Un immense merci à Wyny pour sa correction attentive et merci à tous les lecteurs et les commentateurs qui continuent à me suivre !
Note de l'auteur
Bonjour à tous ! J'espère que le long chapitre qui vous attend me fera pardonner votre attente ! J'ai en tout cas deux informations à vous donner.
La première est un avertissement concernant la fin de ce chapitre, qui suggère une scène de câlin. Cependant, je n'utilise absolument aucun terme graphique ou potentiellement choquant pour le jeune public, donc je ne pense pas devoir mettre un avertissement dans le texte même.
La seconde information concerne le site web qui vient en support à cette fiction. J'avoue qu'il est encore sommaire (au sens où il rassemble peu d'articles pour le moment), mais vous pourrez avoir une idée de ce qui vous attend. Vous pourrez notamment y trouver des résumés condensés des premiers chapitres (5 parties) et même des parties elles-mêmes - pour ceux qui souhaitent se remettre en tête les plus anciens épisodes ^^ Je complète ce site au fil du temps, mais il faudra un peu de patience avant que tous les articles concernant mes grandes théories magiques soient publiés. L'adresse est : lemonstrequidort point wordpress point com. N'hésitez pas à y jeter un œil de temps en temps. )
Et maintenant : bonne lecture !
Résumé du chapitre précédent
Harry et Camomille font face à des jellyhorn lors d'une des leçons de Thorn. Si Harry parvient à s'en sortir, à l'aide d'une semi-transformation en animagus, Camomille échoue totalement. Thorn a vu le début de transformation d'Harry, mais il n'a pas révélé l'information devant Camomille. Harry espère qu'il la gardera pour lui.
Aïcha Amjad est enceinte et Mr X obtient en échange les fleurs éphémères du désert qu'il voulait. Il envisage de se rendre en Egypte, où il a un travail à mettre en route, avant de retourner en Angleterre avec sa nouvelle femme.
Après une discussion avec Camomille sur les techniques de méditation, Harry reçoit une invitation du ministère pour le Gala de Sainte Mangouste. Il y invite Ginny. De son côté, Draco rencontre François et Marianne Lenain, les parents très étranges des jumelles.
Au Gala de charité, Harry retrouve Ron et Hermione, cette dernière le mettant en garde contre Gharib Hequat, qui semble avoir bien du pouvoir. Il rencontre des joueurs de la sélection nationale puis Lavande et lutte contre sa jalousie quand il voit Ginny danser avec Sky. Il discute ensuite avec Ahmès Neb de son projet de foyer. L'homme lui propose son aide pour faire avancer le projet au ministère, mais Harry refuse, méfiant. Il a peur qu'on dénature ses intentions. Il songe que Lucius Malfoy pourrait être d'une bonne aide, s'il parvient à le convaincre.
Ensuite, il revoit Bernard Bradford, qui lui présente un sorcier du nom d'Abou Lysinge. Quand il leur parle du parchemin en termes vagues et d'Alphard Black, Abou pâlit et part rapidement. Harry se demande ce qu'il sait à propos de la famille Black et promet à Bernard qu'il le recontactera plus tard à propos du parchemin.
Chapitre 10 : Les fêtes de fin d'année
Partie 6 : Noël sous tension
Samedi 19 décembre, début de soirée
- Vous n'avez aucune raison d'être gêné avec moi, monsieur Malfoy, fit la voix malicieuse d'une sorcière de vingt ans.
Debout au milieu de l'immense dressing accolé à sa chambre, Draco grommela une réponse inintelligible. Il était mal à l'aise d'être nu. Il baissa les yeux vers ses mains et vérifia qu'elles étaient toujours placées stratégiquement.
- D'habitude, poursuivit la sorcière en lui tendant des sous-vêtements, les invités de la famille ne font pas tant de manières. Je ne pensais pas vous faire encore rougir, alors que vous êtes entre mes mains depuis une semaine déjà.
Draco ne répondit pas et se retourna pour enfiler les vêtements, alors qu'Astarté fouillait dans les nombreux vêtements achetés par les jumelles Lenain, pour y trouver la robe de soirée parfaite.
- Voilà ce qu'il vous faut pour ce soir, dit-elle en dénichant finalement une robe d'un bleu foncé et profond. Mais d'abord…
La jeune sorcière lui tendit une chemise d'un blanc nacré et un pantalon droit en laine vierge de la même couleur bleue que la robe de soirée. Draco les enfila sans rechigner, sachant que les tissus choisis sur l'Avenue de Merlin étaient d'une qualité exemplaire. Il enfila ensuite la robe, qui tombait parfaitement en un drapé lourd et droit. La doublure en satin blanc était rappelée par de fins motifs brodés de soie blanche au col et aux poignets.
- C'est parfait ! s'exclama Astarté. Nous serons parfaitement assortis, dit-elle joyeusement en tournant sur elle-même.
La jeune femme avait une abondante chevelure brune, qui descendait en larges boucles jusqu'au milieu de son dos. Elle avait enfilé une robe de soie d'un bleu plus clair que le sien, qui moulait son buste et s'évasait à la taille. Elle s'arrêtait juste au dessus du genou et laissait voir les mollets de la jeune femme, parfaitement mis en valeur par les talons hauts qu'elle portait.
Le seul défaut de la jeune femme était sans doute la taille de ses oreilles, un peu trop grandes pour son visage. Elle les cachait cependant assez bien, grâce à de longues mèches rabattues vers l'avant.
Quand elle cessa de tourner, Astarté retint un rire de contentement, car le visage de son jeune accompagnateur était approbateur. Elle sentait cependant qu'il appréciait l'esthétique de la vue sans la moindre arrière-pensée. Que ce soit sur l'Avenue de Merlin ou le premier matin où elle avait pris ses fonctions auprès de lui, elle n'avait jamais pu surprendre le moindre regard intéressé de Draco Malfoy. Ni elle, ni les jumelles Lenain, ni les femmes de chambre des jumelles, n'avaient semblé trouver grâce à ses yeux.
- Avez-vous pris la potion de monsieur Lenain ? demanda-t-elle.
- Oui. C'est pour cette raison que je parviens à te comprendre et te parler sans difficulté. Je pense que nous pouvons y aller, déclara Draco en vérifiant sa tenue.
Astarté hocha la tête, enfila son étole blanche brodée de perles, ainsi qu'un manteau de lin noir qui protégerait ses vêtements pendant le voyage en Cheminette.
Galamment, Draco lui tendit le bras, alors qu'elle les guidait jusqu'au petit salon d'où la délégation Lenain se rendrait au Ministère. Aline assaillit immédiatement son Rêveur, pour vanter la conception des vêtements qu'il portait.
- Alors ? N'avions-nous pas raison, en parlant de la qualité de nos vêtements français ?
Draco eut un sourire en coin et entama une dispute amicale, en vantant la longévité des produits anglais. Quand Aline, outrée, partit se plaindre auprès de Lina, il observa les personnes présentes dans le petit salon.
Il ne se faisait toujours pas à l'idée du nombre « d'oncles » et de « tantes » des jumelles. Bien sûr, Vivien Artilleur, de deux ans l'aîné de Marianne, était véritablement un oncle des jumelles. Cependant, il avait cru comprendre des jumelles que nombre de sorciers et de sorcières qui vivaient au château étaient des amants du couple. Officiellement, ils étaient cependant des hommes et des femmes de compagnie.
Lina l'avait quelque peu rassuré, heureusement, car cet « arrangement familial » n'était pas commun à toutes les anciennes familles françaises. Il s'agissait d'un accord entre François et Marianne, qui s'appréciaient réellement mais avaient contracté un mariage de raison et non d'amour. Cet accord n'était pas officiel non plus. Si d'autres familles se posaient parfois des questions, aucune n'avait trouvé de preuve pour remettre en cause la moralité des Lenain. Les femmes de compagnie restaient donc officiellement des femmes de compagnie.
Il était également troublé par ce dernier aspect de la culture de la haute société française. Les Lenain, comme beaucoup de sorciers français, appréciaient peu les elfes de maison, car ils ressemblaient bien trop à des esclaves à leur goût. Ils employaient donc sans vergogne des sorciers pour les tâches domestiques, sorciers qu'ils nommaient gens de compagnie.
Le premier jour où il avait rencontré Astarté, il avait été très mal à l'aise. Il avait l'habitude de s'appuyer sur Pony, son elfe, mais pas sur un autre sorcier. Quand il avait protesté auprès des Lenain, ces derniers lui avaient expliqué que c'était l'une des fonctions d'Astarté, qu'ils employaient en tant que femme de chambre et dame de compagnie.
En échange de certaines tâches domestiques, la famille Lenain lui apportait la connaissance des plus anciennes traditions sorcières ainsi que de nombreux contacts utiles. Astarté était une jeune sorcière née-de-moldus, mais elle désirait travailler dans le milieu politique. Le meilleur moyen pour elle d'apprendre à évoluer dans les hautes sphères était d'être patronnée par une grande famille. Employer des nés-de-moldus était une tradition pour beaucoup d'anciennes familles, qu'elles soient de sang pur ou non, afin d'aider les nouveaux membres de la communauté sorcière à s'intégrer.
Draco ne savait toujours pas quoi penser de la situation.
D'un côté, il avait été élevé pour penser qu'une grande partie de la population sorcière lui était inférieure. Les nés-de-moldus – ou sangs-de-bourbe, comme il les appelait à l'époque – en faisaient partie. Pour autant, jusqu'à aujourd'hui, il n'avait jamais eu l'occasion de tester en réalité d'être servi par un sorcier. Il avait découvert qu'il n'aimait pas particulièrement. Astarté lui ressemblait bien trop pour qu'il soit aussi à l'aise qu'avec les elfes de maison.
Par ailleurs, depuis sa rencontre avec John Doe sur le bateau, puis avec Ethan à Fineborough, il avait cessé de croire que les sorciers de pure souche étaient supérieurs au reste du monde. Même s'il n'avait pas testé sa théorie, il lui était devenu évident que les sorciers ne pouvaient vivre sans les moldus, les nés-de-moldus et les sangs-mêlés. C'était probablement cette récente prise de conscience qui le mettait mal à l'aise, avec Astarté.
Cependant, la jeune fille était plutôt contente de sa condition. Elle lui avait affirmé que les plus anciennes familles étaient peu nombreuses et que les familles sérieusement engagées dans la politique étaient encore plus rares. En ayant été embauchée par les Lenain, elle apprenait à la fois les traditions et les ficelles de son futur métier.
C'était peut être le seul aspect de la situation que Draco approuvait sans réserve : les « nouveaux » sorciers apprenaient et s'intégraient à la société traditionnelle. Il aurait aimé qu'un tel dispositif existe en Angleterre. Les cours de « savoir-vivre » sorcier avaient disparu des cursus bien avant que son propre père n'entre à Poudlard, pour la seule raison que les élèves venaient de partout dans le monde et qu'ils n'avaient pas besoin de connaître les règles de la société sorcière anglaise.
Draco, lui, avait toujours pensé que les anciens rituels avaient quelque chose d'universel… Après tout, tous les sorciers passaient pas le même cycle magique et vivaient les mêmes bouleversements, à 11 ans, puis à 18 ans et ainsi de suite.
- Tout le monde est là ? demanda François Lenain à la cantonade, en arrivant dans le petit salon.
- Tu sais que ceux qui sont absents ne peuvent pas répondre à ta question ? le taquina Marianne en arrivant derrière lui, au bras de l'un de ses hommes de compagnie.
- Alors ils ont tort d'être absents, affirma François. Que tout le monde prenne sa poudre de Cheminette. Notre destination est la salle rouge du Ministère. La réception aura lieu dans la grande salle de bal. Avec de la chance, nous nous retrouverons tous là-bas !
Draco s'éloigna un peu du tumulte, alors que les nombreuses personnes présentes assaillaient les trois cheminées du petit salon. Lina le rejoignit.
- Attend l'arrivée d'Astarté dans la salle rouge, lui dit Lina en lui tendant un petit pot de poudre de Cheminette. Il ne serait pas correct que tu apparaisses dans la salle de bal sans personne à ton bras. Et attend-nous aussi. Même si les nombreux sorciers que tu croiseras dans le couloir pourraient te guider jusqu'à la salle de réception, je préfère qu'Aline et moi soyons présentes à tes côtés. On pourrait totalement te perdre de vue, sinon.
Draco acquiesça et entra dans l'une des cheminées libres.
- Salle rouge du Ministère… français ! lança-t-il tout haut.
Son ajout de dernière seconde avait dû surprendre ses gardiennes et Astarté, mais il craignait malgré lui de se retrouver en Angleterre par accident. S'il ne pouvait pas justifier sa présence, alors qu'il était banni, il risquait fort de se retrouver à Azkaban.
La salle dans laquelle il arriva portait bien son nom. Des boiseries sombres en acajou aux tapisseries finement brodées, suspendues aux murs, le rouge était partout. Autour de la pièce, six cheminées libéraient des sorciers richement vêtus à intervalles réguliers. Draco fut rapidement rejoint par Astarté et les jumelles, elles-mêmes accompagnées de deux jeunes cousins de la famille Lenain.
Draco, bien qu'il ne fût pas attiré par la jolie jeune femme pendue à son bras, fut assez fier des regards parfois envieux des hommes qui passaient à côté de leur groupe.
- Bien ! s'exclama joyeusement Aline, toute en fanfreluches. Il est temps de te montrer la grande salle de bal. Tu vas vite comprendre pourquoi on préférait que tu nous attendes.
Lina ouvrit le chemin et les trois couples entrèrent dans le flux de sorciers qui traversaient le couloir jusqu'à la salle de bal. En lui-même, Draco admit que la bonne société française avait au moins le sens de l'originalité. S'il n'appréciait pas tous les vêtements, Draco se sentit cependant à sa place dans ce milieu qui ressemblait tant à celui de son enfance.
- Nous y voici, commenta platement Lina en se décalant pour que Draco ait une bonne vue de la salle.
- Mais c'est immense ! ne put s'empêcher de s'exclamer le sorcier.
C'était à peine si on voyait l'autre bout de la pièce, remplie de monde. En effet, Draco comprenait mieux pourquoi les jumelles avaient voulu le rejoindre dans la salle des arrivées plutôt que dans la salle de bal. Ils auraient pu ne pas se croiser de la soirée, tant tout semblait démesuré.
- N'est-ce pas ? en rajouta Aline. La salle a été agrandie pour la première fois en 1805, quand Napoléon est devenu roi d'Italie. Il a voulu organiser un grand bal rassemblant tous les sorciers français et italiens, donc il a fallu repousser les murs.
- C'est à peu près depuis cette époque que l'Italie sorcière est soumise à l'influence de notre capitale sorcière, ajouta Lina doctement.
Draco acquiesça. Les capitales sorcières dans le monde étaient au nombre de onze, en tout et pour tout. Elles possédaient toutes un ministère de la Magie puissant, dont l'influence s'étendait au-delà de ses frontières nationales. Ainsi, la capitale sorcièreet le ministère de Londres fédéraient l'Ecosse, le Pays-de-Galles, l'Irlande et une partie de l'Inde sorcière. La capitale sorcière de Paris et son Ministère géraient les grandes politiques de l'Italie, de la Belgique, de l'Espagne, du Portugal et d'une partie de l'Algérie sorcière.
Cela n'empêchait cependant pas l'Italie, l'Espagne, l'Irlande ou la Suisse de posséder leur propre capitale avec un ministère de la Magie dédié. Simplement, leur pouvoir et leur influence étaient limités aux frontières de leurs pays respectifs. C'est pourquoi on les appelait capitales magiques et non sorcières.
Certaines capitales magiques cherchaient à obtenir le statut de capitale sorcière depuis quelques années, afin de pouvoir intégrer le cercle très fermé du Grand Conseil. Cependant, aucune nouvelle capitale sorcière n'avait reçu le précieux titre depuis 1948, date de l'indépendance des Etats princiers d'Inde et de la création de leur capitale sorcière : Dehradun.
En attendant, les capitales magiques n'étaient représentées, sur le plan mondial, qu'au sein de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers, ou CIMS.
- Par la suite, reprit Lina, la salle a encore été quelque peu agrandie, à cause de l'influence de la mode sorcière.
- Comment ça ? s'étonna Draco.
- En 1920, la société sorcière a eu une étrange fascination pour des robes et des tenues au diamètre totalement loufoque, exposa Jean, l'accompagnateur d'Aline.
Celle-ci acquiesça vigoureusement.
- Les robes étaient si larges qu'il était impossible de se réunir à plus de 100 personnes dans un espace pourtant théoriquement assez grand pour le double.
- Heureusement, cette mode peu pratique a disparu en moins d'une année, conclut Astarté dans un gloussement moqueur.
Draco secoua discrètement la tête. Il ne savait pas comment étaient les Français moldus, mais il avait déjà entendu parler de l'étrange fascination des sorciers français pour les vêtements et la mode. A part eux, qui aurait eu l'idée de financer l'agrandissement d'une salle de bal, simplement pour pouvoir porter des tenues improbables ?
La conversation alla bon train, jusqu'au discours officiel prononcé par le président de la Magie français. Draco fut assez peu attentif car, comme en Angleterre dans les mêmes circonstances, il s'agissait surtout pour le Président de faire le bilan le plus positif possible de l'année écoulée. Il observa plutôt les cercles qui s'étaient formés dans le public. Du coin de l'œil, il vit Astarté observer la salle aussi attentivement que lui, bien que plus discrètement.
François et Marianne Lenain avaient une cour conséquente, mais pas aussi vaste que celle qui s'était formée à l'autre bout de la salle. Draco ne pouvait s'empêcher de se demander de quelle famille il s'agissait. Il ne connaissait pas les anciennes familles françaises parfaitement, mais il en savait suffisamment pour connaître les cinq ou six noms les plus influents.
Alors que les applaudissements concluaient le discours et saluaient le départ du bal, François Lenain vint à leur rencontre.
- Aline, Lina. Pourriez-vous me rejoindre quelques instants ? Nous avons une… affaire importante à régler.
Draco fut intrigué, mais sans doute pas autant que ses Gardiennes, car elles ne protestèrent pas un seul instant avant de suivre leur père. Leurs cavaliers ne s'en offusquèrent même pas et se mêlèrent à la foule. Astarté en profita pour attirer son attention.
- Draco, est-ce que tu veux bien m'accompagner ? J'ai vu Ludovic Bonnet, un peu plus loin dans la salle, et tu m'aiderais beaucoup à engager la conversation avec lui.
- Comment ? Pourquoi ? s'étonna Draco.
- Bonnet est un proche du Président et je sais qu'il m'apprécie. Il pourrait m'ouvrir les portes du département des Affaires étrangères, si je joue bien mes cartes. Malheureusement, la famille Lenain ne peut pas m'aider pour ça. Les Lenain n'apprécient pas beaucoup le Président, et les Affaires étrangères sont trustées par la famille De Rochebrune. Ils sont leurs… ennemis naturels, si on peut dire les choses ainsi.
Draco se souvint des remarques de Marianne, alors qu'elle lui commentait les divers tableaux familiaux ornant ses couloirs. Elle n'avait en effet pas semblé porter les De Rochebrune en haute estime.
- C'est pour ça que j'ai besoin de Bonnet pour appuyer ma candidature, poursuivit Astarté. Avec lui, les De Rochebrune ne pourront pas faire de remarque sur mon apprentissage auprès des Lenain, ni sur mon manque d'expérience dans le domaine des Affaires étrangères.
- Je comprends pourquoi tu veux aller lui parler, mais je ne vois pas comment je pourrais t'aider, admit Draco. Ma famille n'est en contact avec l'étranger que lorsqu'il s'agit de questions économiques. Nous n'avons pas de liens avec la politique française. De plus, la situation de ma famille ne pourrait pas grandement te servir. Elle est quelque peu délicate, à l'heure actuelle, avoua-t-il sans trop en dire.
- Peu importe ! s'exclama Astarté avec légèreté.
Draco n'eut aucun mal à reconnaître l'influence de Marianne Lenain, dans la manière de parler de la jeune femme.
- Je n'ai pas besoin que tu tiennes la conversation, lui expliqua-t-elle tout bas. Je veux seulement te présenter à lui pour engager la conversation sur des sujets futiles. Tu comprends, Ludovic a vécu deux ans à Londres, avant de revenir en France et d'entamer sa carrière fulgurante. C'est l'occasion pour moi de lui faire croire que je ne m'intéresse pas à lui que pour ma carrière.
- Parce que ce n'est pas le cas ?
- Si ! s'exclama-t-elle joyeusement. Mais il n'a pas besoin de le savoir, affirma-t-elle plus posément. Je sais que c'est un coureur de jupons, que je lui plais, mais que je n'ai qu'un tout petit créneau pour en tirer mon parti, avant qu'il ne jette son dévolu sur une nouvelle proie.
Draco fronça les sourcils, peu certain de ce qu'il devait penser ou dire.
- Ne fais pas cette tête, le charria-t-elle. Je n'ai pas forcément l'intention de passer à l'action. Ludovic est très intelligent et il a l'avantage d'être malin, en plus. Malheureusement pour lui, les femmes sont sa grande faiblesse. Autant en profiter.
- J'ai envie de te dire que c'est immoral, répliqua Draco d'un ton sombre, mais je sais qu'il existe des méthodes de manipulation bien pires. J'ai connu une femme qui se servait de ses charmes pour arriver à ses fins et qui y parvenait toujours, affirma-t-il en songeant à la mère de Blaise. Alors pourquoi pas toi ?
La société sorcière anglaise était définitivement patriarcale. Les rares femmes qui avaient un certain pouvoir avaient dû se battre, être intransigeantes autant avec elles-mêmes qu'avec les autres et presque effacer toute leur féminité. Feu Amélia Bones, à la tête du département de la Justice magique, ou Minerva McGonagall, actuelle directrice de Poudlard, en étaient les meilleurs exemples.
Draco avait longtemps méprisé les femmes pour leur « inutilité » et leur « fragilité », malgré les leçons de morale de sa mère. Il avait totalement changé d'avis le jour où il avait rencontré la mère de Blaise. Athéna Zabini était particulièrement belle, retorse et vicieuse. Après l'avoir rencontrée, Draco avait compris que les femmes pouvaient être femmes et dangereuses. Ses sept maris l'avaient sans doute compris trop tard.
- Pas moral ? s'amusa ouvertement Astarté. Marianne dirait que la nature nous a dotées d'atouts et qu'il serait honteux de ne pas s'en servir.
Draco se contenta de hausser les épaules et d'offrir son bras à sa cavalière. Astarté le dirigea en toute subtilité jusqu'à un sorcier assez grand et plutôt bel homme. Ses cheveux, d'un blond tirant sur le brun, permettaient à ses yeux vert d'eau d'attirer toute l'attention de ses interlocuteurs. Il avait un charme certain et Draco comprenait pourquoi l'homme se permettait de batifoler à droite et à gauche.
Ludovic Bonnet était en grande conversation avec un sorcier de haute stature à la robe richement brodée. Draco reconnut immédiatement les armoiries officielles de celui qui était sans doute chef de famille. Les deux épées qui croisaient le fer au-dessus d'une tour de pierres sombres représentaient la famille De Rochebrune.
C'est presque instinctivement que Draco redressa la tête et le buste. Astarté, elle, profita habilement d'un blanc dans leur conversation pour s'avancer et s'imposer.
- Ludovic ? fit-elle semblant de s'étonner avec ravissement. Comment allez-vous ?
Le sorcier se tourna vers la jeune fille avec un sourire étincelant qui rappela Lockhart à Draco. Il y avait quelque chose de faux, de maniéré, dans ce sourire. L'homme lui parut soudain beaucoup moins sympathique. D'autant plus que les yeux si particuliers de cet homme témoignaient sans fard de sa vivacité d'esprit. Un mélange malsain.
- Astarté ! C'est un plaisir de vous rencontrer ici. Je vais toujours bien quand je vous vois, ajouta-t-il avec une pointe de malice. Vous êtes absolument ravissante, ce soir.
- Et vous êtes éblouissant, comme à votre habitude, répondit Astarté avec un sourire presque candide.
Le regard de Ludovic Bonnet s'arrêta un instant sur Draco, dont Astarté tenait lâchement le bras. Cette dernière en profita pour faire les présentations.
- Ludovic, je vous présente Draco Malfoy, qui vient d'Angleterre mais a choisi de passer cette fin d'année en France.
- Monsieur Malfoy, prononça le Français d'une voix affectée, j'ai tant entendu parler de vous, outre-Manche. Je suis enchanté de vous rencontrer ici.
Etrangement, Draco n'en crut pas un mot.
Il ne doutait pas que Ludovic Bonnet ait eu vent de sa situation précaire sur le plan judiciaire, puisque le procès auquel il avait eu droit avait eu un fort retentissement en Angleterre sorcière. L'homme le méprisait – Draco le sentait sans le moindre doute – mais il ne le faisait pas ouvertement. Plutôt à la manière d'un Serpentard.
Bien. Draco était en terrain connu.
- Je suis également charmé, croyez-le bien, dit-il d'un ton ennuyé qui démentait ses paroles. Mais je n'ai pas le plaisir d'avoir entendu parler de vous. Monsieur ?
Le sourire de Ludovic Bonnet fondit imperceptiblement, mais suffisamment pour qu'un observateur attentif comme Draco puisse le remarquer. Le jeune homme pouvait reconnaître la bonne capacité de ce politicien à dissimuler son état d'esprit, mais il lui semblait bien que Ludovic Bonnet avait une autre faiblesse que les femmes : l'orgueil.
Astarté, elle, était intérieurement mortifiée de cette répartie à la limite de la politesse. Mais s'il y avait bien une chose que Draco ne supportait pas, c'était le mépris. Le mépris lui rappelait trop son passé et il avait bien l'intention de lutter contre ça.
- Oh ! Je manque à tous mes devoirs ! lança-t-elle pour désamorcer la situation. Draco, permettez-moi de vous présenter Ludovic Bonnet, haut conseiller personnel du président de la Magie, ainsi que Côme De Rochebrune, patriarche de la famille De Rochebrune et directeur actuel du département des Affaires étrangères.
N'oubliant pas ses manières – et malgré l'ordre dans lequel Astarté avait choisi de présenter les deux hommes – c'est d'abord devant Côme De Rochebrune que Draco s'inclina, légèrement mais respectueusement.
- C'est un honneur de rencontrer le chef de la si grande famille De Rochebrune, monsieur. Mors et vis.
L'homme, à la cinquantaine bien sonnée, sembla apprécier la reconnaissance du jeune sorcier, ainsi que la citation de sa devise familiale, car il inclina la tête à son tour – grand privilège pour qui le connaissait.
- Monsieur Malfoy, je suis moi-même heureux de rencontrer l'un de mes… homologues anglais.
Draco saisit immédiatement l'allusion. S'il connaissait bien l'histoire de la famille De Rochebrune, c'était d'abord parce qu'elle était la première fortune de France, mais aussi parce qu'elle prônait ouvertement l'importance de la pureté du sang depuis des générations. Son père avait longtemps envisagé de prendre contact avec les De Rochebrune pour appuyer l'entreprise de Voldemort en Angleterre, puis en France. Cependant, les De Rochebrune n'accordaient leurs faveurs qu'aux vainqueurs assurés et rien n'avait finalement été conclu entre eux.
- J'ai toujours regretté avoir été trop jeune pour accompagner père, alors qu'il vous rendait visite. Tous les gens de bien ont désiré au moins une fois voir le si célèbre château De Rochebrune de leurs propres yeux.
Draco montrait qu'il connaissait les liens lâches entre les Malfoy et les De Rochebrune et donnait en même temps l'impression d'admirer le Français. Cependant, si la réputation des cachots De Rochebrune était à moitié à la hauteur de la réalité, il préférait se faire enfermer un an à Azkaban, plutôt que d'approcher le château à moins d'un kilomètre.
Côme plissa légèrement les yeux et observa attentivement Draco. Ce dernier n'appréciait pas cette impression d'être jaugé, mais il était désormais habitué à cacher son malaise.
Ludovic Bonnet, lui, semblait ennuyé par l'intérêt de son interlocuteur pour Draco Malfoy, ainsi que par le manque de déférence que le jeune homme avait témoigné à son égard.
- Astarté, dit-il en se tournant vers la jeune femme, j'aimerais beaucoup vous présenter à l'un de mes amis proches, si vous le permettez. Laissons là les pesantes discussions familiales et profitons plutôt de la soirée, qui s'annonce si plaisante.
- Elle l'est déjà pour moi, répondit Astarté avec grâce, puisque je peux profiter de votre compagnie quelques instants.
C'était là le genre d'attitude que Ludovic Bonnet préférait grandement à celle du jeune Malfoy, si important fût son nom. C'est pourquoi il prit congé de Côme poliment, ignora le jeune sorcier, et emmena avec lui la pétulante jeune femme qu'il convoitait. Astarté, elle, fit une moue désolée en direction de Draco, parce qu'elle savait qu'elle le laissait seul aux côtés de l'un des hommes français les moins agréables qui soit.
ALLALLALLALLALLALLALLALLALL
Samedi 19 décembre, début de soirée
Aline et Lina suivirent leur père sans protester, mais c'était bien parce qu'il s'agissait d'une soirée mondaine importante pour l'image et l'influence de la famille Lenain. Dès que les jumelles furent loin des oreilles indiscrètes et que leur père eut lancé un sort d'intimité, Lina protesta.
- Tu sais qu'on ne devrait pas laisser le Rêveur tout seul.
- Je sais, mais Astarté n'est pas censée connaître le statut de Draco et je dois justement vous demander votre avis à son propos.
Lina fronça les sourcils. Elle n'aimait pas l'air sérieux de son père. C'était un peu comme si Aline cessait soudain de sourire : cela annonçait les ennuis.
- Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle en suivant Astarté et Draco des yeux.
- L'Ancien m'a contacté juste avant que je quitte le château. Il semblait agité et souhaite parler au Rêveur de toute urgence. Il vous demande d'être présentes et prêtes à... jouer votre rôle de Gardiennes, si je puis dire.
- Que va-t-il lui faire ? demanda Aline, inquiète.
Elle n'aimait pas l'Ancien (1). C'était viscéral, depuis les manipulations de Joseph d'Arimathie avec sa vie, qui avaient conduit à tant de douleurs et tant de réincarnations malheureuses. De plus, elle n'aimait pas l'avertissement qu'il avait donné à son père. Jouer son rôle signifiait endurer la douleur du Rêveur, pour que celui-ci puisse voir.
- Ce que je voudrais surtout savoir, grinça Lina en regardant son père suspicieusement, c'est comment l'Ancien a pu savoir que Draco séjournait chez nous pendant les vacances de fin d'année…
Lorsque François prit un air un peu coupable, Lina gronda, frustrée.
- Tu n'étais pas censé parler à l'Organisation tant que Draco n'a pas eu de nouveau rêve !
- Je n'ai pas parlé à l'Organisation, protesta François. J'ai seulement un peu trop parlé avec l'Ancien. Il sait que vous êtes liées au Rêveur – ne me demandez pas comment – et c'est pour ça qu'il est venu me voir. Il se sert de moi comme ambassadeur auprès de vous.
Aline ricana d'un air sinistre que Lina n'aurait pas renié. L'Ancien avait appris à ne pas les prendre à la légère, un jour où Lina était vraiment très en colère. Le seul vrai avantage de leurs réincarnations successives était qu'elles avaient pu apprendre à maîtriser leur élément d'une manière qui faisait même frémir l'Ancien !
- Je vous demande donc votre avis, puisque l'Ancien compte passer au château demain : peut-il voir Draco ou non ?
- Que veux-tu qu'on dise ? râla Aline. Les Anciens finissent toujours par débusquer les Gardiens et les Rêveurs. On n'a pas vraiment le choix.
- Dis-lui qu'il peut venir, répondit finalement Lina, mais qu'il prenne garde à ses manières. Si nous avons la sensation qu'il met le Rêveur en danger, nous le jetterons dehors avec un coup de pied aux fesses ! Qu'il soit Ancien ou pas.
François eut grand peine à retenir un rire. Lina ne faisait pas cette menace à la légère. Plus jeune, avec le concours amusé de sa mère, elle avait mis dehors l'un des hommes de compagnie du château qui avait eu l'indécence de draguer sa sœur. Avec un coup de pied aux fesses… Autant dire qu'il n'avait pas aimé du tout.
- Il faut prévenir Draco de la visite de l'Ancien, décida Aline. Je ne sais pas ce qu'il compte faire, mais j'ai déjà l'impression que Draco ne va pas aimer.
Lina acquiesça et les jumelles se dirigèrent à grands pas vers leur Rêveur qui, laissé seul avec Côme De Rochebrune, ne semblait pas apprécier le discours de ce dernier.
- Comment allez-vous, monsieur De Rochebrune ? lança Aline d'un ton trop joyeux pour être honnête, en arrivant auprès des deux sorciers.
Côme se contenta d'un reniflement dédaigneux. Il n'appréciait pas l'attitude cavalière des filles Lenain et l'orgueil de leur père, qui cherchait toujours à lui mettre des bâtons dans les roues. C'est pourquoi il ne prit pas la peine de répondre, tourna le dos aux trois jeunes gens et s'éloigna d'un pas raide.
- Je vais m'habituer à ce que vous me sauviez de toutes les situations délicates, souffla Draco, dont le visage s'était légèrement détendu en voyant le vieux chef de famille s'éloigner.
- Que t'a-t-il dit pour te mettre en colère ? demanda Lina avec sérieux.
- Rien de réellement important, répondit Draco d'un ton qu'il voulait léger, mais qui s'avéra grinçant. Il semblerait, poursuivit-il, qu'il connaisse certains travers de ma famille qui ne me rendent pas fier.
Draco avait hésité un instant avant de s'ouvrir, mais il faisait suffisamment confiance aux jumelles pour admettre qu'il était tracassé par les remarques du vieux chef de famille français.
Lina plissa les yeux et examina la silhouette de Côme De Rochebrune, comme si elle pouvait y lire des réponses essentielles. Elle connaissait une partie du sombre passé de Draco, comme la plupart des élèves du Palais, désormais. Cependant, si elle n'était pas inquiète des éventuelles réactions de simples étudiants en Médicomagie, elle n'aimait pas l'idée que la famille De Rochebrune ait d'éventuels moyens de pression sur son Rêveur.
- Avant de nous amuser, chuchota Aline à l'oreille de Draco, il faut qu'on te prévienne d'une chose importante…
Draco tourna toute son attention vers sa Gardienne, s'attendant à une sorte de mise en garde à propos de certains invités de la soirée…
- L'Ancien sera au château demain.
… mais non. Ça n'avait rien à voir. Et Draco se demanda ce que cela signifiait pour lui.
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Dimanche 20 décembre
Marianne effaça d'un coup de baguette les notes et les schémas qu'elle avait présentés à Draco la veille. La métamagie intéressait beaucoup le jeune sorcier, même s'il avait des difficultés à appréhender les calculs précis qui permettaient de déterminer le geste et la formule d'un sort en création.
- Installe-toi, lui proposa-t-elle gentiment. Je vais chercher une carte et je reviens.
Draco obéit. Dans son grand bureau personnel – celui dans lequel elle menait ses recherches – Marianne Lenain avait fait installer une sorte de vieille table d'écolier. Bien que la chaise accrochée à cette table fût un peu vieille et patinée par le temps, elle avait été rendue confortable par quelques sorts bien pensés.
Et c'était tant mieux, parce que si Draco connaissait toujours l'heure à laquelle il entrait dans ce bureau, il n'était jamais certain de l'heure à laquelle il en sortirait. Marianne était une grande passionnée et avait cette qualité d'être patiente et de prendre son temps pour répondre à la moindre de ses questions.
Enfin bien installé, avec une petite pile de parchemins et une plume prête à être trempée dans l'encre, Draco attendit le retour de Marianne. Il en profita pour laisser ses yeux inquisiteurs faire un tour du bureau. Il aimait cette pièce. Elle était pleine d'ustensiles et d'outils de mesure variés. Ici ou là, on trouvait des flacons aux contenus étranges, des dessins et des tableaux de calcul dont le sens précis lui échappait encore, des balances avec leurs poids éparpillés, des étagères remplies d'objets divers qui n'auraient pas surpris dans un musée.
Marianne revint avec un rouleau de papier glacé sous le bras. Les Français avaient depuis longtemps abandonné le parchemin, considéré comme trop cher et trop fragile, pour privilégier le papier moldu. Mais les Français avaient toujours été des gens originaux.
- Dis-moi, Draco. Te souviens-tu de notre première discussion, à propos de l'histoire de la métamagie ? Saurais-tu me résumer en quelques mots ce que nous en avons dit ?
- Oui, je me souviens, confirma Draco.
En effet, cette mise en bouche l'avait intrigué et laissé avec de nombreuses questions, que les leçons suivantes de Marianne avaient à peine commencé à satisfaire. Ce « cours » avait également été l'un des seuls qui n'avait pas demandé de tableau de calcul ou de longue explication, car Draco avait déjà un bagage culturel bien développé en la matière.
Son regard revint vers l'une des étagères : celle qui présentait de nombreuses statuettes de femmes aux formes exagérées.
- D'après les chercheurs en histoire magique, les sorciers préhistoriques avaient déjà senti que la Magie était une entité complexe, avec des règles et – pourrait-on dire – une volonté propres.
Marianne acquiesça et Draco poursuivit.
- Pour beaucoup de sorciers préhistoriques, la magie était souvent confondue avec la nature elle-même. Elle était considérée comme une mère nourricière, celle qui donne la vie et la reprend. Elle était donc vénérée comme une véritable déesse, une mère. On a d'ailleurs pu trouver de très nombreuses statuettes de « déesses-mères » un peu partout dans le monde.
- En effet, confirma Marianne en regardant fièrement sa collection personnelle de vénus. (2)
- Mais la magie n'était pas encore étudiée en elle-même. Par la suite, continua Draco, les sociétés humaines moldues – et par ricochet, les sociétés sorcières – commencèrent à se développer, à se complexifier et à développer une dimension guerrière prononcée. Le culte de la mère fut remplacé par celui du père, de l'homme, du guerrier. Peu à peu sont alors apparues les grandes religions monothéistes moldues.
- Nous sommes d'accord pour dire que cette évolution est différente selon les endroits du monde, cependant.
Draco acquiesça. Certaines civilisations avaient perpétué le culte de la mère plusieurs siècles, malgré leur complexité et l'intensification des échanges avec d'autres cultures.
- Les sorciers de « l'Antiquité » virent également leur vision du monde se modifier peu à peu. La magie était devenue multiple, personnifiée en des dieux variés à la spécialité propre. C'était le cas pour les Egyptiens, les Indiens, la Rome antique à ses débuts… Même si on ne peut pas encore réellement parler de métamagie, les sorciers cherchaient à approfondir leur connaissance de ces « dieux » pour bénéficier de leurs bienfaits et ils ont parfois fait des découvertes majeures.
Il est vrai que certaines découvertes de l'époque étaient désormais perdues. Les sortilèges qui protégeaient par exemple la pyramide du Scorpion – la quatrième des quatre pyramides de Gizeh – posaient encore de nombreux problèmes. De plus, peu de sorciers modernes étaient parvenus à insuffler une telle longévité à leurs sortilèges, ces derniers siècles.
- La plupart des sociétés sorcières actuelles continuent de concevoir la magie comme une mère nourricière – la Mère Magie – reprit Draco après un instant de silence. Mais je suppose que nous appelons désormais « branches » et « domaines » les différentes magies qui la composent.
Marianne acquiesça avec un sourire satisfait. Elle n'avait pas réellement parlé de la vision moderne de la Magie, ni des domaines, car elle avait bien l'intention d'en faire une leçon à part entière. Cependant, son élève l'avait intelligemment devancé et semblait avoir les bonnes intuitions.
- Au « Moyen-âge », la vision moldue du père fondateur s'opposa à celle des sorciers, leurs dieux et leurs déesses étant considérées comme des superstitions sans fondement qu'il fallait éradiquer. Les moldus étant incapables de faire de la magie, ils ont commencé à croire qu'elle n'existait pas et que les miracles – dont ils étaient parfois témoins – étaient la manifestation de leur dieu unique et tout puissant. C'était du moins le cas en Europe, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans une partie de l'Asie. Ailleurs dans le monde, les sorciers étaient soit parfaitement intégrés aux sociétés moldues, soit laissés libres de leurs croyances.
- Jusqu'à ce que les religions monothéistes moldues s'expatrient et cherchent à s'imposer aussi sur ces territoires auparavant libres, précisa Marianne.
- L'opposition entre sorciers et moldus empira des siècles plus tard, principalement en Europe, alors que les sciences moldues établissaient des règles considérées comme universelles et immuables. La magie n'y avait pas sa place et l'on signa finalement le premier Code international du secret magique en 1689, pour séparer nos deux mondes.
- Que la magie s'adapte mal aux sciences moldues ne signifie pas, l'interrompit Marianne, que la magie n'a pas de règles. La réflexion des sorciers sur ce plan est simplement un peu en retard sur la connaissance moldue, car beaucoup de sorts ont d'abord été créés par hasard, à la suite d'un besoin. Les quelques règles qui ont été découvertes l'ont été plus souvent par chance que grâce à un travail de recherche poussé.
Draco, qui ne put d'abord s'empêcher de se sentir outré d'être dépassé par des moldus, admit en lui-même que l'Arithmancie – qui permettait entre autres de calculer les mouvements de baguettes pour obtenir l'effet désiré – était une matière plutôt récente en elle-même. Elle avait tout au plus un siècle…
- La séparation de nos deux mondes a eu un effet dévastateur sur la société magique, en ce sens que la plupart des sociétés européennes stagnent. Les Etats-Unis et le Japon tentent bien de développer la métamagie et de faire reconnaître les règles qu'ils parviennent à découvrir, mais beaucoup de sociétés sorcières modernes – notamment en Europe – ne s'y intéressent pas réellement. Il faut dire que le préjugé contre les moldus est tenace et que les chercheurs en métamagie s'inspirent beaucoup des expériences scientifiques moldues.
- Vous voulez dire que les expériences que vous m'avez montrées il y a quelques jours sont moldues ?
Marianne et lui avaient décomposé une baguette magique pour en déterminer la « personnalité ». Ils avaient séparé chaque élément, les avaient pesés, fait fondre ou brûler pour en faire ressortir les essences magiques, qu'ils avaient capturées dans plusieurs bocaux. Ils avaient sélectionné des échantillons d'essence et les avaient mélangés pour observer les résultats.
Certains éléments fusionnaient parfaitement et d'autres moins. Ils avaient lancé des sorts dans les bocaux pour vérifier leur efficience. Certains composants étaient inertes, mais d'autres étaient définitivement des accélérateurs ou des freins, voire des éléments bloquants.
La baguette – en bois d'olivier et en cœur de cheveu de nymphe – s'était finalement révélée faite pour les enchantements et les sorts de protection, mais réellement mal adaptée aux métamorphoses et aux sorts d'attaque.
- Un fabricant de baguettes – avait dit Marianne – finit par acquérir une certaine expérience, qui lui permet de déterminer à quelles branches de la Magie est mieux adaptée chacune de ses baguettes. Il connaît leurs « personnalités ». Un bon fabricant de baguettes sait comment choisir et associer les éléments pour offrir une baguette équilibrée à chacun de ses clients, une baguette qui ne laissera pas son sorcier sans défense et qui ne sera pas trop capricieuse, avec des éléments en opposition.
Draco avait parfaitement compris le principe.
- Un excellent fabricant de baguettes connaît parfaitement les règles qui régissent la fabrication de ses œuvres. Mais les trois ou quatre excellents fabricants de baguettes qui existent – tous en Europe – ont toujours refusé de partager leurs secrets, par peur de la concurrence. Les chercheurs, dans cette matière, sont donc quelques peu ralentis. Cependant, notre étude a permis de déterminer quelques hypothèses, dont il reste à déterminer la validité grâce à des expériences adéquates.
Et c'est ce qu'ils avaient fait, Draco imitant les gestes de Marianne, qui possédait tout un stock de baguettes diverses pour ses expérimentations. Il était par exemple intéressant de constater que le bois d'olivier ralentissait ou bloquait systématiquement tous les sorts d'attaque, quel que soit le cœur de la baguette qui lui avait été associé.
Draco avait espéré tester les éléments qui composaient sa première baguette – celle que Potter avait brisée – mais Marianne n'avait pas de baguette en bois d'aubépine et aucun fabricant ne lui avait cédé de baguette avec un poil de licorne comme coeur, car ce dernier ingrédient se révélait fort rare et coûteux.
En revanche, elle avait pu tester sa propre baguette en bois de chêne et poil de Gobelin, qui se révélait très équilibrée entre les sorts de protection amplifiés par le chêne – le cœur restant neutre – et les sorts d'attaque amplifiés par le poil de Gobelin – le chêne restant neutre. Sa baguette était cependant très capricieuse quand il s'agissait de créer des enchantements ou des sortilèges, puisque le chêne et le poil de Gobelin créaient des interférences l'un avec l'autre.
- En effet, répondit finalement Marianne, après un temps de réflexion. La plupart de nos expériences sont inspirées par les moldus, qui sont les premiers à avoir voulu décomposer des matières pour les peser, les mesurer, les transformer… Cependant, nous les adaptons à notre objet d'étude, car la magie qu'on libère se révèle être un élément volatile et capricieux.
- Y a-t-il des résultats concrets sur les études menées en métamagie ?
- Oui, bien sûr. Plusieurs études américaines et japonaises ont amélioré les tableaux d'Arithmancie en dévoilant certaines règles immuables de création de sorts. Ainsi, les sorciers américains ont été capables, il y a un an ou deux, d'isoler quelques règles régissant la branche des enchantements. On savait déjà que cette branche regroupait toutes les magies d'effet, de mouvement, contrairement aux sortilèges qui visent la création ou la destruction.
Draco acquiesça. Son père lui avait appris beaucoup de sortilèges, notamment les destructeurs, mais il avait dû comprendre les principes régissant les enchantements par lui-même. Il était devenu très fort en la matière, parce qu'il aimait beaucoup maîtriser les effets de ses sorts.
Par exemple, il avait enchanté des badges pour se moquer de Weasley, quand il était plus jeune. Il aurait pu créer un badge à effet avec un sortilège et obtenir à peu près le même résultat. Cependant, en se concentrant sur la création du badge et non l'effet désiré, il n'aurait pas pu accumuler tous les effets qu'il avait insufflés à sa création finale : un texte changeant, lumineux et clignotant…
- Les sorciers américains, poursuivit Marianne, ont découvert que chaque enchantement nécessitait une formule en rythme binaire, avec une alternance entre syllabes accentuées et atténuées, pour invoquer le sort, et au moins un demi-cercle de la baguette, pour libérer le sort.
Draco songea au simple sort Wingardium Leviosa. La prononciation de la formule accentuait particulièrement le « gar » et le « o », dans une moindre mesure le « um » et le « le ».
- Le tableau de création qu'ils ont publié, qui permet de calculer le nombre de demi-cercles à effectuer en fonction du nombre de syllabes prononcées, est particulièrement précis, expliqua Marianne. Il est cependant complexe, car il associe 49 cases d'équivalences à respecter.
- Ont-ils réussi à créer de nouveaux enchantements ?
- Ils sont parvenus à créer l'enchantement arc-en-ciel – dont la formule est Arcus Pluvius Colora. Ils s'en servent en ce moment pour créer des bougies à la flamme changeante. J'en ai commandé pour nos futures sauteries, répondit Marianne rêveusement.
« Je ne veux pas savoir, » songea Draco sans oser le dire.
- Les Japonais se sont servis de ce tableau pour améliorer le sort Mobilicorpus. On sait tous que ce dernier n'a jamais été parfaitement stable, puisque l'espace entre le corps et le sol varie beaucoup et que la direction des mouvements du corps par la baguette n'est pas parfaite. C'est pour ça que les Médicomages utilisent rarement ce sort quand l'état du patient est grave.
Draco se souvint avec une grimace de l'une de ses tentatives de Mobilicorpus sur Pansy, au début du règne du Lord noir. Il avait été plus que lent à la ramener dans sa chambre, parce que le sort n'était pas idéal dans son état et il tenait à ne pas empirer ses douleurs par maladresse.
- Les sorciers japonais ont donc légèrement modifié la formule et le mouvement de baguette en fonction du tableau fourni par les américains. La formule est devenue « Mobilitas Corpus », avec un demi-cercle de baguette final au mouvement ascendant. Ils ont constaté qu'ainsi, même si le lanceur du sort dirigeait mal sa baguette pour bouger le corps en lévitation, l'espace avec le sol ne variait plus. Le sort est donc bien plus stable qu'auparavant.
- Ça a l'air simple.
- Oui, parce que je te parle des deux règles les plus simples à suivre et à comprendre avec le tableau d'Arithmancie américain : le rythme binaire de la formule et le nombre de demi-cercles de la baguette. Le tableau est plus complexe, cependant, puisqu'il faut déterminer les respirations dans le mouvement de baguette et le nombre de syllabes le plus efficace pour obtenir l'effet voulu. La formule « Mobiliscorps » ne fonctionne pas, même si – d'après le tableau – son rythme binaire correspond aux deux demi-cercles dans le mouvement original de la baguette.
- Je vois, répondit Draco.
Marianne lui avait présenté plusieurs tableaux de création de sorts, ces derniers jours, et il devait admettre qu'il lui avait fallu deux jours pour comprendre réellement le plus simple, composé de seulement neuf cases. Il n'était pourtant toujours pas capable de l'utiliser pour imaginer un nouveau sort efficient. Alors il n'imaginait pas le travail titanesque nécessaire pour créer un nouveau sort en respectant toutes les équivalences dans un tableau de 49 cases.
- Mais comment crée-t-on ces tableaux ? demanda-t-il soudain. Comment peut-on connaître la complexité de certains sorts, le nombre de cases idéal, les rapports entre chaque chiffre ? La métamagie utilise l'Arithmancie et l'expérimentation pour découvrir des règles magiques et des sorts, mais d'où viennent ces tableaux que les chercheurs utilisent ?
- C'est l'objet de la leçon du jour, déclara Marianne avec un sourire. Certains tableaux sont améliorés par les expérimentations des chercheurs, mais peu de sorciers sont capables de créer un nouveau tableau ou de nouvelles formules chiffrées en Arithmancie, car il s'agit encore d'une branche obscure de la métamagie.
Draco trempa sa plume dans l'encre et se prépara à noter un maximum d'informations, son esprit de chercheur débutant déjà excité par la perspective de découvrir de nouvelles facettes de la magie.
- Nous avons fait des recherches grâce à l'expérimentation et confirmé quelques règles de la Magie grâce à l'étude des baguettes, rappela Marianne. Ces règles sont intuitivement admises depuis des millénaires : la Magie n'est pas uniforme, elle ne circule pas de la même manière partout et elle est composée de branches à l'identité propre. Les matières, comme les gens, ont des affinités différentes avec ces branches.
Même sans avoir expérimenté la décomposition des baguettes, il était évident que chaque individu ne maîtrisait pas la magie de la même manière. Il suffisait de mettre un Londubat à côté de son parrain pour s'en rendre compte.
- Nous avons également utilisé des tableaux arithmantiques acceptés depuis de nombreuses décennies pour comprendre comment solliciter la Magie afin d'obtenir un effet voulu, c'est-à-dire comprendre comment créer un sort. Si l'Arithmancie est une branche précise et réglée de la magie, il faut en revanche savoir que la création de nouveaux tableaux s'appuie sur… comment appeler ça ? Des intuitions…
Draco leva un sourcil. Il était bien placé pour savoir qu'une intuition n'avait rien de fiable, ni de scientifique.
- Tu vas comprendre, dit Marianne en captant son scepticisme.
Elle déroula la carte qu'elle avait amenée plus tôt et la plaqua au tableau d'un coup de baguette magique.
- Tu dois connaître ce dessin, non ?
- Le Cosmimago, souffla Draco.
Il reconnaissait sans peine le plus ancien symbole de la divination. Les deux cercles concentriques et l'étoile entre deux, les cinq symboles qui, d'après les jumelles, représentaient les éléments, le carré qui entourait tout cela, excluant les rectangles qui représentaient – selon certains sorciers – les autres dimensions que la Terre.
- Mon professeur de Divination m'a dit que ce symbole avait de nombreux usages possibles(3), mais elle ne m'a jamais détaillé lesquels.
- Ce symbole a toujours eu de nombreuses acceptions, des sens différents en fonction des sorciers qui cherchent à en percer le secret. Ce qui est certain, c'est que ce signe est magique et qu'il a un effet réel sur les sorts.
- Il permet d'amplifier un appel à prophétie, en tout cas, confirma Draco.
- Il permet d'amplifier beaucoup de sorts, mais ses effets sont très difficiles à maîtriser pour le sorcier moyen.
Elle eut une grimace en songeant au nombre d'accidents provoqués par des sorts amplifiés. C'était comme pour les baguettes gravées de runes. Il y avait toujours un grand risque pour que le sort lancé échappe aux mains de son créateur.
- L'essence magique du Cosmimago a récemment poussé quelques chercheurs à en analyser les éléments de construction et leurs interactions, poursuivit-elle en reprenant le fil de son explication. Tous les chiffres existant sont présents à divers degrés, dans cette image. On y trouve ainsi une étoile ou un carré, deux cercles, trois vagues ou trois dents ou trois côtés du triangle pour ce qui est des cinq symboles enfermés dans le carré. Lui-même a quatre points de contact avec le cercle extérieur en plus d'avoir quatre côtés, et ça continue de la même manière pour tous les autres chiffres.
Draco entendait bien son professeur particulier de métamagie, mais il était de plus en plus distrait par les formes mouvantes du Cosmimago. A chaque fois qu'il contemplait le symbole, ce dernier semblait prendre vie sous ses yeux.
- En analysant les liens entre chaque élément, il est possible de déterminer des associations ou des oppositions de nombres. Les chercheurs en métamagie pensent actuellement que le Cosmimago est une représentation de la Magie et que ces nombres forment donc des tableaux capables de révéler les règles qui régissent chaque branche magique.
Draco cligna des yeux et reporta son attention sur Marianne pour éviter de perdre le fil de son discours. Il ne devait pas se laisser emporter au loin par le dessin.
- Et je dois bien avouer que même si ces théories reposent sur une interprétation intuitive du Cosmimago, quelques chercheurs ont su mettre en lumière de nouveaux liens magiques entre suites et tableaux arithmantiques. Par exemple, il a été déterminé que le chiffre 1 et le chiffre 5 sont très liés, puisqu'il y a une étoile pour 5 branches ou un carré qui inclut 5 symboles. En revanche, 1 s'oppose à 7, puisque le carré exclut totalement les 7 rectangles autour du Cosmimago. Dès lors, un tableau équilibré ne peut pas lier 1 et 7 dans deux cases mitoyennes, car il y a lutte.
- Est-ce que cela fonctionne vraiment ?
- Oui, répondit Marianne. Si l'on tente de changer des éléments ou des proportions du Cosmimago, le résultat provoque des catastrophes. Le chercheur Renald Osborne s'est vu amputé d'un bras le jour où il a jeté un sort en se tenant au cœur d'un Cosmimago auquel il manquait un des cinq symboles que tu vois autour des branches.
Draco acquiesça vaguement, se souvenant que Betty Noisy lui avait tenu à peu près le même discours.
- De la même façon, ne pas respecter certaines règles dans les tableaux arithmantiques provoque des déséquilibres et il est impossible d'inventer un nouveau sort efficient dans ce cas.
- Ainsi le Cosmimago est à l'origine des tableaux que nous connaissons, déclara Draco. Il s'agit en quelque sorte d'une représentation équilibrée – voire d'une représentation de l'équilibre – de la Magie.
Il avait au moins une réponse à sa question, même si cette réponse ne le satisfaisait pas pleinement.
- Ce symbole est en effet à l'origine de nos améliorations et de nos tableaux les plus récents. Cependant, contrairement à certains collègues, je soupçonne le Cosmimago de respecter des règles et des proportions magiques découvertes il y a des siècles, pas d'être une représentation de ces règles. Je parlais d'intuition tout à l'heure, car nous devinons que l'efficience et la puissance de ce symbole proviennent du respect de certaines lois magiques. Mais nous regardons une image. Nous redécouvrons donc les règles mises en évidence par cette image, mais pas toutes les règles qui régissent la Magie.
D'un sort, Marianne enroula de nouveau la carte au tableau.
- Pour découvrir toutes les lois de la création magique, nous devons encore déterminer des processus de recherche qui mettent en jeu la Magie elle-même, en tant qu'entité complexe. C'est un travail gigantesque qui demandera encore des décennies d'expérimentations plus ou moins heureuses.
Elle fut interrompue par trois coups secs, frappés contre la porte. Marianne fut trop surprise pour répondre : son mari lui-même ne venait jamais l'embêter dans son bureau.
Sans attendre, la personne ouvrit et Marianne se redressa soudain, toute sa physionomie exprimant son mécontentement. Elle n'avait pas encore eu le temps de parler des domaines à son élève et elle se sentait frustrée. Sans compter qu'elle n'appréciait que peu l'homme qui venait de l'interrompre – l'Ancien – qui ne lui avait pas vraiment laissé le choix de son avenir quand elle l'avait rencontré pour la première fois…
- Monsieur Lysinge.
- Vous ! s'exclama Draco, abasourdi.
Le sorcier noir, à la longue robe verte et jaune, était appuyé légèrement sur un bâton de marche épais que Draco ne lui avait encore jamais vu. Mais il était tout à fait certain de reconnaître John Doe, l'homme du bateau.
- Puis-je avoir une conversation privée avec le Rêveur ? demanda-t-il à Marianne, en ignorant Draco.
Marianne pointa un doigt menaçant vers Draco, tout sourire.
- Nous n'avons pas terminé, le prévint-elle. Nous reprendrons cette leçon dès que possible.
Elle sortit du bureau en refermant soigneusement la porte derrière elle. Le sorcier envoya un sort vers la porte à l'aide du bâton de marche – son bâton de sorcier – afin d'empêcher quiconque d'écouter leur conversation.
- Vous… reprit Draco. John Doe. Vous êtes l'Ancien, l'accusa-t-il.
- C'est une bonne déduction, répondit l'homme, mais ce n'est pas mon vrai nom, précisa-t-il avec un petit sourire amusé qu'il perdit rapidement.
- Oui, je m'en étais bien rendu compte, grogna Draco.
L'homme plissa les yeux et le jeune sorcier se sentit examiné avec attention. Il n'aimait pas cela.
- Et quel est votre nom ? demanda-t-il, provoquant.
- Mon vrai nom est Abou Lysinge, l'informa le sorcier noir d'un ton factuel. Mais ceux qui me connaissent vraiment m'appellent l'Ancien.
Il se mit soudain à faire les cent pas, tout en regardant fréquemment dans sa direction. Il était évident qu'il était fortement contrarié et agité. D'une certaine façon, cela rendit Draco très nerveux.
- Pourquoi vouliez-vous me voir ? lui demanda-t-il.
- Il s'avère que j'ai assisté à un bal, hier soir, commença-t-il.
« Oui, moi aussi. Et alors ? » songea Draco.
- A ce bal, j'ai fait la connaissance d'un jeune sorcier. Harry Potter.
Abou s'interrompit un instant pour observer attentivement la réaction du Rêveur. Ce dernier pâlit sensiblement.
- Et donc ? demanda-t-il d'un air qu'il voulait détaché, mais qui était définitivement tendu.
- En tant qu'Ancien, je perçois des liens que personne d'autre ne perçoit. Il faut bien que je sois capable de retrouver les Gardiens où qu'ils soient dans le monde… Et il y a un lien en particulier qui me perturbe.
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, déclara Draco de mauvaise foi.
Il détestait parler de son enchaînement à Potter. Le moins de personnes seraient au courant, le mieux ce serait. Finalement, Abou se précipita vers Draco et se pencha vers lui par-dessus le bureau.
- Ne me prend pas pour un sot ! Le lien qui vous lie, toi et ce sorcier, est bien trop fort pour ne pas m'avoir alarmé.
- Comment ça, fort ? demanda Draco, intrigué.
- J'ai vu ta magie et la sienne intimement liées ! J'ai vu un lien qui, je le devinais, devait m'amener jusqu'à toi. J'avais raison. Harry Potter est maître de ta magie.
Draco se mit debout et recula d'un pas, agité. Etait-ce si visible ?
- Comment as-tu pu ? demanda l'Ancien à nouveau agité. Qu'as-tu fait ? Le Rêveur doit être libre et sa magie toute entière tournée vers l'accomplissement de son rôle. Le Rêveur est censé protéger le monde que nous connaissons, pas mettre sa magie au service d'un autre sorcier !
- Je ne l'ai pas décidé ! protesta Draco, qui avait sa fierté. Ma magie a décidé seule ! Elle est libre et s'est attachée à Potter parce qu'il m'a sauvé la vie plusieurs fois.
Abou ne sembla pas apprécier la réponse. Il calculait en lui-même les nombreux problèmes que cela pourrait engendrer. Les prophéties les plus sombres étaient formelles. Si le Rêveur était soumis à un autre… Au « maître final » ou « maître ultime »… Quelle catastrophe. Il devait absolument savoir si le futur avait changé, depuis juin.
- Mais ne vous en faites pas, ajouta Draco d'un air supérieur. Potter n'est pas au courant de ce lien.
- Ho ! Si ! Il est au courant (4). Le lien qui vous lie est si fort qu'il doit avoir été accepté par les deux parties. Autrement, vos magies ne seraient pas si intimement mêlées et le lien n'aurait été qu'un… fantôme de lien.
Il recommença à tourner en rond et Draco sentit monter au creux de son ventre un mélange d'angoisse et de satisfaction. Etrange mélange qui le mettait plus que mal à l'aise.
- Il sait ? murmura-t-il, un peu sonné.
L'Ancien s'interrompit pour observer le jeune homme.
- Il sait et il a accepté ? s'étonna-t-il ensuite.
Draco ne savait pas encore si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Potter connaissait la dette, mais il ne semblait pas vouloir faire appel à lui pour le moment. Et il ne semblait pas avoir réclamé sa vie pour prix de sa dette. Mais pourquoi avoir accepté, s'il ne s'en servait pas ?
L'Ancien, énervé, revint vers Draco à grandes enjambées.
- On pourrait presque croire que tu en es satisfait, déclara-t-il, suspicieux. Te rends-tu compte que ce type de lien ne se brise pas si facilement ?
- Nous sommes vraiment liés… réalisa soudain Draco, pâlissant.
Si Harry Potter avait pris conscience de la dette de vie, alors Draco ne serait plus jamais libre. Mais Potter était-il conscient des conséquences de ce lien de subordination ? De sa complexité ? Et comment avait-il pu découvrir qu'il avait une dette de vie envers lui ? Severus l'avait-il trahi ? Après tout, Harry Potter n'était pas connu chez les sangs-purs comme un sorcier des plus vifs.
- Oui ! s'agaça l'Ancien. Vous êtes liés comme un parent à son enfant, un mari à sa femme… énuméra-t-il sans vraiment faire attention au malaise grandissant du jeune sorcier.
Son regard fit un aller et retour entre Draco et la porte, vers laquelle il envoya un sort.
- Ou comme un Rêveur à ses Gardiens. Vous pouvez entrer ! cria-t-il en direction de la porte.
Draco ne put s'empêcher de sourire malgré son angoisse, qui avait définitivement pris le pas sur sa satisfaction. Ses Gardiennes étaient et seraient toujours là pour le protéger. Aline et Lina ouvrirent la porte d'un air digne, comme si elles n'avaient jamais essayé d'écouter à travers. Elles vinrent s'installer de chaque côté de Draco.
- Mes angoisses étaient donc fondées, déclara l'Ancien sombrement. L'avenir ne se présentait déjà pas sous les meilleurs auspices, mais il pouvait s'améliorer. Il est donc nécessaire de voir à quel point ce que je viens d'apprendre affecte le futur que nous avions entrevu en juin, sur le bateau.
Draco fut tout de même reconnaissant à l'Ancien de ne pas parler de la dette de vie. Quelles que soient les motivations du sorcier, elles concordaient avec son désir de garder ça secret.
- Nous avons besoin d'un songe de l'avenir. Faites préparer une chambre, ordonna-t-il aux jumelles.
Celles-ci furent visiblement agacées par le ton, mais elles invitèrent les deux sorciers à les suivre. Resté un instant en retrait, Draco s'adressa à l'Ancien.
- Je ne sais pas encore maîtriser mes songes d'avenir, mais je sais que celui de juin n'a pas changé, affirma-t-il, sûr de lui. Car mon lien avec Potter existait déjà quand j'étais sur le bateau.
Abou fronça les sourcils. C'était une donnée qu'il devrait analyser par la suite.
- Je ne peux pas prendre de risque, répondit-il néanmoins. Il est impératif de vérifier. J'ai ce qu'il faut pour t'aider à rêver, comme sur le bateau.
Dans la chambre d'ami ouverte par les jumelles, qui étaient définitivement tendues en présence de l'Ancien, Draco fut invité à s'allonger sur le lit. L'Ancien sortit une fiole de liquide verdâtre et la lui tendit, lui conseillant de boire.
- Cette décoction de mon cru t'ouvrira l'esprit encore plus que d'habitude.
- C'est une drogue ? protesta Aline. Mais Draco n'a pas besoin d'une drogue pour rêver.
- J'ai besoin du songe aujourd'hui, insista l'Ancien, au plus grand déplaisir des jumelles.
Draco ouvrit le flacon et le but, conscient qu'il n'avait pas eu de nouveau rêve depuis le Palais. Il ne pouvait pas dire que ça lui manquait, cependant. Il retrouva la sensation de chaleur et de nausée qu'il avait expérimentée la première fois, avec le Whisky, puis s'évanouit, les yeux révulsés.
L'Ancien plongea avec Draco au cœur de sa vision.
La boue… Le sang qui pleut. Comme la première fois, Draco fit tous les efforts du monde pour atteindre l'arbre en feu, sous lequel dansait la vieille femme folle. « L'équilibre est rompu ! » chantait-elle en riant. « L'équilibre est rompu ! » Draco, déjà épuisé par sa marche forcée dans la boue, refusa cependant qu'elle entasse sur son dos les trop nombreux objets qui symbolisaient son passé. Il se sentait à peine la force de rester debout.
Dans la chambre d'ami des Lenain, Aline criait sous la douleur. Dès qu'elle avait vu le sang couler du nez de Draco et ses premières convulsions, elle avait fait tout son possible pour absorber la douleur. Cependant, ce n'était pas suffisant. Lina paniqua quand sa sœur rendit les armes et s'évanouit à son tour.
Alors que le sang coulait en un léger filet d'une des oreilles de Draco, elle se mit en colère. Même si l'Ancien ne pouvait l'entendre, plongé dans le songe de Draco, elle l'insulta avec hargne. La vie du Rêveur n'était sans doute pas en jeu – l'Ancien aurait été fou de le mettre en danger mortel – mais son intégrité physique et mentale pouvait être mise à mal.
Elle prit alors la suite de sa sœur, espérant être plus résistante pour permettre à Draco de ne pas souffrir de trop grandes séquelles. Promis, dès que ce serait terminé, elle chasserait l'Ancien à coups de pieds. Son rôle n'était-il pas, en effet, de protéger le Rêveur des fous qui le menaçaient ?
Dans le songe, Draco souffrait sans avoir réellement conscience de l'état de son corps. Comme la première fois, quand le vent balaya la plaine et que les cadavres s'extirpèrent de la boue en hurlant, la lune fit son apparition. Draco repéra immédiatement l'humain moins décharné qui l'avait marqué la première fois. Ce dernier se redressa et la lune l'éclaira comme un spot. Cependant, au lieu de supplier la lune, il se tourna brusquement vers lui.
Ça, c'était nouveau et Draco paniqua. Il ne supportait pas l'alternance des couleurs dans les yeux de cet humain. Les cadavres pourrissant autour de lui n'osaient eux-mêmes pas s'approcher.
Alors que la boue tombait peu à peu du corps décharné, Draco s'aperçut que l'homme tenait une chaîne dans la main. Son regard toujours fixé sur lui, il ouvrit la bouche. Une nuée de corbeau passa au-dessus de lui et leurs cris semblaient être une parodie de rire. L'humain tira violemment sur la chaîne et Draco, surpris par la force, fut projeté sur plusieurs mètres, jusqu'à ses pieds. Son atterrissage mal négocié lui tira un gémissement de douleur et il leva les yeux vers l'être décharné.
Si ce dernier tenait un bout de sa chaîne, ce devait être Potter. N'était-il pas mort, dans son premier songe ?
- Potter ? demanda-t-il d'une voix faible.
L'humain se pencha vers lui et le saisit par la gorge, un rictus cruel dévoilant ses dents pointues. C'était le sourire qui s'était ouvert dans la lune, la première fois. La couleur des yeux de l'homme variait du vert au rouge, mais il n'y avait plus la moindre trace de gris. Dans sa première vision, cet homme avait parfois le même regard que les Malfoy.
- Potter ! Lâche-moi ! demanda Draco, paniqué par la folie qui brillait dans les yeux changeants.
Il provoqua une réaction, mais certainement pas celle qu'il attendait. Les yeux de l'humain virèrent définitivement au rouge vif et sanguin et il pressa sa gorge fermement. Draco tenta de se débattre, mais il était entravé par ses chaînes.
- Potter, arrête ! gargouilla-t-il avant d'être totalement incapable de parler.
Mais l'humain ne cessa pas et Draco se sentit partir, le manque d'air faisant éclater sa poitrine de douleur.
L'Ancien sortit du songe assez secoué. Il fallut la vision des trois jeunes gens inconscients et mal en point pour qu'il sorte de sa torpeur et les aide. Malgré l'assurance du Rêveur, l'avenir était bien modifié. Quelque chose avait changé. Et ce quelque chose semblait lié à Harry Potter…
HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP
Lundi 21 décembre, après-midi
Harry remercia Hermione avant que le feu ne s'éteigne et se remit debout. Il n'aimait définitivement pas les discussions par cheminées interposées. C'était inconfortable pour le cou et les genoux. Il espérait qu'un sorcier pense un jour à inventer une sorte de téléphone sorcier, pour faciliter la vie de tout le monde. Les Moldus avaient de très bonnes idées, même s'il était peu probable qu'ils inventent un jour un moyen de transport aussi efficace que les cheminées.
- Kreattur ! appela-t-il.
Ce fut Bris qui se présenta dans un pop sonore.
- Kreattur est encore auprès d'Andromeda Tonks et Teddy Lupin, monsieur, dit le jeune elfe.
Harry eut un petit sourire, mais il le perdit rapidement. S'occuper d'enfants plaisait énormément à l'elfe, qui éprouvait encore beaucoup de tendresse pour le souvenir de Regulus, son ancien maître. Cependant, il devait avouer que les visites et les conseils de Kreattur, qui s'étaient espacés depuis qu'il aidait Andromeda, lui manquaient souvent...
- Kreattur a dit qu'il rentrerait dans une demi-heure, poursuivit Bris. Voulez-vous que j'aille le chercher ?
- Non, répondit Harry. Je vais me débrouiller.
Bris fit une courbette avant de disparaître et Harry vérifia rapidement sa tenue dans le miroir qui était accroché au mur. Kreattur aurait sans doute eu quelque chose à redire, étant donné qu'il accordait beaucoup d'importance à la signification des vêtements, mais Harry était bien trop impatient pour l'attendre. Hermione avait réussi à obtenir pour lui l'adresse et le mot de passe de la cheminée des Malfoy.
Si Lucius était assigné à résidence, rien ne lui interdisait d'occasionnelles visites, et cela arrangeait beaucoup les affaires d'Harry.
Il roula soigneusement trois parchemins qu'il avait rédigés le matin même, puis saisit à nouveau une poignée de poudre de Cheminette. Il la lança dans le feu, y entra et prononça la formule. « Aparecium nobilitas nigrae lettrae, Manoir Malfoy. » Harry était aussi prêt que possible, mais il fut tout de même éjecté peu élégamment de la cheminée, une fois arrivé.
- Monsieur Potter ? s'étonna Narcissa.
Harry se remit droit sur ses pieds et s'épousseta quelque peu. Il fut alors plus que surpris de constater qu'il venait de pénétrer dans la bibliothèque familiale des Malfoy. C'était du moins son impression, étant donné la quantité impressionnante de livres et de grimoires à l'aspect ancien qui l'entouraient. N'aurait-il pas dû atterrir dans une espèce de salle spécifiquement conçue pour accueillir des invités ?
Quoi qu'il n'était pas réellement un invité… Harry s'aperçut soudain qu'il avait sali le tapis persan avec la cendre de ses vêtements. Un peu gêné, il lança rapidement un sort de nettoyage. Ce n'était pas parfait, mais c'était beaucoup mieux et il retrouva sa bonne humeur. Il avait en tout cas une nouvelle fois la preuve de ses manières de paysans, à côté des Malfoy et de leur vie guindée.
- Bonjour, madame Malfoy ! lança-t-il d'une voix malicieuse. J'espère que je ne vous dérange pas ? Je suis venu m'entretenir avec votre mari.
Narcissa Malfoy, auparavant assise seule dans l'un des canapés de la bibliothèque, se leva et vint à sa rencontre.
- Vous ne nous dérangez pas, monsieur Potter. Un peu d'animation ne peut nous faire de mal, croyez-moi. Et je vous avais annoncé que vous seriez toujours le bienvenu au manoir.
Harry haussa les sourcils, surpris qu'elle se souvienne de cette offre, qu'il pensait faite dans le feu de l'action. A l'époque, il s'était promis de ne jamais remettre les pieds chez les Malfoy. Sans doute ne fallait-il jamais dire jamais.
- Cependant, ajouta Narcissa avec une moue désapprobatrice, je ne m'attendais pas à ce que votre arrivée soit si cavalière. Nous n'avons pas reçu de hibou vous annonçant.
- Veuillez m'excuser, madame Malfoy, répondit Harry aussi poliment qu'il le put. J'avoue que j'étais assez pressé et que je ne connais pas vraiment la procédure habituelle chez les sangs-purs.
Il observa distraitement la pièce, à la recherche de Lucius Malfoy, et marmonna, plus pour lui-même que pour Narcissa.
- C'est justement la raison pour laquelle je dois voir votre époux…
- Lucius est dans son petit bureau. Il s'est pris d'une étrange manie, ces deux derniers mois, et il passe tout son temps à opérer un grand classement dans ses « documents personnels ». Du moins, dans ceux que le Ministère n'a pas saisis. Il ne devrait pas tarder à me rejoindre au petit salon. Voulez-vous une tasse de thé, en l'attendant ?
- Pourquoi pas, accepta Harry.
Il n'avait pas grand-chose de mieux à faire et il tenait à voir Lucius Malfoy avant que l'idée qui lui était venue lors du Gala de Sainte Mangouste ne lui semble trop mauvaise. Le petit salon était à l'image de tout le manoir : un peu trop richement décoré pour Harry et sans doute un peu trop grand pour être appelé « petit ».
Ce furent cependant les très nombreuses photos qui ornaient la pièce qui surprirent le plus Harry. Partout, on voyait des photos de Draco Malfoy à tous les âges. Harry eut soudain l'impression d'être dans le salon des Dursley, même si l'héritier Malfoy était quand même plus photogénique que son cousin.
Narcissa s'occupa de commander de quoi proposer un thé en bonne et due forme. Elle demanda également à un elfe de prévenir son mari de la présence d'Harry Potter au manoir, mais celui-ci revint immédiatement en précisant que le maître des lieux avait interdit qu'on le dérange et il l'avait renvoyé avant qu'il ait pu le prévenir.
- Tant pis pour lui, déclara Narcissa avec un léger sourire. Il aura la surprise. Va préparer les biscuits.
En attendant d'être servi, Harry céda à la tentation de faire le tour du salon. Même si son attitude n'était pas des plus polies, la maîtresse des lieux ne lui fit aucune remarque. Assise dans un fauteuil, elle promenait elle-même un regard nostalgique sur les photos de son fils.
Plusieurs d'entre elles étaient animées et l'on y voyait un tout jeune garçon plein de vie. Draco Malfoy avait donc su rire et s'était comporté comme un enfant normal, à une époque. Cependant, même sans être extrêmement attentif, Harry put remarquer un changement radical.
Il ne savait dire à quel âge exactement, mais Draco Malfoy avait tout à fait cessé de sourire à l'appareil et posait avec toutes les manières d'un aristocrate. Il avait comme un rictus et ne bougeait pas d'un cil, sur une photo qui était pourtant certainement animée. Narcissa le rejoignit.
- Que pensez-vous de mon fils, monsieur Potter ? lui demanda-t-elle.
Harry se gratta la nuque, gêné par la question.
- Euh… Vous voulez dire sur un plan personnel ?
Narcissa le regarda fixement pendant quelques instants.
- Je vois, dit-elle. Vous ne semblez pas l'apprécier.
Elle soupira et s'approcha de la photo figée et raide de son fils, celle qui avait attiré l'attention d'Harry malgré lui.
- Voyez-vous, monsieur Potter, vous n'appréciez sans doute pas mon garçon, mais il me manque énormément, avoua-t-elle dans un soupir. C'est pour cette raison que j'ai transféré la cheminée de contact dans la bibliothèque. Je ne voudrais pas le manquer, s'il tente un jour de nous contacter. Mais je ne me voyais cependant pas passer mes journées dans le salon d'accueil.
Elle passa un doigt sur l'image, mais il n'y eu pas la moindre réaction. Narcissa soupira une deuxième fois.
- Peut-être n'a-t-il plus l'animation insouciante de son enfance, reprit-elle, mais Draco a toujours apporté à ce manoir un peu plus de chaleur et de vie.
En lui-même, Harry songea qu'il était étrange d'associer les termes « chaleureux » et « Draco Malfoy ». Narcissa se détourna de l'image figée avec un soupir et s'approcha d'une autre photo. Sur celle-ci, on voyait Draco Malfoy – peut-être âgé de six ou sept ans – se balancer joyeusement, agrippé à une branche d'arbre basse.
Harry avait trouvé cette photo amusante, mais totalement en décalage avec l'image d'aristocrate coincé, mesquin et méprisant du Draco Malfoy qu'il connaissait. Le petit garçon de la photo avait quelque chose de… mignon. Oui, c'était cela. Ce n'était pas un mot qu'il aurait imaginé associer à son ennemi d'enfance, mais c'était le terme qui s'était immédiatement imposé à son esprit.
- Vous savez, continua Narcissa, si je pouvais changer mon passé, je sais déjà quel choix je ne ferai plus.
Elle sembla une nouvelle fois se perdre dans ses souvenirs nostalgiques et Harry supposa qu'elle aurait souhaité ne jamais avoir fait la connaissance de Voldemort. Il préféra ne rien dire. Il n'avait pas envie de se révéler encore plus malpoli qu'il ne l'avait déjà fait.
- Bien sûr, poursuivit la sorcière comme si elle ne parlait que pour elle-même, Draco est déjà grand. Je ne le verrai jamais plus courir dans les couloirs comme il le faisait enfant… Mais… si seulement j'avais fait un autre choix… Si je n'avais pas…
Elle s'interrompit brusquement, comme si elle venait de prendre conscience qu'elle parlait à voix haute.
- Peu importe ! Ce qui est fait ne peut être changé.
Elle retourna vivement s'asseoir dans le canapé. Harry était intrigué par ce qu'avait voulu dire la sorcière, mais il décida de ne pas lui poser trop de questions personnelles. D'autant plus qu'il souhaitait instaurer des relations aussi cordiales que possible avec la famille Malfoy, pour pouvoir mener à bien son projet.
Alors qu'il se demandait quel sujet neutre aborder pour un thé, la porte s'ouvrit pour laisser passer un Lucius Malfoy visiblement frustré et animé.
- Narcissa ! lança-t-il d'une voix plaintive qu'Harry trouva tout à fait déconcertante. Ces bandits du Ministère ont volé deux de mes plus précieux documents ! Bien sûr, je peux récupérer certains éléments dans…
- Lucius, l'interrompit Narcissa d'une voix sèche.
Il ne savait pas qu'ils avaient un invité et elle était consciente qu'il s'en voudrait, s'il révélait malgré lui des informations importantes ou confidentielles.
D'abord interloqué par l'intervention de sa femme, Lucius remarqua soudain la présence d'Harry.
- Monsieur Potter, salua-t-il en retrouvant immédiatement sa stature guindée et sa voix pédante. Que nous vaut l'honneur ?
Harry dut se retenir pour ne pas rire devant le contraste. Il se racla la gorge pour se donner un instant de répit et retrouver son sérieux : il n'oubliait pas que l'homme devant lui avait été l'un des plus dangereux partisans de Voldemort et il n'avait pas l'intention de le provoquer inutilement, même s'il n'avait plus de baguette.
- Monsieur Malfoy, le salua-t-il. Je suis venu vous proposer un marché.
Dire que le patriarche Malfoy fut surpris aurait sans doute été l'euphémisme de l'année.
- Nous vous écoutons, déclara posément Narcissa Malfoy.
Visiblement, Lucius n'était pas très heureux de la civilité dont faisait preuve sa femme, mais il se tut et s'installa à ses côtés. Harry, sans y avoir été invité, s'assit en face du couple.
- Bien que nous sachions tous que je n'apprécie pas vos idées les plus radicales et la façon dont vous vous êtes servi de votre influence à une époque, dit-il à Lucius, je suis tout à fait capable de reconnaître que vous aviez vraiment de l'influence au Ministère. J'aimerais donc bénéficier de vos conseils pour faire passer un projet qui me tient à cœur et que les politiques ont presque déjà enterré.
- Et vous me demandez des conseils… A moi ? s'étonna ouvertement Lucius.
- Les autres anciennes familles de ma connaissance n'ont jamais su maîtriser aussi bien que vous les rouages du Ministère, admit franchement Harry. Je veux aussi connaître ces rouages pour m'en servir au mieux.
- Que nous donneriez-vous en échange de telles informations ?
Harry ne fut pas surpris. Il s'attendait à devoir marchander, même s'il espérait que les Malfoy ne lui demanderaient rien de trop compliqué. Sinon, il n'aurait plus qu'à chercher une autre solution… Peut-être passer par Aliénor et la Guilde ? Mais il risquait de creuser le fossé avec le Ministère, s'il jouait trop sur leur antagonisme.
- Qu'attendez-vous ? demanda-t-il finalement. Je ne peux pas vous faire libérer, les prévint-il immédiatement. J'ai déjà plaidé pour vous éviter le baiser du Détraqueur et je ne maîtrise justement pas assez bien le Ministère et ses rouages pour pouvoir aller plus loin.
Narcissa sourit en elle-même, appréciant la manœuvre du jeune sorcier. Toute aide réellement importante ne pourrait avoir lieu que si son mari lui permettait de manipuler efficacement les politiques du Ministère. C'était assez bien vu. Elle savait cependant ce que Potter pourrait faire pour eux. Et pour elle.
- Permettez-nous de voir notre fils pour Noël, demanda-t-elle. Et nous vous apporterons toute l'aide que nous pourrons.
- Narcissa… commença Lucius, dans l'intention évidente de protester.
Ne se rendait-elle pas compte de ce que Potter demandait ? L'aider irait déjà contre tous ses principes, alors demander si peu en échange lui semblait insensé.
- As-tu une meilleure idée ? Un désir plus important que cela ? demanda la sorcière d'une voix glaciale et définitivement dangereuse.
- Non, mais… Narcissa…
- Lucius, l'interrompit-elle d'une voix froide et autoritaire qu'il lui avait rarement entendue. Tu aideras Harry Potter. Je veux voir mon fils.
Lucius dut reconnaître sa défaite. Depuis qu'il était assigné à résidence, sa femme restait à ses côtés malgré son évident désir de voir du monde. Il ne pouvait que se plier à cette exigence. Elle lui réclamait si peu.
- Très bien, accepta-t-il finalement.
- Alors tout est réglé, conclut-elle d'une voix douce, à l'intention d'Harry.
De toute façon, tenta de se consoler Lucius, aucun Gryffondor ne pourrait maîtriser les rouages subtils de la manipulation politique. Ce n'était pas si grave d'aider Potter.
- Tout n'est pas totalement réglé, non, répondit Harry d'une voix calme et polie. Je suis en effet prêt à faire mon possible pour vous permettre de voir votre fils, mais uniquement si nous contractualisons notre accord. Je pense, monsieur Malfoy, que vous devez posséder une plume adéquate pour signer un contrat. Nous pourrions peut-être régler ce détail maintenant ?
Une fois encore, Lucius sembla avoir avalé un citron entier. Cependant, il aimait sa femme. S'il devait faire de Potter un puissant adversaire politique pour la rendre heureuse, alors il le ferait. Même si le dit Potter prouvait une fois de plus sa nature de Gryffondor : il était trop pressé. Impétueux.
- J'ai en effet ce qu'il faut, affirma Lucius. Suivez-moi. Tout est dans mon bureau.
La pièce était pour le moins encombrée et en total désordre. Il semblait à Harry que Lucius avait retourné tous ses placards à la recherche d'un ou plusieurs documents précis. Sur le bureau, sur le sol, partout s'étalaient et s'empilaient parchemins et dossiers divers.
- Comment devrions-nous rédiger ce contrat ? demanda Lucius en espérant pouvoir reprendre la main – et peut-être arnaquer le Survivant.
- Ho ! s'exclama Harry d'un ton léger. Il n'y a rien à rédiger. Il vous suffit de signer ceci, dit-il en sortant le rouleau qu'il avait emporté avant de venir.
Il déroula les parchemins sur le bureau, après avoir fait un peu de place.
- Mais d'abord, reprit Harry, je vais préciser ici quel est le service que vous me demandez en échange de votre coopération pleine et entière.
Lucius fut pris au dépourvu par la préparation évidente du sorcier. Il tordit le cou et constata que le Survivant précisait qu'il était tenu d'apporter aux Malfoy toute l'aide possible pour voir leur fils à Noël. Toute l'aide possible… Lucius aimait ces termes vagues, parce qu'ils lui permettraient de rompre le contrat, si le Gryffondor ne parvenait pas à remplir sa part de marché.
Echouer signifierait en effet pour lui que le Gryffondor n'avait pas mis en œuvre tous les moyens possibles.
- Voilà ! Vous pouvez signer à votre tour !
- Permettez que je lise d'abord le contrat, grinça Lucius.
- Je vous en prie, répondit Harry en conservant son ton léger.
Il papillonna ici et là, en attendant que Lucius Malfoy ait signé. Un dossier ouvert attira son attention. Sur l'un des parchemins, Harry put lire de nombreux noms de Mangemorts connus, même si la majorité d'entre eux étaient morts. Que pouvait faire Lucius Malfoy d'un tel dossier ?
En voyant le Gryffondor fouiner où il ne devait pas, Lucius interrompit sa lecture. Il ne pouvait pas sauter sur son dossier et le fermer au nez du jeune sorcier. Ce serait encore plus louche que prétendre qu'il s'agissait de vieux documents. Agacé, il signa rapidement le contrat – persuadé qu'un Gryffondor était trop noble pour l'arnaquer – et il le tendit à Potter. Il fallait absolument détourner son attention.
- Voilà ! C'est fait, dit-il.
- Parfait, répondit Harry avec un air plus que satisfait. N'oubliez pas de me demander le nouveau mot de passe de votre cheminée, si vous souhaitez inviter quelqu'un au manoir.
- Pardon ?
- Le mot de passe, répéta Harry avec un air malicieux. Comme je l'ai écrit dans le contrat, je ne souhaite pas me retrouver face à de vieux ennemis si je vous rends visite pour nos leçons. C'est pour ça que je deviens le gardien du mot de passe de la cheminée. Si j'ai pu obtenir l'ancien si facilement, n'importe qui d'autre peut y arriver. Au moins, maintenant, je suis sûr que personne ne peut l'obtenir autrement qu'en passant par moi.
Lucius resta silencieux, mortifié. Il n'était pas question qu'il admette avoir fait l'erreur de ne pas avoir lu le contrat jusqu'au bout. Surtout s'il était censé être bientôt un professeur en la matière. Mais il devait admettre qu'une telle clause – surtout le fait qu'il l'ait signée – était vexante.
- Pourriez-vous me faire un double de ce contrat, que je puisse le garder à disposition en permanence ? demanda-t-il néanmoins, pour vérifier s'il avait donné son accord pour d'autres clauses stupides.
- Bien sûr ! s'exclama Harry, en produisant immédiatement un double d'un coup de baguette magique. Vous n'avez pas besoin de me montrer la sortie, dit-il ensuite. Je rentre. Je vous recontacterai afin de convenir d'une date, pour notre première leçon.
- Il faudrait d'abord que vous remplissiez votre clause, se permit de lancer Lucius, toujours vexé.
- Oui, oui, marmonna Harry avec un geste vague, comme si cette clause n'était qu'une formalité.
Il retourna au square Grimmaurd extrêmement satisfait. Il n'aimait pas les Malfoy. Il n'aimait pas les Serpentards. Mais il savait que les conseils de son ancien ennemi lui seraient particulièrement utiles à l'avenir.
SSLMSSLMSSLMSSLMSSLMSSLMSSLM
Mercredi 23 décembre, fin de journée
Severus se présenta aux grilles du manoir Malfoy et remarqua immédiatement la présence d'un Auror en faction, non loin de là. Il s'agissait sans doute de l'Auror chargé d'intimider les intrus et les journalistes, car il n'était pas réellement caché. Severus sentait en effet la présence d'une autre personne, invisible pour le moment.
Ses années d'espionnage lui avaient permis de développer une sorte de sixième sens et il sentait instantanément quand quelqu'un le regardait. Il détectait une présence, même s'il était incapable de situer le deuxième homme. C'était plutôt positif, au fond : il fallait le mettre au crédit des forces de l'ordre du Ministère.
Lucius ne se fit pas attendre. Il ouvrit les grilles de la demeure – à la main, ce qui semblait hautement le contrarier – et il l'invita à entrer.
- Snape, l'accueillit-il froidement.
- Malfoy, répondit Severus en se retenant de lever les yeux au ciel.
Les deux hommes s'avancèrent vers le manoir calmement et en silence. A mi-parcours, Lucius se détendit visiblement.
- Ces Aurors me rendent nerveux, admit-il. Je crains toujours que l'un d'eux me tire dans le dos.
- Et tu sors quand même ? Tu tournes Gryffondor, se moqua Severus.
- Narcissa m'a lancé un sort de bouclier contre les attaques mineures et je te rappelle que les barrières empêchent tout sort de mort de passer. En revanche, je ne suis pas immunisé contre les sortilèges intermédiaires.
- Tu aurais pu te passer de sortir, répliqua Severus, si tu m'avais communiqué le nouveau mot de passe de ta cheminée.
- Je ne peux pas, répondit Lucius, préoccupé. Entre.
Severus précéda Lucius et se rendit immédiatement au grand salon, sachant qu'il était réservé aux invités. Il était certain d'y trouver Narcissa. Lucius ne protesta pas et ne se préoccupa pas du décorum. Les règles strictes de la politesse sorcière ne s'appliquaient plus entre lui et son vieil ami.
- Severus, l'accueillit chaleureusement Narcissa. Bonnes fêtes de fin d'année.
- Merci, Narcissa, dit Severus en l'étreignant brièvement. Bonnes fêtes également.
La maîtresse de maison n'attendit pas les elfes pour leur servir l'apéritif.
- Je vous laisse un instant, déclara-t-elle. Je veux vérifier en cuisine si tout est prêt pour ce soir.
Severus haussa les sourcils en la voyant s'éloigner d'une démarche presque… sautillante.
- Est-ce moi ou est-ce que les fêtes semblent la mettre particulièrement de bonne humeur ? Que lui as-tu fait ? demanda-t-il à Lucius d'un ton presque grivois.
- Ce n'est pas moi, c'est Potter, grogna vaguement Lucius.
Severus s'étouffa avec une gorgée de brandy. Avait-il bien entendu ce qu'il avait entendu ?
Lucius s'autorisa un sourire satisfait en constatant qu'il parvenait toujours à surprendre le maître des potions.
- Potter a obtenu une cheminée internationale pour demain, pour nous permettre de discuter directement avec Draco…
Un 24 décembre ? Les cheminées internationales étaient plus que rares, en cette période. Severus était impressionné.
- Et tu sais à quel point Narcissa est attachée à son fils, conclut Lucius.
Severus se retint de lui faire remarquer que c'était aussi le sien. Lucius avait la fâcheuse manie de surnommer Draco son « héritier », la plupart du temps. « Fils » était une appellation réservée à Narcissa. Peut-être était-ce une forme de fierté mal placée. Perpétuer le nom des Malfoy avait été une angoisse permanente, du temps où Lucius était encore étudiant.
- Comment a-t-il fait ? demanda le potionniste avec une certaine légèreté.
La véritable question était bien « pourquoi Potter a-t-il fait cela », mais Severus n'était pas certain d'apprécier la raison. Le lien entre Potter et son filleul était bien trop particulier pour qu'il pense au Gryffondor sans s'inquiéter pour Draco. Au moins était-il rassuré par le fait que Potter agissait dans l'intérêt de son filleul. Pour le moment, du moins.
- Il semblerait que Potter ait des amis puissants, répondit Lucius en arborant de nouveau un air contrarié. Au sein de la Guilde, précisa-t-il.
- Je vois.
En effet, il voyait. Lucius avait peut-être manqué l'édition de la Gazette qui mentionnait l'amitié naissante entre Potter et le Grand Maître, mais lui avait retenu l'information. Les commerçants les plus importants pour l'économie britannique sorcière bénéficiaient chacun d'une des rares cheminées internationales permanentes. Elles leur permettaient de mener au mieux leurs négociations. L'un d'eux allait sans doute prêter sa cheminée au Gryffondor, pour se faire bien voir du Grand Maître.
- Comment vas-tu pouvoir parler à ton fils ? demanda-t-il tout de même. Auras-tu une autorisation spéciale pour sortir du manoir et te rendre devant la cheminée internationale ?
- Non, démentit sombrement Lucius. Nous avons envoyé un hibou à Draco pour qu'il nous appelle à l'heure convenue, avec le mot de passe de la cheminée qu'on nous prête. Potter s'est ensuite arrangé pour faire transférer l'appel ici, au manoir.
Severus resta un instant interloqué.
- Est-ce que c'est possible, ça ?
Lucius grogna en se frottant l'arrête du nez.
- Oui. C'est le dérivé d'un enchantement d'espionnage moderne. On peut surveiller une cheminée, sans que le sorcier concerné s'en rende compte. Est-ce que tu te rends compte qu'après des années à arpenter le Ministère et à graisser la patte d'un nombre incalculable d'employés, je n'ai jamais appris ça ? s'emporta-t-il.
Severus se retint de faire la moindre remarque. Lui non plus n'avait pas entendu parler de ça, même s'il savait – en théorie – qu'on pouvait espionner des appels par Cheminette. Il trouvait en tout cas le système ingénieux.
- Et tu ne sais pas le pire ? reprit Lucius avec une grimace. C'est une sang-de-bourbe qui a développé cette invention, à partir d'un système moldu de « téléphone » et de « transfert d'appels ».
C'était du moins ce que Potter avait vaguement dit, quand il avait expliqué comment il comptait leur permettre de voir Draco. Severus, lui, savait ce qu'était un téléphone, même s'il n'en avait jamais utilisé. En revanche, il n'avait qu'une vague idée de ce qu'était un transfert d'appel.
- Est-ce là ce qui te contrarie tant ? demanda-t-il à son ami. Voir ton fils grâce à l'adaptation d'une technologie moldue ?
Lucius, qui s'était un instant perdu dans la contemplation de son verre, reprit ses esprits. Il soupira, car la question de Severus touchait à des sujets dont il aurait préféré ne pas parler.
- Ça n'a rien à voir. C'est Potter qui me contrarie.
Severus resta un instant silencieux, puis il se décida à mettre les pieds dans le chaudron.
- Tu continues à le haïr, constata-t-il. As-tu tenté de le tuer ?
Cette idée ne voulait plus le quitter, depuis qu'il avait reçu la lettre d'invitation de Lucius. Froide, sérieuse, cette lettre avait ancré en lui la certitude que Lucius n'avait pas été un simple mangemort, mais le conseiller de Voldemort lui-même. L'air interloqué de Lucius démentit cependant cette certitude.
- Tu penses que je suis à l'origine des attentats contre Potter ? s'exclama-t-il. Mais enfin ! Je suis enfermé au manoir jour et nuit, surveillé de toutes parts par les Aurors et le Ministère, sans baguette. Comment aurais-je fait ?
- Je pensais que tu étais le conseiller, admit calmement Severus.
Lucius eut un ricanement amer.
- C'est me faire trop d'honneur, répliqua-t-il, grinçant. Je n'ai jamais eu autant de pouvoir chez les mangemorts.
- Sais-tu de qui il s'agit ?
- Après ta lettre, répondit Lucius, j'ai mené quelques recherches. Il y a peu, j'ai même réussi à reconstituer certains dossiers que le Ministère m'a confisqués. D'après mes recoupements et mes comparaisons, aucun sorcier de notre connaissance n'aurait pu être le conseiller.
- Comment ça ?
- Suis-moi, proposa Lucius, agité.
Il passa dans une alcôve protégée du grand salon. Severus fut surpris de découvrir une petite pièce, une fois le seuil de l'alcôve franchi. Sur un guéridon trônait un dossier volumineux. Lucius l'ouvrit et lui présenta plusieurs parchemins.
- Tu vois ici ? commenta-t-il. Et ici ? Il m'a fallu du temps et de nombreuses séances en tête à tête avec ma pensine, mais j'ai reconstitué les emplois du temps de la plupart des nôtres. Tu sais que le Lord m'a longtemps chargé des plannings des raids. Ça, c'était mon rôle, souligna-t-il amèrement.
Severus était réellement impressionné. Lucius avait dû passer des jours entiers pour reconstituer les participations de chacun sur plusieurs mois. Soit il était un excellent ami, soit il s'ennuyait vraiment, enfermé toute la journée au manoir.
- Si tu observes bien ce tableau, poursuivit Lucius, tu constateras que les rotations que j'avais imposées pour les raids – afin de fournir des alibis à chacun à tour de rôle – ne peuvent permettre à quiconque de notre connaissance d'être le conseiller.
Severus se pencha et étudia attentivement le parchemin.
- Le conseiller a régulièrement prononcé des discours d'encouragement devant les équipes, au nom du Maître. Notamment avant les raids les plus importants. Ceux-ci, précisa Lucius en montrant du doigt un groupe de dates entourées. Or, chaque sorcier de notre connaissance a participé au moins une fois à l'un de ces raids.
- Cela signifie, reprit Severus en pâlissant, que nous ne savons pas qui était – qui est – le conseiller. En revanche, il est quasiment certain qu'il n'a jamais été arrêté, puisque les Aurors enquêtent toujours à son sujet.
- Exactement !
La voix de Lucius avait claqué dans l'air. Il était toujours aussi contrarié. Severus ferma les yeux et laissa échapper un juron. Si Nott ne l'avait pas informé des propos du mangemort au cimetière, il n'aurait jamais cherché à savoir si Lucius était le conseiller ou non. Le fait que son vieil ami n'était en rien concerné signifiait que la guerre n'était pas tout à fait terminée et que Potter n'en était pas conscient.
- Il faut donc s'attendre à d'autres attentats, déclara-t-il, fataliste.
- En effet, confirma sèchement Lucius en ramenant Severus dans la pièce principale.
- Puis-je t'emprunter ton dossier ?
- Non. Il est à l'abri dans l'alcôve. Personne ne peut y entrer sans mon autorisation expresse.
- Il est vrai que je ne l'avais jamais vue avant.
- C'est – ou plutôt c'était – l'un de mes atouts pour voir sans être vu, révéla Lucius, à l'époque où j'organisais encore de grandes réunions. C'était le bon temps, soupira-t-il.
- Ne me dis pas que tu regrettes le Lord ?
- Non, admit finalement Lucius après un temps de réflexion. Je regrette seulement mon pouvoir politique et ma liberté.
- Tu les retrouveras, le consola Severus en posant une main sur son épaule. Les Malfoy ont toujours su rebondir, même après les plus gros scandales.
- Peut-être que la famille retrouvera de son prestige, si Draco se révèle enfin être à la hauteur.
Severus grinça des dents. Si Lucius avait été le plus heureux des hommes à la naissance de Draco – il avait en effet effectué son devoir envers la famille en ayant un fils – il avait été quelque peu déçu, par la suite. Son héritier ne s'était révélé ni assez puissant, ni assez Serpentard pour lui. Et Draco était douloureusement conscient de ne pas rendre son père assez fier.
Heureusement, Lucius tenait quand même suffisamment à lui pour lui donner tous les moyens possibles de devenir un jour un grand chef de famille.
- En tout cas, reprit Lucius en tirant Severus de ses pensées, je ne serai pas celui qui redonnera de l'éclat à notre nom.
- Tu m'intrigues, déclara Severus. N'as-tu plus l'ambition de devenir le sorcier le plus puissant d'Angleterre ?
- Les Malfoy auront toujours une grande puissance financière. Je possède suffisamment d'entreprises dans le monde pour ça. En revanche, je ne pourrai plus retrouver mon influence politique.
- Et qu'est-ce qui t'en empêcherait ? s'esclaffa Severus.
Lucius avait toujours eu de l'influence politique. Déjà, étudiant, il avait mis la maison Serpentard à ses pieds.
- Potter, répondit sérieusement Lucius.
- Je ne comprends pas.
- Sais-tu ce que Potter m'a réclamé, en échange d'un appel par Cheminette ?
Nous y étions. C'était la question que Severus n'avait pas osé poser à son arrivée.
- Non.
- Lui donner toutes mes ficelles, toutes mes connaissances en matière politique. Par Merlin ! Il veut même connaître les travers de chaque employé du Ministère, dans le but de faire passer ses projets !
Potter avait fait ça ? Voir Lucius pour lui demander de l'aide ? Mais pour quelle raison ? Et dans quel but ?
- Ne m'en veux pas, dit lentement Severus, mais pourquoi toi ?
- Ha ! Pourquoi ? C'est certainement là le plus humiliant.
Lucius se mit à faire les cent pas, révélant ainsi toute sa frustration.
- Ce Gryffondor est un Serpentard mal réparti ! s'exclama-t-il. Il est venu me voir parce qu'il sait qu'il a des moyens de pression sur moi. Il m'a fait signer un contrat, par tous les diables ! Un contrat de sang qui m'oblige à faire de lui un formidable adversaire politique et qui m'interdit de reprendre la carrière. Pas que j'aurais pu, de toute façon, puisque Potter connaîtra toutes mes meilleures manœuvres.
- Il a pensé à une telle clause ? C'est plutôt malin de sa part, marmonna Severus.
- Je te l'ai dit ! s'exclama à nouveau Lucius. Ce Serpentard fait croire à tout le monde qu'il est un gentil Gryffondor inoffensif pour mieux les piéger.
Malgré lui, peut-être à cause de l'alcool, Severus laissa échapper un petit rire.
- Inoffensif n'est peut-être pas le mot… Je ne peux m'empêcher d'être surpris que tu aies signé un tel contrat, cependant.
- Narcissa, répondit Lucius. Elle et le fait que Potter ait habilement détourné mon attention en lorgnant sur le dossier que je viens de te montrer. Je me suis dépêché de signer, pour l'éloigner. Je n'étais pas réellement inquiet, puisque Potter est censé être un foutu Gryffondor, une tête brûlée sans cervelle. Ha ! Il m'a bien manœuvré.
- D'où ta contrariété, commenta platement Severus, qui ne pouvait s'empêcher de trouver la situation très drôle.
- Enfin, Severus ! reprit l'aristocrate d'une voix plaintive. Je me suis fait doubler par un sorcier à peine majeur et sans la moindre expérience politique ! Comment veux-tu que je ne sois pas contrarié ? C'est une honte pour le clan Malfoy tout entier !
- Cesse de dramatiser, Lucius, l'interrompit Narcissa en revenant dans le salon.
Elle avait dû entendre cette rengaine plaintive plusieurs fois. Severus en fut encore plus amusé, même s'il le cacha.
- Sois plutôt satisfait d'avoir enfin un élève à ta hauteur, capable de te proposer un vrai challenge, conclut la sorcière.
La bonne humeur de Severus en fut totalement douché. Si Draco avait été présent, il aurait une fois de plus été profondément blessé par ses propres parents. Heureusement, songea-t-il encore une fois, qu'ils tenaient malgré tout à lui…
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Jeudi 24 décembre, 20 heures chez les Weasley
Heureux de passer Noël réellement en famille, pour seulement la seconde fois de sa vie, Harry sonna à la porte du Terrier.
- Harry ! Sois le bienvenu, mon chéri, l'accueillit Molly Weasley.
Plusieurs voix vinrent faire écho à celle de la maitresse de maison, provenant des quatre coins de la maison.
- Ça fait déjà quelques mois que nous ne t'avons pas vu. Comment vas-tu ?
- Très bien, madame Weasley, merci.
- Appelle-moi Molly, veux-tu ? Tu fais partie de la famille, maintenant.
- J'essaierai, promit Harry.
- A peine eut-il le temps de se défaire de son manteau lourd de neige, que Ginny lui sauta dans les bras.
- Bonsoir, mon cœur. Ta journée s'est bien passée ?
- Parfaitement bien, répondit Harry avec un sourire idiot.
- Prend garde, Harry. Ma fille t'a littéralement mis le grappin dessus, s'amusa Arthur Weasley en passant la tête dans le couloir.
Ginny lui tira la langue joyeusement et Harry songea qu'il serait plus qu'agréable d'être accueilli aussi chaleureusement à chaque fois qu'il rentrerait du travail. Il pourrait vraiment s'y habituer.
- Tu as donc réglé ton problème ? demanda Ginny, curieuse de connaître enfin les affaires qui avaient tenu Harry loin du Terrier, en ce début de semaine.
- J'ai obtenu ce que je voulais, confirma Harry, mais ce n'est encore qu'une petite étape.
- Une petite étape vers quoi ?
- Une belle surprise pour tous les orphelins et les enfants maltraités ou abandonnés. Du moins, je l'espère, dit-il malicieusement. Je veux ouvrir un foyer d'accueil, mais ce ne sera malheureusement pas pour cette année, vu que les politiques ont enterré mon projet. Pour le moment. Je sais que je vais finir par les convaincre, cependant.
Harry avait les yeux brillants, le même regard que George quand il préparait un mauvais coup.
Ce dernier descendit justement les escaliers à ce moment-là, bruyamment.
- Qu'ouïe-je ? Harry le bienfaiteur va encore frapper ? le taquina-t-il.
- On dirait bien, confirma Harry de bon cœur. Il faut bien que l'argent de mes parents serve à quelque chose de vraiment utile !
- C'est aussi ton argent, glissa Ginny.
Comme tous les Weasley, elle avait remarqué que l'argent semblait brûler les doigts d'Harry. S'il pouvait donner pour faire des heureux autour de lui, il n'hésitait jamais. Il régnait chez lui une sorte de sentiment de honte ou de culpabilité à être riche. Or, Ginny espérait bien lui faire perdre ses inhibitions à ce propos.
- C'est le nôtre, précisa Harry en lui souriant.
- Bonjour, Harry, les interrompit Pénélope en les rejoignant dans l'entrée. Viens t'installer au salon. On attend encore Ronald, Hermione, Charles et sa petite amie.
Les trois sorciers présents suivirent Pénélope au salon et Harry l'interrogea. Il ne savait pas que Charlie – « l'éternel célibataire », d'après sa propre mère – savait parler à autre chose que des dragons. Une fille, qui plus est.
- Personne n'était au courant de sa nouvelle relation, commenta Arthur d'un air débonnaire. Charlie a décidé de profiter des fêtes pour nous la présenter.
- J'espère qu'elle saura le canaliser, lança malicieusement George en s'installant dans le canapé, juste à côté de Percy.
- Et c'est toi qui dis ça ? s'amusa ce dernier.
Il était plutôt pâle, mais semblait plus en forme que le soir où Harry lui avait rendu une visite impromptue, après l'agression de Luna.
- Je parle de sa passion dangereuse pour les dragons, précisa George en levant les yeux au ciel.
- Cessez de vous chamailler, les jeunes ! s'exclama joyeusement Bill en arrivant de la cuisine les bras chargés.
Fleur, qui avait suivi Bill, vint faire la bise à Harry pour le saluer. Ginny leva les yeux au ciel quand elle constata que même Harry rougissait de l'attention. Tous les autres hommes de la pièce avaient eu la même réaction. Même son père, par Merlin !
- Est-ce que tu te ré-acclimates ? demanda Arthur à son aîné, alors que ce dernier retirait l'un des deux pulls qu'il avait enfilés.
- J'ai un peu de mal, après ces derniers mois passées à temps plein sous le soleil d'Egypte, mais il le faut bien. J'avoue que la différence de température m'a choqué encore plus que d'habitude. Peut-être parce que j'y étais moins préparé.
- Choqué ? Ce qui est choquant, se plaignit Fleur, c'est que tu aies passé tant d'années dans les couloirs lugubres et humides de la pyramide du Scorpion, au milieu d'un tas de bestioles immondes et d'inferi dangereux !
Bill se contenta de rire et d'embrasser sa femme sur la joue.
- Est-ce que tu reviens définitivement en Angleterre ? demanda Harry, un peu surpris par la teneur de l'échange.
- Définitivement, je ne pense pas. Mais je reviens, c'est un fait ! Les Gobelins ont rapatrié toutes leurs équipes de briseurs de sorts d'Egypte et je suis réaffecté à Gringott's Londres, en attendant de trouver un autre site de trésors dont il faut briser la protection.
- Je ne sais pas pour quelle lubie les Gobelins ont décidé de rapatrier le meilleur briseur de sorts d'Angleterre, commenta Molly – au plus grand embarras de Bill – mais je ne vais certainement pas me plaindre de pouvoir voir mon fils plus souvent !
- Je ne sais pas non plus ce qu'il a pris aux Gobelins, reprit Bill en déviant légèrement la conversation.
Il était content que sa mère soit fière de lui, mais il détestait quand elle chantait ses louanges, surtout quand il y avait du monde.
- J'ai l'impression qu'ils ont totalement abandonné la pyramide du Scorpion, alors qu'il leur a fallu plus de 150 ans de négociations variées pour obtenir le monopole de son exploitation. Cela dit, après presque 10 ans passés à leur service, je suis encore loin de comprendre le fonctionnement des Gobelins.
- Ils sont partis comme ça ? Sans explication ? s'étonna Harry.
- Oui. Les Gobelins sont très agités. J'ai vraiment remarqué un malaise chez mon relais gobelin lundi dernier, mais peut-être que leur nervosité date d'un peu plus longtemps. En tout cas, en trois jours, ils ont fermé la majorité de leurs succursales d'Egypte. D'après ce que j'ai compris, ils ont seulement laissé une poignée de guerriers pour surveiller les coffres de leurs plus anciens clients.
- C'est bizarre, déclara Harry. Ce n'est pas le genre des Gobelins de s'éloigner d'une potentielle source d'or.
- Va comprendre un Gobelin ! s'exclama Fleur pour clore la discussion.
Harry n'insista pas, mais il nota en lui-même de demander aux Gobelins ce qui leur arrivait, le jour où il irait se faire nommer parrain de Teddy. C'est au moment où il prit cette résolution que la cheminée s'alluma pour laisser passer Hermione, habillée en tailleur strict.
- Hermione, l'accueillit chaleureusement Molly. Je t'attendais plus tard, à cause des vœux du Ministre, mais je suis contente de te voir déjà.
- Merci, Molly. Les vœux ont été écourtés, parce que la salle était tendue et assez hostile. Je suis venue directement, mais est-ce que je peux me changer ? demanda-t-elle en constatant que la plupart des invités étaient en tenue décontractée.
- Bien sûr, ma chérie. Tu sais où est la chambre de Ginny. Prend ton temps, nous attendons encore Ron, Charlie et son amie.
Quelques minutes après, Ron arriva à son tour, en tenue de Quidditch crottée. D'après l'entraineur des Tornades de Tutshill, il n'y avait pas de vacances quand le championnat national était si serré. Les Vagabonds de Wigtown tentaient de prendre la première place et ils n'étaient pas loin d'y parvenir, grâce à leur attrapeur vedette Sky.
- Ron ! l'accueillit Molly. Je t'ai libéré la salle de bains. Dépêche-toi de te changer ou tu vas tout salir.
Ron salua néanmoins tout le monde avant de disparaître dans le couloir. Percy le suivit, apparemment curieux de savoir comment son frère s'en sortait dans son métier.
Alors que la conversation et l'apéritif étaient déjà bien entamés, on entendit un grand « boum » dans le jardin, suivi d'un rire résolument féminin.
- Tope-la, Perce ! Ca fonctionne ! s'exclama George, guilleret.
- Qu'avez-vous fait, tous les deux ? demanda Molly en se précipitant vers l'entrée.
Tout le monde suivit, intrigué, pour constater que Charlie était assis dans une flaque de neige à moitié fondue et boueuse. Il était également couvert de boue de la tête aux pieds. Visiblement, il n'avait toujours pas compris ce qui lui était arrivé en touchant la barrière, et ce n'était pas sa petite amie hilare qui allait l'aider.
Cette dernière était assez grande – sans doute plus que Charlie – et elle avait une peau aux reflets ivoire et des cheveux blonds coupés très courts.
Molly vint au secours de son fils et lui lança plusieurs sorts pour le nettoyer sommairement, puis Bill l'aida à se relever.
- Il faudra traiter le sortilège contre les sorts de nettoyage immédiat, commenta George à voix basse. Si la boue ne reste pas au moins 10 minutes sur la victime, ce n'est vraiment pas drôle.
- Je crois que je suis parti trop longtemps, commenta platement Charlie. J'ai perdu mes réflexes de survie.
La jeune inconnue à ses côtés éclata de rire à nouveau. Si Charlie, qui vivait en plein milieu d'une réserve de dragons, pouvait perdre ses réflexes de survie, alors sa maison devait vraiment être très dangereuse.
- Papa, maman, tout le monde, déclara finalement Charlie en rapprochant de lui sa petite amie, je vous présente Ava, ma petite amie. C'est une Delphyne qui nous vient de Suède.
- Une quoi ? demanda Ron, traduisant le sentiment ambiant.
- Je t'avais dit de ne pas parler de ça ! siffla Ava en frappant son homme derrière la tête.
- Une Delphyne, reprit Hermione. Un être mi-femme, mi-dragon.
- Plus souvent femme que dragon, précisa Ava.
- Eh bien tu ne risques pas de canaliser sa passion pour les dragons, alors ! s'exclama George gaiement.
- George ! protesta Molly. C'est très indélicat de ta part. Sois la bienvenue, ma chérie, lança-t-elle en prenant la jeune femme contre elle.
- Heu… Merci.
Alors que Molly poussait tout le monde à l'intérieur de la maison, Ava se tourna vers Charlie.
- Est-ce que ta famille est toujours aussi… chaleureuse ? demanda-t-elle, surprise de ne pas avoir fait fuir la moitié des personnes présentes.
- Je t'avais dit que tu n'avais rien à craindre. Fleur est vélane, Bill a des tendances de loup-garou depuis sa morsure et… ma sœur à sans doute des gênes de harpie quelque part, ajouta-t-il en se moquant gentiment de la petite dernière.
- C'est ça ! Et toi, tu serais le seul homme normal de la famille, bien sûr ! rétorqua Ava avec ironie.
Ginny lui envoya un immense sourire, satisfaite de ne pas avoir eu à se défendre elle-même. Son frère finissait toujours par réveiller en elle ce qu'il aimait appeler ses « gênes de harpie ».
Au Terrier, une fois que tout le monde fut à peu près installé à table, Molly apporta les premiers plats de l'entrée. Au milieu du brouhaha ambiant, alors que tout le monde commentait les plats ou les dernières nouvelles de la famille, la maîtresse de maison se tourna vers la dernière arrivée.
- J'espère que le plat te plaît, Ava, commença gentiment Molly. Il faudra me prévenir si tu as des préférences en matière d'alimentation.
- Le plat est très bon. Je n'ai aucun régime particulier à suivre, mais c'est gentil de demander.
Molly était particulièrement satisfaite. Bientôt, tous ses enfants seraient mariés et installés. Et la petite amie de son fils lui paraissait déjà charmante.
- Alors dis-nous… reprit Ginny gaiment. Comment as-tu rencontré Charlie ?
- Euh… Eh bien… Est-ce que ça surprend quelqu'un si je réponds dans une réserve de dragons ? répondit Ava en regardant Charlie avec un petit sourire gêné.
Au plus grand déplaisir de Molly, ses autres fils éclatèrent de rire sans prendre garde aux projections de nourriture. Hermione et Fleur grondèrent leur homme dans un même mouvement. Décidément, personne ne pourrait changer Charlie ou apprendre les bonnes manières à ses fils.
- Est-ce que tu appartenais toi-même à la réserve ? demanda Harry en espérant ne pas faire de boulette.
- Non, mais je m'y étais arrêtée pour me reposer sous ma forme draconienne. Je ne pensais pas être inquiétée au milieu des autres. Mais quand Charlie a repéré que je n'appartenais pas au cheptel habituel, il m'a lancé un sort pour m'identifier. J'ai la peau moins épaisse que les dragons normaux et je n'ai pas aimé du tout.
- Elle s'est retransformée devant mes yeux et s'est mise à m'invectiver dans sa langue natale. Je suis tombé sous le charme et nous nous sommes mis ensemble quelques semaines plus tard.
- Est-ce que vous songez à venir vous établir en Angleterre ? demanda Molly avec espoir.
- Sans vouloir vous vexer, répondit Ava, l'Angleterre est l'un des derniers pays où je viendrais m'installer.
- Pour quelle raison ? s'étonna Arthur.
- Vous avez fait la guerre aux créatures comme moi, pour commencer.
- C'était les Mangemorts, rectifia Harry. Et ils ont perdu la guerre.
- Ha oui ? s'étonna Ava en fronçant les sourcils. Alors pourquoi votre gouvernement interdit la libre circulation des espèces magiques ?
- Tu as entendu parler du décret CM-9083, constata Hermione, qui en avait elle-même parlé à Harry quelques semaines auparavant.
- Je ne sais pas le numéro exact de votre loi, mais je sais que mon peuple a reçu des demandes d'exil de certaines espèces reptiliennes, qui ont nécessairement besoin de migrer pour se reproduire.
- J'ai entendu parler de la migration de deux ou trois hardes de centaures anglais vers Allemagne, ajouta Charlie. Certains de nos dresseurs de la réserve roumaine ont été envoyés sur place pour apaiser les petits dragons des bois de la forêt noire et placer des barrières anti-intrusions sur leurs terres.
- Wow. Je n'imaginais pas qu'il y avait tant de problèmes, commenta Hermione. Je me bats contre le décret parce que je sais que certaines espèces ont besoin de migrer pour se reproduire. Il serait stupide d'interdire aux saumons de remonter les rivières, après tout. Mais je n'avais pas entendu parler de ces demandes d'exil. Il faudra que j'en parle avec ma hiérarchie : on ne peut pas laisser ça comme ça.
Ava lui sourit, appréciant son indignation authentique.
- Hermione a toujours essayé de défendre les droits des êtres magiques, précisa Ron fièrement. Elle a même créé une association pour la libération des elfes de maison.
Ava se leva brusquement et leva Hermione avec force pour la serrer contre elle.
- Je veux en faire partie, déclara-t-elle.
Et Hermione, comme Charlie, fut conquise.
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Jeudi 24 décembre, 19 heures chez les Lenain
Draco descendit les marches du grand escalier principal avec précaution. A côté de lui, Aline veillait. Il avait fallu deux jours à Draco pour être capable de remarcher sans être étourdi, après le rêve provoqué par l'Ancien. Encore aujourd'hui, il était faiblard. Les potions avaient aidé son corps à se remettre, mais il était évident que l'esprit du Rêveur était toujours chamboulé.
Ni elle, ni sa sœur n'avait été capable de résister à la douleur jusqu'à la fin du songe et Draco avait refusé de parler de ce qu'il avait vu. Elles n'avaient pas eu l'occasion d'interroger l'Ancien, parce que sa mère l'avait mis dehors, quand elle avait vu leur état. En fait, elle avait même mis son mari dehors, quand ce dernier avait tenté de défendre l'Ancien.
- Je ne suis pas infirme, tu sais, dit Draco d'une voix calme, mais enrouée.
D'après Marianne, on avait entendu le Rêveur hurler à s'en déchirer les cordes vocales pendant près d'une minute avant que sa voix se brise et qu'il sombre dans l'inconscience. C'est la raison pour laquelle elle était entrée dans la chambre d'ami sans invitation, puis avait mis l'Ancien dehors. Surtout quand elle avait constaté que même ses filles étaient inconscientes.
Aline s'aperçut que ses pensées inquiètes l'avaient amenée à saisir le bras du Rêveur.
- Je préfère prévenir que guérir, répondit-elle sans le lâcher.
Elle l'accompagna jusqu'à un petit salon confortable où Lina était déjà installée. Elle lisait distraitement un livre en les attendant. En entrant, Draco fut immédiatement frappé par l'étrange cheminée.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Une invention de papa, répondit fièrement Aline. C'est notre cheminée privilégiée, quand on sait qu'on doit passer de longs appels.
L'âtre était en hauteur, beaucoup plus petit que pour les cheminées normales. En fait, on avait juste la place d'y passer la tête et les épaules. En dessous de l'âtre, un espace était creusé dans le mur. Juste en face était installé un fauteuil à l'aspect confortable, dont la forme était adaptée pour se glisser dans le creux mural.
- Tu pourras la prendre pour ton appel. C'est la plus adaptée.
- Est-ce qu'on peut rester pour veiller sur toi ? demanda Lina, consciente qu'un appel par Cheminette ne permettait pas de garder une conversation intime.
- Bien sûr, répondit Draco sans hésiter. Vous savez déjà presque tout de moi.
Draco s'installa devant la cheminée et Aline lui apporta un des pots de poudre qui étaient d'habitude stockés dans le petit secrétaire, sous la fenêtre. Elle saisit ensuite une revue au hasard, dans celles que Lina avait posées sur la table basse devant elle, et s'installa à côté d'elle dans le petit canapé. Lina lui sourit et passa un bras derrière ses épaules, pour la rapprocher d'elle.
De son côté, Draco sortit la lettre que son père lui avait envoyée par hibou express. Il était vraiment heureux de voir qu'ils pensaient à lui et qu'il leur manquait. Il avait souvent pensé à eux, ces derniers jours, en voyant la complicité des jumelles avec leurs parents.
A l'heure prévue, il suivit la procédure pour les appeler, heureux qu'ils aient pu bénéficier d'une cheminée internationale malgré l'assignation à résidence de son père. Il prononça le mot de passe de la cheminée et plongea la tête dans le feu.
- Draco ! Mon poussin, comment vas-tu ?
Au lieu d'être agacé et de râler contre le surnom ridicule que sa mère persistait à lui donner, Draco se sentit bien. C'est ce qu'il dit pour la rassurer.
- Pourtant, tu as la voix enrouée. Est-ce que tu es malade ?
- J'ai peut-être attrapé un rhume, mentit-il.
- Est-ce qu'ils n'ont pas les potions adaptées, à ton école ? s'étonna Narcissa.
- Ce n'est rien du tout, ça va passer ne t'en fais pas. Est-ce que tu es toute seule ?
- Non, je suis là Draco, déclara Lucius en s'installant dans son champ de vision. Comment vis-tu ton exil ? Et comment se passent tes études en médicomagie ?
Si le ton était quelque peu condescendant sur la fin, Draco passa outre et sourit avec douceur. Il avait juste envie de passer du temps avec sa famille et il leur raconta les anecdotes les plus intéressantes de ces dernières semaines. Bien évidemment, il omit tous les passages liés à son statut de Rêveur. Il n'avait pas envie d'ajouter des problèmes à ses problèmes.
Sa mère l'avait observé aussi attentivement qu'il était possible à travers une cheminée et elle dut reconnaître que le changement d'air avait fait du bien à son fils. Draco se maîtrisait toujours en leur présence, mais il semblait plus calme, plus doux que durant les derniers mois qu'il avait passés en Angleterre. Peut-être était-ce dû à l'étrange maturité qui transparaissait sur son visage, alors qu'il avait toujours été un sorcier hautain et capricieux.
Il lui manquait donc d'autant plus qu'elle ne le voyait plus grandir sous ses yeux. Ou peut-être avait-il justement eu besoin de partir, pour commencer à grandir. Elle repensa à la photo devant laquelle était resté bloqué Harry Potter et fut heureuse de voir que Draco leur parlait avec moins de raideur qu'auparavant. Elle avait l'impression de voir l'homme qu'il aurait toujours dû être : un Malfoy fier mais accessible, capable de se battre avec hargne pour ses idées, mais apaisé et heureux en famille.
Elle aurait donné cher pour retourner dans le passé et ne jamais interférer avec son développement normal. Mais il était beaucoup trop tard, désormais, pour regretter ses choix.
- Est-ce que le Ministère a lâché du lest ? demanda-t-il à son père. Je ne pensais pas qu'il puisse raccorder une cheminée du manoir au réseau international, étant donné que c'est une porte de sortie vers l'étranger très tentante.
- Ce n'est pas le Ministère, mais Potter qui nous a trouvé cette cheminée, répondit Lucius sans laisser transparaître d'émotion.
- Je ne supportais plus de ne pas te voir, ajouta Narcissa. On devrait toujours pouvoir passer Noël en famille.
- Potter ? Mais… pourquoi a-t-il fait ça ? Qu'a-t-il demandé en échange ? demanda brusquement Draco, en pâlissant.
Dans le salon Lenain, Aline et Lina échangèrent un regard significatif.
- « Il » ? demanda Aline à sa sœur, à voix basse. Je croyais que Potter, c'était « elle » ?
- Moi aussi… murmura Lina, les sourcils froncés.
- Mais en fait… De ce qu'on a constaté ces derniers jours… Ça semble logique, non ? reprit Aline.
Le regard de Lina se fit lointain, alors qu'elle analysait les dernières semaines qu'elles avaient passé en compagnie du Rêveur.
- Tu as raison, dit-elle finalement. Je crois qu'il va rapidement falloir changer son cadeau. Qu'en penses-tu ?
- J'y vais tout de suite. Fabrice a toujours su nous trouver ce qu'on voulait dans les temps, chuchota Aline, en faisant référence au libraire attitré de sa famille.
- Et il ne pose pas de question, surtout, ajouta Lina avec un sourire.
De son côté, Draco attendait avec angoisse la réponse de son père. Potter avait accepté leur lien et il aidait ses parents à le voir aujourd'hui. Il y avait forcément un dragon dans le bois.
- Il veut que je lui apprenne à manipuler les hommes politiques du ministère. Apparemment, il tient à faire passer un projet qui lui importe, mais ne me demande pas quoi, car je n'en ai pas la moindre idée, répondit Lucius avec raideur.
- C'est… C'est tout ?
- C'est tout, c'est tout, c'est vite dit ! râla Lucius. Je suis censé donner plus de pouvoir à un gamin qui a déjà beaucoup d'influence sur la société sorcière. Je te préviens, il te mettra des bâtons dans les roues, plus tard, prophétisa-t-il.
Draco ne put s'empêcher de sourire ironiquement, mais il se retint de dire que Potter avait déjà les moyens de faire de lui ce qu'il voulait. Il avait la mainmise sur sa magie et sur sa vie, d'autant plus depuis qu'il avait pris conscience de la dette de vie. Soudain, Draco frissonna en se remémorant la fin de son dernier rêve.
Oui, il était évident que Potter « tenait les rênes ». Et il semblait malheureusement que la vie d'un Draco Malfoy lui importait peu. Draco se sentit vraiment très mal à cette pensée. D'autant plus quand il prit conscience que ce malaise ne venait pas de sa peur de mourir…
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Jeudi 24 décembre, fin de soirée au Terrier
Harry ne pensait pas être quelqu'un de prude ou qu'on mettait facilement mal à l'aise. Mais là, vraiment, il ne savait que penser.
La plupart des invités de la soirée étaient rentrés chez eux, exceptés Ginny, George, Charlie et Ava, et lui-même. Ginny habitait encore au Terrier, bien sûr, et Molly avait refusé que George et lui dorment seuls la nuit du réveillon. Quant à Charlie et Ava, ils partageaient une chambre parce que rentrer en Roumanie immédiatement aurait été trop compliqué.
Seulement…
Charlie et Ava semblaient beaucoup trop bien s'entendre. Et tout le monde devait certainement les entendre, d'ailleurs. Harry avait bien tenté de lancer un sort pour isoler leur chambre, mais il semblait que la magie instinctive d'Ava, quand elle n'y prenait pas garde, rendait leurs sorts inefficaces.
C'était bien sa veine. Il lui était impossible de dormir dans ces conditions.
Alors qu'il ruminait depuis probablement dix minutes – Harry n'avait pas envie de frapper à leur porte pour interrompre le couple si les parents eux-mêmes ne réagissaient pas – sa propre porte s'ouvrit doucement.
- Harry ? chuchota une voix.
- Ginny ? Que fais-tu ?
- Je fuis, répondit-elle avec un petit rire. Ma chambre est juste à côté de la leur. Et la tienne est la plus éloignée.
- On entend quand même des bruits très suspects, répondit Harry, amusé cette fois.
- C'est quand même mieux, crois-moi, répliqua Ginny en entrant tout à fait. Une sœur ne devrait jamais savoir ce que fait son frère dans l'intimité de sa chambre, précisa-t-elle d'une voix désabusée.
Elle referma derrière elle et vint s'asseoir sur le lit. Elle portait une longue robe de chambre d'une couleur très foncée. Harry n'était pas capable de déterminer précisément laquelle, dans l'obscurité, mais il aimait le contraste que cette couleur provoquait avec la peau blanche et les cheveux roux flamboyants.
- Un ami ne devrait jamais le savoir non plus, confirma Harry.
Un cri de plaisir étouffé leur parvint et Ginny cacha son visage dans ses mains. Harry aurait parié qu'elle rougissait et il ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire. La situation était totalement irréaliste.
- Pitié, murmura-t-elle, qu'ils en finissent.
- J'ai l'impression qu'ils aiment prendre leur temps, commenta Harry.
Ginny poussa un soupir résigné.
- Non mais franchement ! Je sais que mes parents ont bien bu ce soir, mais je ne pensais pas que leur sommeil puisse être aussi profond. Je parie que George est aussi réveillé.
- Mais lui, il doit préparer sa vengeance, s'amusa Harry.
- Je le soutiens totalement ! affirma Ginny avec aplomb. Et je pense que je ne vais pas les laisser tranquilles, demain matin.
Elle se faufila un peu plus près d'Harry et ce dernier lui ouvrit ses couvertures. Même avec sa robe de chambre, Ginny ne devait pas avoir très chaud. Elle s'allongea à ses côtés et il la prit dans ses bras. Leur silence était confortable, même si Ginny poussait parfois un soupir d'exaspération quand le couple amoureux se faisait un peu trop bruyant.
- Si maman savait ça, elle aurait sans doute imposé un collier de chasteté à mon frère, affirma-t-elle.
- Comme le tien, répondit Harry en écartant légèrement un pan de la robe pour voir le collier.
Il n'y avait rien d'autre que de la peau nue, sous le tissu.
- Où l'as-tu mis ? souffla Harry en tournant la tête brusquement.
S'il avait su avant qu'il verrait… Il n'aurait pas pris la liberté de regarder le collier. Ou plutôt, l'absence de collier. Il ferma les yeux en espérant ne pas laisser voir les pensées qui se bousculaient soudain dans son esprit.
- Je ne le porte jamais à la maison, répondit Ginny timidement. C'est ma mère qui me le met quand je sors et qui me l'enlève quand je rentre.
Elle posa une main sur la joue légèrement rugueuse d'Harry, incapable de déterminer si Harry était fâché ou non.
- Ginny… Tu devrais retourner dans ta chambre. Tu… Tu n'es pas protégée, ici, sans ton collier, avoua-t-il.
Il n'était pas question qu'il perde le contrôle, comme à l'hôpital. Il n'était pas un animal, mais un homme responsable. Ginny rougit légèrement, plutôt heureuse de comprendre qu'elle faisait de l'effet à son fiancé, et elle sentit son cœur s'accélérer.
- Je suis protégée, Harry, dit-elle faiblement. Je prends ma potion de contraception depuis des années.
Il ne répondit rien et secoua la tête. Ginny savait esquiver ses remarques, quand elle voulait.
Elle repoussa un peu la couverture, mais elle ne sortit pas du lit. Curieuse par nature, elle préféra observer le torse dénudé d'Harry. Visiblement, il se contentait de dormir en caleçon. Un peu maladroite, mais résolue, elle posa une main sur la poitrine puis enfouit ses doigts dans la légère toison qui la recouvrait. Elle sentit son cœur battre sous sa main et elle trouva la sensation étrangement rassurante.
- Ginny, protesta Harry en attrapant son poignet. Je ne veux pas perdre le contrôle une fois de plus et t'effrayer. Tu ne devrais pas me tenter.
Il tenta bien de s'éloigner, mais elle se rapprocha de lui et glissa sa tête sur son épaule. En traçant quelques arabesques sur son torse, mais sans oser le regarder, elle chuchota.
- Je n'ai peut-être pas envie que tu gardes le contrôle, ce soir.
Bien sûr, elle n'était pas venue pour se jeter dans ses bras. Elle voulait juste fuir son frère et sa petit-amie. Mais le couple bruyant était totalement oublié, pour le moment, et elle ne pouvait penser à rien d'autre qu'avoir Harry aussi proche d'elle que possible. Elle avait tant rêvé de dormir dans ses bras, câlinée par l'homme puissant et droit qu'il était devenu.
- Ginny, murmura une nouvelle fois Harry.
Cette fois, la protestation était bien plus faible. Il était incroyablement conscient du corps féminin pressé contre lui, des jambes dénudées qui s'étaient glissées contre la sienne, de la main qui le parcourait avec hésitation. Il se sentait honoré d'être aimé par une jeune femme aussi pleine de vie que Ginny et il espérait qu'elle n'ait pas remarqué son état.
Il se devait de prendre la bonne décision et de la repousser. S'il ne le faisait pas rapidement, il risquait de ne plus être capable de s'arrêter. Il avait, lui aussi, désiré cette étreinte passionnée. Avoir sa fiancée si proche et si consentante lui tournait la tête. Son odeur de fleurs mêlées d'épices, son souffle dans son cou, ses gestes, tout lui donnait envie de céder à la tentation.
Doucement, mais fermement, il la saisit par les épaules pour l'éloigner.
Elle ne résista pas, inconsciente des pensées contradictoires qui se succédaient rapidement dans sa tête. Tout ce qu'il fit, cependant, c'est la plaquer sur le lit. Alors qu'il était penché au-dessus d'elle, son regard plongea dans les yeux intensément brillants qui le fixaient dans l'obscurité. Alors qu'elle l'enlaçait timidement, Ginny se mordit la lèvre. Elle savait ce qui pouvait se passer. Et bien qu'elle fût un peu inquiète, elle le voulait vraiment. Harry Potter était le bon.
Harry, fasciné par le geste inconscient et par la sensation douce de l'étreinte, n'eut pas le cœur à s'éloigner tout de suite. Il l'embrassa une première fois, se promettant de la libérer ensuite. Mais alors que le baiser se faisait plus ardent et les mains de Ginny plus fermes, il perdit toutes ses bonnes résolutions et se laissa emporter par la fougue de sa jeunesse. (5)
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Jeudi 24 décembre, fin de soirée au château Lenain
Draco avait passé une très bonne soirée auprès de l'immense famille des Lenain. Il avait déjà vu Vivien avant le bal au ministère français. Il était pressenti pour succéder à son frère aîné à la tête des Aurors. Mais il avait également rencontré les trois autres frères vivants de Marianne : Charles, l'aîné, Jean et Darius, tous les deux revenus de l'étranger le temps de la fête. Ils avaient tous une carrure impressionnante.
Il n'avait pas beaucoup apprécié Constantin et Florence Lenain, les parents de François, mais il avait longtemps discuté avec Gilles Artilleur, le père de Marianne. Il était certes âgé, mais sa nature de bon vivant et son immense connaissance des grands évènements sorciers européens rendaient sa conversation sympathique.
Il avait beaucoup dansé avec ses gardiennes et Astarté, beaucoup mangé et un peu bu. Il avait surtout beaucoup ri, relâchant toute la tension qui s'était accumulée en lui ces derniers jours.
Malgré cela, il n'avait pu s'empêcher de penser à Potter et à leur situation très régulièrement. Il s'était plusieurs fois demandé ce que faisait le « Sauveur » pour le réveillon. Puisqu'il savait pour la dette, peut-être envisageait-il d'y faire appel à l'instant même ? Non… Il était sans doute avec la tribu de rouquins, à faire les yeux doux à sa fiancée. Cette pensée l'agaçait systématiquement, même s'il n'aurait su dire pourquoi. Peut-être son antipathie pour les Weasley était-elle plus forte qu'il l'imaginait.
Désormais seul, allongé dans son lit, il était incapable de dormir. Son plus beau cadeau aurait été qu'on lui annonce qu'il était désormais libre de toute dette envers Potter. Mais étrangement, à chaque fois que sa pensée se focalisait sur son désir de liberté, sa magie réagissait mal. Il se sentait fiévreux, comme à l'époque où il tentait de lutter contre les ordres idiots de Potter.
Est-ce que sa magie pouvait avoir une conscience propre, en plus d'avoir des réactions incontrôlables ? Pouvait-elle vouloir le lien magique avec son ennemi d'enfance ? Il eut un léger rire de dérision. Non, bien sûr que non. La Mère Magie avait peut-être une sorte de conscience, mais il était impossible que la magie de chaque individu soit totalement indépendante de son hôte.
Il soupira, songeant que son mal-être devait provenir d'un excès de nourriture pendant la soirée. Après tout, le repas avait été pharaonique et il ne s'était pas privé.
Ou peut-être cela venait-il d'autre chose, réalisa-t-il avec angoisse, alors qu'il se sentait emporté par le tourbillon caractéristique de ses rêves du présent.
Quand le tourbillon cessa, il fut immédiatement frappé par une vision des plus dérangeantes et se détourna. Par Mordred ! Que venait-il faire dans la chambre que partageaient Potter et sa fiancée ? Son estomac fit un looping désagréable, alors qu'il avait une fois de plus l'impression que sa magie l'étirait dans tous les sens.
Il se boucha les oreilles et ignora ce qui se passait derrière lui. Il s'était certes interrogé sur ce que pouvait faire Potter. Il se demandait ce qui lui adviendrait dans un futur proche, étant donné que Potter avait pris conscience de la dette de vie. En revanche, il n'avait jamais demandé à avoir un aperçu de ça.
Dans le château des Lenain, Aline et Lina s'étaient rendues au chevet de Draco dès qu'elles avaient senti son malaise. Il était de plus en plus facile pour elles de déterminer son état d'esprit ou de sentir les problèmes, puisqu'elles passaient énormément de temps auprès de lui. Elles avaient donc ressenti cette gêne, au niveau de leur lien, qui leur permettait de comprendre que le Rêveur allait mal.
Et en effet, dans le lit, elles avaient trouvé Draco endormi et visiblement en plein rêve. Bien que moins violent – le sang ne coulait pas – il était visible que le corps souffrait. Arqué à la limite de la brisure, tendu au point de trembler de tous ses membres, dégoulinant de sueur, Draco semblait aller très mal. Aline ne se posa pas de question en absorbant la douleur à travers le lien qu'elle partageait avec lui.
Elle se recroquevilla au sol, la respiration hachée, quand le flux de souffrance se déversa en elle. Le dos de Draco cessa de s'arquer douloureusement. Lina savait qu'il valait mieux ne pas parler. Aline était incapable de rester cohérente quand elle était dans cet état. Elle se contenta donc de lancer un Accio pour une bassine et une éponge, qu'elle remplit d'eau grâce à sa maitrise de l'élément, sans avoir à quitter la chambre.
Elle rafraichit le corps brûlant pour tenter d'apaiser le Rêveur. Elle traquait la moindre présence de sang, qui signifierait qu'elle aurait à prendre la relève de sa sœur. Cette dernière laissa échapper un gémissement à la limite du sanglot, mais elle résistait visiblement.
Non, le rêve n'avait rien à voir avec le songe imposé par l'Ancien. Aline n'avait pas résisté plus d'une minute et elle-même n'avait pu supporter la douleur, une fois son seuil limite franchi. Elle avait pourtant une très grande tolérance.
De son côté, Draco avait cédé à la tentation malsaine de jeter un œil derrière lui. Il voulait comprendre pourquoi il se retrouvait dans cette chambre, dans un rêve du présent. La dernière fois, il avait dû sauver la vie du Gryffondor. Qu'en était-il cette fois ?
Il ne savait comment faire pour retourner dans son corps. Il n'avait pas le moindre contrôle sur sa magie qu'il sentait agitée. Il avait beau n'être qu'un esprit observateur et passif, sa magie lui restait liée et il avait conscience de ses remous.
La scène n'avait pas changé. Les deux jeunes gens s'embrassaient avec passion et Draco n'était pas très heureux de devoir assister à cela. Potter allait-il mourir d'une crise cardiaque ce soir, à cause de ses activités ? Même si une telle situation aurait été tragique, Draco ne put s'empêcher de ricaner à cette pensée.
Potter chuchotait des choses à sa fiancée et Draco ferma les yeux, mais il s'approcha. Peut-être devait-il glaner ce soir une information importante pour lui. N'était-ce pas le but de ses rêves ? En même temps, il doutait que Potter s'amuserait à parler de lui alors qu'il était sur le point de s'unir à une autre.
- Je sais que c'est douloureux au début. Je vais faire attention, promis.
- Je sais, murmura Ginny en retour.
Faire attention ? Soudain horrifié, Draco s'éloigna. Etait-ce la première fois du couple ? Ce serait logique, étant donné que les Weasley restaient des sangs-purs : ils avaient sans doute demandé à leur fille d'attendre le mariage. Mordred ! Lui-même n'était jamais passé à l'acte. Il se sentit encore plus mal, mais cette fois, sa magie n'avait rien à voir. Il aurait préféré leur laisser un peu d'intimité. Toute la situation le dérangeait.
Il ne put ignorer le couple longtemps, cependant, alors que sa projection ressentait avec vigueur le soudain afflux magique qui vibrait dans la pièce. Il ouvrit les yeux pour constater que les cheveux des deux sorciers volaient en tous sens. Le drap qui les recouvrait auparavant claqua dans l'air et fut projeté au loin, mais la lueur émanant des deux corps était telle qu'elle ne permettait pas à Draco d'en voir plus.
Il en fut rassuré, d'une certaine manière, même si le déploiement magique l'impressionna. C'était certainement la première fois du sorcier également, songea-t-il, dérangé par son malaise grandissant. Le visage de Potter, qu'il ne put s'empêcher de regarder à la dérobée, prouvait à la fois sa concentration et son plaisir. Il avait les yeux fermés, mais tout le reste était tellement expressif.
Draco reçut comme un coup au ventre et se détourna. Il n'avait pas la moindre envie de voir le visage de Weasley. Entendre sa respiration hachée était déjà un supplice et il se boucha de nouveau les oreilles.
Cependant, une fois de plus, il ne put ignorer totalement le couple. En effet, alors que l'union charnelle des deux jeunes gens devait renforcer leur lien, sa magie réagit violemment. Toujours sans la moindre maîtrise, il la sentit vrombir, gonfler, se mêler à celle déjà déployée par le couple.
Brusquement, Draco réalisa ce qui se passait. Il n'aurait jamais pu l'imaginer, même en sachant que sa magie était pure et libre. Cette dernière, pour respecter la dette de vie qu'il avait envers Potter, réagissait pour empêcher le lien des fiancés de prendre de l'ampleur sur le lien de subordination. Etait-ce possible ?
Répondre aux moindres désirs même inconscients de Potter aurait dû obliger sa magie à se mettre en retrait, à laisser le couple s'épanouir. Mais peut-être la brisure du lien de subordination aurait-elle pu provoquer sa perte ? Dans ce cas, il ne pouvait qu'encourager sa magie à persévérer. Potter ne désirait-il pas sa mort, pourtant ? Son dernier songe d'avenir l'avait laissé entendre.
Non. Apparemment, s'il ne se trompait pas dans son interprétation, Potter désirait moins se lier définitivement à sa fiancée que le garder en vie. L'éternel syndrome du héros, sans doute. Draco avait toujours su que Potter ne supportait pas la mort, mais il en était venu à douter, quand il s'agissait de lui-même. Il eut presque envie de pleurer de soulagement à l'idée que celui qui avait la maîtrise de sa vie ne désirait pas sa mort, l'incertitude l'ayant taraudé tous ces derniers jours.
Il chercherait à comprendre plus tard ce que signifiait le changement dans son songe d'avenir.
Il avait au moins compris ce qu'il faisait dans ce songe du présent. Comme dans le cimetière, il luttait pour vivre. Parce que sa vie importait à Potter.
Comme lorsque John Doe – ou plutôt Abou – lui avait parlé de l'acceptation du lien, savoir cela provoqua en lui une douce satisfaction. Il était peut-être haï par une grande partie de la population sorcière – dont les Weasley – mais Harry Potter ne souhaitait pas sa mort. C'était bien le plus important, depuis sa dette.
Reconnaissant, il s'approcha légèrement du couple tout en évitant de donner du sens à leurs mouvements.
- Merci, Harry, murmura-t-il en sachant qu'il ne l'entendrait pas.
Cependant, Harry entendit bien son prénom. Persuadé que le doux murmure provenait de Ginny, il laissa échapper un grondement de satisfaction et accéléra ses mouvements presque inconsciemment. Ce ne fut pas bien long avant que les deux jeunes gens atteignent un sommet satisfaisant. Dans un dernier élan de lutte, la magie de Draco maintint le lien du couple au même niveau qu'avant leur union.
Harry se retira et caressa la joue rose de Ginny avec révérence. Elle avait les yeux encore plus brillants que d'habitude et un sourire lumineux. Et même si tout n'avait pas été parfait, elle était visiblement satisfaite.
- Je t'aime, lui murmura-t-il. Tu es la personne la plus importante pour moi et tu le seras toujours.
Et c'est avec une sensation de perte étrange et définitivement malvenue que Draco se sentit retourner vers son corps, de l'autre côté de la Manche.
Quand il ouvrit les yeux, Lina était penchée sur lui avec inquiétude. Elle lui tamponnait le front avec une éponge humide et agréablement fraîche.
- Est-ce que tu vas bien ? demanda-t-elle, d'une voix soulagée.
Elle était heureuse de le voir ouvrir les yeux après son rêve. Elle n'aimait pas l'état d'incertitude qui planait entre un songe du Rêveur et son réveil.
Elle ne s'attendait pas à ce que sa question provoque une crise de larmes, alors qu'il la tirait contre lui pour enfouir son visage contre son épaule. Maladroitement, elle lui caressa les cheveux.
- Que t'arrive-t-il ? demanda-t-elle.
- Je ne sais pas, murmura Draco, la voix étouffée contre la robe de chambre. Je ne sais pas.
Lina cessa de poser des questions et le laissa se reprendre. Au sol, sa sœur avait repris une respiration plus calme, même si elle restait étendue par terre. Quand Draco fut endormi, elle se releva et aida sa sœur à le border. Lina vérifia que les constantes du Rêveur étaient normales et eut un léger sourire, quand elle constata que malgré un épuisement magique et nerveux, elle ne pouvait détecter aucune blessure interne. Aline avait merveilleusement fait son travail.
- Je peux dormir avec toi ? demanda soudain cette dernière.
- Bien sûr.
Jamais Lina n'aurait imaginé laisser sa sœur seule quand elle réclamait une présence ou de la tendresse. Quand elles s'enfouirent sous les couvertures, Aline se serra contre Lina.
- Que t'arrive-t-il à toi aussi ? demanda Lina, d'une voix légèrement amusée.
- La douleur du Rêveur, commença Aline. Elle était différente de d'habitude. Quand je supporte la douleur jusqu'au bout, c'est mon corps, mes muscles, mes articulations, qui sont les plus douloureux. Pas ça.
Elle saisit une main de Lina pour la poser sur sa poitrine, du côté du cœur.
- C'est une douleur dont je n'ai pas l'habitude, conclut Aline.
Comme avec Draco, Lina serra sa sœur contre elle et lui caressa les cheveux jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Elle-même ne parvint pas à s'endormir avant longtemps, son esprit en ébullition tentant de traiter la nouvelle information fournie par Aline, au regard de ce qu'elle savait déjà du Rêveur. Elle commençait à comprendre.
Le lendemain matin, les jumelles furent les premières levées et elles déposèrent leurs cadeaux sous l'immense sapin du salon principal. Elles furent rejointes peu à peu par les quelques membres de la famille qui étaient restés au château, qui déposèrent leurs présents de la même manière. Draco fut l'un des derniers levés.
Au cours du petit-déjeuner, elle constata qu'il agissait plutôt normalement et qu'aucune indication ne pouvait laisser deviner qu'il avait rêvé. Ou la nature de son rêve. Il refusa d'ailleurs de répondre à toute question sur le sujet et Lina n'insista pas, consciente que le Rêveur pouvait être aveugle et obtus, quand il le voulait.
Le petit-déjeuner terminé, la famille élargie se rendit dans le salon et procéda au rituel des cadeaux. Enfin… Le rituel ressemblait plus à un joyeux bazar qu'à un événement organisé. Draco fut assailli par ses Gardiennes afin qu'il ouvre leurs cadeaux en premier.
Aline lui tendit le premier paquet joyeusement. Il l'ouvrit rapidement, sachant que la jeune femme n'avait aucune patience sur le sujet. Il dégagea une belle boîte ouvragée en bois et s'apprêta à la remercier quand elle rit en lui intimant d'ouvrir la boîte.
Il obéit et découvrit avec stupeur la baguette qu'il avait arrachée au buisson ardent. Elle était entièrement sculptée. Il saisit le manche ouvragé qui présentait une belle adhérence et passa un doigt sur la longueur lisse. Il sentit immédiatement la connexion s'établir entre eux et fut infiniment heureux de pouvoir à nouveau pratiquer la magie sans crainte. La baguette l'avait accepté, même si sa nature et son acquisition étaient pour le moins inhabituelles.
Bien sûr, il continuerait son apprentissage de la magie sans baguette, mais il cessait désormais d'être sans défense.
Il adorait l'espèce de lueur permanente qui éclairait le bois, comme un fantôme de flamme.
- Merci, dit-t-il à Aline avec beaucoup de sincérité. Je l'aime énormément.
- A mon tour, déclara Lina en lui tendant un deuxième paquet. Ceci est notre vrai cadeau à toutes les deux, même si Aline tenait à t'offrir ta nouvelle baguette à l'occasion de Noël.
Draco saisit le paquet avec enthousiasme, curieux de découvrir ce que les jumelles lui avaient réservé d'autre. Il déchira le papier avec plus de soin, cependant, pour en savourer tout le plaisir. Et le referma immédiatement quand il aperçut le livre sous le papier. Surtout l'image sur le livre.
Il rougit intensément et n'osa pas remercier les Gardiennes, pas certain de pouvoir appeler « cadeau » le livre qu'elles avaient choisi.
Les jumelles, cependant, ne semblèrent pas vexées et se tapèrent dans la main, satisfaites de la rougeur qu'elles avaient provoquée chez le Rêveur. « Le troisième sexe » était certes un vieux livre de 1970, mais les informations qu'il présentait aux sorciers attirés par leur propre genre étaient universellement reconnues comme efficaces. Et Lina était certaine que Draco finirait par s'en servir.
(1) Ici, ma correctrice m'a posé une question intéressante dont la réponse peut peut-être vous être utile également. Les jumelles n'ont pas connu Abou en tant que Rêveur. Il est devenu l'Ancien avant même leur (re)naissance en tant que jumelles Lenain et il ne les avait pas connu sous leur identité précédente. Les Rêveurs vivent de toute façon rarement assez vieux pour avoir l'occasion de rencontrer les 6 Gardiens. De plus, la probabilité pour que ces 6 Gardiens soient assez mûrs pour remplir leur rôle en même temps est plutôt rare, même si cela s'est déjà produit de temps à autre. Toujours est-il que vous découvrirez d'autres informations sur la relation entre l'Ancien et les jumelles, au fil de l'histoire.
(2) On appelle Vénus les statuettes de femme aux formes exagérées qu'on a retrouvé un peu partout, par exemple sur des sites typiques du paléolithique. Vous pouvez en trouver des images sur internet. L'une des plus connue est par exemple la « Vénus de Willendorf ».
(3) Voir C7P5, quand Betty Noisy présente son cours sur le Cosmimago.
(4) Voir C10P1, quand Severus rend visite à Harry pour lui parler de cette dette de vie.
(5) Je ne désirais pas alourdir ce passage un peu romantique (pas taper !) avec les notions de MST sorcières, mais j'y reviendrai plus tard. Sachez toujours vous protéger, cependant, car c'est essentiel pour votre santé et pour profiter du moment l'esprit libre :)
Voilà pour ce chapitre ! Je vous assure que l'union d'Harry et Ginny est une étape essentielle avant leur rupture. Elle va justement provoquer des choses intéressantes. J'espère que vous aurez tout de même envie de connaître la suite de cette histoire ^^" Par ailleurs, j'essaierai de publier des schémas et des explications plus détaillées sur la métamagie très bientôt sur le site.
En tout cas, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire en partant : ils sont grandement appréciés ;) A bientôt, j'espère !
Lena.
