Bonjour à tous !
Voici la suite de cette histoire et plein d'informations. D'abord, je m'excuse : ayant fêté mon quart de siècle le 24 mars dernier, j'ai deux semaines de retard par rapport à la date de publication que j'avais donnée. Ensuite, ce chapitre (Le Gala de Sainte Mangouste) n'est que la moitié de celui prévu à l'origine (Noël sous tension). Cela signifie qu'il s'agit encore d'une partie supplémentaire au chapitre 10. Il faut avouer que celui-ci s'avère riche en actions et informations diverses. Et j'essaie d'éviter les chapitres de 70 pages ^^
Mon projet de site internet est toujours sur les rails. Je publierai le lien sur mon profil d'ici au week-end prochain (là aussi, j'ai un peu de retard). Enfin, sachez que je n'ai pas résisté et que j'ai commencé une nouvelle fiction (un Univers Alternatif), où Harry est pris en charge par Arabella Figg au lieu des Dursley. Je vous la propose car Le temps de la Révolution est une autre histoire que j'ai grand plaisir à écrire. N'hésitez pas à me donner votre avis :)
Merci à Wyny pour sa patience infinie et ses corrections pertinentes.
RAR anonymes : vous les trouverez en fin de chapitre. ^^
Résumé du chapitre précédent :
Par l'intermédiaire du marchand de tapis Ali Bashir, monsieur X parvient à pénétrer dans la tribu dirigée par Achraf Amjad, la seule tribu qui vend des fleurs éphémères du désert, hautement magiques. Il découvre quelques secrets liés à la magie antique et chamanique, et il négocie les sacs de fleurs éphémères en échange d'un mariage avec Aïcha, fille d'Achraf. Il doit lui donner un fils.
Au ministère, son homme de main cache les photos compromettantes d'Harry Potter et Aliénor Douglas. Sur ordre de son patron, il envoie également une invitation à Harry pour le Gala de charité organisé chaque année par Sainte Mangouste. En attendant que son patron rentre, il garde le dossier de création du foyer Potter enterré.
Harry rentre à Poudlard après son hospitalisation et se réhabitue à un environnement composé d'enfants. Kreattur lui ramène un exemplaire des peluches qu'il fait produire par Arnold Kent, et Harry décide de négocier avec Igor pour la faire traiter par une potion antibactérienne. Snape lui conseille d'embaucher Laura Gibbon, une jeune maître des potions qui s'est exilée quelques années en Grèce.
Harry surprend un entrainement de Rupert Thorn et Camomille Scott. Il n'apprécie par les sempiternelles insultes du professeur et sa violence. Il intervient et Thorn le met au défi de donner un cours aux sixièmes années Gryffondor et Poufsouffle avec gentillesse et compréhension.
Durant ce cours, Harry est d'abord dépassé par une bataille rangée entre maisons, initiée par Anna O'Brien, la Poufsouffle, et Alcide McGregor, le Gryffondor. Il est ensuite surpris de voir les fausses flammes du sort Oneiroi, qui encerclent Anna, se changer en vraies flammes, qui dévorent l'estrade et le bureau de bois. Il maîtrise le feu et emmène Anna à l'infirmerie, où près de la moitié de sa classe est déjà alitée suite à la bataille rangée.
Il est ensuite convoqué par la directrice McGonagall, qui lui donne un avertissement. Harry, qui n'a pas confiance en Thorn pour donner des cours de magie informulée à Camomille, demande l'autorisation de suivre ces cours également. Il l'obtient, mais il s'aperçoit rapidement que l'entrainement de Thorn est difficile et épuisant. Il invite Camomille à discuter de la magie informulée, lui prête un livre sur l'occlumentie, puis il lui donne sa peluche, après y avoir glissé quelques gouttes de Sommeil sans-rêves. Ginny voit la sorcière sortir des appartements d'Harry et s'inquiète.
Chapitre 10 : Les fêtes de fin d'année
Partie 5 : Le Gala de Sainte Mangouste
Mardi 1er décembre, 19 heures 30
Harry et Camomille attendaient sagement que Thorn vienne les chercher dans le Hall. La veille, il leur avait annoncé que la leçon aurait lieu à 20 heures. Harry et Camomille étaient certains que l'homme viendrait les chercher à l'avance et c'est pourquoi ils avaient décidé d'attendre dans le Hall dès la fin du repas. Le dîner s'était terminé une dizaine de minutes auparavant et la plupart des étudiants étaient déjà de retour dans leurs chambres et leurs salles communes.
Camomille s'approcha d'Harry, un peu trop calme et silencieux pour elle. Il était perdu dans ses pensées, les yeux fixés sur le tableau dans lequel s'était installé Dumbledore, une semaine auparavant. La jeune sorcière tira doucement sur sa manche et il baissa les yeux vers elle. Il n'était certes pas bien grand lui-même, comparé à ses camarades, mais Camomille était plus petite que lui de près de 10 centimètres.
- Qu'y a-t-il ?
La sorcière sortit rapidement un parchemin froissé et une plume auto-encreuse de l'une de ses poches et elle griffonna quelques mots.
J'ai des questions sur le livre.
Harry haussa les sourcils.
- Tu l'as déjà lu ?
Elle acquiesça puis griffonna à nouveau.
J'ai essayé de méditer, mais je me suis endormie.
- Ah ! s'exclama Harry avec un sourire, alors qu'elle lui montrait le parchemin. Ginny a le même problème avec cette méthode. Ce soir, nous risquons de finir tard notre leçon, donc nous ne pourrons pas discuter longuement avant le couvre-feu. Mais si tu veux, nous pourrons en discuter samedi.
Pas avant ?
Camomille lui montra la feuille avec une petite moue. Le sourire d'Harry se fit légèrement moqueur, alors que la jeune fille tentait de l'amadouer.
- Non, répondit-il.
Camomille accentua sa moue, mais elle acquiesça. Harry eut un sourire indulgent pour la jeune fille et décida de lui expliquer qu'il ne la repoussait pas sans raison, mais bien parce qu'il était très occupé.
- J'ai une semaine très chargée. Je dois refaire mes preuves comme assistant, depuis mon cours chaotique de la semaine dernière. Toutes mes journées sont occupées par mes préparations de cours et mes soirées par les leçons de magie informulée. Je ne pourrai te dégager un peu de temps que le week-end prochain.
- Suivez-moi ! le coupa soudain Thorn, depuis l'autre côté du Hall.
Les deux étudiants ne se firent pas prier et obéirent. L'homme les fit monter trois étages, puis il les fit bifurquer dans un couloir sombre. Quand les deux apprentis entrèrent dans une pièce à la suite de Thorn, ils furent surpris par l'espace immense, mais presque vide, si l'on exceptait deux coffres lourds qui émettaient des bruits crissants, crispants et définitivement étranges.
- Voilà votre lieu d'entrainement pour ce soir, annonça Thorn en désignant deux cercles runiques au sol.
Les immenses yeux de Camomille, fixés sur les coffres plutôt que sur les cercles, exprimaient une grande inquiétude. Harry ne pouvait la blâmer. Il ne se sentait pas fier, lui-même.
- Une fois que vous serez entrés dans ces cercles et que je les aurai activés, vous serez enfermés dans une bulle de protection et vous deviendrez aveugles. Vous aurez l'impression d'être enfermés dans un espace noir comme la nuit, sans le moindre repère, sans la moindre lueur. Bien sûr, je serai de mon côté parfaitement capable de vous voir à travers la bulle. Je libérerai ensuite les jellyhorns.
Harry haussa les sourcils. Le nom des choses dont parlait Thorn était plus qu'étrange.
- Ces créatures ont la taille d'un poing, expliqua Thorn. Elles se servent de leur corne pour piquer leurs victimes et créer une ouverture dans leur peau. Une fois fichée, la corne reste bien en place – vous ne pourriez pas l'arracher, même à la force de vos biceps – mais elle se détache des jellyhorns. Ces derniers deviennent alors très malléables et se servent de la corne comme d'un point d'entrée pour s'installer sous la peau de leur victime. Une fois entrés, les jellyhorns aspirent la magie de leur hôte jusqu'à ce qu'il meure, puis ils pondent leurs œufs dans le cadavre avant de mourir à leur tour.
- C'est dégoûtant, ne put s'empêcher de marmonner Harry.
Camomille acquiesça vivement et Thorn eut un rictus.
- Monsieur Potter… susurra-t-il. Si vous ouvrez la bouche, j'aime autant que ce soit pour dire quelque chose d'intelligent.
Harry se renfrogna mais se tut, et Thorn continua ses explications.
- Ces créatures se trouvent en Inde. L'une des deux variétés connues a colonisé le désert du Thar et l'autre a colonisé les monts Aravalli, proches du désert. Les jellyhorns du désert se contentent d'investir leurs hôtes et de consommer leur magie jusqu'à la mort, mais ceux des monts Aravalli ont en plus une consistance toxique qui réduit de moitié l'espérance de vie de l'hôte.
Les deux étudiants étaient effarés.
- Et vous souhaitez nous enfermer avec ces créatures ? ne put s'empêcher de demander Harry, inquiet et en colère devant l'inconscience de cet homme.
- Pas avant de vous avoir appris à les combattre, répondit Thorn sèchement. Vous allez faire face à cinq jellyhorns du désert chacun. Ils ne sont donc pas toxiques. Vous avez deux possibilités pour vous débarrasser d'eux. Vous pouvez les arroser avec l'Aguamenti pour les éloigner, même s'ils reviendront sans cesse à la charge en sentant la source de votre magie. Vous pouvez aussi séparer le corps du jellyhorn de sa corne, pour le castrer. Un jellyhorn castré n'est plus capable de s'infiltrer dans sa victime pour en absorber la magie.
Camomille cligna des yeux rapidement, à la recherche de ses connaissances sur l'Aguamenti. Harry se demanda comment priver ces animaux de leur corne sans se faire piquer dans la manœuvre…
- En cas de difficulté majeure face aux jellyhorn, conclut Thorn, vous pouvez toujours vous protéger d'un bouclier. Ils sentiront votre magie mais pas sa source. Ils seront donc moins facilement capables de vous localiser et de vous agresser. Si je constate que vous êtes piqués, je renverrai les jellyhorn dans leur caisse moi-même, à coups d'Aguamenti. Cependant, veillez à bien vous défendre, car l'extraction de la corne est réellement douloureuse.
Harry ne put s'empêcher de déglutir. Il croyait Thorn à cent pour cent, sur ce point.
- Vous passerez exactement vingt minutes dans cette bulle, pour me montrer vos capacités et apprendre à lancer des informulés. Cependant, si vous vous débarrassez de vos jellyhorn avant, vous pourrez sortir.
- Pourquoi serons-nous dans le noir ? demanda Harry.
- Je vous aide à créer le besoin, monsieur Potter. Vous serez seul devant ces créatures, mais incapable de les voir. Vous n'aurez pas d'autre choix que de vous défendre et de réussir vos sorts.
Harry regarda les cercles runiques. D'un seul coup, ils devenaient beaucoup plus inquiétants.
- Pour vous éviter d'être tenté par la magie formulée, ajouta Thorn à l'intention d'Harry, vous serez soumis au Bloclang toute la durée de cet exercice.
Harry déglutit une nouvelle fois et se demanda s'il avait eu une bonne idée en demandant à Thorn de lui dispenser des cours…
- Avez-vous des questions ?
Les deux jeunes gens, trop inquiets, ne parvenaient pas à réfléchir correctement. Aucune question ne leur venait à l'esprit, même s'ils avaient l'impression que l'exercice de Thorn était au-delà de leurs capacités actuelles.
- Bien ! s'exclama Thorn en pointant sa baguette sur Harry. Bloclang. Et montrez moi tous les deux ce que vous êtes capables de faire.
Harry et Camomille entrèrent chacun dans un cercle et Thorn les activa. Immédiatement, il constata le changement de position des deux jeunes gens. Camomille s'était tassée sur elle-même, effrayée. Elle gardait ses bras proches de son corps, comme pour se protéger, et elle tournait la tête dans tous les sens, dans l'espoir sans doute d'apercevoir quelque chose.
Le changement de position d'Harry était plus subtil. Il avait très légèrement fléchi les genoux et fermé les yeux. Il avait également penché la tête, de façon presque imperceptible, comme s'il écoutait son environnement. Sa baguette était haute, prête à lancer un sort, et ses bras étaient détachés de son corps. Il était aux aguets, lui aussi, mais il semblait infiniment plus sûr de lui et plus dangereux.
Bien sûr, Thorn savait qu'Harry avait combattu pendant la deuxième guerre. Cependant, il savait aussi que le jeune sorcier n'avait pas souvent eu l'occasion de se battre réellement. Il ne pouvait donc qu'apprécier l'instinct prédateur de son élève.
Thorn s'éloigna un peu des deux bulles, pour avoir les réactions des deux étudiants bien en vue. Puis il lança le sort qui ouvrait les coffres des jellyhorns.
Il grinça des dents lorsqu'il entendit le grouillement caractéristique de ces immondes bestioles, puis il grimaça à la vue des choses gluantes et baveuses. Il avait souffert de leurs piqûres bien plus que sa part et il connaissait sans doute plus de secrets sur eux que n'en dévoilaient les livres de défense.
Il n'avait pas précisé aux élèves sa grande maîtrise des jellyhorns car il souhaitait leur faire peur. La peur était définitivement le plus grand déclencheur du besoin et il lui avait semblé, la veille, qu'il ne les effrayait pas assez pour provoquer le déclic de la magie informulée. Les jellyhorns devaient alors être leur déclic pour avancer. Du moins, il l'espérait.
Camomille entendit soudain les grouillements étranges trop près d'elle. Tremblante, elle lança son sort de bouclier et s'accroupit, encore un peu plus tassée sur elle-même. Elle était dans le noir complet. Comme l'avait annoncé Thorn, elle n'avait aucun repère. Pire, elle n'avait aucune idée de l'apparence des choses qui grouillaient autour d'elle. Mais une chose était certaine : elle était terrifiée.
Thorn secoua la tête, dépité devant la réaction instinctive de Camomille. Cependant, elle ne pourrait maintenir un simple bouclier pendant vingt minutes, car il savait mieux que personne que le grouillement immonde des jellyhorns était insupportable. Elle aurait besoin de les éloigner pour ne pas devenir folle.
De son côté, Harry tenta de lancer un sort en direction du coffre dès qu'il entendit les grouillements effrayants. Cependant, il n'avait pas senti de connexion avec sa baguette et il était conscient que son geste n'avait eu aucun effet. Il fit un pas en arrière, fronça les sourcils et tenta de lancer un bouclier autour de lui. Raté, une fois de plus.
Son ouïe lui permit de comprendre que les jellyhorns s'éparpillaient autour de lui. Les bestioles s'étaient séparées une fois sorties du coffre. Elles étaient sans doute en train de l'encercler. Avaient-elles un instinct de meute ? Harry sentit les battement de son cœur s'accélérer et il tourna lentement sur lui-même, pour essayer de déterminer la position des bêtes. Elles étaient trop proches, c'était certain. Mais où ?
Sa baguette était brandie devant lui, pour le moment inutile.
Soudain, il sentit un poids sur l'une de ses chaussures. Il voulut pousser un cri et balança son pied vers l'avant. Il sentit le poids disparaître et entendit comme un choc contre la paroi de la bulle. Harry s'obligea dès lors à bouger sans cesse, dans l'espoir d'empêcher les bêtes de grimper sur lui. Les grouillements semblaient être partout et il avait vraiment peur, parce qu'il détestait l'idée qu'une de ces bêtes parviennent à entrer en lui.
Depuis l'extérieur, Thorn constata que l'assistant Potter avait de bons réflexes de combattants. Mais ces réflexes seraient inutiles, tant qu'il ne parviendrait pas à lancer un sort informulé.
Brusquement, Harry réalisa que Thorn n'avait jamais dit qu'il existait un moyen de déloger les jellyhorns de leur hôte. Sa tension monta d'un cran supplémentaire. Il ouvrit les yeux – un geste parfaitement inutile car l'obscurité restait totale – et perdit sa concentration un instant, submergé par l'angoisse. C'était sans doute la raison pour laquelle il n'entendit pas que l'un des grouillements provenait d'un endroit au-dessus de lui.
C'est uniquement lorsqu'il sentit un poids lui tomber sur la tête, qu'Harry comprit le danger. Il lâcha sa baguette de surprise et voulut hurler, mais le sortilège de Thorn l'en empêchait. Il saisit le jellyhorn sur lui, pour le jeter plus loin et poussa un long cri de douleur intérieur quand il sentit une pointe se ficher dans sa main gauche. De sa main droite, Harry tâta frénétiquement le sol, jusqu'à retrouver sa chère baguette.
Dès qu'il l'eut en main, il se releva et fit un bon de côté. Il ne connaissait pas la vitesse des jellyhorns, mais il ne devait surtout pas rester une cible immobile. D'autant plus qu'un des jellyhorns avait perdu sa corne et qu'Harry devenait maintenant vulnérable à ses attaques.
Tout en continuant de tourner en rond, il maudit le professeur Thorn et tâta la paume de sa main blessée. L'espèce de corne avait la taille de son petit doigt. Malgré l'avertissement de Thorn, il tenta de l'arracher. En vain. Sa main était devenue inutilisable.
Harry rugit intérieurement.
- Il est temps de combattre et de nous défendre, susurra la voix de son animagus.
« Notre forme de renard ne me rendra pas imperméable à leurs attaques, cependant », songea Harry.
Brusquement, le sorcier s'aperçut qu'il avait déjà compartimenté son esprit à plus d'une reprise, sans même en avoir eu conscience. Sa partie humaine pouvait dialoguer avec sa partie animale. Il était un être naturellement duel et il l'avait presque oublié. Sans même y penser réellement, il entama lentement le processus de transformation qui le conduisait vers son animagus, afin de renforcer sa dualité intérieure.
Il commençait à sentir et entendre différemment. Son animal était plus capable que lui de maîtriser son environnement. Il ressentait également mieux le besoin d'agir, en cas de danger. Harry stoppa cependant sa transformation brusquement, en s'apercevant qu'il ne pourrait pas utiliser la magie s'il se transformait totalement. Il ne se voyait pas, mais il pouvait sentir en lui-même qu'il était en partie transformé.
Sa partie humaine se détacha quelque peu de la peur et de l'analyse de son environnement immédiat, laissant cela à l'instinct de chasse de son animal. Le sorcier cessa alors d'être paralysé dans ses tentatives et put se concentrer sur les sorts dont il avait besoin. Satisfait, il sentit sa baguette se mettre à vibrer et réagir. Il était sur la bonne voie.
Il continuait à bouger, plus souple et plus sûr de lui. Il était à mi-chemin de sa transformation, ni totalement un homme, ni totalement un renard. Il n'avait pas encore trouvé comment relâcher son sort, mais il était si proche !
Sa partie humaine fusionna encore un peu plus avec sa partie animale et le besoin d'agir s'accorda à son désir de lancer le sort. Enfin ! La baguette se mit à luire légèrement et Harry perçut vaguement le mouvement d'un jellyhorn, pas très loin de lui. D'un geste rapide comme l'éclair, Harry libéra le sort sur lequel était concentrée sa partie humaine.
« Diffindo ! », pensa-t-il avec force, alors que son besoin avait créé l'ordre nécessaire pour faire obéir la baguette.
Le jellyhorn touché par l'éclair émit un étrange « sqouik », alors que la corne, coupée net, tombait au sol. Satisfait d'être capable de se défendre, Harry recommença avec chaque jellyhorn qu'il parvenait à localiser. Cependant, il n'avait pas prêté suffisamment attention à celui qui avait déjà perdu sa corne. Il fut donc surpris quand la bête, se laissant une nouvelle fois tomber du plafond, atterrit sur son bras.
En moins d'une seconde, elle avait déjà atteint la corne. Horrifié, Harry comprit en un éclair qu'il n'aurait pas le temps de saisir la bête et de l'éjecter. Il était perdu.
- Accio ! résonna une autre voix que la sienne. Aguamenti !
Le jellyhorn avait lâché sa main sans avoir eu le temps de pénétrer la corne et Harry en fut plus que soulagé. Bien que sa partie animale l'ait incité à se mettre en position de défense contre la voix, la partie humaine d'Harry reconnut la voix de Thorn. Par ailleurs, il entendait que les jets d'eaux envoyés par le professeur repoussaient les jellyhorn dans le coffre, éloignant du même coup toute menace.
- Collaporta.
Harry entendit le déclic caractéristique du coffre désormais fermé.
- Monsieur Potter, annonça Thorn calmement, je vais annuler le sort de Bloclang.
Harry se redressa légèrement. La voix était proche, probablement à quelques mètres. Si Thorn avait pris la peine de le prévenir du sort, c'était pour qu'Harry prenne pleinement conscience qu'il n'était pas menacé. Le jeune homme refoula donc sa partie animale vers son esprit et réendossa sa partie humaine, sans trop de difficultés. Il s'était longuement entraîné à redevenir efficacement humain, après chaque transformation animale.
Harry sentit soudain le contre-sort l'atteindre et il claqua la langue contre son palais, satisfait de pouvoir à nouveau la bouger.
- Je vais désactiver les runes, annonça ensuite Thorn. Prenez garde à l'éblouissement, quand la bulle disparaîtra.
Harry hocha la tête et ferma les yeux. La bulle fit un étrange bruit, comme le bruissement d'un vêtement qui tombe au sol, et Harry cligna des yeux pour se réhabituer à la luminosité. Thorn était devant lui, bras croisés, et il le scrutait avec attention. Son visage était fermé, mais pas hostile.
- Je ne m'attendais pas à cela, déclara-t-il. Néanmoins, vous avez réussi. Ou presque, ajouta-t-il en fixant la corne fichée dans la peau du jeune sorcier.
A son tour, Harry baissa les yeux vers sa paume blessée et grimaça à la vue de la corne. La couleur de l'os creux variait entre le jaunâtre et le verdâtre. Elle était assortie aux espèces de traces vertes que le jellyhorn avait laissées sur sa manche.
- Votre « exercice », commença Harry d'une voix rauque, était le plus dangereux qu'il m'ait été donné de voir. Je sais pourquoi vous l'avez choisi, puisque d'une certaine manière, il a fonctionné avec moi. Cependant, risquer notre magie et notre vie pour apprendre la magie informulée me semble trop cher payé.
Thorn secoua la tête, l'air visiblement agacé.
- Je pensais avoir été clair avec vous, la dernière fois, dit-il. Si je vous ai fait croire que vous étiez en danger, vous ne l'avez jamais réellement été. Les jellyhorns que vous avez combattus n'auraient pas pu se glisser sous votre peau. J'ai enchanté leurs cornes pour qu'elles leur bloquent tout accès, avant de venir vous chercher pour l'exercice.
- Oh, se contenta de répondre Harry.
- Précisément, conclut Thorn avant de tourner les talons.
Harry le suivit et sortit du cercle runique. Camomille était toujours dans sa bulle, aux prises avec les jellyhorns. Harry retint un hoquet de dégoût à la vue des choses dégoulinantes. Il passa sa main valide dans ses cheveux et s'aperçut qu'ils étaient couverts de l'espèce de pâte gluante sécrétée par les bestioles.
Dans sa cage, Camomille baissait son bouclier à intervalles réguliers et envoyait les jellyhorns valser au loin avec des coups à l'aveugle. Mais elle remettait toujours très rapidement sa protection en place. Elle tentait visiblement de lancer des sorts entre temps, mais hormis ses boucliers toujours impeccables, rien ne sortait de sa baguette.
- Il lui reste encore sept minutes, commenta Thorn. C'est suffisant pour retirer votre corne. Vous permettez ?
Le professeur tendit sa baguette vers Harry et il eut le réflexe malheureux de montrer les dents. Thorn haussa les sourcils mais ne commenta pas, et Harry se reprit rapidement.
- Pardon. Qu'allez-vous faire ?
- Vous lancer un sort d'immobilisme, à cause de la douleur que causera la corne, puis lancer un sort qui la fera fondre en partie. Les minuscules piquants qui font adhérer la corne à votre peau ne seront plus aussi solides et je pourrai lancer un sort d'attraction et retirer toute la corne ramollie. Cependant, attendez vous à être brûlé à la fois par le suc contenu dans les piquants et par le sort qui fera fondre l'os.
Harry déglutit, conscient que Thorn donnait toujours l'information brute et réelle, comme dans ses cours. Il souffrirait. Cependant, il hocha la tête, comprenant le processus décrit par le professeur de DCFM.
- Allez-y, l'autorisa-t-il en tendant son bras.
- Petrificus totalus. Calefacere Corna.
Presque totalement figé, Harry ne put que fermer les yeux et hurler intérieurement sa douleur.
- Accio corne de jellyhorn. Finite Incantatem.
Ses jambes tremblant du contrecoup, Harry tomba au sol et se recroquevilla sur lui-même. Il se tenait le poignet gauche et se mordait la lèvre, la brûlure du sort et du suc ayant à peine diminué. Thorn dut lui reconnaître qu'il était beaucoup moins bruyant que lui-même l'avait, la première fois qu'un médicomage indien l'avait soigné. Il lui avait ensuite appris le sort indispensable pour retirer la corne d'un jellyhorn d'une victime.
- Frigeo, lança-t-il, presque aimable, sur la main blessée.
Harry inspira durement, heureux de sentir la douleur refluer. Il se releva péniblement, en colère contre lui-même pour s'être montré si faible face à la douleur, inconscient que Thorn approuvait intérieurement sa retenue. L'homme était retourné à son observation de Camomille et ne fit aucun commentaire sur la performance d'Harry.
Harry resta également silencieux, se concentrant sur la profondeur de sa respiration pour maîtriser la douleur résiduelle qui crispait sa main brûlée. Bientôt, Thorn lança des Aguamenti sur les jellyhorns de Camomille et les fit refluer vers leur coffre.
Camomille obéit aux indications de Thorn et sortit du cercle à son tour, déçue et défaite par son absence de performance. Elle était en nage, épuisée nerveusement par les sons crispants produits par les jellyhorn et épuisée magiquement à cause des nombreux boucliers qu'elle avait lancés. Elle reprit quelque peu ses esprits et écarquilla les yeux quand elle aperçut la main blessée d'Harry.
Thorn fit face à ses deux étudiants.
- Ta peur, dit-il à Camomille en la tutoyant sans vergogne, confinait à la terreur. Pourtant, ta performance est restée médiocre. Je ne comprends pas pourquoi tu es capable de lancer des boucliers informulés et pas d'autre sort basique. Je pense que ta capacité naturelle à te protéger t'empêche d'accéder au véritable besoin, celui qui déclenchera ta magie informulée. Nous travaillerons sur ce point ensemble, dès demain.
Camomille acquiesça en se mordant la lèvre.
- Monsieur Potter, continua Thorn en repassant étrangement au vouvoiement, votre performance était inhabituelle. Et bien que vous soyez parvenu à lancer des sorts de magie informulée, je pense que vous devriez, en quelque sorte, maintenir votre forme pour être plus efficace pendant un combat. Autrement, vos instincts pourraient vous pousser à la faute. Est-ce que vous me comprenez bien ?
Harry pâlit brusquement. Il savait qu'il avait, sur le plan intellectuel, à moitié fusionné avec son renard pendant le processus pour lancer des sorts informulés. Cette fusion avait-elle eu des répercussions physiques ? Thorn, dont il se méfiait si profondément, avait-il vu quelque chose ? Oui. Définitivement. Le ton qu'il avait employé pour souligner certains termes prouvait en tout cas qu'il avait compris sa nature d'animagus.
- Je comprends, répondit Harry d'une voix faible, l'esprit tourbillonnant autour des implications d'une telle erreur.
Il risquait beaucoup. Si Thorn parlait de cela à quelqu'un, il ne faudrait guère longtemps pour que le ministère vienne enquêter sur lui et découvre qu'il était l'assassin des hommes du cimetière. Pourtant, il n'avait pu s'empêcher de remarquer que Thorn n'avait pas parlé clairement de sa condition d'animagus. Si Harry était incapable de comprendre pourquoi, il avait la sensation que Thorn ne tenait pas à ce que Camomille l'apprenne. Il avait donc peut-être un petit sursis.
- Dans ce cas, continua Thorn, je vous conseille de travailler de votre côté cette semaine. Vous continuerez à participer à nos séances de courses matinales, mais vous devez apprendre à contrôler vous-même ce que vous êtes parvenu à produire aujourd'hui. Je ne vous conseille pas de me décevoir, cependant, conclut-t-il d'une voix soudain beaucoup moins neutre.
Harry acquiesça et les deux jeunes sorciers furent envoyés à l'infirmerie : Harry pour être soigné et Camomille pour être contrôlée. Thorn les regarda repartir, pensif.
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Vendredi 4 décembre, village secret de la tribu Amjad
Aïcha était assise sur une pierre inconfortable, alors que Majid passait lentement la main sur son ventre. Derrière elle se tenait son époux, raide, une main posée sur son épaule. Sa tenue de femme mariée la recouvrait presque entièrement et personne ne pouvait lire sur son visage son angoisse et sa tristesse. En cela, elle était parfaitement assortie à son mari, toujours entièrement drapé dans ses vêtements de nomade. Elle savait désormais pourquoi.
Certes, son époux n'avait été rien d'autre que tendre avec elle, et elle devait admettre qu'il aurait été un époux parfait, sans sa particularité. Cependant, malgré ces trois derniers jours en sa compagnie, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur du Djinn blanc. Les pires légendes qui couraient sur lui avaient toutes semblé soudain si véridiques, lorsqu'elle avait vu son époux nu, pendant la nuit de noces.
Majid se releva et Aïcha le regarda avec un mélange de crainte et d'espoir. Elle avait peur de donner un enfant à son mari, peur de l'apparence qu'aurait l'enfant. Et en même temps, elle ne pourrait supporter le déshonneur d'être une femme mariée et incapable de procréer. Majid se tourna vers son chef de tribu et hocha lentement la tête.
- Le processus a commencé, affirma-t-il, sûr de lui.
Achraf Amjad eut un sourire jusqu'aux oreilles.
- Félicitations, ma fille. Tu fais honneur à la tribu.
Aïcha eut un léger tremblement, en se demandant si son père serait toujours fier d'elle, lorsqu'elle ramènerait à la tribu un petit Djinn blanc. Personne ne remarqua sa crainte, sauf peut-être son époux, qui lui serra l'épaule en guise de soutien.
- Rentre et attend-moi à la maison, lui demanda-t-il à voix basse. Je dois parler à ton père.
Aïcha acquiesça et courut presque se réfugier dans la maison de bois. Elle était l'objet de négociations entre son père et son mari, et elle le savait. Cependant, s'il était de son devoir de servir la tribu, elle était étrangement reconnaissante au Djinn de ne pas lui infliger l'humiliation d'assister aux négociations.
Elle retira la cape qui lui couvrait le visage et n'eut à attendre qu'un quart d'heure avant que son époux ne la rejoigne.
- Prépare tes affaires, lui dit-il. Nous partons dans une heure.
- Que… que… où ça ? ne put s'empêcher de demander Aïcha, tout en se levant pour obéir.
Le Djinn vit les yeux effrayés de sa deuxième femme et comprit sa crainte de quitter la tribu, qui était sans doute le seul environnement qu'elle ait connu de toute sa vie.
- Ton père m'a confié un sac de fleurs éphémères. Nous allons donc nous rendre en Egypte, où j'ai un travail important à mettre en route, répondit-il aimablement. Cela faisait longtemps que j'attendais cette opportunité.
Aïcha acquiesça et saisit quelques habits pour les glisser dans une caisse en bois. Son mari l'observa un instant puis il lui prit la main. Elle se raidit légèrement, mais il fut satisfait qu'elle ait cessé de sursauter à chaque effleurement.
- N'emporte que le minimum, ce qui te tient à cœur. Deux ou trois robes suffiront pour notre voyage dans le désert et notre court séjour en Egypte. Nous irons ensuite dans mon pays d'accueil actuel, l'Angleterre. Comme il y fait beaucoup plus froid et humide, je t'achèterai les vêtements nécessaires là-bas. Ne t'inquiète pas, tu ne manqueras de rien.
Aïcha acquiesça une nouvelle fois et retira l'une des robes de la caisse pour y glisser à la place la robe qu'elle portait au mariage. Sa mère l'avait confectionnée pour son propre mariage avec Achraf, bien des années auparavant, et c'était presque le seul souvenir qu'elle avait d'elle. Elle se releva ensuite, prête à partir. Comme la plupart des membres de la tribu, elle ne possédait presque rien, car les biens appartenaient à Achraf et, par extension, à la tribu toute entière.
- Allons-y, conclut le Djinn en faisant léviter la petite malle.
Il attrapa la main de la jeune femme et l'entraîna à sa suite. Il était pressé de terminer ses affaires en cours et de rentrer chez lui, même si la crise domestique qui l'attendait le faisait déjà grincer des dents.
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Samedi 5 décembre, après-midi
Harry referma sa porte derrière Camomille et retourna à son bureau. Il avait de nombreuses copies d'étudiants à corriger. En lisant plusieurs inepties à propos des Détraqueurs et de leurs effets sur les cauchemars, il repensa à la conversation qu'il venait juste d'avoir avec Camomille. Après avoir évoqué les manières pratiques de méditer et les difficultés des cours de Thorn, la jeune sorcière lui avait avoué qu'elle parvenait à réfréner ses boucliers naturels, depuis qu'elle ne faisait plus de cauchemars.
Il lui avait demandé innocemment si la peluche l'avait aidée et elle avait acquiescé. Apparemment, son idée avec la potion de doux-rêves avait fonctionné. Il était heureux de se sentir utile à quelqu'un, surtout après la semaine difficile qu'il venait de vivre. En effet, malgré ses efforts, il avait eu l'impression de très mal jouer son rôle d'assistant. Peut-être était-ce aussi un effet du regard perçant de Thorn, qui ne l'avait pas lâché pendant presque toutes ses leçons.
Thorn… Harry avait passé toutes ses soirées à s'entraîner à lancer des informulés, mais sans entamer le processus de transformation animagus. Il n'avait obtenu que rarement des résultats, mais il en était satisfait. Il avait toujours entendu parler de la difficulté de la magie informulée. Cependant, il savait aussi que Thorn ne se contenterait pas de ce qu'il savait faire actuellement.
Il allait probablement passer le week-end à s'entraîner, également.
Ses pensées furent soudan interrompues par des bruits, à la fenêtre. Il se leva et laissa entrer une chouette de petite envergure. Celle-ci se posa sur son bras et tendit pompeusement sa patte, à laquelle était attaché un courrier aux couleurs officielles du ministère.
Harry aurait ri de l'attitude de l'animal, si le souvenir d'Hedwige et de sa merveilleuse amitié ne lui était pas revenu à l'esprit. Elle lui manquait beaucoup. Il décrocha la lettre puis donna à la chouette un biscuit, qu'il prit dans le paquet de Miamhibou qui traînait toujours sur l'une de ses étagères.
- Si tu as soif ou que tu es fatiguée, tu peux aller à la volière, lui dit Harry.
La chouette s'envola et Harry referma la fenêtre avant de retourner à son bureau.
En revenant à son bureau, Harry fit craquer sa nuque et ouvrit son courrier.
« Cher monsieur Potter,
Nous avons le plaisir de vous offrir deux invitations pour le Gala de Charité sorcier qui aura lieu ce samedi 19 décembre. Les enfants de Sainte Mangouste espèrent de tout cœur pouvoir vous compter parmi les illustres invités de cette soirée. Très cordialement,
Brieuc Derdanne, chargé de la communication et des relations publiques,
Au nom du ministre Zacharie Zorille. »
Harry haussa les sourcils. Aliénor Douglas, qui se faisait actuellement passer pour le Grand maître de la Guilde, lui avait parlé de ce gala de charité destiné aux enfants et aux jeunes sorciers internés à Sainte Mangouste. Elle lui avait également dit que seules les familles riches et influentes pouvaient y participer et faire un don, et qu'il était étrange qu'il n'ait pas déjà reçu son invitation.
Il haussa finalement les épaules : c'était chose faite.
Il rangea les deux invitations dans son bureau et en sortit la Carte du Maraudeur. Une fois qu'il eut repéré Ginny, actuellement à la bibliothèque, il se leva pour aller à sa rencontre. Il fut surpris, cependant, quand il la croisa au détour d'un couloir.
- Harry ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire. Je te cherchais justement.
Il vérifia rapidement qu'ils étaient seuls et l'embrassa passionnément.
- Tu me cherchais, disais-tu ? demanda-t-il avec un sourire dans la voix.
Ginny se secoua légèrement, agréablement prise au dépourvu par l'initiative d'Harry. Elle avait dépassé sa crainte, depuis l'incident de l'hôpital, mais il n'avait plus vraiment osé l'embrasser avec passion. Elle lui sourit tendrement et ses doutes à propos de la jeune Camomille s'estompèrent quelque peu.
- Oui, répondit-elle. Je viens de recevoir une lettre de maman : elle veut savoir si tu seras présent avec nous, pour Noël.
- Oui, bien sûr ! s'exclama Harry. Je me suis libéré pour ce jour-là. En revanche, je suis de surveillance pour le nouvel an.
Ginny fit une légère moue, mais elle manifesta cependant son accord.
- Ginny, reprit Harry, est-ce que tu voudrais m'accompagner au Gala de charité annuel, à Sainte Mangouste ? Je viens de recevoir une invitation.
- Je suis contente que tu sois invité, dit-elle. J'étais d'ailleurs surprise que tu n'en parles pas, parce que c'est l'un des événements immanquables pour les riches familles sorcières. J'adorerais t'accompagner.
- Alors c'est d'accord, conclut Harry. Je t'enverrai Kreattur tout à l'heure, pour qu'il t'emmène acheter une robe adéquate. Est-ce que cela te convient ?
- Parfaitement ! s'exclama Ginny.
Elle était on ne peut plus heureuse. Parfois, elle avait vraiment la sensation d'être négligée, que quelque chose ne fonctionnait pas parfaitement bien, dans leur couple. Cependant, régulièrement, Harry parvenait à la surprendre agréablement. Si seulement ils pouvaient se voir plus souvent, tout serait définitivement plus simple.
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Vendredi 11 décembre, fin de journée, château des Lenain
Draco atterrit malgré lui sur les fesses. C'était bien la première fois qu'un portoloin le secouait autant. Cependant, il fallait avouer, à sa décharge, que les portoloins internationaux étaient rares pour une bonne raison. Ils requéraient beaucoup de magie de la part du créateur autant que du voyageur.
De plus, il avait été pris par surprise. Ses examens trimestriels s'étaient terminés à peine un quart d'heure plus tôt et les jumelles lui avaient littéralement sauté dessus pour l'emmener avec elles. Sans même lui laisser le temps de faire correctement sa valise.
Lina pouvait jouer les femmes fortes, mais sa magie de Gardienne de l'eau craignait les flammes, même les fausses flammes des voyages en Cheminette. Pourtant, les cheminées étaient le moyen de transport le plus adapté pour voyager sur le plan international.
- Bonjour, Draco ! lança une voix inconnue et enthousiaste. Sois le bienvenu dans l'antique château des Lenain !
L'accent était à couper au couteau, mais les mots – en anglais – étaient indubitablement justes.
Draco leva les yeux et fut quelque peu surpris par le visage avenant d'un homme de haute stature. Ses courts cheveux, bruns et ondulés, se prolongeaient sur ses joues en deux pattes distinguées. La coiffure aurait pu sembler vieillotte, mais elle lui allait comme un gant. Sa mâchoire carrée et ses lèvres fines, comme pincées, auraient également pu sembler sévères, mais les yeux bruns, qui tiraient sur le vert, lui envoyaient un regard résolument chaleureux.
- Je sais que papa a investi beaucoup d'argent dans les tapis du château, mais ils ne sont sans doute pas confortables au point d'y rester assis, commenta Aline d'un ton guilleret, en constatant que le Rêveur restait au sol.
La moquerie attint finalement l'esprit de Draco, qui se releva immédiatement et reprit ses manières d'héritier bien élevé. Il salua formellement les parents des jumelles : Marianne et François Lenain.
- Allons ! s'exclama Marianne devant son formalisme. Pas de cela quand nous sommes entre nous.
La femme, presque aussi grande que son mari, était fine. Ses yeux vert clair attiraient immédiatement l'attention et ils ressortaient vivement, au milieu du visage encadré par une longue chevelure noire et bouclée. Contrairement à son mari, ses lèvres étaient pleines. Quelques ridules apparaissaient déjà au coin de ses yeux.
Elle s'avança vers Draco, lui saisit les épaules et lui embrassa chaque joue. Le jeune sorcier, interloqué, songea que les Français étaient des gens définitivement familiers et sans gêne. Un peu comme les Américains, le contact en plus. Il n'eut pas le temps de s'en formaliser, cependant, car l'attitude de François attira toute son attention. Exubérant, l'homme serrait ses deux filles contre lui à tour de rôle. Il parlait très vite, ayant repris sa langue natale pour quelques instants, mais Draco parvenait quand même à comprendre la plupart des propos.
- Mes bébés ! Vous m'avez tellement manqué ! Plus de cris, plus de dispute, et des cachots tellement mornes et silencieux, sans vous !
Si Lina restait plutôt raide et stoïque, Aline se lovait sans gêne contre son père. Immédiatement, elle se mit à lui raconter son trimestre, babillant sans presque reprendre son souffle. Elle ne s'arrêta que le temps d'embrasser sa mère, avant que cette dernière ne vienne poser sa main sur l'épaule de Lina.
- Je suis contente que vous soyez rentrées, dit-elle sans interrompre Aline.
Cette dernière lui envoya un sourire éblouissant, sans cesser de répondre aux mille et une questions de son père. Le sourire de Lina fut beaucoup plus discret, mais indéniablement sincère.
Draco, qui connaissait de mieux en mieux ses Gardiennes, savait que Lina était naturellement discrète et taciturne. Cependant, son léger sourire prouvait qu'elle se sentait bien chez elle. Draco, lui, se sentait un peu perdu, d'autant plus que ses parents, bien qu'imparfaits, lui manquaient. Au moins, il ne serait pas seul pour Noël, même s'il était principalement venu pour travailler sur la Métamagie.
- Nous t'avons préparé un repas digne de ce nom ! lança soudain François en se tournant vers Draco et en parlant de nouveau anglais. Autre chose que vos bouillies et vos gelées, et autre chose que ces fadasses repas américains.
Aline acquiesça vivement et Lina comprit que les babillements de sa sœur avaient entre autre porté sur leurs repas au Palais.
- Aline, soupira Lina, lasse. Arrête de te plaindre de la nourriture. Elle n'était pas si mauvaise.
Aline renifla, leva la tête et la snoba.
- Leurs plats n'ont aucune finesse ! insista-t-elle.
Lina abandonna, résignée : en grandissant au milieu des Lenain, Aline avait développé une certaine exigence. François et Marianne aimaient autant la haute gastronomie que les plats rustiques et traditionnels les plus forts en goût. La jeune femme se tourna ensuite vers son père.
- Papa. Il est grossier d'insulter les traditions culinaires d'un invité, lui reprocha-t-elle.
François renifla et leva le nez en l'air, snobant à son tour sa deuxième fille.
- Si on ne peut même plus être honnête chez soi ! s'exclama-t-il en sortant de la pièce de réception, le nez toujours en l'air, suivi par Aline qui l'imitait presque à la perfection.
Marianne laissa échapper un rire clair, qui était sa marque de fabrique. Elle aimait les pitreries de son mari et sa légèreté permanente, lorsqu'il était à l'abri des murs de leur maison.
- Ils ne changeront jamais, n'est-ce pas ? s'interrogea Lina tout haut.
- J'espère que non, murmura Marianne avec tendresse, en serrant un peu plus fort l'épaule de Lina.
Draco, lui, cligna des yeux. L'atmosphère familiale qui régnait au château des Lenain était pour le moins… étrange.
- Je t'en prie, Draco, l'invita Marianne d'une voix douce en lui montrant la porte. Si tu veux bien me suivre dans la salle à manger.
Draco obéit et suivit les deux sorcières dans un dédale de couloirs qui, s'ils étaient assez sombres, étaient décorés richement et chaleureusement. Des chandeliers accrochés aux murs alternaient avec des peintures et des tapisseries, tantôt fixes et tantôt animées, ainsi qu'avec des sculptures définitivement abstraites.
Parfois, une scène de bataille ou un portrait attirait son attention plus qu'un autre et Marianne en profitait pour lui raconter fièrement des bribes de l'histoire de sa famille et de celle de son mari. La famille Artilleur, dont était issue la sorcière, était très connue dans le monde sorcier français.
La famille était née en 1691, de Charles O'Brien, vicomte de Clare, émigré en France après la Glorieuse Révolution qui agita l'Angleterre, et d'Anne-Laure Artilleur, jeune moldue française. Charles était l'un des héritiers d'une des branches moldues descendant du roi sorcier irlandais Brian Boru. L'enfant illégitime qu'ils conçurent ensemble, Léandre Artilleur, vit se réveiller en lui les gênes magiques dormant de la lignée de Brian Boru. Il devint alors le premier d'une longue lignée de guerriers sorciers particulièrement coriaces.
- La famille Artilleur aura fait, tout au long des siècles, honneur à la réputation bagarreuse, arrogante et volage des Français, commenta Lina, alors que sa mère se perdait dans la fierté de son sang.
Draco était surpris, mais il apprit que la famille Artilleur était fort respectée en France, même si elle était principalement de sang-mêlé. Elle était aussi à l'origine de très nombreuses branches sorcières de sang-mêlé.
La branche principale des Artilleur était certes pauvre et vivait à titre gracieux sur les terres d'une autre famille sorcière – les Petitpont – mais tous les sorciers sans distinction reconnaissaient la grande qualité de leurs membres au combat. Plusieurs Artilleur avaient d'ailleurs participé aux grandes batailles de l'histoire, qu'elles soient sorcières ou moldues.
Il apprit également que deux des frères de Marianne – Michel et Darius – étaient morts en mission. Un troisième, Adelphe, était mort de maladie. Son frère aîné, Charles, était le chef actuel de la division des Aurors français. Mais à 68 ans, il laisserait bientôt la place à son plus jeune frère, Vivien, qui à 48 ans était déjà un chef de division reconnu chez les Aurors.
Jean et Daniel, ses deux derniers frères, étaient respectivement garde du corps privé et mercenaire. Mais même s'ils n'étaient pas dans la force régulière des Aurors, elle en était tout aussi fière.
- Les Artilleurs ont toujours eu de très nombreux fils, commenta Lina en voyant que Draco était un peu perdu. Maman est la dernière née de ses frères et sœurs. Elle a eu sept frères, dont quatre sont encore vivants, et deux sœurs. Hermine est morte en couches en 1967 et Nicole a épousé le deuxième fils de la famille De Rochebrune : Charlus.
- Elle a toujours rêvé de titres au-dessus de sa condition, admit Marianne sur un ton légèrement guindé.
Draco haussa les sourcils à cette remarque clairement méprisante et Lina se fit un devoir de lui en expliquer la raison.
- La famille De Rochebrune est la plus ancienne famille sorcière de France. Leurs premiers membres, germano-celtes, sont mentionnés sur des tablettes d'argile qui datent de 315 après Carthage.
En voyant l'air perplexe de Draco, Lina se reprit.
- Oups ! C'est une de mes déformations historiques, dit-elle d'un air contrit. Je veux dire que ces tablettes datent de 500 ans avant JC. On les a retrouvées dans l'Est de la France. Les De Rochebrune excellent dans le milieu des affaires, mais surtout dans le commerce des armes, et ils sont très proches des milieux politiques sorciers et moldus.
- Le problème est qu'ils sont réellement racistes en matière de sang, intervint Marianne.
- La famille de papa, les Lenain, sont aussi de sang pur, mais ils ne sont pas obnubilés par leur passé. C'est pour cette raison que papa n'a pas eu trop de problèmes pour épouser maman. Mais forcément, les Lenain ont toujours été les opposants directs des De Rochebrune, surtout sur le plan politique. Plusieurs frères et cousins de papa qui travaillent au ministère tentent de mettre fin à certaines coutumes moyenâgeuses et barbares de cette famille. Mais pour le moment, ils n'y sont pas parvenus.
- Quand Charlus et Nicole se sont mariés, ils ont créé un scandale dans les deux familles, reprit Marianne. Cependant, le scandale s'éteindra sans doute avec eux parce qu'ils n'ont jamais réussi à avoir d'enfant.
- C'est très étonnant, s'amusa Lina, quand on pense que le sang des Artilleur coule chez ma tante. Grand-père Gilles a eu dix enfants légitimes avec grand-mère Honorine, et six fils illégitimes avec diverses sorcières et moldues. J'ai donc trois oncles sorciers illégitimes qui vont démarrer de nouvelles familles sorcières.
- Vous n'avez pas de problème de diminution de votre population sorcière ? demanda Draco, abasourdi à l'idée que certaines familles françaises aient pu produire plus d'enfants que les Weasley.
Il était également surpris de voir avec quelle légèreté Lina et sa mère parlaient d'infidélités et d'enfants illégitimes. On ne parlait pas de ces choses-là en Angleterre. Et encore moins avec fierté. La famille des jumelles lui semblait définitivement étrange.
- Non, nous n'avons pas ce genre de problèmes, lui répondit Marianne. Même si le sang chaud des Artilleurs a causé, au fil des siècles, beaucoup de victimes sorcières, il a aussi permis la création de nouvelles branches et de nouvelles familles, dont certaines prospèrent aujourd'hui.
Finalement, Marianne fit entrer les deux jeunes gens dans la salle à manger, de taille modeste.
- Nous utilisons la petite salle ? s'étonna Lina. Et vos amants, où vont-ils manger ?
Draco faillit s'étouffer avec sa salive, quand il entendit la question, posée avec si peu de tact.
- Nos filles sont plus importantes, déclara fermement François, immédiatement approuvé par sa femme.
- Vos oncle et tantes ne semblaient par ailleurs pas pressés de vous revoir, ajouta-t-elle en lançant un regard d'avertissement à Lina.
Cette dernière ne sembla pas se soucier de la discrète remontrance de sa mère, trop occupée à échanger avec sa sœur un ricanement de pure malice. Draco secoua la tête pour lui-même. Il connaissait l'esprit retors des jumelles, mais… Où avait-il atterri ?
- Maintenant que tu le dis, ma chérie, approuva François, songeur. J'ai cru remarquer cela, également. Peu importe ! se reprit-il en frappant des mains. Il est temps de nous installer. Nous vous avons assez attendus, sembla-t-il reprocher à sa femme.
- Vous n'aviez qu'une minute d'avance sur nous, fit remarquer Lina, laconique.
- C'est déjà beaucoup trop, lui rétorqua Aline joyeusement. Draco ! Viens t'asseoir avec moi.
Le jeune sorcier obéit et un maître d'hôtel fit défiler les plats sur la table. Draco dut admettre que la cuisine qu'il goûtait valait largement celle des grands restaurants dans lesquels ses parents l'avaient parfois emmené. S'il participa autant que possible à la conversation, il eut l'impression d'être en décalage avec l'ambiance chaleureuse, comme la première fois où Margaux avait invité ses amis à manger.
Certes, François et Marianne Lenain étaient plus caustiques et les taquineries que les jumelles envoyaient à leurs parents frôlaient souvent le graveleux. Les potins des amis de Margaux étaient beaucoup plus banals, en comparaison. Cependant, il retrouvait dans les deux expériences la même légèreté, le même plaisir tout simple de se retrouver ensemble. Et il remerciait intérieurement les Lenain de privilégier l'anglais au français, pour qu'il ne se sente pas délaissé.
Il songea une nouvelle fois à ses parents. Il avait beau leur écrire régulièrement, ils lui manquaient vraiment. Peut-être ce sentiment était-il réciproque ?
Quand le repas s'acheva enfin, Draco n'avait plus qu'une envie. Celle de se coucher dans des draps frais et de dormir jusqu'au lendemain. Les jumelles, malgré leur excitation à se retrouver chez elles, éprouvaient elles aussi le contrecoup de la fin de leurs examens. En constatant les bâillements plus que réguliers des jeunes gens, Marianne leur proposa finalement de monter se coucher.
- Volontiers, répondit Draco. Cependant, ajouta-t-il avec une gêne visible, les jumelles ne m'ont pas laissé le temps de faire mes valises. Accepteriez-vous de me prêter des vêtements pour dormir ?
- Evidemment qu'on ne t'a pas laissé le temps de faire tes bagages ! s'exclama Aline, comme s'il venait de faire une remarque idiote. Nous sommes en France. Tu dois absolument faire les boutiques en France et avoir enfin des vêtements de qualité.
Draco releva la tête, un peu vexé.
- Mes vêtements sont de qualité, répliqua-t-il.
- Attends un peu qu'on t'emmène sur l'Avenue du Grand Merlin, insista Aline, et tu changeras d'avis.
Lina et Marianne levèrent les yeux au ciel. La France avait toujours sur Aline un effet dopant qui lui donnait des airs de sorcière sans cervelle.
- Lucien va te montrer ta chambre, annonça finalement Marianne à Draco, d'une voix douce. Il te donnera également ce dont tu as besoin pour dormir. C'est aussi lui qui viendra te réveiller, demain matin, pour te guider jusqu'ici. Ensuite, nous discuterons de ton programme et de tes questions sur la Métamagie.
- Ma femme est une experte reconnue dans le domaine, commenta fièrement François.
Draco les remercia et suivit le maître d'hôtel. Quand il eut disparu derrière la porte, François se tourna vers les jumelles.
- Je devrais prévenir l'Organisation de l'apparition du Rêveur, vous savez, leur dit-il. Maintenant que vous êtes certaines qu'il s'agit bien de lui.
- Non, attends encore un peu, répondit Lina. Il n'est pas encore prêt pour assumer la pression de l'Organisation. Il n'a pas eu de vrai rêve depuis qu'il a pleinement accepté le fardeau du Rêveur. Cela fait déjà deux semaines. Nous ne savons pas encore comment il réagira la prochaine fois.
- En plus, ajouta Aline avec sérieux, il a failli refuser son fardeau.
Lina se retourna vers sa sœur, surprise.
- Quoi ? s'exclama celle-ci. Tu crois que je n'avais pas remarqué son hésitation ? Et ton regard de tueuse, en retour ? Il aurait très bien pu refuser d'être un Rêveur. C'est toi qui l'as poussé à accepter. Et ne dis pas que j'ai tort, ajouta-t-elle d'un air boudeur, parce que tu utilises le même regard quand je n'ai pas envie de faire mes devoirs.
Lina cligna des yeux.
- J'ai l'intime conviction qu'il aurait quand même accepté. Il n'a pas beaucoup hésité et mon regard n'aurait pas pu l'empêcher de refuser, s'il l'avait vraiment voulu.
Elle se tourna ensuite vers son père.
- Toujours est-il, reprit-elle, qu'il vaut mieux attendre encore. Il est possible qu'il ne puisse pas réchapper à sa prochaine vision, expliqua-t-elle sombrement.
- Mais nous allons tout faire pour l'aider et pour éviter le pire, ajouta Aline avec ferveur.
Finalement, François se rangea à leurs arguments et décida d'attendre encore un peu avant de contacter Bernard d'Arimathie.
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Samedi 19 décembre, début de soirée
Harry attendait nerveusement dans la file de sorciers invités à Sainte Mangouste pour le Gala de charité de l'hôpital. Ginny, à son bras, était tout à la fois détendue et resplendissante. Elle ne craignait pas les soirées mondaines, au contraire. Quand elle était plus jeune et que son père était encore invité à quelques soirées, elle accompagnait toujours ses parents. Et contrairement à son frère, elle ne s'y était jamais ennuyée.
Harry repensa à ce qu'elle lui avait dit, avant qu'ils n'entrent dans le bâtiment. Ginny aimait les conversations, les ragots, les nouvelles qui étaient échangées par les invités qui ne faisaient pas attention à elle. Puis, peut-être parce qu'elle était une fille, elle aimait la danse et notamment les danses conventionnelles liées à ce genre de mondanités.
Contrairement à Harry, elle se sentait donc dans son élément.
Bien sûr, elle n'avait pas les mêmes préoccupations que lui, à savoir faire un don pour les enfants résidant presque à plein temps à l'hôpital. Avant de venir, il avait longuement réfléchi à l'impact de son geste. Son image était en effet importante pour son travail de sorcier d'affaires. Cependant, il avait aussi pensé aux enfants eux-mêmes et il voulait que son don les aide à lutter contre leurs problèmes et leurs maladies.
Il avait eu une idée toute simple, grâce à Laura Gibbon, la maître des potions.
Mais en observant discrètement les autres couples de la file, il commençait à penser que cela avait été une fausse bonne idée. Il doutait d'être à la hauteur et d'impressionner les invités. Ces derniers paradaient en effet dans des robes qui avaient dû coûter une fortune et leur air hautain et ennuyé donnait sans doute le ton à la soirée. Par ailleurs, les bijoux étincelants et parfois tape-à-l'œil qu'ils portaient étaient certainement d'une valeur bien supérieure aux dons qu'ils feraient, aussi conséquents soient-ils.
Harry n'eut cependant pas le temps de douter de lui au point d'annuler son projet, car le couple qui les précédait dans la file fut annoncé par le portier et entra dans l'immense salle de réception de l'hôpital. Harry et Ginny s'avancèrent donc à leur tour et Harry déglutit, mal à l'aise. Sa fiancée, qui avait probablement ressenti sa nervosité, lui pressa légèrement le bras et lui sourit, pour le soutenir. Harry, reconnaissant, inspira fortement et se redressa.
- Monsieur Harry Potter et sa fiancée Ginevra Weasley, annonça le portier.
En s'avançant dans la salle de réception, qui servait d'ordinaire aux conventions médicomagiques nationales, Harry sentit plusieurs regards peser sur lui. Il balaya rapidement la foule des yeux, mais ne parvint pas à déterminer la provenance de ces regards. Aussi se concentra-t-il sur le décor plutôt festif de la large pièce.
Les décorations consistaient en plusieurs guirlandes enchantées et un immense sapin de Noël, dans un coin de la pièce. Des bougies flottaient ici et là, et des flocons de neige perpétuels voletaient au-dessus des invités, sans jamais tomber au sol. Plusieurs tables, recouvertes d'immenses nappes blanches, présentaient aux invités des amuse-bouche appétissants. Autour d'elles, plusieurs groupes de sorciers s'étaient rassemblés pour discuter.
A côté du sapin, une quinzaine d'enfants de tous âges se tenaient sagement assis. Ils étaient vêtus d'une sorte d'uniforme qui, bien que portant le blason de l'hôpital, avait des couleurs festives. Harry en surprit plusieurs bailler plus ou moins discrètement.
- Ho ! s'exclama Ginny avec assez de retenue pour ne pas attirer l'attention. L'hôpital a aussi invité les joueurs de l'équipe nationale. Viens. Avec un peu de chance, mon frère sera là également.
Harry fut tiré avec enthousiasme dans cette direction et ne lutta pas. Il n'avait pas vu Ron depuis de très longues semaines.
- Même si j'ai interviewé les joueurs régulièrement, ajouta Ginny, je n'ai presque jamais vu Ron. Entre ses entrainements officiels, ses entrainements officieux et la tournée dans les quelques nations magiques d'Amérique du Sud, il n'a presque jamais pris le temps de répondre à mes hiboux.
Alors qu'ils atteignaient le groupe en robes de Quidditch, deux joueurs massifs hélèrent malicieusement la jeune journaliste en herbe.
- Hey ! Mais c'est Weasley girl ! C'est gentil de passer nous voir ! s'exclama le premier.
- Ta présence « féminine » nous a manqué, tu sais, ajouta le deuxième, d'une voix légèrement moqueuse.
Ginny laissa échapper un rire amusé et se tourna vers son fiancé.
- Harry, je te présente Adam Jigg et Lester Maverick. Ils sont tous les deux batteurs, inséparables, et ils m'ont lancé un défi en affirmant qu'une fillette comme moi ne devait rien comprendre au Quidditch.
Harry serra la main des deux joueurs avant de revenir à Ginny.
- Que veux-tu dire ? s'étonna-t-il.
- Weasley girl s'est mise en colère en nous entendant remettre en cause sa présence, lui répondit Adam. Nous avons d'abord appris des gros mots qui feraient rougir plus d'un mec.
- Puis elle a saisi un balai d'entrainement, raconta Lester, et nous a affirmé qu'on avait intérêt à la rejoindre sur le terrain, si on était des hommes. Nous avons fait la course sur le parcours d'entraînement que le coach n'avait pas encore démonté.
- Bien sûr, conclut Adam, elle a perdu. Mais nous avons quand même été impressionnés par sa vitesse et sa coordination avec le balai. Donc nous lui avons accordé ses interviews.
Harry se tourna vers Ginny. Il hésitait entre l'amusement, car il connaissait le caractère emporté et tempétueux de sa fiancée, et la colère, parce qu'elle s'était bêtement mise en danger. Les balais des joueurs professionnels étaient autrement plus difficiles à manier que ceux de Poudlard ou ceux qui étaient vendus dans le commerce.
Ginny lui fit un sourire et s'échappa gracieusement, se faufilant entre les joueurs pour saluer chacun d'eux. Harry secoua la tête.
- C'est une sacrée fille que tu as trouvée là, Potter, lança Lester en le tutoyant sans ambages.
- Je sais, affirma Harry. Comment se sont passés vos matchs amicaux ? J'ai su que vous étiez au Pérou ?
- Oui, entre autres pays, confirma Adam. Nous avons réussi à vaincre la plupart des équipes, mais nos poursuiveurs ont encore besoin de se coordonner. C'est surtout Sky qui nous a donné l'avantage. Il n'a pas encore le niveau d'un joueur comme Krum, bien sûr, ni une grande expérience. Cependant, il sera notre véritable atout pendant la coupe. Nous avons une chance de figurer dans le dernier carré.
Harry se souvint que le Pérou figurait comme pays hôte possible pour la coupe du monde, avec les Etats-Unis et l'Ouganda, même si la commission internationale avait finalement choisi les Etats-Unis.
- Les stades du Pérou sont-ils aussi vétustes que la commission l'a laissé entendre, en septembre dernier ?
- Oui, répondit Lester, surtout en comparaison avec nos stades européens ou avec le stade que nous avons eu l'occasion de visiter aux Etats-Unis, avant de rentrer en Angleterre. Mais il faut admettre que ça n'a en rien gêné notre jeu, ni les spectateurs de nos matchs amicaux.
- J'ai cru entendre que les stades de la Coupe seront tous neufs. Comment était ce stade américain ? demanda Harry avec curiosité.
- Gigantesque, répondit Adam. La pression des spectateurs risque d'être énorme, surtout que la ferveur populaire monte, depuis la confirmation que les Etats-Unis est le pays hôte. Je ne dirais pas que le Quidditch y atteint la popularité du Quodpot, mais pas loin.
A ce moment-là, Ginny les rejoignit.
- Savez-vous où est mon frère ? demanda-t-elle aux deux batteurs.
- Juste derrière toi, répondit une voix chaleureuse.
- Ron ! Hermione ! Je suis contente de vous voir, les accueillit la jeune fille en se retournant.
Harry embrassa Hermione et donna l'accolade à Ron.
- Ça me manque de ne plus pouvoir jouer aux échecs avec toi, lui dit-il.
- Et je suis parfois nostalgique de nos duels sur le terrain de Poudlard, admit Ron, avant de serrer sa sœur contre lui et de lui demander des nouvelles de la famille.
Hermione se rapprocha d'Harry.
- Je suis contente de te voir sorti de l'hôpital, lui dit-elle.
- Techniquement, j'y suis toujours, répondit Harry d'un air amusé.
- Idiot ! s'exclama-t-elle en lui donnant un léger coup sur l'épaule.
- Tu as l'air d'aller beaucoup mieux que la dernière fois, remarqua Harry en se souvenant de leur discussion dans la chambre d'hôpital, après son agression.
- Oui. J'ai cessé de poser des questions gênantes et fait profil bas quelques temps. Du coup, j'ai obtenu la promotion que mon chef m'avait promise. Bien sûr, il ne s'agit pas des meilleures conditions pour faire avancer ma carrière, mais je peux désormais faire avancer un peu plus concrètement les droits des créatures magiques.
- Tu as eu raison, la rassura Harry. Te mettre en danger ou en porte-à-faux vis-à-vis de tes supérieurs ne t'aurait menée à rien.
Hermione les fit s'éloigner un peu, en toute subtilité, puis elle vérifia qu'on ne les écoutait pas.
- Me taire ne m'a pas empêchée d'observer, admit-elle soudain.
- Et quelles sont tes conclusions ? demanda Harry avec sérieux.
- Est-ce que tu te souviens de la commission d'observation qui est venue à Poudlard, juste avant l'organisation des examens de fin d'année ? Un certain Gharib Hequat est venu déjeuner à notre table.
- Je me souviens, confirma Harry.
Il devinait où elle voulait en venir, d'autant plus que son expérience avec l'homme n'était pas des meilleures.
- Cet homme est louche, affirma Hermione. Il va et vient sans qu'on le questionne, dans tout le ministère, comme si les lieux lui appartenaient. J'ai vu plein de membres importants du Magenmagot graviter autour de lui, et je l'ai aperçu plusieurs fois en compagnie du ministre Zorille. J'ai une étrange impression. Comme s'il tirait les ficelles du ministère dans l'ombre, discrètement.
Harry parcourut la salle des yeux, jusqu'à ce qu'il aperçoive cet homme. Comme Hermione, il avait une désagréable impression quand il était à proximité de Gharib. Par ailleurs, Hermione semblait affirmer qu'il était proche du ministre et Harry savait, de première main, que Zacharie Zorille était un homme corrompu.
- Je ne sais pas si mes observations sont justes, précisa Hermione en voyant son ami perdu sans ses pensées. Seulement, j'aimerais que tu fasses attention à toi et que tu te méfies de lui.
- Je pense que tu as raison, déclara finalement Harry. Je ferai attention.
Hermione lui sourit, rassurée, et Ron les rejoignit. Pour ne pas intriguer son ami et l'impliquer dans ce qui pourrait se révéler un jeu dangereux, Harry changea immédiatement de sujet.
- Dis-moi, Ron : pourquoi l'équipe nationale a été invitée au Gala de charité ? Vous allez faire un don également ?
- En fait, non, démentit Ron en se grattant l'oreille, embarrassé. L'équipe nationale est invitée chaque année pour discuter avec les enfants de Sainte Mangouste et leur signer des autographes. Rencontrer leurs idoles est le cadeau de Noël que leur offre le ministère.
- Tu n'as pas l'air à l'aise, remarqua Harry en faisant allusion aux oreilles écarlates de Ron.
- Ben… La popularité, c'est bien, expliqua Ron en fronçant les sourcils. Signer des autographes et discuter avec les fans, ça fait partie du métier. Mais c'est un métier qui reste… un loisir. Le Quidditch, c'est léger, sans conséquence sur la vie des autres, seulement sur l'image du pays. Enfin, c'est ce que je croyais. Mais devant des enfants malades qui ne rêvent que de sortir et qui ne pourront probablement jamais jouer à ce jeu, j'ai l'impression d'avoir plus de responsabilités. Et j'ai peur de faire une bêtise. Tu sais… Comme utiliser ma bouche avant mon cerveau.
- Tu ne feras pas de bourdes, l'assura Harry. Le Quidditch est aussi important pour toi qu'il l'est pour ces enfants. Souviens-toi de tes sermons quand Hermione et moi ne prenions pas le jeu assez au sérieux. Vous ne pourrez que vous entendre.
- Merci, Harry, répondit Ron, légèrement rassuré.
- Et puis, ajouta Hermione en se rapprochant de lui, tu as un trop grand cœur pour blesser ces enfants.
Ron lui sourit et se pencha vers elle pour déposer un baiser léger sur ses lèvres. Etrangement, Harry envia leur calme complicité. Puis les guirlandes enchantées de la salle se tamisèrent pendant que celles du sapin augmentaient en intensité. Un spot éclaira une petite estrade, tout à côté, et une voix sous Sonorus retentit dans la pièce.
- Mesdames et messieurs : le ministre Zacharie Zorille et le directeur de l'hôpital Sainte Mangouste Baudouin Host de Saint Just.
Une salve d'applaudissements accueillit les deux hommes qui montèrent sur l'estrade, puis chacun d'eux prononça un discours de bienvenue et des remerciements pour tous les dons qui seraient récoltés au cours de la soirée. Une urne magique était posée sur une table à proximité du sapin et tous les dons et toutes les promesses de don y seraient versés.
Harry haussa les sourcils, surpris, quand il vit le vieux directeur s'approcher d'une jeune femme à la fin de son discours et l'embrasser tendrement. Ce n'était pas tant la différence d'âge qui l'étonnait que la ressemblance étonnante de la jeune femme avec Lavande Brown. Il se tourna vers Ron et Hermione pour leur demander s'il avait des visions, quand il s'aperçut que Ginny n'était pas près d'eux.
- Où est Ginny ? demanda-t-il à Ron.
- Avec Kirley. Quand ces deux là commencent à parler de Quidditch, on ne les arrête plus, crois-moi. Ne t'en fais pas : elle ne risque rien avec les joueurs de l'équipe. Ils sont très protecteurs.
Harry hocha la tête, rassuré. Les discours firent place à quelques chants de Noël, entonnés par les enfants, qui n'avaient pas bougé de leur place. Harry entendit quelques commentaires condescendants et il n'apprécia pas du tout. Les enfants n'avaient pas leur place dans cette soirée. Ils n'étaient présents qu'en décor, peut-être pour inciter les sorciers à verser des dons plus importants, et ils semblaient vraiment s'ennuyer.
Harry pensait que l'indifférence des invités, dont plusieurs ne faisaient même pas l'effort de faire semblant d'écouter les chants, devait être blessante. Il trouvait aussi que le grand sapin, vide de cadeaux, avait quelque chose de déprimant. Tout cela lui rappelait sa propre enfance.
Bien. Cette pensée eut au moins le mérite de lui confirmer que si son idée n'était pas appréciée des invités, elle le serait par les enfants. Résolu, il se dirigea vers le portier qui les avait annoncés un peu plus tôt.
- Bonsoir. Pouvez-vous me faire prévenir lorsqu'une sorcière du nom de Laura Gibbon se présentera à l'entrée, s'il vous plaît ? Elle doit me rejoindre en cours de soirée.
Les yeux du sorcier s'éclairèrent : il confirma que Laura Gibbon était arrivée quelques minutes auparavant. Il s'excusa de ne pas l'avoir laissée rentrer, mais elle n'avait pas d'invitation.
« Oups, » songea Harry. « Elle a de l'avance et elle va m'en vouloir. » Puis, pour ne pas créer d'ennui au portier, il le rassura.
- Ne craignez rien. Elle ne fait que passer. Elle n'a pas besoin d'une invitation.
L'homme hocha la tête et laissa sortir Harry. Dans le couloir, Laura avait la baguette sortie et elle tournait en rond, fulminante.
- Est-ce que tu comptais me faire poireauter longtemps ? lui demanda-t-elle dès qu'elle l'aperçut.
- Tu as deux heures d'avance, lui fit-il remarquer.
- J'avais cru comprendre que ça avait de l'importance pour toi, dit-elle en reniflant. Je me suis dépêchée de terminer.
Harry sourit, malgré lui. Gibbon était peut-être une Serpentard, mais elle était tout feu tout flamme. Si Arnold et François Kent avaient pris le parti de l'appeler « boss », Laura préférait le tutoyer. Il pensait sincèrement qu'elle l'appréciait et qu'elle lui était reconnaissante d'avoir l'opportunité de prouver son talent en tant que maître des potions.
Par ailleurs, étant une Serpentard, Laura ne franchissait jamais une certaine limite : elle respectait la hiérarchie. Aussi, même s'ils se disputaient parfois à propos de leurs visions respectives de ce qu'était une entreprise rentable, il restait son patron.
- C'est en effet important pour moi, confirma Harry. Est-ce que tout est là ?
Laura agita sa baguette et un nuage de minuscules paquets sortit de sa poche.
- Oui. Je ne me serais pas déplacée, dans le cas contraire. Il y a les 67 paquets que tu m'avais demandés.
- Bien. Suis-moi, dit-il.
- Hé ! Potter ! Pourquoi est-ce moi qui dois faire la livraison ?
- Parce que Kent est incapable de rétrécir et faire léviter tous ces paquets, répondit Harry malicieusement.
Bien sûr, il aurait pu demander à un autre sorcier de lui rendre ce service, voire le faire lui-même. Cependant, il voulait se concentrer sur la mise en scène de son arrivée et il voulait que Laura assiste au résultat de sa participation dans son entreprise.
Le portier les fit entrer sans crier leurs noms et Harry sortit sa baguette à son tour. Alors qu'un chant de Noël se terminait, il envoya un Nox sur toutes les lumières. Il y eut quelques rares cris de surprise, alors que les invités cherchaient la source du problème, mais les tintements de cloches qui retentirent firent taire tout le monde.
Harry jeta ensuite un sort pour rendre leur taille aux paquets lévités par Laura, puis un sort d'étincelles pour leur donner une aura plus magique. Tous les regards se tournèrent vers la source lumineuse. Dans la pénombre ambiante, les paquets se mirent à voler en procession vers le sapin, qui s'éclaira au fur et à mesure de leur arrivée, et les paquets s'empilèrent sur le sol.
Ni Laura, ni Harry ne manquèrent le regard émerveillé des enfants. Puis Harry ralluma toutes les guirlandes d'un coup. Les invités clignèrent des yeux, sous le coup de l'éblouissement et de la surprise, ce qui laissa à Harry le temps de grimper sur la petite estrade, pendant que Laura s'éclipsait et rentrait chez elle.
- Monsieur le directeur Host de Saint Just. Ceci est le don de l'entreprise Potter inc. à tous les enfants qui résident à Sainte Mangouste, dans l'espoir qu'ils ne se sentent jamais seuls ou tristes. Un cadeau est prévu pour chacun d'entre eux. Et ceci, continua Harry en brandissant un parchemin de promesse, est le don de la famille Potter à l'hôpital.
Alors qu'il déposait le parchemin dans l'urne, les invités reprirent leurs esprits et applaudirent sobrement la performance et l'initiative. Baudouin vint serrer la main d'Harry, qui était le premier à faire un don. Comme l'avait affirmé Aliénor, le gala était à la fois l'occasion de donner pour la bonne cause et de se montrer. C'était pour améliorer son image – essentielle dans les affaires – qu'Harry avait ajouté une mise en scène à son don.
Harry se tourna vers les enfants.
- Vous pouvez choisir votre paquet, leur dit-il. Il y a un cadeau pour chacun d'entre vous.
Une infirmière prit en charge la distribution des présents et plusieurs invités observèrent avec curiosité les enfants enthousiastes ouvrir les boîtes. Personne ne connaissait l'existence de la société Potter inc. et chacun se demandait ce qu'elle fabriquait. Harry, lui, retint son souffle, inquiet. En effet, il n'avait pas encore eu l'occasion de tester auprès d'enfants sorciers l'effet de la potion supplémentaire qu'il avait demandée à Laura Gibbon, quelques jours auparavant.
Plusieurs cris ravis retentirent, alors que les enfants découvraient la peluche souriante enfin dévoilée. Les plus jeunes l'avaient spontanément serrée contre eux et les plus âgés, interrogatifs, voyaient la couleur de l'ours changer à toute vitesse au gré de leur humeur. Finalement, même eux se prirent à sourire et envoyèrent un regard reconnaissant à Harry, alors que leurs ours prenaient une couleur gaie.
La potion de changement de couleur était extrêmement délicate, surtout quand on comparait les coûts de la préparation longue et délicate, et les bénéfices induits. Le premier être à toucher la peluche voyait son aura magique liée aux effets de la potion et cette dernière permettait d'accorder la couleur de l'ours à l'humeur de l'enfant. Bien sûr, un tel effet ne pouvait fonctionner que sur les enfants sorciers.
L'idée lui était brusquement venue alors qu'il pensait à Teddy. Andromeda avait découvert récemment que le bébé était un métamorphomage, comme sa mère. La couleur de ses yeux avait dramatiquement changé alors que l'enfant s'était blessé en tombant d'une chaise, sur laquelle il avait grimpé en toute discrétion.
Harry et Laura s'étaient disputés quelques heures à propos de cette potion, vraiment chère, appliquée à des peluches qui feraient l'objet d'un don. Cependant, Harry n'en avait pas démordu : il voulait que les ours offerts puissent être un objet de support et de soutien pour les enfants. Il pensait aussi que le travail des infirmières et des psychomages serait un peu facilité, s'ils pouvaient deviner l'état d'esprit des enfants. Il espérait que la peluche soit capable de prévenir des problèmes graves.
Finalement, Laura avait cédé et s'était appliquée à tenir les délais presque impossibles qu'il lui avait imposés. Et il avait promis que le prix de vente des futures peluches qui bénéficieraient de cette potion serait adapté aux coûts de fabrication.
Harry fut sorti de ses pensées alors que le directeur de l'hôpital prenait la parole, inquiet.
- Monsieur Potter. Certains enfants de l'hôpital sont tellement malades qu'ils n'ont pas pu être présents ce soir. Je pense que des peluches ne sont pas la meilleure idée de cadeau pour eux.
- Chaque peluche a été traitée par la potion Sterilicepta, expliqua Harry, et celle-ci a été brassée par un maître des potions. Ces jouets ne sont pas un danger, mais je laisse à votre personnel le soin de faire toutes les vérifications nécessaires.
- Je compte bien demander à notre infirmière en chef de mener les tests obligatoires, mais je connais théoriquement cette potion. Nous n'avons cependant jamais eu l'occasion de faire traiter nos tissus avec elle ou de la tester, car elle est trop difficile à brasser et les maîtres des potions sont souvent trop chers pour notre hôpital.
- Je pourrais envisager de vendre cette potion à l'hôpital quelques mois au prix de ses ingrédients uniquement, suggéra Harry. Si cela vous intéresse, nous pourrions ensuite en négocier le prix, ajouta-t-il en imaginant les perspectives d'un tel marché à long terme.
Les services du potionniste et le temps de préparation étaient ce qui coûtait le plus cher. Les ingrédients étaient certes nombreux et avaient parfois un nom totalement imprononçable, mais ils étaient également très abordables. Par conséquent, l'offre d'Harry était très généreuse pour l'hôpital. De son côté, Harry n'aurait pas un immense surcoût à faire brasser plus de potion, puisque Laura la produisait déjà à grande échelle pour ses peluches.
- Comptez cette proposition comme un troisième don à l'occasion de ce Gala, ajouta Harry, pour souligner qu'il était conscient de la valeur de ses mots.
- Merci, monsieur Potter, répondit le directeur en lui serrant la main avec enthousiasme. Je vous recontacterai.
Il était, lui aussi, conscient de l'opportunité offerte. Les coûts liés à la buanderie pesaient lourd dans le budget global de l'hôpital. L'utilisation de la potion, si elle s'avérait efficace, ferait gagner de belles sommes à l'institution. Surtout s'il pouvait négocier avec l'entreprise Potter un prix raisonnable sur le long terme. Peut-être pourrait-il alors embaucher des médicomages supplémentaires ?
Ce fut donc avec enthousiasme qu'il se dirigea vers un sorcier sur le point de glisser à son tour un parchemin de promesse dans l'urne.
De l'autre côté de la salle, le groupe de musiciens embauchés pour la soirée entama son répertoire. Harry aperçut Ginny se faire inviter par Kirley Sky et il plissa les yeux. Il était satisfait de ne pas avoir à danser trop souvent lui-même, mais il pensait que Ginny viendrait lui réclamer au moins la première danse.
- Bonsoir Harry, susurra une voix à sa droite. Tu as fait fort avec ton petit spectacle, tout à l'heure.
Harry se tourna vers Lavande et lui sourit. Il l'avait donc bien reconnue, de loin.
- Bonsoir, Lavande. Apprécies-tu la soirée ?
- L'ayant organisée, c'est la moindre des choses, répondit-elle malicieusement.
- C'est toi qui a imaginé la décoration ? Est-ce ton nouveau travail ?
- Grand Merlin, non ! s'exclama-t-elle, les mains levées. J'ai simplement rendu service à mon mari. Je ne travaille pas et cela me convient parfaitement.
- Ton mari ? s'étonna Harry. Félicitations, se reprit-il. Je ne l'ai pas su, sinon je vous aurais apporté un présent.
- Pas besoin, Harry. J'ai largement tout ce qu'il me faut. Baudouin n'a jamais été dans le besoin et son salaire de directeur d'hôpital est à lui seul suffisant pour faire tourner notre maison. C'était tout ce que je demandais à la vie.
Harry eut un sourire malicieux.
- Je vois donc que tu es parvenue à réaliser le rêve dont tu nous avais parlé en août.
- C'est même mieux que ça, admit Lavande en observant son mari serrer les mains des donateurs. Je n'imaginais pas réussir vraiment. Surtout aussi bien. Baudouin était veuf depuis plusieurs années, quand je l'ai rencontré. Et… Je ne sais pas… La première fois que je l'ai rencontré, je l'ai trouvé tellement touchant que j'ai eu… comme une sorte de coup de foudre.
Harry observa les joues roses de Lavande et songea que la sorcière frivole semblait plus calme, plus posée. Elle ne s'affichait pas outrageusement avec son mari, comme elle l'avait fait avec Ron, à une époque. Elle ne gloussait pas ni ne lui donnait de surnom étrange.
- Baudouin donne tout ce qu'il peut aux patients de l'hôpital. Il s'occupe d'eux comme il n'a pas pu le faire avec sa première femme. Et moi je veille sur lui. Nous y avons tous les deux trouvé notre compte, je pense, puisqu'il m'a demandée en mariage rapidement et que j'ai accepté.
- Je ne le connais pas, Lavande. Mais il a l'air d'un homme bien.
- Tu n'es pas choqué par notre différence d'âge, remarqua-t-elle.
- Est-ce que tu l'aimes vraiment ?
- Honnêtement, je ne sais pas. Et en même temps, j'ai l'impression que je ne pourrais plus vivre sans lui, désormais.
- Alors ce n'est pas à moi de vous juger, lui dit Harry en souriant.
- Merci.
Ils contemplèrent quelques instants les danseurs évoluant sur la piste. Harry constata que Ginny dansait toujours avec Sky et qu'elle s'amusait particulièrement bien. Il s'assombrit un peu. Certes, il n'aimait pas danser. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de jalousie à cette vue.
- Tu devrais inviter ta fiancée, suggéra soudain Lavande.
- Pour quelle raison ? demanda Harry un peu froidement. Elle semble bien s'amuser. Je n'ai pas envie de la couper dans son élan. Et Ron m'a dit qu'elle ne craignait rien avec les joueurs de son équipe. Je donnerais l'impression d'être jaloux et je ne veux pas l'étouffer.
- Peut-être qu'elle appréciera, avança Lavande, après quelques secondes d'hésitation.
- Essaies-tu de me faire comprendre quelque chose ? l'interrogea Harry en la regardant dans les yeux.
- Je crois que je n'aimerais pas que mon mari apprécie autant une danse avec une autre fille, admit-elle.
- Oui, mais j'ai confiance en Ginny, affirma Harry sur un ton de défi.
Lavande se mordit la lèvre, un peu décontenancée. Elle avait l'étrange impression d'avancer sur un terrain glissant et elle n'avait réellement pas envie de provoquer Harry, même s'il ne comprenait pas bien les femmes et leur fonctionnement. Elle ne tenait pas à créer une dispute pendant le Gala annuel auquel tenait tant son mari.
- Alors tout va bien, se rétracta-t-elle. J'ai hâte d'apprendre votre mariage.
Le visage d'Harry se détendit immédiatement et la conversation se fit futile et légère. Soudain, Baudouin Host de Saint Just, entouré par une petite dizaine de journalistes, fit signe à sa femme de le rejoindre. Elle salua Harry et rejoignit son époux avec une joie visible. Harry, lui, reporta son attention sur la piste. Quand il vit que Ginny dansait désormais avec son frère, il en fut étrangement satisfait. Il se rendit ensuite au bar.
- Un Martibullé, s'il vous plaît, commanda-t-il au serveur.
L'homme s'exécuta et, juste à côté d'Harry, une fillette commanda la même chose d'une voix fluette. Surpris, les deux hommes baissèrent les yeux sur deux petites filles aux longs cheveux noirs.
- Je suis désolé, mesdemoiselles Neb, répondit le serveur, mais vous n'avez pas l'âge de boire de l'alcool.
- Bien sûr que si ! s'exclama la plus petite des deux, en donnant l'impression qu'elle s'adressait à un idiot complet. Papa dit toujours que si on peut assumer les conséquences de nos choix, on peut faire ce qu'on veut.
- En effet, résonna une voix grave, derrière Harry.
- Merci, papa ! s'exclamèrent les deux fillettes en tendant la main vers le serveur.
Harry se retourna et croisa le regard si particulier d'Ahmès Neb, avec lequel il avait déjà eu l'occasion d'échanger quelques mots. C'était à l'occasion des tirages au sort des poules de Quidditch. Le sorcier était accompagné par un très belle femme. La couleur de sa robe se mariait à la perfection avec le costume rayé bleu de Neb, à la coupe résolument moldue.
- Monsieur Potter, le salua-t-il de sa voix grave. C'est un plaisir de vous revoir.
- Merci, monsieur Neb, répondit Harry en lui serrant la main. Il en est de même pour moi.
- Vous avez déjà eu l'occasion de rencontrer Ouadjet et Renenout. Je vous présente donc ma femme Mehyt, dit Ahmès en se tournant à sa droite.
La femme fière à ses côtés avait les mêmes cheveux noirs que ses filles, mais ses yeux étaient résolument noirs et non marrons aux éclats rouges, comme les fillettes.
- Enchantée, dit-elle en avançant la main.
Harry, désormais mieux éduqué et plus au fait des coutumes sorcières, lui fit un baisemain. Elle eut un léger sourire.
- Mehyt, peux-tu me laisser seul en compagnie de monsieur Potter, s'il te plaît ? demanda Neb à la sorcière. Emmène les filles à Aïcha, si tu le veux. Elle est avec Hequat.
Harry ne manqua pas le regard noir que Mehyt lança à son mari. Peut-être n'appréciait-elle pas d'être évincée d'une discussion ? Harry la suivit du regard, alors qu'elle emmenait ses filles plus loin. Il la vit harponner sèchement une jeune femme à la peau tannée, qui était en effet en compagnie de Gharib, et repartir avec un regard toujours aussi colérique. Neb poussa un soupir
- Je crains que ma femme n'apprécie que peu la nouvelle tutrice de nos filles, dit-il comme pour lui-même. C'est dommage. Il est très difficile de trouver une bonne tutrice pour les enfants et si j'admets que mes filles ne sont pas forcément faciles à gérer, Aïcha s'en sort bien. Pourtant, elle n'est arrivée que récemment dans le pays. Mais ma femme semble… jalouse, conclut-il avec un rictus.
Harry se sentait un peu mal à l'aise d'avoir un aperçu de la vie privée de cet homme, qu'il ne connaissait pas personnellement. Alors que Neb saisissait un Whisky-pur-feu, il s'aventura à lui donner un conseil.
- Laissez-lui le temps de s'habituer, suggéra-t-il. La potentielle jalousie de votre femme s'apaisera quand elle verra qu'elle n'a rien à craindre de votre employée.
Neb lui lança un regard amusé et leva son verre pour porter un toast.
- Aux couples qui durent, dit-il.
Harry entrechoqua son verre contre celui de Neb et ils burent tous les deux une longue gorgée d'alcool, en silence.
- Pour quelle raison souhaitiez-vous me parler seul à seul ? demanda Harry.
Neb but une gorgée de son verre en observant attentivement Harry.
- Il y a peu, commença-t-il lentement, je me suis plaint auprès du conseiller Hequat de l'absence d'une institution pour prendre en charge les plus jeunes enfants sorciers. Les tuteurs privés qualifiés sont malheureusement trop rares et je cherchais une solution. Hequat m'a dit que le projet original du complexe de Pré-au-Lard comportait une telle structure, mais l'idée a été abandonnée après l'attentat.
- Vraiment ? s'étonna Harry, toute son attention concentrée sur Neb. Je n'étais pas au courant. C'est bien dommage.
- Nous sommes d'accord ! s'exclama Neb. Depuis que je l'ai appris, je le déplore. Cependant, monsieur Hequat m'a parlé d'un projet que vous auriez déposé auprès du ministère, pour la prise en charge de l'éducation des jeunes enfants. Qu'en est-il de ce projet ?
- Vous avez été mal renseigné, expliqua Harry qui se posait de plus en plus de questions sur Hequat. Ce projet concerne avant tout les enfants orphelins ou abandonnés par leurs familles. Et il ne s'agit pas non plus de seulement éduquer ces enfants, mais bien de leur proposer un véritable foyer.
- Je vois. N'avez-vous pas envisagé de viser plus large ou plus loin ? Même les enfants qui ont une famille pourraient tirer un certain bénéfice en fréquentant une institution éducative pré-Poudlard.
- Je n'ai pas vraiment la possibilité de voir si loin, admit Harry. J'éprouve déjà quelques difficultés à obtenir l'autorisation d'ouvrir mon foyer. Une école est un projet autrement plus vaste et son impact sur la société actuelle serait gigantesque.
Harry ne put s'empêcher de jeter un œil à Hequat et reprit la parole, avec hésitation.
- Je crois que le ministère n'est pas prêt à mettre un tel pouvoir entre mes mains.
- Le conseiller Hequat ne m'a pas parlé de cela, déplora Neb.
Harry ne put s'empêcher de frissonner, alors que l'homme en question se tournait vers lui. Il avait dû se sentir observé et le regard qui lui renvoyait était peu amène.
- Je n'ai pas l'impression que le conseiller m'apprécie beaucoup, avança lentement Harry, prudent.
- J'admets avoir eu cette impression également. Voulez-vous… Voulez-vous un peu d'aide ? Le fonctionnement du ministère est complexe et je sais qu'il y a de nombreux enjeux d'égos. Mais peut-être mon appui vous permettra-t-il d'ouvrir votre établissement ? J'aimerais beaucoup faire évoluer, avec vous, ce projet.
Harry se tourna vers Neb, sourcils froncés.
L'offre était tentante. Le projet du foyer Potter lui tenait réellement à cœur. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de s'interroger sur la notion d'évolution du projet, qui semblait être importante pour Neb. Il ne souhaitait pas voir son projet dénaturé. Or, l'aide de Neb aurait forcément des conditions.
Par ailleurs, il n'avait envisagé des courbes financières que pour un foyer. Il n'était pas certain d'avoir les fonds pour financer une structure plus vaste ou même une école. Et dans ce cas, il était à craindre que les enfants cracmols, maltraités ou orphelins soient une fois encore négligés au profit des autres. Or, c'était justement contre cette discrimination et cette stigmatisation qu'il souhaitait lutter.
Cependant, son projet était bloqué et semblait encore loin d'aboutir. Kreattur lui avait dit qu'un projet mis en attente était presque définitivement enterré. Une aide suffisamment influente pour franchir les barrières administratives serait donc la bienvenue. Il avait réellement besoin de conseils…
Une phrase d'Hermione, un peu plus tôt, lui revint en tête. Plusieurs membres du Magenmagot et le ministre Zorille lui-même semblaient s'en remettre aux conseils d'Hequat. Comme Lucius Malfoy, à l'époque où son nom avait encore une grande influence. Le Sang-pur passait alors tout son temps au ministère et il obtenait souvent gain de cause, même si c'était à mauvais escient.
Harry avait sauvé la vie de Lucius, et Narcissa avait fait de lui un invité permanent au manoir Malfoy. Elle l'avait affirmé quand ils avaient dû quitter Poudlard en compagnie d'Aurors. Peut-être pourrait-il utiliser Malfoy comme source d'informations ? Puisqu'il était en disgrâce, Lucius aurait beaucoup moins de possibilités que Neb, pour négocier des conditions à son aide. Alors, oui, peut-être Lucius serait-il plus utile… Ou au moins… plus malléable.
Malgré lui, il eut un rictus d'autodérision. Il n'imaginait pas pouvoir penser cela de Lucius, un jour.
- Merci, finit-il par répondre à Neb. J'ai besoin d'un peu de temps pour réfléchir, mais je garde votre proposition généreuse à l'esprit.
Oui. Il devait contacter les Malfoy et voir ce qu'il pourrait tirer d'eux.
- Je vous en prie, monsieur Potter. Vous pouvez m'envoyer un hibou ou me passer un coup de téléphone quand vous le souhaitez, dit Neb en sortant une carte de visite animée. Privilégiez le téléphone, cependant, car nous habitons dans un quartier moldu.
S'il fut surpris de cet aveu, Harry n'en laissa rien transparaître. Il prit la carte de Neb et les deux hommes se serrèrent chaleureusement la main.
Alors que Neb s'éloignait, Harry fut rapidement rejoint par Bernard Bradford. Dans un sursaut de conscience, Harry se souvint qu'il avait laissé l'homme en plan dans le restaurant, quand il avait appris l'agression de Luna. Il ne l'avait jamais recontacté depuis, pour s'excuser.
Bernard Bradford – ou d'Arimathie – était accompagné par un vieux sorcier noir à l'allure résolument plus sobre que la plupart des invités du Gala. La robe de coton qu'il portait, vert pâle, était certes brodée de motifs tribaux en fil d'or, mais il ne portait ni cape, ni manteau voyant. Il s'appuyait sur un bâton de sorcier, noueux mais résolument magique.
- Bonsoir, monsieur Potter, le salua Bernard Bradford avec l'air avide qui mettait parfois Harry mal à l'aise. Puis-je vous prendre quelques minutes de votre temps ? En privé ?
Harry acquiesça et les trois hommes s'éloignèrent des serveurs et de la table pleine de mets, qui attiraient beaucoup de sorciers. Comme dans le restaurant, l'homme à la carrure massive lança autour d'eux des charmes d'intimité et de protection, afin que leur conversation ne s'égare pas dans la nature.
- Voici Abou Lysinge, annonça Bernard en présentant son invité à Harry. Il est un des piliers de l'Organisation et l'un des rares sorciers qui connaissait la légende de nos Trésors et des Rêveuses, avant même d'intégrer le groupe.
Harry serra la main du sorcier et éprouva une drôle d'impression, alors que ce dernier le détaillait avec insistance, sourcils froncés.
- Je souhaitais vous présenter l'un à l'autre, reprit Bernard, car je pense ne pas être le seul à m'intéresser potentiellement au parchemin en votre possession, monsieur Potter. Même si nous n'avons pas encore eu le temps d'en discuter en profondeur, tous les deux.
Harry se souvint brusquement de leurs serments respectifs de ne pas parler du parchemin à une tierce personne sans l'autorisation des deux parties. Bernard espérait sans doute qu'il donne à Abou des informations supplémentaires et qu'il réponde aux questions laissées en suspens lors de leur dîner.
- Je suis curieux de savoir, commença Abou d'une voix pleine de doutes, quel genre de parchemin important aurait la famille Potter à propos des Trésors et des Rêveuses.
- Cesse de douter, Abou. Je te dis que l'objet est d'importance, s'agaça Bernard. Monsieur Potter, voulez-vous ?
Harry jaugea Abou de la même manière que ce dernier l'avait jaugé. Cet homme avait sans doute de nombreuses connaissances, comme la plupart des sorciers qui vivaient depuis de nombreuses décennies, mais Harry savait que le parchemin de Joseph d'Arimathie contenait des informations importantes et délicates. Il n'avait même pas parlé de tout le contenu à Bernard, compte tenu de l'avidité visible de celui-ci pour tout ce qui concernait les Trésors.
- J'accepte de vous parler de ce parchemin, dit Harry à Abou, à la condition que vous gardiez ces informations pour vous et que vous ne les divulguiez pas sans notre autorisation commune, à Bernard et à moi. Qu'en dites-vous ?
- Je promets, murmura-t-il simplement.
Il brilla quelques instants suite à son serment, même s'il n'avait pas sa baguette en main, ce qui prouvait sa bonne foi. Harry se détendit imperceptiblement et décida de donner à Abou Lysinge les mêmes informations et les mêmes mensonges qu'il avait servis à Bernard Bradford.
- J'ai découvert, en fouillant dans l'héritage que j'ai reçu des Black, plusieurs fioles de souvenirs. En les explorant, j'ai découvert le contenu d'un antique parchemin signé de la main de Joseph d'Arimathie. Ce parchemin, continua Harry, évoquait le déchirement du Voile, un « fils de père incertain » et les deux Trésors.
Le sorcier noir pâlit visiblement.
- Qui était le possesseur du souvenir ? demanda-t-il assez brusquement, les yeux plongés dans ceux d'Harry.
- Alphard Black, répondit le jeune homme.
Le sorcier noir se redressa de toute sa taille, le regard noir, puis il secoua la tête, comme pour se remettre les idées en place.
- Je vois, marmonna-t-il en fermant les yeux. Les hasards de la généalogie n'en sont pas tant et ce qui nous a menés ici n'est pas une coïncidence.
Harry et Bernard échangèrent un regard, pas sûrs que cette phrase leur soit destinée.
- Bernard, monsieur Potter, je suis désolé de ma brusquerie, mais je dois absolument partir. Pourrions-nous convenir d'un autre rendez-vous pour discuter des informations contenues dans ce parchemin ?
- Bien sûr ! s'exclama Bernard. Monsieur Potter doit encore me faire parvenir la transcription de ce souvenir. Nous en prendrons connaissance ensemble, si cela convient à tout le monde.
Harry retint une grimace. Avec les événements récents, il avait oublié cette proposition, qu'il avait faite à Bernard le soir de leur repas au restaurant.
- Cela me convient, confirma Harry.
- Bien. Au plaisir de vous revoir, dit Abou, avant de partir rapidement vers la porte.
- Je suis désolé, monsieur Potter, dit Bernard en le tirant de sa rêverie. Je connais Abou depuis très longtemps et il est rarement aussi brusque ou aussi… étrange.
Harry le pria de ne pas s'en formaliser et salua l'homme, avant qu'il ne s'éloigne à son tour. Puis il regarda la porte, là où Abou Lysinge avait disparu, et il s'interrogea. Qu'avait-il bien dire pour perturber cet homme ? Ou que savait-il sur la famille Black que lui-même ignorait ?
RAR anonymes
Marie la petite : Ah ah ! Ton intuition est peut-être la bonne. Je pense que tu auras ta réponse dans ce chapitre. ^^ Sinon, merci pour ta fidélité et tes commentaires et je te souhaite d'accéder à l'ADSL cette année :)
Jouga : tu es loin d'être une anonyme, mais puisque je ne reçois plus d'alertes aux review et que tu n'autorises pas les MP, je ne peux pas te remercier directement. Contente que la nouvelle face de mon méchant t'intéresse. Et je pense que tu apprécieras de découvrir les indices qui révèlent son identité dans ce chapitre ^^ J'ai été contente de te revoir. A bientôt :)
Sauge : Merci. En effet, ce chapitre et les deux suivants contiennent des épisodes sur Draco. Un peu plus les suivants que celui-ci, d'ailleurs. Harry commence à réfléchir ? Oui et non. Il ne mesure pas toujours la porté de ses actes, par exemple avec Camomille. Mais il fait des efforts ^^ A bientôt !
Joyssiara : J'aime prendre le temps de répondre aux commentaires parce que j'aime en recevoir, tout simplement. ^^ La rupture avec Ginny n'est pas pour tout de suite, mais je suis contente de savoir que les chapitres te plaisent. Merci pour tes encouragements et à bientôt !
Urca : Sois la bienvenue. Je suis contente que la fic te plaise et j'espère que cela continuera ^^ Je suis contente que les personnages te plaise. J'y suis attachée moi-même ^^ J'avoue cependant qu'être auteur est parfois difficile, car si on joue avec ces personnages, ils finissent toujours par prendre une forme d'indépendance : ils ne se laissent pas toujours faire. Je pense que c'est ce qui les rend un peu plus réalistes. ^^
Merci aussi à BU, Trolamine (je suis contente qu'il soit effrayant. Il est vraiment un adversaire à la hauteur ^^), pR (merci pour tes encouragements et ta compréhension), Stabilo (le site est pour cette semaine. Bonne année ^^), Sherlock (hé hé hé… le coupable ne sera révélé que bien tardivement…), Oligo (merci infiniment !), Orange (tu n'es pas le/la seul(e). Mais j'avoue aimer cette identité de Djinn blanc. J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire les parties dans le désert ^^), Arty, Lampadre (oui, je mettrai un lien sur mon profil vendredi prochain), Fifi (c'est pour ça qu'il est dangereux ^^ j'espère que mon site te plaira), Tampon, Les crevasses a fait mal (bienvenue et merci pour tes compliments) et Phil (ah ah… A voir ^^).
J'espère vraiment que ce nouveau chapitre vous aura plu. Avez-vous remarqué comme les liens entre les parties Harry et les parties Draco sont de plus en plus serrés ? ^^ Allez. Je vous dis à bientôt pour la suite ! Et n'hésitez pas à me laisser un petit mot en partant, ça me fait toujours plaisir :)
Lena.
