The Rise and Fall
Les blas-blas de Xérès : déjà le chapitre 13 ! Le temps passe si vite ! J'ai encore reçu beaucoup de reviews et je vous en remercie. Face à la demande, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un chapitre spécial Théodore, mais promis, notre petit Drakychou et Mione seront de retour dans le prochain ! J'espère que vous comprendrez un peu mieux après ce chapitre ce qu'il se passe dans le cerveau dérangé de Nott. Bonne lecture à tous !
Merci à mes nouveaux followers (salmonelodie, Otto'Barkley, , stnijoma, Imala6, aillerose, GentleChakal), ainsi qu'à faerycyn, Nelliel-G, Elena Grape, Rosabella01, eliieperreault, laloudu77, chapou69, Passion Fugace, Nelopée, Babar et Petitestef pour leurs nombreuses et adorables reviews.
RAR :
Petitestef : arf désolée, non la conversation entre Lupin et Rogue est et restera confidentielle pour le moment. J'ai bien aimé le « il s'excuse, nom de Dieu ! ». Au début, j'ai hésité à le faire s'excuser, parce que bon voilà c'est un Malfoy, mais je me suis dit que ça serait drôle qu'il s'excuse mais qu'il exige également des excuses en retour. Ça colle encore mieux au personnage, non ? Narcissa te fait également des bisous )
Chapitre 13 : Echange standard
Lorsque Théodore passa devant ses parents attablés pour le petit-déjeuner, les deux adultes frémirent et lui jetèrent des regards inquiets. Le jeune homme réprima un rictus méprisant. Ses parents avaient de plus en plus souvent ce genre de réaction en sa présence. Au début, il avait trouvé cela blessant venant des deux personnes qui l'avaient mis au monde, mais à présent c'était à peine s'il le remarquait.
« Je sors », fit-il sèchement.
Son père se retourna dans sa direction. « Où vas-tu ? », demanda-t-il d'une voix qui se voulait autoritaire.
« Dehors », répondit laconiquement Théo en enfilant son manteau noir.
« Tu rentreras quand ? ».
Théo leva les yeux au ciel. Parfois, son père avait le don de poser des questions stupides. « Plus tard. » Puis sans un mot de plus, il sortit et claqua la porte derrière lui. Mrs Nott se leva de table et se précipita à la fenêtre, juste à temps pour voir son fils unique transplaner.
« Il est parti », dit-elle en se retournant vers son mari, lequel se leva à son tour.
« Parfait. Il est temps d'aller voir ce que ce gamin mijote … cette comédie doit cesser », gronda Grégory en montant quatre à quatre les escaliers qui menaient à l'étage. Arrivé sur le palier, il se dirigea vers la porte du bureau, fermée. Il sortit sa baguette et murmura un Alohomora pour l'ouvrir. Il savait que son fils serait furieux de le savoir pénétrer dans son antre, mais Grégory Nott avait décidé de reprendre son rejeton en main. Et cela commencerait par l'autodafé pur et simple de toutes ses possessions.
La porte du bureau s'ouvrit et Grégory Nott resta quelques secondes stupéfait devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Des piles de livres s'entassaient du sol au plafond et bouche bée, il vit que presque tous les ouvrages de la bibliothèque étaient à présent à terre. Sa femme arriva derrière lui et poussa un petit cri de surprise en voyant le désordre.
« Mais… », fit Grégory Nott en avançant d'un pas. « Ce gosse est devenu fou ou quoi ? Je peux t'assurer, Romilda, qu'il va m'entendre en rentrant. C'est absolument impossible qu'il ait pu lire tous ces bouquins en si peu de temps. Alors quoi ? Il met le foutoir uniquement pour le plaisir ? »
Romilda Nott ne répondit pas, consciente qu'il valait mieux ne rien dire lorsque son mari se mettait dans une telle colère. Au lieu de ça, elle le dépassa et se dirigea vers la première pile pour prélever un des livres, qu'elle ouvrit. Son époux n'aima pas du tout son expression horrifiée alors qu'elle feuilletait les pages de l'ouvrage.
« Greg… », souffla Romilda d'une voix éteinte. « Oh Merlin, Greg … »
« Quoi ? », aboya l'interpellé. Mais sa femme ne lui répondit pas, elle laissa tomber le premier livre au sol pour en prendre un second, les mains tremblantes. Elle se mit à en faire tourner les pages, fébrile, son expression d'horreur s'intensifiant à chaque seconde, avant de le laisser tomber également à terre pour répéter ce manège avec un troisième, puis un quatrième, puis un cinquième.
« Mais enfin, Romilda, peux-tu m'expliquer-
« ILS SONT VIDES, GREGORY ! VIDES ! », s'égosilla Mrs Nott en se tournant vers son mari, le visage blême. Elle le vit se baisser, ramasser un des livres épars et le feuilleter comme elle venait de le faire quelques secondes plus tôt. Son visage se durcit.
« Ne me dis pas qu'ils sont tous comme ça… », gronda M. Nott, tandis que Romilda reprenait son exploration. Mais la réponse lui parvint très vite.
« J'en ai bien peur… », souffla-t-elle. « Mais bon sang, qu'est-ce qu'il a fait à ces livres ? Où sont passés les … les phrases, les mots, … tout a disparu, c'est incompréhensible ! »
Grégory Nott secoua alors la tête, le visage fermé. Sa femme se trompait. Tout n'avait pas disparu. Les titres, eux, étaient encore bien présents sur les couvertures de cuir. Un simple coup d'œil lui suffit à comprendre ce que son fils avait étudié ces derniers mois. Magie noire, magie ancestrale, magie sans baguette, tous les livres les plus dangereux et les plus anciens que la famille Nott se transmettait de génération en génération, des livres que Grégory lui-même n'avait parfois jamais osé toucher de peur de littéralement se consumer sur place, tous ces livres étaient empilés sur le sol, très certainement aussi vides que celui qu'il tenait dans ses mains. Il comprit alors avec un frisson, que ce qu'il faudrait à son fils serait bien plus brutal qu'un peu de discipline.
~o~
Théodore apparut avec un craquement sonore à quelques mètres de la boutique de Mme Guipure, un des rares commerces encore ouverts sur le chemin de Traverse. La rue était d'ailleurs quasiment déserte, à l'exception de quelques sorciers mal fagottés faisant leurs courses avec empressement, la tête rentrée dans les épaules et le dos courbé, comme si le ciel risquait à tout moment de leur tomber sur la tête. Une vieille affiche poussée par le vent vint se coller contre sa jambe et il la chassa d'un coup de pied.
Avec un pincement au cœur, Théodore se souvint combien il avait adoré venir ici avant. Les couleurs criardes des devantures et des tenues parfois ridicules de certains sorciers, l'odeur des Fizwizbiz flottant dans l'air à proximité de la boutique de Florian Fortarôme, l'habituel attroupements de gamins pressant leurs nez et leurs mains sur la vitrine de la boutique de Quidditch et rêvant tous de grimper sur le dernier balai exposé, le brouhaha des conversations … Tout cela lui manquait. Ici, la vie s'était éteinte, alors que quelques centaines de mètres plus loin, dans le Londres moldu, elle battait son plein.
Théodore serra les poings. Les sorciers n'étaient pas faits pour vivre ainsi, dans des ruines, à se terrer comme des rats. Les sorciers étaient faits pour dominer, pour vivre dans la lumière. Comment avaient-ils pu en arriver à se cacher et à interdire la magie en public ? Théodore ne l'avait jamais compris. Cela n'aurait jamais dû arriver. Les Moldus étaient faibles, stupides. Par Merlin, même un seul de ces fichus Sangs-de-Bourbe valait mieux que dix de ces idiots.
Il avait toujours pensé que le Seigneur des Ténèbres se trompait d'ennemi. Les Sangs-de-Bourbe étaient des erreurs de la nature, et ils méritaient certainement d'être au service des Sangs Purs, mais la magie les avait malgré tout choisis d'une certaine manière. Et même si Théodore détestait le reconnaître, les sorciers nés de parents Moldus s'avéraient parfois plus doués que les Sangs-Purs eux-mêmes. Quoi que non, ils n'étaient pas plus doués. Mais contrairement aux enfants de grandes lignées magiques, ils ne tenaient pas leurs pouvoirs pour acquis et redoublaient toujours d'efforts pour les maîtriser. Il suffisait de comparer Granger à Grégory Goyle ou Vincent Crabbe. Si ces deux gros débiles méritaient de porter une baguette, alors on pouvait bien en laisser une à deux ou trois nés-moldus méritants.
Théodore avait donc grandi en remettant sans cesse en question les principes que Voldemort et ses parents, fidèles Mangemorts depuis plus de 20 ans, lui avaient inculqué dès son plus jeune âge. « Les Sangs-Impurs sont des êtres inférieurs, les sangs-impurs n'ont pas leur place dans notre monde, les sangs-impurs sont une insulte à la Magie ». Oui, peut-être bien, avait pensé le jeune Théodore à chaque fois qu'on lui faisait la leçon. Mais en attendant, ce n'étaient pas les sangs impurs qui forçaient les sorciers à vivre cachés. Ce n'étaient pas les sangs impurs qui avaient organisé les chasses aux sorcières du Moyen-Âge. Et enfin, ce n'étaient pas les sangs impurs qui choisissaient de naître ainsi : les véritables responsables n'étaient ni plus ni moins que les Moldus. Plus de Moldus, plus de Sang-de-Bourbe, plus de vie souterraine, plus d'amendes ou de condamnation si l'on se faisait prendre à faire de la magie en public… Les sorciers seraient partout : ils débarqueraient à la City, s'installeraient dans les immenses bureaux vitrés d'où l'on pouvait voir le tout Londres à ses pieds, au lieu de croupir dans le sous-sol du Ministère de la Magie. Les grandes familles de Sangs Purs se partageraient bien entendu le pouvoir et les richesses, tandis que les Sangs-de-Bourbe n'auraient qu'à occuper les petits postes sans responsabilités et se complaire dans leur vie médiocre. Sans ces idiots de Moldus, la magie reprendrait la place qui lui est due : on verrait des dragons et des Scroutts à Pétard au zoo le dimanche, on jouerait au Quidditch à l'Arsenal Stadium…
Un passant empressé le heurta violemment, le faisant sortir de sa rêverie. Théodore cligna plusieurs fois des yeux et la dure réalité le frappa à nouveau de plein fouet. Plus de couleurs, plus de joie, plus d'enfants bavant devant le dernier Eclair de Feu. Désormais, la rue était déserte, les bâtiments avaient noirci, certains avaient même été détruits lors d'affrontements et d'arrestations. Théodore se demanda si Voldemort avait conscience du marasme économique dans lequel son petit caprice contre les nés-Moldus plongeait la communauté magique. Alors que l'extermination des Moldus, il en était certain, ne pouvait que l'enrichir. Mais en attendant, tout ici semblait avoir sombré dans la déliquescence, la grisaille et la peur.
A l'exception d'une seule boutique, dont la devanture orange vif faisait presque larmoyer au milieu de toute cette noirceur : celle des frères Weasley. Théodore ralentit un peu lorsqu'il la dépassa. Il avait beau être en désaccord avec les valeurs que défendaient les Weasley (et notamment cette fascination du patriarche pour tout ce qui n'était pas magique), il devait avouer que la présence de cette boutique l'aidait à ne pas oublier ce que le chemin de Traverse avait été. Et puis il n'avait rien contre les jumeaux, ils l'avaient toujours fait rire à Poudlard et leur idée de farces et attrapes ensorcelées était un incontestable succès.
Pendant l'espace d'une seconde, Théodore hésita à entrer et acheter quelques sucreries à effets secondaires. Une envie le terrassait : celle d'être à nouveau l'adolescent rieur qui piégeait la nourriture de ses camarades avec des Nougats Néansang ou des Pastilles de Gerbe et qui s'amusait à faire exploser des Feuxfous Buseboum à la nuit tombée. Mais alors qu'il s'apprêtait à entrer, il se figea. C'était ridicule. Il n'était plus un enfant, il n'était plus à Poudlard et le nombre de ses camarades s'était fortement réduit dernièrement. De plus, il n'était pas venu pour ça. Il laissa retomber sa main, jeta un dernier regard à la boutique orange et mauve et se détourna pour reprendre sa route. Direction Gringott's.
Lorsqu'il entra dans l'immense banque des gobelins, il fut frappé d'y trouver l'endroit presque aussi désert que le reste de la rue. A l'exception des gobelins derrière leurs guichets, il n'y avait que cinq clients, lui compris. Il s'approcha donc d'un guichet libre et s'efforça de paraître aussi solennel que possible pour dissimuler son expression de dégoût. Il n'avait jamais aimé ces fichus gobelins.
« J'ai besoin d'accéder à un coffre, je suis en mission spéciale », aboya-t-il sans même prendre le temps de saluer la créature qui le toisait depuis son siège surélevé.
Le gobelin, nommé Ragnok à en croire le badge doré épinglé à son veston, grimaça et lui jeta un regard sévère par-dessus son pupitre.
« Bonjour », fit sèchement le Gobelin avec un certain agacement face à tant d'impolitesse. « Puis-je demander à Monsieur le numéro du coffre auquel il désire accéder ? »
Théodore plissa les yeux. Il n'aimait pas du tout le ton que la créature prenait pour s'adresser à lui. « Le coffre des Lestrange. » Ragnok sursauta à la mention du nom et lui jeta un regard méfiant. « Je te l'ai dit, Gobelin, je suis en mission spéciale », ajouta Théodore en relevant la manche de son manteau. Le Gobelin eut un imperceptible mouvement de recul en découvrant la Marque des Ténèbres sur l'avant-bras du jeune homme. Théo se retint de sourire. Le coup de la Marque marchait vraiment à tous les coups.
« Avez-vous la clef ? », demanda Ragnok, impassible, bien que sa voix se soit légèrement mise à trembloter.
« Et si on arrêtait de perdre notre temps ? Je sais très bien qu'il ne faut pas de clef pour ce type de coffre de haute sécurité. Bellatrix me l'a indiqué en personne », mentit le jeune homme.
Mais le Gobelin semblait s'entêter. « Avez-vous dans ce cas une autorisation écrite de Mr ou Mrs Lestrange vous permettant d'accéder à ce coffre ? »
Théodore commençait à perdre patience et les regards curieux, que les autres clients et gobelins lui lançaient, indiquaient qu'il commençait à attirer l'attention sur lui. Il résista donc à l'envie de faire exploser la tête de tous ceux qui l'observaient de travers et joua sa dernière carte.
« Très bien, tu l'auras voulu, Gobelin. » Théodore retroussa un peu plus haut sa manche et sortit sa baguette, qu'il posa légèrement sur la Marque des Ténèbres. Du coin de l'œil, il vit Ragnok s'affoler. « Je vais appeler le Seigneur des Ténèbres. Il m'a personnellement confié cette mission. Il pourra te confirmer que j'ai toutes les autorisations nécessaires, ensuite il te tuera certainement pour lui avoir fait perdre son temps et tu auras rejoint tes ancêtres au foutu paradis gobelin avant d'avoir eu le temps de dire 'Mornille'. » Il bluffait, bien entendu, mais avec un peu de chance, le Gobelin n'aurait pas le courage de vouloir vérifier.
« A-Attendez ! », glapit le Gobelin en jetant des regards nerveux en direction de la baguette et de la Marque. Puis il reprit d'une voix claire et forte. « Tout est en ordre, Monsieur. Veuillez me suivre, s'il vous plaît. »
Théodore lui emboîta le pas avec un rictus satisfait. Trop facile. Ils s'engouffrèrent tous les deux dans un petit wagon et entamèrent leur descente dans les entrailles de Londres. Une bonne quinzaine de minutes leur serait nécessaire pour attendre le niveau 7, celui des coffres de haute sécurité et Théodore en profita pour refaire mentalement le point sur sa situation.
Lorsqu'il avait appris que Potter était à la recherche d'objets contenant des morceaux de l'âme du Seigneur des Ténèbres dans le but de les détruire, Théodore avait vu là une occasion inespérée d'agir en toute discrétion. Quand bien même il réussirait à éliminer lui-même les Horcruxes restants, les soupçons se porteraient sans aucun doute sur le Survivant et ses amis. Il avait donc effectué des recherches, interrogé d'autres Mangemorts. Heureusement, la plupart d'entre eux n'avaient eu aucune raison de se méfier de lui et chacun avait raconté une histoire sur la façon dont Voldemort avait créé tel ou tel Horcrux. Le plus difficile avait ensuite été de faire la part entre le vrai et le faux. Le véritable défaut des Mangemorts étant la vanité, chacun voulait absolument avoir son rôle dans la quête de l'immortalité de leur Maître. Il avait donc appris à ne rapidement accorder aucun crédit aux histoires mettant en scène le Seigneur des Ténèbres, assisté par l'un de ses sbires. Les vrais Horcruxes, Voldemort les créait seul, par vengeance, par honte de ses origines, par peur. Des sentiments qu'il ne se serait jamais risqué à montrer devant qui que ce soit.
Lucius Malfoy avait été la plus grande mine d'informations, tant celui-ci semblait ravi de voir un jeune homme s'intéresser à l'Histoire de son Maître, étant donné que son fils semblait plus inspiré par sa collection d'alcools et la dépression. Il était également le Mangemort (avec Bellatrix) qui se fichait le plus d'avoir eu ou non un rôle dans la montée de son Maître au pouvoir : il suivait, aveuglément, sans jamais vouloir se mettre en avant. Un bon petit soldat, en somme.
C'était lui qui avait raconté la débâcle du journal de Jedusor, lorsque la petite Weasley avait ouvert la chambre des secrets et que Potter avait failli leur faire la faveur de mourir en allant la sauver. Théodore avait bien entendu cette histoire lorsqu'il était à Poudlard mais n'avait pas franchement fait le rapprochement. Il lui avait également parlé du Médaillon de Serpentard, bien à l'abri dans une grotte en bord de mer (du moins le croyaient-ils). Bellatrix savait quant à elle que la bague de Gaunt, l'ancêtre de leur Maître, avait été détruite par Dumbledore : elle avait vu de ses yeux les marques du maléfice sur la main du Directeur avant qu'il ne tombe de la tour d'Astronomie et elle était formelle. Cela signifiait qu'au moins deux Horcruxes étaient déjà détruits.
Bellatrix avait alors parlé de celui qu'elle détenait dans son coffre à Gringott's : la coupe d'Helga Pouffsouffle. Théodore n'avait pas été long à faire le calcul. Le médaillon de Serpentard, la coupe de Pouffsouffle… Le jeune Tom Jedusor avait toujours été très attaché à Poudlard, se pourrait-il qu'il ait voulu rassembler quatre objets fétiches de chacun de ses fondateurs ? Théodore s'était donc plongé dans la lecture de l'Histoire de Poudlard, un livre qu'il devait très certainement être le seul à avoir lu (à l'exception de Granger, bien sûr) tant il était lourd et indigeste. Il y avait appris l'existence du Diadème de Rowena Serdaigle, volé par sa fille Helena et déclaré perdu depuis des siècles. Quant à Godric Gryffondor, la seule chose qui semblait assez précieuse aux yeux du premier Lion était sa fichue épée mais là encore, Potter s'en était servi pour anéantir le Basilic en deuxième année et il doutait qu'un Horcruxe créé par Voldemort ne se laisse aussi facilement manipuler par son pire ennemi. Il avait donc abandonné l'idée. Ce qui laissait tout de même deux options à vérifier assez facilement : Gringott's et Poudlard. La récente visite de Voldemort à l'école de sorcellerie laissait à penser qu'il se servait des puissants sortilèges de protection de l'institution pour protéger ses propres petits secrets. Avec un peu de chance, le diadème y était peut-être.
Quant à sa dernière option, la dernière personne qu'il n'avait pas encore interrogée à ce sujet et qui devait en savoir plus que n'importe qui d'autre, elle l'attendait sagement dans une cellule au Manoir Malfoy. Théodore n'avait donc pas vu l'utilité de se presser. De plus, après le traitement qu'il lui avait infligé lors de leur dernière rencontre, il était presque sûr qu'elle n'hésiterait pas à déballer tout ce qu'elle savait dès qu'il remettrait les pieds dans le cachot.
Une fois arrivés devant le coffre des Lestrange, Ragnok s'assura de faire reculer le dragon attaché à proximité, puis se tourna vers une immense porte sans poignée ni système d'ouverture. Le Gobelin appliqua la paume de sa main sur la porte, qui s'ouvrit sans attendre. Théodore s'engouffra à l'intérieur et s'adressa une dernière fois à la créature. « J'en ai pour quelques minutes, je vérifie que tout est en ordre et ensuite j'aurai une dernière requête à te faire. Surtout reste dans le coin, Rat Glauque… »
« Ragnok », corrigea le Gobelin avec un air pincé.
Théodore avança à l'intérieur du coffre et ajouta d'un air amusé (bien que Ragnok ne puisse plus l'entendre), « C'est ce que j'ai dit… »
Il soupira et observa l'intérieur du coffre des Lestrange. Des piles et des piles de Gallions dorés étincelants, des pierres précieuses multicolores, des objets d'art à n'en plus finir. Les Lestrange avaient toujours eu une grande passion pour l'art et la joaillerie dans ses formes les plus diverses. Il se rappelait avoir entendu Lucius dire en riant que « Bellatrix mettait un point d'honneur à trouver de généreux donateurs pour agrandir sa collection personnelle ». Il n'avait pas vraiment compris ce qui faisait rire Lucius Malfoy, jusqu'à ce que Draco lui explique que les « généreux donateurs » n'étaient autres que des traîtres à leur sang ou des familles de Sang-de-Bourbe dont les Mangemorts pillaient les habitations. Contrairement à son ami, Théodore n'avait pas vraiment de problème avec ce genre de pratiques. C'était la guerre, il y avait des dommages collatéraux, pas de quoi en faire un fromage donc.
Le seul problème était que la profusion d'objets allait rendre ses recherches plus difficiles que prévu. Sans compter que le coffre était protégé par deux sortilèges : le maléfice de Flagrance et la malédiction de Gemino. L'un rendait tout objet brûlant au toucher tandis que l'autre dupliquait tout ce que vous manipuliez. Il avait entendu Bellatrix s'en vanter auprès de Voldemort lorsque celui-ci lui avait demandé si son « colis » était en sécurité. Théodore se remémora la gravure représentant la-dite coupe, qu'il avait vue dans un livre lors de ses recherches. Une petite coupe en or à deux anses, très simple, gravée au nom de la fondatrice. En prenant soin de ne rien toucher ni heurter, le jeune homme se mit à sa recherche.
A l'extérieur du coffre, une véritable bataille se livrait dans le cerveau du Gobelin. Tiraillé entre l'envie d'enfermer Théodore à l'intérieur du coffre et la peur de subir la colère de Voldemort si le gamin était réellement en mission pour le Seigneur des Ténèbres. Il savait aussi que faire entrer une personne non autorisée pouvait lui coûter sa place au sein de la banque. Dans les deux cas, sa tête était sur le billot. Ragnok maudit à mi-voix le gobelin en chef Cormack, qui lui avait refusé son jour de congé. A cette heure-ci, il aurait pu être tranquillement chez lui avec sa femme, à s'occuper de leur potager, comme tous les mercredis depuis quarante ans. Mais au lieu de ça, trois de leurs collègues avaient été emmenés par des Mangemorts quelques jours plus tôt et Cormack avait décrété que plus personne ne prendrait de jours de congés en raison du manque de main d'œuvre. Et voilà que Ragnok se retrouvait coincé avec ce petit merdeux qui, il le sentait, le roulait copieusement dans la farine.
La créature jeta un regard en coin en direction du dragon, sagement posté un peu plus loin et se dit qu'il ne serait probablement pas jugé responsable si le dragon se libérait « accidentellement » de ses chaînes et dévorait son indésirable client. Un sourire rêveur flotta sur les lèvres fripées du gobelin, dévoilant ses crocs acérés. Non, il ne pouvait pas faire dévorer un client qui n'avait encore rien volé, ce n'était pas … moral. Ou bien peut-être juste refermer la porte et le laisser mourir de faim à l'intérieur du coffre… A moins que les propriétaires ne décident de venir retirer de l'argent avant qu'il n'ait eu le temps de succomber, auquel cas Ragnok aurait de sérieux ennuis.
Alors que le gobelin décidait finalement qu'il enverrait un hibou aux Lestrange pour vérifier la véracité des dires de Théodore, le gamin surgit d'un bond hors du coffre, avec une grimace de douleur.
Comment trouves-tu notre fameux sortilège de Flagrance, petit homme ? Assez douloureux à ton goût ?, pensa le Gobelin en regardant Théodore se frotter la jambe gauche en grimaçant. Une vilaine brûlure rougissait également l'une de ses mains, tandis que l'autre tenait un objet enveloppé dans sa cape.
« Vous devez disposer d'une autorisation écrite pour sortir un objet de la banque, Monsieur », fit le Gobelin, menaçant. « La seule chose qu'il soit possible de sortir par procuration est de la monnaie, sonnante et trébuchante. »
Sa remarque sembla agacer le garçon. « Je sais tout ça, Gobelin ! », aboya Théodore en massant à présent sa main brûlée. « Je ne compte pas faire sortir cet objet de la banque, figure-toi. Ma mission consiste simplement à le changer de coffre. Satisfait ? »
Ragnok jeta un regard interloqué au garçon. Seulement le changer de coffre ? Il fallait le dire plus tôt. Si effectivement l'objet, quel qu'il était, restait sous la protection des Gobelins à Gringott's, alors pourquoi s'en faire ? Si jamais il s'avérait que les Lestrange n'avaient pas ordonné ce transfert, Ragnok pourrait très bien replacer l'objet dans leur coffre plus tard. Cela ne valait certainement pas le coup de se mettre Voldemort à dos pour si peu. Peut-être que ce gamin était-il véritablement en mission pour le Seigneur des Ténèbres, après tout… Ragnok décida qu'il ne se poserait plus de question pour aujourd'hui, et pour cause, il était censé être en congé et si Cormack avait quoi que ce soit à redire sur son travail, il poserait sa retraite anticipée. Finies les journées à se laisser traiter comme un chien par tous ces sorciers imbus d'eux-mêmes et impolis. Finies les interminables virées en cariole jusqu'aux tréfonds de la terre. Finies les horaires impossibles et bonjour le potager luxuriant et fertile. Ragnok suivit Théodore jusqu'au chariot et lui demanda dans quel coffre il souhaitait entreposer l'objet retiré.
« En fait, ce coffre n'existe pas encore. J'aimerais l'ouvrir aujourd'hui », répondit Théodore en s'asseyant, posant sa cape roulée en boule autour de l'objet sur ses genoux.
« Quel niveau de sécurité ? », s'enquit le Gobelin.
« Le plus faible. Je veux l'un de ces coffres situés au rez-de-chaussée. Il doit simplement être insonorisé, à l'épreuve des flammes et mesurer au moins un mètre de hauteur. Ce seront mes seules exigences. »
Le gobelin réfléchit tandis que le chariot se remettait en route et les ramenait à la surface. Ce que voulait le garçon ressemblait à un coffre de catégorie B, rien de bien luxueux mais efficace, le genre de coffre que possédaient beaucoup de familles modestes ou de jeunes stagiaires du Ministère de la Magie.
« Il va falloir remplir les formulaires d'ouverture de compte, je vais avoir besoin de quelques pièces d'identité », déclara le gobelin tandis que Théodore hochait la tête en souriant.
« J'ai tout ce qu'il faut », lui assura-t-il avec un large sourire. Le gobelin scruta le visage du gamin. Le sourire semblait sincère mais ce qu'il voyait dans ses yeux le fit frémir. Ragnok choisit d'ignorer son pressentiment et reporta son attention sur le chemin emprunté par leur embarcation. Une fois revenus au rez-de-chaussée, le gobelin se dirigea vers un couloir éclairé par des torches. Ils croisèrent deux autres gobelins accompagnés de clients (un jeune couple souriant) mais Ragnok ne leur accorda pas un regard. Il emmena Théodore dans un couloir adjacent, contenant plusieurs rangées de coffres de différentes tailles, avant de s'arrêter devant l'un d'eux.
« Coffre standard, résistant à tous types de sortilèges d'attaque. Intérieur en plomb, revêtu d'une couche d'acier de gobelin de dix-huit centimètres d'épaisseur. Quant à ses dimensions … », le gobelin saisit une étiquette apposée sur la porte du coffre et lut avant de poursuivre. « 1,20 mètre de hauteur, sur 80 cm de large et 1 mètre de profondeur. »
Ragnok se tourna enfin vers Théodore, qui paraissait satisfait, puis ouvrit la porte du coffre pour lui permettre d'en admirer l'intérieur, ainsi que l'épaisseur du plomb et de l'acier. Le jeune homme hocha la tête, approbateur.
« Bon boulot, Rat Glauque… », lâcha-t-il avec un large sourire.
« Ragnok », corrigea le Gobelin d'une toute petite voix. « Veuillez remplir ceci », ajouta-t-il en lui tendant un parchemin et une plume. Théodore les saisit et remplit avec application l'ensemble des champs requis : nom, prénom, adresse, date de naissance et autres données diverses et variées. Une fois sa tâche terminée, Théodore rendit le tout au Gobelin avec un sourire encore plus large et encore plus terrifiant que celui qu'il avait eu quelques minutes plus tôt. Ragnok ne put s'empêcher de frissonner encore une fois.
Théodore se pencha dans le coffre et y jeta sa cape, ainsi que l'objet qui se trouvait à l'intérieur. Puis il recula et fit signe à Ragnok de refermer le coffre. Le Gobelin, tenant les formulaires à la main, approchait pour refermer le panneau de plomb lorsqu'il sentit deux mains le saisir par l'arrière du veston et le projeter à l'intérieur du coffre. Ragnok tendit la main pour faire usage de la magie mais en moins d'un quart de seconde, l'intérieur du coffre n'était plus qu'un immense brasier et la porte s'était refermée. Et tandis que le sortilège du Feudeymon faisait éclater la moindre des cellules de son petit corps, détruisant au passage la coupe de Helga Pouffsouffle et les formulaires d'ouverture de coffre, Ragnok eut une dernière pensée pour sa femme et son potager. J'aurais dû être en congé…
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Et voilà, c'est terminé pour cette semaine ! Veuillez me pardonner pour ce chapitre aussi court mais j'ai eu un weekend assez chargé et une grosse migraine le dimanche, histoire d'en remettre une couche, donc je n'ai pas pu écrire autant que je l'aurais voulu. Mais ce chapitre a été tout de même très intéressant à écrire (vous me direz s'il l'a été à lire), car j'ai dû me replonger à fond dans les encyclopédies Harry Potter pour récupérer toutes les informations que j'y ai utilisées. On en sait maintenant un peu plus sur Théodore, son caractère, sa folie, ses envies de dominer le monde Moldu (ainsi que les nés-Moldus, qu'il considère tout de même comme des sorciers de seconde zone). J'attends vos réactions : beaucoup d'entre vous m'ont réclamé plus d'infos sur Théo, et j'espère vraiment que ce sera à la hauteur de vos espérances. N'hésitez pas à commenter ! On retrouvera nos autres héros dans les chapitres suivants. Je vous souhaite à tous une bonne semaine et à lundi prochain !
Xérès
