Chapitre 4 : Rencontre avec les Morts
Rhadamanthe est en visite à Athènes, Ayoros essaie de venir en aide à son jeune frère sur une pente raide suite à ses échecs militaires, Saga demande un service à Kanon et Milo s'efforce de protéger ses esclaves
Misa : c'était prévisible, non XD
Saga s'appuya sur le chambranle de l'entrée du salon de la Villa Alhen. Kanon gisait sur sa causeuse, un épais tissu humide passé sur son visage, gémissant de douleur. Probablement dû à sa cuite de la veille. Saga avait été surpris de ne pas l'avoir trouvé en rentrant des funérailles de Patroclus mais avait fini par aller se coucher en partant du principe qu'il serait de retour au matin. Saga offrait toute sa confiance au général Scorpio.
" Kanon, désolé pour ta grasse matinée mais j'ai du travail pour toi. " le prévint son jumeau sans bouger du seuil du salon. Kanon se redressa avec un râle de douleur.
" Sagaaaaaaaa... Tu peux pas me laisser ma matinée au moins ? " se plaignit le dernier né des deux jumeaux en laissant tomber le tissu humide sur ses genoux.
" Kanon, c'est très important, Rhadamanthe, Prince de Crète est arrivé en secret à Athènes hier. C'est un personnage important, les crétois sont un peuple puissant, j'ai besoin que tu gardes un œil sur lui. Et si tu peux éloigner les mauvaises influences cela m'arrangerait. "
" Je ne vais pas assassiné tout politique dans un rayon d'un kilomètre Saga... "
" Non, mais si tu pouvais guider ses pas hors de la vue de ses vautours. "
" Tu donnes de bien méchants noms à tes pairs Saga. " se moqua le saoulard.
" Je m'efforce de donner une meilleure image de ma personne, Kanon. "
" Et Saga, comment je l'éloigne des autres politiciens sans me faire repérer ? Je ne peux pas me faire passer pour toi, si tu me demandes de te le garder sous le coude c'est que tu as d'autres projets alors comment je peux sortir sans que tout le monde sache que je me suis planqué toute ma vie ? " demanda Kanon en se rallongeant sur la causeuse.
" Tu as toujours su te débrouiller avec moins que ça, le chef de la garde et paranoïaque, il te suffira de déclencher une bagarre et le chef de la garde le fera contourner ce trajet. Mais garde un œil sur Rhadamanthe, il aurait tendance à agir en solo. C'est un impulsif d'après les rumeurs. " avertit le politicien malgré l'apparente irritabilité de son frère jumeau.
Kanon leva les yeux vers son frère, des yeux cernés par sa trop courte nuit. Nuit qui semblait bien partie pour s'avérer inexistante.
Ayoros franchit le seuil de la Maison Leo. De nouveaux meubles avaient disparus de puis sa dernière visite. Aiolia devait sans doute avoir cédé de nouveau biens pour couvrir ses dettes. Ayoros lui avait bien suggéré de changer de mode de vie mais le jeune militaire restait buté comme une porte en bois. Trop fier pour afficher sa détresse à Athènes.
" Qu'est-ce que tu fais là Ayo' ? " demanda une voix familière derrière son dos.
" Je viens rendre visite à mon frère qu'est-ce qu'il y a de surprenant à cela ? "
" Que tu ne me rends presque jamais visite chez moi. Tu viens à l'entraînement de mes hommes mais jamais dans ma demeure. " répliqua le blond avec un air méfiant.
" Ta maison s'est encore vidée. " nota l'aîné avec un air désolé.
" Et voilà, on y est. " siffla son cadet avec un air méprisant.
" Aiolia, est-ce que tu comptes vendre la tapisserie de maman ? " demanda Ayoros. Dans son regard se mêlaient une profonde désolation et une touche de reproche.
" Non. Je ne vendrais jamais la tapisserie de maman. Même si je devais vendre la villa de papa je ne pourrai jamais la vendre, quitte à vivre dans la rue c'est le seul objet que je garderai. " répondit l'héritier de la Maison Leo.
" Ne soit pas ridicule, je ne te laisserai pas dans la rue, tu pourrai venir habiter chez moi. " se radoucit le politicien avec un sourire généreux.
" Tu veux bien m'héberger mais tu refuses de m'aider à couvrir mes dettes. C'est un comble. " persifla Aiolia avec un air mauvais.
" Aiolia, tu avais l'argent de ton père, ses terres, ses servants, son héritage, tu as tout dilapidé pour dissimuler tes échecs puis pour les compenser. Je ne t'aiderai pas à continuer sur cette pente mais je ne te laisserai pas dormir dehors comme un chien. Tu as besoin d'aide mon frère. Laisse-moi t'aider. Tu ne tiendras pas longtemps à ce rythme. "
" Je ne suis pas ton frère, Ayoros. Et je n'ai besoin de l'aide de personne. " gronda le fils de Leo.
" Aiolia, nous avons la même mère, bien sûr que si tu es mon frère. Et ton attitude est dangereuse je ne te laisserai pas te mettre dans le pétrin ! "
" Le pétrin j'y suis déjà Ayoros! " rugit le jeune Lion furibond.
" Aiolia. Dit-moi. À quel point ? " demanda l'héritier Sagittarius avec douceur.
" Même si je vendais la villa et la tapisserie de maman je n'aurai toujours pas assez d'argent. " murmura le blond en baissant les yeux.
" Bon sang, Aiolia... "
" QUOI ! QU'EST-CE QUE TU VOULAIS QUE JE FASSE QUE JE DISE A TOUT LE MONDE QUE LA MAISON LEO N'EST PLUS QU'UNE ILLUSION ! UNE IMAGE DU PASSÉE ! JE N'AI PLUS RIEN ! QUI OBÉIT A UN RATE AYOROS ? QUI ? LES SCORPIO SONT PLUS RICHES QUE JAMAIS ! MILO EST LE PLUS JEUNE ET LE PLUS REDOUTABLE GÉNÉRAL QU'ATHÈNES N'AI JAMAIS CONNU ET LA MAISON LEO S'EFFONDRE COMME UN CHÂTEAU DE SABLE ! JE NE REPRÉSENTE PLUS RIEN TOUT S'EST EFFONDRE ! PAPA NE M'A PAS LAISSE ASSEZ D'ARGENT POUR PARVENIR A FAIRE BRILLER LE NOM DE LA MAISON ! " rugit le Lion enterré dans sa rage borné. Ayoros soupira profondément, il n'avait pas frémit tout le long du discours.
" Tu es un imbécile Aiolia. Mon père m'a laissé deux fois moins d'argent que le tien en mourant. Et je n'en ai pas utilisé le moindre drachme pour me hisser au poste que j'occupe. Tu es le seul à t'être fourré dans cette situation. Si maman s'est remariée à un homme riche s'était seulement pour toi. Pour son enfant à venir puisque je ne pourrai pas en hériter. Tu ne peux pas blâmer les autres pour tes erreurs ou tes soldats pour tes échecs. Tes soldats t'ont toujours suivi. Ils ont suivi ton nom, le nom que ton père s'est battit. Et tu es le seul à l'avoir écorché. Si tu continue sur cette voie il n'y aura plus rien ni personne pour te retenir. "
" Je savais que tu ne m'aiderais pas, c'est toujours pareil avec toi ! "
" Je n'ai pas dit ça Aiolia. Mais si tu veux mon aide j'ai besoin de garanties. Ce n'est pas une petite somme que tu me demandes. Et je veux ce qu'il y a de mieux pour toi, petit frère. J'ai besoin que tu cesse tes achats inconsidérés. " ordonna le chef de famille.
" Je n'obéirait pas à tes ordres. " feula le lionceau dans ses retranchements.
" Voilà la différence entre toi et Milo. Il a toujours su quand la fierté était synonyme de danger. Ta vanité aura raison de toi Aiolia. Je vais te racheter la tapisserie de maman au-delà de sa valeur véritable. Et je ne te donnerai pas plus d'argent avant que tu ne te sois calmé. " trancha l'aîné avec un ton dur. " Maman et moi avons été trop indulgents avec toi. Il va falloir que tu comprenne maintenant que tout les actes ont des conséquences. "
Aiolia ne répondit rien. Ayoros fit signe à ses serviteurs. D'anciens esclaves libérés. L'un d'entre eux lui tendit trois lourds sac de pièces pendant que son cocher emportait la tapisserie roulée de sa mère. Ayoros l'affichera sûrement dans sa salle de réception. Montrant à tout le monde que l'héritier Leo avait perdu sa dignité en tant que chef de famille.
Le jeune Lion grinça des dents en entendant le claquement des sabots des chevaux de la calèche d'Ayoros Sagittarius. Il jeta les bourses sur le sol qui étalèrent leur contenu doré sur les dalles de cette maison désormais vide d'âme. Et personne ne tiens tête à un Leo. Toujours grands. Les Rois dorés. Les Rois d'un autre temps.
DeathMask était assis sur son cheval devant la Villa Scorpio. Au loin il pouvait voir l'esclave rousse accompagné de la jeune femme aux cheveux verts que Milo lui avait soufflée passer le balai devant la maison. Il serait très aisé pour lui de foncer sur sa monture, embarquer la gonzesse et la refourguer à son client pour un bon prix. Mais il valait mieux éviter de chercher des noises au général le plus puissant d'Athènes. Général avec une méchante tendance à considérer ses esclaves comme des êtres humains et donc à les protéger.
Il se rongea rageusement les ongles et cracha les rognures avec un grondement furieux. Il voulait récupérer ses esclaves. Il les avait promis et son client n'était pas particulièrement patient quant au promesses de vente. Sans l'intervention de Shura il aurait déjà essayé de brûler cette maison comme on brûle des fétus de paille. Rien de plus simple que de faire disparaître quelques têtes dans la confusion. Surtout quand les têtes n'étaient que des objets ayant pour seul but de satisfaire leur maître. Qu'importe le maître tant qu'il est satisfait.
" Puis-je savoir ce qu'un charognard comme toi scrute dans cette Maison. " siffla le général doré avec un regard meurtrier. Personne ne s'en prend aux protégés des Scorpio.
" Je suppose que je n'arriverai pas à te faire entendre raison pour récupérer mes esclaves ? " demanda le marchand d'un air affable.
" ni Camus, ni Shaïna, ni Hyoga ne sont à vendre. Ils sont sous ma protection et ne partiront pas à moins de le vouloir et de m'en faire part. "
" Seuls la fille et le roux m'intéresse, tu peux garder le gamin, personne n'en veux. "
" Ils ont des noms et sache une chose. " le général empoigna le col de l'esclavagiste pour le tirer très près du sien, le regard brillant d'anticipation à l'idée de se débarrasser de sa sale tête. " Si je te vois encore traîner autour de ma maison je me ferai un plaisir de te jeter en pâture à quelques barbares rancuniers de s'être fait voler leurs femmes. "
" Je prendrai rendez-vous à l'avenir. " pesta DeathMask avec un rictus menaçant. Le marchand donna un coup de rêne à son cheval et leva le camp. Le général le regarda disparaître, lui et sa puanteur morbide qui trimbalent tout les types de son espèce. Milo soupira une fois la pestilence disparue et retourna retrouver les deux femmes sous le porche de la villa.
Les lie leva le nez et son joli visage se fendit d'un sourire lorsqu'elle reconnu son maître et protecteur. Elle s'approcha pour empoigner les rênes de son cheval.
" Je me suis inquiétée lorsque j'ai remarqué que vous étiez parti avec Kanon. Vous n'avez pas trop fait de bêtises j'espère ? " se moqua gentiment la rouquine.
" Désolé de te décevoir Leslie mais je ne suis pas parti avec Kanon. Dante est venu me chercher aux aurores pour une affaire de haute importance, je n'ai pas eu le temps de faire de bêtises. " rétorqua le général. " D'ailleurs je peux savoir pourquoi toi et Shaïna vous occupiez de nettoyer le porche bien en vue alors que cet escroc de DeathMask tournait autour de la maison ? Je croyais t'avoir dit de mettre les autres à l'abri s'il arrivait. " critiqua le blond.
" De fait, je pense que je vais plutôt prendre un vrai balai, on ne nettoie rien avec ça. " ronronna l'intendante en montrant la pointe de sa lance dissimulée derrière la paille du balais. Milo se tourna pour constater que Shaïna en portait une également. " Quand j'ai repéré DeathMask j'ai prévenu les autres et Shaïna à insisté pour m'accompagner. Apparemment elle éprouve la même envie que nous tous de faire la peau à DeathMask. "
" Tu es incorrigible Leslie. " rit doucement le général en passant sa main dans ses cheveux encore emmêlés de la veille.
" C'est sans doute pour cela que vous avez laissé tomber l'idée de me dresser. "
" Je ne dresse personne, Leslie. Et offre donc une bonne collation à Shaïna pour son dévouement. J'ai comme l'idée qu'elle trouvera une occasion de se défouler sur ce bandit. "
Kanon se glissa dans les rues comme un fantôme, sa capuche vissé sur le crâne, comme il en avait l'habitude depuis qu'il était mort. Au loin il voyait poindre la chevelure blonde du Prince de Crète. Et non loin d'elle les mèches roses de son chef de garde. Une vraie harpie celui-là. Pour son plus grand bonheur. Puisque le moindre remous le faisait reconsidérer son trajet. Il avait donc pu éviter de passer près de la demeure Leo, de la forge où se trouvait actuellement l'ancien général Libra, un des sympathisant de Patroclus et aussi le passage d'Ayoros Sagittarius revenant de la Maison de son frère.
Des éclats de voix se firent entendre. Ceux du chef de garde.
" Monseigneur ! Monseigneur Rhadamanthe ! Où êtes-vous ? " piailla Valentine au comble de la confusion et de la panique. Trop petit pour voir la tête blonde se glisser dans une des ruelles adjacentes à l'avenue principale. Kanon sourit. La mission s'annonçait encore plus simple que prévu. Kanon bifurqua en abandonnant le chef de la garde mortifié derrière lui.
Devant lui les cheveux blonds s'avançaient d'un pas sûr et rapide. Prenant des chemins aléatoires sans doute pour prendre ses distances avec le chef de la garde un peu trop envahissant. Kanon le pista aisément, rien de plus simple pour lui, des années d'expériences à se glisser discrètement dans les ruelles pour éviter que les connaissances de son frère ne le reconnaissent. Le fantôme d'Athènes, toujours présent sans que personne ne sache qui se cachait derrière ses longues capes sombres circulant en permanence dans les recoins obscurs de la ville. À part Milo personne ne pouvait reconnaître son existence. L'ombre d'Athènes. Même ainsi le terme était encore trop matériel. Un peu trop réel pour son existence. Un mort errant parmi les vivant. Et contrairement aux esprits il n'avait pas droit de se manifester auprès de ceux dont il voulait se venger.
Le repos des morts lui avait été retiré lorsqu'il avait réussi à se tirer hors de l'eau à la force de ses bras tremblants après avoir dérivé des heures si ce n'étaient des jours. Il se souvenait de ses mains dans le sable, le sel avait agressé ses mains jusqu'à faire saigner ses doigts. Il se souvenait du soleil brûlant sa nuque et ses membres, sa peau avait vu sa couleur changer pour un rouge vif. Il se souvenait aussi sa longue errance sur les chemins vers Athènes, ses pieds jusqu'alors délicats s'étaient noircis au contact de la pierre et des roches. Il avait troqué les bijoux qu'il portait pour de la nourriture, un trajet à l'arrière d'une calèche remplie de poules ou de foin ou un toit pour la nuit dans une ville remplie de brigands. Il se souvenait de son retour à Athènes. Il était tellement méconnaissable sans ses bijoux, ses cheveux sales, ses pieds noirs et sa peau brûlée que l'un des servants de ses parents ne l'avaient pas reconnu. Sans Saga qui avait traîné leur parents jusqu'au marché où il avait affirmé avoir vu réapparaître son jeune frère il serait mort ou déambulant encore dans la ville comme un vulgaire va-nu pied.
Et maintenant il remplissait pleinement son rôle de mort-vivant. Suivant un Prince de Crète qui ne pouvait pas le voir. Un passant parmi tant d'autres. Les mèches blondes tournèrent à gauche, la prudence était de mise. Les rues se vidaient dans cette zone. La place où traînaient les philosophes. Kanon se colla contre le mur pour rester dans l'ombre et bifurqua au coin. Pour rentrer directement dans le torse du blond. Sa capuche glissa de son crâne.
" Vous me suiviez ? " demanda le Prince crétois d'un ton horriblement calme.
" J-Je... non. Je ne suis personne. " bafouilla l'assassin déstabilisé. Personne ne le voyait jamais. Il n'existait nulle part et aucun être humain ne pouvait voir les ombres comme lui. Personne ne voyait les morts et personne à part Milo n'avait réussi à le percer à jour.
" Étrange, vous avez bien un nom pourtant ? " l'interrogea le Prince de Crète.
" Ka-...Pollux ! Je m'appelle Pollux ! " bafouilla Kanon sur la défensive. Son suivi n'aurait pas dû le voir. Il avait commis une énorme erreur qui pouvait non seulement lui être fatale mais entraîner également Saga dans sa chute. Et il en était absolument hors de question.
" Vous ne comptez pas me dire votre vrai nom ? Dommage. Je vais me promener Pollux, je compte rester avec les philosophes jusqu'à ce que le chef de ma garde ne me trouve. Après je devrais retourner avec lui. Il me ramènera probablement dans la villa qui se trouve à quelques lieues d'Athènes. S'il vous prends encore l'envie de déclencher des bagarres pour nous dévier au moins faites en sortes que nous puissions rentrer pour dîner de bonne heure. J'ai une longue journée demain. Libre à toi de continuer à me suivre ou d'essayer de me tuer, Pollux. "
Après ses mots le blond lui tourna le dos pour descendre les marches qui le séparaient de la place des philosophes. Laissant Kanon pétrifié en haut de l'escalier. Perdu dans ses pensées il ne lui venait qu'une chose à l'esprit. On lui avait laissé le choix.
Ayoros se rongeait les sang sur sa banquette. Aiolia semblait vraiment en piteux état, est-ce que l'argent qu'il lui avait laissé sera suffisant pour éponger ses dettes ? Pourra-t-il lui pardonner de s'être montré si dur avec lui ? L'aimera-t-il encore malgré son ton cassant ? Il n'avait jamais voulu blesser son cadet. Mais ces mots dans sa bouche. Aiolia lui refusant le droit de faire partie de sa famille. Il avait sentit une rage sourde naître en lui à ce moment et une douloureuse détresse se propager comme une peste dans son cœur.
Le chef de la famille Sagittarius releva les yeux pour les poser sur la tapisserie de leur mère. Un Centaure armé d'un arc courait aux côtés d'un Lion doré. Les emblème des deux familles réunies. Seiya l'avait déroulée sur le mur de sa chambre sur son ordre. Il ne pouvait pas se résoudre à la laisser à la vue des autres invités qui circulaient souvent dans sa demeure. Qu'ils soient ennemis ou alliés. Cette tapisserie tenait une place immense dans le cœur d'Aiolia et il savait qu'il le punissait sévèrement en lui retirant cet objet. Ayoros sentit sa gorge se serrer alors que sa vue devenait trouble, ses yeux envahis par leur eau.
" Ô mère. Me pardonnera-t-il jamais ? " murmura le jeune homme tourné vers le résultat de l'acharnement de leur génitrice. Mais le chef de la Maison Sagittarius ne reçu aucune réponse de l'objet. Continuant d'arborer ses mailles impeccables comme si de rien n'était. Ayoros avait toujours craint cette éventualité. Il voyait Aiolia doucement sombrer dans l'arrogance et la superficialité. Et le père de son jeune frère n'avait rien fait pour lui enseigner à contrôler ses instincts. Allant même jusqu'à jeter de l'huile sur le feu en lui apprenant à faire usage de son argent pour s'exhiber sans jamais lui avoir enseigné à en gagner. Ayoros avait bien tenté de le lui montrer mais son jeune frère préférait la facilité de l'héritage au dur labeur de ceux qui bêchent pour leur pain. Leur mère lui avait assuré qu'il s'inquiétait pour rien. Qu'Aiolia finirait d'apprendre en grandissant aux côtés de son nouveau mari. Elle n'avait pas prévu de mourir avec lui dans l'incendie qui ravagea l'ancienne villa Sagittarius. Laissant derrière eux un Aiolia dépensier, irresponsable et agressif.
Ayoros laissa ses larmes couler. Comment pouvait-il gérer les excès de son jeune frère sans être entraîné dans sa spirale infernale ? Il devait trouver une solution coûte que coûte pour le bien de son frère.
La nuit tombait doucement sur la ville et Saga ne voyait pas revenir son frère. Était-il allé trop loin en provoquant ses rixes sur son conseil ? Il devrait déjà être arrivé. Même sans son cheval. L'animal étant resté dans les écuries pour assurer la discrétion du jumeau. Mais il s'inquiétait de ne pas voir la cape sombre de son frère. Il poussa un soupir de soulagement en reconnaissant son jumeau se faufilant entre les vignes pour rejoindre la villa.
Kanon, comme à son habitude attendit d'être dissimulé par l'obscurité du porche avant de saluer son aîné. Saga attendit que son frère vienne enserrer ses épaules comme à chaque fois qu'il rentrait et que son jumeau l'attendait. Il attendit longtemps. Inquiet Saga rouvrit les yeux et se leva pour voir son frère recroquevillé dans un recoin obscur. Ses bras repliés sur sa tête. Saga se précipita vers son jeune frère pour l'enlacer. Kanon ne réagit pas, inerte dans ses bras. Que s'était-il passé pendant cette filature ? Qu'était-il arrivé à Kanon ?
" Parle-moi mon frère. Dis-moi ce qu'il s'est passé. " murmura Saga en s'efforçant de dissimuler sa propre détresse. La peur de perdre la seule personne capable de voir qui se cachait derrière son masque de bienveillance. Son reflet. Son jumeau.
" Il m'a vu. Il m'a repéré. Je suis désolé, Saga. Je suis désolé. Il m'a repéré. Il m'a vu. " murmura Kanon, ne cessant de répéter cette boucle alors que son frère caressait ses cheveux. Le rassurant à voix basse. Lui assurant que ce n'était pas grave. " Mais tu ne comprends pas Saga ! Personne ne me voit jamais ! Personne ne doit me voir et il m'a vu ! Il m'a vu alors que je suis mort Saga ! Il m'a vu ! Comment m'a-t-il vu ? Comment ? "
Saga resserra son emprise, Kanon se débattait entre ses bras, comme un homme qui se noie. Saga enferma Kanon entre ses bras pour l'empêcher de couler encore. Kanon pleurait à chaude larme, inondant son visage et la toge de son frère de larmes. Saga immobilisa Kanon pour le garder contre lui. Pour le forcer à se calmer, à respirer. À rester en vie. Kanon finit par se détendre contre lui. Sa respiration restait lourde et sfflante, ses joues rougies et sa peau moite mais il s'était calmé. Il avait repris pied. Ils avaient repris pieds tout les deux.
Kanon qui se remettait du choc de son échec et de celui de cette angoisse sourde qui était la sienne depuis que ses parents avaient décidé pour lui de le garder dans le royaume des morts plutôt que de le ramener dans celui des vivants.
Et Saga de la douleur de voir son seul frère, le dernier membre de sa famille, le seul à savoir ce qu'il cachait derrière ses sourires forcés, le seul à savoir ce qu'être mort signifiait, le seul à savoir ce que perdre une partie de son être signifiait. Ce que cela signifiait de ne plus se reconnaître dans le miroir. Ce que signifiait perdre l'esprit et sombrer lentement dans le néant.
Saga berça doucement son jumeau avec tendresse.
" Ce n'est pas grave Kanon. Tu comprends ? Ce n'est pas grave. On s'en relèvera tout les deux. On trouvera une solution. Laisse-moi te protéger. C'est à moi de m'occuper de toi. "
" Je suis désolé Saga. Ce devait être mon rôle de te protéger. " murmura Kanon lové contre son frère. Les yeux encore inondés d'eau salée.
" Ne t'inquiète pas Kanon. Je suis ton frère. C'est aussi mon travail d'être à tes côtés. Je t'ai laissé te mettre en danger trop longtemps. Maintenant c'est à moi de te mettre en sécurité. " chuchota Saga avant de se lever doucement en entraînant tendrement son frère dans la maison. Il était temps de se nourrir.
Tout d'abord je souhaite m'excuser pour mon retard de publication mais j'ai été très occupée ses dernières semaines avec la Japan Expo, mes vacances et un autre projet d'écriture j'ai été assez prise ^^'
Pour me faire pardonner je suis actuellement en train de dessiner l'adaptation BD de 'La Vie d'Athènes' et pour mes lecteurs ne parlant pas français je compte les traduire en anglais et si quelqu'un souhaite m'aider à faire la traduction en espagnol, italien ou quelque autre langue ce sera avec plaisir ;)
J'ai déjà dessiné trois pages, il faut juste que je récupère le fil de mon scanner pour les publier, Je me créerai un compte DeviantArt spécialement pour cette occasion ^^
