The Rise and Fall

Les blas-blas de Xérès : bonjour à tous, petits chanceux, car ce chapitre a bien failli ne jamais voir le jour ! Non, j'exagère quand même un peu. Disons que mercredi quand je suis allée faire mes courses au petit supermarché du village, je ne m'attendais pas à ce qu'on se retrouve coincés dans le supermarché avec trois types armés (un fusil, des marteaux et des lacrymo) ! Mais bon au final il n'y a eu aucune victime, plus de peur que de mal ! Une bonne grosse décharge d'adrénaline en ce qui me concerne, et mes genoux qui ont tremblé pendant une bonne demie heure après ça !
Enfin breffons, voici le nouveau chapitre de the Rise and Fall, j'espère qu'il vous plaira autant que le précédent ! Bonne lecture :)

Merci à mes nouveaux followers (SeverusHermioneOfficiel, Aiko.M, AlannaShannon), ainsi qu'à Erza Robin, Nedwige Stew, Rosabella01, leslie, Noumiex3, Elena Grape, Petitestef, Passion Fugace, faerycyn, sarahblue1, Babar, chapou69, Nelliel-G, Clarine pour leurs reviews.

RAR :

Noumiex3 : alors là, tu m'épates, c'est bien la première fois qu'on me dit que mon Théo est sympathique ! lol Mais je crois voir ce que tu veux dire : c'est un méchant comme on les aime, dérangé, idéaliste, ambitieux… Il a un but, il n'est pas méchant juste pour être méchant ! (Ou juste un peu pour la forme, quoi…^^)

Petitestef : Bravo, tu as bien cerné le personnage ! Le psychopathe va vouloir changer ce qui le touche personnellement ou l'empêche de satisfaire ses besoins personnels. En revanche, il ne va pas hésiter à écarter ceux qui se mettent en travers de son chemin ! Malgré sa cruauté, il n'en reste pas moins un enfant encore, qui aspire à des jours meilleurs, qui veut s'amuser. Il y a aussi tout le paradoxe de l'adolescence. Théodore est un psychopathe naissant, tout comme un adulte naissant, mélanger tout ça avec une bonne dose d'hormones, ça donne à peu près ça. Pas étonnant que ce soient toujours des adolescents qui commettent les plus gros meurtres de masse (tueries dans les lycées notamment). L'adolescence est déjà une période difficile, alors pour un psychopathe, n'imaginons même pas ! Je n'ai pas encore décidé ce qui allait advenir des parents Nott, ce sera une surprise )

Chapitre 14 : Face à face

Après son passage à Gringott's, Théodore avait décidé de prendre une chambre au Chaudron Baveur. La seule idée de devoir retourner chez lui et affronter les visages apeurés de ses parents lui donnait la nausée. Plus tard dans la nuit, il avait reçu un hibou de Pansy Parkinson. La lettre, sans grand intérêt au demeurant, n'était qu'un ramassis de pleurnicheries d'adolescente éconduite. Elle y déblatérait une histoire incompréhensible, selon laquelle Draco l'aurait (encore) envoyée balader et se serait mis à dévorer assez de sucreries pour rendre obèse un hippopotame. Cette nana était décidément une folle furieuse. Allongé dans le lit en bois, écoutant patiemment les Doxys s'ébattre dans les lourds rideaux de velours, Théodore pensa qu'il était temps de revenir au Manoir pour interroger Granger à propos des Horcruxes. Avec un peu de chance, Potter et sa bande en avaient peut-être neutralisé un ou deux.

Sitôt réveillé le lendemain matin, il fit sa toilette, avala rapidement des œufs et du bacon cuisinés par Tom, l'aubergiste, avant de transplaner jusqu'au Manoir Malfoy. Il n'appréhendait pas franchement son retour. Théodore était à peu près certain que personne (du moins personne d'important) ne lui tiendrait rigueur de la façon dont il avait traité Granger lors de sa dernière visite. Draco ne serait pas un problème non plus : il ne pouvait pas risquer de trop défendre Granger en public, de peur de passer pour un traître. Et Blaise devait être dans ses petits souliers depuis qu'il avait été forcé de tuer sa propre sœur et que ses parents avaient été bannis. Le moindre petit incident supplémentaire et Voldemort cesserait de se montrer clément avec lui. Il avait donc tout intérêt à ne pas faire de vagues. Quant aux autres Mangemorts, il doutait que qui que soit ne puisse lui reprocher d'avoir voulu jouer avec une prisonnière. Que celui qui n'a jamais péché me jette la première pierre …, pensa Théodore avec un sourire. De plus, elle se montrera certainement plus bavarde avec moi, à présent.

C'est sur ces pensées très réjouissantes que Théodore pénétra dans le Manoir Malfoy, presque en sautillant. Sa bonne humeur était telle qu'il lui fallut plusieurs longues secondes pour réaliser qu'il était dans de sales draps : en effet, Lucius Malfoy et Bellatrix Lestrange l'attendaient de pied ferme dans le hall d'entrée, les bras croisés et le regard meurtrier. Le jeune homme se figea et regarda tour à tour les deux adultes, incrédule.

« Plaît-il ? », lâcha-t-il d'un ton ironique qui ne plut pas du tout à Lucius.

Le maître de maison s'avança à grands pas vers Théodore et celui-ci comprit alors pourquoi Draco avait toujours été terrorisé par son paternel lorsqu'il était enfant. Au moment où Lucius l'empoignait par le col, Théodore avait perdu tous ses moyens au point d'en oublier qu'il pouvait utiliser la magie pour se défendre.

« Espèce de sale petit con », gronda Lucius en le secouant comme un prunier. « As-tu la moindre idée de ce que tu as fait ? »

Théodore mit quelques secondes supplémentaires à reprendre ses esprits. Il se dégagea alors avec force et repoussa Malfoy en lui jetant un regard noir. « De quel droit posez-vous la main sur moi, Malfoy ? », cracha l'adolescent en lui jetant un regard noir.

Lucius Malfoy ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il n'en revenait pas de l'aplomb avec lequel ce môme osait lui parler. Après la connerie qu'il avait fait deux jours plus tôt. Ne trouvant pas ses mots, il fit alors la seule chose qui lui sembla adéquate en cet instant. Serrant le poing, il l'abattit de toutes ses forces sur la pommette de Théodore qui chancela en sentant l'os craquer légèrement sous l'impact. L'adolescent sentit un fourmillement lui parcourir le bras droit et en baissant les yeux sur sa main, il aurait pu jurer voir des étincelles courir entre ses doigts. Il était en train d'envisager de décharger ce flot d'énergie magique sur le père de Draco lorsque la voix de Bellatrix s'éleva dans le hall. Et ce qu'elle dit lui fit l'effet d'une douche froide.

« Ton joujou a perdu la raison, imbécile. Elle ne nous est plus d'aucune utilité grâce à toi », cracha-t-elle, les mains sur les hanches.

« Quoi ? », marmonna Théodore d'une voix à peine audible. Il baissa à nouveau les yeux sur sa main droite, mais il n'y avait plus d'étincelles, ni de fourmillements d'ailleurs. Il avait dû rêver.

A nouveau, il sentit Lucius Malfoy l'empoigner par le col, mais cette fois ce fut pour l'entraîner à sa suite en direction des cachots. Théodore décida de se laisser embarquer sans résister. Il ne comprenait absolument plus ce qui se passait. Peut-être que c'était finalement écrit, peut-être que sa place était dans une cellule avec les autres traîtres, peut-être que c'était mieux comme ça…

Dans les escaliers, ils croisèrent Blaise qui remontait des cachots. Théodore le vit glisser discrètement une fiole vide dans sa manche. Leurs regards se croisèrent et Théodore lut dans les yeux de Blaise un mélange toxique de haine et de mépris. Lucius s'arrêta un instant et s'adressa au jeune Italien.

« Qu'est-ce que tu fiches ici si tôt le matin, toi ? », aboya Lucius.

Blaise se figea et leva les yeux au ciel. Quand un Malfoy était mal luné, mieux valait se montrer courtois. Il se retourna donc, l'air aussi humble et innocent que possible et lui répondit : « Je suis venu voir Granger, j'ai essayé quelques sortilèges sur elle pour tenter d'extraire des souvenirs utiles de son cerveau dérangé mais… je crains qu'elle ne soit vraiment plus en mesure de nous livrer quoi que ce soit. »

Théodore fronça les sourcils. Il sentait que Blaise mentait, jamais le jeune homme n'aurait pu prononcer une telle phrase sans se lamenter sur le sort de sa petite Granger. Blaise lui adressa un dernier regard méprisant, puis se détourna et partit. Théodore sentit Lucius le secouer de nouveau et maugréer quelque chose qui ressemblait à « Tu vois où tes conneries nous ont menés ? », mais il l'entendit à peine. Apparemment, quelque chose n'allait pas avec Granger. Pourtant il n'avait rien fait de si dramatique, pas vrai ? Des dizaines de femmes s'étaient fait violer avant elle entre ces murs et il ne leur était jamais rien arrivé de … de quoi au juste ? Lucius Malfoy l'entraîna de nouveau à sa suite. Il va m'enfermer ici, pensa Théodore. Il va m'enfermer ici et je vais crever tout seul comme un rat.

Lucius s'arrêta enfin. Quelle ne fut pas la surprise de Théodore en voyant qu'il s'était arrêté devant la cellule de Granger et non devant une autre cellule où il aurait pu l'enfermer. Le jeune homme regarda Malfoy, puis Bellatrix, puis la porte de la cellule d'un air interrogateur. Bellatrix ouvrit et Théodore découvrit Granger, vêtue de haillons, vautrée au milieu de la pièce, un large sourire aux lèvres. Trop large. Un sourire dément. Les bras levés, elle jouait avec deux petits cailloux qu'elle agitait dans les airs, comme un enfant faisant « voler » un avion miniature. Elle ne remarqua même pas que la porte était ouverte et qu'elle n'était plus seule.

Théodore ouvrit la bouche, estomaqué. Il était quasiment sûr que Granger n'était pas dans cet état après qu'il l'ait abandonnée là. D'accord, elle n'était pas en pleine forme non plus, mais certainement pas à ce point. Lucius le poussa à l'intérieur de la cellule, le lâcha et passa à côté de lui pour se diriger vers Granger.

« Tu vois ? », aboya-t-il avec colère, tout en saisissant la tignasse inextricable de la Gryffondor, qui poussa un couinement. « Tu vois ce que tu en as fait ? »

Théodore ouvrit la bouche, puis la referma, la rouvrit, comme un poisson hors de son bocal. Tout cela n'avait aucun sens. C'était une machination. Granger simulait ou alors … il repensa à Blaise et à sa fiole vide dans l'escalier. Se pourrait-il que Blaise et Draco aient rendu Granger dingue à coups de potions magiques ? Théodore ne pouvait imaginer une telle chose. Ses deux amis s'étaient trop attachés à elle, il le sentait. Jamais ils n'auraient pu lui faire une telle chose…

Lucius repoussa violemment la loque humaine qu'était devenue Granger et la jeune fille bascula en arrière, les quatre fers en l'air. Sa tunique crasseuse glissa le long de ses jambes, découvrant ses cuisses. Et notamment l'intérieur de ses cuisses. Indemne.

Encore une chose qui était impossible. Théodore l'avait griffée à cet endroit-là. Il se souvenait avoir dû récurer ses mains en rentrant chez lui, car la chair de son entrejambe s'était immiscée jusque sous ses ongles, créant de petits boudins de peau sanguinolents. Ce n'était pas Granger. Qui que ce soit, cette chose n'était pas Granger, bien que quelqu'un se soit patiemment appliqué à l'y faire ressembler. Tout y était, les contusions au visage, les doigts et les ongles massacrés. Du beau travail, mais les « artistes » avaient omis des détails que seuls Théodore et sa victime pouvaient connaître. Des détails trop intimes. Le jeune homme sentit un poids dans son estomac s'envoler. Ainsi, Granger était toujours saine d'esprit : elle n'était tout simplement plus ici. Tout n'était pas perdu, il suffisait donc de la localiser pour qu'elle lui livre tout ce qu'elle savait sur les Horcruxes. D'autant plus qu'il avait déjà une petite idée de l'identité de l'endroit où trouver ses « sauveurs ». Si Théodore n'avait pas été en présence de Lucius et de Bellatrix, il en aurait dansé de joie. Mais il se retint et choisit d'arborer son expression la plus contrite, digne des plus grands acteurs de soap opera.

« Quel idiot », gémit-il avec une pointe de rage. « Comment j'aurais pu savoir… »

« Voilà ce qui arrive quand des gamins se prennent pour des adultes », cracha Lucius en le poussant de nouveau vers l'extérieur. Bellatrix referma la porte et Théodore se détourna, enfouissant son visage dans ses mains pour cacher son sourire. Granger est vivante, saine d'esprit, quelque part. Et ces idiots ne le savent pas.

« Le Seigneur des Ténèbres n'a pas encore été mis au courant, car nous essayons de trouver un moyen de lui rendre la raison », reprit Lucius avec mépris. « La seule raison pour laquelle nous ne lui avons pas encore livré ta tête sur un plateau est que nous savons qu'il nous tiendra TOUS pour responsables de cet incident. Et il est hors de question qu'on tombe à cause d'un mioche qui n'a pas été capable de garder sa queue dans son pantalon. »

« En attendant, on te conseille de faire profil bas, mon petit oiseau », pépia Bellatrix en le saisissant par l'oreille. Théodore grimaça de douleur et se laissa tirer par le lobe. « Fini les missions pour toi, finis les prisonniers à gérer, tu la fermes et tu fais mumuse dans ton coin, compris ? »

« Et prie pour que nous trouvions un moyen de défaire ce que tu as fait. Cela t'évitera peut-être le peloton d'exécution », gronda Lucius en le congédiant d'un geste méprisant de la main. « Et à nous aussi, par la même occasion », ajouta-t-il tout bas à l'attention de Bellatrix. « Maintenant, dégage, on t'a assez vu. »

Je vous retourne le compliment, M. Malfoy…, pensa amèrement Théodore en remontant les escaliers. Mais il était incapable de se retenir de sourire à présent. Cet imbécile de Lucius Malfoy venait de lui donner une totale liberté pour faire tout ce dont il avait envie, sans risquer d'être dérangé. Il ne perdrait plus de temps en réunions, séances de torture, et pourrait se consacrer tout entier à ses recherches et à la destruction définitive des Horcruxes et de leur Maître. Quelle magnifique journée. Restait à présent à trouver Granger, mais il avait déjà une petite idée. A moins d'un miracle, Draco et Blaise n'avaient pas pu la faire sortir : d'abord elle n'était certainement pas en état et ensuite, la journée d'hier avait dû être un sempiternel va-et-vient d'elfes de maison préparant le gala, puis d'invités et de personnel de service. Trop risqué. Il y avait donc de grandes chances pour que la Gryffondor soit encore dans le Manoir. Soudain, une ampoule sembla s'allumer dans son esprit. Il fouilla dans ses poches, fébrile, tout en remontant vers le hall d'entrée et alors qu'il poussait la porte d'un coup d'épaule, il trouva ce qu'il cherchait : la lettre de Parkinson. Cher Théodore, bla bla bla, encore une affreuse nuit, bla bla bla, Draco ne me désire plus, bla bla bla… Théodore balaya des yeux les pattes de mouche de Pansy à la recherche de la phrase qui avait fait connecter quelques synapses de son cerveau. Il a débarqué dans sa chambre, avec tout un plateau de petits fours sucrés. Oui, tu as bien lu : sucrés ! Et il n'a pas voulu m'en donner ! Il m'a alors insultée et mise dehors et… Les insupportables remarques plaintives continuaient ensuite sur une bonne moitié de parchemin, mais Théodore en avait assez lu. L'aversion de Draco Malfoy pour tout ce qui était sucré était légendaire. Il se passait volontiers de dessert à Poudlard, préférant reprendre deux fois du plat principal ou du fromage. Même ses saveurs préférées des Dragées Surprise de Bertie Crochue étaient épinards, foie et tripes, chou de Bruxelles, curry, citrouille, sardine et saucisse (des préférences qui n'avaient jamais dérangé Théodore et Blaise : les deux garçons se partageaient les bonbons sucrés et laissaient toujours Draco finir ceux qu'ils détestaient). Pour une fois, les élucubrations de Pansy avaient été utiles.

Avec un sourire, Théodore replia la lettre de Parkinson, la fourra dans sa poche et se dirigea vers le premier étage.

~o~

Draco Malfoy ouvrit un œil et grogna lorsqu'un rayon de soleil filtrant à travers les volets vint se planter directement dans sa pupille. Son grognement déclencha un léger bruissement à côté de lui et il leva la tête. Granger était assise de son côté du lit, déjà réveillée et comme toujours, elle était plongée dans un bouquin. En le sentant bouger, elle tourna la tête dans sa direction.

« Désolée, je t'ai réveillé ? », demanda-t-elle doucement.

Draco secoua la tête en signe de dénégation. « Où est Blaise ? », demanda-t-il en remarquant l'absence de son ami.

« C'était son tour de Polynectar, ce matin », dit simplement Hermione en essayant de ne pas s'éterniser sur le sujet. L'idée que la vie et les souvenirs d'une autre personne avaient été anéantis juste pour la sauver, elle, la dérangeait.

Le blond ne répondit pas et passa sa main sur son visage, pour en balayer les restes de sommeil. Il entendit le livre se refermer avec un bruit sourd et le poids d'Hermione se souleva du matelas. « Je vais dans la salle de bains », l'avertit-elle, sans obtenir de réponse. Elle avait vite compris que Malfoy n'était pas vraiment du genre bavard le matin, contrairement à Blaise qui était un véritable moulin à paroles dès la seconde où il s'éveillait. Elle referma la porte de la salle de bains derrière elle et se dirigea vers un sac de voyage posé dans un coin. Il contenait des sous-vêtements, des tee-shirts et des pantalons de jogging, tous féminins, propres et neufs. Narcissa les lui avait déposés la veille, profitant que Lucius sirote un brandy avec le Directeur de Sainte-Mangouste dans son salon privé pour se glisser au premier étage et frapper à la porte de son fils. Hermione avait ressenti une bouffée de reconnaissance envers elle et l'avait remerciée chaleureusement, les larmes aux yeux. Puis la mère de Draco s'était éclipsée aussi furtivement qu'elle était venue, retournant s'occuper de ses invités.

Hermione retira ses vêtements de la veille et frotta doucement du plat de la main l'intérieur de ses cuisses. Une croûte commençait à se former sur la peau fine, à l'endroit où Théodore l'avait griffée et la sensation des vêtements contre la peau la grattait horriblement. Certaines douleurs commençaient à s'estomper mais d'autres prenaient leur place, s'ajoutant à celles qui ne partiraient sans doute jamais. La douche était une autre torture, bien que le picotement de l'eau savonneuse sur la peau à vif ne soit plus aussi violent qu'avant. Hermione avait décidé de traiter progressivement toutes ses blessures. A chaque jour suffit sa peine, lui avait dit un jour sa mère lorsque la grand-mère préférée d'Hermione était décédée. Petit à petit, un jour après l'autre, tu verras que le lendemain sera toujours moins triste que la veille. C'est ainsi que tout être humain survit à la douleur, qu'elle soit dans son cœur ou dans son corps. Hermione avait suivi ce conseil à l'âge de 9 ans et chaque jour, elle avait reconstruit une vie dans laquelle sa chère Granny ne pourrait plus avoir de rôle. Et elle suivrait ce conseil encore une fois, pour recréer un monde dans lequel elle devrait vivre sans sa dignité et son humanité, qu'on lui avait retirées de force.

La Gryffondor frotta de nouveau sa cuisse. Ça serait franchement plus simple, si mon corps ne me répétait pas à chaque seconde : tu as été violée.

Avec un soupir, Hermione grimpa dans la baignoire, se préparant déjà psychologiquement aux brûlures du savon sur ses plaies.

Dans l'autre pièce, Draco était toujours étendu dans son lit, émergeant doucement. Après le départ de Granger pour la salle de bains, il avait longuement observé l'empreinte que son corps frêle avait laissée sur le matelas et sur l'oreiller. Il avait observé le livre, posé en travers de la table de nuit. Moi, le magicien, par Gilderoy Lockhart. Merlin, Granger devait vraiment être à court de choses à lire si elle avait pioché parmi ses vieux manuels de seconde année. Il tendit le bras vers le livre et l'ouvrit sur une page au hasard. Il tomba sur une photo de Lockhart minuscule à côté d'un troll à l'air aussi stupide que placide. Draco sourit et lisant les commentaires et les graffitis peu élogieux que Blaise et lui avaient griffonnés en classe dans la marge. Blaise avait dessiné un énorme pénis hérissé de poils au niveau de l'entrejambe du troll, puis avait ajouté une bulle de bande dessinée au-dessus de son crâne dégarni et sale : « Ce soir, tu vas prendre ! », disait le troll à un Lockhart tout sourire et le pouce levé.

Draco ne put s'empêcher d'éclater de rire en se demandant comment il avait pu oublier cette perle au fond de ses affaires d'école. Puis soudain, il se figea et réalisa que ce n'était sûrement pas le genre de dessins que Granger aurait envie de voir en ce moment. Il regarda où la jeune fille avait glissé son marque page et poussa un soupir de soulagement en constatant qu'elle n'était pas encore arrivée à cette « œuvre d'art ». Il referma donc le livre et se pencha vers le sol pour le pousser en-dessous du sommier, l'envoyant rejoindre une bouteille vide, une chaussette orpheline et une boîte éventrée de Fausses baguettes des frères Weasley.

On frappa à la porte et Draco sauta hors de son lit pour ouvrir, s'attendant à trouver sa mère ou Blaise de l'autre côté. Il ouvrit légèrement le panneau et glissa la tête au-dehors. Les yeux noirs de Théodore croisèrent les siens et il se frappa mentalement en réalisant que sa baguette était posée à 4 mètres de là, sur sa table de nuit.

« Salut ! », fit joyeusement Théodore en posant le plat de sa main sur le front de Draco, avant même que celui-ci ait pu esquisser le moindre geste. Le corps du blond se raidit et en moins de quelques secondes, il était devenu aussi immobile qu'une statue.

Cool, pensa Théodore en regardant la paume de sa main avec satisfaction. Comment se fait-il que Granger ne soit pas déjà devenue le Maître du Monde avec tout ce temps passé à la bibliothèque ?

Une autre petite voix dans sa tête se chargea de lui donner la réponse. Peut-être parce qu'elle n'a jamais poussé le vice jusqu'à aspirer tout le contenu des bouquins ?

Théo passa le bras à l'intérieur de la pièce et repoussa le corps figé de son ami, pour pouvoir entrer. Il referma derrière lui et balaya la pièce du regard. Aucune trace de Granger, mais il entendait l'eau de la douche couler dans la salle de bains. Il avait vu juste : elle était là. L'envie de se repayer une tranche de lionne nue et couverte de mousse savonneuse était très alléchante mais il n'était pas là pour ça. Il s'assit donc dans le sofa et attendit.

~o~

Hermione sortit de la douche, se sécha et s'habilla. Puis, elle fourra les vêtements empruntés à Malfoy dans le panier à linge sale miraculeusement retrouvé et sortit de la salle de bains, trouvant le lit vide. Elle se figea, tourna la tête en direction de la porte d'entrée et vit Malfoy debout, qui lui tournait le dos, la main levée en l'air.

« Malfoy ? », demanda-t-elle en fronçant les sourcils. « Qu'est-ce que tu fais ? »

Une voix dans son dos lui fit faire un bond démesuré et un frisson de terreur lui parcourut l'échine. Cette voix …

« Draco est occupé pour le moment, veuillez réessayer ultérieurement ou prendre rendez-vous », fit Théodore en imitant à la perfection la voix des portes enchantées chargées d'accueillir les visiteurs aux bureaux du Ministère de la Magie.

Hermione fit volte-face. Il était là. Nonchalamment assis sur le sofa où dormait habituellement Blaise, le pied droit posé sur le genou gauche, et il souriait. Il souriait de toutes ses dents, d'un sourire carnassier, satisfait, libidineux… dérangeant.

« Bonjour Granger », susurra-t-il tandis que les yeux de la Gryffondor s'écarquillaient d'horreur. En une fraction de seconde, tout défilait devant ses yeux. La façon dont il l'avait jetée au sol dans sa cellule, dont il avait lacéré ses vêtements, ses ongles creusant la chair de ses cuisses, la douleur insoutenable qu'elle avait ressentie lorsqu'il l'avait prise de force…

Hermione se mit à courir en direction de la table de nuit de Draco, sur laquelle était posée la baguette du Serpentard, mais une force invisible la repoussa violemment en arrière et elle alla s'écraser contre la commode.

« Tut tut tut, Granger, ce n'est pas comme ça qu'on accueille un vieil ami. Je suis persuadé que tes parents t'ont élevée mieux que ça… », ronronna Théodore en se levant pour approcher de la jeune fille, recroquevillée sur le sol. La vision de cette fille terrorisée par sa seule présence le grisait. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il avait réussi à faire plier l'insubmersible Hermione Granger. Un exploit sans précédent.

« Je t'en prie, non… », souffla Hermione, qui se mit à trembler de manière incontrôlable. « Va-t-en… Tu n'es pas là, tu n'es pas là, tu n'es pas là… »

« Allons, allons, Granger, un peu de tenue », la morigéna Théodore en se penchant sur elle. « Je ne suis pas là pour m'amuser avec toi cette fois… à moins que tu n'en aies envie ? » Il tendit le bras pour lui caresser la joue mais elle recula pour se mettre hors de sa portée.

« Qu'est-ce que tu veux ? », dit-elle d'une voix sifflante.

Théodore se redressa et haussa les épaules. « Parler. Rien de plus, je te le promets ! », fit-il avec entrain en levant la main droite en l'air. Hermione fronça les sourcils, décontenancée. A quoi jouait-il ? Elle se rappela alors que Malfoy se tenait juste derrière elle, aussi immobile qu'une statue de sel.

« Qu'est-ce que tu lui as fait ? » Un soupçon de panique était tangible dans sa voix.

« Rien de bien méchant, petite lionne. Il est juste figé. C'est un nouveau tour que j'ai appris. Tu aimes ? Il faut avouer qu'il est bien plus agréable comme ça, non ? » Théodore partit d'un grand éclat de rire et Hermione le regarda s'esclaffer, incrédule. Il était encore plus dingue que lors de leur dernière rencontre.

« De quoi est-ce que tu veux qu'on parle, au juste ? », cracha-t-elle en essayant de reprendre un peu d'aplomb malgré sa terreur.

Théodore cessa de rire et la regarda intensément. « Toujours aussi professionnelle, Granger. On ne perd jamais de temps à discuter inutilement avec toi… »

Il regarda la commode au-dessus d'elle et Hermione vit que le choc de son corps contre le meuble avait fait tomber quelques bibelots. Notamment le cadre contenant la photo de groupe qu'elle avait vue à son arrivée. Théodore ramassa le cadre et le redressa délicatement, s'attardant quelques secondes sur la photographie. Un sourire sincère et doux passa furtivement sur ses lèvres, mais il le remplaça presque aussitôt par son éternel rictus mauvais.

« Qu'est-ce que je disais ? », demanda-t-il en regardant à nouveau Hermione, terrée sur le sol. « Ah oui, jamais de paroles inutiles … » Il hocha la tête et fit un geste de la main en direction du lit de Draco. « Je t'en prie, assieds-toi. Nous serons plus à l'aise pour parler. »

Hermione suivit son regard et décida que le dernier endroit où elle voudrait s'asseoir en compagnie de ce type était bien un lit. Théodore sembla comprendre son cheminement de pensée car il pouffa et désigna cette fois le sofa.

« Tu peux t'asseoir sur le canapé, si tu préfères, je prendrai le lit. » Il joignit le geste à la parole et se laissa tomber avec un petit soupir de satisfaction sur les couvertures. Puis il regarda Hermione, attendant patiemment qu'elle se lève et aille s'asseoir elle aussi. La jeune fille décida d'entrer dans son jeu. La dernière chose qu'elle voulait était de le mettre en colère. Aussi rassembla-t-elle son courage à deux mains et sans quitter Théodore des yeux, traversa lentement la pièce pour s'asseoir sur le sofa.

« Parfait », approuva Théodore avec un sourire. « Maintenant, dis-moi Granger… Outre le Journal de Jedusor, la Bague d'Elvis Gaunt et la Coupe de Pouffsouffle, as-tu connaissance d'autres Horcruxes et sais-tu s'ils ont été détruits comme les trois que je viens de citer ? »

La question prit Hermione de court. En bonne élève, elle ne put s'empêcher de corriger ce qu'elle croyait être une grossière erreur. « La Coupe de Pouffsouffle n'a pas été détruite, c'est le médaillon de-

Elle se tut et plaqua une main sur sa bouche, regrettant aussitôt ses paroles. Le sourire de Théodore s'élargit. Ainsi donc le médaillon de Serpentard, que tous croyaient bien à l'abri dans une grotte perchée sur une falaise, avait été déniché puis détruit. Excellente nouvelle.

« Vous avez trouvé le médaillon ? C'est bien ! », s'enthousiasma Théodore tandis qu'Hermione se maudissait intérieurement. « Si ça peut m'éviter d'aller faire un tour en bord de mer… Je n'ai jamais trop aimé la plage, l'eau salée, le sable qui rentre entre les doigts de pieds, c'est d'un ennui… »

Hermione le regardait comme s'il était fou. « Pourquoi est-ce que tu serais allé chercher le médaillon ? »

« Pour la même raison que vous autres, Granger », expliqua le Serpentard calmement. « Pour le détruire. Comme j'ai détruit la Coupe de Pouffsouffle. Très utile, le Feudeymon contre les Horcruxes. Enfin, je dis ça... mais un petit génie dans ton genre doit déjà le savoir. » Son expression amusée ne cessait de déranger Hermione. Toute cette situation était surréaliste. Cette conversation était surréaliste. Merlin, le monde entier marchait sur la tête.

« Mais … », balbutia Hermione, qui ne comprenait plus rien. « Pourquoi est-ce que tu voudrais détruire les Horcruxes ? »

Théodore poussa un soupir théâtral. « Comprenons-nous bien, Granger. Je ne suis pas de votre côté pour autant. »

Ça, je l'aurai deviné, pensa Hermione avec un frisson.

« Mais le Seigneur des Ténèbres est un boulet que le monde magique traîne à sa patte depuis beaucoup trop longtemps », reprit Théodore en fronçant le nez. « Regarde ce qu'on est devenus. L'économie magique est en berne, le Ministère est dirigé par une poignée de peigne-culs plus occupés à dissimuler notre guerre aux yeux des Moldus qu'à essayer de redresser la situation. Le Maître continue sa petite guéguerre fratricide en totale impunité alors que le véritable ennemi … » Il tendit l'index en direction de la porte. « Le véritable ennemi est dehors ! Il pullule sous notre nez, grapillant toujours plus de notre territoire et anéantissant notre culture et nos traditions. »

Hermione secoua la tête. « Je ne comprends pas … »

« Les Moldus, Granger ! », s'impatienta Théodore. « Ils nous rongent, ils nous sclérosent. Ils nous affaiblissent chaque jour un peu plus, alors que nous pourrions les dominer ! »

Par tous les dieux…, pensa Hermione, horrifiée.

« Vous autres les Sangs-de-Bourbe, vous êtes ce qui peut arriver de mieux à l'engeance moldue. Vous êtes une espèce… d'évolution logique. Mais pour un Sang-de-Bourbe naissent quatre-vingt mille Moldus. Je ne plaisante pas, ce sont les chiffres », fit Théodore en secouant la tête avec mépris.

Hermione le considéra gravement. Voldemort avait une dent contre les hybrides, mais ce type-là parlait d'exterminer ou de réduire à l'esclavage près de la totalité de la population de cette planète. En un sens, même si les nés-Moldus comme Hermione n'étaient pas directement visés (pour une fois !), les projets de Nott étaient bien pires. Mais il n'était qu'un simple adolescent et même s'il parvenait à éliminer Voldemort (grand bien nous en fasse), il devrait faire face à une armée de Mangemorts en colère, ainsi qu'à l'intégralité des membres de l'Ordre du Phoenix. Il n'avait absolument aucune chance ! Enfin, en théorie, pensa Hermione.

« Bref, parlons peu, parlons bien… Que sais-tu des autres Horcruxes ? », demanda-t-il en reprenant son sourire horripilant.

« Pourquoi est-ce que je te dirais quoi que ce soit ? », gronda Hermione en le fusillant du regard.

Théodore posa un doigt sur ses lèvres et les tapota doucement, faisant semblant de penser. « Eh bien, laisse-moi réfléchir… Hmm… Parce que tu es seule avec moi, sans baguette, que Draco n'est … disons, pas en mesure de te prêter main forte. Parce que tu sais ce dont je suis capable et aussi à quel point j'aime ça. »

Hermione frémit en le voyant se lever et s'approcher d'elle. Tétanisée et impuissante, elle ne pouvait quitter son regard noir et insensé des yeux tandis qu'il arrivait à pas de loup près du sofa.

« Et aussi parce que j'ai très envie de rejouer avec toi, Granger… »

Hermione sentit des larmes de terreur emplir ses yeux et frémit lorsqu'il s'agenouilla pour mettre son visage à la hauteur du sien.

« Les Horcruxes, Hermione… », murmura-t-il en enroulant une boucle de ses cheveux bruns autour de son index. « Quels sont-ils ? »

La lèvre inférieure d'Hermione se mit à trembler. Elle avait l'impression que ses poumons allaient exploser tant elle manquait d'air. « Ser-… Serdaigle, le diadème », siffla-t-elle d'une voix à peine audible.

Théodore hocha la tête. Sa réponse confirmait la théorie qu'il avait élaborée au cours de ses recherches.

« Quoi d'autre ? »

Hermione ferma les yeux et une larme s'échappa, roulant sur sa joue. « Le serpent. »

Théodore fronça le nez. « Quel serpent ? »

« Le-le serpent qui l'accompagne… Dumbledore pensait que peut-être… »

Théodore réfléchit. « Nagini ? » L'idée n'était pas stupide. Dans le doute, il n'aurait qu'à tuer le serpent également. « Et ensuite ? »

Harry, pensa Hermione. Mais il était hors de question qu'elle réponde à ça. De plus, ce n'était qu'une théorie soulevée par le Survivant lui-même, ils n'étaient absolument pas sûrs que ce soit vrai.

« C'est tout », mentit-elle dans un souffle.

Théodore lui jeta un regard soupçonneux. « Tu n'oserais pas me mentir, Granger ? »

La jeune fille secoua la tête, tremblante. « Non, non, je le jure, c'est tout. Ça fait six. Six Horcruxes. »

Théodore sauta sur ses pieds, son sourire mauvais retrouvant sa place sur ses lèvres. « Génial ! Merci Granger, tu ne trouves pas qu'on a bien avancé ? On forme une équipe formidable ! »

Sa dernière phrase faillit donner la nausée à Hermione, mais la jeune fille se détendit légèrement en le voyant s'éloigner. « Et maintenant ? », demanda-t-elle tandis qu'il se dirigeait vers la porte.

« Maintenant, je vais te laisser… », fit-il joyeusement. « J'ai beaucoup de travail qui m'attend. »

Il passa devant Draco, toujours immobile, ouvrit la porte et allait sortir lorsque la voix d'Hermione le fit s'arrêter.

« Et… et Malfoy ? »

Théodore se retourna vers la statue qu'était devenue son ex-meilleur ami et gloussa. « Ah oui, j'oubliais ! » Puis il regarda Hermione et lui fit un clin d'œil. « Tu es sûre que tu ne veux pas qu'il reste comme ça ? Regarde comme il est sage et adorable ! », ajouta-t-il en faisant tourner Malfoy et en lui écrasant les joues entre ses doigts.

Hermione aurait certainement pu trouver cela comique si elle n'était pas aussi terrorisée. Elle secoua la tête. « Non, je veux qu'il redevienne comme avant », le pria-t-elle.

Théodore haussa les épaules. « Comme tu voudras ! » Il plaqua la paume de sa main sur le front de Draco et disparut. Il arrivait dans le hall d'entrée lorsque le blond reprit entièrement le contrôle de son corps. Celui-ci cligna des yeux plusieurs fois. La dernière chose dont il se souvenait était qu'il avait ouvert la porte à Nott. Mais il tournait à présent le dos à la porte et Granger était même sortie de la salle de bains. Elle était assise sur le sofa, vêtue de vêtements propres, et avait une mine atroce.

« C'est quoi ce bordel ? », demanda-t-il à Hermione en écartant les bras, comprenant qu'il venait de manquer quelque chose d'essentiel.

La jeune fille ne répondit pas, soupira et enfouit sa tête dans ses mains.

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Et voilà, c'est fini pour aujourd'hui ! J'ai vraiment ADORÉ écrire ce chapitre, je me suis beaucoup amusée avec la confrontation Hermione/Nott, et vous ? N'hésitez pas à commenter, j'ai hâte d'avoir votre avis !

Gros bisous et à lundi prochain !

Xérès