The Rise and Fall

Les blas-blas de Xérès : Hello ! Voici sans conteste le chapitre le plus long jusqu'à ce jour, j'imagine que le prochain, le sera tout autant, vu la tonne de trucs qu'il me reste encore à dire sur cette journée de bataille. J'ai eu du mal à arrêter celui-là mais je me suis dit : déjà 22 pages, c'est bien. Je suis pas hyper satisfaite de tout mais si je ne me fais pas une raison, je ne posterai jamais… XD J'espère que vous apprécierez le début de l'aventure ! Bonne lecture !

Petit clin d'œil dans le titre au film du même nom avec Simon Pegg et Nick Frost (qui ont tous les deux une grande place dans mon palmarès des acteurs comiques depuis les excellents « Hot Fuzz » et « Shaun of the Dead »). Et parce que le titre tombait pile poil … enfin, vous verrez !

Merci à mes nouveaux followers (Nepha Malefoy, Alaska66), ainsi qu'à Keiry95, Piitchoun, laloudu77, Erza Robin, Elena Grape, BabarKiller, ellexa, Lune-Bleue22, TatieBella, Criss-Pine, Cybella Yuitsi, Petitestef, PetitMilou, faerycyn, miss damdam, Eliane Gil, Lety31, Nedwige Stew, Goutte-de-Mer, Carboplatine, Hardcoredrugs, Loufoca-Granger, Eranounette pour leurs reviews et à tous ceux qui m'ont laissé un message sur Facebook.

RAR :

Ellexa : Bien joué, tu as trouvé à quoi servira la salle, par contre tu as tout faux pour l'entreprise :p Gros bisous et merci encore d'avoir reviewé cette semaine !

Anonyme du 13 mai : merci beaucoup ! Je voulais effectivement qu'Hermione prenne quelques initiatives tout en restant un peu apeurée (ce qui était logique, selon moi). Pour la télépathie, on en saura plus à ce sujet, plus tard… ) Merci de ta review !

Eranounette : Ah ah, Draco : l'homme à avoir chez soi. Ou « L'essayer, c'est l'adopter ». J'ai soudain imaginé Draco en aspirateur (ne me demande pas pourquoi, mdr). Bisous et merci !

Chapitre 35 : Le dernier pub avant la fin du monde

Hannah Abbott consulta sa montre à la lueur de sa baguette, tapie dans un recoin du couloir de l'infirmerie. Trois heures du matin. Le château était plongé dans les ténèbres et tous ses occupants sommeillaient. Tous ? Non. Une poignée d'irréductibles élèves résistait encore et toujours à l'envahisseur. Leur mission : exfiltrer deux des leurs avant le lever du jour. Hannah prit une longue inspiration et s'éventa légèrement en agitant sa chemise. L'appréhension la faisait transpirer et elle détestait ça.

Une petite main lui tapota l'épaule et elle fit un bond démesuré, avant de se retrouver nez à nez avec … Loufoca.

« Purée, Lovegood, ne refais jamais ça ! », siffla Hannah tandis que Luna la dévisageait de ses grands yeux bleus. Ses deux boucles d'oreilles en forme de carottes frémirent lorsqu'elle pencha la tête sur le côté.

« Je t'ai fait peur, Hannah ? », chuchota-t-elle, comme si ça l'étonnait.

On est dans un château rempli de Mangemorts, tapis dans le noir complet, à préparer un coup qui nous vaudra certainement un aller simple pour le cimetière si on se fait prendre… BIEN SÛR QUE OUI TU M'AS FAIT PEUR, ESPÈCE DE DINGUE !, hurla Hannah dans sa tête. Mais la réponse qu'elle donna à Luna fut tout autre. « Pas du tout, j'ai juste… bref, laisse tomber. Les autres sont prêts ? »

Luna hocha lentement la tête et se pencha dans le couloir adjacent pour vérifier que la voie était libre. Elle l'était. Du moins, jusqu'au virage suivant. « Je pense qu'on peut y aller… », chuchota Luna en se tournant de nouveau vers Hannah. La Préfète-en-Chef acquiesça et remonta silencieusement le corridor, baguette brandie, avant de se faufiler derrière une armure pour attendre le reste de la troupe. Hannah éteignit sa baguette, anéantissant le peu de lumière qu'il lui restait et se retourna en direction des autres membres de l'AD qui s'étaient rapprochés. Elle agita les doigts en direction de l'infirmerie, serra le poing, le brandit à droite, puis à gauche et dessina de petits ronds de l'index, sous les regards dubitatifs des autres élèves.

« C'est pas ça, le code qu'on avait dit… », marmonna Parvati Patil à sa sœur, qui secoua la tête en signe de dénégation.

« On s'en fout, ça veut dire on avance et on fait gaffe à pas se faire repérer », souffla Michael Corner, accroupi derrière les jumelles.

Devant eux, Hannah reprit sa route et s'aplatit contre le mur au coin du prochain couloir. Celui qui menait directement à l'infirmerie. Plaquant son visage contre la pierre, Hannah put voir que le Mangemort en faction devant la porte commençait à somnoler debout. Elle se retourna vers ses complices en leva le pouce.

« Là au moins, c'est clair », reprit Parvati tandis que sa sœur hochait la tête. « C'est un code que tout le monde comprend. » Michael décida de ne rien dire et se contenta de lever les yeux au ciel.

A quelques mètres de lui, Colin Crivey leva bien haut le poing et lança un caillou de toutes ses forces dans le couloir désert. La pierre résonna dans tout le couloir en rebondissant sur le sol, finissant sa course en tintant contre une armure. Un peu plus loin, on entendit le Mangemort de garde grogner et faire quelques pas prudents en direction du couloir. Hannah se terra un peu plus dans l'ombre, attendant que le Mangemort passe devant elle. Mais il ne vint pas. Elle jeta un regard interrogateur en direction de Colin et celui-ci fouilla dans ses poches à la recherche d'un deuxième projectile. Un autre petit caillou alla rejoindre le premier et le Mangemort approcha lentement du piège tendu. Dès qu'il eut dépassé le coin où était cachée Hannah, trois sortilèges furent lancés simultanément, presque sans un bruit. En moins d'une seconde, le Mangemort se retrouva désarmé, bâillonné et ligoté sur le sol. Hannah fit léviter son corps jusque dans un placard à balai et verrouilla la porte derrière lui. Un de moins.

Après s'être assurée que la voie était libre dans le dernier couloir, ils le remontèrent à pas de loup et Luna rampa jusqu'à la porte de l'infirmerie entrouverte. Une chandelle brûlait dans un coin de la pièce mais en dehors de ça et des silhouettes endormies de Ginny et de Neville sur les lits, il n'y avait aucun signe de vie. Luna se glissa à l'intérieur et approcha doucement du lit de Ginny… mais sentit bientôt la pointe d'une baguette s'enfoncer dans sa nuque.

« Doucement, jeune fille… ou tu pourrais bientôt regretter de ne pas être restée sagement dans ton petit lit cette nuit », gronda le Mangemort (Dolohov) en la saisissant par le bras. D'où diable sortait-il ? Luna le dévisagea de son air rêveur et haussa les épaules.

« J'ai mal à la tête, je suis venue voir Mme Pomfresh », dit-elle doucement.

« Ah ouais ? », ricana Dolohov. « Tu veux avoir mal ailleurs ? Parce que ça, je peux m'en charger… »

Luna lui adressa alors un grand sourire et Dolohov lui décocha un regard étrange. Soit cette gamine était stupide, soit elle ne connaissait pas la peur. Ou les deux.

« Quelque chose me dit que vous aussi, vous allez bientôt avoir la migraine… », dit-elle doucement tandis que Dolohov fronçait les sourcils. Mais il n'eut pas le temps d'approfondir plus longtemps la question.

BOINK

Luna regarda tranquillement le corps de Dolohov s'écrouler sur le sol, laissant apparaître derrière lui Anthony Goldstein, tenant à la main un petit mais lourd chaudron en fonte que Mme Pomfresh devait utiliser pour préparer ses potions et qu'il avait recyclé en arme improvisée. Les yeux écarquillés, il regardait horrifié le corps du Mangemort qu'il venait d'assommer.

Hannah et les autres les rejoignirent et la Préfète-en-Chef fit la grimace à la vue du crâne de Dolohov, auréolé de sang.

« Dis donc, tu l'as pas raté », marmonna Ernie MacMillan en se penchant pour prendre le pouls du Mangemort. Il était vivant.

« Tu réalises qu'on est des sorciers, Anthony ? », le réprimanda Hannah. « On a des baguettes ! C'est tout de même beaucoup plus propre ! »

« J'ai paniqué », répondit simplement Anthony en reposant prestement le petit chaudron.

Dans son lit, Ginny s'était redressée, réveillée par le remue-ménage. « Et alors, vous faites une réunion surprise de l'AD et vous ne me prévenez même pas ? », ironisa-t-elle tandis que tous se retournaient et lui souriaient. Luna courut se jeter à son cou et les deux amies s'enlacèrent.

« Si on t'avais prévenue, ça n'aurait plus été une surprise », rétorqua Hannah avec un sourire. « Dépêchons, il faut réveiller Neville et déguerpir d'ici. »

Ginny grimaça et s'extirpa de son lit. « Il n'a pas repris connaissance depuis que la Lestrange l'a amené ici. Je ne sais pas si on va pouvoir le réveiller. »

Hannah s'approcha du lit de Neville et réprima un petit cri en voyant dans quel état se trouvait encore Neville malgré les premiers soins administrés par l'infirmière. « Il n'est pas transportable », murmura-t-elle en passant ses doigts dans les cheveux bruns de Neville.

« Pourtant, il va bien falloir qu'il le soit… », fit Ginny en sautant sur ses pieds. Elle-même se sentait beaucoup mieux, ayant été depuis plus longtemps que Neville entre les bonnes mains de Pomfresh. Elle saisit une sacoche dans l'armoire de l'infirmière et fourra dedans tous les flacons qui traînaient sur la table de chevet de Neville, ainsi que sur la sienne. « On continuera de le soigner nous-mêmes, le plus important est de sortir d'ici. »

« Et qu'est-ce qu'on fait de lui ? », demanda Padma en adressant un regard dégoûté à Dolohov, toujours dans les vapes.

Ernie avisa un placard dans un coin de la pièce. « Mettons-le là… »

Joignant le geste à la parole, il fit léviter le corps de Dolohov jusqu'à sa nouvelle cachette, l'attacha solidement d'un Incarcerem et referma la porte.

« Espérons que Pomfresh ne fera pas une attaque en ouvrant la porte… », soupira Parvati.

Ginny secoua la tête. « Non, avec un peu de chance, elle en fera un produit contre les limaces ou un onguent… », s'esclaffa-t-elle. « J'imagine qu'on va à la Salle sur Demande ? »

« Bien vu », répondit Hannah en faisant léviter avec soin le corps de Neville.

« Vous-Savez-Qui ne risque pas de nous trouver là-bas ? », s'enquit Lavande avec une expression inquiète.

« Pas si on demande spécifiquement un endroit pour lui échapper, justement », répondit Ginny sur un ton qui se voulait rassurant. « Normalement, on devrait pouvoir être tranquilles jusqu'à l'arrivée de l'Ordre. J'ai confiance. Harry viendra. »

Les autres hochèrent la tête et la petite troupe s'apprêta à ressortir.

« Colin, tu pars en éclaireur », ordonna Hannah, tandis que le garçonnet se dirigeait vers la porte. « Et n'oublie pas le code. »

Parvati et Padma échangèrent un regard las puis roulèrent des yeux. Hannah et son code…

~o~

Sur le coup de quatre heures et demie du matin, Hermione ouvrit brusquement les yeux dans l'obscurité et tendit l'oreille. Elle avait perçu un bruit dans la cuisine et réalisa alors que les premiers devaient déjà être debout. Ils y étaient. Le jour J. Plus moyen de reculer à présent. Hermione frissonna légèrement malgré la chaleur du corps dénudé de Draco contre le sien. Dans son sommeil, le Serpentard resserra légèrement son étreinte autour d'elle et Hermione sentit les larmes lui piquer les yeux. Jamais elle n'avait eu aussi peur. Pas même lorsqu'elle avait été cernée de Mangemorts au Département des Mystères. Ni pendant la bataille au cours de laquelle Dumbledore était mort l'année précédente. Ni même lorsqu'elle était partie avec Harry et Ron à l'aventure pour chercher les Horcruxes. Mais depuis, quelque chose avait changé. Elle avait changé. Elle avait connu l'incarcération, la torture, la douleur, l'isolement, la peur. Et elle n'avait aucune envie d'y replonger. Elle devait donc être forte. Gagner ou mourir. Il n'y aurait pas d'autre alternative possible.

On frappa doucement à leur porte, puis à la porte voisine. Hermione se serra aussi fort qu'elle le put contre Draco et le jeune homme grogna. Elle posa sa main sur la joue du Serpentard et décida qu'elle n'avait pas d'autre choix que de le réveiller. La journée devait commencer.

~o~

Les derniers préparatifs s'étaient effectués rapidement et dans un silence presque total. Tout en avalant son café, Draco remarquait cependant quelque chose d'assez inhabituel. Sa mère trouvait tous les prétextes possibles pour toucher, effleurer, étreindre son époux, ce qui était pour ainsi dire exceptionnel chez les Malfoys depuis la naissance de Draco. Mais le plus étrange, était que ce même comportement se retrouvait chez Molly et Fleur Weasley, avec leurs époux respectifs, ainsi … que chez Hermione. Ce n'était pas pour lui déplaire, mais la vision de son père et de sa mère se prenant la main discrètement lui donnait plutôt envie de vomir.

Lorsque toute la troupe transplana dans un bosquet à l'écart de Pré-au-Lard et que Draco vit à nouveau Narcissa empoigner la main de Lucius, le blond n'y tint plus. Il se pencha vers Blaise à sa gauche, tandis qu'Hermione glissait son bras autour du sien (à droite).

« Non mais t'as vu ça ? », s'indigna Draco à mi-voix.

« Quoi ? Quoi ? », fit Blaise, tous les sens en alerte et scrutant les bois encore plongés dans la pénombre.

Draco le saisit par le col et désigna du doigt les mains entrelacées de ses parents, puis d'Arthur et Molly, ainsi que Bill et Fleur. « Ça ! », siffla Draco, avec agacement.

Blaise le regarda comme s'il était devenu fou. « Oui, ils se tiennent la main et alors ? Ce sont des couples mariés, ils ont le droit… »

« Il n'y a rien qui te choque ? », persista le blond tandis que Blaise écarquillait les yeux de plus belle.

« Si. Si, maintenant que tu le dis. Ce qui me choque c'est de constater que tu occupes ton esprit avec des détails pourris alors qu'on est sur le point d'aller se faire ratatiner… », le morigéna l'Italien tandis que Draco levait les yeux au ciel. « C'est bon, détends-toi vieux, c'est certainement l'effet dernière nuit de baise avant la fin du monde… », reprit Blaise sous les yeux horrifiés du blond.

Draco mima un vomissement tandis que Blaise jetait un bref coup d'œil en direction d'Hermione, accrochée au bras de Draco et pendue aux lèvres de Potter (lequel devait certainement dire des trucs d'importance capitale mais dont il n'avait rien pu suivre grâce à son meilleur ami…). L'Italien esquissa un sourire narquois. « En parlant de dernière nuit, la tienne était à ton goût ? »

Un sourire flotta sur les lèvres de Draco. « Va mourir, Zabini… »

« Non justement, je vais essayer d'éviter », rétorqua aussitôt l'Italien tandis que le rictus de Malfoy s'agrandissait. « Et d'ailleurs, dans ce but, j'aimerais écouter ce que dit le binoclard là-bas… », ajouta-t-il un ton plus bas. « Je ne sais pas ce que t'en pense, mais ça peut être intéressant d'avoir deux ou trois conseils de survie venant d'un type qu'on surnomme le Survivant quasiment depuis qu'il est sorti de l'utérus de sa mère… »

« Tu parles, c'est un coup de pot… », marmonna Draco, en se tournant néanmoins en direction d'Harry.

« Et quand il a empêché Tu-Sais-Qui de récupérer la pierre philosophale en première année ? », ironisa Blaise.

« Du pot », répéta laconiquement Draco.

« Et quand il a tué le Basilic avec l'épée de Gryffondor en deuxième ? Faut avouer que c'était classe… »

« Du pot, je te dis… »

« Et le Tournoi des Trois Sorciers ? »

Draco tourna un regard furieux vers son ami. « Bon ça va, tu comptes tous me les faire ou bien ? »

« CHHHHH ! », le réprimanda Hermione tandis que Blaise riait sous cape.

Draco reporta de mauvaise grâce son attention sur Potter mais celui-ci s'était arrêté de parler. Il fixait un point éloigné, derrière eux et Draco se retourna … Avec une démarche nonchalante, Théodore Nott approchait dans la pénombre et aussitôt, Draco sentit Hermione se presser contre lui. Pas par peur. Au contraire, elle avait durci son regard et relevé le menton, comme pour défier Nott et lui montrer que plus rien ne pourrait la séparer de Draco. Lorsqu'il arriva enfin, Draco sentit que la prétendue nonchalance de Nott n'était qu'une façade. Il connaissait Théo depuis suffisamment longtemps pour savoir lorsque quelque chose n'allait pas. Et ce matin, les prunelles de jais du Serpentard trahissaient manifestement que c'était le cas. Hermione dut le sentir aussi, car elle fronça les sourcils et se mit à marmonner.

« Qu'est-ce qui lui prend ? », souffla-t-elle en scrutant Théodore du regard. Celui-ci lui rendait la pareille, ignorant superbement tous les regards venimeux tournés dans sa direction.

« Qu'est-ce qu'il y a ? », demanda doucement Draco à l'oreille d'Hermione.

« Je ne sais pas, il me scrute … comme s'il essayait de m'analyser… », répondit-elle tandis que Nott se détournait et s'avançait vers Harry.

« Et alors ? Ça change quoi par rapport à d'habitude ? », maugréa le blond en fusillant le dos de Nott du regard.

« D'habitude, il ne m'analyse pas, puisqu'il sait déjà tout… » Hermione pinça les lèvres. Nott semblait ne pas être arrivé à fouiller dans sa tête. Qu'est-ce qui avait changé depuis la dernière fois ? Qu'est-ce qui aurait pu affaiblir son lien avec elle ? L'Avada Kedavra dans les souvenirs d'Harry ? Inconsciemment, Hermione posa une main sur sa poitrine encore bleutée. Oui, ça pourrait être une solution, même si je ne comprends pas comment … Puis ses yeux se posèrent sur le visage fermé de Draco à ses côtés. Ou alors…

Draco choisit ce moment pour baisser la tête vers elle et Hermione sentit un frisson la parcourir, comme à chaque fois qu'elle se retrouvait piégée dans ses iris gris. Ou alors … Elle sourit.

« Quoi ? », demanda-t-il en arquant un sourcil.

« Rien… », souffla Hermione en rosissant. Puis elle se détourna et reporta son attention sur Harry, qui toisait Nott avec un dégoût non dissimulé.

« Pendant un moment, j'ai cru que tu ne viendrais pas … », fit froidement Harry tandis que Théodore lui adressait un sourire bouffi d'orgueil.

« Tu rigoles, il était hors de question de rater la fête… », railla le Serpentard avant de jeter un regard inquisiteur en direction de Lucius et Narcissa, toujours main dans la main. « Oh oh, il a récupéré sa baguette, l'animal ? Tu fais vraiment confiance à n'importe qui, Potter… »

« Je ne te le fais pas dire… », marmonna Fred en décochant à Théodore un regard peu amène.

« M. Potter et moi avons passé un marché », répondit froidement Lucius, tandis que sa femme lui donnait un léger coup de coude dans les côtes.

« Et bla bla bla, vous m'ennuyez, Malfoy », soupira Théo en mimant une bouche qui s'ouvre et se ferme avec sa main droite. Il se tourna de nouveau vers Potter, ignorant Lucius que Narcissa avait désormais du mal à empêcher d'étrangler le jeune insolent. « Alors, c'est quoi le plan ? »

« Si tu avais pris la peine de participer à l'organisation, tu le saurais. Voire même arriver cinq minutes avant aurait suffi pour que tu en saches les grandes lignes », cracha Fleur en le toisant de toute sa hauteur.

« Oui, et encore, j'en connais deux qui étaient là mais qui n'ont rien écouté non plus », chuchota Hermione de manière à ce que seuls Blaise et Draco puissent l'entendre. Les deux Serpentards levèrent les yeux au ciel à l'unisson.

« Désolé, le devoir m'appelait… ailleurs… », répondit sèchement Nott en prononçant le dernier mot en français et en fusillant Fleur du regard. La Française haussa les épaules avec dédain et se détourna.

« Pour faire simple », reprit Harry avec un soupir agacé. « Dans un premier temps il y aura deux groupes : le premier, dont toi et moi ferons partie, Nott, se présentera aux portes de Poudlard pour remplir notre part du marché. A savoir … se rendre. Mais pas avant que l'autre groupe ne soit à l'intérieur du château et ait envoyé le signal. »

« On en était justement aux options qui s'offrent à nous pour pénétrer à l'intérieur… », grinça Rogue sur un ton qui disait clairement qu'ils n'étaient pas sortis de l'auberge.

C'est alors qu'une voix d'homme étrangement familière les fit tous sursauter.

« Je crois justement que je peux vous aider avec ça… »

Tous se retournèrent, baguettes brandies, en direction d'un vieux sorcier doté d'une barbe et de longs cheveux gris. Ses yeux d'un bleu perçant pétillaient et s'il n'avait pas été vêtu d'un vieux tablier d'aubergiste et que son nez n'était pas surmonté de lunettes rondes et non en demi-lunes, Hermione aurait juré être en présence d'un revenant. Mais Albus Dumbledore était bel et bien mort, ce ne pouvait donc être lui.

« Qui êtes-vous ? », demanda Harry d'une voix qui trahissait son trouble face à ce visage si étrangement similaire.

« C'est pas le vioque qui tient ce pub miteux… la Tête de Sanglier ? », marmonna Théodore en regardant le vieil homme de haut.

« Je m'appelle Abelforth-», commença le vieil homme en fronçant les sourcils d'un air désapprobateur.

« Dumbledore… », acheva Hermione dans un souffle en baissant aussitôt sa baguette.

« Quoi ? », s'écria Draco.

« T'es sérieuse, là ? », renchérit Blaise en écarquillant les yeux.

Rogue plissa les yeux et échangea un long regard étrange avec le vieil homme. Il l'avait reconnu et inutile de dire que le maître des potions ne se sentait pas franchement à son aise en compagnie du frère de l'homme qu'il avait tué. Même si l'homme en question lui avait expressément demandé de le faire…

« Dumbledore a un frère ? », s'exclama Ron tandis qu'Hermione levait les yeux au ciel.

« C'est pas vrai, je suis vraiment la seule à avoir lu Vie et mensonges d'Albus Dumbledore ? », s'énerva-t-elle en se retournant vers le reste de la bande, dont les membres échangèrent quelques regards gênés.

« Vous attendez vraiment une réponse ou c'est une question purement rhétorique, Miss Granger ? », railla Rogue, tandis que Draco ricanait. Hermione le fusilla du regard et eut soudain l'impression d'être de retour en salle de potions, où le sport préféré du blond consistait à se moquer de ses lectures. Draco cessa aussitôt de rire et se racla la gorge.

« Comment pouvez-vous nous aider, en supposant que vous êtes bien qui vous prétendez être et qu'on vous fasse confiance ? », demanda Harry en dévisageant Abelforth.

« Le petit brun aux grands airs a raison… », grommela Abelforth en désignant Théo d'un geste de la main, lequel ne sembla pas franchement apprécier le sobriquet. « La Tête-de-Sanglier m'appartient et figurez-vous qu'il y a quelques semaines de ça, j'ai vu débarquer un de vos camarades de classe dans mon salon, tout droit sorti du passage qu'abritait le portrait de ma défunte sœur… Neville quelque chose. »

« Londubat ? », demanda Harry, que l'histoire du vieil homme intéressait beaucoup. Un passage secret à la Tête-de-Sanglier, voilà qui élargissait le champ de leurs options.

« C'est ça, Londubat », marmonna Abelforth en hochant la tête. « Bien sûr, je connaissais l'existence de ce passage mais il n'avait jamais abouti nulle part pour moi, je l'avais toujours cru condamné… Et voilà qu'un beau matin, le gosse en sort sans prévenir et finit par m'avouer qu'il mène tout droit à la salle sur Demande… »

« Depuis combien de temps exactement Londubat connaissait-il l'existence de ce passage ? », demanda Théodore avec une grimace en se remémorant les deux jours perdus à attendre dans la tour de Gryffondor que l'agitation cesse après la destruction du diadème.

« C'est pas important, Théo », le rabroua Blaise avec un regard mauvais.

« Comment pouviez-vous savoir qu'on serait là ce matin ? », demanda Ron avec méfiance.

« C'est le jeune qui me l'a dit en arrivant … », fit Abelforth en fronçant les sourcils. Il cherchait manifestement un nom qu'il avait sur le bout de la langue.

« Neville ? », s'étonna Harry, qui croyait pourtant Neville entre les griffes de Voldemort. Le vieil homme secoua la tête.

« Non, l'ami de votre père… le professeur… », reprit Abelforth en maudissant intérieurement sa mémoire aléatoire.

« Lupin ! », s'écria Hermione avec un large sourire. « Lupin est ici ? »

Abelforth hocha la tête. « Il est au pub. L'air sacrément fatigué votre ami… je lui ai conseillé de se reposer et je suis venu à votre rencontre… »

Hermione fronça les sourcils. Rémus avait toujours l'air plus ou moins fatigué, mais pour qu'il accepte de rester à attendre sur place, c'est qu'il devait véritablement être exténué… La jeune fille ressentit soudain un besoin impérieux de s'assurer qu'il se portait bien. Elle se tourna aussitôt vers Harry.

« Harry, séparons-nous maintenant. On a trouvé la solution pour entrer à Poudlard, il faut faire vite si on veut pouvoir faire ce que tu sais avant que tu ne te présentes aux portes du château… », dit-elle avec une expression qui se voulait déterminée. Mais sa voix tremblait légèrement et Harry le sentit.

Néanmoins, il hocha la tête. « Molly, Arthur, professeur Rogue, Bill, Fleur, Fred et George … et Nott, avec moi. Nous attendrons le signal dans la Forêt Interdite. Hermione, n'oublie pas de nous envoyer ton Patronus dès que vous aurez terminé. »

La Gryffondor hocha la tête et fondit sur Harry pour l'enlacer désespérément.

« Granger vient avec nous », ordonna Théodore d'une voix forte.

« Non », répondit Harry du tac au tac par-dessus l'épaule d'Hermione, comme si c'était exactement la réaction qu'il attendait de la part du Serpentard. « Hermione a une mission bien précise et toi tu as la tienne. Si ça ne te plaît pas, tu peux te tirer, on ne te retient pas. »

Théodore fronça le nez et jaugea tour à tour Harry, puis Hermione, qui l'ignora et entreprit d'enlacer les autres membres du groupe d'Harry (sauf Nott), tout en leur souhaitant bonne chance. Lorsqu'elle repassa devant Théodore pour rejoindre son propre groupe, Hermione lui décocha un regard meurtrier. La main de Nott surgit sans prévenir et l'agrippa par le col pour l'attirer contre lui.

« Je ne sais pas comment tu as fait pour m'écarter de ta tête, Hermione, mais sache que ça ne va pas durer, je te le promets… », murmura-t-il d'un air menaçant.

Alors comme ça, j'avais raison…, jubila intérieurement Hermione. Bien entendu, elle n'avait rien fait pour l'écarter temporairement de son subconscient, c'était arrivé par hasard, mais Nott ne devait pas le savoir. Ça lui ferait les pieds. Elle releva donc la tête et se dégagea de son emprise avec un sourire de triomphe. Puis elle s'éloigna de lui à reculons, pour qu'il ait le temps d'observer son expression victorieuse. Cela sembla le mettre dans une rage folle mais il ne dit pas un mot de plus.

Les autres membres des groupes (à l'exception des Malfoy, de Rogue et de Nott) s'enlacèrent également en échangeant quelques paroles réconfortantes. Même Blaise eut le droit à un baiser sonore sur les joues de la part de Mrs Weasley, tandis qu'Arthur lui ébouriffait les cheveux. Et ils se séparèrent enfin. Hermione, Ron, Draco, Blaise et les Malfoy suivirent donc Abelforth jusqu'à la Tête-de-Sanglier. En chemin, celui-ci leur expliqua que les Mangemorts avaient levé le maléfice de Cridurut et donc le couvre-feu à Pré-au-Lard, ce qui expliquait qu'ils pouvaient entrer sans crainte dans l'enceinte du village. Ils avaient également déserté les lieux depuis trois jours pour se retrancher à l'intérieur de Poudlard, au grand soulagement de la population locale qui avait pu reprendre une activité presque normale.

« Vous-Savez-Qui cherche à gagner les voix de la population. Et il commence à y arriver, du moins chez les plus faibles d'esprit. J'ai même entendu un imbécile beugler dans mon bar que les choses iraient encore mieux dès que la bande à Potter se serait rendue… », grommela Abelforth en secouant la tête avec dédain. « J'ai mis sa bêtise sur le compte des deux bouteilles de Whisky Pur Feu qu'il avait englouties, mais je peux vous dire que ma baguette me démangeait sacrément… » Abelforth jeta un énième regard curieux en direction de Lucius, qui marchait en regardant droit devant lui. « Dites-donc vous … on se connaît, non ? »

Lucius lui jeta un bref regard glacial. « Ça m'étonnerait. Les débits de boisson sont plutôt le hobby de mon fils, pas le mien… », déclara-t-il froidement.

Draco haussa les sourcils. « Et bim… ça, c'était gratuit… merci, Père… », grommela l'adolescent tandis que Blaise gloussait en silence.

« Mais si, mais si … », insista le vieil homme en fronçant les sourcils. « Ca y est, je vous remets. Vous étiez avec ces types, y'a pas si longtemps. Je vous ai vu patrouiller dans Pré-au-Lard, une ou deux fois. Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Vous avez fini par réaliser que l'herbe était plus verte dans le camp d'en face ? »

« Oh, regardez, on est arrivés ! », claironna Hermione pour couper court à la discussion épineuse.

« Je sais bien qu'on est arrivés, je sais encore où est mon bar, jeune fille ! », protesta Abelforth en les dépassant pour ouvrir la porte. Hermione jeta un coup d'œil en direction de Lucius et de son expression blasée, puis s'engouffra dans le bar, bientôt assaillie par deux bras qui la serrèrent à l'étouffer.

« Bonjour Hermione », la salua Lupin avant de la relâcher.

« Professeur Lupin, je suis tellement contente de vous voir », s'écria Hermione en analysant aussitôt son allure et son expression. Il avait effectivement l'air exténué. « Sans vouloir vous vexer, je vous ai vu en meilleure forme… »

« Oui, mais il y a une bonne raison… », s'esclaffa Lupin. « Nymphadora a donné naissance à notre petit Ted il y a maintenant presque vingt-quatre heures, ce qui explique son absence… et mes cernes… »

Hermione lui sauta au cou. « Oh Merlin, c'est merveilleux ! Toutes mes félicitations ! », s'écria Hermione tandis que Ron s'avançait à son tour pour une accolade virile.

« Où sont les autres ? », demanda Lupin en remarquant qu'il manquait plus de la moitié des effectifs.

« Ils attendent notre signal à l'orée de la Forêt… », répondit Hermione en reprenant son sérieux. « Je dois d'abord faire quelque chose au château... » Elle lui adressa un regard appuyé et Rémus comprit plus ou moins ce dont il s'agissait. Il hocha la tête. « Vous venez avec nous ? »

Rémus sourit à Hermione, puis jeta un regard mauvais en direction de Lucius. « Je préfèrerais épauler Harry, si tu n'y vois pas d'inconvénient, Hermione. Je suis quasiment sûr que le fantôme de James viendrait me hanter jusqu'à la fin de mes jours si jamais je ne gardais pas un œil sur son fils tout au long de la bataille… », répondit-il avec un léger rire.

« Pas de problème », répondit Hermione en riant à son tour. « Envoyez-leur un Patronus pour les prévenir. Si vous ne les trouvez pas, ils vous trouveront. Et prenez soin de vous… »

Rémus hocha la tête, remercia Abelforth de son hospitalité d'une poignée de main et se tourna une dernière fois vers Hermione. « Ne t'en fais pas, Hermione. J'ai survécu à Nymphadora qui m'a littéralement insulté et maudit jusqu'à la dixième génération pendant les 14 heures qu'ont duré son accouchement… à côté, Tu-Sais-Qui c'est du gâteau… »

Il sortit et referma la porte derrière lui. Hermione secoua la tête en souriant. Puis son sourire faiblit et elle se tourna vers son groupe. « Il est temps d'y aller. »

~o~

Hannah caressait doucement le front de Neville tandis que Ginny appliquait des onguents volés à l'infirmerie sur ses plaies et bosses. Leur aspect s'améliorait d'heures en heures mais pourtant, le jeune homme ne se réveillait toujours pas. Autour d'eux, les autres membres de l'AD somnolaient à même le sol ou sur des canapés que la salle avait fait apparaître pour eux. Il y avait même un lit, pour Neville. Ginny sentait ses propres paupières s'alourdir lorsque le bras droit de Neville eut soudain un sursaut. Hannah se redressa et scruta le visage du Gryffondor à la recherche d'un quelconque signe d'éveil. Ses paupières papillonnaient et il gémit.

« Neville ? », appela Ginny en se penchant sur lui. Autour d'eux, les autres se redressèrent à leur tour, tendant le cou en direction du malade.

« G-… Ginny, non … pas Ginny… pas… de mal », gémit-il en dodelinant de la tête.

« Manifestement, il ne veut pas te voir », fit Hannah en s'approchant un peu plus de Neville. Ginny la fusilla du regard.

« Mais non, il croit que je suis encore aux mains des Mangemorts… », ronchonna Ginny. « Neville, écoute-moi, tout va bien, on est sauvés… Enfin, presque… »

Hannah tendit le bras par-dessus le lit. « Donne-moi la potion revigorante. On va profiter de son état de semi-conscience pour lui en faire avaler un peu », dit-elle en agitant la main sous le nez de Ginny. Celle-ci lui tendit la potion sans rechigner, bien qu'elle n'aimât pas beaucoup les airs de cheftaines qu'Hannah se donnait de plus en plus souvent ces derniers temps. Doucement, Hannah inclina la fiole contre les lèvres de Neville et y déversa quelques gouttes de potion. Pas assez pour présenter un risque d'étouffement mais suffisamment pour bénéficier de ses effets. Puis, elle reboucha le flacon et le posa près du lit. Neville gémit encore un peu mais ce fut tout. Ginny se laissa retomber sur le sol et soupira. La torpeur la gagnait de nouveau lorsqu'elle entendit soudain une voix familière, mais lointaine. Comme atténuée par un mur épais. Elle redressa la tête. « Hermione ? » Mais Hermione n'était pas là, bien entendu. Comment aurait-elle pu ? Ginny se dit qu'elle avait dû rêver. Mais de nouveau, la voix retentissait, plus proche cette fois. La cadette de Weasley se leva et avança lentement vers un portrait accroché au mur. C'était de là que provenait la voix d'Hermione, elle en était quasiment sûre. Etait-ce le château qui lui jouait des tours ? Ou son esprit ? Mais elle vit Luna se lever à son tour et regarder dans la même direction qu'elle. Non, ce n'était pas son esprit.

La voix avait cessé mais à la place, des bruits de pas se faisaient plus distincts, plus audibles. Cette fois, tout le monde les entendait et tous les membres de l'Armée de Dumbledore regardaient avec curiosité le portrait d'où semblaient émaner les sons. Ginny tira sa baguette de sa poche et la brandit en direction du portrait, bientôt imitée par tous les autres. Ami ou ennemi, celui qui sortirait de là aurait une sacrée surprise.

~o~

« Blaise, tu viens encore de me marcher sur le talon », fit Hermione d'une voix agacée.

« Désolé », protesta l'Italien, « même avec la baguette allumée, je ne vois pas mes pieds. Il fait noir comme dans un four là-dedans… »

« C'est encore loin ? », marmonna Draco en soupirant.

« Qu'est-ce que tu veux qu'on en sache, Malfoy ? », s'énerva Ron. « On ne passe pas notre vie à prendre des passages secrets pour entrer ou sortir de Poudlard ! »

« Pourtant, c'est pas l'impression que ça donnait », maugréa Draco en essayant tant bien que mal d'éclairer devant lui. « C'est comme si chaque année, Potter et toi vous trouviez un nouveau moyen de vous attirer des ennuis dans des endroits où personne ne va jamais mettre les pieds. »

« C'est pas bientôt fini, vous deux ? » Hermione poussa un soupir exaspéré et pressa le pas, pour arriver plus vite mais aussi pour éviter les chaussures de Blaise qui venaient encore une fois de racler le talon de sa basket. Quand soudain, elle heurta de plein fouet le fond du passage secret. En l'occurrence un panneau de bois. « Aouch », gémit-elle en se massant le front.

« Tout va bien ? », demanda Narcissa, qui fermait la marche.

« Nickel », répondit Draco à la place d'Hermione. « Hermione a juste heurté un truc avec la tête. Elle en a vu d'autres. »

« Je te remercie de ta sollicitude… », grommela Hermione en inspectant le panneau en question. Passant ses mains le long des planches, elle chercha une poignée, un système d'ouverture quelconque. Soudain ses doigts frôlèrent une sorte de mécanisme, qu'elle fit basculer. La différence de luminosité l'aveugla et lui fit plisser les yeux lorsque le panneau s'ouvrit. Et avant même qu'elle ait pu voir où ils se trouvaient, un hurlement lui vrilla les tympans.

« Hermione ! »

Hermione fronça les sourcils et ses yeux s'accommodèrent à la lumière. « Ginny ? » Elle tourna la tête à droite. « Luna ? Parvati ? Mais qu'est-ce que vous faites là ?… »

Ils étaient tous là. Tous les membres de l'Armée de Dumbledore, réunis devant ses yeux. Hermione sauta hors du passage secret et fut aussitôt étouffée par les bras de Ginny, qui ne savait plus si elle devait rire ou pleurer et avait opté pour les deux. Ron sortit lui aussi et enchaîna accolades et embrassades, avec un sourire ravi.

« Ils sont venus nous chercher, Neville et moi, à l'infirmerie. Dolohov s'est mangé un sacré coup de chaudron, d'ailleurs… », expliqua Ginny en souriant à Anthony Goldstein, qui rosit légèrement.

Hébétée, Hermione regarda tour à tour tous ceux qui l'entouraient, n'en croyant pas ses yeux, et aperçut soudain le lit où Neville gisait. Elle se précipita vers lui et poussa un cri en voyant dans quel piteux état il se trouvait. Trop occupée à dévisager le blessé, elle ne s'était pas aperçue qu'un silence de mort était tombé dans la Salle sur demande. Ce n'est qu'en se retournant enfin qu'elle vit tous ses amis fixer l'entrée du passage secret avec colère, baguettes tendues et sortilèges au bord des lèvres. Quant à Ron, il semblait chercher en vain une explication logique à la présence des trois Malfoys et de Zabini dans le passage. Hermione se précipita pour s'interposer et faire face aux autres.

« On se calme, tout le monde », dit-elle en tendant les mains devant elle. « Ils sont avec nous. »

« Tu plaisantes, j'espère ? », cracha Anthony Goldstein en la regardant comme si elle était dingue. « Le vieux Malfoy était encore ici y'a à peine quelques semaines et je peux t'assurer qu'il n'avait pas l'air d'être de notre côté. »

« Je sais que ça peut vous paraître étrange, mais l'histoire est … vraiment trop longue pour qu'on ait le temps de vous l'expliquer maintenant », fit Hermione avec une expression désolée. Elle ne savait pas vraiment quoi dire pour apaiser les tensions, c'est pourquoi elle fut agréablement surprise lorsque Ron prit la parole.

« Faites-nous confiance, ok ? », demanda-t-il avec un sourire forcé à l'attention des membres de l'AD. « Je sais que ça fait beaucoup, quand on connaît ces zigotos et tout ce qu'ils ont fait par le passé, mais pour aujourd'hui… il va falloir mettre ça de côté, d'accord ? »

Ginny baissa sa baguette à contrecœur et un à un, tous les autres l'imitèrent, non sans jeter des regards venimeux en direction des quatre autres.

« Merci, les gars », fit Ron en les gratifiant d'un large sourire.

« J'espère que ça vaudra le coup », marmonna Ernie MacMillan en secouant la tête. « Alors, c'est quoi, le plan ? » Ernie se tourna vers Hannah. « Et pitié, Hannah, plus de codes. Terminé. C'est vraiment trop foireux. »

Hermione se demanda de quoi ils parlaient tandis qu'Hannah croisait les bras avec une expression renfrognée. « Eh bien, en fait… », commença Hermione. « J'étais sensée tenter de sauver Ginny et Neville ou faute de quoi, je devais récupérer certains objets dans le château… Mais puisque vous êtes là, vous allez remonter le passage secret et vous mettre tous les deux en sécurité. »

« Pas question », fit froidement Ginny en croisant les bras. « Soit on sort tous, soit on reste tous. Bon peut-être pas Neville… Mais moi, je reste », acheva-t-elle en jetant un regard en direction du lit où gisait leur ami.

« Ginny… », reprit Hermione, plus sèchement. « Harry est dehors et attend mon signal pour faire semblant de se rendre en échange de ta liberté. Mais tu es déjà libre ! Si on pouvait s'épargner un risque inutile… »

« Hermione, on ne va pas repousser l'inévitable éternellement ! Il FAUT vaincre Tu-Sais-Qui. Des élèves se font torturer chaque jour ici, des sorciers sont enlevés et tués partout en Angleterre… Merde, il paraît même que les nés-Moldus sont fichés et n'ont plus le droit de porter une baguette ! Il faut en finir. Aujourd'hui. »

Hermione secoua la tête mais la voix de Lucius Malfoy l'empêcha d'argumenter. « La petite a raison. On est tous rassemblés, autant aller jusqu'au bout. »

« Quoi, vous êtes pressé d'aller en prison, Malfoy ? », cracha Hermione, vexée qu'un couard de son espèce se ligue contre elle également. C'est alors qu'un froissement de draps les interrompit.

« Hermione ? », fit la voix faible de Neville depuis son lit. Le jeune homme s'était redressé et la scrutait, les sourcils froncés. La jeune fille approcha doucement et les deux amis se regardèrent un instant sans bouger ni dire un mot. Puis soudain, Hermione se jeta dans les bras de Neville qui la serra de toutes ses maigres forces.

« Je suis tellement content de te voir, Hermione », souffla Neville tandis qu'Hermione hochait frénétiquement la tête sur l'épaule du jeune homme. Comme leur étreinte durait un poil trop longtemps au goût d'Hannah, celle-ci s'approcha d'un pas décidé et récupéra la fiole de potion revigorante.

« Neville, il faut que tu boives de cette potion, tu te sentiras mieux après… », ordonna-t-elle tandis qu'Hermione et Neville s'écartaient et que celui-ci prenait la potion des mains d'Hannah.

« Merci, Hannah », la remercia Neville d'une voix rauque. Penchant la tête en arrière, il avala la moitié du flacon d'un trait. Hermione prit la fiole à son tour et la retourna pour lire les indications au dos.

« Heureusement qu'il y a marqué : 8 gouttes maximum par jour, de préférence au cours des repas », bougonna-t-elle en fusillant Hannah du regard.

« Hermione, tu m'as vu ? Un peu de dopage ne me fera pas de mal », souffla Neville en riant. Il s'arrêta cependant très vite tant la douleur dans ses côtes était cuisante. Puis, voyant la mine réprobatrice d'Hermione, il ajouta : « Je veux aider, Hermione. Et non, tu n'as pas le choix. »

Dans le fond de la pièce, elle entendit Draco marmonner « Foutu Gryffondor », juste avant que Ron ne lui mette un coup de coude dans les côtes, et elle sourit. Draco avait peut-être raison au sujet de l'entêtement des lions à se fourrer dans les ennuis pour leurs amis. Elle se retourna pour regarder Ginny et tous les autres, leurs visages déterminés, puis à nouveau celui de Neville et hocha la tête. « D'accord, dans ce cas, j'ai peut-être une mission pour toi. »

~o~

Après avoir expliqué les grandes lignes de leur plan, Hermione demanda à Blaise de rester dans la Salle sur Demande jusqu'au moment d'accomplir sa mission. Ginny et Neville étant chargés de l'accompagner, Hannah mit à profit le temps qu'il leur restait pour faire avaler à Neville autant de potions et de substances qu'elle le put, si bien que Neville fut bientôt capable de se lever et de faire quelques pas.

Puis Hermione, Draco, Ron et les deux Malfoy adultes, se faufilèrent hors de la Salle sur Demande. Direction les toilettes des filles au deuxième étage. Dehors, le ciel se teintait de rose et l'aurore n'était plus très loin. Cela facilitait les déplacements au sein du château mais le risque d'y croiser des Mangemorts était également plus grand. Cependant, Lucius connaissait les couloirs les plus fréquentés et les itinéraires des rondes, si bien qu'en prenant toutes les précautions qui s'imposaient, ils parvinrent jusqu'aux toilettes des filles sans encombres.

Ron se mit aussitôt à tourner autour des lavabos, cherchant le petit écusson en forme de serpent. « Le voilà ! », souffla-t-il après quelques secondes de recherche. « Hé hé… »

« Génial, et maintenant comment on l'ouvre, est-ce qu'il suffit de le tapoter avec sa baguette ? Un sortilège ? », demanda Hermione en observant le petit serpent.

« Attends un peu, Hermione, je réfléchis… ça remonte tout ça, je ne me souviens pas très bien… » Ron fouilla quelques instants dans ses souvenirs puis arbora soudain une expression triomphante. « Je me rappelle ! Harry a dû parler Fourchelang pour l'ouvrir ! », acheva-t-il d'un air ravi.

Hermione se figea et le regarda avec des yeux ronds. « Pardon ? », siffla-t-elle. « Tu m'as assuré que tu savais ouvrir la chambre des secrets et maintenant qu'on y est, tu me dis qu'il faut parler Fourchelang ? », s'énerva Hermione. Elle avait toujours été très amère d'avoir manqué les aventures de deuxième année après avoir été pétrifiée par le Basilic. Si en plus on ne lui disait pas tout …

La gaieté de Ron s'évanouit aussitôt lorsqu'il réalisa le problème. « Harry … Harry l'a fait tellement naturellement la dernière fois qu'il n'a pas dû y penser... »

Derrière Hermione, Draco se frappa le front du plat de la main et Lucius dévisagea le rouquin comme s'il allait le tuer sur place. Narcissa, qui essayait de positiver comme toujours, demanda avec un léger sourire : « Est-ce que l'un d'entre vous parle le Fourchelang ? »

Comme tout le monde secouait la tête lentement en signe de dénégation, son sourire faiblit quelque peu et elle pinça les lèvres.

« Attends, attends, attends », fit précipitamment Ron, qui sentait la colère monter en même temps que le rouge aux joues d'Hermione. Il s'écarta de quelques pas et plaqua ses mains sur ses oreilles écarlates, comme si ça l'aiderait à réfléchir. « Je crois que je me souviens quel bruit il a fait. » Tout en se concentrant du mieux qu'il le pouvait, Ron prit une grande inspiration et émit un son modulé à la limite du sifflement et du raclement de gorge. Hermione regarda le lavabo, mais celui-ci ne bougea pas d'un pouce.

« Pardon, c'était du Fourchelang, ce que vous venez de faire ? », ironisa Lucius en fronçant les sourcils. Ron le fusilla du regard.

« Si vous pensez être capable de faire mieux, vous gênez pas surtout », gronda le rouquin, rouge de honte.

« Essaye encore, Ron, par pitié », le pria Hermione, les dents serrées.

Ron ferma les yeux et fit la grimace. Il repensa au jour où sa petite sœur avait été enlevée. Il repensa à Harry, minuscule devant les immenses lavabos. Il revit ses lèvres bouger, formant le sésame dans la langue des serpents. De nouveau, Ron émit un sifflement, différent cette fois, calqué directement sur ses souvenirs. Et c'est en entendant le mécanisme se mettre en route qu'il ouvrit des yeux ronds et se retint de pousser un cri de triomphe.

Hermione poussa un soupir de soulagement et Narcissa applaudit du bout des doigts pour ne pas faire de bruit. « Bravo, Ron », souffla Hermione en lui adressant un sourire soulagé.

« Ouais, n'en fais pas trop, on est quand même passés à çççççça de la boulette », ironisa Draco en sifflant le « ça », alors que Ron lui adressait un regard meurtrier.

Hermione retint un éclat de rire et précéda les autres dans l'immense conduite, s'y laissant glisser sans hésiter. Prenant de la vitesse, elle eut l'impression d'être dans un gigantesque toboggan et aurait presque pu trouver cela amusant si le toboggan en question n'avait pas été aussi humide et lugubre. Enfin, elle atteignit le bout du tunnel et ses pieds touchèrent le sol. Elle s'écarta prestement de la sortie de la conduite, pour laisser de la place aux prochains arrivants et fit quelques pas en avant, ses chaussures faisant craquer des petits morceaux d'os éparpillés sur le sol. Les restes des repas du Basilic. Un par un, les autres atterrirent à leur tour dans le souterrain et allumèrent leurs baguettes pour éclairer le chemin.

« Par ici », les appela Ron en partant droit devant.

Tous le suivirent en file indienne et ils parvinrent bientôt dans une conduite plus vaste où s'entassait une énorme masse blanche à l'aspect filandreux et sec.

« Qu'est-ce que c'est que ce truc ? », fit Draco avec une moue dégoûtée.

« La mue du Basilic », fanfaronna Ron comme si ce genre d'aventures était la routine pour lui. « N'aie pas peur, Malfoy, ça ne va pas te manger… »

Draco leva les yeux au ciel, passant tout de même à l'écart du gigantesque tas de peau blanche. Un deuxième obstacle se présenta alors sous leurs yeux.

« Ah j'avais oublié ce fichu détail… », grogna le rouquin en observant l'éboulement causé par sa baguette cassée cinq ans plus tôt. « Il y a un passage tout en haut, il va falloir escalader. »

« On ne pourrait pas tout simplement déblayer ça d'un coup de baguette ? », maugréa Lucius.

« Ce serait trop dangereux », répondit Hermione, qui inspectait l'éboulis à la lumière de sa baguette rescapée de l'héritage Malfoy. « Tout ça tient par l'opération du Saint-Esprit, si on enlève trop de pierres, on risquerait de provoquer un second éboulement. Vous n'avez qu'à rester là si vous avez peur de vous salir », railla-t-elle.

Ron lui jeta un regard indigné. « Et s'il en profite pour se tirer ? »

« Je le surveille, partez tranquille », claironna Narcissa en faisant un petit geste de la main. « Et si quelqu'un vient, il aboiera. »

Draco ricana en voyant le regard désespéré de son père.

« Très bien, essayez de trouver un moyen de sortir d'ici en attendant notre retour », déclara Ron avec nonchalance.

« Comment ça ? », demanda Hermione, les yeux ronds. « Vous êtes sortis comment la dernière fois ? »

Ron fit la grimace. « Ben, c'est Fumseck qui nous a récupérés… et comme tu le sais, Fumseck a disparu depuis la mort de Dumbledore, alors… »

Hermione le fusilla du regard. « Tu en as d'autres des petits détails comme ça que tu aurais omis de mentionner, Ronald Bilius Weasley ? », gronda-t-elle, tandis que Ron ne pouvait s'empêcher de lui trouver soudain une ressemblance avec sa mère, Molly.

« Euh… non. Enfin, je crois… », balbutia-t-il en reculant.

« Tu crois ? », répéta Hermione, les poings sur les hanches. « Magnifique… » Et sans un mot de plus, elle se dirigea à grands pas vers l'éboulement pour l'escalader. Après avoir bataillé quelques minutes dans l'amoncellement de pierres, elle parvint de l'autre côté et fut bientôt rejointe par Ron. Celui-ci se pencha vers elle alors qu'ils attendaient l'arrivée de Draco et murmura :

« Tu me rappelles pourquoi on est obligés de se trimballer l'autre traître avec sa canne ? »

Hermione poussa un soupir. « Il protègera Draco en cas de problème et par extension, nous aussi, si on est avec Draco », dit-elle avant de baisser les yeux. « Et Harry ne voulait pas se présenter aux portes de l'école avec lui. Il dit que ça mettrait vraiment Tu-Sais-Qui en rogne et c'est la dernière chose dont on a besoin. »

Ron hocha la tête. « Super… Y'a plus qu'à espérer qu'il tient vraiment à sa famille autant que vous le pensez… »

Hermione s'apprêtait à rétorquer mais Draco atterrit à bas de l'éboulement, mettant fin à leur petit aparté.

« Bon allez, on bouge… » marmonna Ron en s'enfonçant toujours plus loin dans les entrailles du château.

~o~

« Qu'est-ce qu'elle fout, c'est pas vrai… », maugréa Ginny pour la centième fois, tandis qu'Hannah tendait une fiole contenant une ultime gorgée de potion revigorante à Neville, aplati devant elle contre un pan de mur plongé dans l'obscurité. Neville avala la dernière gorgée de potion avec un certain soulagement. S'il y en avait eu plus, Hannah aurait continué de l'en gaver et il n'était pas sûr de tenir le coup. La potion était diablement efficace, trop même, et en moins d'une heure il était passé de l'état de troll léthargique à celui de hamster cocaïné. Il ne ressentait plus aucune douleur, ce qui était un grand plus, mais la perspective de mourir d'une crise cardiaque ne l'enchantait pas plus que ça.

« Elle va arriver, Ginny, sois tranquille… », murmura Neville en continuant de faire le guet dans le couloir. Soudain, des bruits de pas précipités se firent entendre et Padma Patil apparut au détour du corridor.

« C'est pas trop tôt », siffla Hannah, tandis que l'Indienne la gratifiait d'un regard agacé.

« Il est sorti de son bureau », annonça-t-elle à mi-voix. « Mais vous n'allez pas avoir beaucoup de temps. Je crois qu'il va bientôt aller voir à l'infirmerie et quand il s'apercevra que vous n'y êtes plus, ça va barder… »

« Vous connaissez le mot de passe, au moins ? », demanda Blaise, qui se tenait un peu en retrait, les bras croisés.

« Tu-Sais-Qui en change tous les jours », dit Padma. « Mais aujourd'hui il est sorti en trombe sans prendre la peine de le faire donc j'imagine que ce doit être le même qu'hier… Colin a dit qu'il avait entendu Dolohov dire quelque chose comme Purge. »

« Ok, on perd pas de temps. Zabini, Ginny, on y va », ordonna Neville en fonçant dans le couloir désert. Puis s'assurant que la voie était libre, il grimpa les escaliers et, bientôt rejoint par les deux autres, se planta devant la gargouille qui marquait l'entrée de l'ancien bureau de Dumbledore.

« Purge », fit Ginny à haute et intelligible voix. Mais la gargouille ne bougea pas. « Pourquoi ça ne me surprend même pas… », grommela la rouquine avec un long soupir.

« Colin a peut-être mal entendu, ça pourrait être quelque chose qui ressemble à Purge… », fit Neville en réfléchissant.

« Murge ? », proposa Blaise, dubitatif. « Fudge ? Courge ? »

« Courge ? », répéta Neville en haussant les sourcils. « Pourquoi pas, potiron ? »

« On sait jamais », fit Ginny en haussant les épaules. « La bouffe, c'était un sujet de mots de passe très en vogue à l'époque de Dumbledore… »

A peine avait-elle prononcé le dernier mot de sa phrase que la gargouille pivota sous leurs yeux ébahis.

« Vous-Savez-Qui a choisi 'Dumbledore' comme mot de passe ? », balbutia Blaise qui n'osait pas en croire ses yeux.

Ginny s'engouffra aussitôt à l'intérieur. « Non, je crois plutôt que le château tout entier est en train de se rebeller ! », s'écria-t-elle joyeusement. Grimpant les marches quatre à quatre, les trois adolescents montèrent jusqu'au bureau et Blaise se mit à scruter les lieux.

« M. Malfoy a dit qu'ils avaient récupéré l'épée de Gryffondor lors de la capture d'Hermione et que les rafleurs l'avaient ramenée au Maître, ici à Poudlard », dit-il en tournant sur lui-même. Il remarqua alors un support en métal noir, surmonté d'une plaque nominative au nom de Godric Gryffondor, suivi de ses dates de naissance et de mort. Le support était assez long et solide pour contenir une épée. Sauf qu'il était vide. « Et merde… », jura Blaise en donnant un coup de pied dans le fauteuil.

Ginny poussa un soupir désespéré mais Neville semblait réfléchir intensément. Il ne savait pas si c'était la potion ou autre chose, mais son cerveau fonctionnait à la vitesse de l'éclair. « Une minute, j'ai peut-être une idée… Ginny, arrête-moi si je me trompe mais quand tu étais dans la chambre des secrets, Harry a sorti l'épée du Choixpeau, c'est bien ça ? »

Ginny ouvrit de grands yeux et hocha frénétiquement la tête. Comment avait-elle pu ne pas y penser ? Neville traversa la pièce, grimpa sur une vieille chaise posée dans un coin et sortit le Choixpeau de son étagère poussiéreuse. Il le mit sur la tête et pensa de toutes ses forces à l'épée de Gryffondor. Cependant, il dut bientôt se rendre à l'évidence. Ça ne fonctionnait pas. D'un geste las, Neville retira le Choixpeau de sa tête et le serra entre ses doigts.

Allez, Choixpeau, un petit geste … c'est pour vaincre Voldemort…, pensa Neville en scrutant le Choixpeau immobile.

« Neville… », commença Ginny avec une grimace.

Allez, quoi ! Tu vas pas nous laisser tomber comme ça ! On est l'Armée de Dumbledore, par Merlin !, reprit intérieurement Neville en fermant les yeux pour penser de toutes ses forces.

« Euh … Londubat … », fit la voix de Zabini.

Mais Neville l'ignora. Il continuait de serrer le Choixpeau entre ses doigts tout en essayant de l'amadouer. Quand Blaise lui tapota sur l'épaule. Neville poussa un cri exaspéré et se tourna vers lui. « Merde, Zabini, tu vois pas que j'essaie de me concentrer ? »

Pour toute réponse, Blaise désigna du doigt un point situé derrière lui. Ginny aussi regardait dans la même direction. Neville fit volte-face et la vit. Derrière une gigantesque pile de livres et de parchemins, l'extrémité du pommeau incrusté de rubis se laissait entrevoir et luisait doucement à la lumière de l'aurore. Neville s'en approcha et balaya la pile de grimoires et de paperasse, qui s'écrasa sur le sol. Puis sa main se glissa autour du pommeau de l'épée et il tira pour la sortir de sa cachette. Un sourire se fraya un chemin sur ses lèvres et d'une rotation du poignet, il fit tourner l'épée à la verticale, appréciant le sifflement aigu que le mouvement provoqua près de ses oreilles.

Puis il se retourna vers les deux autres et hocha lentement la tête. « Ce soir, on bouffe du gros serpent… »

~o~

« Alors c'est ça, le Basilic ? », demanda Draco en donnant un petit coup de pied dans ce qui était autrefois une vertèbre de l'immense créature.

« Plutôt ce qu'il en reste… », marmonna Ron en jetant un regard dégoûté en direction de la carcasse du serpent.

Les deux garçons regardèrent Hermione s'agenouiller près de la gueule ouverte, sortir une fiole de sa poche, enrouler sa veste autour de ses mains et tirer de toutes ses forces sur un des plus grands crocs. Celui-ci lâcha avec un craquement sinistre et Hermione précipita sa fiole sous le trou béant laissé dans la mâchoire. Un filet de venin glissa lentement à l'intérieur et lorsqu'elle en eut assez, Hermione reboucha la fiole, fourra le récipient et le croc dans une poche intérieure de sa veste et se releva. « C'est bon, j'en aurai assez pour badigeonner l'épée et dans le pire des cas, ça sera toujours utile si on ne la récupère pas … », marmonna-t-elle plus pour elle-même que pour les deux garçons.

Draco regardait la carcasse, pensif. « C'est vraiment Potter qui a buté ce monstre tout seul en deuxième année ? », demanda-t-il, dubitatif.

« Bien sûr que non. D'ailleurs ce que tu vois là, c'est un Basilic vivant, imbécile », persifla Ron tandis que le blond lui jetait un regard mauvais.

« Je posais seulement la question, Weasmoche, pas la peine de monter sur tes grands chevaux … », rétorqua Draco tandis qu'Hermione repartait vers la sortie en levant les yeux au ciel.

« C'est ça… comme si tu ne passais pas ton temps à insinuer qu'Harry n'est qu'un gros menteur à la Gilderoy Lockhart… », maugréa Ron en lui emboîtant le pas.

Les deux rivaux continuèrent de se chamailler jusqu'à atteindre à nouveau l'éboulement, qu'Hermione avait déjà gravi à moitié. Elle passa de l'autre côté et Ron commença son ascension. « Hé Hermione, il est toujours là l'autre fou furieux ? », s'écria Ron tandis que Draco sautait en l'air et tendait le bras pour lui assener un coup de poing dans le mollet.

« Je vous ai entendu, Weasley », répondit Lucius sur un ton qui ne laissait présager rien de bon.

« Oui, oui, il est là », répondit Hermione avec légèreté.

Ron passa à son tour de l'autre côté de l'éboulement et encore une fois, ils durent attendre Draco qui fermait la marche. « Bon, vous avez trouvé un moyen de nous sortir de là ou vous comptez attendre la fin de la guerre ? », fit Ron en époussetant ses vêtements d'un air décontracté. Derrière lui, Draco dévala la pente de pierres et atterrit sur le sol en donnant un grand coup derrière le crâne de Ron.

« Pardon, Weasley, j'ai totalement fait exprès », s'excusa le Serpentard avec un large sourire. Le rouquin le fusilla du regard en se massant l'arrière de la tête tandis qu'Hermione gonflait les joues et soupirait bruyamment.

« Figurez-vous que j'ai trouvé une solution, en effet », fit froidement Lucius en désignant la mue du Basilic, entassée derrière eux. « Avec les moyens du bord. »

Hermione se pencha sur le côté et vit que cinq rectangles de peau blanche et épaisse avaient été découpés dans l'ensemble.

« Lucius a utilisé le même sortilège que celui qui fait voler les balais de Quidditch », pépia Narcissa avec entrain. « On va sortir d'ici en mue volante ! »

Hermione grimaça légèrement. Elle détestait voler, que ce soit sur un balai, un tapis, une mue de serpent ou quoi que ce soit qui ne soit pas un confortable et sécurisant Airbus. En revanche, les garçons semblaient ravis et se ruèrent sur les peaux comme des enfants sur leurs cadeaux de Noël. Hermione en saisit une à contrecœur et s'assit dessus.

« Prends les deux coins à l'avant dans tes mains et sers t'en pour te diriger », fit Draco en prenant place sur sa propre mue. Hermione s'exécuta. A peine avait-elle levé les coins, que la mue se souleva à quelques centimètres au-dessus du sol. La grimace d'Hermione s'accentua. Oh misère…

D'un geste hésitant, elle ramena les coins vers elle… et partit comme une flèche en avant, s'engouffrant directement dans le tunnel qui menait à la sortie du toboggan. Les yeux ronds, les trois Malfoys et Ron la virent disparaître en hurlant comme une démente dans les profondeurs du tunnel. Par réflexe, Hermione baissa aussitôt les coins de sa mue mais avec la vitesse, elle bascula en avant et un second réflexe lui fit remonter les mains. Avant qu'elle n'ait pu comprendre ce qui se passait, elle faisait une embardée vers le haut du tunnel et s'engouffrait dans le toboggan qui revenait aux toilettes des filles, non sans heurter au passage la paroi de pierre de la tête. La vue d'Hermione se brouilla légèrement à cause du choc mais l'instinct de survie lui faisait serrer les doigts sur la mue et elle ne lâcha pas prise. Cependant, la mue prenait de la vitesse et partait à droite, à gauche, si bien qu'Hermione eut tôt fait d'avoir le mal de mer. Une lueur se profila au-dessus d'elle et elle sut qu'elle atteindrait bientôt sa destination. C'est alors qu'une question capitale se fraya un chemin parmi ses neurones.

Comment on arrête ce truc ?

Le rond de lumière s'agrandissait de plus en plus, au fur et à mesure qu'elle approchait et la panique la submergea. Au moment où son corps surgissait à toute vitesse de l'emplacement du lavabo, Hermione lâcha tout et se sentit basculer en arrière. La Gryffondor tomba lourdement sur le dos, au beau milieu des toilettes des filles et poussa un hurlement de douleur étouffé lorsque ses reins entrèrent durement en contact avec le sol. La mue délaissée retomba mollement sur le carrelage et, le souffle coupé, Hermione se mit à tousser comme un tuberculeux en phase terminale. Ouvrant les yeux, elle discerna alors deux frêles silhouettes penchées sur elle. Deux petites première année l'observaient, terrifiées, la bouche grande ouverte et la brosse à dents couverte de dentifrice à la main. Hermione s'assit aussi dignement qu'elle le put et jeta un regard interrogateur aux deux petites filles, comme si le fait de voir une dingue échevelée débarquer en mue volante pendant leur brossage de dents matinal était une chose tout à fait courante à Poudlard.

« Et n'oubliez pas de frotter de haut en bas pendant trois minutes », leur déclara Hermione sur le même ton que ses parents lorsqu'elle était enfant. « L'hygiène dentaire, c'est capital. »

Les deux petites hochèrent la tête lentement, les yeux toujours écarquillés et la bouche toujours béante. C'est ce moment que choisirent les quatre complices d'Hermione pour faire leur apparition sur leurs mues.

« Hermione, est-ce que ça va ? », demanda Draco en sautant de son moyen de locomotion pour s'agenouiller près d'elle.

« Impeccable », assura Hermione tandis que Ron approchait à son tour pour l'aider à se relever. « Laisse-moi juste une minute, le temps de ramasser ma colonne vertébrale et ma dignité et ensuite on pourra y aller… »

Elle se remit sur pied, le menton bien haut et se dirigea vers la sortie des toilettes, aussi raide qu'un manche à balai, en claudiquant légèrement. Narcissa et Lucius échangèrent un regard et elle vit distinctement un coin de la bouche de son époux se relever légèrement. Signe que Lucius Malfoy riait aux éclats… mais dans sa tête. Ils dévisagèrent un instant les deux petites filles, toujours figées de stupeur.

« Ne traînons pas », marmonna Lucius en dépassant Ron qui s'employait à enrouler consciencieusement deux des mues volantes pour les emporter. « Le bruit va forcément attirer quelqu'un. »

~o~

A l'entrée de la Forêt Interdite, Harry et les autres commençaient à trouver le temps long. L'arrivée de Rémus avait certes représenté une certaine distraction, et l'annonce de la naissance du petit Ted également, mais à présent l'attente et l'angoisse avaient pris le pas sur le courage et la détermination. Harry le voyait. Sur les visages qui l'entouraient, dans les regards inquiets, les lèvres pincées, les tressautements de genoux et les doigts crispés sur les baguettes. Le doute. Le Survivant n'avait aucun mal à imaginer les questions que ses alliés devaient se poser en ce moment-même. Et si Hermione n'arrivait pas à récupérer l'épée ? Et si Ginny et Neville étaient introuvables ou pire, morts ? Et s'ils se faisaient prendre ?

Harry tentait tant bien que mal de chasser ces sombres pensées lorsqu'une lueur argentée apparut devant lui. La lueur s'intensifia, grossit et Harry reconnut très vite le Patronus d'Hermione. La petite loutre se tortilla dans les airs et la voix de sa propriétaire retentit dans la clairière.

« Tout le monde va bien, Harry. Ginny et Neville sont en sécurité. L'Armée de Dumbledore est au complet. On a l'épée. On a le venin. A votre tour. » Une pause dans le message, puis la voix d'Hermione reprit. « Oh euh … Ginny dit : zigouille-le, cet enfoiré. Je t'aime… Non, Draco, c'est Ginny qui dit je t'aime à Harry, pas moi… Enfin, Harry tu as compris… Bonne chance à tous. »

Le Patronus s'évapora aussi soudainement qu'il était apparu et à présent, un large sourire illuminait le visage d'Harry. Tout se passait comme prévu. Mieux, ça dépassait ses espérances. Il releva la tête et vit que tous les autres souriaient également. A l'exception de Nott, bien sûr, mais Harry n'en attendait pas moins de sa part. Le Survivant resserra les doigts sur sa baguette et hocha brièvement la tête. « On y va. »

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Pfiouuu c'était le chapitre le plus long de toute la fic ! Je me suis bien amusée en l'écrivant et comme vous l'aurez sans doute deviné (parce qu'à force vous finissez par me connaître), c'était le dernier chapitre avec de l'humour avant un bon bout de temps… puisque dans le prochain, tout va basculer. J'espère que vous avez apprécié cette première phase de lutte anti-Voldy, c'était la partie facile, le reste le sera beaucoup moins ! J'ai hâte d'avoir vos réactions, n'oubliez donc pas la petite review, vous savez à quel point j'aime les recevoir et y répondre ! Bisous à tous et à lundi prochain !

Xérès