Chapitre 5 : Dans les Champs d'Amarantes
Eaque enquête quant au comportement de Minos, Milo commence à agir, Camus semble déboussolé et Rhadamanthe semble perdu dans ses pensée
" Seigneur Rhadamanthe ? Tout va bien ? " demanda Valentine en se penchant vers son Prince et maître à penser. Cet homme qu'il devait protéger coûte que coûte.
" Je vais bien Valentine. Je suis pensif, c'est tout. " murmura le blond le regard perdu sur la ville d'Athènes étendue à leurs pieds. Triturant sa nourriture du bout de son couteau sans y prêter attention. Se demandant où se trouvait son ombre appelée Pollux. Après l'avoir observé sur la place des philosophes sans bouger dans sa pénombre sans que personne ne le remarque à part lui. Puis Valentine l'avait retrouvé pour la ramener dans cette villa. L'ombre l'avait suivi jusqu'à ce qu'il s'évanouisse derrière la porte. Attendait-il encore devant les panneaux de bois ? Avait-il seulement un endroit où dormir ? Il avait le regard de ceux qui n'existent nulle part. Un regard de mort. Et le Prince de Crète ne pouvait se l'ôter de l'esprit.
" C'est à cause des philosophes, Monseigneur ? Il ne faut pas les écouter, ils sont mauvais, ce qu'il disent nous font nous sentir mal. Oubliez ça. " suggéra le chef de la garde.
" Je n'ai pas envie. Parlons d'autre chose. " trancha le blond en s'intéressant de nouveau à son assiette remplie de mets rares et délicieux.
" Demain nous devons nous rendre à l'assemblée pour annoncer la nomination de votre frère. Puis faire en sorte que nous gardons le soutien d'Athènes et que notre indépendance soit toujours respectée malgré la mort d'Astérion. " énonça Valentine pendant que son Prince continuait de picorer d'un air absent.
" Pourquoi essaierait-il de nous malmener maintenant ? Notre flotte est plus puissante que la leur. " marmonna le blond sans lever le nez de son assiette.
" Nous mener une guerre ne serait pas dans leurs moyens vu les quelques soucis qu'ils ont avec les clans alentours mais je parlais plutôt de leur soutien commercial, notamment sur le marché des esclaves de guerre. Quoiqu'il en soit vous feriez mieux de vous reposer vous n'avez pas l'air au meilleur de votre forme Monseigneur. " s'inquiéta le chef de la garde en se portant aux côtés du blond.
" Je vais bien Valentine. J'ai seulement envie de changer d'air, de prendre du temps pour moi, sans obligations, sans me compliquer la vie, sans me dire que peut-être la Crète à besoin de moi. Après tout ce n'est plus le cas. Minos va monter sur le trône et moi je vais rester quelque part à ne rien faire. À ne rien faire dans un coin du palais pendant que Minos s'occupe de tout. Je me sens seul. J'ai toujours été seul dans ce château avec toi et Minos. Père voulait nous garder pour nous former à la régence et maintenant que Minos est voué à monter sur le trône à sa suite je n'ai plus de raison de rester enfermé. J'aimerai voir le monde, autrement qu'en tant que Seigneur en visite mais comme un humain désireux d'apprendre à connaître le monde. " expliqua le Prince de Crète avec un regard fatigué que Valentine ne lui avait jamais connu. Jamais il n'avait vu le Seigneur... non... jamais il n'avait vu Rhadamanthe avec un tel regard. Jamais il ne l'avait vu tenir un tel discours. Jamais dans son regard si digne, si franc et si redoutable il n'avait vu cette ombre, ce regret planer sur ses prunelles dorées.
Et qu'il soit l'être auprès duquel Rhadamanthe était venu se confesser le touchait profondément. Il sentait son cœur frémir de bonheur. Ses mains trembler et ses jambes faiblir. Rhadamanthe se leva de sa chaise sans un mot et abandonna son assiette et le chef de sa garde seul dans la grande pièce vide.
Le Prince partit s'exiler dans sa chambre pour se diriger d'un pas sûr jusqu'au balcon. Athènes scintillait doucement dans la nuit. Comme un reflet des constellations dans un lac noir.
Valentine n'avait pas eu la réaction qu'il aurait voulue. Rhadamanthe l'avait vu pâlir et rester immobile. Valentine serait à jamais parmi ceux à vouloir le garder enfermé. Toujours à l'abri dans son grand palais. Le fils de Zeus adopté par Astérion. Amené à régner. Seulement si son frère n'était pas nommé à sa place. Ce qui était arrivé. Il n'avait plus d'importance maintenant, à part celle que Minos lui accordera. Et Minos aime les responsabilités. Il aime avoir des servants. Il aime avoir le mérite. Il aime sa noblesse. Minos ne le laissera pas être important. Et il ne le laissera pas partir parce qu'il ne voudrait pas que le peuple pense que Rhadamanthe a été chassé. Rhadamanthe est un être sans importance condamné à présent à vivre dans l'ombre de son frère. Ou même à la devenir. Rhadamanthe n'est plus. Ne reste que la beauté d'Athènes la nuit. Le Prince de Crète observa les alentours de la villa sans rien y trouver d'intéressant. Puis le Prince de Crète partit se coucher.
Milo caressa les courbes harmonieuses de sa partenaire allongée sur le ventre. Elle s'étira lentement sous ses doigts avec un ronronnement de satisfaction. Le général partit perdre ses doigts dans les mèches orangées de la jolie femme qui partageait occasionnellement sa couche. Quand l'humeur lui en prenait. Leslie se pressa contre son flanc, partageant sa chaleur avec lui. Elle traîna sa tête contre le torse de son maître.
" Je suis content que tu soit venue me voir cette nuit. J'ai eu une longue journée. "
" Ils sont gonflés quand même de venir vous voir un jour de repos, maître. " rétorqua la rouquine en se redressant sur ses avants-bras, une expression désapprobatrice sur le visage.
" Ils ne pouvaient pas faire autrement, la situation était plus qu'urgente. " les excusa le général avec un regard compatissant, mais Leslie n'approuvait toujours pas l'attitude des soldats. Aussi borné qu'une porte en bois lorsqu'il s'agissait de la manière dont son maître devait être traité. Et si on l'écoutait Milo devrait être Roi de Grèce. " Le plus con mais toujours un meilleur Roi que tout ses abrutis au pouvoir " selon elle.
" Et je peux savoir quelle est cette urgence ou moins j'en sais plus je suis à l'abri ? "
" De toute façon, avec le chaos que la nouvelle va provoquer tu finira par être au courant. " répondit Milo avec un sourire amusé.
" Et donc ? " insista la rouquine, excité à l'idée qu'on s'apprêtait à lui confier un important secret militaire, dusse-t-il ne pas le rester longtemps.
" Une de mes cohortes a sauvé un gars d'une bande de mercenaires crétois. "
" Que foutent des mercenaires crétois sur les terres grecques ? " l'interrompit Leslie.
" Laisse-moi finir et tu comprendras. " rétorqua le blond avec un sourire indulgent. " Bref, il s'avère que ce garçon est un messager envoyé par Astérion de Crète. "
" Tu veux dire le Roi de Crète ? Celui qui est mort il y a quelques jours ? Pourquoi il enverrait un messager ? " babilla Leslie, Milo lui envoya une pichenette sur le nez pour la faire taire. Leslie ne respectait plus son autorité dans un lit. Qu'importe la situation.
" Oui, c'est un messager royal envoyé quelques heures avant la mort d'Astérion avec d'autres. Mais il est le seul que nous ayons retrouvé. Leur convoi a été attaqué par des mercenaires très vite. Ils ont dû s'enfuir à pied dans les montagnes, les autres se sont séparés peu à peu, sans doute abattus par les mercenaires au détour du chemin. Entre temps nous avons reçu un autre messager qui, lui, est arrivé sans être inquiété par aucun mercenaire nous indiquant qu'Astérion était décédé et avait nommé Minos à sa suite. " continua le général.
" Je comprends plus rien, maître. Il y en avait tout un tas qui ont été exterminé par les mercenaires et le dernier a été épargné ? C'est lequel que tu as sauvé ? "
" Je te réexplique. Deux groupes sont partis, un la veille de la mort d'Astérion, ceux-là ont été attaqué et il n'en reste qu'un seul survivant sauvé hier matin après plusieurs jours de fuite. Et un second groupe qui est arrivé intact pour nous annoncer le décès d'Astérion et sa succession en désignant Minos comme son héritier. " reprit le général plus lentement.
" D'accord. Et que disait le survivant ? " l'interrogea Leslie toujours étendue contre lui.
" Le survivant désignait Rhadamanthe comme l'héritier du trône de Crète. "
" Hein ? Mais je croyais que le Roi de Crète c'était Minos. "
" C'est le cas, selon le second messager envoyé par Minos, qui, miraculeusement n'a rencontré aucun mercenaire. " ronronna le général en effleurant l'échine de son esclave dont les yeux brillaient de malice devant la flagrante fraude qui allait secouer toute la Grèce.
" Et tu vas en parler à Kanon et à Saga ? " demanda la rousse excitée par la confession du général. Le blond ne lui confiait jamais de secrets militaires et celui-là allait sans aucun doute changer la face de la Grèce et des îles de Crète.
" Bien sûr, je suis sûr que Saga et Kanon seraient ravis de bénéficier de l'influence du Roi de Crète dans les années à venir. " s'amusa le général en se retournant dans son lit pour faire face à celle que ces parents avaient choisie pour le servir jusqu'à la fin de ses jours.
" Tu es vraiment un bon ami. Si tu n'es pas une bonne poire. " se moqua l'esclave.
" J'y ai mes avantages, Leslie. " répliqua le général en plantant son regard saphir dans les prunelles noisettes de la jeune femme. La rouquine sourit et se hissa pour chevaucher le général sans la moindre pudeur. La lueur de la Lune rentrait doucement par la fenêtre, caressant ses courbes de sa main blanche. Milo vint y ajouter la sienne plus bronzée.
Leslie le laissa remonter sa main brune jusqu'à ses épaules blanches pour doucement l'attirer contre lui et poser ses lèvres contre le nuque tendre de sa partenaire. Il laissa ses paume redescendre le long de son dos et remonter sur ses fesses. Leslie ronronna contre lui, embrassant son front avec tendresse. Milo se redressa pour mieux pouvoir admirer les éclats dorés des prunelles de la rousse dans la pénombre. Des éclats de soleil tombés dans ses iris. Leslie se laissa docilement envelopper dans sa chaleur et savoura la douceur du général pour un autre moment hors du temps avec la Lune pour seule témoin.
Eaque errait dans les grands jardins crétois, dans cette allée composée d'arches de bois clair recouvert d'amarantes, il pouvait se déplacer paisiblement à l'abri des regard et de la lumière crue de la pleine lune. Minos avait passé la journée à disparaître pour discuter à voix basse avec des messagers. Et Eaque était bien placé pour savoir que son nouveau rôle de Roi n'excusait ni ne justifiait ce comportement. Minos manigançait quelque chose et Eaque n'aimait savoir que le nouveau Roi du Crète lui faisait des cachotteries.
Depuis le jardin il pouvait voir la lueur vacillante d'une bougie dans la chambre du fils d'Europe. Minos comptait se la jouer secrète, Eaque comptait faire de même pour découvrir les plans de son demi-frère. Une figure fantomatique le rejoignit sous les amarantes. Eaque sourit avec un rictus diabolique en reconnaissant la personne qui l'avait rejoint.
" Bonsoir Violate. Magnifique soirée pour se promener, n'est-ce pas ? "
" En effet Seigneur Eaque. La constellation du Scorpion est magnifique ce soir. " releva la jeune servante crétoise. Eaque avait tout de suite reconnue une des mercenaires les plus célèbre de Grèce. Elle avait déjà officié pour le trône des Myrmidons. Avec brio d'ailleurs.
" Je ne compte plus les services que vous m'avez rendu Violate. Dire que je m'inquiétais de votre disparition. Je vous vois ce soir en pleine forme. " nota Eaque.
" Je suis bien traitée ici. " rétorqua la mercenaire sans ciller.
" Tu n'étais pas bien traité sous mes ordres ? " minauda le brun avec un air faussement désolé. Devant lui la plantureuse tueuse souriait tranquillement.
" Bien sûr que si. Mais vous savez ce que c'est. Des occasion qu'on ne peut pas ignorer. En l'occurrence le Roi Minos m'a proposé un contrat exceptionnel. " ronronna-t-elle.
" Et tu comptes me dire quel genre de contrat ? " tenta le Roi des Myrmidons.
" Je suis sûre que tu sauras trouver tout seul ce que manigance Minos. "
" Je t'en prie, Violate. Je n'ai pas envie de réfléchir ce soir. Aide-moi un peu. "
" Je ne peux que te conseiller de rester loin d'Athènes un moment. " conseilla l'assassin avec un regard menaçant. Eaque eut un moment de recul, Violate ne plaisantait jamais. Surtout pas sur ses contrats. Elle tourna les talons et disparu dans l'obscurité.
Eaque resta planté sous les amarantes un instant. Rhadamanthe se trouvait encore à Athènes. En un instant il avait quitté la Crète pour voir son esprit propulsé dans la grande ville grecque où se trouvait son demi-frère.
" Minos... Qu'as-tu fait ? "
" Camus. Camus, réveille-toi. C'est l'heure il faut que tu viennes nous aider. " l'esclave ouvrit doucement les yeux. Il avait à peine dormi. Et maintenant Leslie se tenait à quatre pattes au-dessus de lui. Camus sursauta en éjectant la rousse. " Du calme ! Je vais pas te sauter dessus ! De toute manière on a pas le droit sans l'autorisation de maître Milo. " pesta l'esclave.
" Je suis désolé. Je n'ai pas réussi à dormir. " s'excusa le roux en se levant pour noter que le dortoir était entièrement désert. Il se frotta les yeux et rajusta sa tunique froissée.
" Pourtant tu n'avais pas eu de problème pour t'endormir hier. " nota l'intendante.
" Hier je pensais ne plus jamais revoir ce type. Le marchand d'esclave. "
" DeathMask ? Ne t'inquiète pas pour cette vermine. Il va traîner autour de la villa avec son cheval pour vous faire peur puis il passera à autre chose. Comme pour les esclaves qu'il se garde pour lui d'ailleurs. Ils les refile à moitié morts ou il se charge de les éliminer lui même. Il doit avoir plus de sang sur les mains que maître Milo mais soit sans crainte. De ses deux hommes, maître Milo est le seul à nous voir comme des être humains et le seul à avoir une armée dans son camp. " le rassura Leslie avec un sourire maternel.
" D'accord. " accepta Camus. Mais son visage resta baissé alors que lui même demeurait assis sur sa paillasse. Leslie pencha la tête sur le côté, inquiète. " Est-ce que je peux te demander autre chose ? " finit par demander le roux sans relever les yeux.
" Bien sûr. Tout ce que tu veux. " sourit Leslie en posant sa paume contre l'épaule mouchetée et blanche du nordique.
" Pourquoi avez-vous découché cette nuit ? " Leslie resta silencieuse. Elle ne paraissait pas choquée. Seulement surprise. Peut-être à cause du ton cassant du roux ou peut-être même parce qu'il avait immédiatement remarqué son absence alors que d'autres n'en aurait eu que faire. En tout cas en cet instant il demeurait droit devant elle. Quand bien même il redoutait la réponse qu'elle lui apporterait dans quelques secondes car il connaissait déjà la réponse.
" J'ai passé la nuit avec maître Milo. " répondit-elle sans ciller. Camus resta immobile sur sa couche. Plus pâle que jamais. Milo aime les roux. Les grecs sont connus pour leurs mœurs légères. Milo les protégeait. Leur demandera-t-il d'autres services que ceux de lui laver ses sols, de lui préparer sa nourriture ou de lui servir son vin à table ?
" Camus. Ne t'inquiète pas pour moi. Je n'ai jamais été forcée. Maître Milo a toujours respecté nos choix. Depuis que je suis enfant je suis à son service et jamais il ne m'a fait faire quelque chose contre mon gré. J'ai déjà été punie mais jamais trop durement. Milo est un maître juste. Il ne punit pas gratuitement. Ne lui ment jamais, c'est le meilleur moyen d'avoir son affection. Maître Milo déteste qu'on lui mente. " l'avertit la jeune femme.
" Et les autres esclaves ? Et pour les amis de Milo comme Kanon ? Nous sommes des esclaves. Nous sommes à peine des objets. Nous sommes de trophées. Pourquoi nous traiterait-il comme des êtres humains ? " siffla Camus. Leslie le regarda se redresser en plantant son regard glacé dans ses prunelles noisettes. Camus était un être pétri de dignité, il n'était pas fait pour vivre en esclave. Il ne sera pas aisé de le convaincre de rester au calme.
" Camus, Milo te considère comme une être humain. Il nous a demandé de vous ménager tout les trois le temps que vous vous habituiez et si vous allez le voir pour vous confier il vous écoutera. Je sais que c'est dur à accepter mais vous êtes en sécurité ici. "
Camus ne répondit rien, continuant de la foudroyer du regard,il devait fulminer à cet instant. Sans rien ajouter il tourna les talons pour rejoindre Hyoga. Leslie soupira et sortit à sa suite pour rejoindre son maître attendant tranquillement son rapport sur son siège. Le général haussa un sourcil en la voyant arriver avec son air déconfit.
" Tout va bien Leslie ? " s'inquiéta le blond en prenant sa main pâle dans la sienne.
" Camus ne se plaît pas ici, j'ai beau essayer de lui faire comprendre qu'il ne risque rien mais il refuse de m'écouter. Il se méfie de moi. J'ai peur qu'il ne fasse quelque chose d'idiot et de dangereux. " se désolé la rousse en laissant son maître masser sa main pour la détendre.
" Je vois. Envoie-le moi. Je vais essayer de lui parler. J'espère seulement que je n'aurai pas à l'envoyer aux champs, je suis sûr qu'il serait un bon scribe. " Leslie hocha du chef et se détacha de l'étreinte de son maître qui continua de lézarder sur la causeuse. Il aurait beaucoup à faire ce soir. De quoi rendre la Crète entière reconnaissante envers Athènes. Une occasion en or. De quoi inscrire la famille des Scorpio dans l'histoire. Saga et Kanon devraient arriver d'ici quelques heures après avoir été prévenus par Moïshe, partie tôt matin vers la Maison Alhen. Il était donc important qu'il n'ait aucun problème avec ses esclaves actuels.
" Vous m'avez fait mandé, maître ? " l'interrompit Camus se tenant droit à l'entrée de la salle de réception. Son regard semblait plus glacé que les plaines du Nord.
" Oui Camus. Approche, je te prie. " répondit le général avec un grand sourire en se redressant pour faire face au jeune homme aux cheveux rouges. Camus obéit sans rien ajouter. " Camus. Leslie est inquiète à ton sujet, tu dors mal, tu sursautes quand on t'interpelle et tu n'est pas attentif à tes tâches. Y a-t-il quelque chose dont tu voudrais me faire part ? "
" Non, maître. Le sol est trop dur et ma terre natale me manque. " rétorqua le rouquin d'un ton cinglant. Milo soupira, la tâche semblait loin d'être simple, mais surtout son calme menaçait déjà de s'envoler dans la seconde. Camus lui mentait. Le général se leva lentement.
" Camus... J'essaie de me montrer compréhensif, jamais je ne serai en mesure de comprendre ce que tu as pu ressentir ou ce que tu ressens en cet instant. Mais si tu ne me dis rien je ne pourrai rien faire pour t'aider, j'ai besoin que tu me dises la vérité, Camus. Il faut que tu me dises la vérité. " gronda le général, fulminant de colère. Il ne dépassait pas Camus d'une tête, pourtant le roux sentit immédiatement l'immensité de son ire en cet instant.
" P-Pardonnez-moi maître. " bégaya l'esclave devant cet homme ô combien redoutable. Il semblait titanesque à présent et la vilenie du marchand d'esclave paraissait en cet instant, totalement dérisoire face à ce général haïssant le mensonge de tout son être.
" Dis-moi, Camus. Qu'est-ce qui te dérange ici ? Je veux seulement que vous soyez en sécurité, tous ici. " siffla le grand homme blond aux yeux électriques.
" Maître Milo... Ce type n'arrête pas de traîner autour de la villa, il essaie de me reprendre pour me revendre comme du bétail. Et vous-même ne devez pas me considérer comme autre chose qu'une richesse. Je suis un objet utile pour récolter les fruits de vos vignes ou les épis de blés de vos terres, pour vous servir votre vin, pour préparer votre nourriture ou encore pour vous tenir compagnie. Je n'ai pas mon mot à dire. " la colère de Milo redescendit lentement pour lui redonner un visage humain. Mais Camus continua à garder le visage baissé.
" Camus. " Milo passa sa main sous son menton pour redresser doucement son regard vers lui, l'esclave se força à ouvrir les yeux. Devant lui le visage du général s'était adouci et orné d'un sourire tendre. " Camus, excuse-moi pour mon comportement. Mais je ne supporte pas qu'on me mente. Tu m'as dit la vérité et j'en suis très fier. Et ne t'en fais pas pour DeathMask. Je me chargerai de lui en personne s'il revient dans les parages. Sache aussi que je ne te considère pas comme du bétail. Jamais je ne me le permettrait. Tu es ici un employé. Leslie ne te l'a sans doute pas encore dit parce que je comptais attendre que vous ayez travaillé quelques semaines mais vous recevrez un salaire, si tu le souhaites tu peux prendre des congés aussi, sans abus bien entendu mais je ne suis pas un tortionnaire et si vous me servez correctement alors je vous le rendrai comme vous le méritez. Tu comprends ? "
Camus ne répondit rien, il se sentait honteux. Honteux de s'être montré odieux, honteux d'avoir tenté de mentir en sachant pertinemment qu'il allait irriter le général qui l'avait extirpé des griffes de cet esclavagiste sans scrupules et le protégeait maintenant malgré sa propre réticence à le servir correctement.
" Camus ? Tu me comprends ? " insista le blond patiemment en effleurant ses cheveux pour calmer la respiration un peu trop rapide du rouquin.
" Oui, je comprends. Pardonnez-moi maître. " murmura Camus, Milo sourit et caressa doucement un des longues mèches rouges de son servant toujours immobile. Milo répéta le geste plusieurs fois sans que l'esclave ne se plaigne, sans doute par culpabilité mais peut-être aussi parce que personne n'avait fait preuve d'une telle douceur à son égard depuis la mort de sa mère alors qu'il était tout jeune. Mais la caresse était différente, un peu plus appuyée, plus charnelle sans doute, surtout lorsque les doigts bronzés du général effleuraient sa joue en pénétrant le rideau de cheveux pour le cajoler un peu plus.
" Maître ! Les Alhens sont arrivés ! " Camus manqua de tomber à la renverse, surpris par la voix aiguë de Leslie déboulant en trombes dans la salle de réception.
" Bien, fais les venir ici et raccompagne Camus, il a du sommeil à rattraper. "
" Vous le gâtez trop maître.. " minauda la rousse en tournant les talons.
" Attendez. " l'interrompit Camus, l'esclave se tourna vers le général surpris. " Maître, puis-je faire le service pour vous et les Alhens ? " déclara le nordique calmement.
" Tu es sûr ? Kanon se sera là et il risque encore de se saouler et de t'ennuyer. " l'avertit le blond surpris par la proposition de son servant.
" Je le sais. Mais vous avez promis de me protéger, si vous y dérogez alors je saurai que vous m'avez menti et je n'attendrais plus rien de vous. " trancha le roux sans frémir.
Milo le regarda sans voix avant de se fendre d'un sourire. " Très bien, alors va chercher de quoi nous servir alors. Et Leslie, fais rentrer Kanon et Saga. " ordonna le général.
" Tout de suite, maître. " acquiesça la rousse en s'inclinant avant de disparaître suivie de Camus. L'échanson avait retrouvé son calme olympien alors qu'il se dirigeait vers les cuisines. Milo sourit tendrement, voilà qui le rassurait.
Merci à tous pour votre patience, j'ai un peu tardé à publier ce chapitre, d'une part parce que mon ordinateur ne cesse de planter, et d'autre parce que je dessine les premières pages de la bande-dessiné de LVA, je les publierai régulièrement sur un compte Tumblr dont je vous donnerai l'adresse une fois que les quelques première pages seront prêtes (puisque je ne sais pas faire de site internet perso :p et que je hais la politique de Facebook quant aux créations artistiques publiées sur leur site)
Donc voilà, j'espère que ce chapitre vous aura plu, n'hésitez pas à laisser vos commentaires, messages, critiques et à bientôt ;)
