The Rise and Fall

Les blas-blas de Xérès : Enfin ! Enfin, me direz-vous : voilà du Dramione. Et pas qu'un peu. Sept pages Word entières pour être précis. Sept pages dédiées uniquement à nos deux tourtereaux. Sept pages où j'ai beaucoup gloussé, soupiré, couiné. Et tout écrit d'une traite tellement j'étais inspirée ! J'espère donc que l'attente aura valu la peine ! J'ai hâte d'avoir votre avis sur cette nouvelle évolution (majeure) dans la relation Draco/Hermione ! Bonne lecture !

Merci à tous mes nouveaux followers (ophdess, ootoo), ainsi qu'à LOUPP, sarahblue01, Elena Grape, laloudu77, ellexa, Little-Library, BlancheDamnation, Babar, TatieBella, Loufoca-Granger, Ayden Quileute, faerycyn, PetitMilou, Serdra, romeo'stomboy, lune-bleue22, Passion Fugace, xxPBadCriticxx, chapou69, Lucky-my pour leurs reviews.

Ellexa : Draco et Hermione ont besoin de temps ^^ après tout, Hermione a vécu des choses dures et doit se remettre. Mais ça viendra ! Je suis du même avis que toi concernant Blaise et Harry : ils ont des caractères similaires ! Merci de m'avoir lue !

Babar : OMG, tu commences à appeler Voldemort Voldychou, ça y est, tu as officiellement lu trop de Fanfictions … XD

xxPBadCriticxx : merci beaucoup pour tous ces compliments ! ça me touche énormément ! J'espère que la suite continuera de te plaire !

Lucky-my : merci beaucoup pour ton soutien, je suis contente de voir que tous mes écrits t'ont plu ! Ça m'a fait bizarre d'imaginer qu'on parlait de moi ailleurs que sur FFnet (même si ce n'était que dans des commentaires, j'étais très heureuse !) Merci encore pour ta review !

Chapitre 22 : A Midspring Night's Dilemma

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis la fuite du Manoir. Les journées se passaient relativement dans le calme, chacun essayant de s'adapter plus ou moins bien à ce nouvel environnement. Hermione se sentait chaque jour un peu mieux. Harry et elles avaient repris leurs longues conversations au coin du feu, Arthur et Kingsley (lors de ses visites régulières) lui donnaient volontiers des informations sur les actualités du monde sorcier (informations généralement déformées ou carrément omises par la Gazette), tandis que Draco et Ron se livraient à une véritable guérilla pour lui plaire. Une escalade de la douceur qui frisait parfois le ridicule. Elle ne s'en plaignait pas vraiment, appréciant chaque jour un peu plus de trouver par exemple son petit-déjeuner (gargantuesque) agrémenté d'une fleur des champs dans un verre. Qu'on lui tire sa chaise à table afin qu'elle y prenne place. Ou qu'on lui remplisse son verre avant même d'avoir pu penser qu'elle avait soif. Elle ne s'agaçait même plus de devoir répondre « je vais bien » une trentaine de fois par jour.

Mais la nuit venue, une fois dans le silence et l'obscurité, la jeune fille peinait systématiquement à trouver le sommeil. Bien que les cauchemars devenaient progressivement moins violents, plus flous, ses nuits restaient agitées et s'endormir, malgré la présence réconfortante de Ron et Harry à quelques mètres, relevait de l'exploit. Dans ces moments-là, Hermione ne pouvait s'empêcher de se sentir faible. Faible de ne pouvoir fermer les yeux et surmonter sa peur. Faible d'être à la merci de ses cauchemars. Faible de devoir systématiquement rejoindre Malfoy et Blaise dans leur chambre pour se blottir entre les bras du premier tandis que le second lui faisait la conversation de sa voix douce et rassurante. Faible de préférer cette solution au lieu de se confier au garçon avec qui elle avait autrefois envisagé un avenir : Ronald.

Chaque soir, elle se promettait de ne pas bouger. De ne plus se lever et traverser pieds-nus la moitié de la maison pour se glisser sous la couette douillette de Malfoy. De briser ce cercle vicieux, cette habitude de soulager sa peine en compagnie des serpents et non des lions. Fermer les yeux et affronter la nuit en adulte.
Les premières nuits, elle avait cru pouvoir tenir bon. Elle s'endormait dans son lit, mais Théodore forçait la porte de son subconscient et les rêves anéantissaient jusqu'à la dernière de ses bonnes résolutions. Et elle finissait toujours par se lever sur la pointe des pieds pour rejoindre l'étreinte réconfortante de Malfoy. Les nuits suivantes, elle ne prenait même plus la peine de s'endormir. Fatiguée de tourner en tous sens sous ses couvertures, elle filait directement rejoindre le Serpentard.

Cette nuit-là ne dérogeait pas à la règle et Hermione se répétait ses promesses comme un mantra, frottant parfois de sa main la peau rougie à l'intérieur de sa cuisse. Les derniers vestiges de la griffure de Théodore avaient définitivement disparu deux jours plus tôt. Mais à chaque fois qu'Hermione se retrouvait seule avec ses pensées, ses doigts fébriles venaient nerveusement frotter la chair cicatrisée et l'endroit la démangeait soudain aussi atrocement qu'au premier jour.

Pour la centième fois, elle se retourna sur son oreiller, étouffant un juron agacé pour ne pas risquer d'éveiller Harry et Ron. Elle jeta un coup d'œil à sa montre et vit les aiguilles indiquer deux heures vingt du matin. Elle poussa un soupir et rabattit les couvertures avant de se lever sans un bruit.

Je suis faible, pensa-t-elle en refermant la porte de sa chambre et en avançant dans le couloir. Lorsque sa main se posa sur la poignée de la porte de Malfoy et Blaise, elle se figea. Hermione, sérieusement, se morigéna-t-elle en se mordant la lèvre inférieure. A quoi ça rime, tout ça ? Allez, donne-moi une seule bonne raison de continuer à venir ici chaque nuit. Sinon, tu files te recoucher et tu guéris toute seule comme une grande, bordel de merde ! Hermione leva les yeux au ciel, déjà prête à gronder la partie de son subconscient qui venait de jurer aussi vulgairement. C'est alors qu'une autre petite voix lui répondit : Tu veux une bonne raison ? En voilà une : parce que tu aimes ça.

Hermione fronça les sourcils en réalisant ce qu'elle venait de penser. Etait-ce vraiment par faiblesse qu'elle venait ici chaque nuit ? Non, répondit son for intérieur. Ça c'est ce que dit la petite voix de l'ancienne-Hermione-qui-pensait-finir-ses-jours-dans-les-bras-de-Ronald-Weasley. Mais à présent, que pense-t-elle la nouvelle-Hermione-qui-se-cherche-des-excuses-pour-rejoindre-Draco-Malfoy-dans-son-lit-chaque-soir, hmm ?

La Gryffondor poussa un soupir déchirant et se pinça l'arête du nez entre les doigts.

« Un problème, ma chérie ? », fit une voix dans son dos. Hermione fit un bond démesuré et sentit son cœur sauter littéralement hors de sa poitrine. Elle se retourna en un quart de seconde, se retrouvant face à … Narcissa Malfoy, au milieu des escaliers et une tasse de thé fumante à la main. Hermione expira tout l'air qui se trouvait dans ses poumons en la reconnaissant et plaqua une main sur sa poitrine. « Je t'ai fait peur ? J'en suis navrée ! », chuchota Mrs Malfoy en grimpant la dernière volée de marches jusqu'au palier.

« N-non, ça va … », marmonna Hermione, tandis que ses genoux continuaient de trembler. « J'étais juste … plongée dans mes pensées. »

« En proie à un énorme dilemme, manifestement », fit Narcissa avec légèreté, comme si elle avait lu dans l'esprit d'Hermione. Celle-ci remercia le Ciel qu'il fasse nuit et que Narcissa ne la voie pas prendre une magnifique couleur pivoine.

« Et vous, qu'est-ce que vous faites ? », demanda précipitamment Hermione pour changer de sujet. Question stupide, étant donné que Narcissa tenait sa réponse à la main. Mais Mrs Malfoy ne lui en tint pas rigueur.

« Oh eh bien, je n'arrivais pas à dormir… et puis j'ai eu envie d'un thé », dit-elle avec un sourire étrange. « La plupart des gens disent que le thé est un excitant et qu'on ne devrait pas en boire trop tard le soir, mais parfois j'aime bien faire le contraire de ce que disent les gens ! » Narcissa lança alors un regard appuyé en direction d'Hermione, puis de la porte de la chambre où se trouvait son fils, et son sourire s'agrandit. « Et certains soirs, je me dis ''au diable, les gens !'' Si j'ai envie d'un thé en plein milieu de la nuit, je pousse la porte et je prends un thé. Même si ce thé n'est pas en accord avec l'opinion générale… »

Hermione fronça les sourcils, complètement abasourdie par ce qu'elle venait d'entendre. « On parle toujours de thé… ? »

Narcissa laissa échapper un petit rire à peine audible et passa devant Hermione pour se diriger vers la chambre qu'elle partageait avec Lucius, au fond du couloir. « Peu importe, je n'ai jamais été très douée avec les métaphores culinaires… », lui souffla Narcissa avant d'ouvrir la porte de sa chambre. Hermione la suivit des yeux, raide comme un piquet. Mrs Malfoy s'engouffra dans sa chambre, puis juste avant de refermer la porte, passa la tête par l'interstice et adressa un large sourire à la Gryffondor, tout en levant sa tasse comme pour porter un toast. Puis sans un mot de plus, elle referma la porte et disparut.

Hermione, les yeux ronds comme des soucoupes, se tourna de nouveau en direction de la porte de la chambre des Serpentards. Elle ne viendrait tout de même pas de suggérer que je… ? Hermione se sentit rougir de plus belle. Les images de Draco l'embrassant dans sa chambre du Manoir revinrent la hanter. Ce jour-là, elle l'avait giflé et s'était mise en colère. Hermione avait appris à regretter son geste par la suite. D'abord parce qu'on ne résout rien par la violence (avait dit la petite voix de l'ancienne Hermione) et avec le recul parce que ce baiser, aussi bref soit-il, avait été incroyablement doux (venant d'un type qui était censé la détester). Et aussi parce que depuis ce jour, le comportement de Malfoy envers elle avait été exemplaire. Mieux : il avait été un véritable roc auquel elle avait pu se raccrocher à tout instant. Pourtant, lorsque Rogue était venu leur annoncer leur fuite imminente, Hermione s'était jurée de revenir vers ses vrais amis, de guérir auprès d'eux. Mais au lieu de cela, elle avait continué de passer ses nuits blottie contre son ancien ennemi, ignorant (in)volontairement les grognements de Ron à chaque fois qu'elle quittait leur chambre. Peut-être n'avait-elle pas vraiment envie de guérir avec Ronald, finalement…

Alors, Hermione, envie d'une tasse de « thé » même si le reste du monde te hurle que ce n'est pas une bonne idée ?, ironisa-t-elle en posant de nouveau la main sur la poignée. Elle sentit l'autre part d'elle-même, l'ancienne-Hermione, s'ébrouer quelque part dans un recoin de son cerveau. Mais elle ne lui laissa pas le temps de protester. Oh et puis zut

Avec un cliquètement sonore, la porte s'ouvrit et Hermione se glissa à l'intérieur. Sur sa droite, elle entendit les légers ronflements de Blaise, indiquant que l'Italien dormait. Mais en face d'elle, l'autre occupant de la pièce ne s'était pas assoupi. Assis bien droit dans son lit, un livre posé sur les genoux et sa baguette éclairée d'un Lumos à la main, Malfoy lisait. Lorsqu'elle entra, il leva la tête et Hermione comprit à sa mine soudain rassurée qu'il l'attendait. Sûrement avec impatience et depuis plusieurs heures. Elle le regarda fermer son livre, le poser sur la table de nuit et rabattre les couvertures sur un côté, l'invitant à s'y glisser. Comme elle s'était arrêtée au milieu de la pièce et ne bougeait plus, Malfoy dirigea sa baguette vers elle pour l'éclairer.

« Bon, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ? », marmonna-t-il d'une voix bourrue tandis que le sourire d'Hermione s'agrandissait.

Sans un mot, mais les joues douloureuses tant son sourire était large, idiot et incontrôlable, Hermione s'approcha et se faufila sous les couvertures chaudes, prenant sa place habituelle contre le torse du Serpentard. Celui-ci rangea sa baguette et ce fut à nouveau le noir total.

« Encore un cauchemar ? », demanda Draco d'une voix sombre, tout en posant sa tête sur l'oreiller.

Devant lui, il vit l'arrière du crâne d'Hermione s'agiter de gauche à droite. « Non », dit-elle simplement, avant de rassembler ses cheveux sur l'une de ses épaules et de reposer la tête sur l'oreiller.

« Non ? », répéta Draco sans comprendre. « Qu'est-ce que tu fais là, alors ? »

Hermione cessa illico de sourire et leva les yeux au ciel. « Si je te dérange, je peux repartir… », maugréa-t-elle. Mais le jeune homme passa aussitôt un bras autour de son ventre, comme pour l'empêcher de fuir.

« Non, non », répondit-il précipitamment, alors qu'Hermione réprimait un rire narquois. « C'est juste que … je pensais que tu venais uniquement après un cauchemar. »

Moi aussi, je le croyais…, pensa Hermione en appréciant la chaleur du bras de Malfoy sur son ventre. Le silence retomba entre eux et Hermione ferma les yeux, déjà apaisée par la seule présence du Serpentard dans son dos. Mais le blond ne semblait pas vouloir en rester là.

« Dans ce cas, pourquoi tu es là ? », demanda-t-il doucement.

Hermione rouvrit les yeux aussi sec. Une multitude de réponses possibles se bousculèrent à la porte de ses lèvres : parce qu'il n'y a qu'auprès de toi que j'arrive à bien dormir. Parce qu'aujourd'hui, je parle plus librement avec toi qu'avec mes deux meilleurs amis. Parce que tu es l'une des rares personnes à être au courant de ce que j'ai vécu. Parce que j'ai rencontré ta mère dans le couloir et qu'elle m'a servi une espèce de métaphore insensée pour me pousser à ouvrir cette fichue porte et te rejoindre… Décidant qu'aucune de ces réponses n'était envisageable, Hermione soupira et se contenta d'un « Je ne sais pas » hésitant.

« Félicitations, Granger », railla le blond à mi-voix. « C'est le genre de réponses qu'on n'entend pas souvent venant de toi… »

« La ferme », marmonna-t-elle en se renfrognant.

Le bras de Malfoy qui entourait sa taille se déplaça légèrement et elle sentit alors ses doigts caresser doucement sa main, d'un geste lent, presque mécanique. Hermione se demanda même s'il le faisait consciemment, comme quand on fait tourner sa cuillère dans son café avant de le boire. Par habitude. Parce que c'est un réflexe quand on a une cuillère dans la main. De peur qu'il n'arrête si elle faisait le moindre geste, Hermione se figea et le laissa continuer.

« Malfoy ? »

« Hmm… »

Hermione se pinça les lèvres. Elle s'apprêtait à le remercier mais aucune tournure de phrase ne lui paraissait assez satisfaisante. Elle se mit donc à réfléchir intensément, oubliant complètement qu'elle venait d'interpeller le Serpentard.

« Granger, je t'ai déjà dit vingt fois de ne pas m'appeler si tu n'as rien à me dire … », grommela le blond en soupirant.

Hermione sursauta, se rappelant enfin qu'il fallait qu'elle finisse sa phrase. « Hein ? Euh non, enfin si ! J'ai quelque chose à te dire… »

Draco roula des yeux. « Alors vas-y… »

« Oui mais … »

« Vas-y, je te dis ! », s'énerva-t-il tandis qu'Hermione sifflait un « chhh » sonore tout en désignant du doigt le coin où dormait Blaise.

Hermione poussa un soupir exaspéré et remit son bras sous les couvertures, tandis que le blond resserrait légèrement sa prise autour d'elle.

« Je ne t'ai jamais vraiment remercié … », commença-t-elle, hésitante. « Enfin, tu sais … pour tout. »

Dans l'obscurité, Malfoy fronça les sourcils. « Euh en fait, si. »

« Quoi ? », fit Hermione surprise.

« Bah, je suis quasiment certain que le jour où on est arrivés ici, à un moment, tu m'as dit merci », répondit-il avec un sourire moqueur.

« Quand ? », demanda la Gryffondor tandis que l'autre soupirait profondément.

« Mais j'en sais rien, dans la journée ! » Merlin, ce que cette fille pouvait l'agacer parfois. Toujours à poser des questions inutiles.

« Sur la falaise ? », reprit la brunette, qui n'en démordait pas.

« Probablement, qu'est-ce que j'en sais… », marmonna le blond. « Ma réponse te suffit ou bien tu comptes encore grapiller quelques heures sur mon précieux sommeil réparateur ? »

Hermione laissa échapper un léger rire et secoua la tête. « C'était juste un petit merci, comme ça… en fait, je tenais surtout à te dire combien j'étais heureuse d'avoir rencontré le vrai toi. Et non le petit con arrogant qu'on a tous appris à détester à Poudlard. »

Le Serpentard se renfrogna. « Tu veux dire, le moi alcoolique, dépressif, qui ne bouge pas le petit doigt alors que des horreurs se passent à quelques mètres de lui ? Content qu'il te plaise, Granger, parce que moi pas. »

Hermione sourit doucement dans l'obscurité. « Bien sûr qu'il me plaît », souffla-t-elle. « C'est lui qui m'a sauvée, non ? »

Draco ouvrit la bouche pour répliquer qu'il n'avait pas fait ça tout seul, mais se ravisa. L'idée que Granger le considère comme son seul et unique sauveur ne le dérangeait pas outre mesure. Comme il ne répondait pas, Hermione reprit. « Enfin bref, tu mérites beaucoup plus qu'un simple merci. Je n'oublierai jamais ce que tu as fait pour moi, Malfoy. »

Serré contre elle, son bras autour de sa taille, Draco eut à cet instant toutes les peines du monde pour se retenir de l'embrasser. Mais il avait retenu la leçon de la semaine précédente et ne tenait pas à se reprendre une gifle. Et maintenant que Weasley était de retour dans son champ de vision, Granger ne devait certainement plus tenir à ce que d'autres lèvres se posent sur les siennes. Il se contenta donc d'un laconique « De rien », qui serra légèrement le cœur d'Hermione.

Nouveau silence. Les doigts de Malfoy n'avaient pas cessé leur mouvement sur sa peau pendant tout le temps de leur conversation et Hermione se sentit rosir légèrement.

« Granger… »

« Oui ? »

Elle retint son souffle, attendant qu'il parle à nouveau. Et soudain, le contact de ses doigts disparut, ainsi que son bras autour de sa taille.

« Rien, laisse tomber. Bonne nuit, Granger. »

Le pincement au cœur qu'elle avait ressenti un peu plus tôt ne fut rien en comparaison de la déception qui la poignarda littéralement après ces quelques mots. Elle eut soudain le sentiment d'avoir laissé passer quelque chose. Quelque chose d'énorme. Elle ne connaissait que trop bien ce sentiment, pour l'avoir déjà éprouvé à plusieurs reprises : lorsque Ron ne l'avait pas invitée au bal de Noël en quatrième année. Lorsqu'elle l'avait vu embrasser Lavande après le match de Quidditch en sixième année. Lorsqu'il les avait abandonnés, elle et Harry, en pleine chasse aux Horcruxes, pour disparaître plusieurs semaines durant. A présent, l'objet de cette déception n'était plus Ronald mais un autre garçon. Est-ce que cela faisait une différence ? Non. Est-ce qu'elle supporterait encore ce genre d'émotions sans broncher ? Certainement pas, pas dans l'état actuel des choses. Devait-elle rattraper le coup avant qu'il ne soit trop tard ? Définitivement.

D'un coup de hanche, Hermione se retourna sur le matelas pour faire face à Malfoy. Elle distinguait dans l'obscurité son visage fermé, le visage des mauvais jours. Hermione n'était pas une grande fan de ce visage-là, préférant de loin le sourire narquois, qui indiquait au moins que le blond était de bonne humeur, même s'il s'appliquait à vanner la terre entière. Comme il ne la regardait pas, elle leva une main vers son visage et repoussa une mèche de cheveux blonds qui tombait sur son nez. Il sursauta légèrement et leva un regard incrédule dans sa direction. Hermione lui sourit et sa main s'attarda sur la mèche de cheveux, la tempe, la joue, effleurant doucement la peau. Puis, mue par une impulsion subite, elle fit franchir à son visage les quelques centimètres qui le séparaient d'elle, posant ses lèvres sur celles du Serpentard. Elle sentit le jeune homme se figer sous le coup de la surprise et bien qu'elle ait les yeux fermés, Hermione n'eut aucun mal à imaginer Draco la regarder en train de l'embrasser avec des yeux ronds comme des soucoupes. Pendant plusieurs longues secondes, le Serpentard resta tout à fait immobile, à tel point qu'Hermione pensa un instant qu'elle s'était trompée, qu'elle s'était imaginé un monde dans lequel Draco Malfoy s'était mis en tête de la sauver des griffes des Mangemorts. Dans une seconde, elle allait se réveiller et réaliser qu'elle embrassait devant tout Poudlard le petit con prétentieux qu'elle avait toujours connu et haï. Il allait la repousser, la traiter de Sang-de-Bourbe et se moquer d'elle. Il allait …

C'est alors que l'une des mains de Malfoy se mit en mouvement et se glissa dans ses cheveux bruns. Doucement, il l'attira un peu plus contre lui et Hermione, soulagée de le sentir réagir enfin, ne se fit pas prier. Les lèvres de Malfoy glissèrent doucement sur les siennes et, avec un frisson désagréable, une autre image s'imposa alors à l'esprit d'Hermione. Celle du dernier garçon à l'avoir embrassée aussi longtemps. Mais la bouche avide, dure et violente de Théodore n'avait rien de comparable. L'espace d'un instant, Hermione paniqua à l'idée de voir Théodore briser ce premier moment agréable qu'elle tentait de construire avec Malfoy. Mais son désarroi fut de courte durée. Ce baiser, cette étreinte étaient différents de tout ce qu'avait pu lui faire Nott cette nuit-là. Nott avait pris ce qu'il voulait prendre, n'écoutant que sa propre pulsion. Malfoy, quant à lui, la laissait maîtresse de ses mouvements. Il ne cherchait pas à prendre, seulement à donner. Il ne cherchait pas à dompter ses lèvres ou son corps, mais les accueillait, remerciant simplement la Providence d'avoir eu la bonté de mettre l'un ou l'autre sur son chemin.

Hermione fronça les sourcils et se serra un peu plus fort contre le Serpentard, tandis qu'une larme roulait sur sa joue. Leur baiser remuait beaucoup trop de choses à l'intérieur de son être. De la crainte d'être incapable de continuer face au souvenir omniprésent de Théodore ravageant son corps et son âme, à la joie de vivre enfin un instant de pur bonheur (le premier depuis longtemps), en passant par le deuil de son amour pour Ron à jamais enterré avec son innocence dans une cellule sordide et obscure. Hermione se demanda vaguement comment elle réussissait à ne pas imploser sous cette déferlante d'émotions contradictoires. Elle n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps à la question. Elle sentit les lèvres de Malfoy s'écarter des siennes et dut se faire violence pour rouvrir les yeux.

Pourtant, elle y parvint. A quelques centimètres de son nez, si près qu'elle dut se concentrer pour ne pas loucher, Malfoy la regardait d'un air étrange. Et à voir sa tête, Hermione sut que lui aussi se noyait sous un déluge de paradoxes. Stupéfaction, joie, colère, désir, peur passaient tour à tour dans les iris gris du Serpentard et Hermione commença à regretter d'avoir agi sous le coup de l'impulsion. Après tout, la dernière fois qu'il avait tenté de l'embrasser, elle l'avait giflé de toutes ses forces. Il était absolument impossible qu'il ne s'en souvienne pas…
Ils restèrent un instant immobiles, à chercher dans le regard de l'autre la confirmation que ce qu'ils venaient de faire n'était pas une grossière erreur. Malfoy fut le premier à briser le silence.

« Mais … et Weasley ? », balbutia-t-il en lui jetant un regard d'incompréhension.

Hermione écarquilla les yeux et ceux-ci devinrent tellement ronds que Draco eut soudain l'impression de faire face à un lémurien en colère. Il recula un peu et lui jeta un regard étrange.

« Je viens de t'embrasser et toi, tu me parles de Ron ? », s'offusqua Hermione en tentant de ne pas trop hausser le ton. Après tout, Blaise était quand même de l'autre côté de la pièce.

« Oui … enfin, non… c'est juste que… enfin, tu vois… », marmonna Malfoy en se maudissant intérieurement.

« Non, je ne vois pas », grommela Hermione en roulant sur le dos.

Malfoy leva les yeux ciel, cherchant ses mots. « Je croyais que tu voulais être avec Weasley, c'est tout », reprit-il en lui jetant un regard contrit. « Je croyais que je ne te servais qu'à oublier tes cauchemars en attendant que tout redevienne comme avant et reprendre ta vie là où tu l'avais laissée. » Draco se retint d'ajouter « avec Weasmoche ». Cela lui semblait suffisamment évident.

L'expression d'Hermione s'adoucit et elle tourna la tête dans sa direction, souriant légèrement. « Plus rien ne sera jamais comme avant… », dit-elle tandis que l'expression de Draco s'assombrissait. « Mais ce n'est pas grave ! J'ai changé, tu as changé, on a tous changé. Et je suppose que la nouvelle Hermione, post-emprisonnement et post-tortures… », elle sourit en voyant Draco grimacer, « se sent simplement mieux avec toi. »

« Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment une bonne chose », marmonna le blond en baissant les yeux. « C'est justement peut-être ce traumatisme qui fausse ton jugement… »

Hermione poussa un soupir. « Ou alors ce traumatisme, comme tu dis, m'a fait mûrir d'un coup. Et que te choisir toi devient une décision d'adulte, alors que choisir Ron serait plutôt une décision d'adolescente timide… », répondit Hermione avant de se figer. Elle avait prononcé cette phrase sans y avoir jamais réfléchi avant. Mais maintenant qu'elle l'avait formulée à voix haute, elle avait l'impression que c'était presque une évidence.

Draco esquissa un sourire coin. « Vu comme ça, j'aime assez... », plaisanta-t-il.

Hermione se reprit et lui adressa un sourire rayonnant tout en hochant la tête. « Alors, c'est parti : lancement de la mise à jour Hermione Granger 2.0. »

Malfoy posa son coude sur l'oreiller et appuya sa tête contre sa main. « Tu réalises que je n'ai absolument rien compris à ce que tu viens de dire… », marmonna-t-il avec une expression agacée.

Hermione rit doucement mais se figea soudain en entendant Blaise remuer. L'Italien repoussa tranquillement ses couvertures, sortit de son lit et se dirigea d'un pas lent vers le bureau, où trônait un pichet d'eau. Sous les regards figés d'Hermione et de Draco, il se servit un verre et l'avala d'un trait. Puis il se tourna vers le lit de Malfoy.

« Salut Hermione », dit-il simplement avec un sourire qui en disait long.

« Salut Blaise », répondit Hermione, en se redressant sur ses coudes, légèrement gênée. Depuis quand était-il réveillé ?

Zabini repartit tranquillement jusqu'à son lit, se recoucha et poussa un long, très long soupir. Draco et Hermione échangèrent un regard perplexe, puis Hermione haussa les épaules en silence. Elle s'apprêtait à se rallonger lorsque la voix de Blaise rompit à nouveau le silence.

« C'est ton père qui va être content… », gloussa le jeune homme tandis qu'Hermione éclatait d'un rire nerveux.

Draco saisit l'un de ses oreillers et le jeta en direction de Blaise, qui protesta en riant. « Laisse mon père là où il est et mêle toi de ce qui te regarde », gronda le blond tandis que l'oreiller lui revenait en pleine figure.

« Je vais lui envoyer un faire-part », railla Hermione, tandis que Blaise redoublait d'éclats de rire.

« Oh oui », s'esclaffa le jeune homme tandis que Draco poussait un soupir d'exaspération. « Avec des petits cupidons et des cigognes. Ce sera du plus bel effet. »

Hermione et Blaise se mirent à rire à gorges déployées.

« C'est ça, marrez-vous… », grogna Draco en se laissant retomber sur le dos.

« Désolée », gloussa la Gryffondor en cachant son sourire dans son oreiller.

« Et toi, pas un mot à qui que ce soit », reprit le blond en s'adressant cette fois à Blaise. « La situation est déjà assez compliquée comme ça. »

« Ça va, on rigole… », protesta Zabini, tandis que le rire d'Hermione résonnait à nouveau dans la pièce, bien qu'atténué par l'oreiller en plumes.

~o~

A quelques mètres de là, dans une chambre voisine, Ron s'éveilla et se retourna en direction du lit d'Hermione. Il savait déjà ce qu'il y trouverait. Ou plutôt ce qu'il n'y trouverait pas. Les couvertures rabattues confirmèrent ses craintes. Hermione avait encore disparu. Il poussa un soupir rageur et fixa le plafond en silence.

« Ron… », fit la voix de Harry dans un coin de la pièce.

Mais Ron l'ignora.

« Ron, arrête ton cinéma, je sais que tu ne dors pas… », reprit Harry avec une pointe d'exaspération.

Ron grommela quelque chose d'inintelligible et Harry leva les yeux au ciel tout en s'asseyant dans son lit. « Désolé, je ne comprends rien quand tu marmonnes dans ta barbe… », ironisa le Survivant tandis que son meilleur ami poussait un nouveau soupir.

« Je disais : elle est encore sortie… », grogna le roux.

Harry pinça les lèvres et tortilla nerveusement un pan de son drap autour de ses doigts. « J'ai vu », dit-il simplement.

Ron émit un ricanement sans chaleur. « C'est tout ce que tu trouves à dire ? C'est tout ce que ça te fait ? », cracha-t-il en se redressant à son tour pour regarder en direction de son ami, bien que tout ce qu'il put voir dans l'obscurité étaient les contours grossiers de sa silhouette et de son lit à barreaux. « De savoir qu'elle se tire toutes les nuits pour aller faire Merlin sait quoi avec ce type ? »

Harry se retint de lui répondre vertement et se força à se calmer.
Ron, tu ne sais pas tout… Cela aurait été si simple de tout lui dire. Harry était persuadé qu'Hermione n'avait pas fait le bon choix en cachant la vérité à Ron. Lui parler de ce qu'elle avait subi au Manoir, et notamment de son viol, aurait certainement permis de crever cet abcès qui ne cessait d'enfler entre eux depuis son retour. Cet abcès qui la poussait lentement mais sûrement vers Malfoy au lieu de la ramener entre les bras de celui avec lequel elle avait toujours voulu être. Du moins jusqu'à récemment.

L'espace d'un instant, Harry fut tenté de tout lui déballer. Mais il connaissait Ron : une telle nouvelle le ferait sortir littéralement de ses gonds. Hermione saurait alors qu'il avait trahi sa confiance et leur amitié en souffrirait. Et cela, Harry ne voulait pas le risquer. Pas maintenant, alors que le lien qui les unissait tous les trois était plus ténu et fragile qu'un fil de soie.

« Malfoy a changé… », dit simplement Harry en se traitant mentalement de lâche.

Ron laissa échapper un sifflement méprisant. « C'est ça. N'empêche que je n'ai pas oublié toutes les horreurs qu'il lui a jetées à la figure à Poudlard, sans compter celles que lui et ses potes ont dû lui faire subir au Manoir », gronda Ron en mordant nerveusement un de ses ongles. « Tu es peut-être prêt à passer l'éponge là-dessus, mais pas moi. »

« Je ne passe pas l'éponge, Ron », se défendit Harry. « Mais contrairement à toi, je ne cherche pas non plus à nier l'évidence. »

« Quelle évidence ? », s'énerva le rouquin.

« Hermione a manifestement vécu des choses qu'elle ne désire pas partager avec nous », reprit Harry posément. Et plus particulièrement avec toi, ajouta-t-il intérieurement. « Mais comme elle doit quand même avoir besoin d'en parler pour aller mieux, elle se tourne vers Malfoy et Zabini, parce qu'eux sont déjà au courant. »

Ron grimaça. La logique de ce raisonnement était implacable, mais sa fierté l'empêchait de l'admettre. « Donc selon toi, c'est seulement ça ? », demanda Ron, quelque peu rassuré. « Elle n'est pas en train de tomber dans les bras de ce serpent de malheur ? »

« Bien sûr que non », répondit Harry tout en ayant la désagréable impression de faire preuve de beaucoup trop d'optimisme. « C'est d'Hermione qu'on est en train de parler. Elle est génétiquement programmée pour être raisonnable et faire toujours ce qu'il faut quand il faut. »

Ron gloussa. « C'est vrai… » Le silence retomba dans la pièce, puis Harry entendit le froissement des draps de Ron, indiquant qu'il se recouchait. « Merci, vieux … », fit le roux gravement, après quelques secondes de silence.

Harry pinça les lèvres. « De rien. » Le Survivant se rallongea à son tour et soupira. Il fallait qu'il ait une discussion sérieuse avec Hermione. Et vite.

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Plop plop plop, voilà pour cette semaine … Alors, alors, alors ? Qu'est-ce que vous pensez de ce premier pas dans la relation entre Draco et Hermione ? Alléchant ? Pas alléchant ? Dites-moi tout ! Merci encore d'avoir lu ce nouveau chapitre et n'oubliez pas la petite review qui fait plaisir
:-)

Bisous bisous

Xérès