Chapitre 7 : La Soif des Prisonniers

Les choses bougent en Crète, le chef de la garde de Rhadamanthe s'impatiente, Camus décide de son destin

Désolée pour le retard de ce chapitre mais mon déménagement a été plus long que prévu :p (et l'arrivée du wifi aussi)


Dark Pandie : Merci pour ton soutien, je suis heureuse que la fic te plaise ^^ Pour Aiolia, et bien, c'est un personnage auquel il est difficile de rendre justesse lorsqu'Ayoros est en vie. En effet, toute la profondeur de ce personnage dans les série originales (selon moi du moins) repose sur la culpabilité qu'il éprouve envers la trahison de son frère et sa volonté de faire effacer sinon pardonner ses actes passés. Si on lui retire ce point il devient juste un chevalier, certes brave et puissant mais susceptible et impulsif. D'où mon portrait certes incomplet et assez OOC du personnage, désolée.


!WARNING!

Le dernier passage de ce chapitre est assez violent, aussi je le signalerai avant et ceux qui ne souhaitent pas le lire peuvent le passer,

il sera résumé dans le prochain chapitre.


"Minos, comment vas-tu ?" ronronna le Seigneur des Myrmidons à l'adresse du Roi de Crète. Minos releva le chef pour voir son demi-frère arborant un immense sourire.

"Je me porte à merveille Eaque. Merci de ta sollicitude." répondit le Seigneur aux longs cheveux blancs sans cesser de griffonner quelques papiers. Sans doute quelques directives venues du nouveau Roi pour ses subalternes. Le travail des Rois. Eaque se planta à ses côtés et Minos décala instantanément la feuille sur laquelle il gribouillait.

"Pourquoi tant de secrets, Minos ? Serais-tu occupé à quelques malversations ?" siffla le brun offensé par la méfiance du crétois en s'éloignant du banc de Minos.

"Pardonne-moi Eaque, sache seulement que ces papiers ne te seront en aucun cas néfastes." répliqua le nouveau Roi.

"Passons, je n'ai aucune envie de gâcher ma journée à cause de ta paranoïa. où est passée la brune ?" éluda Eaque en s'étalant sur une des causeuses un peu plus loin en rejettant la tête en arrière pour laisser le lourd soleil caresser son cou dénudé de bijoux.

"Quelle brune ?" demanda Minos en haussant un sourcil, sans comprendre. Le nez plongé dans sa paperasse.

"La servante brune avec qui je flirtais hier, Violate, tu sais, celle avec d'énormes-"

"Elle est partie. À Athènes." répondit Minos en recommençant son écriture.

"Pardon ? Que fiche-t-elle à Athènes ?" s'étrangla Eaque en se redressant sur sa causeuse.

"Elle n'est pas que servante, c'est une intendante. Elle accompagne un de mes navires marchands. Elle s'assure de faire les inventaires et les comptes." ajouta Minos.

"Mais pourquoi elle ne m'a rien dit ?! C'est pas vrai !" rugit Eaque en bondissant de la causeuse pour déambuler furieusement le long des murs.

"Mais qu'est-ce qui te prends Eaque ?" se fâcha le Roi de Crète. "Pourquoi te mets-tu dans tout tes états pour une simple servante ?"

"Comprends-moi Minos ! J'étais certain d'avoir une touche ! Au lieu de ça je me retrouve tout seul comme un idiot !" rugit le Myrmidon furieux.

"Oh, ce n'est que ça ? Souhaites-tu que je t'en envoie une dans ta chambre, je suis sûr que je peux en trouver en tout point semblables à Violate." tenta le Roi pour adoucir son demi-frère visiblement hors de ses gonds. Et il valait mieux trouver vite une solution à la colère d'Eaque avant qu'elle n'empire.

"Oublie, je suis trop frustré ! Je vais me changer les idées dehors ! Je te laisse à tes complots !" pesta Eaque en déguerpissant hors des bureaux du Roi.

Eaque claqua la porte pour donner un peu plus d'étoffe à sa prétendue fureur avant de détaler dans les couloirs avec la discrétion d'un voleur. il descendit les grands escaliers à toutes vitesse pour se tapir sous les ombres des larges rameaux du jardin. Il fila vers les amarantes sans se retourner. Il devait faire vite. Il se mettait en danger en agissant de la sorte. Le voilà qui se comportait comme un espion, se plaquant contre les murs pour se cacher des servants, s'accroupissant derrière les fourrés pour qu'aucun être ne l'aperçoive. Il atteignit enfin sa destination. Derrière les amarantes, un escalier taillé à même la roche dans la falaise descendait jusqu'à la mer. Et sur ses marches se tenait un homme assis. Un homme qui avait l'âge d'un enfant. Pourtant une cicatrice disgracieuse lui barrait le visage en passant sur son nez. Pas quelqu'un d'aimable. Mais le genre d'homme qui savaient renverser la balance. Un homme qui lui tendait un papier et un morceau de charbon pour écrire. Eaque les empoigna sans cérémonie et ratura quelques mots avant de rendre le papier à cet inconnu. Ce dernier hocha du chef et redescendit les marches avec sveltesse.

Eaque ne perdit pas son temps. Il quitta les champs d'amarantes pour trouver un endroit à l'abri des regards où il pourrait s'asseoir, et ainsi justifier son absence prolongée lorsqu'on le retrouvera.


Valentine toisait du regard les deux messagers du regard. Si jamais il s'agissait bien de deux messagers. Le plus petit sursautait à chaque fois qu'on l'approchait de trop près et le second restait avachi sur sa chaise. Complètement apathique. Le Seigneur Rhadamanthe avait insisté pour qu'on les soigne et qu'on les lave, même si Valentine était d'avis à le laisser comme il était venu jusqu'à ce qu'il dise la vérité. Le premier messager avait reconnu le second, il ne niait pas le fait qu'il soit messager mais ne semblait pas comprendre le fait qu'il puisse avoir un message différent du sien.

Qu'importe. L'un des deux mentait et celui-là le paiera cher. Il était difficile à Valentine de se retenir de se défouler sur l'un des deux messagers. Un tel manque de respect envers le Seigneur Rhadamanthe était intolérable. Un homme si bon méritait forcément la plus grande fidélité. Parfois le chef de la garde royale avait la sensation d'être bien le seul à l'offrir à son chef. Même Sylphide parfois semblait bien arrogant. les autres membres de la garde royale lui avaient d'ailleurs souvent reproché de prendre son rôle trop à cœur mais pour lui ses reproches reflétaient leurs propres faiblesses. Une telle attitude ne devait pas être digne d'un membre de la garde royale.

"Valentine ?" l'interpella une voix derrière lui, le chef de la garde se retourna pour voir Sylphide s'approcher de lui avec prudence. Comme n'importe qui agirait en croisant une harpie furibonde.

"Chef Valentine, Sylphide. Je ne tolère pas ses égarements lorsque nous sommes en service." siffla le chef de garde d'un ton agressif.

"Ne monte pas sur tes grands chevaux avec moi ! Et combien de fois le Seigneur Rhadamanthe t'as-t-il ordonné de rester loin des messagers ? Regarde-les ! Tu les terrorise ! Ils ne sont pas prisonniers alors laisse-les se reposer au lieu de les forcer à rester planter sur leurs chaises." gronda Sylphide en s'efforçant de paraître menaçant. Mais le chef de la garde ne craignait rien ni personne. Si ce n'est Rhadamanthe.

"Je t'interdis de me parler sur ce ton, Sylphide." grogna Valentine en agrippant la garde de sa lame. "Ils ne sont peut-être pas prisonniers mais ils restent des menteurs. Au moins l'un deux essaie de nous mentir. Et ils ridiculisent la Crète avec leur sornettes." Sylphide se força à ne pas détourner les yeux. S'il le faisait Valentine risquait de prendre ce geste comme une provocation et la sécurité des messagers en serait sûrement affectée.

"Tu es libre de m'interdire ce que tu veux, mais ce que je ferai n'est pas de ton ressort. Ton comportement est dangereux, alors sortons discuter de tout cela dehors. Tu n'as pas besoin d'infliger tes caprices à ses messagers." siffla le soldat sur ses gardes, lui-même prêt à dégainer si son coéquipier décidait d n'en faire qu'à sa tête. Mais Valentine se ravisa, acceptant de desserrer son poing jusqu'alors ancré dans sa garde.

"Si tu tiens tant que cela à me faire sortir d'ici alors soit. Poursuivons notre discussion dehors." Sylphide hocha de la tête et tourna lentement les talons pour quitter la chambre offerte par le Prince de Crète aux deux messagers suivi de près par le chef de la garde.

Sylphide ouvrit et referma la porte de la chambre, pour se retrouver instantanément cloué au mur. Le fourreau de l'épée de Valentine écrasant sa gorge et son regard transperçant ses prunelles.

"Comment oses-tu me ridiculiser devant ses criminels ? Comment oses-tu Me faire porter le masque du coupable devant ses scélérats ?" gronda Valentine fou de colère. Sylphide repoussa le chef de garde pour reprendre son souffle.

"*Tousse* Va...lentine... Reprends...tes esprits...Ces types... ne sont pas... des criminels..." haleta le soldat en s'appuyant au mur pour reprendre ses esprits.

"Pardon ?! Pas des criminels ? Si le Seigneur Rhadamanthe a été nommé par son père alors pourquoi son frère est-il sur le trône ? Et s'il ne l'a pas été, pourquoi ses messagers sont-ils si importants ? Si celui qui penche vers le Seigneur Minos a tort alors c'est un infâme menteur et si l'autre est un trompeur dans ce cas...Dans ce cas il est le plus immonde rejet de l'humanité pour avoir voulu s'attirer les bonnes grâces du Seigneur Rhadamanthe." marmonna le chef de la garde.

"Valentine... Je t'en conjure reprends tes esprits ! Lorsqu'il s'agit du Seigneur Rhadamanthe tu perds tout esprit critique ! Ressaisis-toi ! Tu risques de blesser les autres et toi même avec cette attitude !" tenta Sylphide pour raisonner le chef de la garde aveuglé par sa fonction.

"Sylphide...J'ai toujours su que tu ne comprenais pas ce qu'il en est de notre rôle... Tu n'as jamais pris tes fonctions au sérieux. Tu n'es jamais sérieux. Personne n'est assez sérieux. Et je ne supporte pas que le Seigneur Rhadamanthe soit entouré d'incompétents !" rugit le chef de la garde en dégainant sa lame.

Sylphide bondit loin du mur et dégaina la sienne. L'épée de Valentine resplendissait comme aucune autre. Étincelante d'une ardeur splendide, la sienne semblait médiocre comparée à l'arme dont était doté d'un éclat supérieur . Valentine ne porta qu'une seule offensive, et le souffle de l'acier fit voler l'épée de Sylphide en éclat comme si elle avait été faite en verre. Le soldat resta paralysé. Sa main pétrifiée sur la garde de son épée dont il ne restait qu'une ridicule pointe de métal ancrée dans le manche. Valentine ne prit même pas la peine de continuer le combat. Il rengaina son épée sans plus de cérémonie et tourna les talons avec la ferme intention de retourner interroger les prisonniers.

"SYLPHIDE ! CHEF VALENTINE !" piailla Queen en déboulant comme une furie dans le couloir devant les deux hommes.

"Qu'y a-t-il Queen ? Et j'espère pour toi que c'est un urgence." siffla Valentine furieux d'être à nouveau interrompu.

"S'en est une ! Le Seigneur Rhadamanthe a disparu !"


Ayoros était absolument furibond, Il fonçait au grand galop jusqu'à la demeure des Leo. Il avait laissé Seiya en plan, il valait mieux que le jeune homme ne sache pas où il se rendait. Il valait mieux qu'il soit le seul à savoir. Il arrêta son cheval devant la demeure de son frère, descendit de sa monture dont il accrocha les rênes au premier objet venu. Il entra sans frapper, fila d'une traite jusqu'à la salle de réception. il repéra la tête blonde de son frère. Il se précipita vers lui pour se planter devant lui. Son regard transpirant une rage sourde.

Le cadet releva le chef avec un air las, pas surpris le moins du monde par l'arrivée tonitruante de son frère pourtant si calme.

"Je peux savoir à quoi rimait ton numéro de ce matin ?" feula le chef de la famille Sagittarius.

"Que veux-tu que je te réponde Ayoros ? Que je suis désolé de t'avoir fait honte ? D'accord, je suis désolé de t'avoir fait honte." répondit Leo avec un moue mollassonne.

"Non, Aiolia ! Ce ne sont pas des excuses que je veux, mais des explications ! J'ai vu ton messager, j'ai entendu ce qu'il a dit au Prince ! Je sais ce qu'il voulait dire ! Tu as voulu le forcer à désigner Minos plutôt que Rhadamanthe ! Ce que je veux savoir c'est pourquoi ? Pourquoi tu as voulu jouer cette comédie avec un des Royaumes les plus importants de Grèce ? Pourquoi Aiolia ? Pourquoi ?" aboya l'aîné, luttant de toutes ses forces pour empêcher les larmes de couler de ses yeux. Essayer de cacher l'infâme inquiétude qui rongeait ses tripes à la simple idée de voir son frère jugé et condamné pour haute trahison.

Aiolia le regarda tranquillement et tendit un parchemin à son aîné.

"Je ne suis pas sensé te le montrer." ajouta-t-il. Ayoros ouvrit le message et se mit à le lire. Très vite il eut l'impression que les mots devenaient flous, qu'il se chevauchaient. Qu'il n'avait aucun sens.

Commandant Aiolia des armées d'Athènes

Ce message vous est adressé par le Seigneur Minos, Roi de Crète

S'il arrive que quelques messagers envoyés par Astérion parviennent à Athènes, nous comptons sur vous pour les faire taire ou gagner du temps. Incessamment sous peu Athènes sera ...

S'en était trop pour Ayoros, le papier lui échappa des mains, ses jambes se dérobèrent sous lui, ses yeux roulèrent dans ses orbites et son crâne heurta brutalement le sol marbré de la villa Leo.


Milo s'était absenté pour les réunions militaires. Il rentrerait sans doute avec les Alhens. Leslie en avait avertit les servants. Y compris Camus.

Il se glissa hors des vignes. Seul. Hyoga et Shina avaient refusé de l'accompagner. Ils étaient bien traités ici, ils avaient un toit, plus de nourriture qu'il ne leur en fallait pour vivre, des récompense lorsqu'ils travaillaient correctement. Bien sûr ils devaient trimer et ils n'étaient pas libres. Mais au moins ils ne risquaient pas de tomber entre les pattes de l'innommable DeathMask. Ils étaient saufs, ils étaient en sécurité. Mais Camus aimait trop sa liberté.

Il n'était pas un esclave. Même si son maître était un homme bon. Il refusait de voir sa vie offerte à un inconnu. Il refusait d'être considéré comme quelqu'un de remplaçable. Les mots de Leslie raisonnaient dans sa tête. Nous n'avons pas le droit d'aimer sans le consentement de Maître Milo. Camus s'érafla sur une branche basse. Il échappa un juron dans sa langue natale. un mince filet de sang coulait le long de sa cuisse. Camus se contenta d'ignorer le coulis et reprit sa marche, s'efforçant de rester dissimulé sous le couvert des arbres.

Il jeta un dernier regard derrière lui. Il distinguait presque la chevelure de Hyoga. Il avait le cœur déchiré à l'idée de le laisser ici. Il se jura de revenir pour le racheter à Milo. Il trouvera un moyen. Il travaillera pour de l'argent. Peut-être moins que ce que Milo avait prévu de lui verser, mais au moins il sera libre. Quitte à dormir dehors, quitte à jeûner un moment. Mais il trouvera un moyen de libérer Hyoga. Puis Shina. Il avait peur de voir Shina terminer contre son gré dans la couche du général. Il se souvenait de la fureur de Milo lorsqu'il lui avait mentit. Pour un mensonge qui n'en était pas vraiment un. Au mieux une omission.

Camus ne supportait pas l'idée d'être interdit d'aimer librement. Il se souvenait l'horreur pure qu'il avait lue dans les yeux de Moïshe lorsqu'elle avait compris qu'elle s'était montrée imprudente. Lorsqu'elle avait compris que Milo risquait d'avoir vent de leur aventure. Camus s'arrêta, il était presque sortit de la demeure. La route battue par les sabots des cheveux s'étalait à ses pieds. Il était parvenu à son but bien plus facilement qu'il ne l'eu cru. Il se retourna une nouvelle fois. Pouvait-il réellement abandonner Hyoga et Shina à leur sort ? Avec la seule promesse qu'il viendrait les chercher un jour ?

Leslie était restée longtemps, elle aurait pu se racheter et continuer à travailler auprès de Milo, au lieu de ça elle était toujours une esclave. Le Général ne cédait pas ses esclaves. Pourquoi accepterait-il de les revendre à un ancien esclave. Un esclave qui devait toujours lui appartenir. Donc qu'il pouvait récupérer et punir. Comment pouvait-il partir ? Il ne pourrait plus jamais revenir, même pour libérer Hyoga et Shina. Sa liberté valait-elle plus que celle de ses compagnons ?

"Salut, belle rouquine." ronronna une voix grinçante.

Camus n'eut ni le temps de se retourner, ni le temps de sentir tout ses poils se hérisser qu'un violent coup de bâton lui percuta le crâne.


Rhadamanthe errait dans les rues d'Athènes, sans but. Il se sentait perdu. Ses deux messagers. Aucun d'eux ne lui avait apporté d'élément constructif pour démêler le vrai du faux. Et maintenant il ne savait plus où aller. Était-il un Roi ? Était-il un Prince ? Était-il un être de l'ombre comme Kanon ou au contraire une de ses personnalités qui se pavanent sans cesse dans la lumière comme son frère. Il ne pouvait pas en discuter avec les philosophes qui auraient pu l'éclairer de leurs sages lumières. Valentine l'avait déjà retrouvé deux fois là-bas.

Rhadamanthe heurta à un passant qui le tira hors de ses pensées.

"Par tout les Dieux ! Regarde où tu ma-" Le Roi de Crète s'interrompit en voyant qui se tenait bien droit devant lui. Son regard perçant posé sur lui.

"Alors on se promène sans prévenir ses toutous ? Ce n'est pas très prudent." siffla Kanon, il n'était visiblement pas du tout enchanté de le croiser.

"Et que comptes-tu faire ? Me ramener ?" gronda le blond en contournant l'assassin. Une poigne puissante lui empoigna le bras pour l'attirer sans ménagement dans une recoin sombre. Rhadamanthe tenta de se débattre mais Kanon écrasa sa main contre sa bouche et le plaqua contre le mur pour le maintenir en place. Le Prince de Crète tenta d'atteindre son épée jusqu'à ce qu'il remarque passer la garde athénienne, collés de près par l'un des membres de sa propre garde. On le cherchait. Lorsque la troupe eut disparu, Kanon se décida à relâcher sa proie. "Je peux savoir pourquoi tu me protèges ?" souffla le blond confus. Kanon le regarda avec un air condescendant.

"Je ne te protège pas. C'est juste que cela ne m'arrange pas qu'on te retrouve si vite." rétorqua-t-il en libérant sa prise.

"Tant mieux, ça ne m'arrange pas d'être retrouvé pour l'instant." ajouta le blond en s'époussetant. Kanon empoigna son poignet et le tira d'un coup sec dans la ruelle. "Qu'est-ce que tu fais ?" gronda le crétois en se dégageant de l'emprise du grec.

"Je te planque. Tant que tu restes en ville ils finiront par te trouver. De toute manière je peux aussi partir sans toi. Alors, tu me suis oui ou non ?" pesta Kanon exaspéré par l'attitude plus qu'insupportable de ce maudit noble. Noble qui le regardait avec un air abruti sans répondre, alors Kanon tourna les talons avec un sifflement mauvais. Le noble sur les talons. Il s'engouffra dans un escalier sombre, dissimulé par un linge rendu gris par la poussière et le sable, Rhadamanthe se tenait aux murs râpeux pour éviter de trébucher sur les marches glissantes et lisses. Kanon, lui, avançait avec souplesse, semant presque son suiveur.

La lumière se faisait de plus en plus rare, et Rhadamanthe se retrouva rapidement obligé de s'orienter grâce aux pas feutrés de Kanon, l'athénien se fondait entièrement dans l'obscurité, sa respirations se fondant au courant d'air étrangement glacé qui errait dans le couloir, sa démarche dissimulé par les remous des rats pataugeant dans les flaques se formant au creux des marches qu'il semblait éviter comme par magie. Comme s'il savait déjà où elles se trouvaient quand Rhadamanthe y écrasait ses semelles à chaque passage.

Depuis combien de temps descendaient-ils ? Allaient-ils déboucher sur l'entrée des Enfers à la fin de cet escalier infini ? Il commençait à distinguer la sortie, un fin rai de lumière tranchant dans la noirceur de ce lieu. Rhadamanthe n'entendait plus du tout Kanon, était-il déjà sorti ? Il n'en avait pas envie, il avait encore des comptes à régler avec lui. Kanon devait lui appartenir. Il devait comprendre. Comment Kanon pouvait descendre si profondément dans les ténèbres sans que son âme n'en soit souillée ? Quel sacrifice offrait un tel pouvoir ? Quel Dieu, quelle Déesse possédait cet être pour qu'il soit à ce point entêtant ? Zeus avait-il mis cet être sur son chemin pour le guider loin de la Crète vers sa destinée ? Ou est-ce qu'une autre entité l'avait envoyé pour le perdre dans ce sombre couloir ?

Rhadamanthe mis fin à ses élucubrations en bondissant hors de l'escalier. Le soleil de Grèce le frappa violemment dans l'œil, l'éblouissant instantanément. Il dû passer son bras devant son visage pour parvenir à distinguer quelques formes à contre jour. Il reconnu Kanon, avec son visage fermé, appuyé contre un carrosse tiré par deux chevaux. Un carrosse entièrement clos, s'il rentrait à l'intérieur, personne ne pourra plus le voir.

"Tu comptes venir ou non ? Si tu restes dans les parages tu peux encore gagner une heure ou deux sans moi." Rhadamanthe se tourna vers l'horizon, le soleil se levait à peine sur Athènes. Et la journée s'annonçait longue.


!WARNING!

Shura s'appuyait tranquillement sur le pilier du haut-vent. Le soleil caressait doucement sa peau foncée alors qu'une légère brise effleurait ses épaisses mèches brunes. Seul trouble à sa méditation le lourd son des sabots d'un cheval. Il ne prit la peine de n'ouvrir qu'un seul de ses yeux pour voir arriver l'immense cheval à la robe crasseuse chevauché par son ami. Sur le dos de la bête se trouvait un lourd sac de toile grossière de la taille d'un être humain. Contenant probablement un être humain. Souffrant probablement de la longue cavalcade qu'il venait d'endurer.

"Vais-je enfin voir cet esclave que tu m'as promis ?" demanda Shura en se décollant de son support pendant que le marchand jetait son colis sans ménagement sur le sol.

"Bien sûr, tu obtiens toujours tout ce que tu veux de moi, Shura." ronronna Deathmask en tirant son paquetage gigotant comme un ver.

"Je n'en vois qu'un, tu m'en avais promis deux." nota le grand brun en s'écartant pour laisser passer le marchand.

"Prends ton mal en patience, mon ami. L'autre finira aussi par tomber dans mes filets." s'amusa-t-il en hissant sa prise sur le perron.

"Tu es pathétique Deathmask. Aphrodite !" héla le grec. Le favori de Shura s'avança de l'ombre où il était tapi jusqu'alors. "Aide-le donc." ordonna Shura en pointant le lourd sac du doigt. Aphrodite hocha du chef et porta assistance à son ancien geôlier. Les deux hommes, l'esclave et le sac s'avancèrent dans les immenses couloirs de la villa. Shura se dirigea vers la plus grande statue, un capricorne. Il empoigna les cornes qu'il tira vigoureusement. Un lourd fracas se fit entendre et une porte secrète coulissa lentement. Un court escalier menant à quelques cellules obscures. Chacune scellées par de lourdes portes de bois. Shura en ouvrit une et laissa passer son esclave et son ami qui lâchèrent leur colis pendant que Shura empoignait une torche pour éclairer la cellule.

Aphrodite ferma la porte derrière lui pendant que Deathmask ouvrait son présent. La lueur dansante des flammes révélèrent la chevelure rouge sang du nordique. Le prisonnier releva ses pupilles écarlates, brûlantes d'une colère glaciale envers le grec aux cheveux noirs. Un morceau de tissu poisseux passé de force entre ses dents en travers de sa belle mâchoire et ses poignets comme ses chevilles étaient durement ficelées. Un filet de sang s'échappait de ses lèvres et par endroit sous les liens, resserrés si fort par sa lutte qu'ils s'étaient incrustés profondément dans sa chair. Une des épingles de sa toge s'était détachée, révélant la peau mouchetée de son torse.

Shura s'accroupit devant l'esclave et empoigna l'ovale de son visage. Camus se dégagea furieusement de son emprise. Shura examina ses doigts, à la lumière crue de la torche on distinguait difficilement les tâches sanglantes sur sa paume. Il reprit impérieusement la mâchoire du rouquin.

"Tu me l'as abîmé Deathmask." nota Shura en dégageant les mèches humides qui dissimulaient jusqu'alors la blessure infligée par le marchand d'esclaves.

"Désolé Shura, mais s'il avait crié je me serai retrouvé avec Milo aux trousses." s'excusa le marchand en haussant les épaules.

"Milo, hein ? J'en ferai mon affaire. Mais rappelle-moi, il a bien une préférence pour les roux ?"

"Et bien oui, je dirai qu'il n'est pas bien difficile mais effectivement, il préfère ce genre de tignasses." concéda Deathmask avec un sourire amusé.

"Bien alors, qu'est-ce qui me prouve que je suis bien le premier à l'utiliser ?" demanda le grec avec un air hautain. Camus sentit son sang se glacer dans ses veines. Pourvu qu'il se trompe, pourvu qu'il ne fasse que mal interpréter ses phrases. Deathmask empoigna ses cheveux et le projeta face contre terre.

"Tu veux jeter un œil ? S tu as le moindre doute je te ferai un prix." lança le marchand en relevant la toge du rouquin. Camus se débattit, mais attaché comme il l'était, le marchand n'eut aucun mal à le maîtriser en écrasant son pied contre sa nuque. Shura renifla d'un air dédaigneux et fit signe à Aphrodite d'y aller à sa place. L'esclave jusqu'alors silencieux hocha du chef et contourna Deathmask pour se pencher sur le rouquin avant de se redresser vers son maître.

"Pas servi, Maître Shura." diagnostiqua l'homme avec un accent nordique très prononcé. Le brun acquiesça et son suivant reprit sa place à ses côtés.

"Bien, maintenant que le doute est levé, si nous allions discuter rançon un peu plus loin ?" proposa le marchand en écartant sa semelle du cou de l'esclave pour retourner vers la porte.

"Excellente idée, Aphrodite, occupe-toi de soigner ma nouvelle acquisition. Je ne voudrais pas qu'il s'abîme trop vite." ordonna le brun. L'esclave approuva de nouveau du chef, ouvrit la porte et partit chercher son nécessaire pendant que Deathmask et son Maître commençait à débattre son prix comme celui d'une vache. Aphrodite revint rapidement, les deux hommes libres sortirent de la cellules et le marchand referma la porte et le loquet sur les deux esclaves.

"Je reviendrais te chercher tout à l'heure. Reste avec lui." dit Shura derrière le panneau de bois.

"Bien Maître." répondit le servant avant de se retourner vers le pétrifié sur le sol. Il commença par défaire ses liens à commencer par le bâillon. La commissure des lèvres de Camus était écorché par le tissu. Aphrodite commença à le nettoyer avec de l'eau fraîche, mais Camus bondit comme une vive avant de s'effondre de nouveau un peu plus loin, incapable de rester debout ainsi entravé. Aphrodite ramassa sa gourde et retourna auprès du rouquin.

"Laisse-moi, je ne veux pas de ton aide." siffla Camus dans sa langue natale.

"Je le sais, je n'en voudrais pas non plus à ta place." répondit l'esclave dans le même dialecte sans cesser son travail.

"Pourquoi obéis-tu à cet homme ? Pourquoi l'appelles-tu Maître comme s'il en était un ? N'as-tu donc aucune fierté ?"

"Ma fierté ? Ma fierté à une valeur bien moindre à celle que j'accorde à ma vie. Ma servilité me semble un bien maigre prix à payer pour ma survie." nota le servant en nettoyant la tempe de son camarade.

"Les grecs n'ont pas le droit de tuer leurs esclaves. C'est écrit dans leurs lois. Tu n'es pas obligé d'en arriver là."

"Tu es bien érudit, malheureusement ta connaissance est incomplète. Les Maîtres n'ont pas le droit de nous tuer pour leur amusement. Mais la désobéissance est un motif d'exécution suffisant. Ses lois que tu invoques, il n'y en a que très peu qui les respectent. Ses codes, ses soit-disantes protections ne sont là que pour leur donner bonne conscience." répondit Aphrodite en s'occupant maintenant des chevilles râpées de Camus. "Mais j'ai ouï dire que tu avais été réquisitionné, comment Deathmask t'a-t-il retrouvé ?"

"Je me suis enfui." répondit le nordique dans un soupir. De bien courtes secondes de liberté.

"Enfui ? Que fuyais-tu ?"

"Je fuyais le général Milo, c'est lui qui m'avais arraché des griffes de Deathmask." Aphrodite suspendit son geste.

"Le général Milo dis-tu ? Mais tout les esclaves d'Athènes le connaissent pour sa bonté et sa droiture ! Tout ceci ne serait qu'un mythe ?" Camus se tourna vers l'esclave qui s'était presque étranglé en prononçant ses mots. Dans son regard se lisait toute la détresse de l'esclave rêvant d'une meilleure condition même au détriment de ses droits les plus fondamentaux, la détresse d'un idéal détruit. La détresse de l'oiseau qui réalise que le ciel qu'il pensait voir depuis les barreaux de sa cage ne sont en fait que de grossière peintures sur un mur de pierre.

"C'est sans doute un homme bon. Tout du moins un homme juste. Mais je ne voulais ni de sa droiture ni de sa bienveillance, rien de tout cela ne peut tarir ma soif de liberté. Je refuse de mourir sous le joug d'un autre être. Je mourrai l'arme au poing tout comme j'aurai dû mourir en protégeant mon village." répondit Camus, son regard laissant paraître sa volonté inébralable.

"Je vois." répondit Aphrodite avec un sourire triste. "Tu fais donc partie de ses hommes-là. Je suis désolé mais tu mourra probablement dans les jours à venir."

"Je préfère mille fois me briser l'échine plutôt que de la courber devant ses hommes."

"Dis-moi ton nom je te prie." demanda Aphrodite en détachant ses poignets avec douceur.

"Mon nom est Camus."

"Camus...Je me souviendrai de toi, Camus. Comme celui d'un homme plus fort que les Maîtres et leurs chaînes quel-qu'elles soient. Je l'emporterai avec moi et peut-être un jour aurai-je le courage de redresser l'échine devant eux." murmura Aphrodite, un léger tremblement dans la voix.

"Je te remercie, ce sera un immense honneur que d'avoir quelqu'un pour se souvenir de mon nom." répondit Camus dans un sourire.

"Merci à toi, mon ami. Tu m'a rappelé ce à quoi ressemblait ma terre natale." ajouta l'esclave en pansant les mains meurtries du nordique. Puis la porte se rouvrit.


J'espère que ce chapitre vous aura plu, comme toujours n'hésitez pas à poster vos critiques/commentaires/remaques, je les lis tous et ils m'aident beaucoup à progresser.

J'espère que mes éternels retard n'auront pas été trop pénible, j'essaie aussi de reprendre 'Cent Chevaliers' mais c'est loin d'être simple de jongler entre les deux (-')

à bientôt j'espère pour un prochain chapitre, je continue d'adapter cette histoire en bande dessinée que je traduirais en anglais et Victoria Nike (dont je vous conseille les fics) m'aidera pour la traduction en espagnol. Pour l'instant je dois me contenter des versions papiers puisque je ne peux pas utiliser ma tablette sur mon ordinateur actuel, mais je m'y accroche :)