Bonjour (bonsoir) à tous. Oui, je suis de retour ^^ Alors d'abord : bonne année 2012 ! Ensuite, merci pour tous vos commentaires et vos MP d'encouragement. J'ai apprécié. Je remercie plus particulièrement Wyny, qui corrige attentivement cette fiction et qui me soutient dans tous mes projets ^^

J'ai parlé à certains d'entre vous d'une surprise que je vous ai préparée. Sur la proposition d'une lectrice (bien que l'idée me trottait dans la tête depuis un moment), je suis en pleine construction d'un site web à propos de cette histoire. Théories magique, Histoire, fonctionnement de la société, politique, résumés des chapitres, fiches personnages, illustrations et tout un tas d'informations variées vont vous y attendre ! Je tenais à vous l'annoncer aujourd'hui (ça me donnera un coup de pied aux fesses supplémentaire), mais il sera ouvert pour la fin du mois, seulement. Je vous glisserai l'adresse sur mon profil ainsi que dans ma note, au début de ma prochaine publication. J'espère qu'il sera utile à ceux qui se posent plein de questions ^^

Les RAR sont en fin de chapitre.

Résumé de l'épisode précédent

Monsieur X donne à son homme de main tous les pouvoirs pour espionner Harry et le faire tomber. Il doit quitter l'Angleterre pour quelques temps.

Severus s'inquiète à propos de l'existence d'un ancien Mangemort inconnu toujours en liberté, dont lui a parlé Théodore Nott dans une lettre. Il reprend contact avec Lucius, pour avoir plus d'informations, mais la réponse floue de ce dernier n'apaise pas ses craintes.

A l'hôpital, alors qu'il se remet doucement, Harry reçoit la visite d'Hermione. Elle lui fait part des intrigues ministérielles et de la corruption qui semble encore régner chez les hommes politiques qui y travaillent. Il reçoit également la visite de Ginny mais perd le contrôle sur ses instincts et elle prend peur. Il parvient à s'expliquer avec elle, mais il est frustré de constater qu'elle est inquiète en sa présence.

Il rend visite à Andromeda et Teddy et en apprend plus sur les traditions et les mouvements de pensée des sangs-purs. Il constate également les lacunes du système sorcier en matière de prise en charge des enfants et des jeunes sorciers à problèmes. Après une discussion avec Aliénor sur ce sujet, il prend la décision de monter un foyer pour les enfants qui en ont besoin. Le foyer Potter.


Chapitre 10 : les fêtes de fin d'année

Partie 4 : Cris silencieux

Lundi 16 novembre, quelque part en Egypte

Ali Bashir, un des marchands de tapis volants les plus connus du monde sorcier, se demandait pour la centième fois s'il avait réellement eu une bonne idée en venant ici. L'immense propriété égyptienne dans laquelle il avait pénétré témoignait de l'opulence et de la puissance de son occupant. La maison avait été construite à l'image d'un Riad marocain, ce qu'il ne pouvait qu'apprécier en tant que sorcier marocain lui-même, mais il ne se sentait pourtant pas à son aise.

Quand, dans les milieux fermés de l'Afrique du Nord, le bruit avait couru que l'homme était disposé à trouver de nouveaux partenaires commerciaux et qu'il serait exceptionnellement chez lui, Ali n'avait pas réfléchi. Il avait immédiatement choisi sa meilleure flotte de tapis volants, une escorte suffisamment nombreuse et fidèle et ses trois femmes préférées, et il avait traversé le désert.

Il avait été si impatient, durant tout le voyage. Il était fier des présents qu'il apportait avec lui, plus particulièrement de deux joyaux rares de sa collection personnelle qu'il espérait utiles à la négociation qui aurait cours.

Cependant, en foulant les mosaïques colorées des couloirs, en passant à côté des immenses vases ouvragés et des plantes exotiques et odorantes, il avait compris que ses présents seraient inutiles. La traversée du patio, dont l'immense fontaine était réellement magnifique, le conforta dans cette impression : l'homme ne manquait de rien. Ali se demandait avec angoisse comment négocier son nouveau marché et il pestait intérieurement : il allait devoir demander une faveur et il avait horreur d'être débiteur.

Alors que le boy qui l'escortait allait frapper à la porte de ce qu'Ali devinait être le bureau de son hôte, celle-ci s'ouvrit violemment et un homme en jaillit brusquement.

- Vous n'êtes qu'un incapable ! rugit une voix dans l'ombre du bureau désormais ouvert. Pourquoi est-ce que je vous paie une fortune ? Trouvez-moi ce que je vous ai demandé !

Ali fronça les sourcils alors que l'homme qui était sorti précipitamment s'inclinait avant de disparaître. Son hôte ne semblait pas commode et peu enclin à la discussion, malgré les rumeurs positives qui couraient sur lui dans les tribus sorcières d'Afrique. Ali se demanda de quelle manière le prendre pour arriver à ses fins et s'il allait devoir le prier de lui accorder ses faveurs… Il n'aimait définitivement pas être en position d'infériorité. Le marchand de tapis redressa tout de même le buste : tant pis pour sa fierté, une chance pareille ne se représenterait pas de si tôt.

Le boy frappa à la porte restée ouverte et une voix sèche et sûre d'elle retentit.

- Entrez !

Le boy s'inclina pour laisser passer Ali puis referma la porte derrière lui. Ali cligna des yeux, s'habituant à l'obscurité des lieux. Il était probablement onze heures du matin et le soleil était haut dans le ciel, mais il faisait sombre dans la pièce. La pénombre l'empêchait de distinguer les traits de son hôte : seule une petite lampe de bureau éclairait les mains pâles de l'homme assis. Ali se sentit curieusement oppressé et ne put s'empêcher de repenser aux légendes qui couraient sur cet homme. Elles n'étaient sans doute pas toutes exagérées.

Ali s'approcha un peu et salua l'homme, qui se leva et s'approcha à son tour pour le saluer.

Le marchand de tapis volants frissonna. Il comprenait mieux pourquoi il distinguait mal les traits de son interlocuteur : le visage de ce dernier était presque entièrement caché par le chèche, vêtement traditionnel des nomades du désert, ainsi que par un voile plus fin qui lui couvrait les yeux.

D'ordinaire, Ali détestait ne pas voir le visage des hommes avec lesquels il traitait. Il savait assez bien décrypter les expressions et pouvait ainsi déterminer les types d'hommes auxquels il avait affaire. Cependant, il ferait volontiers une exception pour cette fois : les bruits qui couraient sur cet homme ne lui donnaient pas envie de voir son visage.

Son hôte reprit la parole et tira Ali de ses pensées troublées.

- Soyez le bienvenu, Ali Bashir, fils de Saadi et petit-fils de Salim. Je suis heureux de vous rencontrer. On m'a dit grand bien de vous.

La politesse de son hôte apaisa quelque peu le malaise d'Ali, qui hésita cependant sur la manière dont il devait répondre. Il ne connaissait ni le nom ni les ancêtres de cet homme. Il était seulement connu sous le surnom de « Djinn blanc ». Or, Ali n'était pas sûr que l'homme apprécie ce surnom. Les djinns vivaient cachés dans le désert du Sahara et peu de sorciers pouvaient affirmer les avoir rencontrés. Les légendes en faisaient donc tantôt un être bon et protecteur, tantôt un être maléfique voleur d'âmes. Mais la plupart d'entre elles en faisaient un démon.

- Merci… Pardonnez-moi de ne pas connaître votre nom, glissa finalement Ali avec l'espoir de glaner quelques informations sur l'identité de l'homme.

Un rire un peu rocailleux lui répondit et le marchand de tapis frissonna. Il ne savait pas si c'était l'atmosphère ou son imagination influencée par les rumeurs, mais il décida soudain que les djinns étaient bel et bien des démons des sables. Il se demanda pour la cent-unième fois s'il avait réellement eu une bonne idée en venant ici.

- Laissez donc, dit l'homme avec un vague geste de la main. Et venez plutôt vous asseoir, l'invita-t-il en désignant l'immense canapé d'angle, dans l'un des coins de la pièce. Voulez-vous du thé ? Il vient des Indes sorcières.

- Oui, merci, répondit Ali d'une voix qui n'était pas assez assurée à son goût.

Son hôte lui tourna le dos sans crainte et Ali l'en trouva d'autant plus dangereux.

L'homme exsudait la magie. Ali secoua la tête alors que les rumeurs sur le Djinn blanc lui revenaient à l'esprit. On disait de lui qu'il avait une puissance inhumaine, qu'il avait fait un pacte avec les démons et qu'il cachait son visage car il était marqué par ce pacte. Certaines rumeurs disaient que cet homme avait, dans sa jeunesse, assassiné plusieurs hommes sorciers et moldus, en déclenchant les feux de l'Enfer. Ces rumeurs affirmaient qu'il avait dû fuir le pays pour cette raison et qu'il s'était réfugié en Angleterre. D'autres bruits, à l'origine de son surnom, affirmaient qu'il était un djinn sous une apparence sorcière, car il semblait avoir débarqué du jour au lendemain, sans passé et sans famille.

Dans tous les cas, sa puissance magique et sa richesse en faisaient un homme admiré par la plupart des grands chefs de clan. Lui-même devait admettre qu'il était impressionné par l'être qui versait désormais le thé d'une main experte. Le plus gênant, avec cet homme, était de savoir qu'il était puissant sans rien savoir de plus.

- Voulez-vous du sucre ?

- Oui, merci, répondit Ali d'un air un peu absent, encore absorbé par ses pensées.

L'homme souleva une cloche et Ali approuva la présence d'un pain de sucre, comme dans son pays natal. D'un coup de baguette précis, l'homme en découpa un morceau et le glissa dans une tasse, qu'il apporta au marchand. Dans la sienne, il versa du miel. Il revint vers Ali et s'assit de manière à lui faire face. Le marchand de tapis attendit que son hôte lève sa propre tasse avant de boire une gorgée du thé brûlant.

- Maintenant que nous sommes installés, dit l'homme, je vous écoute. Quel service attendez-vous de moi ?

Ali était un sorcier calme et calculateur. Il fut donc surpris par la brusquerie de son vis-à-vis, dont il savait pourtant qu'il pouvait attendre plusieurs années pour décrocher un contrat aussi avantageux que possible. Cependant, il apprécia cette brusquerie car si l'homme avait hâte de l'entendre, cela signifiait certainement qu'il possédait quelque chose qui pouvait l'intéresser. La négociation n'en serait que plus simple. Ali tenta alors de reprendre l'avantage pour ne pas être dans la position de l'obligé.

- Pourquoi pensez-vous que j'espère un service ? demanda-t-il d'une feinte indifférence, espérant glaner quelques informations sur ce qui attirait l'attention de cet homme.

Ce dernier ne sembla pas gêné par la question à la limite de la politesse. Toujours drapé dans son vêtement couvrant, il s'enfonça dans le canapé et sa silhouette sembla en partie disparaître dans la pénombre. Il croisa les mains, posées sur son ventre. Cette attitude, elle-même à la limite de la politesse, semblait nonchalante. Cependant, Ali ne s'y trompa pas : l'homme le jaugeait, comme il l'aurait fait d'un adversaire. Il ne devait pas apprécier qu'on ne joue pas selon ses règles.

- Vous n'emmenez pas une escorte telle que la vôtre pour une simple visite de courtoisie. N'est-ce pas ? demanda l'homme calmement.

- Je viens simplement échanger quelques marchandises en Egypte, répondit Ali avec une certaine malice.

Il ne mentait pas. Pas vraiment. Il venait échanger ses marchandises contre l'ouverture d'un nouveau marché en Angleterre. Il avait été refoulé par un certain Arthur Weasley, la dernière fois qu'il avait tenté d'y vendre ses tapis frauduleusement.

- Alors, vous venez pour m'annoncer avec courtoisie que vous comptez envahir mes terres, mes marchés ?

Le ton de la question était amusé, mais Ali ne s'y trompa guère. Il venait de faire une erreur tactique de débutant, que la seule atmosphère oppressante ne pouvait expliquer. S'il acquiesçait, il devenait réellement un adversaire de cet homme, ce qui n'était pas son but. S'il niait sans expliquer la présence de ses marchandises, il ne serait jamais capable de s'affirmer comme un allié fiable. Il soupira intérieurement, conscient que ces dernières secondes lui avaient fait perdre tout son ascendant. D'habitude, c'était lui qui faisait perdre leurs moyens à ses interlocuteurs.

- Non, répondit finalement Ali en se penchant pour poser sa tasse sur la table basse. Je suis venu pour échanger mes marchandises contre un marché à l'étranger, admit-il.

- Je ne suis pas certain, commença l'homme lentement, que vos marchandises puissent vous ouvrir le marché que vous convoitez. Le peuple sorcier anglais est l'un des plus traditionnalistes que j'ai rencontré.

Ali plissa les yeux. Bien. Son hôte savait très exactement pour quelle raison il était venu et il lui refusait sa demande à mi-mots. Cependant, il n'était pas au courant de l'existence des deux pierres magiques qu'il portait autour du cou, à l'instant même. Ali plongea la main dans ses robes et sortit les deux pendentifs sertis. Il les tendit à l'homme, qui n'avait pas bougé de sa pénombre.

- Nous pourrions négocier, dit-il simplement.

L'homme saisit délicatement les bijoux pour les examiner et Ali hoqueta. Les pierres gravées qu'il avait serties dans les pendentifs étaient rares et prisées pour une bonne raison : cachées dans les lieux les plus inaccessibles du désert, elles dégageaient une aura spécifique qui amplifiait le noyau magique de ceux qui les utilisaient. Le noyau magique amplifié de cet homme était définitivement inhumain et effrayant.

- Les pierres des sorciers de l'époque de l'antique magie sont définitivement des trésors inestimables, admit l'homme en lui rendant les bijoux avec une réticence visible. Celles-ci sont magnifiques, mais je n'accepterai de transformer la législation anglaise sur les moyens de transport que si vous m'offrez autre chose.

Ali remit les pierres autour de son cou et sentit leur magie se réajuster tout autour de lui. Il leva ensuite les yeux vers l'homme qui était resté penché vers lui. Qu'y aurait-il de plus intéressant et de plus précieux que ces pierres antiques ?

- Voyez-vous, reprit l'homme, j'ai appris que la préparation nécessaire pour faire voler vos tapis de manière pérenne nécessitait des fleurs éphémères du désert.

Ali serra les poings malgré lui, inquiet. Comment cet homme était-il parvenu à percer l'un des secrets les mieux gardés de son commerce.

- J'accepterai d'appuyer votre demande auprès du ministère anglais en échange d'un tout petit service.

La voix de l'homme avait baissé en volume mais pas en intensité. Et Ali sut que c'était un mensonge.

- Je veux que vous m'obteniez une entrée auprès du chef Achraf Amjad ben Yusuf al-As-Sahara (*) de la tribu du désert Amjad.

Ali sentit une suée froide lui parcourir le dos. Il lui avait fallu des années pour obtenir la confiance d'Achraf Amjad, et cet homme peu commode était très attaché à certaines manières que son hôte n'avait définitivement pas… Cependant… Avait-il réellement un autre choix ?

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Mercredi 18 novembre, matin

Harry sortit du bureau de la directrice en même temps qu'Igor.

- Je suis content de revenir, dit-il au médicomage. Les ouvriers qui travaillent pour moi sont de bonne compagnie, mais Poudlard me manquait vraiment.

- Ton contrôle est suffisant, maintenant. Quant à Poudlard, c'est en effet un château unique, confirma le Russe. J'ai rarement rencontré des lieux aussi intéressants dans ma vie, même si certains lieux que j'ai pu visiter semblent naturellement magiques.

- Tu penses à Durmstrang ? demanda Harry en se souvenant qu'Igor avait étudié là-bas.

- Au Palais des bois, surtout. C'était mon école de médicomagie. C'est une école magnifique qui cache de nombreux secrets. Et même si je n'ai jamais cherché à résoudre ses mystères, il y avait toujours au Palais quelque chose pour occuper mon esprit, pendant et hors des cours… La période que j'ai passé là-bas était l'une des plus… apaisante de ma vie.

- Je comprends, répondit Harry en hochant la tête.

Il connaissait ce besoin de s'occuper l'esprit pour occulter les événements traumatisants du passé. Avoir tué les Mangemorts du cimetière lui avait causé un choc qu'il était conscient de ne pas encore avoir surmonté. Il avait choisi de compenser sa culpabilité avec la création d'un foyer utile, mais des images sanglantes revenaient parfois le hanter. Dans ces moments-là, il ne se sentait pas en concordance avec son animal d'âme, car lui était parfaitement en paix avec ses actes.

- Tout serait plus simple si je pouvais laisser la culpabilité de côté, murmura Harry pour lui-même.

- Impossible, fit Igor d'un ton cinglant. Je te l'ai déjà dit, la culpabilité est une donné essentielle pour ne pas perdre ton humanité en chemin.

- Comment surmonter la douleur, dans ce cas ? se défendit Harry.

- Il n'y a pas tellement de moyens, admit Igor plus calmement. En parler peut t'aider à accepter tes actes, mais dans ton cas…

Igor suspendit sa phrase et haussa les épaules. Un meurtre restait un meurtre, même s'il survenait en cas de légitime défense. Le secret médical pouvait être contourné dans ce cas particulier. Et il était évident que la prison n'était pas le meilleur endroit pour aider le jeune assistant à se pardonner. Quant à la raison qui avait poussé Harry à des actes sanglants… avoir un animagus sauvage n'était pas une bonne excuse. Et Igor était parfaitement conscient qu'en Angleterre, comme dans beaucoup de pays sorciers d'Europe, être un animagus non déclaré était illégal et pouvait mener à des peines de prison.

- Les bons psychomages sont rares et ceux que j'ai moi-même rencontrés n'ont jamais pu m'aider. Vient un moment où la culpabilité ou les regrets sont ancrés dans ta personnalité et il devient difficile d'en changer. A mon âge, c'est un peu tard.

Igor s'arrêta et sembla se perdre un instant dans ses pensées. Curieux, Harry resta à ses côtés.

- Par ailleurs, reprit finalement Igor, ma magie s'est construite avec mon traumatisme et presque grâce à lui. C'est, en quelque sorte, mon état normal. Si je surmontais la perte de Nikolaï, ce serait un changement d'état d'esprit radical. Par conséquent, le fonctionnement naturel de ma magie pourrait en être plus ou moins affecté. Pour éviter cela, je préfère conserver mes regrets et mes cauchemars. C'est pour ça que je dis que, dans mon cas, c'est trop tard.

Harry fronça les sourcils. Il comprenait bien la logique du médicomage, puisqu'il était conscient que l'esprit et la personnalité d'un sorcier étaient essentiels dans la construction de son identité magique. Cependant, il n'avait pas envie de conserver les cauchemars : chez lui, de nouveaux cauchemars ne cessaient de chasser les précédents. La main blanche et squelettique qui le noyait dans la boue et les yeux rouges qui le menaçaient avaient été remplacés par le carnage qu'il avait lui-même perpétré dans le cimetière.

Une chose était certaine : toucher à l'esprit d'un sorcier pouvait avoir encore plus de conséquences que toucher à l'esprit d'un moldu, parce que la magie s'en mêlait. Il suffisait de voir l'impuissance des médicomages de Sainte Mangouste face aux cas des parents de Neville, de Lockhart ou encore de Pansy Parkinson.

- Est-ce que la magie verte ne peut pas aider les sorciers à s'en sortir mieux qu'avec les techniques des médicomages habituels ?

- Je ne sais pas. La magie verte m'a en partie permis de guérir, mais pas grâce à la psychomagie. Elle m'a permis de guérir parce que je pouvais compenser ma culpabilité en aidant d'autres êtres à guérir et vivre, après… Tu sais.

Harry acquiesça. Il comprenait le besoin du médicomage de se racheter à ses propres yeux en aidant ceux qui avaient besoin de lui.

- Est-ce que les autres traumatismes d'un sorcier peuvent être mieux guéris avec la magie verte ? Par exemple ceux qui ne sont pas liés à un meurtre, mais à des violences ou d'autres types de chocs ?

- Oui, définitivement. Nous pouvons utiliser des méthodes spécifiques à la magie verte, pour calmer et rassurer nos patients. Nous avons accès à des techniques et des pans de la magie différents des autres sorciers.

- Je vois… commença Harry.

Il se souvenait de la leçon que lui avait donnée Hermione sur les domaines magiques et il comprenait parfaitement qu'Igor puisse avoir accès à des pratiques et des connaissances différentes de celles des médicomages de Sainte Mangouste.

- Et comment t'y prendrais-tu pour soigner des traumatisés ?

En cet instant, Harry ne pensait plus à lui mais à Pansy et la jeune Camomille.

- Je ne peux pas faire grand-chose en matière de psychomagie, expliqua Igor en tentant d'imaginer la situation, parce que c'est une matière que j'ai peu travaillée et pratiquée.

Harry songea que c'était sans doute la raison pour laquelle Igor n'avait pas pris en charge les soins psychomagiques de Camomille, malgré son statut de médicomage.

- En revanche, je suis un spécialiste en potions et surtout en potions de soins. Alors je ne pourrais pas guérir totalement un sorcier de ses traumatismes, mais je serais capable de l'aider à se sentir mieux. La potion de doux-rêves que j'ai améliorée en est un exemple, mais il existe d'autres potions également efficaces en état d'éveil…

- En Angleterre, la potion de doux-rêves est interdite, glissa Harry.

Quand Igor lui en avait confié un flacon, la première fois, il s'était méfié et avait demandé à l'infirmière Pomfresh de l'analyser. C'était elle qui lui avait expliqué les effets de la potion et son interdiction par le ministère.

- Vraiment ? s'étonna Igor en haussant les sourcils. C'est bien dommage : elle est souvent très efficace, même s'il vaut mieux l'utiliser avec parcimonie.

- A cause de l'effet accoutumant, supposa Harry en se souvenant de la mise en garde de Poppy Pomfresh.

- Exactement. Il est également contre-indiqué de la boire, chez les sorciers qui n'ont pas atteint la majorité magique. Les rêves et les cauchemars, à cette période de leur vie, sont très structurants pour leur esprit et donc pour leur magie. Il n'est pas conseillé de les brider.

- Je comprends. Mais comment aider les plus jeunes, dans ce cas ?

- Je n'ai jamais mis cette théorie en pratique, mais certains de nos chercheurs en magie verte ont plus ou moins démontré que la potion de doux-rêves avait une influence moins radicale quand elle était inhalée à petites doses. Mais le mieux, pour les plus jeunes, reste de les laisser se construire sans interférer directement sur leur magie. On peut les accompagner, les écouter, créer si possible un environnement stable et agréable, mais je pense qu'on ne peut pas faire beaucoup plus sans risquer de brider leurs capacités magiques.

Harry se demanda si c'était la raison pour laquelle beaucoup de jeunes enfants étaient envoyés dans le monde moldu. Les médecins moldus ne pouvaient, de fait, pas influencer la magie des enfants et des jeunes sorciers.

- Tu n'es peut-être pas psychomage, conclut Harry avec un sourire pour le médicomage taciturne, mais parler avec toi me fait du bien et me donne plein de matière pour m'occuper l'esprit. C'est d'autant plus facile que tu finis par connaître beaucoup plus de choses sur moi que la plupart des gens.

Le visage d'Igor se détendit légèrement en une espèce de sourire et le médicomage se tourna vers l'assistant.

- Quand reprends-tu les cours ? demanda-t-il.

- Mardi prochain.

- Alors si tu te poses des questions ou si tu n'es pas suffisamment à l'aise à proximité des enfants, viens me voir, lui conseilla Igor. Je reste au château, ce week-end.

ABABABABABABABABABABABABAB

Mercredi 18 novembre, quelque part au Maroc, fin de soirée

Ali Bashir jeta un coup d'œil nerveux au Djinn blanc, qui malgré l'heure avancée et le soir tombant, ne semblait pas vouloir dormir. Cet… être l'inquiétait. Ali ne pouvait s'empêcher de se poser mille et une questions, d'autant plus que l'homme ne quittait jamais ses vêtements et que la seule partie visible de son corps était ses mains. Le chèche n'était pas étonnant en soi, mais le voile que le Djinn portait devant le visage était perturbant.

Oui, Ali se posait beaucoup de questions…

L'homme avait semblé agité après avoir reçu une enveloppe d'un hibou en plein survol du désert. C'était loin d'être courant et la pauvre bête n'avait pas survécu longtemps après avoir livré son colis. Depuis son propre tapis, Ali avait repéré qu'il s'agissait d'une lettre accompagnée de plusieurs photos. Elles avaient probablement de l'importance car elles avaient arraché un rire plus que sinistre à cet homme mystérieux. Et depuis qu'il les avait vues, le Djinn n'avait eu qu'une hâte : se rendre à Marrakech.

Ali avait eu quelques difficultés à comprendre comment un sorcier aussi puissant que le Djinn blanc pouvait avoir hâte de se mêler à la population d'une des villes les plus moldues du Maroc. Mais il n'avait pas posé de question et avait cédé à ce caprice. Le Djinn blanc avait disparu pendant près de deux heures et, à son retour, il avait semblé encore plus morose. Cela dit, il était difficile d'être catégorique sur l'humeur de cet homme, compte tenu de son vêtement particulier.

Ali leva les yeux vers le ciel assombri et pria la Mère Magie d'adoucir l'humeur d'Achraf pour qu'il emmène le Djinn blanc avec lui dès qu'ils se rencontreraient. Il avait la chance d'avoir un rendez-vous avec le chef de tribu dans quelques jours. Si la chance restait de son côté, il pourrait bientôt retrouver toute da tranquillité d'esprit.

Ali était un chef de clan respecté pour sa sagesse et son courage par la plupart des autres chefs de tribus sorciers. Pourtant, il voulait à tout prix s'éloigner de cet homme étrange car son attitude mystérieuse et sa magie intoxicante le mettaient mal à l'aise. Et, jusqu'ici, il n'avait presque jamais été mal à l'aise. Pour la deux-centième fois, il se demanda s'il avait eu une bonne idée en se rendant chez cet homme.

MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX

Jeudi 19 novembre, matin, quelque part au ministère

Un homme élancé s'introduisit dans le bureau de son patron. Il était discret, par habitude, même s'il s'avait que personne ne s'aventurait au bout de ce couloir sans y avoir été invité. Or, son patron était parti depuis plusieurs jours et, d'après le coup de téléphone qu'il avait reçu chez lui la veille, il ne rentrerait pas avant au moins trois semaines. Il était apparemment tombé sur une opportunité qu'il ne pouvait pas ignorer.

L'homme sec suivit donc les consignes que son patron lui avait données avant de raccrocher. Il rangea soigneusement, dans l'un des tiroirs du bureau, les doubles des photos compromettantes que l'un de leurs espions avait faites de Potter et de la fille Douglas. Il referma le tiroir à clef et haussa les épaules, un peu dépité. La proximité entre Potter et Douglas avait mis son patron en colère, étant donné que lui et le Maître Artisan, père de Douglas, se détestaient. Heureusement, son patron avait tout de même eu l'air satisfait de ce nouveau moyen de pression.

Ce que lui ne parvenait pas à comprendre, c'était la raison qui avait poussé son patron à ne pas utiliser ces photos dans l'immédiat. Par conséquent, il lui incombait désormais de trouver un autre moyen pour faire tomber Potter hors de l'échiquier…

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Vendredi 20 novembre, fin d'après-midi

Harry sortit de la dernière leçon de DCFM de la semaine un peu lessivé. Certes, il n'avait pas repris les cours lui-même, la directrice souhaitant lui donner le temps de se réhabituer aux élèves. Cependant, dès le jeudi matin, Thorn l'avait utilisé comme cobaye pour ses démonstrations pratiques. Le pire pour lui avait été de bien maîtriser et cacher tous ses instincts animaux lors de la leçon de duel que Thorn avait donnée aux septièmes années le matin même. En effet, Thorn était un adversaire difficile, observateur et intelligent. Harry avait donc dû réfréner sa nouvelle tendance à attaquer pour ne pas soulever de questions.

Il avait bien maîtrisé ses instincts animaux et ni Thorn ni les étudiants ne s'étaient retrouvés en danger. A aucun moment, il n'avait perdu le contrôle. Cependant, il avait senti que sa magie et sa volonté étaient tiraillées dans deux directions différentes. En repensant à sa discussion avec Igor, deux jours auparavant, il avait compris que sa magie avait développé naturellement une nouvelle propension à l'attaque, après son expérience du cimetière.

Il poussa donc la porte de ses appartements avec un soulagement non feint et se laissa glisser dans son fauteuil favori. Il eut le temps de somnoler une heure ou deux avant que Bris, un panier à la main, et Kreattur n'apparaissent devant lui dans un pop bruyant. Bris s'inclina spontanément et s'attira un regard fier de son père adoptif, avant que celui-ci ne salue Harry à son tour.

- Bonsoir, monsieur. Nous avons pensé que votre reprise des cours devait vous avoir fatigué. Nous vous avons apporté votre repas de ce soir pour que vous puissiez vous reposer dans vos appartements.

- Merci, c'est une bonne idée, approuva Harry en songeant avec plaisir qu'il allait éviter le brouhaha de la Grande Salle.

Bris se rendit dans la cuisine avec son panier et Kreattur s'avança vers le sorcier.

- Je me suis rendu au ministère puis dans votre usine de jouets, dit-il en posant sa sacoche par terre. J'ai ici une pochette qui rassemble les éléments de législation qu'il vous faut connaître avant d'ouvrir votre centre, ainsi que les papiers nécessaires au dépôt du dossier de votre projet. Cette semaine, je suis également passé par le réseau des elfes de maison pour rassembler autant d'information que possible sur les autres centres dédiés aux enfants qui existent en Europe sorcière. Ils ne sont pas nombreux.

Harry saisit l'épais dossier et feuilleta rapidement les premiers documents. Il avait déjà bien avancé les axes de son projet. Il avait globalement anticipé ses besoins en matière d'infrastructures, de personnel, de protections magiques et de financements. Mais il aurait encore besoin de plusieurs jours, même avec l'aide de Kreattur, pour peaufiner son dossier…

- Et monsieur Arnold Kent vous fait envoyer cette peluche, ajouta Kreattur en redonnant au jouet sa taille normale. C'est la version finale qu'ils produisent actuellement.

Harry posa son dossier sur la table basse et saisit le gros ours en peluche beige clair. Les poils longs étaient doux et Harry y enfouit son visage pour mieux profiter de sa douceur.

- J'aime énormément la texture, commenta-t-il en relevant la tête, mais j'ai pensé à autre chose... Nous visons les enfants n'est-ce pas ? Or, les peluches sont des nids à microbes. Est-ce qu'on peut faire quelque chose contre ça ?

- Je suppose qu'on peut traiter la peluche avec une potion appropriée, mais je ne saurais pas dire laquelle.

- Très bien. Il faut que j'aille voir Igor.

Harry se leva et se tourna en direction de la kitchenette.

- Bris, place un sort de conservation sur la nourriture, s'il te plaît. Je mangerai en revenant.

- Oui, monsieur Potter ! lança le jeune elfe joyeusement.

- Si vous avez besoin de moi, monsieur, il vous suffit d'appeler, déclara Kreattur. En attendant, je vais chez madame Black pour l'aider avec le repas de ce soir.

- Merci pour ton aide, Kreattur, dit Harry dans un sourire, avant de sortir.

Dans les couloirs désertés, le sorcier s'amusa avec le jouet. Il n'avait jamais eu de peluche, mais il était prêt à parier que celle-ci était de très bonne facture. Sa douceur et son moelleux lui donnaient envie de la serrer fort contre lui. Il se retint cependant, pour le cas où il rencontrerait des étudiants. Il frappa finalement à la porte de l'infirmerie et entra. Igor était en train d'arranger l'un des lits de l'infirmerie et termina sa tâche avant de se tourner vers le jeune assistant.

- Harry. As-tu des problèmes avec ton animal ? demanda-t-il avant d'apercevoir la peluche. Ou as-tu d'autres problèmes dont tu aimerais me parler ?

Harry, qui commençait à reconnaître le ton pince-sans-rire du médicomage, ne put s'empêcher de glousser.

- Ce n'est pas mon jouet. Enfin, si, puisque c'est moi qui le fais fabriquer, mais il ne m'est pas destiné, éclaircit Harry.

- Alors que puis-je faire pour toi ?

- Je me demandais si tu connaissais une potion capable de repousser les microbes et les bactéries. Je voudrais que mon jouet ne provoque pas de problème auprès des enfants, qu'ils soient sorciers ou moldus. Tu sais ? Mon concepteur a déjà pris soin de n'utiliser que des matériaux qui ne provoquent pas d'allergies, mais j'aimerais aussi éviter que ces peluches deviennent des nids à maladies… Pour être sûr de moi et ne pas me poser trop de questions…

Harry eut conscience qu'il s'étalait et se justifiait pour rien, alors il se tut. Ce n'était pas de sa faute s'il était de nature inquiète quand il s'agissait du bien-être des enfants…

- Je ne suis pas certain que ce soit possible, répondit Igor pensivement.

Il se gratta la nuque, sourcils froncés, et se rendit dans le bureau jouxtant l'infirmerie. Harry le suivit, tout en jouant avec l'ours, maintenant qu'il ne pouvait plus être vu par des élèves. Au bout de longues minutes, il releva les yeux vers Igor. Le médicomage était stoïque, comme à son habitude, mais parcourait rapidement des yeux les étagères de sa bibliothèque. Finalement, il saisit un épais grimoire et l'ouvrit, avec l'air de chercher une page bien précise.

- Il existe bien une ancienne potion, qu'on donnait aux jeunes enfants pour les protéger des maladies courantes, mais c'était avant que les sortilèges de nettoyage et les sortilèges antibactériens ne soient améliorés. Aujourd'hui, ces derniers sont plus efficaces pour protéger les jeunes enfants d'un mauvais environnement.

- Ce genre de potion peut-il être appliqué sur un objet et le rendre sain, voire stérile ? l'interrogea Harry.

- Son principe est d'empêcher la plupart des microbes et autres virus de s'accrocher à ta peluche. En revanche, elle n'est pas sûre à 100 % comme le sont les sortilèges de décontamination. Donc non, elle ne rendra pas ton jouet stérile.

- C'est toujours mieux que rien, commenta Harry en se levant de la chaise où il s'était installé.

Il s'avança vers Igor, lui fourra la peluche entre les mains et prit le grimoire.

- Je suis nul en potion, dit-il, mais celle-ci a vraiment l'air compliquée… Il y a beaucoup plus d'ingrédients que dans la plupart des potions que j'ai concoctées.

Il s'arrêta un instant pour parcourir la liste, incrédule.

- Est-ce qu'au moins ils existent vraiment ?

Igor leva les yeux au ciel, tout en éloignant la peluche. Il avait toujours des difficultés à assimiler la médiocrité de l'assistant de DCFM dans cette matière qu'il adorait.

- Bien sûr que ces ingrédients existent. Ce ne sont pas les plus difficiles à trouver, loin de là. En revanche, plusieurs d'entre eux doivent être maniés avec une extrême précaution, répliqua Igor en regardant suspicieusement l'ours souriant. Et c'est normal que tu ne comprennes rien à la formule. Ce grimoire n'est pas étudié par les étudiants, il sert aux maîtres en potion expérimentés.

- Mince, se lamenta Harry. Comment est-ce que je vais faire pour rendre mes peluches plus sûres pour les enfants ? Je suis bien conscient que tu n'auras pas le temps de me produire cette potion en série. Et je me vois mal demander à Snape de me rendre ce service… Même en le payant grassement.

- En effet, lança une voix glaciale dans son dos.

Harry sursauta, alors qu'Igor ricanait. Embarrassé, le jeune sorcier se retourna vers le professeur de potions, arrivé discrètement derrière lui.

- Qu'est-ce que c'est que cette chose ? demanda Snape en braquant ses yeux sur la peluche comme si elle était l'objet d'un délit.

- C'est ma peluche, répondit Harry un peu trop rapidement, avant de bafouiller. Enfin, je veux dire…

Il se tut, encore plus embarrassé, alors que son ancien professeur de potions le fixait comme s'il était un être étrange. Igor recommença à ricaner.

- Cela expliquerait beaucoup de choses, commenta le maître des potions avec un rictus moqueur.

- C'est moi qui fait fabriquer ces peluches, mais elles sont destinées à des enfants, parvint finalement à expliquer Harry, en reprenant l'ours à Igor.

Severus ne commenta pas et se tourna vers Igor, qui haussa les épaules – il venait lui aussi d'apprendre que l'assistant fabriquait des peluches – et saisit son grimoire pour le ranger. Le maître des potions fronça les sourcils en reconnaissant la tranche du vieil ouvrage et s'adressa de nouveau à Harry.

- Et que voulez-vous faire avec des potions médicinales ? J'espère que vous êtes conscient que votre cerveau est déjà bien trop atteint pour être soigné.

Harry soupira mais ne releva pas la remarque. Il était trop fatigué pour polémiquer et fréquenter Igor l'avait de toute manière habitué à recevoir régulièrement des remarques sarcastiques. De plus, il devait admettre que la langue acérée de son ancien professeur pouvait être divertissante, quand elle ne s'adressait pas à lui.

- Je voudrais rendre mes peluches parfaites, ne prendre aucun risque avec la santé des enfants qui joueront avec. J'ai travaillé sur leur processus de fabrication avec des professionnels, nous avons choisi les meilleurs composants, mais je ne veux pas qu'un mauvais usage puisse… je ne sais pas… rendre les enfants malades ou je ne sais quoi d'autre. Igor m'a parlé d'une potion qui me serait utile, mais j'ai besoin des services d'un maître en potions expérimenté.

Igor, déconnecté de la discussion, repartit dans l'infirmerie. Severus, lui, était pensif.

- Vous disiez que vous étiez prêt à payer grassement, c'est bien cela ? demanda-t-il.

Et Harry leva les yeux vers lui, plein d'espoir.

MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX

Samedi 21 novembre, tôt le matin

Du coin de l'œil, l'homme massif vit le chef de tribu Ali Bashir taper du pied au sol pour la vingtième fois, nerveusement. Lui aussi était un peu nerveux, mais c'était moins visible car il portait toujours son chèche et son masque de tissu. Les vêtements amples cachaient suffisamment ses formes, même si Ali avait deviné en lui un homme costaud.

Le marchand de tapis avait tenu sa promesse : il l'avait emmené à ce point de rendez-vous avec Achraf Amjad. Actuellement, ils observaient tous les deux une partie de la tribu Amjad s'approcher peu à peu dans la lumière du matin. L'homme caché avait dévoré des yeux la verdure et le village sorcier que dirigeait Ali, conscient que si Achraf acceptait de l'emmener avec lui, il ne verrait plus que du sable et des roches pendant de nombreux jours.

Ali avait été un très bon hôte, surtout compte tenu de son malaise permanent à l'avoir sous le même toit. L'homme connaissait parfaitement la réputation qu'on lui donnait dans une partie de l'Afrique nord. Il n'avait rien fait pour la changer car l'aura de pouvoir qu'elle lui conférait était un réel atout, pour rencontrer du monde et négocier des contrats juteux. Il était d'ailleurs conscient qu'Ali Bashir n'aurait jamais emmené n'importe qui voir Achraf Amjad.

En effet, l'homme qu'il allait rencontrer dans quelques minutes était un chef de tribu à part. Il connaissait le désert et ses secrets mieux que personne, mais il avait surtout une grande influence sur les autres. Ses avis étaient écoutés par la majeure partie des autres tribus. Par conséquent, l'homme ne regrettait pas la promesse qu'il avait faite à Ali. Changer la législation anglaise des transports aériens serait une tâche difficile, mais autrement plus simple que celle de rencontrer seul Achraf Amjad.

Finalement, les deux chefs s'avancèrent l'un vers l'autre pour se saluer avec respect.

Lui attendit sagement qu'Ali négocie avec Achraf et le présente. Il n'avait certes pas vécu longtemps auprès des sorciers nomades du désert. Il n'avait d'ailleurs découvert l'existence des sorciers que bien tard dans sa vie, bien plus tard que la plupart des autres sorciers issus de moldus. Cependant, il avait pris le temps d'apprendre quelques coutumes. Il savait donc qu'Achraf pouvait refuser de le voir ou prendre le temps de le tester avant de réellement lui parler.

Il espérait juste que la curiosité du chef de tribu serait plus forte que sa méfiance. Achraf était réputé pour sa défiance et ses secrets, pour sa volonté d'éloigner les curieux, les étrangers, les importuns et les quémandeurs. Lui était un peu tout cela à la fois, mais rencontrer le « Djinn blanc » n'était pas donné à tout le monde.

Les deux hommes s'inclinèrent de nouveau et Ali revint, encadré par deux chameaux auxquels étaient attachés de gros ballots de ce qu'il devinait être des fleurs éphémères du désert. Il les regarda avec envie, sachant que leur rareté n'était pas la seule raison qui attisait la convoitise des sorciers.

- Vous pouvez vous avancer. Le chef Amjad n'a pas encore pris sa décision, lui souffla Ali.

Il s'avança donc pour saluer l'un des sorciers les plus importants de son échiquier, un homme qui pourrait l'aider dans sa quête. Quand il croisa son regard, en se redressant, il sut qu'Achraf était en train de l'évaluer. Les minutes passaient et le chef de tribu restait silencieux. Brusquement, il fit un signe de la main.

Un homme noir de grande taille sortit de la petite foule qui était restée en arrière. Il n'était vêtu que d'un léger pagne de tissu bleu, pieds nus et torse nu, comme si les éléments ne pouvaient l'atteindre. Il s'approcha, clopin-clopant. Sa démarche ne rendait pas justice à sa jeunesse et à la fougue qu'on pouvait lire dans ses yeux bleus perçants. Son sourire large et envoûtant invitait à la confiance, mais ses yeux durs et calculateurs révélaient son intelligence.

- Djinn blanc, lança clairement Achraf Amjad. Tu te caches derrière une légende et un vêtement, mais il est juste que je sache qui tu es avant de t'accepter dans ma tribu.

L'homme massif allait protester, peu désireux de sortir immédiatement de l'ombre, mais Achraf dut le sentir car il leva la main en signe d'apaisement.

- Ton identité ne m'intéresse pas, dit-il. Majid va seulement m'apprendre qui tu es et ce que tu cherches.

Achraf fit un nouveau signe en direction du dénommé Majid et le sourire de ce dernier redoubla. Il sautilla, lui tourna autour dans une danse qui semblait joyeuse et désordonnée et l'homme massif retint un halètement surpris alors que la magie du jeune homme entrait en contact avec la sienne. Il en ferma presque les yeux de bonheur : un chaman.

Il avait eu raison, ce qu'il était venu chercher était à portée de main. Magie, puissance, rareté, il se sentait enivré à l'idée de la proximité de son objectif. Peu désireux de laisser passer sa chance en restant caché, il relâcha brusquement le contrôle permanent qu'il exerçait sur sa magie, de telle sorte que le jeune Majid puisse mieux la ressentir.

Ce dernier s'arrêta net, comme s'il venait d'être foudroyé. Sa pose était grotesque, mais le chef Achraf n'avait pas le moindre sourire. Il observait son protégé avec une concentration qui prouvait l'importance de ce moment, quel qu'il soit. Majid se remit droit sur ses pieds et commença une incantation que l'homme massif ne reconnut pas. Ce dernier apprécia cependant de voir la magie sans baguette à l'œuvre. Les nomades du désert n'appréciaient pas beaucoup ces instruments et ils étaient presque les seuls sorciers au monde à ne pas vanter leur utilité. Lui-même adorait sa baguette qui amplifiait encore un peu plus le pouvoir dont il avait hérité.

Majid laissa soudain échapper un halètement et ferma les yeux. Il sembla se ratatiner sur lui-même et retourna auprès d'Achraf Amjad, toujours clopin-clopant. Il lui parla très bas et longuement. De temps en temps, entre deux regards évaluateurs, le chef de tribu hochait la tête. Finalement, il fit signe au jeune homme de s'éloigner et reprit la parole lentement.

- Ta quête est noble, mon frère, si tu ne te perds pas en chemin. Tu viens avec nous.

Ce n'était pas une question et l'homme sourit de toutes ses dents, toujours parfaitement caché par son vêtement. Il alla chercher les deux chameaux chargés qu'il avait emmenés avec lui pour ce rendez-vous et se pencha vers Ali.

- Tu as tenu ta promesse, lui dit-il, alors je tiendrai la mienne.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Samedi 21 novembre, fin de soirée à Poudlard

- Si ce n'était pas si bien payé, je n'aurais jamais accepté, lança une voix froide, légèrement trop aigue.

Severus Snape eut un sourire sarcastique.

- C'est une tâche tout à fait à la hauteur d'un maître des potions, mademoiselle Gibbon, lui dit-il d'une voix moqueuse.

La jeune femme qui parcourait actuellement le grimoire d'Igor lança un regard noir à son ancien professeur de potions.

- Vous m'avez amadouée avec la recette, l'accusa-t-elle. Vous ne m'avez jamais dit qu'elle était destinée à… à… des peluches, cracha-t-elle.

Harry, qui assistait à l'échange et à la fabrication de la potion depuis le début, se ratatina sur son siège. Les grands yeux noirs de Laura Gibbon lançaient des éclairs en direction de la peluche qu'il tenait entre ses bras. Quand Snape lui avait fait miroiter la possibilité de recruter un grand maître des potions, il ne s'était pas imaginé voir débouler une jeune femme vive et bronzée qui n'avait même pas trente ans.

Le nom de la sorcière l'avait d'abord inquiété. En effet, il se souvenait avoir vu un Gibbon parmi les noms de la liste des Mangemorts tués pendant la bataille finale. Mais la jeune femme s'était volontairement exilée en Grèce pour échapper au contexte politique difficile de l'Angleterre. En Grèce, la communauté sorcière était presque inexistante et exclusivement composée de riches héritiers oisifs qui y trompaient leur ennui.

- C'est vrai, reprit la voix doucereuse de Snape. J'avais oublié à quel point votre travail précédent était épanouissant. Rappelez-moi ce que vous faisiez, déjà ?

Cette fois, les yeux noirs fusillèrent Snape et la jeune fille resta silencieuse. Elle ajouta un nouvel ingrédient à la potion frémissante et la remua, en ignorant le ricanement du professeur de potions. Harry envia le calme de la jeune femme, qui comptait soigneusement les tours de baguette. Il avait toujours eu l'impression que Snape était particulièrement odieux avec lui – et il comprenait, puisque Snape avait aimé sa mère – mais le professeur avait apparemment d'autres cibles.

Harry avait cru comprendre, en écoutant discrètement les échanges houleux des deux passionnés de potions, que Laura Gibbon avait utilisé son talent pour créer des potions dopantes et des crèmes cosmétiques pour la jeunesse sorcière dorée de Grèce. Snape ne lui avait jamais pardonné d'avoir choisi de gâcher ses talents par facilité, alors qu'il avait suivi, avec une certaine fierté, son parcours jusqu'au diplôme supérieur de potions.

- C'est bien ce qu'il me semblait, conclut Snape.

Laura soupira.

- Vous savez bien que mes parents m'auraient rappelée au service de Vous-savez-qui, si j'avais montré le moindre talent pour autre chose que des cosmétiques.

- Alors ne vous plaignez pas d'avoir la possibilité de vous dérouiller. Surtout à ce prix-là, ajouta Snape en coulant un regard presque moqueur envers Harry.

Ce dernier haussa les épaules. Aucun Moldu ne saurait pour la potion, mais il était satisfait de penser que ses peluches seraient parfaites et fiables. Le prix, qu'il trouvait relativement raisonnable, ne le choquait pas. Sa marge de bénéfice serait faible et c'était tout.

- C'est prêt, annonça finalement Laura avec un sourire satisfait.

Harry se leva, mais Snape l'avait devancé. Il était penché sur le chaudron et inspectait la potion. Laura leva les yeux et Harry sourit de toutes ses dents, amusé.

- Elle est correcte, confirma Snape sèchement. Vous n'avez plus besoin de moi, ajouta-t-il en sortant de la pièce.

- Elle est parfaite, contra Laura fièrement. Le professeur Snape n'a jamais aimé me voir réussir mes potions du premier coup, même si j'étais dans sa maison.

Harry jeta un œil sur le chaudron et retint une grimace. Au moins, si la potion épaisse avait une couleur affreuse, elle n'avait pas d'odeur. Le sorcier tendit la peluche à Laura et elle poussa un soupir.

- Une peluche… Non mais vraiment.

Elle enfila un épais gant en peau de dragon, pour se protéger de la chaleur du liquide frémissant, saisit l'objet du délit en le plongea dans la potion. Quand elle le sortit, Harry constata que la peluche terminait d'absorber l'espèce de pâte, jusqu'à ce qu'il ne reste aucune trace.

- C'est fait, commenta la jeune femme en rendant la peluche à celui qui allait devenir son employeur.

Harry la tripota, y plongea le visage pour la respirer et releva les yeux, satisfait. La peluche était toujours aussi douce et aucune odeur désagréable n'en émanait.

- Mademoiselle Gibbon, dit-il sérieusement, vous êtes embauchée.

Et même si elle avait montré des signes d'agacement et d'indifférence toute la soirée, Laura ne put s'empêcher de sourire en serrant la main de son nouveau patron.

MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX

Dimanche 22 novembre, fin de soirée dans le désert

L'homme massif observa la petite tribu monter son camp efficacement, comme la veille. Et comme la veille, il avait installé sa propre tente à part. Il était impressionné par l'aura de calme et d'autorité d'Achraf. Tous les sorciers et sorcières obéissaient au moindre de ses ordres. Il avait ordonné que personne ne s'approche du Djinn blanc sans son autorisation et personne n'était venu le voir.

Il restait donc en marge et observait silencieusement les coutumes et les interactions des membres de la tribu. Il avait de toute façon du temps devant lui. En effet, ils n'atteindraient le village d'Amjad, installé quelque part, profondément dans le désert, que dans plusieurs jours.

Les sorciers d'Amjad étaient tout en puissance, mais une puissance rentrée. Et lui était parfaitement bien placé pour savoir qu'une magie aussi bien contrôlée pouvait se révéler, en cas de besoin, dévastatrice. C'est pourquoi il n'était pas vexé par cette mise à l'écart. Il n'avait pas l'intention de provoquer la tribu par une erreur de comportement. D'autant plus qu'il était seul face à de nombreux sorciers expérimentés.

Il sentait régulièrement le regard d'Achraf et de son chaman peser sur lui et il savait qu'il n'avait pas d'autre choix que celui de faire ses preuves.

Il jeta un œil dans l'un de ses sacs de voyage. Il n'aurait de nourriture et d'eau que pour une semaine, maximum. Il espérait que la tribu arrive bientôt à un puits, une oasis ou un caravansérail sorcier où il pourrait se réapprovisionner. Il retint un soupir, jeta un œil aux étoiles éclatantes dans le ciel et se glissa sous la tente.

Il avait appris la patience, au fil des années. Mais ne rien faire d'autre que pénétrer profondément le désert lui donnait l'impression de perdre un temps fou et il était d'autant plus difficile pour lui de contrôler son tempérament vif. Heureusement, la récompense qu'il aurait peut-être à la clef en valait la peine.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Lundi 23 novembre, matin

Harry s'éveilla groggy. Il avait passé une nuit particulièrement difficile et fatigante. Il ne savait pour quelle raison ses cauchemars avaient redoublé d'ardeur pendant la nuit, mais ils l'avaient réveillé plusieurs fois. Au point qu'il avait hésité à mettre en application les mots d'Igor. Il avait en effet pensé glisser quelques gouttes de la potion de sommeil sans rêve sur la peluche qui trônait dans son salon, puis la prendre avec lui, pour qu'elle l'aide à mieux dormir.

Mais il n'avait jamais eu de peluche et il se voyait mal inviter qui que ce soit ou quoi que ce soit dans son lit, pour le moment. Ou alors… S'il devait partager son lit avec sa petite amie, il ferait cet effort. Il se leva avec un sourire niais et s'étira douloureusement. En ouvrant ses rideaux, il aperçut Thorn revenir de sa course autour du lac. Il fronça les sourcils alors qu'il aperçut une deuxième silhouette, qui semblait tellement plus petite, courir difficilement après lui. Un élève ? Il avait en tout cas l'air épuisé.

Il lança un Tempus et retint une exclamation. Il était à peine six heures du matin. Thorn n'avait certainement pas emmené un étudiant courir dans le froid de novembre si tôt dans la journée. N'est-ce pas ?

Il fronça à nouveau les sourcils alors qu'il devinait les mots vindicatifs de Thorn qui s'était retourné pour presser l'élève. Il s'habilla alors en quatrième vitesse pour les croiser dans le Grand Hall. En descendant le grand escalier, il entendit Thorn avant de l'apercevoir.

- Vous n'êtes qu'une mauviette, Scott ! Depuis trois semaines, vous vous trainez plus lamentablement qu'un veracrasse à moitié mort ! Comment voulez-vous avancer dans la vie, à ce rythme-là ?

Harry pressa le pas en fronçant les sourcils. Thorn n'invectivait quand même pas…

- Pressez-vous, Scott ! Le cours n'a même pas encore commencé.

Camomille. C'était bien elle. Harry allait protester contre la brusquerie de Thorn quand un tableau l'interpella à mi-voix. Il se tourna vers la source et eut une exclamation surprise.

- Professeur Dumbledore ?

- Plus maintenant, Harry, renvoya la voix chaleureuse et malicieuse de son ancien mentor.

- Que faites-vous là ?

- La sorcière des Carpates fait la fête avec ses amies du troisième tous les week-ends, répondit le vieil homme de bonne grâce. Alors je sais qu'à cette heure-ci, elle n'est pas encore remise. J'en profite pour observer la vie de Poudlard depuis son poste.

- Avez-vous vu la manière dont Thorn s'acharne sur Scott ?

- Oui, répondit Albus avec un ton très calme.

- Pourquoi m'avez-vous empêché d'intervenir ? s'emporta alors Harry.

- Thorn a accepté de prendre la jeune Scott en charge depuis plusieurs semaines. Tu n'es pas sans savoir qu'elle a perdu la voix, n'est-ce pas Harry ?

- C'est vrai, accorda le sorcier en se demandant comment le vieil homme était au courant.

- Il faut qu'elle surmonte son handicap ou elle ne pourra plus rester à Poudlard. C'est la politique de l'établissement que d'enseigner aux apprentis sorciers à se servir de leur magie. Si elle ne peut pas lancer de sort, alors il vaut mieux qu'elle parte. Sinon, elle se fera encore plus de mal. Thorn lui offre une chance de s'en sortir, grâce à la magie informulée. Laissez-les faire, conseilla l'ancien directeur.

Harry ferma les yeux et grinça des dents. Il se souvenait désormais de la réunion des professeurs qui avait eu lieu avant l'agression de Luna, avant sa propre agression. Cela lui semblait déjà tellement lointain. Neville avait en effet mis en lumière le cas de Camomille et le début de ses problèmes, car la révision et l'apprentissage des théories faisaient de plus en plus place à la pratique des sorts. Et Thorn s'était proposé pour lui apprendre la magie informulée.

- Je n'aime pas la façon dont il s'adresse à elle, grogna-t-il. Il m'est tellement… antipathique.

- Je comprends, répondit Dumbledore. Mais elle a déjà fait quelques progrès. Elle sort doucement de sa coquille. Elle essaie de prouver qu'elle a sa place ici, ce qui est un bon début pour sa guérison. Je te l'ai dit, elle travaille régulièrement avec Thorn depuis trois semaines. Il accepte de lui donner cours en dehors de ses heures de travail. Tu devrais lui en être reconnaissant, ajouta le vieil homme avec un regard désapprobateur.

- Si vous le dites, professeur… capitula Harry.

Du moins, il capitula en apparence. Il n'avait aucune confiance en Thorn pour prendre en charge la jeune femme traumatisée. D'ailleurs, les deux sorciers n'apparurent ni au petit-déjeuner, ni au repas de midi. Il finit par être vraiment inquiet et se mit en quête du lieu où Thorn donnait sa leçon.

Sa carte du Maraudeur lui révéla leur position et il ne fut même pas surpris de trouver leurs noms dans une pièce des cachots. Il dévala les escaliers jusqu'à trouver le bon endroit. Il n'avait jamais mis les pieds dans ce couloir et poussa discrètement la porte en bois, pour ne pas surprendre Camomille et provoquer un accident.

- Encore ! criait Thorn. Encore ! Défendez-vous ! Encore !

Harry se retrouva avec surprise en haut de ce qui semblait être un petit amphithéâtre. Il avait une vue plongeante sur l'immense estrade poussiéreuse, tout en bas de la pièce. Camomille, au milieu de l'estrade, parait avec plus ou moins de succès les sorts que lui envoyait Thorn, sans relâche. La robe scolaire de l'étudiante était en lambeaux et Harry lisait sur son visage rougi l'effort qu'elle produisait ainsi que son épuisement.

- Encore ! Plus vite ! Des sorts, j'ai dit ! Pas des boucliers ! Bougez-vous ! Mais qui m'a fichu une incapable pareille ?

Harry le trouva parfaitement injuste. Camomille lançait, elle aussi sans relâche, un sort de bouclier. Et elle ne prononçait pas la formule. Il y avait de quoi être impressionné. Bien sûr, Thorn était capable de lancer ses maléfices silencieux tout en parlant d'autre chose, mais Harry était admiratif que la jeune femme soit déjà parvenue à ce niveau. Les sorciers capables de pratiquer la magie informulée étaient particulièrement rares, après tout.

- Encore !

Camomille était certes vacillante, mais elle démontrait une force et une volonté qu'Harry ne soupçonnait pas. Les rares fois où il lui avait parlé, elle avait semblée timide et mal dans sa peau. Thorn lança cependant un sort que la jeune fille ne sut pas arrêter et elle vola quelques mètres plus loin. Elle ne laissa pas un son s'échapper, même si son visage trahissait sa souffrance et sa fatigue.

- Relevez-vous ! Maintenant ! se fâcha Thorn.

Mais si Camomille pointa sa baguette dans la direction du professeur de DCFM, le nouveau sort de Thorn la fit à nouveau voler. Harry ne tint plus et dévala les marches de l'amphithéâtre. Cependant, aucun des deux adversaires ne s'aperçut de sa présence. Ils étaient pris dans leur combat.

- Défendez-vous ! hurla-t-il sans cesser ses maléfices.

Camomille s'était recroquevillée et elle ne se défendait plus : elle restait sur le sol, dans la poussière. Elle tremblait de tout son corps et sa bouche était ouverte, comme si elle criait en silence.

- Thorn ! intervint Harry. Ça suffit ! Vous lui faites plus de mal que de bien.

Camomille releva légèrement la tête et lui lança un sourire épuisé. Elle semblait à moitié assommée.

- Potter, ne vous mêlez pas de mes leçons ! l'invectiva Thorn avec hargne, visiblement en colère contre lui.

- Vous ne lui apprendrez rien en la battant ! protesta Harry en prenant la jeune femme dans ses bras.

- Vous ne lui apprendrez rien en la cajolant, le contra Thorn.

- Un peu de compréhension n'a jamais fait de mal à personne, lança Harry.

Il s'avança vers lui avec Camomille dans les bras, comme pour le défier. Il haïssait les méthodes de cet homme qui tremblait de colère. Brusquement, ces tremblements cessèrent et Thorn rangea sa baguette dans un holster qu'il portait à la hanche.

- Très bien, assistant Potter. Je serais très curieux de voir votre compréhension à l'œuvre sur le terrain.

Harry fronça les sourcils, méfiant, alors que Camomille se blottissait plus près son torse. Elle commençait à peser mais il n'en montra rien, trop fier.

- Vous allez reprendre les cours dès demain, annonça Thorn. Avec la classe de sixième année Poufsouffle-Gryffondor. Vous aurez même droit à mes notes. Vous avez intérêt à me prouver que vous avez raison ou je ferais de votre vie un enfer.

Etait-ce une menace ? En tout cas, ça en avait l'air… Thorn remonta alors hargneusement les escaliers, sans un regard en arrière. Harry baissa les yeux sur Camomille. Elle avait de nombreuses contusions. Il n'avait donc pas d'autre choix que celui de l'emmener à l'infirmerie. Et sur le chemin, il ne put s'empêcher de se demander ce que la classe de sixième de Poufsouffle et Gryffondor avait de si terrible, au point que Thorn lui propose même ses notes de cours…

MXMXMXMXMXMXMXMXMXMX

Mardi 24 novembre, matin, dans le désert

Alors qu'il sortait de sa tente, le Djinn eut la surprise de se trouver nez-à-nez avec une femme au visage magnifique. Elle avait la peau lisse, le teint basané et des yeux foncés. Elle ressemblait beaucoup à sa propre femme et il fut surpris de reconnaître l'une des filles d'Achraf. Quand elle s'adressa à lui d'une voix veloutée, il songea que la situation n'était pas commune. D'après ses observations, les sorcières du clan, même les femmes mariées, parlaient peu et se mêlaient peu aux hommes. Et lui était un étranger à la réputation trouble et au visage masqué.

- Djinn blanc, mon père vous fait porter ce baquet pour les ablutions matinales. Nous approchons d'un site sacré et vous devez, vous aussi, respecter le rite.

- Dites à votre père que je le suivais déjà, à l'ombre de ma tente, mais que je suis honoré qu'il ait pensé à moi. Je me servirai de son cadeau.

Elle s'inclina et repartit aussi discrètement qu'elle était arrivée. L'homme ne put empêcher ses yeux de s'attarder sur la silhouette fragile et bien dessinée et fut heureux de pouvoir garder le visage caché. Puis il repensa à son épouse merveilleuse et se secoua. Quand il se tourna pour défaire sa tente, il croisa le regard de Majid. Depuis leur étrange confrontation du premier jour, le jeune homme ne lui souriait plus. Mais son regard froid et calculateur n'avait pas changé.

Alors l'homme massif lutta contre sa nature de dominant et détourna les yeux pour plier sa tente.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Mardi 24 novembre, 15 h 50

Thorn venait de terminer sa leçon avec les dernières années. Harry leva les yeux de ses notes de cours et observa les quelques étudiants retardataires ranger leurs affaires. Il se leva, confiant : il maîtrisait le sujet des Oneiroi aussi bien que celui des Patronus et il ne doutait pas que les sixièmes années qu'allait lui confier Thorn seraient intéressés par le sujet.

Thorn passa à côté d'Harry en lui lançant un sourire résolument moqueur et il s'installa dans le coin qu'occupait précédemment l'assistant. Harry prit sur lui de l'ignorer et se dirigea vers la porte, d'où filtrait un brouhaha assez fort, pour inviter les sixièmes années à rentrer. Il ouvrit.

- Vous pouvez entrer.

Le silence s'était fait dès l'ouverture de la porte et l'assistant resta un peu perplexe face à l'ambiance tendue qui régnait dans le couloir. Quelques élèves de Poufsouffle et de Gryffondor se regardaient en chiens de faïence et l'assistant était certain que certaines bousculades, au moment d'entrer dans la salle, n'étaient en rien de la maladresse.

Les élèves furent rapidement installés à leur place et Harry referma la porte, soudain nerveux. Il monta sur l'estrade en étant parfaitement conscient des regards de ses étudiants. Il était intimidé malgré lui car les seuls cours qu'il avait donnés jusqu'à présents concernaient les trois premières années. Or, les jeunes gens qui lui faisaient face avaient presque son âge.

- Bonjour à tous, commença-t-il calmement. Il est inutile de sortir vos livres car la leçon d'aujourd'hui est une leçon pratique.

L'annonce fut accueillie par d'immenses sourires de la part des Gryffondor et Harry ne put retenir un sourire à son tour. Lui-même avait toujours préféré la pratique à la théorie. Du moins, avant de lire les livres de DCFM qu'il avait commandés pour être à la hauteur de Thorn. Désormais, il appréciait les deux côtés de l'enseignement.

- Vous avez pu apprendre la partie théorique du sort Oneiroi lors de votre dernière leçon. Nous allons aujourd'hui le mettre en pratique. Mais avant de commencer, qui peut me rappeler l'utilité et les caractéristiques de ce sort ?

Quelques mains se levèrent et Harry interrogea Eléonore Elboeuf, la Poufsouffle.

- Ce sort se nourrit des sentiments heureux du lanceur et des peurs du destinataire pour créer des illusions. Plus le sentiment de joie est intense et plus l'illusion sera consistante. Oneiroi se rapproche du sortilège Patronus en ce sens.

- Bien, miss Elboeuf. Cinq points pour Poufsouffle. Comme vous l'aurez deviné, Oneiroi peut être particulièrement utile pendant un combat. Cependant, sa difficulté réside dans le lancer car il faut être capable de surmonter une situation de stress pour évoquer des sentiments joyeux. C'est pour cette raison que la pratique est essentielle pour maîtriser ce sort.

Harry se tourna pour saisir sa baguette, qu'il avait déposée sur le bureau pendant la leçon de Thorn. Il fut surpris par une exclamation de douleur et tourna la tête vers Eléonore Elboeuf. L'étudiante s'était retournée vers le fond de la salle et elle se frottait le crâne. Harry suivit son regard jusqu'à Alcide McGergor, un étudiant de Gryffondor. Celui-ci avait un sourire résolument moqueur et Harry fronça les sourcils. Il n'appréciait pas cette attitude qui lui donnait l'impression que l'étudiant venait de jouer un mauvais tour à la Poufsouffle.

- Que vous arrive-t-il, mademoiselle Elboeuf ? demanda-t-il d'une voix neutre.

- Rien professeur, j'ai dû me cogner, répondit la jeune femme avec une mauvaise foi visible.

- Le crâne ? s'étonna Harry, absolument pas dupe du mensonge.

- Oui, professeur, confirma Eléonore en se rasseyant correctement.

Harry n'insista pas mais il balaya la salle du regard. Certains étudiants de Gryffondor ricanaient, d'autres baissaient la tête et les élèves de Poufsouffle, pour la plupart, fixaient Alcide McGregor d'un air particulièrement irrité. Harry décida de ne pas insister pour le moment mais il commençait à comprendre pourquoi Thorn avait choisi cette classe. Les tensions étaient vives entre les étudiants.

- Vous allez tous vous exercer en prenant tour à tour le rôle de lanceur et de cible, continua-t-il. L'un de vous est-il volontaire pour être mon partenaire de démonstration ?

- Je suis certaine que McGregor n'attend que ça, professeur, lança Anna O'Brien.

Harry s'aperçut que la jeune femme n'avait pas quitté l'étudiant du regard et elle semblait vouloir en découdre avec lui. Harry ferma les yeux, pour réprimer son agacement. Eviter tout accident ne serait pas simple pour cette leçon.

- Monsieur McGregor ? Souhaitez-vous venir faire cette démonstration.

L'étudiant s'agita sur son siège, visiblement nerveux.

- Je vois, commenta Harry platement. Un autre volontaire ?

- Espèce de matamore bravache de mes deux ! siffla Anna en sa direction.

Harry comprit enfin pourquoi la fermeté était parfois nécessaire.

- Nous nous passerons de vos commentaires, mademoiselle O'Brien, dit-il un peu sèchement.

« Bêcheuse ! » « Poseuse ! »

Les insultes n'étaient pas dites à voix haute mais Harry les entendit clairement.

- Taisez-vous, ordonna-t-il d'une voix basse qui attira l'attention des élèves. Le prochain étudiant qui parle sans mon autorisation fera perdre 30 points à sa maison. Est-ce que c'est bien clair pour tout le monde ?

- Oui, professeur Potter, répondirent les étudiants en cœur.

La discipline de Thorn était efficace, il ne pouvait le nier. Cependant, Harry espérait quand même prouver à Thorn que la compréhension pouvait faire avancer les étudiants plus vite. Oneiroi était un sort aussi difficile à maîtriser que le Patronus et il était évident que la menace ne permettrait pas aux étudiants de ressentir des émotions joyeuses.

- Très bien. Que tous les étudiants des trois derniers rangs me rejoignent sur l'estrade. Et en silence.

La moitié des élèves de la salle se leva. Au milieu de l'agitation, Harry entendit Anna pousser un cri. S'ensuivit un « crac » sonore qui figea tous les étudiants.

- Alcide ! s'exclama une voix féminine, paniquée.

- C'est de ta faute, bêcheuse ! s'exclama hargneusement une voix masculine.

Harry n'eut pas le temps de réagir que plusieurs étudiants des deux maisons s'étaient jetés les uns sur les autres. On entendait des cris, des coups et des sorts qui volaient dans tous les sens. Il cligna des yeux, hébété, incapable de comprendre comment il en était arrivé là quand la voix de Thorn cingla dans les airs.

- Il suffit !

Il accompagna sa voix tonnante d'un mouvement de baguette et un bruit strident éclata dans la pièce. Tous les élèves stoppèrent leurs mouvements, les mains plaquées sur leurs oreilles pour échapper au bruit insupportable. Harry lui-même s'était bouché les oreilles en grinçant des dents. Thorn s'avança sur l'estrade et un nouveau mouvement de baguette fit disparaître le sifflement strident.

- Que s'est-il passé ? tonna-t-il, en colère.

- C'est O'Brien ! lança une voix anonyme parmi les étudiants.

Harry tourna la tête en direction d'un groupe de Gryffondor dépenaillé. Il était certain que la voix venait de là. Il comprit mieux ce qui pouvait agacer Snape, quelques années auparavant : seuls les élèves de son ancienne maison étaient capables de l'ouvrir en situation critique… Thorn, lui, ne releva pas la remarque et braqua ses yeux sur l'étudiante, relativement indemne.

- McGregor m'a frappée et je lui ai rendu son coup, déclara Anna en levant le menton.

Harry voyait désormais l'étudiant, affalé au sol. Il avait visiblement le nez cassé, compte tenu de son angle bizarre, et un coin de sa lèvre saignait. Ces étudiants étaient-ils totalement stupides ? Qu'est-ce qui pouvait bien leur prendre ?

- Melinda Jones et Eléonore Elboeuf, les appela rapidement Harry pour reprendre la main sur Thorn, vous accompagnez Alcide McGregor et les blessés à l'infirmerie et vous revenez. O'Brien, vous faites perdre 80 points à votre maison et vous viendrez me voir à la fin du cours.

- J'accompagne aussi les blessés, annonça sèchement Thorn en sortant de la salle avec eux.

Harry inspira profondément pour retrouver son calme. Thorn était visiblement agacé, peut-être même en colère. Harry n'apprécia pas du tout qu'il claque la porte en sortant. Cependant, il était conscient qu'il s'était totalement laissé dépasser par la situation… Il balaya la salle du regard. Il venait de perdre la moitié de ses élèves.

- Vous, en rang à gauche, ordonna-t-il fermement en essayant de passer au-dessus de cet incident. Les autres, de l'autre côté de t'estrade. Tout de suite !

Les élèves obéirent précipitamment et Harry inspira profondément. Il avait quelques difficultés à occulter le chaos de la bagarre qui s'était déclenchée sous ses yeux sans qu'il soit capable de réagir. Il expira lentement et prit sur lui pour expliquer aux élèves restant les règles du cours et le processus permettant de lancer le sort. Un lanceur, une cible, chacun son tour.

- Monsieur Hooks, dit-il en se tournant vers le petit-ami de Melinda. Vous serez ma cible pour la démonstration pratique.

L'étudiant déglutit avant d'acquiescer et il s'avança un peu. Harry ferma les yeux pour retrouver les pensées et les sentiments qui lui permettaient de lancer habituellement son Patronus. Puis il lança son sort fermement en direction de l'étudiant.

- Oneiroi.

Une fumée se rapprochant de celle du patronus non corporel sortit de la baguette du professeur et entoura Andy Hooks. Rapidement, elle prit la forme d'un mur de pierres qui emprisonnait l'étudiant. Il ne fallu pas longtemps pour qu'il devienne parfaitement opaque.

Harry s'approcha et frappa du doigt contre l'illusion.

- Comme vous pouvez le voir, la force du lancer donne de la consistance à l'illusion. Bien sûr, elle est fragile et il suffirait de deux pas pour qu'Andy la traverse sans le moindre mal. Cependant, elle prendra de plus en plus de force au fil du temps, en se nourrissant de la peur et l'angoisse de la cible.

Il leva la baguette en direction de l'illusion et lança le contre-sort.

- Evanesco. Vous avez été une cible parfaite, monsieur Hooks, assura Harry à l'étudiant visiblement pâle. Il faut savoir, ajouta-t-il à l'intention de tous les étudiants, qu'une théorie considère les Détraqueurs comme une manifestation du sort Oneiroi qui aurait dégénéré, jusqu'à rendre ces créatures indépendantes. Bien sûr, aucune expérience n'ayant été menée à son terme à ce jour, il est impossible de l'affirmer totalement.

Harry était satisfait de voir tous les étudiants l'écouter avec attention. Il espérait bien qu'il n'y ait plus d'accident désormais.

- Maintenant que vous avez vu comment vous y prendre, à vous d'essayer.

Il s'éloigna et laissa chaque duo d'adversaires se faire face et tenter chacun leur tour. Quelques élèves revinrent dans la salle avec Melinda et Eléonore, après presque vingt minutes d'absence, et ils s'intégrèrent aux deux groupes en silence, sous le regard courroucé d'Harry.

Finalement, la partie pratique du cours atteint son rythme de croisière. Certains étudiants n'obtenaient qu'une illusion très faible vite contrée, mais quelques uns avaient su lancer une illusion très convaincante et Harry leur accorda quelques points.

Quand ce fut le tour d'Anna de jouer les cibles, son adversaire lança son sort presque parfaitement et de fausses flammes s'élevèrent autour de la jeune fille. Elle pâlit immédiatement et lâcha sa baguette en tremblant.

- Non… Non…

Harry fronça les sourcils. Tous les étudiants étaient conscients qu'il ne s'agissait que d'illusions, mais les flammes effrayaient réellement la jeune fille.

- Mademoiselle O'Brien ! l'appela Harry. Calmez-vous. C'est seulement une illusion !

- Non ! cria-t-elle en tournant sur elle-même alors que les flammes étaient plus hautes et semblaient plus vives.

En voyant qu'elle paniquait, Harry leva sa baguette pour lever le sort. Au moment où il lançait un Evanesco, Anna se mit à hurler de toutes ses forces et l'illusion prit totalement corps, s'attaquant au bois de l'estrade dans un bruit sinistre.

- Eloignez-vous ! cria Harry aux étudiants alors que la chaleur des flammes était montée d'un seul coup. Que ceux qui connaissent l'Aguamenti m'aident. Les autres, sortez et appelez du secours !

Plusieurs étudiants se précipitèrent vers la sortie mais quelques uns s'attaquèrent au feu en imitant Harry. Anna s'était recroquevillée et elle pleurait, les yeux fermés et complètement paniquée. Le feu crépitait autour d'elle, même si elle semblait pour le moment miraculeusement épargnée. Cependant, les flammes se mirent à lécher le bureau de Thorn. Harry jura quand les parchemins sur le bureau et dans les tiroirs se mirent à brûler en dégageant une épaisse fumée sombre.

- Carter ! Miller ! Dehors ! lança-t-il en voyant les deux étudiantes de Poufsouffle faiblir face aux flammes et à la fumée.

Les deux jeunes filles se précipitèrent au-dehors sans se poser de question.

- Professeur ! le héla Eléonore. J'ai le début d'une brèche !

Harry s'approcha et constata que le sort de l'étudiante avait réduit les flammes à un faible rideau. Il appela les deux autres étudiants qui arrosaient l'estrade le plus possible et ils conjuguèrent leurs efforts pour agrandir la brèche. Quand il fut sûr de lui, Harry lança un sort d'attraction à Anna, qui traversa brusquement la brèche sans mal pour se retrouver plaquée contre lui. Elle ne réagissait pas et semblait totalement absente, même si elle ne semblait pas physiquement blessée, et Harry l'éloigna des flammes. Les professeurs Vector et Sinistra, qui enseignaient dans des salles proches, arrivèrent en compagnie de plusieurs étudiants.

Elles ne posèrent pas de question et s'attaquèrent immédiatement aux flammes, rapidement imitées par les élèves qui les avaient accompagnées et qui maîtrisaient l'Aguamenti. Les efforts de tous furent rapidement récompensés quand les flammes furent noyées et que le feu s'éteignit.

- Que s'est-il passé ? demanda Septima Vector, abasourdie devant la classe désormais inutilisable.

- Une illusion du sort Oneiroi a pris vie d'un seul coup, répondit Harry. Je pense qu'il s'agissait d'un accident, mais je ne comprends pas comment il a pu se produire.

- Nous allons devoir comprendre ce qui s'est produit pour en arriver à ce résultat, déclara Aurora Sinistra. Il ne faudrait pas qu'un tel accident se reproduise…

Harry prit Anna dans ses bras et remercia les professeurs pour leur aide. Il fit sortir tout le monde et lança rapidement un Collaporta.

- Le cours est terminé, annonça-t-il aux étudiants restés dans le couloir, et j'interdis à quiconque d'entrer dans cette pièce. Les professeurs et moi allons chercher ce qui a déclenché l'incendie. En attendant, j'emmène mademoiselle O'Brien à l'infirmerie.

Il s'éloigna rapidement, suivi par le regard intrigué et inquiet des professeurs et des élèves trempés. Ça n'avait définitivement pas été le bon cours pour prouver ses compétences de professeur assistant…

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Mardi 24 novembre, 17 h 20

Quand Harry poussa la porte de l'infirmerie, Anna était toujours tremblante et gardait les yeux fermés. Il avait été incapable de l'apaiser. Igor vint immédiatement à sa rencontre et installa la jeune fille sur un des lits de son infirmerie.

- Ton cours a été une hécatombe, dis-moi, se moqua légèrement Igor.

- Si tu savais… soupira Harry, défait.

- Je crois que j'ai bien deviné. Quand Thorn a accompagné tes élèves, dit Igor en désignant les lits occupés autour de lui, il t'imputait l'accident. Il disait que tu étais bon pour critiquer mais incapable de tenir une classe et de mettre fin à une bataille rangée. Il semblait vraiment en colère. Je crois qu'il ne t'apprécie pas beaucoup, commenta-t-il platement.

- Je sais, confirma Harry en se laissant tomber dans le lit à côté de celui d'Anna. C'est réciproque. Mon cours m'a totalement échappé des mains.

- Que s'est-il passé ? demanda Igor en tentant d'examiner la jeune fille recroquevillée et tremblante.

- Je ne sais vraiment pas, répondit Harry. Un instant, nous travaillions sur les illusions de l'Oneiroi et l'instant d'après, un feu réel consumait les planches de l'estrade. Je ne pense pas qu'Anna ait été blessée, mais elle est dans cet état de panique depuis lors. Elle n'entend rien, elle semble enfermée dans sa bulle.

Igor se redressa brusquement à la mention du feu et il se dirigea immédiatement vers l'armoire à potions du fond de la pièce.

- Tu sais ce qui se passe ? demanda Harry, intrigué.

- J'ai mes théories, répondit Igor d'un ton sec qui prouvait qu'il était redevenu le médicomage froid et professionnel de l'école.

Il revint avec un flacon qu'Harry avait déjà vu. Des sels moldus, tout simplement. Igor devait penser que l'odeur suffirait à faire revenir Anna au présent. Le médicomage déboucha le flacon et le maintint fermement sous les narines de la jeune fille. Rapidement, elle le repoussa avec un haut-le-cœur.

- Etes-vous avec nous, mademoiselle O'Brien ? demanda calmement Igor.

Anna leva vers lui des yeux complètement perdus et toujours remplis de larmes.

- Le feu, sanglota-t-elle. Le feu était partout, encore. Partout.

La posture droite d'Igor sembla s'adoucir soudain et il lança un sort de diagnostic à la jeune fille, enfin coopérative.

- Tout va bien, mademoiselle O'Brien. Vous n'avez rien et tout va bien. Vous êtes en sécurité, à l'école. Il ne s'est rien passé de grave.

- Est-ce que, murmura-t-elle entre deux sanglots, est-ce que je peux rester ici ce soir ?

- Tant que votre animal reste à l'extérieur, oui, répondit Igor.

- Bulle est déjà dehors. Les professeurs ne veulent plus que je l'emmène en classe, murmura Anna pitoyablement.

- Alors oui, vous pouvez rester.

Igor aida la jeune femme à s'allonger, après qu'elle ait retiré sa robe d'écolière et ses chaussures et il remonta le drap jusqu'à ses épaules. Anna tremblait toujours, mais elle réagissait normalement désormais. Puis Igor referma autour du lit les rideaux qui la cacheraient aux yeux des autres et leur jeta un sort d'intimité.

- Quelle était ta théorie ? demanda finalement Harry qui avait observé l'échange silencieusement.

- Secret professionnel, répondit Igor avec un demi-sourire.

- Très bien, capitula Harry. Est-ce que je peux au moins savoir si Camomille va bien ? Je ne l'ai pas vue, depuis hier.

- Oui, elle va très bien. Elle est sortie tôt ce matin pour retourner s'entraîner.

- Vraiment ? s'étonna Harry. Mais est-ce qu'elle ne risque pas de se faire mal, à force de tirer sur la corde ? N'est-elle pas encore un peu trop fragile ?

Igor haussa les sourcils et l'assistant se gratta la nuque, gêné.

- Je veux dire… Elle a subi un traumatisme et elle passe son temps à s'entraîner comme une folle sous les ordres et les insultes de Thorn… Elle va finir par craquer.

Igor vint s'asseoir à côté de l'assistant.

- Elle ne va pas craquer. Elle vient me voir tous les soirs pour que je vérifie son état de santé, de fatigue et son niveau magique. Elle va de mieux en mieux. Elle sourit, elle tient tête à ceux qui se moquent d'elle, parce que personne ne peut être aussi infect que Thorn qu'elle supporte tous les jours. Elle commence à maîtriser quelques bases de magie informulée. Elle s'en sort bien mieux que moi à mon époque sous l'enseignement de Thorn.

- J'aurais pourtant cru que Thorn lui rappellerait les événements qui l'ont traumatisée et qu'il ferait pire que mieux…

- Tu sais ce qui s'est passé ? demanda Igor en fronçant les sourcils.

- J'ai promis de ne pas en parler, répondit Harry. Mais je suis certain que l'évènement qui l'a rendue muette l'a horrifiée parce qu'elle s'est sentie démunie et sans défense. Quand j'ai vu Thorn l'insulter et la maltraiter, j'ai eu peur qu'elle revive ces souvenirs, mais… Apparemment, j'ai eu tort, conclut Harry en levant les yeux vers le médicomage.

- Si elle s'est sentie faible et démunie, alors Thorn est justement en train de lui donner les moyens de se défendre et d'avancer, confirma Igor. Même si on peut critiquer ses méthodes.

Au moment où Harry voulut lui répondre, un elfe de Poudlard apparut devant lui.

- Pardon de vous déranger, professeur Potter, dit l'elfe avec forces courbettes. Vous êtes demandé dans le bureau de la directrice.

- Tu ferais mieux d'y aller, commenta Igor en se levant.

- Ouais. Je suis content que tu veilles sur Camomille, ajouta Harry avant de sortir.

Une fois dans le couloir, il se mit à courir, un peu angoissé. Il se demandait si McGonagall avait déjà entendu parler de son cours, mais il était à peu près certain que c'était le cas. Elle ne le convoquait presque jamais et encore moins en pleine journée… Ça l'angoissait. Finalement, la gargouille s'écarta sans même qu'il ait eu à lui donner le mot de passe et il frappa à la porte du bureau directorial.

- Entrez, monsieur Potter.

Harry obéit et retint une grimace en s'apercevant que Thorn était déjà présent. La colère du professeur semblait même avoir monté d'un cran. Harry eut envie de se ratatiner mais avança tout de même dans la pièce.

- Madame la directrice, professeur Thorn, les salua-t-il d'une voix qui manquait d'assurance.

- Monsieur Potter, commença immédiatement la directrice d'un ton très sec, je vous ai convoqué en raison de vos agissements de ces deux derniers jours.

Harry la regarda dans les yeux et constata la froideur de son ancienne directrice de maison. Il se sentit comme un enfant pris en faute, mais ne sachant pas encore précisément ce qui lui était reproché, il s'abstint de protester.

- Je viens d'apprendre que vous vous êtes laissé dépasser par une bagarre qui s'est déclenchée dans votre cours. Plusieurs de nos élèves se sont retrouvés à l'infirmerie pour cette raison. Je viens aussi d'apprendre qu'un incendie s'était déclenché, mais que vous êtes parvenu à le maîtriser rapidement. Pour ces deux raisons, j'ai choisi de vous donner un avertissement et non un blâme.

Thorn siffla entre ses dents mais ne commenta pas. La directrice s'expliqua alors sur la punition.

- Vous ne pouviez prévoir les agissements de vos étudiants, mais vous auriez dû pouvoir les stopper immédiatement. Il s'agit là d'un manque de professionnalisme. S'il arrivait aux oreilles des parents, ils pourraient se retourner contre les méthodes d'enseignement de cette école, ce qui serait inadmissible. Cependant, votre rapidité de réaction face à l'incendie me laisse penser que vous avez fait une erreur de débutant. C'est pourquoi vous n'aurez qu'un avertissement.

Les mots durs de la directrice lui faisaient l'effet d'une douche froide. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'un professeur de Poudlard était dépassé et que des élèves se retrouvaient à l'infirmerie par accident. Cependant, il s'était réellement laissé dépasser par les événements. Il serra les dents en constatant que la directrice n'avait pas terminé.

- J'ai également appris que vous aviez remis en cause l'enseignement du professeur Thorn hier en interrompant l'une des leçons privées qu'il donne à Camomille Scott. Cette attitude n'est pas non plus acceptable si vous ne parvenez pas vous-même à vous montrer à la hauteur. Monsieur Thorn est le seul professeur à ma connaissance capable d'enseigner la magie informulée et j'espère donc qu'un tel incident ne se représentera pas.

- Le professeur Thorn agressait une étudiante à terre ! protesta Harry.

La directrice jeta un œil en direction de Thorn, les sourcils froncés. Elle n'avait pas eu cette information.

- Camomille Scott subit un examen médical chaque soir, annonça froidement Thorn. Jusqu'à présent, seuls des bleus et des coupures ont été relevés par le médicomage. Il est donc évident que je connais les limites de mademoiselle Scott, contrairement à monsieur Potter. Que je l'aide à les repousser ne peut qu'être bénéfique pour elle.

- En effet, lui accorda la directrice d'un ton pourtant légèrement suspicieux.

Harry eut vraiment l'impression d'avoir reçu un coup de gourdin sur le crâne. Tout son être criait à la révolte : on le blâmait lui alors qu'il n'y était pour rien dans cette succession d'accidents et Thorn n'était même pas inquiété !

Cependant, il ferma les yeux un instant et parvint à garder un semblant de calme. Le professeur Dumbledore, Igor, tous lui avaient dit que Thorn était compétent pour se charger de Camomille. Même si son instinct lui criait qu'il ne fallait pas faire confiance à Thorn. Par ailleurs, Harry ne pouvait nier que s'il avait perdu son sang-froid pendant le début d'incendie, comme il l'avait perdu pendant la bagarre, Anna O'Brien et d'autres élèves auraient pu être grièvement blessés. Il avait donc des torts, lui aussi.

Il inspira profondément et rouvrit les yeux.

- Je suis désolé, madame la directrice. Cela ne se reproduira plus.

Non, cela ne se reproduirait plus. Il ne remettrait plus en cause l'enseignement de Thorn à voix haute. Cependant, rien ne lui interdisait de le surveiller de plus près… Il se tourna donc vers Thorn. Celui-ci n'avait pas un air triomphant, comme Harry s'y était pourtant attendu. Il lui lançait seulement son éternel regard noir de colère.

- Je vous présente également mes excuses, dit-il en s'inclinant vers Thorn.

Cette attitude était quelque peu humiliante pour lui, compte tenu de sa méfiance viscérale contre le professeur de DCFM. Cependant, il était à peu près certain qu'elle lui permettrait d'amadouer un peu l'homme antipathique afin qu'il accepte sa requête suivante.

- Je n'aurais jamais dû remettre en cause vos compétences, poursuivit-il, car je suis moi-même incapable de maîtriser la magie informulée. Aussi, si vous l'acceptez, je souhaite également suivre votre enseignement.

Le silence choqué l'amusa intérieurement, mais il n'avait trouvé que cette parade pour surveiller Thorn sans paraître trop louche ou trop méfiant. Une petite voix qui ressemblait fortement à celle d'Hermione résonna dans sa tête : « tu as définitivement le syndrome du super-héros devant les demoiselles en détresse ».

- J'accepte vos excuses, dit lentement Thorn.

Harry se redressa donc et rencontra le sourire tordu de Thorn.

- J'accepte également de vous prendre dans mon cours, ajouta-t-il d'une voix légèrement amusée.

- Très bien, conclut la directrice. Puisque les choses sont réglées, cet entretien est terminé. Monsieur Potter, restez. J'aimerais vous poser quelques questions à propos de votre foyer pour jeunes sorciers en difficulté.

Thorn sortit du bureau sans un mot, mais il lança un dernier regard indéchiffrable en direction d'Harry. Une fois la porte refermée, la directrice s'adoucit et se tourna vers l'assistant.

- Je suis désolée que vous receviez votre premier avertissement avant d'être professeur, monsieur Potter, mais c'est la procédure en cas de mise en danger des enfants sans accident majeur. J'ai cependant toujours un grand besoin de vous pour surveiller les cours de Thorn…

Harry acquiesça, même s'il avait détesté la réprimande, et la directrice s'adoucit un peu plus.

- Voulez-vous m'accompagner quelques instants ? Je dois passer prendre Filius avant de nous rendre au Ministère. Avec l'arrivée de Thorn et ses leçons de duel, le Ministre souhaite organiser un tournoi de duels entre étudiants pour la fin de l'année. Nous avons beaucoup de points à voir avant qu'un tel événement ne soit validé par l'école.

Harry accepta de l'accompagner et lui ouvrit galamment la porte. Ils descendirent les escaliers et la directrice referma la gargouille d'un coup de baguette.

- Votre elfe de maison est venu m'interroger à propos du foyer que vous souhaitez ouvrir, dit-elle. C'est une idée intéressante et louable, mais elle sera très coûteuse. En êtes-vous conscient ?

- Oui, bien sûr. Kreattur et moi avons imaginé un grand nombre de projections financières plus ou moins négatives pour l'avenir. Nous pourrions bénéficier de subventions et peut-être aussi de mécénat de la part de grandes famille, mais je suis encore à la recherche d'autres financements fiables et durables. Cependant, en attendant, ce projet ne me ruinera pas et n'hypothéquera pas l'avenir de mes propres enfants. C'est bien suffisant pour me donner l'envie de me lancer.

- Etes-vous conscient également que ces enfants auront besoin de tuteurs, de psychomages et d'un grand nombre de personnels encadrant ? Votre entreprise est risquée et je pense que les Moldus savent très bien s'occuper de nos enfants sans famille.

Alors qu'ils passaient à côté de Rusard, en train de balayer le couloir, Harry et la directrice lui firent un signe de tête. Rusard répondit par un grognement et baissa les yeux, de retour à sa tâche.

- Croyez-vous que le monde moldu puisse réellement s'occuper d'un enfant sorcier ? Il est déjà difficile de grandir sans famille, mais les manifestations magiques sont un autre facteur d'isolement pour les orphelins sorciers. Et j'ai déjà eu vent de parents moldus maltraitant leurs enfants sorciers. Et qu'en est-il des Cracmols qui ne font partie d'aucun des deux mondes ? Je pense sincèrement que mon foyer sera utile, madame la directrice.

- Je vois. J'admets que nous rencontrons chaque année des difficultés d'ordre familial chez certains de nos nouveaux étudiants. Et il m'est arrivé de penser que le système d'accompagnement moldu était inadéquat dans certaines situations. Cependant, il s'agit là d'un sujet complexe…

- Je le sais, confirma Harry.

- Dans ce cas… Si vous persistez dans ce projet et que vous avez besoin de conseils en matière de personnel, alors n'hésitez pas à m'envoyer votre elfe. Il me semble bien avoir quelques contacts intéressants, conclut la directrice.

Le silence s'installa quelques minutes. Il permit à Harry d'assimiler l'idée qu'il avait reçu un blâme et que la directrice ne lui en tenait cependant pas rigueur.

- Pourquoi avez-vous demandé à Thorn de suivre ses cours de magie informulée ? demanda brusquement la directrice.

- Au-delà de la possibilité évidente de m'améliorer en DCFM, vous voulez dire ?

La directrice acquiesça.

- J'assiste à tous les cours de Thorn et il n'est donc pas difficile pour moi de le surveiller. Cependant, je ne sais pas comment se déroulent les cours avec Camomille Scott. Le seul moyen de garder un œil sur Thorn sans trop éveiller sa méfiance est de participer moi aussi à ce cours.

- Oh. Très bien. Je croyais que… Mais c'est très bien, marmonna la directrice avec un soulagement visible. Je compte sur vous pour ne pas refaire d'erreur comme celle d'aujourd'hui. Je ne pourrais pas protéger votre place si les parents se plaignent de vous. Et j'ai besoin de vous.

- Merci de votre confiance, madame la directrice, répliqua Harry en se demandant ce qui avait inquiété la stoïque Minerva McGonagall. Je serai à la fois attentif et prudent, confirma-t-il.

MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX

Dimanche 29 novembre, début d'après-midi

- Que pensez-vous de cette merveilleuse cuvette, Djinn blanc ? demanda Achraf à son invité.

L'homme massif contempla le paysage depuis les hauteurs des monts Jiwe, au milieu du désert du Sahara. Les monts Jiwe avaient visiblement été façonnés par la main d'un sorcier. Ils formaient un cercle parfait au sommet plat, leurs pierres brillaient faiblement. Invisibles aux moldus, ces monts entouraient une étendue plane et sableuse, en contrebas. Le sable lui-même brillait faiblement en reflétant la lumière du soleil. Il semblait presque rouge, depuis les hauteurs des monts.

Achraf l'avait emmené escalader les rochers grâce à un étroit escalier, qui avait visiblement été taillé dans la roche des années après la confection des monts. Un peu plus loin derrière eux, Majid les avait suivis. Le reste de la tribu était resté dans le campement, dans l'ombre naissante des monts.

- Je pense qu'elle cache un secret qui m'échappe encore, répondit-il finalement.

Achraf éclata d'un rire sonore et fit un signe pour que Majid s'approche. Le chaman s'approcha en claudiquant.

- Mes invités, commenta Achraf, me parlent souvent de sa beauté parfaite et de l'honneur qu'ils ressentent à fouler ce lieu sacré. Ils me parlent de moi et vous me parlez de vous. Je trouve cela amusant.

Majid s'approcha du bord et lança un regard clairement interrogatif à son chef de tribu.

- Vous n'avez pas tort, Djinn blanc. Ce lieu est plein de secrets. Le premier est que vous ne pourriez jamais le retrouver sans nous avoir, Majid ou moi, comme guide. Le second est que vous ne pourriez jamais vous en servir sans le savoir de Majid.

L'homme caché dans son vêtement couvrant ne perdait pas une miette de ces informations. Si Achraf avait pu voir son visage en cet instant, il était certain qu'il y aurait lu toute son avidité.

- Tu peux y aller ! s'exclama soudain Achraf en direction du chaman.

Celui-ci se jeta dans le vide sans la moindre hésitation. Les parois intérieures des monts s'illuminèrent brusquement et Majid sembla suspendu dans le vide. Il absorbait les rayons lumineux comme s'il pouvait emmagasiner leur magie et sa voix monta clairement jusqu'aux deux spectateurs.

- Que fait-il ? demanda le Djinn blanc, fasciné et curieux.

- Il incante. Il vous montre ce que vous avez vécu il y a de nombreuses années, par accident, répondit malicieusement Achraf.

L'homme caché se tourna brusquement vers le chef de tribu.

- Il absorbe… Est-ce… Est-ce la magie des premiers sorciers ? bégaya l'homme sous le coup de l'excitation.

- Pas la même que celle que vous portez en vous, répondit Achraf. La magie de ce puits est une magie élémentaire. Elle est donc uniquement destinée aux chamans comme Majid. Il est le seul des huit fils de notre précédent chaman à avoir survécu à son saut, à avoir été retenu par le puits, malgré une jambe brisée par maladresse. Il est né pour être chaman et vit pour protéger et servir la tribu et sa magie.

Le Djinn blanc frissonna à l'idée de la perte inestimable de sept sorciers nomades, mais le chiffre était révélateur et parfait. Il comprenait mieux la lueur rouge du sable de la cuvette. Il fallait parfois des sacrifices pour donner à la magie toute la pureté et la puissance qu'elle méritait.

- Protéger et servir… N'est-ce pas ce pour quoi nous sommes faits ? demanda l'homme avant de laisser échapper un rire joyeux. La Magie a besoin d'hommes comme nous.

Il fut interrompu par un souffle qui le fit chanceler, alors que Majid semblait voler vers eux.

- Est-il un mage de l'air ? demanda l'homme au chef de tribu.

- Non, répondit Achraf. Mais la magie ancienne qui l'a aidé à se ressourcer lui permet d'invoquer et d'utiliser les autres éléments pendant quelques jours.

Arrivé près d'eux, Majid emporta les deux hommes dans son souffle et ils atterrirent rapidement sur le sable du désert.

- La grotte Shimo que vous avez pu fouler il y a quatre jours n'était pas aussi magique n'est-ce pas ?

- Absolument pas, confirma le Djinn blanc, toujours en proie à l'émerveillement.

Il se tourna vers Achraf et son chaman, dont les yeux sombres et brillants avaient un éclat dangereux.

- Merci pour votre confiance et cette démonstration magnifique, dit-il en se courbant. Votre secret est bien gardé.

- Je le sais, Djinn blanc… Je le sais…

L'homme massif espéra brusquement que l'observation dont il faisait l'objet depuis plusieurs jours lui permettrait d'obtenir définitivement la confiance de cet homme. Il ne cachait pas qui il était profondément – c'était inutile s'il voulait faire d'Achraf un allié fiable et sur la longue durée – et s'il conservait les habits qui le recouvraient entièrement, c'était uniquement pour ne pas troubler la tribu en révélant son apparence.

- Il s'agissait de notre dernière étape avant mon campement fixe, commenta finalement Achraf en détachant son regard de la cuvette de sable à regret. Rentrons.

A l'entrée du campement, les trois hommes furent accueillis par Aïcha, la fille d'Achraf. Entre ses bras, un corbeau épuisé portait un parchemin enroulé à la patte.

- Père, dit-elle en baissant les yeux et en tendant l'oiseau, ce message est destiné au Djinn blanc.

Achraf saisit délicatement l'oiseau et le confia au Djinn pendant que sa fille s'éloignait. L'homme massif détacha le parchemin d'une main experte, satisfait de voir que le corbeau avait mieux résisté au voyage que le précédent hibou.

Majid emmena l'animal avec lui et Achraf salua l'homme avant qu'il ne s'éloigne pour lire sa missive.

« Patron,

Trois nouvelles possibilités de pression sur le Soleil se sont ouvertes à nous. Il a le projet d'ouvrir un foyer pour enfants sorciers délaissés. Nous avons fait bloquer l'avancée du dossier en attendant vos ordres. Ensuite, il a reçu un avertissement en tant que professeur : plusieurs étudiants se sont retrouvés à l'infirmerie après l'un de ses cours. C'est un mauvais point pour sa réputation. Enfin, mon contact à Poudlard pense qu'il est possible de le faire plier vers nous grâce à des cours… particuliers.

Nous attendons vos instructions. »

A l'abri de sa toile de tente, l'homme écrivit sa lettre avec une bonne humeur particulièrement palpable.

« Très bon travail,

Continuez à bloquer le dossier du foyer et gardez vos informations sur l'inaptitude du Soleil à l'abri. Elles ne seront utiles, avec les photos compromettantes, que si mon prochain mouvement ne réussit pas. Oubliez mes instructions précédentes et envoyez-lui deux invitations pour le Gala de Noël le plus rapidement possible. Il faut absolument qu'il soit présent. J'aimerais tester plusieurs idées auprès de lui… Je vous retrouverai tous sur place. »

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Lundi 30 novembre, tôt le matin

Harry grogna contre son réveil, l'éteignit d'un geste brusque et se réveilla avec difficulté. Il n'était que quatre heures du matin et il faisait froid dans la chambre, mais il n'avait pas d'autre choix que celui de se lever. C'était en effet aujourd'hui qu'il commencerait ses leçons avec Thorn et Camomille. Il se passa rapidement de l'eau sur le visage, pour se vivifier un peu, et enfila son jogging avec résignation. C'était lui qui l'avait voulu, il ne pouvait pas se plaindre.

Dans le Hall, il croisa Camomille qui le fixa d'un air surpris. Elle le pointa du doigt, se pointa elle-même puis désigna la grande porte, les sourcils haussés.

- Oui, moi aussi je prends des cours avec Thorn, maintenant, commenta Harry en devinant ce qu'elle voulait savoir.

Il fut étonné par le visage désormais amusé de la jeune femme mais n'eut pas le temps de s'y attarder car Thorn arriva sur eux à petites foulées.

- On commence la journée par un footing autour du lac, pour aiguiser le corps et éveiller l'esprit, annonça Thorn. Il n'est pas question de ralentir le rythme du groupe ou de s'arrêter, ajouta-t-il à l'intention d'Harry. On doit impérativement revenir ici à cinq heures et demie au plus tard.

Harry se retint de faire la moindre remarque : moins d'une heure et demie pour faire le tour du lac signifiait qu'il aurait à maintenir un rythme rapide. Il acquiesça donc en même temps que Camomille en bénissant les nombreux exercices d'endurance qu'il avait pratiqués avant l'attentat du cimetière. Car il avait certes perdu un peu de sa force physique, depuis son hospitalisation, mais il se sentait capable de s'en sortir.

Il emboîta donc le pas des deux coureurs matinaux en économisant son souffle autant que possible.

Cependant, il dut revoir son estime personnelle à la baisse au bout de trois quarts d'heure de course à pied. En effet, il avait de plus en plus de difficultés à suivre le rythme : sa gorge brûlait à cause de l'air froid, il avait l'impression d'avoir deux souches d'arbres à la place des jambes et il commençait à avoir un peu mal au crâne.

Seul le désir de montrer à Thorn de quoi il était capable lui permit d'arriver au bout. Quand Poudlard et la grande porte furent enfin en vue, Thorn les invectiva tous les deux pour presser le rythme. Il ne leur restait que quelques minutes pour atteindre l'objectif qu'il leur avait fixé. Harry s'arracha, puisant au plus profond de lui ce qui lui restait de volonté, malgré son point de côté. Mais il s'écroula devant l'entrée, ses jambes l'ayant lâché. Il avait le souffle court, les yeux humides de larmes à cause du froid et son mal de crâne avait empiré durant la dernière demi-heure.

- Potter ! Debout ! Montrez l'exemple.

Harry leva la tête, incapable de répondre, mais il la rebaissa aussitôt alors qu'il était pris d'un haut le cœur. Seule de la bile lui brûla l'œsophage, mais il s'en voulut pour ce signe de faiblesse. Il se releva néanmoins, jetant un rapide Evanesco sur l'herbe souillée et suivit Thorn et Camomille à l'intérieur. Cette dernière semblait plutôt en forme, par rapport à lui. Elle avait certes les joues et le nez rougis, mais elle respirait déjà normalement.

- Suivez-moi. Il est temps de passer aux étirements. Ensuite, vous passerez à la douche et nous prendrons le petit-déjeuner.

L'estomac d'Harry gargouilla instantanément à la mention d'un petit-déjeuner et l'assistant, gêné, détourna le regard alors que Thorn lui adressait un sourire sarcastique.

Thorn leur imposa une longue séance d'étirements avant de les envoyer prendre leur douche. Il leur donna rendez-vous dans l'amphithéâtre à sept heures tapantes, où leur petit-déjeuner les attendrait.

- Vous savez désormais où est cette salle, n'est-ce pas, monsieur Potter ? lui avait sèchement lancé Thorn, avant de sortir.

Après sa douche, alors qu'il traversait le Hall pour prendre les escaliers menant aux cachots, il croisa de nombreux étudiants se rendant dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Camomille le rattrapa un peu avant qu'il n'atteigne les escaliers et le retint par la manche, en souriant. Elle fit non du doigt et le tira vers un autre couloir avec insistance.

- Ok, je te suis, commenta Harry en souriant.

L'assistant pressa le pas, sous les murmures de quelques étudiants, et Camomille l'emmena à travers un petit dédale de couloirs. Il fut surpris quand il arriva devant l'amphithéâtre. Il lança un Tempus et constata qu'ils avaient dix minutes d'avance.

- Je vois, dit Harry. C'était un raccourci que je ne connaissais pas.

En même temps, il n'avait jamais cherché à descendre rapidement dans les cachots…

Camomille acquiesça joyeusement et poussa la porte de la salle. Elle descendit les escaliers sans hésiter. Thorn n'avait pas menti : sur les tables du premier rang, juste devant l'estrade, deux copieux plateaux de nourriture n'attendaient qu'eux. Harry la rejoignit et lança quelques sorts de nettoyage pour dépoussiérer les chaises et l'estrade. Le résultat n'était pas probant, mais c'était mieux que rien.

A sept heures, Thorn entra dans la pièce depuis une porte dérobée et la satisfaction de les voir à l'heure se lisait sur son visage.

- Asseyez-vous et mangez, ordonna-t-il. Un repas sain est essentiel pour récupérer après des efforts. La nourriture ne doit pas être négligée car elle permet de vous maintenir en bonne forme physique et psychologique. Vous pourrez y puisez les ressources nécessaire pour maintenir une attention de tous les instants.

Harry imita immédiatement Camomille, qui s'était attaquée à son repas de bon appétit. Thorn, lui, nettoya le tableau noir derrière l'estrade d'un coup de baguette en en silence, puis termina la pomme qu'il avait dans la main avant de reprendre la parole.

- Aujourd'hui, dit-il à Harry en le regardant dans les yeux, vous allez devoir assimiler rapidement la théorie sous-jacente à la magie informulée. J'ose espérer que vous savez comment fonctionne un sort, monsieur Potter, dit-il d'une voix doucereuse.

Harry prit le temps d'avaler le morceau de pain qu'il avait en bouche avant de répondre poliment.

- Oui, professeur Thorn.

Il avait un peu l'impression de retomber en enfance. Dans les faits, Thorn et lui étaient collègues. Mais lors de ces leçons de magie informulée, il redevenait l'élève. C'était perturbant.

- Bien. Expliquez-moi cela, alors, exigea Thorn.

- La magie qui circule en nous a certes une identité propre avec des affinités sur certains sorts et des faiblesses sur d'autres, se lança Harry. Mais elle peut globalement prendre la forme de n'importe quel sort.

Thorn fit un geste agacé pour le presser un peu. Harry retint un grognement mais poursuivit son explication en se servant à la fois des savoirs qu'il avait acquis dans les livres et de la conversation qu'il avait eue avec Ollivander sur les baguettes, quelques mois auparavant.

- Pour lancer un sort, il faut avant tout en avoir la ferme volonté. C'est cette volonté qui permet à notre baguette de puiser en nous la magie nécessaire et de la transformer en un sort adéquat. L'apprentissage d'une prononciation particulière et d'un mouvement de baguette précis permet d'entraîner notre volonté et notre baguette à s'accorder sur le résultat voulu. A force d'utilisation, la baguette lit presque instantanément notre volonté et il suffit de prononcer le sort pour entamer le processus de transformation de la magie. Le geste permet surtout de faciliter le processus de transformation de notre magie par la baguette.

- C'est bien cela, confirma Thorn d'une voix neutre. Reprenez votre repas.

Harry s'exécuta de bon gré.

- Dans la magie formulée, reprit Thorn, le déclencheur du sort qui active la baguette est la formule magique. Dans la magie informulée, ce déclencheur, au-delà de la volonté, est le besoin. Votre volonté ne suffira pas, même si vous hurlez le sort mentalement. Le lien avec la baguette ne se fait pas. C'est le besoin qui fait réagir la baguette, quand il n'y a pas de formule. Etre capable de ressentir ce besoin et le maîtriser est un processus complexe qui demande beaucoup d'apprentissage.

Harry vit du coin de l'œil que Camomille avait terminé et qu'elle buvait les paroles de Thorn, très concentrée.

- L'avantage, quand on a acquis ce processus et cet ascendant sur la baguette, c'est que cette dernière conserve ses caractéristiques d'origine. Ainsi, un sort informulé sera toujours aussi puissant qu'un formulé, car la baguette continuera à augmenter naturellement la puissance de votre magie. Le résultat sera également toujours aussi précis et rapide car le mouvement de baguette continuera à faciliter le processus de transformation de cette magie. Est-ce clair ?

- Oui, professeur, répondit naturellement Harry, alors que Camomille acquiesçait silencieusement.

Mortifié, il baissa les yeux vers sa tasse de thé. Il prenait les réflexes de ses étudiants… Certes, sa réponse satisfaisait visiblement Thorn, mais il se sentait tout de même gêné. Comment conserver une relation d'égal à égal s'il se mettait aussi naturellement dans la peau d'un élève ?

- Bien, continua Thorn. Le processus qui vous permettra d'acquérir l'ascendant sur votre baguette est théoriquement très simple : il faut déclencher artificiellement le sentiment de besoin. Cependant, créer ce besoin n'est pas simple. Tout est question de psychologie et l'esprit est une matière difficilement contrôlable. C'est pour cette raison que le seul moyen de réussir est de savoir maintenir une attention et une concentration constantes.

Harry reposa ses couverts et leva les yeux vers Thorn. Il avait, lui aussi, terminé. Il se sentait beaucoup mieux, désormais.

- En théorie, vous devez imaginer une situation qui éveille votre angoisse et votre besoin d'utiliser votre magie pour vous en sortir. Quel que soit le sort que vous avez la volonté de lancer, vous pouvez évoquer la même situation de stress, tant que vous ressentez le besoin de lancer votre sort. Votre baguette est directement reliée à votre noyau magique et à votre volonté. Quand vous voulez utiliser un sort, votre baguette est automatiquement en éveil. La grande difficulté est de stimuler la baguette en ressentant le besoin. Il faut donc être capable de compartimenter votre esprit de telle sorte que votre volonté, stimulant la baguette, et votre imagination, permettant de ressentir le besoin, puissent travailler simultanément. de lancer un sort. Saisissez-vous la difficulté ?

Camomille hocha la tête frénétiquement et Harry fronça les sourcils.

- Oui, professeur.

Il comprenait en effet la difficulté de stimuler artificiellement une émotion aussi forte que le besoin, pour provoquer la réaction de sa baguette. Il ne suffisait pas de vouloir réussir un sort, il s'agissait d'entrer en résonnance avec sa baguette.

- La difficulté ne s'arrête pas là, enchaîna Thorn. Une fois que la magie circule dans votre baguette, grâce à votre stimulation artificielle, vous devez pratiquer le bon mouvement de baguette pour la libérer sous la forme adéquate. Or, quand vous pensez au mouvement de la baguette, vous perdez presque automatiquement votre concentration sur votre sentiment de besoin. Or, quand celui-ci s'arrête, votre baguette cesse d'appeler votre magie et elle devient donc ineffective. Il est encore une fois question de compartimenter votre esprit pour que vous puissiez consacrer une partie de votre attention sur le mouvement de la baguette.

D'accord… Cela expliquait pourquoi les sorciers pratiquant la magie informulée étaient si peu nombreux, alors que lancer un sort était un acte presque naturel pour la plupart d'entre eux.

- Cela dit, conclut Thorn, si la plupart des sorciers ne parviennent pas à de bons résultats, c'est surtout en raison de leur paresse intellectuelle et de leur manque d'imagination. Une fois le processus assimilé, il suffit d'un peu de pratique pour maîtriser parfaitement la magie informulée.

Harry ferma les yeux, se sentant clairement visé par les dernières phrases sarcastiques de Thorn. Il venait de se souvenir de son examen final de DCFM. L'Auror Dora lui avait dit qu'il manquait d'imagination… Il espérait vivement qu'elle ait eu tort.

Quand il rouvrit les yeux, il s'aperçut que Camomille ne semblait pas beaucoup plus confiante que lui. Elle arrivait pourtant à lancer des boucliers informulés… Toujours est-il que toute la matinée fut consacrée à leurs tentatives de lancer un sort, en vain.

Thorn était de plus en plus frustré. Il connaissait les difficultés de l'exercice, mais il avait l'impression que les deux jeunes gens n'essayaient pas assez.

Il ordonna finalement à Harry de rester pour le reste de la journée – aucun cours de DCFM n'était de toute façon prévu le lundi – et il demanda à Camomille de revenir dès 16 heures, après son dernier cours. Pendant l'après-midi, Thorn mit Harry en situation de combat. Tout comme cela avait fonctionné au début pour Camomille, qui parvenait à lancer des sorts de bouclier, il espérait que la situation provoque le stress, le besoin suffisant pour lancer un sort. C'est de cette façon qu'il avait appris lui-même.

Il recommença de plus belle quand Camomille les rejoignit, en fin d'après-midi.

Mais il avait beau lancer sur eux une pluie de sorts, d'insultes et d'encouragements, aucun résultat tangible ne récompensa ses efforts.

- Stop ! finit-il par crier, à bout. Vous êtes deux incapables ! Vous n'êtes pas concentrés, vous n'êtes pas à votre objectif. Soyez ici demain soir, à vingt heures ! Nous essaierons un autre exercice de concentration.

Puis il quitta la salle à grands pas.

Harry, lui, s'essuya le front et grimaça quand son épaule le lança. Il était tombé lourdement au sol, plus d'une heure auparavant, parce qu'il avait été distrait un instant.

- Je suis épuisé, commenta-t-il faiblement en se tournant vers Camomille. Je ne sais pas comment tu tiens et comment tu parviens à lancer tes boucliers, mais je suis sincèrement impressionné.

Camomille se mordit la lèvre et secoua la tête négativement. Elle semblait gênée, peut-être honteuse.

- Quoi ? Tu ne penses pas mériter ces compliments ?

Elle secoua une nouvelle fois la tête.

- Tu as pourtant réussi une partie de l'exercice, contra Harry.

Elle regarda sa baguette, perdue, puis haussa les épaules.

- J'aimerais bien savoir ce que tu penses, lui dit Harry.

Elle leva la tête vers lui et sourit timidement avant de faire semblant d'écrire. Harry secoua la tête en se sentant idiot. Bien sûr qu'elle pouvait communiquer, même sans parler.

- Je n'y avais pas pensé, dit-il. Que dirais-tu qu'on parle un peu de ce cours ? On trouvera peut-être une solution à nos difficultés, ensemble.

Camomille acquiesça et Harry monta les marches. Il fut surpris, une fois arrivé en haut, de constater que l'étudiante ne l'avait pas suivi. Il baissa les yeux : elle était appuyée contre un bureau et semblait pousser un cri silencieux. Inquiet, il retourna auprès d'elle.

- Que se passe-t-il ?

La jeune fille fit une grimace et releva sa robe d'écolière abimée avec précaution, comme si elle épargnait sa jambe. Harry s'aperçut alors qu'elle avait un hématome assez large sur la cuisse, qui devait la faire souffrir alors qu'elle montait les escaliers.

- Je vois, dit Harry après un instant de réflexion. Je vais t'aider à monter. Je te propose de passer d'abord à l'infirmerie. Nous pourrions prendre le temps de nous laver et de nous changer avant de nous retrouver dans mon bureau. Cela te convient ?

Camomille acquiesça et Harry lui servit de béquille jusqu'à l'infirmerie.

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Lundi 30 novembre, 18h30

Harry referma la porte qui menait à ses appartements et s'installa derrière son bureau de professeur en attendant l'arrivée de Camomille. Au moment où il sortait une pile de parchemins vierges et une plume, on frappa à la porte.

- Entre, Camomille ! Lança-t-il.

La jeune femme referma timidement la porte derrière elle et s'avança vers le bureau.

- Est-ce que ta jambe va mieux ? demanda-t-il.

Elle acquiesça avec un sourire et s'installa dans l'un des deux sièges, devant le bureau. Harry lui tendit la liasse de parchemins et la plume.

- Si tu le veux bien, j'aimerais que tu m'expliques pourquoi mes compliments t'ont gênée, tout à l'heure. Tu sais, c'est réellement impressionnant d'être capable de lancer des sorts informulés, surtout à ton âge…

Camomille grimaça et se pencha vers le bureau pour écrire. Elle tendit ensuite la feuille à Harry.

Je ne le fais pas exprès. Je ne sais pas comment je fais. Les seuls sorts que je sais lancer sont les boucliers et uniquement quand le professeur Thorn m'attaque…

- Tu n'arrives pas à les lancer quand tu es seule ?

Harry vint s'installer dans le siège à côté d'elle pour lire à mesure qu'elle écrivait.

Non. Je n'arrive même pas à scinder mon esprit en deux, comme il le demande. Je suis bloquée. C'est seulement ma crainte des sorts de Thorn qui réveille ma baguette, je pense. Je n'arrive jamais à répliquer ou attaquer, comme il le veut. Seulement à me défendre.

Harry la vit hésiter longuement, puis elle reprit ses notes.

- Je n'aime pas la violence.

- Je te comprends, dit Harry.

Elle releva la tête vers lui et la rebaissa pour griffonner vite fait.

Beaucoup de gens disent ça. Mais je n'aime pas la violence.

Elle souligna plusieurs fois la dernière phrase, d'une main tremblotante.

Ça me fait peur…, écrivit-elle avant de suspendre sa plume.

- Je te comprends mieux que tu ne le crois, reprit Harry. Je sais ce qui t'effraie.

Elle leva la tête vers lui d'un air défiant.

- J'ai parlé à Melinda. J'ai aussi vu ce qu'il s'est passé avec Malfoy.

Camomille pâlit visiblement et s'éloigna légèrement de lui.

- Je sais ce qui t'a choquée, mais je n'en ai parlé à personne, ajouta-t-il.

Pourquoi ?

- Pourquoi ? Pour plusieurs raisons, reprit Harry calmement. Je comprends ton horreur face à ce que tu as vu et je me doute que tu ne désires pas qu'on te le rappelle sans cesse. A ta place, je ne voudrais pas sentir le regard des autres sur moi, se demandant ce que j'ai vu, ce que j'ai fait, si j'ai participé à ça… Je pense aussi que si tu as peur de la violence, c'est parce que tu as peur de basculer, comme tu as vu tes amies basculer. Tu ne veux pas te laisser envahir par tes pires côtés. Je connais ça aussi.

Camomille avait la tête baissée et Harry comprit qu'elle pleurait quand une goutte tomba sur le parchemin qu'elle tenait. Il entendit même un petit reniflement. Il se sentit soudain très maladroit. Il se demandait encore ce qu'il pouvait faire pour la calmer quand elle se remit à écrire.

Quand Thorn m'attaque, je repense sans cesse à ça. J'ai envie de crier, mais je n'y arrive pas. Alors ma baguette réagit toute seule. Comme si elle me protégeait… J'aimerais comprendre comment faire pour toujours savoir me défendre.

- Ta baguette est proche de toi, constata Harry. Ta peur déclenche sans doute ton besoin de te défendre. Mais elle réprime probablement ta volonté de lancer les sorts offensifs qui pourraient pourtant t'aider à t'en sortir, parce que tu ne veux pas prendre le risque de perdre ton contrôle.

Camomille l'avait écouté attentivement, entre deux reniflements. Elle reprit sa plume.

Je perds de toute façon mon contrôle, quand ma baguette lance des boucliers. Je ne comprends pas comment faire pour me mettre dans le bon état d'esprit. A chaque fois que j'essaie de provoquer artificiellement mon sentiment de besoin, je me perds dans mes cauchemars. Ce sont toujours les mêmes qui reviennent et qui m'empêchent de me concentrer ou de raisonner normalement.

- Tu sais… commença Harry en réfléchissant tout haut. J'ai peut-être une solution pour t'aider à accepter ce qui s'est passé. Ou si tu n'y parviens pas, ma solution pourra toujours t'aider à mettre tes cauchemars de côté. C'est une méthode pour compartimenter ton esprit. Ce n'est pas évident, parce qu'il faut apprendre à faire le vide, mais cela pourrait peut-être t'aider à réussir à lancer des sorts informulés.

Thorn dit qu'il faut compartimenter son esprit pour réussir… Si tu connais le moyen de le faire, pourquoi est-ce que tu n'arrives pas à lancer des sorts ?

- Je n'ai pas eu le temps de tester cette méthode pour faire de la magie informulée. Je m'en suis surtout servi pour… mieux contrôler mes souvenirs.

Harry ne mentait pas vraiment. Le processus qu'il avait suivi pour maîtriser son animagus puis l'occlumencie lui avait permis de contrôler ses souvenirs. Camomille n'avait pas besoin de savoir dans quel but il avait appris à maîtriser son esprit.

J'aimerais essayer.

- Suis-moi, lui proposa-t-il en ouvrant la porte menant à ses appartements. Je vais te confier un livre. Quand tu l'auras lu, tu reviendras me voir pour me poser toutes les questions que tu veux et je t'expliquerai comment mettre en pratique les conseils du livre. J'ai réussi à avoir un contrôle sur mon esprit et son fonctionnement, mais je sais que tout le monde n'y parvient pas.

Camomille entra à sa suite et acquiesça.

- Mais attention, ajouta Harry. Il faut que ce travail reste un secret entre nous. Tu comprends ? Personne d'autre ne doit savoir ce que nous faisons avec ce livre. D'accord ?

Une fois de plus, Camomille acquiesça. Mais cette fois, elle avait un sourire amusé à cause du ton de conspirateur qu'avait pris Harry. Quand il disparut dans sa chambre pour prendre le livre, Camomille en profita pour observer le salon de l'assistant. Elle trouvait très curieux de se retrouver là et se demandait quel type de sorcier il était. Son regard se porta bientôt sur la peluche qui trônait sur le buffet.

- Je l'ai ! s'exclama Harry en revenant dans le salon.

Il s'interrompit quand il vit l'air interloqué de Camomille. Elle détourna le regard de la peluche et haussa les sourcils en fixant l'assistant. Harry passa une main nerveuse dans ses cheveux. Pourquoi tout le monde le regardait avec ces yeux quand ils apercevaient la peluche ?

- C'est moi qui les fais fabriquer, se sentit-il obligé d'expliquer.

Camomille regarda une nouvelle fois l'ours avec curiosité. Harry lui confia son livre puis alla chercher la peluche pour la lui tendre.

- Qu'est-ce que tu en dis ?

La jeune sorcière posa le livre sur un fauteuil et saisit l'ours. Elle le tourna dans tous les sens et Harry eut le plaisir de voir son sourire grandir au fil des secondes. Elle leva les yeux vers lui et serra l'ours moelleux contre elle.

- Il te plaît ? demanda encore Harry, en observant ses réactions.

Elle acquiesça et passa la main plusieurs fois sur les poils, en regardant Harry avec insistance.

- Tu le trouves doux ?

Elle hocha la tête en souriant et lui rendit la peluche. Harry la reprit machinalement, mais une idée avait germé dans sa tête.

- Tu m'as dit tout à l'heure que tu faisais des cauchemars, n'est-ce pas ? En fais-tu aussi la nuit ?

Camomille acquiesça deux fois, très gênée.

- Attend-moi un instant.

Il disparut une nouvelle fois dans la chambre. Il fouilla dans son tiroir pour retrouver la potion de doux-rêves d'Igor et en versa quelques gouttes sur la peluche. Il s'aperçut alors que la potion avait une odeur agréable. Il espérait vraiment que son effet apaisant fonctionnerait lorsque Camomille s'endormirait.

Quand il revint au salon, la jeune fille n'avait pas bougé, mais elle feuilletait le livre sur l'occlumencie qu'il lui avait confié. Ce n'était pas une lecture particulièrement autorisée par le ministère, mais il avait confiance en elle pour qu'elle garde le secret. En le voyant revenir, elle glissa le livre dans la poche de sa robe et haussa les sourcils, comme pour lui demander pourquoi il était parti. Au même instant, on frappa à sa porte et il pria la personne d'attendre une seconde.

- Tiens, dit-il à Camomille en lui tendant l'ours beige. Puisqu'il te plaît, je te l'offre. Tu verras, il éloigne efficacement les cauchemars nocturnes.

Elle reprit l'ours sans hésiter et le serra contre elle d'une main. Elle lui tendit l'autre avec un grand sourire. Un peu interloqué, Harry la serra. Puis quand Camomille fit un geste comme pour zipper ses lèvres, il comprit qu'elle lui disait qu'il pouvait avoir confiance en elle pour ne rien raconter.

Il ne put s'empêcher de laisser un sourire un peu moqueur s'étaler sur son visage. Elle était muette, après tout. Camomille ne s'en offusqua pas et sembla rire silencieusement. Puis il la raccompagna à la porte. S'il pouvait l'aider à se sentir mieux et à s'améliorer en magie informulée, il en serait très satisfait.

En ouvrant, il fut surpris de voir Ginny. Elle se mordillait la lèvre nerveusement. Elle sembla surprise en voyant Camomille sortir de chez lui, mais elle retint ses commentaires. Quand Camomille eut disparu à l'angle d'un couloir, Harry s'approcha de Ginny.

- Que se passe-t-il ?

Ginny cessa de se mordiller la lèvre et jeta un œil du côté où avait disparu Camomille.

- Je ne t'ai pas vu dans la Grande Salle, ce matin. Ni ce midi. Je me suis inquiétée, répondit-elle.

- Tout va bien, Gin, dit-il doucement. J'ai seulement mis la journée à profit pour m'entraîner.

Elle fronça les sourcils mais retint une fois de plus les commentaires et les questions qui lui venaient. Harry vit qu'elle semblait contrariée et il se pencha légèrement vers elle pour déposer un baiser sur ses lèvres.

- Tout va bien, assura-t-il une fois de plus. Crois-moi.

Il l'embrassa une seconde fois, un peu plus longuement, et sourit quand elle ne protesta pas. Sa peur de lui s'était peu à peu estompée.

- Attend-moi une seconde, je t'accompagne à la Grande salle, dit-il en retournant dans son salon pour reprendre sa baguette.

Dans le couloir, Ginny se remit à mordiller sa lèvre.

Elle avait entendu des rumeurs toute la journée. Des élèves avaient vu son fiancé et Camomille partir ensemble dans un couloir, le matin même. On se demandait si elle flirtait avec l'assistant, alors qu'il était fiancé. Elle n'aurait pas pu poser la question à sa camarade de maison, puisque Camomille mangeait rarement dans la Grande salle, désormais. Mais elle s'était inquiétée en constatant qu'Harry ne s'était pas montré non plus au repas de midi.

Après son dernier cours de la journée, elle n'avait donc pas pu s'empêcher de venir frapper chez lui, pour voir si tout allait bien. Voir Camomille sortir de ses appartements privés, alors qu'il hésitait parfois à la faire entrer elle, était inquiétant. Alors même si Harry disait que tout allait bien, elle n'était pas d'accord. Tout n'allait pas bien. Elle était jalouse…

MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX

Mardi 1er décembre, fin d'après-midi

L'arrivée du Djinn blanc avait fait sensation dans le petit village de la tribu Amjad. Un oasis accueillait quelques habitations de bois et de nombreuses tentes auxquelles s'étaient ajoutées celles de la suite d'Achraf Amjad. Celui-ci avait invité l'homme masqué à s'installer dans l'une des habitations de bois. Le Djinn avait alors compris qu'il avait acquis la confiance et le respect du chef de tribu.

Il venait à peine d'installer ses quelques affaires, après avoir laissé ses deux chameaux s'abreuver à l'eau de l'oasis, qu'on frappa à sa porte. Majid l'invita à sortir.

- Le chef Achraf souhaite vous parler dans sa tente, Djinn. Seul à seul.

Un frisson d'anticipation parcourut l'homme massif alors qu'il suivait le chaman jusqu'à la tente du chef qui venait d'être redéployée. Il courba la tête pour passer le seuil et un tissu chatoyant vint recouvrir l'ouverture pour laisser aux deux hommes l'intimité nécessaire.

- Soyez officiellement le bienvenu dans ma tribu, Djinn blanc.

- Soyez officiellement remercié, Achraf Amjad ben Yusuf al-As-Sahara.

Ce dernier inclina la tête.

- Je vous ai observé, annonça le chef de tribu. Majid également. Vous connaissez nos rites et nos coutumes, vous les respectez, et Majid considère que vous lui ressemblez énormément. J'ai une infinie confiance en mon chaman et son jugement. J'ai donc choisi de vous faire confiance également et de suivre vos desseins.

- Je suis honoré de vous compter parmi mes amis, répondit l'homme.

- Notre alliance, continua Achraf, devrait être scellée correctement, Djinn blanc. J'aimerais donc passer un accord avec vous.

L'homme plissa les yeux, méfiant, en voyant l'air calculateur du chef de tribu.

- Quels en seraient les termes ? demanda-t-il.

- Je vous donne ma fille Aïcha si vous me donnez un fils en échange.

Le Djinn blanc se tendit, satisfait cette fois d'être loin de l'observation inhumaine de Majid. Certes, il appréciait la jeune Aïcha, sur le plan physique. Cependant, il n'approuvait pas toutes les pratiques des tribus sorcières africaines. Et celle-ci le gênait particulièrement, même s'il était conscient que la pratique était nécessaire. Epouser la fille d'Achraf allait créer une alliance plus sûre et durable, mais son épouse actuelle lui en voudrait… Il s'attendait déjà à sa crise, quand il rentrerait pour Noël. Ce n'était pas le genre de surprise qu'elle apprécierait. Mais il voulait compter Achraf comme un allié. Il deviendrait essentiel très bientôt…

- Alors Aïcha deviendra ma seconde épouse, déclara-t-il finalement.

- Bien. Très bien. Nous fêterons votre union dès ce soir, annonça Achraf.

Le Djinn blanc se tendit une seconde fois. Cette précipitation n'était pas normale…

Il retint soudain un juron. Il venait de réaliser brusquement, lui le grand manipulateur, qu'il s'était fait manipuler. La visite dans la grotte Shimo, l'arrêt aux monts Jiwe, les premiers mots d'Achraf quand il l'avait invité à le suivre… « Ta quête est noble, mon frère, si tu ne te perds pas en chemin. Tu viens avec nous. » Il aurait dû comprendre qu'Achraf l'avait accepté dès leur première rencontre. Il lui avait montré les sites sacrés de sa tribu en toute connaissance de cause. Il avait prévu ce mariage de longue date. Si le chaman avait ressourcé sa magie sous ses yeux, c'était bien pour le rite de l'union qu'il allait devoir présider le soir même.

Il ferma les yeux, intégrant cette information, avant de suivre Achraf au-dehors. Le chef d'une des plus importantes tribus d'Afrique avait voulu cette alliance. Il le soutiendrait donc dans ses projets. Il lui suffirait de donner un fils à la jeune Aïcha pour avoir un accès presque illimité aux fleurs éphémères du désert, si rares, si utiles.

Dès que le chef annonça la nouvelle à la tribu, les femmes emmenèrent Aïcha loin des regards pour la préparer. L'homme massif, lui, demanda comme une faveur de conserver ses vêtements couvrants et son masque de tissu pendant le mariage. Achraf la lui accorda et les deux époux attendirent avec inquiétude, chacun de leur côté, la fête du soir.

Quand le soleil fut couché, les deux fiancés furent conduits devant un imposant tas de bois. L'homme coula un regard vers la jeune Aïcha qui semblait visiblement inquiète et perdue. Majid les rejoignit et leur fit face.

- Ce soir, le Djinn blanc et Aïcha Amjad vont unir leurs esprits, leurs corps et leur magie.

La tribu acclama les mots du chaman, prouvant leur plaisir à voir une telle alliance conclue avec un homme dont les légendes couraient dans tout le désert sorcier.

- Que cette union soit placée sous la bienveillance de notre mère à tous : la Magie, tonna Majid. Approchez-vos mains, demanda-t-il ensuite aux futurs époux.

L'homme sentait dans sa main celle, tremblante, de sa future nouvelle femme. Son visage s'assombrit. Majid saisit leurs mains jointes et commença une incantation connue de lui seul, sa main libre tendue vers le futur bûcher. Quand le chaman prononça son dernier mot, le Djinn blanc et sa femme poussèrent un cri de surprise et de douleur alors qu'ils sentaient un tiraillement sur leur magie. Aussitôt, la main libre de Majid envoya une boule de feu en direction du bois qui prit instantanément feu.

- Les flammes sont hautes. Leur union bénie. Qu'elle soit fêtée et honorée dignement ! conclut Majid.

L'homme lâcha la main de celle qui était désormais son épouse et ressentit le lien que le chaman avait créé entre eux. Aïcha regardait timidement vers l'endroit où elle pouvait deviner ses yeux et le Djinn lui reprit la main.

- Dansons, veux-tu ?

La jeune femme accepta et une partie de la nuit se déroula en chants, danses et jeux à la lumière du feu vif. Quand ce dernier commença à décliner, Achraf conduisit les deux époux vers la maison qu'occupait le Djinn. Une lampe à huile éclairait le lit conjugal d'une lumière douce. Le chef de tribu leur donna sa bénédiction avant de se tourner en direction du Djinn.

- Que cette nuit soit productive, lança-t-il, avant de refermer la porte derrière les deux époux.

L'homme observa sa nouvelle femme, assise sur le lit, et soupira intérieurement. Le chef de tribu avait ravivé l'inquiétude de sa fille en quelques mots. Il n'appréciait pas la situation, même s'il était heureux d'avoir conclu une alliance avec Achraf.

- Sais-tu ce qui nous attend ? demanda-t-il à la jeune femme.

- Oui, souffla-t-elle avec angoisse.

- Bien. Je ferai mon possible pour ne pas te blesser, lui promit-il.

Il s'approcha du lit, tourna la molette qui permettait d'éteindre la lampe et profita de l'intense obscurité pour retirer son masque de tissu et la première couche de son vêtement. Il fit ensuite s'allonger la jeune femme et lui parla doucement en lui ôtant lentement ses vêtements.

Il se pencha ensuite vers elle pour l'embrasser lentement, avant de commencer à toucher sa peau. Il n'éprouverait aucun plaisir à l'effrayer ou lui faire mal. Il fut satisfait quand, au bout d'un moment, il la sentit se détendre entre ses bras. Elle n'avait pas la moindre expérience et il en était conscient, mais elle laissait échapper de plus en plus de soupirs de bien être. L'obscurité ne lui permettait pas de la voir pleinement, mais il put tout de même juger qu'elle avait une magnifique silhouette, toute en rondeurs. Sa peau était aussi douce qu'il l'avait espéré. Il mit en œuvre tous ses talents jusqu'à lui tirer des gémissements. Elle avait besoin de lui.

Quand elle fut nue et suffisamment prête à l'accueillir, il se dégagea rapidement du reste de son vêtement. Quand il revint contre elle, Aïcha prit timidement la parole.

- Est-ce que… hésita-t-elle. Est-ce que je peux voir mon époux ? demanda-t-elle.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, dit-il en se penchant sur elle.

- Je t'ai épousé. Je saurais maintenant garder tes secrets, insista-t-elle.

- Alors je te laisse le choix, déclara-t-il en se collant à elle.

Elle haleta lorsqu'elle sentit ce qu'elle n'osait nommer si proche de son intimité. Elle perdit le fil de sa pensée quelques instants, alors qu'il lui prodiguait de nouvelle caresses totalement inconnues. Alors qu'il se repositionnait correctement, elle glissa sa main jusqu'à la lampe à huile qu'elle ralluma d'une main experte. Brusquement, sa bouche s'arrondit sur un cri silencieux.

Il vit clairement la panique l'envahir alors qu'elle fixait son visage et il ferma les yeux. Il était trop tard pour que la soirée se passe bien.

- Tu as promis de garder mon secret. Est-ce toujours vrai ?

- Oui, répondit-elle, les larmes aux yeux.

- Alors, s'il te plait, garde le silence, lui demanda-t-il d'une voix douce.

Elle se mordit la lèvre, effrayée, et il poussa en elle à regret. Elle finirait par s'habituer à son apparence. Il s'était caché en connaissance de cause. Certaines superstitions sorcières feraient automatiquement de lui un démon maléfique. Ce qu'il était certain de ne pas être.


(*) Au début, pour la salutation d'Ali Bashir, j'ai simplement utilisé les dénominations française « fils de » et « petit fils de ». Ici, l'utilisation de « ben » signifie « fils de » (donc fils de Yusuf) et « al » signifie « venant de », (donc venant du Sahara).


Réponses aux Reviews anonymes !

Bonjour Juliette et sois la bienvenue sur cette fiction.

Je suis très touchée qu'elle t'ait accrochée pour plusieurs jours de lecture. Oui, il est vrai que mon univers est assez riche et bien plus complexe que celui d'origine de JKR. (Au sens où la politique, notamment, n'est pas aussi simple que dans les livres). Je suis allée lire la fiction dont tu parles (je dois encore laisser mon commentaire, mais je l'ai lue). Nos deux univers sont tous les deux plus riches que l'original et nous aimons réfléchir à l'Histoire du monde magique et aux diverses dimensions qui enrichissent nos sociétés sorcières. Cela dit, nous ne sommes pas partis sur les mêmes idées ni sur le même type de trame. ^^

Tu as raison, j'aime que mes personnages soient gris. Par exemple, même ma correctrice (qui a beaucoup plus de détails que vous pour m'aider à respecter la cohérence de ce tome) ne sait pas si Thorn est « bon » ou « mauvais ». Snape est insupportable, mais il est aussi attendrissant, à sa manière. Harry est frappé du syndrome du super-héros, mais il peut être mesquin, colérique et blesser profondément les autres…

Tu as raison, une fois encore : je sais que certains passages de mon histoire sont ardus, malgré le soin que j'y apporte. Mon dossier de notes préparatoires et de réflexions sur le monde magique fait plusieurs centaines de pages. J'ai donc décidé d'imiter Thirael en expliquant mon monde, mais pas directement dans les chapitres (j'avoue avoir sauté ses explications presque à chaque fois). Tu m'as donné l'idée de créer le site dont je parle en introduction. Il permettra à ceux qui le souhaitent de se plonger plus profondément dans mon monde et même s'il est encore en cours de construction, ce site pourra aussi être utile pour aider les lecteurs à revenir dans la fiction.

Merci beaucoup pour ton commentaire et pour m'avoir fait part de ce que tu penses être des points de vigilance. J'ai trouvé tes remarques intéressantes et c'est pourquoi je me suis lancée dans ce nouveau projet, qui m'a demandé du temps mais qui me trottait en tête depuis un moment ^^ A bientôt peut-être pour de nouveaux échanges !

Bonjour Joyssiara et sois la bienvenue !

Je suis heureuse que cette histoire t'ait accrochée et t'ait plue ^^ La rupture entre Ginny et Harry s'approche, mais j'ai encore besoin de deux choses, avant qu'Harry puisse faire un pas vers Draco et vice-versa. Donc il faut encore attendre un peu. Si Kreattur n'a pas parlé du lien, c'est parce qu'il connaît Harry : il ne veut pas que ce dernier fasse un mauvais choix sur un coup de tête. Mais il garde l'information bien au chaud pour la ressortir au moment opportun. Mille mercis pour ton commentaire et ton soutien et à bientôt !

Bu : tu vas pouvoir revoir Kreattur et Bris dans ce chapitre, mais ils ne joueront de nouveau un rôle important dans un chapitre que plus tard.

Trolamine : Oui, Harry commence à entrevoir un monde plus gris grâce à Hermione et Andromeda, notamment. Le père d'Aliénor apparaîtra, mais pas dans ce tome. Quant à la conversation avec Bernard, elle reviendra en force dans deux chapitres. ^^

pR : Harry est le premier à agir parce que le besoin d'un foyer n'est apparu que depuis quelques dizaines d'années. Par ailleurs, un tel foyer demande beaucoup de fonds et les plus riches familles ne sont pas du genre à vouloir investir sans bénéfice, car elles prendraient de trop grands risques pour leur fortune.

Arty : Evidemment, tout le monde a senti que la rencontre entre Harry et Aliénor allait provoquer des dégâts. ^^ Mais je n'en dirai pas plus pour le moment. Merci pour ton compliment. Navrée du temps qu'il m'a fallu pour re-publier.

Sauge : Tu es une des seules à avoir ce ressenti, mais je suis d'accord : dans l'état émotionnel de Ginny, les agissements d'Harry peuvent choquer. Elle n'a pas eu le temps de reprendre ses esprits et a eu peur, c'est relativement normal.

Un grand merci également à Sherlock, Big Rabbit, Stabilo (oui, c'est une partie entièrement Harry, la prochaine est mixte), Lampadre (sois la bienvenue ! Parfois, la suite se fait attendre, mais elle finit toujours par arriver ^^ Merci pour tes compliments et encouragements), Oligo, Orange (merci pour tes compliments), Fifi et Pil (soyez les bienvenues, j'espère que la suite restera à la hauteur) et Chat Potty pour vos commentaires et votre soutien. Bonne année à vous également.


J'espère n'avoir oublié aucune réponse et je vous remercie une fois de plus pour votre soutien. Si ce chapitre vous a plu (ou pas) ou que vous avez une remarque, n'hésitez pas à me laisser un petit mot en partant.

Lena.