Chapitre 2 : Le Prince Dragon

Rhadamanthe visite Athènes, Kanon visite Milo, Saga visite Ayoros et Eaque visite Minos


Quand Kanon se réveilla, le soleil était déjà haut dans le ciel. Il se sentait d'humeur radieuse. Il était absolument ravi. Il se leva, l'esclave blonde avec laquelle il avait passé la nuit avait quitté sa couche après qu'il se soit endormi. Il aimait bien les blondes. Elle avait laissé quelques fils dorés derrière elle. Il s'amusa à les ramasser toujours allongé dans son plumard. Encore pleinement satisfait de sa nuit, un assassinat et une blonde. La combinaison parfaite.

Une fois les cheveux collectés il se leva paresseusement. Se dirigea vers la commode sur laquelle reposait une toge propre et un baquet d'eau chaude encore fumante. L'esclave avait bien calculé son temps de sommeil. Il fit sa toilette brièvement, histoire d'être présentable chez Milo. Il avisa le tissu riche, une toge longue bleu clair ornée de léger motifs dorés accompagnée doublée d'une seconde étoffe argentée à porter en dessous de la première, nouée à l'épaule par une broche représentant l'emblème des Alhen.

Il enfila le drap gris et en piqua la broche d'argent puis passa la soierie azurée au-dessus de son épaule. Il avisa la boîte qui contenait ses bijoux mais renonça. Le général n'avait que faire des parures, ses trésors de guerre dépassant l'imaginaire. Kanon se contenta, donc, de se parer d'un large bracelet gravé représentant un dragon marin. Que Kanon considérait comme son emblème personnel depuis sa noyade. Puis il quitta la chambre, d'abord surpris par la lumière aveuglante avant de se remettre et de reprendre son chemin, longeant le jardin intérieur. En cette période estivale les arbres portaient de beaux fruits. Mais ceux qui intéressaient le plus Kanon étaient les vignes juste à côté de la demeure principale.

Il fila directement vers les écuries. Il n'avait pas besoin de petit déjeuner, Milo gâtait ses invités. Et d'autre part le général le connaissait suffisamment bien pour avoir préparé un encas pour son arrivée.

" Où vas-tu Kanon ? " l'interpella une voix familière.

" Voir Milo, Saga. Mais tu dois le savoir, non ? J'étais pourtant sûr qu'il était passé de saluer après m'avoir croisé. " ronronna son jumeau en se tournant vers son frère qui pour sa part avait choisi des couleurs plus claires que lui. Intégralement doré et blanc.

" Il l'a fait en effet. Mais j'étais persuadé qu'avec les dernières nouvelles tu choisirais de rester dans le domaine. "

" Quelles nouvelles ai-je raté cette nuit ? " demanda Kanon intrigué.

" Patroclus a rendu l'âme cette nuit entouré par sa fille et Ayoros. Et je suppose que c'est aussi grâce à toi. " remercia son jumeau avec ce nouveau sourire sombre, ce sourire qui donnait l'impression que ses prunelles viraient au rouge alors que la lumière crue révélait des éclats argentés dans ses cheveux.

" C'est bien ce que tu m'avais demandé n'est-ce pas ? Ton cher frère fait toujours son possible pour te rendre heureux. " répondit Kanon pressé de partir retrouver son ami. Saga sembla retrouver sa personnalité habituelle et son visage se fendit d'un doux sourire.

" Sois prudent surtout mon frère. Et passe le bonjour à Milo de ma part. "

" Comptes sur moi, frangin. Et toi passes le bonjour à Ayoros. " se moqua le cadet avant de disparaître tout droit vers les écuries. Pour se déplacer de jour il allait devoir s'engouffrer dans cette maudite carriole pour que personne ne le remarque. Le palefrenier qu'il avait averti de son départ attendait depuis un moment que le second maître se réveille de sa grasse matinée pour l'escorter jusqu'à la demeure Scorpio.


Rhadamanthe errait dans les larges ruelles d'Athènes. Sa tenue était suffisamment discrète et son épée suffisamment dissuasive pour éloigner les marchands et les voleurs à la petite sauvette. Un odeur épicée l'écarta de l'allée pour l'attirer dans une boutique colorée. Une boutique d'épices.

" Puis-je vous aider, monsieur ? " Rhadamanthe se tourna vers un homme immense.

" Sans doute, monsieur ? "

" Aldébaran. Souhaitez vous que je vous fasse visiter la boutique ? " proposa le brun.

" Volontiers, j'avoue que j'ignore ce que je cherche ici. "

" Vous êtes un étranger ? Je peux vous suggérer d'autres boutiques à Athènes si vous le voulez. " suggéra l'athénien avec un grand sourire. Rhadamanthe acquiesça poliment. Avoir un guide n'était pas un si mauvaise idée.


Camus passa maladroitement la ceinture de cuir autour de la toge de tissu blanc offerte par Leslie, il s'était piqué plusieurs fois à l'épaule avec l'épingle portant l'emblème des Scorpio. Le tissu était confortable, plus que l'espèce de toile de jute et les fourrures avec lesquelles il s'habillait jusqu'alors. Hyoga devait en avoir une similaire. De même pour Shaïna. Leslie lui avait dit qu'il allait servir Milo et un invité. Elle lui avait précisé que la venue de l'invité devait rester secrète. Un test d'entrée en somme pour savoir si l'on pouvait compter sur lui où s'il valait mieux l'envoyer aux champs.

Et en toute franchise le rouquin n'avait pas vraiment envie de se retrouver à quatre pattes à cueillir des épis de blé ou des grappes de raisin sous le soleil de Grèce. De toute manière à qui pouvait-il bien raconter la visite d'un illustre inconnu dans un pays dont il ignorait toutes les ficelles ?

Il soupira profondément et laissa son regard parcourir le dortoir des esclaves. En tant que nouveau venu il allait se retrouver avec Hyoga et Shaïna à même le sol, seulement protégé d'une paillasse. Une couverture pour se protéger du froid nocturne. C'est tout. Mais c'était déjà beaucoup aux yeux du nordique. Leslie lui avait également parlé de la nourriture, il se demandait si leur repas seraient aussi luxueux que le tissu dont il était paré ou si cet habit n'était qu'une illusion de bon traitement.

" Camus ? Tu t'en sors avec ta toge ? " demanda Leslie en entrant dans le dortoir pour trouver le nordique en pleine contemplation. Il ne prit même pas la peine de se tourner vers elle. Continuant d'analyser l'endroit. L'endroit où il allait demeurer un long moment. " Tu t'y habitueras. Ce n'est pas si mal ici tu sais. "

" C'est déjà beaucoup mieux que mon village. Je passais mon temps dans les champs ou à chasser. Malgré mon statut je devais trimer tout le jour. Aujourd'hui je dois servir du vin pour mériter mon toit. C'est mieux que je ne puis l'espérer. " Leslie sourit tristement. Elle avait connu ce sentiment. Celui de la perte des repaires. On se demande si l'on vend son âme au démon. Démon dont le visage ressemble à celui d'un général grec aux cheveux dorés. Le roux se tourna vers elle. " Je suis prêt, dis-moi ce que l'on attend de moi aujourd'hui. " Leslie acquiesça et lui fit signe de le suivre.


Milo regarda la calèche s'engager dans l'allée de sa maison. La carriole des Alhen. Avec probablement à l'intérieur un Kanon râlant sur la température qu'il faisait dans la boîte en bois. La calèche s'immobilisa devant le blond, tranquillement appuyé sur l'une des colonnes de l'entrée. Kanon ouvrit la porte d'un coup en expirant bruyamment.

" C'est la dernière fois que je monte dans une de ses horreurs ! C'est un véritable sauna, là-dedans ! Comment Saga peut-il passer ses journées dans ces machines atroces ! " se plaignit Kanon en rejoignant le général clairement amusé.

" Tu va rentrer à pied, donc ? " ronronna le général avec un sourire entendu.

" Arrête de te foutre de ma gueule ! Comme si j'allais rentrer bourré chez moi ! "

Milo s'esclaffa en guidant son invité dans les couloirs. Kanon le suivait distraitement en détaillant les peintures qui ornaient les murs de la maison Scorpio jusqu'à la salle de séjour un peu plus ombragée. Kanon se dirigea automatiquement vers sa causeuse, oui, la sienne, parce qu'il refusait catégoriquement de s'installer ailleurs. Il se vautra dessus sans pudeur.

" Alors ils sont où tes nouveaux ? Après m'avoir nargué avec j'espère que tu comptes bien me les présenter. " demanda Kanon sans bouger de son nid.

" Pour l'instant tu devras te contenter de mon nouvel échanson. Les autres sont en cours de formation avec Moïshe. " répondit le général en s'installant sur sa chaise.

" Je t'envie tu sais, tu te trouves toujours des beautés. " souligna Kanon en se remémorant la beauté exotique aux cheveux bruns qui servait le Général depuis deux ans maintenant.

" Je choisis mes servants avec soin, mais je suppose que tu as faim, Leslie ! " la rouquine sortit de derrière le décor.

" Oui, mon maître ? "

" Envoie-nous Camus avec de quoi nous désaltérer et nous restaurer. Je te sonnerai si besoin. " ordonna le blond, la rouquine acquiesça et tourna les talons.

" Il s'appelle Camus ? C'est quoi, un nom nordique ? " demanda Kanon.

" En effet. " répondit tranquillement le blond.

Camus entra dans la salle, chargé dans une main d'un plateau d'argent sur lequel reposait un mélange de fruits frais et dans l'autre une amphore remplie de vin.

" Dépose les fruits auprès de Kanon et sers-le de vin. C'est un invité important alors obéis à chacun de ses ordres. À moins que je ne t'en donnes un contraire. " expliqua le blond.

" Bien maître. " répondit le roux en s'approchant de l'inconnu. Kanon détailla le rouquin, le tissu blanc retombait gracieusement sur ses hanches, l'habit laissait visible ses longues jambes pâles et fuselées, Kanon s'amusa à noter les tâches de rousseurs qui caressaient les épaules et les pommettes de l'échanson. Délicieux.

" J'avais oublié ta fascination pour les roux, maintenant je la comprends tout à fait. " s'amusa Kanon alors que Camus s'éloignait servir son maître donnant l'occasion à l'invité d'épier la courbe de ses reins.

" N'embête pas mon serviteur Kanon. Tu vas me faire regretter de te l'avoir montré. " s'amusa le général en laissant le roux remplir sa coupe de liquide écarlate. Camus s'éloigna ensuite des deux hommes, son amphore entre les bras. À la disposition de son nouveau maître ou de son invité. L'entrevue était partie pour durer.


Rhadamanthe s'avança dans la forge, le son à la fois cristallin et brutal du fer emplissait l'antre brûlante. La totalité des murs étaient couverts de babioles métalliques colorées. Bijoux, épées, armures, rouages, tout ce qu'il était possible de fabriquer avec du métal y était passé.

" Que puis-je pour vous monsieur ? " le blond se tourna pour faire face à un vieil homme aux cheveux vert pâle avec un air triste, un très jeune enfant roux était collé contre sa jambe, visiblement intrigué par le nouveau venu.

" Un vendeur d'épices m'a conseillé cet endroit je viens donc m'intéresser au meilleur forgeron d'Athènes. " expliqua tranquillement le crétois, l'homme se para d'un sourire amical.

" Je vois, Aldébaran est l'un de nos amis. Souhaitez-vous visiter la boutique ? " se proposa le vieillard avec amabilité.

" Volontiers. " accepta le blond.

" Bien, mon nom est Sion, voici Kiki, l'apprenti de mon fils, Mû, il est actuellement occupé, mais commençons par le commencement. " proposa le forgeron en entraînant le riche étranger avec lui.


Saori pleurait à chaude larmes entre les bras d'Ayoros, les deux êtres étaient détruits par le décès inattendu du doyen de la ville. Shaka priait silencieusement à leurs côtés pour que l'âme de Patroclus puisse trouver le chemin d'Elysion. Ayoros ne voyait dans ce corps froid rien d'autre que la mort prématurée d'une Athènes moderne et équitable, la fin de l'évolution de la ville et la porte ouverte à tout les maux. Et Saori ne voyait que la coquille vide qui avait auparavant abrité celui qui l'avait élevée. Et tout était terminé. Plus jamais Patroclus n'ouvrirai les yeux, plus jamais un visage n'étirera son visage barbu, plus jamais il ne la soulevera dans les airs, plus jamais il ne l'appellera 'ma petite princesse', plus jamais... plus jamais... plus jamais.

Ayoros resserra son étreinte en sentant la faiblesse de Saori. Ils venaient tous les deux de perdre un guide. La servante de Patroclus entra dans la chambre mortuaire.

" Seigneur Ayoros, Un invité est arrivé. "

" Qui est-ce ? " souffla doucement le blond toujours pétrifié.

" Seigneur Saga, il souhaite se joindre à vous et prier pour l'âme de Seigneur Patroclus. " expliqua Marin avec douceur. Ayoros s'écarta de Saori qui retourna prier auprès de Shaka.

" Laisse-le rentrer. Saga est un de mes amis, je suis sûr qu'il est réellement affecté par cette perte. " souffla faiblement le brun en s'efforçant de reprendre un peu de contenance. La servante s'inclina et ouvrit la porte pour laisser entrer Saga, resplendissant dans sa toge dorée.

" Ayoros, j'ai appris la nouvelle, je suis venu aussi vite que j'ai pu. " murmura-t-il en s'approchant de son ami effondré.

" Merci d'être là, Saga. Tu œuvrais avec lui pour le bien de cette cité je le sais. Te joindras-tu à nous pour sa mise en bière ? "

" Mais bien sûr, tu as tout mon soutien Ayoros. Tu sais combien son combat compte pour moi. " expliqua doucement le dernier représentant de la maison des Alhen.

" Prieras-tu avec nous ? Ta présence m'importe beaucoup. "

" Mais bien sûr, Ayoros. Tu sais que je suis de tout cœur avec toi. " répondit Saga avec un doux sourire en rejoignant la fille de Patroclus près de l'autel funéraire.


" Minooooos... tu es sûr que ça va ? " minauda Eaque en tendant le bras vers son demi-frère.

L'héritier d'Astérion se tenait prostré, le regard perdu dans les grands jardins du palais, derrière eux la mer, quelques heures auparavant il y voyait encore les voiles du bateau de Rhadamanthe. Il devait être arrivé depuis. Était-il resté auprès de Valentine ? S'était-il envolé comme à son habitude ? Il avait toujours aimé visiter les villes avait toujours su s'attirer l'affection des foule.

" Minos ! Tu m'écoutes ? Qu'est-ce qui va pas ? C'est parce qu'Astérion est mort hier ? Je ne pensais pas que ça te secouerai à ce point, tu ne veux pas m'en parler ? "

" Eaque...J'étais là. J'étais à son chevet quand il a rendu l'âme. Je l'ai vu mourir. " expliqua Minos sans se détacher de l'horizon. " Il savait qu'il allait mourir. Il m'a demandé de prendre soin de Rhadamanthe et de le protéger. "

" Oh...Désolé. C'est à ce moment qu'il t'a désigné comme son successeur ? On a trouvé aucun papier. " Minos marqua une longue pause, sans doute en train de se remémorer cette scène, Eaque le laissa réfléchir. Il devait en avoir besoin.

" Il... Il m'a dit qu'il... qu'il savait depuis trois jours qu'il n'en avait plus pour longtemps. L'Oracle le lui a dit. Mais il n'a pas voulu la croire. Il n'a pas prit le temps de commissionner de messager pour Athènes. Ni d'écrire ses dernières volontés pour sa succession. Il m'a demandé de protéger Rhadamanthe et... de protéger le trône pour que le royaume de Crète garde sa splendeur. " souffla le nouveau Roi, clairement déboussolé.

" Je vois. Tu as clairement besoin d'un peu de tranquillité pour ma part je vais... " le Roi des Myrmidons reluqua la grande servante brune aux bras chargés d'un panier de raisin. " Faire un petit tour. " ronronna le brun en s'enfuyant.

Minos s'effondra en larmes. Tout les détails lui revenaient en mémoire. La pâleur de sa peau, la sueur sur son front, ses mains tremblantes, sa voix chevrotante et... sa volonté de voir Rhadamanthe monter sur le trône de Crète.

" Rhadamanthe... Je suis... tellement désolé... "


Le blond regarda son reflet danser sur la lame effilée qu'il tenait dans sa main. Une épée magnifique, son forgeron était une personne très talentueuse. Le cadeau ravirait sûrement Valentine. En espérant qu'il ne se fasse pas un sang d'encre en ce moment. Peut-être devrait-il en prendre deux ?

" Elle vous plaît ? Mon fils la surnommée Harpie, tenez, voici son fourreau. " Sion tendit l'étui. Un écrin noir décoré de splendides motifs dorés, le haut de la gaine surmonté d'une magnifique femme-oiseau en or.

" Je n'ai jamais vu plus belle lame. Votre fils est un merveilleux forgeron. Elle est splendide. Je vais vous en prendre une seconde. Que me proposez-vous ? "

" Payez-moi d'abord pour celle-ci. " Rhadamanthe lui tendit un statère d'or. " C'est beaucoup trop cher pour une épée, Monsieur. "

" C'est le prix qu'elle vaut selon moi. Une telle épée vaut ce prix. Et je refuserai de la payer moins. " Sion sourit, son client était visiblement quelqu'un de distingué, fort, intelligent, et pourtant dissimulant dans son poing une force certaine. Promis à de grands projets. Il la méritait sans nul doute, plus que quiconque. Sion lui fit signe d'attendre, il s'éloigna dans l'arrière-boutique, là d'où s'échappait le retentissement des marteaux. Ils ne s'arrêtèrent à aucun moment. Sion revint avec entre ses mains un paquet enrobé d'un tissu blanc rendu crasseux par le suif. La marchand le lui tendit. Rhadamanthe le prit entre ses doigts et dévoila l'objet dans l'étoffe. En la sortant du fourreau elle poussa un sifflement cristallin pour dévoiler un métal aussi noir que la nuit, un métal dans le quel Rhadamanthe vit luire ses yeux dorés avec une lueur vibrante.

" Comment s'appelle-t-elle ? "

" La Noire Dragon. Cette épée est la seule fabriquée de ce métal. C'est mon fils qui a trouvé le minerai seul. Il dit qu'un Dieu le lui a montré. Il m'a demandé de ne la donner qu'à celui qui devinera son juste prix. Combien donneriez-vous pour cette lame ? "

" Je... cette épée... elle est divine... je... tout mon Or, tout l'Or du Monde ne peut payer un tel artefact... Cette lame... La Noire Dragon... elle n'a pas de prix... " Sion sourit de nouveau.

" Vous êtes vraiment un homme remarquable Monsieur. Vous avez des airs de Roi. Prenez cette épée. Elle est vôtre désormais. Ne la cédez à personne surtout. "

" Mais je n'ai donné aucune estimation. "

" Je le sais. Allez-y... partez. Vous avez tout ce dont vous avez besoin. "

Rhadamanthe sourit doucement en observant la lame sombre. Il tourna les talons et quitta la forge, les deux fourreaux dans sa main droite.

Sion retourna dans l'arrière-boutique, Mû frappait le métal rougeoyant avec rythme. Sion sourit doucement. Il se rappelait de l'instant où Mû était entré dans sa vie. Un petit enfant emmitouflé dans un riche tissu bridé, braillant devant sa forge. Et aujourd'hui en train de forger une nouvelle œuvre d'art.

" La Noire Dragon est partie ? " demanda le jeune homme aux cheveux parme sans cesser son labeur, éclatant le métal à grands coups de marteau.

" Oui mon garçon. Celui qui l'a emmenée à l'étoffe d'un Roi, elle est en de bonnes mains. " murmura le forgeron en pressant sa paume contre l'épaule de son fils.

" C'est bien. Elle a besoin d'un grand homme. " murmura Mû.

" Tu pensais la donner à Patroclus ? Ou peut-être à Ayoros ou Saga ? "

" Peu importe. Patroclus est mort. Et ni Ayoros ni Saga ne sont venus la voir. Peut-être ne leur était-elle pas destinée. " Patroclus était mort. Et la Noire Dragon avait rejoint son maître. Athènes entrait dans une nouvelle phase et rien n'assurait son avenir.


L'alcool avait coulé à flots, les deux hommes s'esclaffaient aléatoirement sans avoir de raison, Camus multipliait les allers-retours entre le salon et les cuisines pour remplir son amphore. Comment pouvait-on boire autant d'alcool en si peu de temps ?

" Hey, Camus ! Ma coupe est vide, viens par là. " brailla Kanon en lui exposant sa coupe vide. Le roux reprit son amphore et rejoignit le grec étalé sur sa causeuse. Il présenta la bouteille, Kanon l'arracha de ses mains, elle s'écrasa sur le sol en rependant le reste du liquide écarlate sur le sol, et Kanon passa ses bras derrière ses hanches pour l'attirer contre lui. Camus cria, essaya de se dégager mais l'étreinte était trop forte malgré son ivresse.

" Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! "

" Ta peau est aussi douce que celle d'une fille. J'aime bien les peaux douces. "

" Kanon ! Ça suffit lâche-le ! " ordonna Milo en se levant pour extirper son servant des bras de son invité. Camus tremblait fort entre ses bras, déstabilisé par la brutalité de la scène.

" Tu n'es pas drôle Milo. Laisse-moi jouer avec lui. " ronronna Kanon avec un rictus prédateur en lorgnant le roux terrifié.

" Tu as trop bu Kanon, ça suffit. Tu gâche mon vin et tu brutalises mes servants. Je ne te laisserai lui faire du mal, même si tu es mon ami. Ils sont sous ma protection et tu ne leur fera rien. " gronda le général d'un ton autoritaire. " Vas Camus. Vas te reposer, cela n'arrivera plus. Préviens Leslie qu'elle vienne nettoyer ce bazar et soit tranquille, si quiconque t'importune, qui que se soit, vient m'en faire part." le rassura le blond, le nordique acquiesça et Milo le laissa s'enfuir.

" Tu vas trop loin Kanon. Combien de fois dois-je te répéter que mes esclaves contrairement aux tiens ne sont pas des jouets. " le réprimanda-t-il encore en retournant s'asseoir.

" Ne soit pas si rabat-joie. Tu te fais bien la rouquine, toi, non ?

" À ceci près que je suis consentante et qu'il ne m'a jamais forcée à rentrer dans son lit, Kanon. " siffla Leslie, chargée de serpillières pour nettoyer le vin.

" Tiens. Justement voici l'esclave sexuelle de notre général adoré. "

" La ferme Kanon. " gronda Milo. " Je t'ai trop laissé boire. Quelque chose ne va pas ? Pourquoi tu te comportes ainsi aujourd'hui ? " Kanon soupira, clairement irrité.

" Ce n'est rien. Longue journée hier. Excuse-moi Leslie. Et présente mes excuses au nouveau. "

" Bon, je vous pardonne pour cette fois, mais vous me ferez le plaisir de mémoriser le nom de Camus et de vous excuser vous même la prochaine fois. " accepta la rousse agenouillée sur le sol en essuyant le liquide rouge sur le sol.

" Milo est trop indulgent avec toi. " pesta Kanon d'un air mauvais.

" Il en va de même pour toi Kanon. On va se promener un peu. Tu as besoin de t'aérer. On te laisse Leslie, excuse-le encore. "

Camus était resté immobile, tapi dans l'ombre des couloirs. Il avait tout entendu. Milo et Leslie... C'est donc aussi une part du contrat d'esclave ? Est-ce que Hyoga et Shina étaient en danger ? Leslie avait-elle prit la défense de son maître ou de son amant ? Finirait-il lui même entre les griffes du général ? Ou entre celles d'un de ses invités un peu trop saoul ? Ces paroles rassurantes... les avaient-ils prononcés pour l'endormir ?

Il repartit vers les dortoirs et se remit à trembler, il claqua ses paumes contre ses joues pour effacer la sensation des bras de Kanon autour de sa taille. Il devait se reprendre. Milo avait promis de le protéger. Leslie avait affirmé être consentante, Milo l'avait arraché des bras de Kanon. Il ne risquait rien. Il ne risquait rien. Il ne risquait rien.


Merci à tout ceux qui liront ce chapitre et qui liront les suivants, cette histoire me tient beaucoup à cœur et je suis ravie qu'elle puisse vous plaire

Si vous avez la moindre critique, question, remarque, ou même pour corriger mon orthographe n'hésitez pas à me laisser un message ou un commentaire :)

Sinon un premier dessin sur ma fic(retirez les espaces) ^^ : jaguar - sauvage . deviantart art / Maison - Alhen - La - Vie - d -Athenes - 458970484