter.

Harry repensa à Pansy et à leur discussion, à Sainte-Mangouste.

Il fallait à tout prix éviter le cercle infernal de la vengeance qui engendrait la vengeance. Les enfants de Mangemorts qui ne voulaient pas suivre les traces de leurs parents méritaient une deuxième chance, une porte de sortie. Harry n'aurait pas pu aider les Serpentards anti-Voldemort pendant sa scolarité. Aujourd'hui, il avait les épaules plus solides. Il pouvait aider.

De toute façon, ce n'était pas comme si on pouvait l'accuser de sympathie pour les idées de Voldemort...

N'est-ce pas ?


(*) Voir l'interview du Ministre Zorille dans le chapitre 6, partie 5 « Désacralisé ».

(**) Voir les réflexions de Kreattur pendant le procès d'Harry, pour qu'il récupère l'héritage de Sirius, vers la fin du chapitre 3, partie 2 « Perturbations d'un elfe ».


Comme je vous l'ai dit, ce chapitre a été difficile à écrire. Il lui manque un grand bout, que je reporterai au prochain chapitre, mais j'espère qu'il vous a plu malgré tout. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé avant de partir ! Et à bientôt, du moins aussi tôt que possible, pour la suite.

Lena.