Hello à tous !

C'était pas facile, mais entre mes 13h de taf' au quotidien, je viens de trouver 10 min pour poster. Hourra !

Avant tout, je tiens à vous dire à tous un seul mot : MERCI. J'ai été énormément surprise par le nombres de views du premier chapitre et très touchée par vos reviews. Je tiens à remercier les reviews anonymes, auxquelles je n'ai pas pu répondre directement. Merci à tous !

Pour que vous compreniez pourquoi je suis si étonnée, je tiens à préciser que sur fictionpress, quand j'atteins les 50 visiteurs, sans reviews, par chapitre, je suis super heureuse. Autant vous dire que j'ai été prise de vertige lorsque dès le vendredi soir de la publication, j'avais dépassé les 100 !

Bref !

Voici donc le deuxième chapitre. J'espère qu'il vous plaira tout autant que le précédent.

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Chapitre 2

La question est humaine

Paul Valéry

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Lorsque Harry se réveilla pour la deuxième fois, le soleil entrait à flot par la fenêtre à double battant et illuminait le salon de sa lumière chaleureuse. Il fut tellement ébloui qu'il mit plusieurs minutes avant de s'habituer à la clarté. Il se redressa sur le canapé et la couverture tomba au sol avec un bruit mat.

Toute douleur avait disparu. Il se sentait encore un peu engourdi et légèrement nauséeux mais cela devait être normal. Après tout, il avait failli mourir d'anémie quelques heures à peine auparavant. Il porta la main à son cou mais ne sentit rien de plus que la première fois. La douleur avait disparu. Rasséréné de se sentir à nouveau pleinement maître de lui-même et en bonne forme physique, il leva la tête.

Le vampire ne semblait pas avoir bougé. Toujours assis dans son fauteuil, les jambes croisées et l'air impassible, il lisait le journal. Dans la clarté du jour, ses cheveux étaient si blonds qu'ils paraissaient blancs. Habillé de façon moldue avec élégance et sobriété, il était très propre sur lui, d'un style qui trahissait néanmoins une grande richesse. Harry le dévisagea durant plusieurs minutes, de plus en plus mal à l'aise au fur et à mesure qu'il découvrait combien le vampire en face de lui semblait appartenir à un autre monde. Le maintien droit, le port de tête altier, son regard insondable, ses chaussures de marque, plus les secondes s'écoulaient, plus Harry se trouvait misérable. Dans les vêtements informes de son énorme cousin, avec sa mine chiffonnée et ses cheveux en bataille, il avait conscience de renvoyer une image lamentable.

-Si tu continues ainsi, je vais finir par fondre en larmes.

Harry sursauta. Il détourna précipitamment le regard, horriblement gêné.

-Je n'ai rien fait, se défendit-il néanmoins à mi-voix, ce qui était vrai.

Draco leva les yeux de son journal pour lui jeter un regard peu amène. Harry, soudain craintif, n'osa pas l'affronter et il se contenta de fixer ses pieds. Lorsqu'il fut sûr que le vampire était à nouveau plongé dans sa lecture, il tenta un nouveau regard dans sa direction. Il lisait toujours la Gazette du Sorcier. L'esprit cette fois plus vif, Harry en déchiffra le titre : "Cambriolage à Gringott".

-Il y a eu un cambriolage à Gringott ? s'exclama-t-il, soudain alerte.

Sans raison apparente, il pensa aussitôt à Voldemort. Le Seigneur des Ténèbres, maintenant qu'il avait le champ libre suite à la mort de son principal rival, avait-il planifié un nouveau moyen de l'atteindre ? Ou cherchait-il à nuire à la population sorcière en s'attaquant à leur argent ? Pourquoi s'attaquer à la banque des sorciers ? Dans quel but ?

-Oui. Six ans auparavant.

Dans l'esprit encore embrouillé de Harry, l'information mit quelque temps à faire sens.

-Six ans auparavant ? répéta-t-il, perplexe. Pourquoi lisez-vous un journal qui date de six ans auparavant ?

Draco pinça les lèvres, visiblement agacé d'être ainsi dérangé. Il fusilla Harry de son regard gris et le jeune garçon évita une nouvelle fois son regard. Il ne voulait en aucun cas revivre la sensation étrange de flottement lorsque leurs deux regards se croisaient. Il attendit patiemment une réponse, qui ne daigna venir que quelques longues secondes plus tard :

-J'ai quelques lacunes sur les événements de ces dernières années, survenus en Angleterre tout du moins. Je tiens à être à jour et à savoir à qui j'ai affaire.

-Voldemort.

Draco fixa Harry pendant quelques secondes. Il ne pouvait ignorer la pointe d'angoisse qui avait surgi à la mention de ce nom interdit. Cependant, il ne fit aucune remarque et se contenta de dévisager le jeune homme. Ses cheveux d'un noir de jais pointaient dans tous les sens. Il avait retrouvé des couleurs et cela lui allait plutôt bien. Ses lèvres étaient pleines et rouges, ses yeux verts, ses cheveux noirs. Il n'osait le regarder et Draco devinait pourquoi. Mais s'il avait levé les yeux vers lui, il aurait remarqué que le regard du vampire traînait plus du côté des deux marques rouges sur son cou que sur ses yeux.

-Non, répondit finalement Draco. Pas Voldemort. Juste toi.

Harry releva la tête, les sourcils froncés. Leurs deux regards se croisèrent et il fut instantanément happé par les deux pupilles grises. Toutes les angoisses et les incertitudes qui étaient remontées à la surface à la mention de Voldemort fondirent comme neige au soleil. Ne resta plus qu'un sentiment de calme et de bien-être bienvenu. Appréciant ces sensations plus qu'il n'aurait dû et incapable de détourner le regard, il demanda :

-Pourquoi vous intéressez-vous à moi ?

-Tout le monde s'intéresse à toi. Tu es célèbre. Tu es Harry Potter, le Survivant.

Même suite à cette déclaration, qu'il aurait habituellement détestée, il ne ressentit rien. Le vampire le fixait toujours et Harry était incapable de faire autre chose que de lui rendre ce regard. Mais ce qui le gênait le plus, c'était cette envie sortie de nulle part de se lever et de s'approcher de lui, de le toucher. Happé par ce regard gris, il ne s'en inquiéta même pas.

-Et la vraie raison ? Cette guerre ne vous concerne pas. Elle ne vous atteint même pas.

-C'est vrai, convint Draco. Et bientôt, elle ne te concernera plus non plus. Pas plus qu'elle ne t'atteindra.

Sur cette déclaration énigmatique, il se replongea dans sa lecture. Brusquement libéré de son regard hypnotique, Harry cligna des yeux. Un étrange sentiment de détresse, voire d'abandon, monta en lui et il fut incapable d'en saisir la cause. Pris d'une pulsion qu'il ne comprit pas, il esquissa un geste pour se lever du canapé, avec dans l'idée de combler l'espace qui les séparait. C'était un besoin irrépressible, ancré au plus profond de lui qu'il ne chercha pas à combattre. Cela semblait presque instinctif. Mais lorsqu'il fut à moitié levé, il s'aperçut du ridicule de la situation et se laissa lourdement retomber sur le canapé. Il tenta d'ignorer du mieux qu'il put les battements effrénés de son cœur.

-Elle m'atteindra toujours, affirma-t-il, un vide dans le cœur qui n'avait rien à voir avec la guerre ou Voldemort. Jusqu'à son dénouement.

Draco ne répondit rien et le silence s'étira. Harry fixait le ciel bleu, visible par-delà la fenêtre. Il se sentait serein, plus calme qu'il n'aurait dû étant donné sa situation. Il aurait dû fuir en courant dès qu'il s'était réveillé et pourtant, il restait là, à discuter avec le même vampire qui l'avait attaqué. Pourtant, à bien y réfléchir, la situation ne lui paraissait pas invraisemblable. Plutôt normale. Il était étrangement conscient de la présence du vampire dans la pièce, de son immobilité, du bruit des pages qu'il tournait. Mais quoi qu'il s'imagine, malgré la présence du vampire tout près, il n'arrivait pas à éprouver de la peur ou un sentiment de danger. En réalité, c'était plutôt le calme étrange qui régnait en lui qui l'angoissait. D'une certaine manière, il ne s'était pas senti aussi serein depuis des années.

-Les toilettes sont derrière. La porte dans la cuisine, lâcha soudain le vampire, flegmatique, interrompant Harry dans ses cogitations.

Harry tourna la tête et fixa le journal derrière lequel il était dissimulé, les pensées embrouillées. Finalement, il se leva précautionneusement et, voyant qu'il n'était pris d'aucun vertige, suivit la direction indiquée. Il passa par le vestibule où il remarqua avec dépit que les deux verrous étaient toujours tirés puis entra dans la cuisine. L'unique source de lumière provenait d'une fenêtre. Harry s'en approcha et vit qu'elle donnait sur une petite court intérieure, deux étages plus bas. Il leva la tête et vit que l'immeuble s'élevait encore d'un étage, si bien que les rayons du soleil ne parvenaient pas jusqu'ici, rendant la petite cuisine sombre. La cuisine en elle-même était inhospitalière, avec une petite table un peu rouillée en son centre. Les étagères étaient vides de toute nourriture. La cuisine semblait abandonnée, inutile, recouverte de poussière et de toiles d'araignée. Il s'y sentit de suite mal à l'aise.

Dans un coin, près de l'évier, il y avait une petite porte que Harry ouvrit pour découvrir les toilettes, minuscules. Là aussi, tout criait à l'abandon. Une bonne couche de poussière recouvrait le toilette et des morceaux de plâtre, tombés du plafond, jonchaient le sol. Il s'y enferma. À clé.

Lorsqu'il revint dans le salon quelques minutes plus tard, la vue du vampire toujours assis dans son fauteuil enleva un poids qu'il n'avait pas eu conscience de porter dans sa poitrine. Debout près de la porte, fixant sans ciller et avec une envie qu'il ne comprenait pas le journal derrière lequel il se tenait, il se retrouva totalement désœuvré. Il resta debout, les bras ballants, son regard errant dans toute la pièce. Terriblement mal à l'aise. Il chercha une horloge dans la pièce, avant de se rappeler qu'il n'y en avait pas.

-Assis-toi, je t'en prie, claqua la voix sèche du vampire.

Harry se tourna vers lui et s'aperçut qu'il le fixait, les lèvres pincées, visiblement agacé. Était-il constamment agacé ou Harry interprétait-il mal ses expressions ?

-Merci, mais non, répondit Harry en se balançant sur ses talons. Je me sens mieux, je vais y aller maintenant. Merci pour votre hospitalité.

Le vampire referma son journal et le posa sur ses genoux. Puis il croisa les jambes et fit un geste courtois en direction de la porte d'entrée. Son visage impassible mettait Harry mal à l'aise. Il fixa le vampire, la bouche entre-ouverte, n'osant y croire. Puis il observa la porte d'entrée, méfiant. Au bout de quelques secondes, voyant que le vampire ne bougeait pas, il tourna les talons et se dirigea vers la porte. Il défit les deux verrous et la porte s'ouvrit, révélant un palier sombre. Un escalier en colimaçon permettait de descendre. Harry jeta un coup d'œil vers l'intérieur de l'appartement. Le vampire n'avait pas bougé et il le fixait sans ciller de son regard intense.

Harry se détourna de lui et curieusement, ce geste lui coûta. Tout son être lui criait de faire demi-tour et de retourner auprès du vampire, de rester près de lui. Néanmoins, obstiné, il combattit cette sensation agaçante et descendit les marches en pierre l'une après l'autre. Lorsqu'il posa le pied sur le palier du premier étage, une douleur lancinante commença à se faire sentir dans sa poitrine. Il s'arrêta et se massa doucement le torse, un brin perplexe. Incapable d'en définir l'origine, il continua à progresser vers le rez-de-chaussée. Mais plus il descendait, plus la douleur devenait intolérable. Elle s'immisçait dans chaque fibre de son corps, broyant sa poitrine et son crâne. Une étrange impression de manque vint lui ronger le cœur et il sut instinctivement d'où elle provenait. Finalement, il s'arrêta peu avant le rez-de-chaussée. Il se prit la tête entre les mains et se laissa tomber lourdement sur la marche.

Puis, soudainement, la douleur disparut. Tout son corps se détendit, le sentiment de manque se dissipa, l'envie de faire demi-tour et de se réfugier dans le salon de l'appartement disparut. Il releva la tête et ne fut pas surpris de trouver le vampire nonchalamment appuyé contre le mur, en bas des marches. Lorsqu'il croisa son regard, le même sentiment de bien-être s'empara de lui. Il voulut sourire, se lever et se réfugier dans ses bras mais il combattit ce sentiment avec force. Le visage impassible et froid du vampire l'y aida. Dépité, Harry enfouit à nouveau sa tête dans ses mains tremblantes.

-Qu'est-ce que vous m'avez fait ?

-Ne t'avais-je pas averti que tu serais incapable de t'éloigner de moi ? répondit sévèrement Draco. Tu apprendras à m'écouter, à l'avenir.

Sans prévenir, les larmes lui montèrent aux yeux. Le ton condescendant et l'attitude froide du vampire le touchait en plein cœur. Il se sentait ridicule. Il tenta de refouler ses larmes du mieux qu'il put mais il avait comme l'impression que le vampire ne comprenait que trop bien ce qu'il ressentait.

-Qu'est-ce que vous m'avez fait ? répéta-t-il plus hargneusement.

-Remontons, ordonna Draco en se redressant. Nous parlerons là-haut.

-Je ne remonte pas dans votre appartement ! rétorqua Harry en relevant la tête. Il n'est pas question que je reste là en attendant sagement de vous servir à nouveau de repas ! Je veux comprendre ce qu'il m'arrive ! Pourquoi...

Harry ne put se résoudre à continuer. Il ne comprenait tellement pas ses sensations, ses envies et ses réactions que son esprit était confus. Il en avait peur et il savait que le vampire s'en rendait compte.

Draco observait les yeux rougis du garçon, marqués de profondes cernes. Ses vêtements froissés pendaient lamentablement, trop grands. Il avait faim. Il était perdu. Il avait peur. C'était étrange de pouvoir affirmer tout cela ainsi.

-Tu ne veux pas me désobéir, prévint-il en s'approchant des escaliers.

-Je ne remonte pas, répéta Harry en relevant la tête, mais toujours sans le regarder. Mes amis attendent de mes nouvelles, ils vont finir par s'inquiéter. Je dois retourner chez les Dursley, maintenant.

Draco monta les marches jusqu'à se trouver près de celle où Harry était assis. Il se pencha souplement en avant et attrapa le menton du garçon entre ses doigts frais. Il lui fit relever la tête jusqu'à ce que leurs regards se croisent et qu'il soit incapable de s'y soustraire. Serrant son menton plus que nécessaire, il rapprocha son visage du sien et murmura :

-Reste ici, dans ce cas.

Il le relâcha et remonta les marches, suffisamment lentement pour permettre à Harry de le suivre. Ce qu'il ne fit pas. Harry était au prise avec son entêtement à partir et son envie de courir le rejoindre. Peu à peu, à mesure que le vampire s'éloignait, la douleur grandissait. Le manque, la détresse, la peur. Harry serra les dents mais il savait déjà qu'il ne résisterait pas longtemps. La présence du vampire semblait étrangement l'apaiser, lui faisait même du bien. Plus, elle lui semblait indispensable. Et il avait besoin de réponses à ses questions. Avant que Draco n'atteigne le premier étage, il se releva et le suivit.

Lorsqu'ils revinrent dans l'appartement, Draco verrouilla à nouveau la porte tout en jetant à Harry un regard équivoque. Le garçon l'ignora et alla directement s'affaler sur le canapé, la mort dans l'âme. Lorsque le vampire se réinstalla dans son fauteuil, comme si de rien n'était, un profond désespoir l'envahit.

Il ne se reconnaissait plus. Il n'avait jamais ressenti des sentiments aussi intenses, certainement pas envers un autre homme. Un vampire, en plus. Et pas en trois jours. Il savait déjà que tout ceci n'était pas naturel mais était incapable de trouver une explication. Était-ce ce qui arrivait communément lorsqu'un vampire mordait un humain ? Il en doutait.

Draco ne dit rien. Il plia son journal et le lança sur la table. Puis il croisa les jambes, se positionna de telle sorte qu'il soit face à Harry et le fixa. Embarrassé au plus haut point, Harry se tortilla sur son canapé. Toute sa gêne ne pouvait cependant pas dissiper cette sensation d'apaisement et il se demanda à nouveau pourquoi le vampire lui faisait cet effet-là. Un humain était censé être terrifié par les vampires, les craindre et ne surtout pas vouloir leur présence. Il ne pouvait pas dire que le vampire ne lui faisait pas peur. Mais il se sentait en sécurité auprès de lui. Et surtout, il se sentait bien, avec l'impression improbable d'être à sa place.

-Je peux ouvrir la fenêtre ? finit-il par demander pour briser le silence, tout en esquissant un geste pour se lever.

-Hors de question.

Draco ne précisa pas qu'il était hors de question qu'il laisse l'odeur divine du garçon s'évaporer par la fenêtre. Il n'avait jamais rien senti d'aussi exquis de toute son existence et savait par avance qu'il allait en devenir hautement dépendant. Il l'était déjà.

Harry se laissa retomber dans le canapé. Voyant qu'il ne disait finalement rien, Draco reprit son journal, le rouvrit d'un geste brusque et disparut derrière.

Harry bouillonnait. Il avait des dizaines de questions à poser, des mystères à éclaircir, des angoisses à apaiser, mais tout dans sa tête était si embrouillé qu'il ne savait par où commencer. Le calme apparent du vampire ne l'aidait pas. Pourquoi ne prenait-il pas l'initiative de tout lui expliquer au lieu de le laisser tergiverser tout seul ?

Au bout de quelques minutes d'un silence pesant, Harry demanda, à bout de nerf :

-Quelle heure est-il ? Et quel jour sommes-nous ?

-Voilà qu'il recommence, soupira le vampire en se léchant l'index pour tourner la page de son journal.

Harry étouffa un grognement.

-Je recommence ?

-Les humains posent sans cesse des questions. La plupart d'entre elles est inutile.

Harry se redressa dans le canapé. Un sentiment d'irritation et d'injustice commençait doucement à naître en lui. Après la confusion, la perplexité, le désespoir, l'incompréhension, la colère semblait légitime devant ce vampire hautement agaçant et d'un snobisme à toute épreuve. Maintenant qu'Harry avait pleinement recouvré ses esprits, la situation lui apparaissait plus clairement, dans toute son étrangeté.

-Ce ne sont pas des questions inutiles, se récria-t-il. Je dois savoir depuis combien de temps je suis retenu ici. C'est important.

-Cela te semble important, rectifia Draco. En réalité, ce ne sont que des préoccupations humaines sans importance. En quoi savoir l'heure est-il utile ? Je n'ai pas regardé l'heure depuis si longtemps que je ne suis plus sûr de savoir la lire.

Harry resta un instant muet. Il fixa le journal, l'air hébété, puis reprit :

-Je dois savoir depuis combien de temps mes amis n'ont pas eu de mes nouvelles. On voit que vous ne les connaissez pas. Je peux vous certifier qu'ils sont capables d'envoyer tout l'Ordre à ma recherche si je ne leur répond pas assez vite !

-Grand bien leur fasse.

Franchement énervé à présent, Harry se releva d'un bond.

-Où sommes-nous d'ailleurs ?

Il se dirigea à grands pas vers la fenêtre, s'attendant à tout moment à être arrêté par une main glaciale mais il n'en fut rien. La haute fenêtre à double battant donnait sur un minuscule balcon. En-bas, il y avait une vaste place pleine de monde en cette belle journée d'été. Bordée de cafés, de crêperies et de glaciers, une fontaine et un marché en son centre, elle respirait l'été et la joie de vivre. Harry se sentait à mille lieues des gens qui se baladaient, insouciants, au-dessous de lui.

-Sommes-nous au moins toujours à Londres ? demanda Harry en suivant des yeux un cycliste qui traversait la place.

Draco ne répondit pas.

-Voilà qu'il recommence, s'exclama Harry, les dents serrées.

Le regard qu'il reçut en réponse le liquéfia littéralement sur place. Son cœur rata un battement. Ou deux.

-Ne joue pas à ce jeu-là avec moi, prévint froidement le vampire. Tu serais surpris de te rendre compte à quel point je suis mauvais joueur.

La gorge nouée, Harry approuva. Il ne comprenait pas la froideur du vampire à son égard. Posant le front contre la vitre fraîche, il déglutit difficilement et demanda plus doucement :

-Allez-vous répondre à mes questions ?

Il crut que le vampire n'allait pas répondre mais il fut surpris :

-Seulement si je juge tes questions pertinentes.

Harry leva les yeux au ciel et fit volte-face.

-Que vous jugez pertinentes ? Toutes les questions que j'ai posées jusqu'à présent étaient pertinentes. Vous n'avez visiblement aucune notion de ce qui est important ou de ce qui ne l'est pas. Ce qui est arrivé six ans auparavant n'a pas d'importance, plus maintenant. Mais ce qui m'arrive maintenant l'est ! Je veux retourner à Privet Drive. Je veux pouvoir écrire à mes amis. Je veux savoir pourquoi je suis prisonnier ici. Je veux savoir pourquoi vous me faites cet effet-là, -il s'empourpra à cette phrase et ajouta précipitamment avant que le vampire n'ait pu dire quoi que ce soit- Je veux savoir pourquoi j'ai l'impression de mourir quand je m'éloigne trop de vous.

Harry s'interrompit, à bout de souffle. Pendant sa tirade, il s'était approché de Draco et il le regretta quand le journal s'abaissa pour dévoiler le visage marmoréen du vampire. Il semblait mécontent également, peut-être autant que Harry, même si sa colère transparaissait moins sur ses traits impassibles. Ils se fixèrent intensément et, dans cet échange, Harry ressentit brusquement un élan de domination qui n'était pas le sien. Pris au dépourvu, il réussit pour la première fois à se dérober au regard du vampire et détourna le regard.

Draco hocha la tête, visiblement satisfait face à la soumission de l'autre garçon.

-Si tu as l'impression de mourir quand tu t'éloignes trop de moi, Harry, c'est parce que, les premiers jours après la création du lien, un calice ne peut s'éloigner de son vampire.

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J'espère que ce chapitre vous a plu. Dans le prochain, vous aurez droit à The discussion. Il est déjà écrit, donc il ne devrait pas tarder des masses.

Merci à tous d'avoir lu !

Et à bientôt pour la suite...

Natom

Texte relu et corrigé en mai 2020