The Rise and Fall

Les blas-blas de Xérès : Un chapitre riche en événements et un peu plus léger que le précédent. Je suis vraiment désolée de vous avoir fait verser quelques larmes lundi dernier, mais il le fallait ! Promis, l'ambiance est un peu plus cool dans celui-ci ! J'ai hâte d'avoir votre avis ! Bonne lecture !

Merci à tous mes nouveaux followers (dramionne, ch0upinette), ainsi qu'à Keiry95, ellexa, Loufoca-Granger, Erza Robin, Audrey917000, Piitchoun, Elena Grape, Goutte-de-mer, Eliane Gil, Lety31, MortalFlower, D-dey, Hardcoredrugs, faerycyn, PetitMilou, Petitestef, S2aa, Bebaven, Serdra, Criss-Pine, Lune-Bleue22 pour leurs reviews et à ceux qui sont venus sur ma page Facebook !

RAR :

Ellexa : Lucius n'a pas tout à fait compris encore. Il a quelque chose qui le turlupine, une idée qui lui trotte dans la tête mais il ne va pas avoir l'occasion de les approfondir… pour le moment ! Pauvre Harry, il gère son deuil comme il peut… Mais ne t'en fais pas, la situation va finir par se débloquer ! Bises et merci pour ta review !

Bebaven : Wow merci pour cette immense review ! Je suis contente que ma fic te plaise autant et te fasse ressentir toutes ces émotions ! Tu vas voir dans ce chapitre que tout n'est pas encore réglé entre Hermione et Nott. Pareil pour Draco et les autres, il y a encore des plaies à panser et certaines sont plus profondes que d'autres. Néanmoins, l'ambiance est plus légère que le précédent chapitre. Tous se reconstruisent peu à peu comme ils peuvent. Je suppose donc que tu ne fais pas partie du fan club de Théo (si, si, il y en a !) vu comment tu râles contre lui ! hihi La relation entre Ron et Blaise va te plaire dans ce chapitre, je pense. Ron commence à mûrir sans Harry (et sans Hermione) et je pense que ça lui fait du bien. Merci encore pour cette super review, j'espère que la suite continuera de te plaire ! Bises et à bientôt !

Chapitre 38 : Honey, I'm home.

Le silence était quasi-total dans la chambre forte. Rien ne filtrait. Pas un son, pas une voix, rien d'autre que le léger bourdonnement de la ventilation pour lui tenir compagnie. Pendant les premières heures où elle s'était retrouvée enfermée au fond du couloir dans le gigantesque appartement de Nott, Hermione n'avait cessé de hurler à pleins poumons. Des insultes principalement. Puis les insultes s'étaient changées en supplications et les supplications en sanglots. Puis le silence était retombé. De toute façon, Nott avait quitté les lieux, elle s'égosillait pour rien.

Après seulement six heures de captivité, Hermione sentait déjà revenir de vieilles habitudes qu'elle avait cru enfouies au plus profond d'elle-même. Fixer le même point inlassablement, murmurer des paroles sans queue ni tête pour le simple plaisir d'entendre une voix familière, et pleurer enfin. Pleurer jusqu'à l'épuisement.

Nott n'était revenu que tard dans la nuit. Sans même la réveiller, il était parvenu à ouvrir la porte et à déposer de la nourriture devant son matelas. Lorsqu'Hermione ouvrit les yeux et vit le plateau sur le sol devant elle, son premier réflexe fut de le saisir et de le jeter de toutes ses forces à l'autre bout de la petite pièce, arrosant au passage de jus de fruits et de tartines de pain le mur adjacent. Elle avait à nouveau hurlé, juré, tempêté tout son saoul mais Nott n'avait pas daigné ouvrir la porte. Par Merlin, elle ne savait même pas s'il était là. Hermione avait fini par refermer les yeux, dormant par à-coups et en moins de 24 heures, elle aurait perdu toute notion du temps si elle n'avait pas conservé sa montre à son poignet. L'après-midi du deuxième jour, alors que son estomac malmené par la faim lui faisait souffrir le martyre, elle avait fini par craquer et s'était jetée sur les tranches de pain éparpillées depuis le matin. Le pain avait séché et craquait sous ses dents mais Hermione avait trop faim pour s'en soucier. Elle saisissait la seconde tranche lorsqu'une pensée lui traversa l'esprit.

Et si j'arrêtais de manger… en quelques jours, tout serait fini.

Un frisson lui parcourut l'échine et elle balaya cette idée en mordant derechef dans la tartine. Non, elle devait patienter, laisser le temps à Draco, Harry et Ron d'organiser les recherches. Parce qu'ils la retrouveraient et elle devait conserver ses forces pour le jour où ils la sortiraient de cette pièce.

Le soir venu, Nott avait ouvert la porte et s'était pointé avec un nouveau plateau, contenant une assiette de carottes et de petits pois, un filet de dinde et une pomme. Hermione mourrait de faim, les deux tartines avalées en 48 heures n'étant largement pas suffisantes. Mais le petit sourire satisfait qu'avait esquissé Nott en la voyant observer la nourriture avec envie l'avait fait sortir de ses gonds. Furieuse, elle lui avait jeté le plateau au visage sans un mot et avant d'avoir pu réagir, Nott s'était retrouvé couvert de viande et de légumes, les petits pois s'attardant dans ses cheveux et roulant sur ses épaules puis sur le sol. L'expression que Nott avait eue à ce moment-là était absolument jouissive. Hermione savait qu'elle le paierait cher, mais elle s'en fichait. Ça en valait la peine.

En effet, le jeune homme avait refermé la porte et elle ne l'avait plus vu pendant deux jours supplémentaires, au cours desquels elle remplissait son estomac de l'eau du petit lavabo posté dans un coin. Buté comme ils l'étaient, l'un comme l'autre, cette petite guéguerre psychologique pouvait durer un moment… Hermione sentait déjà qu'elle perdait à vue d'œil les malheureux kilos que la fabuleuse nourriture de Molly Weasley lui avait permis de reprendre après sa captivité au Manoir. Mais pour l'instant, elle s'estimait heureuse. Au moins cette fois, ses ongles étaient entiers, son visage était intact et elle ne souffrait pas le martyre. Une nette amélioration, en somme…

Quelques petits pois ayant roulé un peu partout dans la pièce, elle entreprit de les manger un à un, à intervalles réguliers. Malheureusement, le gros du plateau s'était renversé dans le couloir et alors que son estomac grognait pour la millième fois au moins, Hermione se surprit à regretter son geste d'humeur.

Lorsque Nott revint deux jours après l'incident, avec un autre plateau, elle n'eut pas le cœur de gâcher celui-là et l'accepta sans un mot. Un steak et des pâtes, cette fois. Protéines et féculents. Nott avait vraisemblablement l'intention de la garder en vie et en bonne santé. Elle avança la main vers les couverts et se figea. Des couverts en plastique. La Gryffondor saisit le couteau blanc entre ses doigts et le leva en direction de Nott avec un regard à la fois interrogateur et méprisant.

« Je ne suis pas stupide, Hermione », déclara Théodore en plissant les yeux. « Je t'ai vu essayer de briser une vitre avec un tisonnier. Je n'imagine même pas ce que tu serais capable de faire avec un vrai couteau à viande… »

Pour toute réponse, Hermione secoua la tête et entreprit de découper son steak haché. La première bouchée fut tellement délicieuse qu'elle faillit laisser échapper un soupir de contentement. Mais elle se retint. Hors de question de lui faire cette satisfaction. Au lieu de ça, elle lui décocha un regard meurtrier et Nott soupira, faisant mine de quitter la pièce et de refermer la porte derrière lui.

« Attends ! », s'écria Hermione, qui préférait prolonger au maximum le temps d'ouverture de sa prison. Même s'il s'agissait de cet enfoiré de Nott, une visite était une visite. Elle vit Théodore interrompre son geste et se tourner vers elle, avec une expression narquoise.

« Tiens donc, tu as retrouvé ta langue, on dirait ? », railla-t-il tandis qu'elle rougissait de colère et enfournait une bouchée de pâtes.

« Je peux savoir où est-ce que tu passes tes journées ? », cracha-t-elle, ignorant sa remarque.

Le Serpentard leva les sourcils. « Pourquoi, ça t'intéresse ? »

« Pas vraiment », rétorqua la Gryffondor en le fusillant du regard. « Mais tu me laisses seule ici des heures durant. Je fais quoi, si tu décides un jour de ne pas revenir ? »

« Pourquoi est-ce que je ne reviendrais pas ? », demanda-t-il en croisant les bras.

Hermione éluda. « Et s'il y a un incendie dans l'immeuble ? Ou une fuite de gaz ? Et que tu n'es pas là ? Comment est-ce que je suis censée m'en sortir sans magie et enfermée ? », reprit-elle avec hargne.

Théo gloussa. « Sois tranquille, j'ai tellement blindé cet appartement de sortilèges que même si un Feudeymon décidait de ravager toute la ville, le seul endroit encore debout, ce serait ici. »

« Et c'est où, ici ? », demanda-t-elle de nouveau.

« La France* », répondit nonchalamment Nott en français, avec une expression amusée.

« Merci j'avais deviné », grommela-t-elle en avalant ses dernières pâtes. « Mais où exactement ? »

« Décidément, c'est ton truc, les questions inutiles… », soupira Nott en passant une main dans ses cheveux. « A quoi ça t'avancerait de le savoir ? »

Hermione ne répondit pas. A prévenir Draco si jamais je trouve un moyen de communiquer. Mais évidemment, elle ne pouvait pas dire cela à Nott. Celui-ci la regarda d'ailleurs comme s'il essayait de la sonder et à voir sa mine déconfite, Hermione comprit que le blocage, quelle que soit son origine, persistait.

« Un problème, Théo ? », demanda-t-elle avec un sourire mauvais. Il y répondit par un regard noir.

« Comment est-ce que tu as fait ? », demanda-t-il froidement.

« Fait quoi ? »

« Ne joue pas à ce petit jeu avec moi, Hermione… », gronda-t-il en s'agenouillant pour se mettre à sa hauteur. « Comment est-ce que tu m'as sorti de ta tête ? »

Le sourire d'Hermione s'élargit tandis qu'une idée folle faisait son chemin dans son cerveau, et elle plongea son regard dans les iris d'un noir profond de Nott. « Disons qu'il y a deux hypothèses possibles », souffla-t-elle avec un air de défi.

« Lesquelles ? »

« Eh bien, d'abord, j'ai pensé que c'était arrivé en détruisant le Horcruxe d'Harry… », commença-t-elle mais il la coupa aussitôt.

« Impossible », dit-il sèchement. « Ce n'est pas là que c'est arrivé et d'ailleurs, ce n'est pas du tout le même type de magie. C'est incompatible. »

« Je vois … », reprit Hermione d'une voix à peine audible. « Alors ce ne peut être que la deuxième solution. »

« Qui est ? », demanda Nott qui commençait à s'impatienter.

Hermione se releva sur ses genoux, pour mettre son regard au même niveau que celui de Nott et releva le menton. Elle adorait son expression agacée. Elle voulait lui faire mal, elle voulait qu'il se mette en colère, elle voulait le pousser dans ses derniers retranchements, comme il le faisait avec elle. C'est pourquoi elle rassembla son courage et répondit : « Disons que tu n'as plus le monopole de mon corps, mon cher Théo. Et si tu te poses la question, la réponse est : oui, Draco est bien plus doué que tu ne le seras jamais. »

Elle vit le visage de Théo se décomposer lentement tandis qu'il saisissait tout le sens de sa phrase. Elle vit la colère se frayer un chemin lentement dans ses veines et teinter ses joues pâles de rouge. Elle vit autre chose (de la jalousie ?) passer dans son regard furieux. Parfait.

Prenant Nott par surprise, Hermione saisit son plateau par un côté et l'envoya frapper de toutes ses forces la tempe gauche de Théodore. Le garçon poussa un cri de douleur et s'effondra sur le côté. Il levait la main devant lui pour essayer de lui jeter un sort lorsqu'Hermione brandit de nouveau son plateau et en abattit la tranche sur le poignet levé. Un craquement sonore retentit et Hermione pria pour que ce soit le bras de Nott et non le plateau qui avait émis ce son hautement satisfaisant. Mais elle dut se rendre à l'évidence, en remarquant la grande fissure qui traversait désormais le plateau en longueur, que ce n'était pas son bras. Jetant son arme brisée sur le côté, elle bondit sur ses pieds tandis que Nott saisissait dans son autre main son poignet blessé avec un grognement de douleur. Elle contourna sa silhouette agenouillée sur le sol et passa la porte en acier, contre laquelle elle s'appuya de toutes ses forces pour la refermer. Le verrou claqua et Hermione ne demanda pas son reste. Elle remonta le couloir à toute allure, glissant légèrement sur le parquet ciré, fit irruption dans le salon et se rua sur les fenêtres, sachant que tester la porte d'entrée serait une perte de temps. Mais les fenêtres résistèrent tout autant à son acharnement. Elle reprit le tisonnier et l'abattit plusieurs fois sur les vitres, mais elles devaient également être ensorcelées car elles ne bougèrent pas d'un poil.

« Merde ! », hurla Hermione d'une voix aiguë. Sans se séparer de son arme improvisée, elle se mit en quête de la dernière chose qui pourrait la sauver. La baguette des Malfoys. Théodore la lui avait prise en arrivant dans cette ville, il l'avait forcément gardée quelque part. Elle fonça vers le buffet et entreprit de retourner chaque tiroir, mais à part de la vaisselle et des accessoires de salon/salle à manger, rien ne ressemblait de près ou de loin à une baguette. Elle repartait dans le couloir afin de fouiller les autres pièces lorsqu'à l'autre bout du couloir, la porte en acier s'ouvrit toute grande, avec tant de force que le battant vint frapper la cloison adjacente, laquelle trembla violemment. Théodore se tenait dans l'encadrement, sa main valide levée, et le visage déformé par la colère. Hermione se figea au milieu du couloir, les doigts crispés autour de son tisonnier.

Lorsque Nott fit quelques pas lourds dans sa direction, elle brandit son arme, prête à frapper. « Reste où tu es ! », s'écria-t-elle en tentant de dominer sa peur. La noirceur que Nott dégageait en ce moment précis était la même que ce jour-là. La même que lorsqu'il était entré dans sa cellule pour la violer. Ignorant ses avertissements, le jeune homme avança de nouveau et Hermione donna un coup de tisonnier dans le vide pour lui montrer qu'elle ne plaisantait pas. « N'avance plus », reprit-elle, mais sa voix n'était plus qu'une plainte qui sentait la panique à plein nez.

Cette fois, Nott obéit et ils s'observèrent un instant en chiens de faïence, dans un silence tendu et pesant.

« Où est ma baguette ? », demanda Hermione, le tisonnier toujours brandi devant elle.

« Ta baguette ? », se moqua Nott en éclatant d'un rire sans chaleur. « Il va falloir revoir tes pronoms possessifs, ma belle. »

« Tu vois parfaitement de quelle baguette je veux parler », cracha-t-elle en donnant un autre coup de tisonnier dans sa direction.

Nott la considéra quelques secondes avec colère puis un sourire mauvais se dessina sur son visage et Hermione sentit un frisson de terreur parcourir tout son corps.

« Elle est en lieu sûr, quelque part », fit Théodore en écartant les bras. « Maintenant sois raisonnable. Pose ça. »

« Je veux ma baguette, Nott », rétorqua Hermione en resserrant sa prise sur le manche.

« Sois gentille, ne m'oblige pas à t'arracher encore une fois ce truc des mains », reprit-il d'un ton doucereux.

« Ma baguette », siffla Hermione, qui commençait à sentir les larmes lui piquer le nez.

Nott secoua la tête en signe de dénégation et fit un nouveau pas dans sa direction. La pointe du tisonnier siffla en rasant le nez de Nott mais il n'esquissa pas le moindre mouvement de recul. Son sourire était à présent si large qu'il donnait envie à Hermione de hurler.

« Ils viendront me chercher. Harry, Ron et Draco. Et quand ils me retrouveront, tu passeras un sale quart d'heure », souffla-t-elle, tremblante de peur et de colère.

Là-dessus, toute colère sembla disparaître des traits de Nott et il éclata de rire. Un rire franc, sincère, presque normal. « Ça, ça ne risque pas… », s'esclaffa Théodore tandis qu'un poids écrasait soudain le cœur d'Hermione.

« Quoi ? », couina-t-elle, terrorisée par ce qu'il allait dire ensuite.

Nott cessa de rire aussi soudainement qu'il avait commencé et plongea son regard noir dans le sien. « Mais enfin, Hermione… tu es morte », fit-il d'une voix étonnée, comme si c'était une évidence. « Ou du moins, j'ai fait en sorte qu'ils le croient et pour tout te dire … ça a marché ! » Nott regarda un instant l'expression d'Hermione tandis qu'elle digérait la nouvelle. Ses doigts s'étaient légèrement desserrés autour du tisonnier et elle avait baissé les bras, comme si le poids de son arme était subitement devenu trop lourd pour elle. La pointe du tisonnier se planta sur le sol et Nott referma les deux mètres qui les séparaient. Avec une lenteur toute calculée, il prit dans sa main valide la joue gauche d'Hermione et la caressa du pouce. « Oh et écoute ça… », reprit-il en chuchotant, tandis qu'Hermione se mettait à trembler sous ses doigts. « Hier… ils t'ont même enterrée. »

Le tisonnier lui échappa des doigts et s'abattit avec un bruit métallique sur le parquet ancien. Hermione ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Elle avait l'impression de manquer d'air. Morte… enterrée ?...

Nott approcha son visage de celui d'Hermione et se pencha pour murmurer juste à côté de son oreille. Tout contre lui, la jeune fille, tétanisée, tremblait désormais comme une feuille. « Personne ne va te chercher, Hermione. Jamais. Car pour eux, tu es actuellement en train de pourrir dans une boîte, à six pieds sous terre. Ta place est ici, maintenant. Avec moi. »

Se reculant doucement, Nott frôla la joue d'Hermione de ses lèvres, y recueillant délicatement une larme qui roulait sur sa pommette.

Ils ne me cherchent pas. Draco ne me cherche pas.

A cet instant, Hermione sentit Nott tressaillir et elle tourna ses yeux écarquillés d'horreur vers son visage, si proche. Il avait fermé les yeux et semblait assailli par quelque chose. Quelque chose d'intérieur.

La respiration de Théo s'accéléra. Il venait à nouveau de la sentir. La peur, le désespoir, l'abandon, l'horreur, la déception. Un imbroglio de sentiments venait de déferler sur lui comme une avalanche et il laissa à son organisme le temps de se réhabituer. Puis rouvrant les yeux, il croisa ceux terrifiés d'Hermione et sourit. Il colla son front contre le sien, puis fit glisser son index sur la tempe de la jeune fille. Puis avec un petit rire insupportable, il tapota doucement le crâne d'Hermione du doigt et chantonna :

« Chérie, je suis rentré à la maison… »

~o~

Narcissa Malfoy se remit à tourner en rond dans le couloir sombre du Département de la Justice Magique, s'attirant le regard agacé de l'avocat de Lucius, Maître Janus Mercer.

« Les portes seront ouvertes d'une minute à l'autre, Mrs Malfoy. Par Merlin, dominez-vous », grommela le petit homme bedonnant en fourrageant dans le dossier de son client. Un dossier très maigre, par ailleurs, seulement quelques pages. Autrement dit, peu d'arguments de défense. Narcissa cessa de tourner en rond, jeta un regard méprisant en direction du petit homme, resta immobiles quinze secondes puis se remit en mouvement, marchant cette fois de long en large. L'avocat poussa un soupir et secoua la tête.

« Ecoutez, ça ne sert à rien de vous mettre la rate en court bouillon… », reprit-il en la suivant des yeux. « Le sort de votre mari est déjà plus ou moins scellé. Le Magenmagot a passé la matinée à statuer sur son cas et ils ne comptent pas faire durer la session de l'après-midi indéfiniment. Ils ont un sacré nombre d'autres chats à fouetter, si vous me passez l'expression. Je vais terminer ma plaidoirie, si l'on peut appeler ça comme ça étant donné la maigre quantité d'éléments en faveur de Lucius dont je dispose, et ensuite votre mari sera condamné à la prison. Probablement pour une vingtaine d'années… »

« Rappelez-moi pourquoi je vous paye, déjà ? », ironisa Narcissa en lui jetant un regard glacial.

« Pour assurer la défense de votre époux », rétorqua l'avocat sans se laisser démonter. « Mais avouez qu'il n'est pas aisé de défendre l'indéfendable, à fortiori lorsque le jury a pris sa décision avant même d'avoir entendu ce que j'ai à dire. »

« Allez-vous faire voir », maugréa Narcissa d'une voix à peine audible.

L'avocat soupira au moment où la porte de la salle s'ouvrait sur un membre du Magenmagot en toge noire. Il regarda Narcissa et l'avocat, puis leur fit signe d'entrer. Narcissa se dirigea vers la porte mais se retourna en entendant une jeune secrétaire accourir en direction de Maître Mercer.

« Maître ! », appela la secrétaire, perchée sur ses hauts talons qui cliquetaient sur le carrelage. « Maître, il faut que vous veniez, c'est très important. Quelqu'un désire vous parler. »

« Ce n'est pas vraiment le moment, mon petit », fit l'avocat sur un ton condescendant. « Demandez-lui de revenir d'ici une heure, il n'y en aura pas pour longtemps de toute façon… », ajouta-t-il en désignant Narcissa du pouce, par-dessus son épaule. Celle-ci ouvrit la bouche avec une expression outrée.

« Justement, Maître, c'est en rapport avec le cas de Mr. Malfoy… », reprit la secrétaire en regardant Narcissa d'un air hésitant.

L'avocat et sa cliente échangèrent un regard. « Bien, hum. Narcissa, entrez, je reviens tout de suite. Dites au Magenmagot de patienter quelques minutes. »

Narcissa regarda Janus Mercer s'éloigner aux côtés de la petite secrétaire et fronça les sourcils. Puis elle pénétra dans la salle et on lui indiqua une rangée de sièges, derrière le box de l'accusé. Les gradins étaient quasiment vides, le procès se déroulant à huis clos et les pas de Narcissa résonnaient tandis qu'elle prenait place. Dans le box se trouvait Lucius, le visage parsemé d'une barbe naissante et de gigantesques cernes lui mangeant la moitié des joues. Narcissa lui trouva un air absolument misérable mais se retint de tout commentaire. Car lorsqu'il se retourna pour la regarder approcher, Narcissa sentit qu'il n'avait pas été aussi heureux de la voir depuis le jour où elle s'était avancée vers lui dans sa robe de mariée. Elle s'assit juste derrière et il se pencha pour lui parler. Aussitôt un gardien vint se poster près d'eux afin d'écouter leur échange et s'assurer qu'ils ne parleraient pas du procès.

« Comment va Draco ? », demanda Lucius dans un souffle.

Narcissa sentit sa gorge se serrer et elle répondit par un « Bien » étranglé. « Il est réveillé et … il survit », dit-elle simplement. Ce qui n'était pas un mensonge. Depuis son éveil, Draco survivait plus qu'il ne vivait.

Lucius hocha la tête. « Bien… et toi ? »

Narcissa haussa les épaules. « On fait aller… On devrait pouvoir récupérer le Manoir après ta condamnation. J'y suis allée il y a deux jours et il est tout à fait habitable. Certes, la plupart de nos objets de valeur ont été pillés après notre désertion et le reste a été détruit, mais les murs sont toujours là. »

« Où est-ce que tu vis ? », demanda Lucius en fronçant les sourcils.

« Pour l'instant, à l'hôpital. Blaise et moi dormons avec Draco dans sa chambre. » Mais elle n'en dit pas plus. Parler de Draco la rendait nerveuse.

Derrière son pupitre, le Juge Tibelius Ogden se racla bruyamment la gorge. « Mrs Malfoy », tonna-t-il sèchement. « Où est Maître Mercer ? N'est-il pas chargé d'assurer la défense de l'accusé ? Ceci dit, nous pouvons tout à fait nous passer de lui… »

Quelques rires s'élevèrent parmi les autres membres du Magenmagot et Lucius les fusilla du regard. « Maître Mercer a été appelé alors que nous nous apprêtions à entrer », répondit Narcissa avec froideur. « Il y aurait de nouveaux éléments du côté de la défense. » A vrai dire, elle n'en savait rien mais elle n'allait pas rater une occasion de rabattre le caquet de ces vieux fonctionnaires tordus.

Lucius lui jeta un regard interrogateur. « Comment ça de nouveaux éléments ? »

Mais il n'obtint pas de réponse car Mercer choisit ce moment pour faire son entrée dans la salle et trotter jusqu'à sa chaise, aux côtés de Lucius.

« Ah vous voilà, Maître », bougonna Ogden en le toisant depuis son pupitre. « Nous allons pouvoir commencer… »

« Tout à fait, Monsieur le Juge », répondit Mercer avec un air suffisant. « Je souhaiterais appeler un témoin à la barre. »

Un murmure d'étonnement parcourut la salle et le Juge étouffa un gloussement. « Vous voulez dire un témoin en faveur de votre client ? », demanda-t-il d'un moqueur insinuant que c'était à peine croyable. Narcissa le toisa avec colère.

Lucius lui-même semblait partager l'avis du Juge et il dévisagea son avocat avec une expression de totale incrédulité.

« C'est cela, Votre Honneur. J'appelle donc Mr. Harry James Potter à la barre ! », clama l'avocat avec un petit sourire insolent.

Là où il y avait eu un murmure surpris quelques secondes plus tôt, on entendit cette fois des cris d'étonnement et de protestation. Quant à Lucius, il restait figé, la bouche ouverte et fixait son avocat, qui semblait très fier de lui. Narcissa fit volte-face et vit les portes s'ouvrir. Un Harry Potter à l'air presque aussi misérable que l'accusé fit son entrée et s'installa en silence derrière la balustrade à la gauche du Juge Ogden, dont les yeux semblaient vouloir sortir de leurs orbites.

Un silence de mort s'abattit dans le tribunal, bientôt brisé par un raclement de gorge de Mercer, qui s'apprêtait à poser ses questions au témoin. Le Juge sembla sortir de sa stupeur et se tourna vers Harry.

« Monsieur Potter, jurez-vous sur la nouvelle Constitution Magique de parler sans haine et sans crainte, de dire toute la vérité, rien que la vérité ? », demanda Ogden, visiblement très contrarié par ce revirement de situation.

« Je jure de parler sans haine et sans crainte, de dire toute la vérité, rien que la vérité », répondit Harry sur un ton monocorde, tandis que Maître Mercer se dandinait jusqu'à la barre avec un air supérieur.

« Monsieur Potter », commença Mercer en sortant une paire de lunettes de sa poche pour les chausser sur son nez. « Est-il vrai que l'Ordre du Phoenix a recueilli Mr et Mrs Malfoy, ainsi que leur fils Draco, lorsque ceux-ci ont décidé de fuir les rangs de Vous-Savez-Qui dans le courant du mois de mars dernier ? »

« C'est exact », répondit Harry. « Draco Malfoy a également permis à l'une des membres de l'Ordre de s'échapper des prisons qu'abritaient leurs sous-sols. »

Lucius, dont la bouche ne s'était toujours pas refermée, dévisagea Harry avec stupeur. Mais qu'est-ce que ce gamin est en train de faire ? On avait pourtant passé un marché ?!

« Oui, il s'agissait de … » Mercer fouilla dans ses papiers, en prit un et le lut rapidement. « Miss Hermione Granger, c'est bien cela ?… »

« C'est bien cela », répéta Harry en tentant de rester impassible. Il ne parvenait pas à prononcer le nom d'Hermione, et même l'entendre lui était difficile. Toutefois, il parvint à garder son calme.

« Et ensuite, qu'a fait l'accusé ? », demanda Mercer en commençant à marcher de long en large sous le nez d'Ogden, lequel tirait une tête de six pieds de long.

« Mr. Malfoy a proposé de nous épauler lors de la Bataille de Poudlard », répondit Harry, tandis que de nouveaux murmures parcouraient l'assemblée.

« Et vous avez choisi de lui faire confiance ? Après tout ce qu'il a fait par le passé, en tant que Mangemort ? », demanda Mercer avec un sourire.

Harry hocha la tête. « Nous avons pris le risque. »

Tous les regards convergeaient à présent vers Harry et vers l'avocat bedonnant qui se trémoussait en contrebas.

« Monsieur Potter, est-il vrai que c'est vous qui avez demandé à témoigner ici en la faveur de mon client ? », demanda Mercer.

« C'est le cas », répondit Harry en ignorant tant bien que mal le regard venimeux du Juge Ogden. « C'est d'ailleurs la raison pour laquelle vous avez eu un peu de retard tout à l'heure et je prie le Magenmagot d'avoir l'amabilité de m'en excuser. »

Ogden grogna.

« Et puis-je vous demander pourquoi vous avez décidé de témoigner ? », reprit Mercer, conscient qu'il s'apprêtait à porter le coup fatal.

Harry prit une longue inspiration. Il croisa le regard de Lucius, pétri d'incompréhension, et celui plein de larmes de Narcissa, juste derrière lui. « La Bataille contre Voldemort… » Tous tressaillirent. Même mort, le nom du sorcier restait imprononçable pour la plupart. « … venait de prendre une très mauvaise tournure. Nous étions dominés par les Mangemorts et Voldemort s'apprêtait à en finir avec moi. »

Ses yeux verts toujours rivés sur ceux de Lucius, Harry lui adressa un regard empli de reconnaissance. « L'accusé est alors intervenu et il a détourné l'attention de Voldemort à notre avantage. Suffisamment longtemps pour que nous puissions mettre un terme à cette guerre. »

Un concert de protestations s'éleva dans l'assemblée et Mercer dut pratiquement crier sa dernière question pour couvrir le tumulte. « Quelles sont donc vos conclusions personnelles sur l'accusé, Mr Potter ? »

Ogden frappa son pupitre plusieurs fois à l'aide de son maillet pour ramener le calme et Mercer reposa sa question.

« Alors, Mr Potter, vos conclusions ? »

Harry se tourna cette fois vers le Juge Ogden et les autres membres du Magenmagot et déclara d'une voix forte et claire : « Ma conclusion est simple : sans Mr. Malfoy ici présent, Voldemort m'aurait tué. Nous aurions perdu la guerre, et vous n'auriez certainement pas pu rédiger votre nouvelle Constitution qui semble vous tenir tellement à cœur, Monsieur le Juge. »

Ce fut alors le tollé général. Des cris de désapprobation, des clameurs furieuses s'élevèrent sur les bancs du jury et le Juge Ogden lui-même semblait à deux doigts de faire une crise cardiaque. La journaliste chargée de couvrir les procès des Mangemorts, tapie dans un coin de la salle, ne maîtrisait plus sa plume à papote, qui ne cessait de noircir d'encre chaque recoin de parchemin.

Ogden abattit avec force son maillet sur son pupitre en hurlant : « PAUSE ! Nous reprendrons dans quelques minutes ! »

Mercer regagna son bureau, sous le regard médusé de son client et rangea ses fiches avec un sourire de triomphe. Pour sûr qu'avec ça, on l'élèverait au rang de grand avocat. Fini le poste de commis d'office, finies les défenses de gros nazes sans le sous. Bonjour Gallions, riches clients et célébrité. Le gardien saisit Narcissa par l'épaule et lui demanda de quitter la salle. Harry la suivit, imperturbable et lorsqu'ils se retrouvèrent dans le couloir, Narcissa se retourna et le prit dans ses bras.

« Oh Merlin, oh Merlin, oh Merlin… », glapit Mrs Malfoy en étouffant littéralement le Gryffondor.

« Mrs… Mal-…foy », articula Harry en tentant tant bien que mal de respirer.

« Merci, merci, merci, merci, merci », répéta-t-elle inlassablement, ponctuant chaque « merci » d'un baiser sur le front ou les joues d'Harry.

Lorsqu'elle consentit enfin à le lâcher, Harry recula d'un pas et passa une main nerveuse dans ses cheveux. « Ne me remerciez pas… », répondit-il en détournant les yeux. « Je l'ai fait parce que cela me semblait juste. »

Narcissa pinça les lèvres pour s'empêcher de le couvrir à nouveau de remerciements.

« Je… je dois y aller… j'ai … des choses à faire », marmonna Harry en lui tournant le dos pour s'éloigner précipitamment. Bien entendu, c'était un mensonge. Cela faisait des jours qu'Harry ne faisait plus rien. Plus rien à part broyer du noir.

Narcissa le regarda s'éloigner, une main sur son cœur qui battait la chamade. Elle ne sut pas exactement combien de minutes s'écoulèrent jusqu'à ce que la porte de la salle s'ouvre à nouveau sur un Mercer à l'air réjoui.

« Mrs Malfoy ? J'ai de bonnes nouvelles ! », s'écria-t-il tandis qu'elle pivotait pour lui faire face. « Je viens d'avoir un entretien avec le Juge, il était furieux. Vous imaginez ? Le grand Harry Potter qui se déplace pour témoigner en faveur d'un Mangemort ! C'est le genre d'histoires dont raffolent les médias ! »

« Vraiment ? », demanda Narcissa avec une moue dubitative.

« Ne soyez pas étonnée si vous recevez une proposition d'interview de la Gazette, en tous cas… », assura Mercer en hochant la tête. « Enfin bref, inutile de vous dire qu'il leur est désormais impossible d'être trop sévères avec votre époux. Depuis qu'il nous a débarrassés de Vous-Savez-Qui, les paroles du jeune Potter sont devenues quasi-sacrées. Les ignorer et condamner tout de même Lucius à perpétuité attirerait certainement les foudres de la population sur le Magenmagot. Hors Ogden vise un poste plus élevé, du genre Ministre de la Magie et pour cela, il va avoir besoin de la sympathie des foules … »

« En d'autres termes ? », l'interrompit Narcissa, pressée d'en venir au fait.

« En d'autres termes… votre mari va vraisemblablement être condamné à une peine allégée. Il ira en prison, c'est certain, mais n'y restera pas longtemps. Venez, le Juge va rendre son verdict. »

Narcissa suivit à nouveau le petit homme à l'intérieur du tribunal et se rassit derrière Lucius, qui semblait toujours avoir du mal à réaliser ce qu'il venait de se passer. La journaliste avait enfin réussi à reprendre le contrôle de sa plume à papote et attendait impatiemment le fin mot de l'histoire avant de se ruer jusqu'à la Gazette pour finaliser son papier.

Ogden se replaça à son pupitre, avec une expression passablement irritée plaquée sur ses traits. « LUCIUS MALFOY », aboya-t-il, bien qu'il n'y ait aucun bruit dans la salle pouvant justifier de hausser le ton. « Comme nous l'a fait remarquer le poignant témoignage de Mr. Potter, les apparences sont parfois trompeuses. Malgré votre passé, malgré vos choix de vie douteux et vos principes plus que discutables, un héros de guerre vous a accordé sa confiance et par vos actes et votre comportement récents, il semblerait que vous vous en soyez montré digne. C'est pourquoi la Cour vous condamne par la présente à six mois d'emprisonnement ferme à Azkaban, assortis d'une période de probation de trois ans sous étroite surveillance de notre nouveau gouvernement. Bien entendu, votre dossier sera conservé avec ceux de vos compagnons Mangemorts et le moindre soupçon quant à de futurs agissements ayant de près ou de loin un rapport avec la magie noire signifiera pour vous un retour simple et définitif à Azkaban. Me suis-je bien fait comprendre, Mr Malfoy ? »

L'interpellé marmonna quelque chose d'inintelligible tandis que Narcissa poussait un long soupir de soulagement.

« Pardon, vous dites ? », grommela Ogden. « Plus fort, Malfoy. »

« J'ai dit : oui, Monsieur le Juge », répondit Lucius cette fois d'une voix plus assurée. Il n'arrivait toujours pas à croire ce qu'il venait de vivre. Au cours de la semaine passée dans les salles d'interrogatoire du Ministère, il s'était préparé à une peine à perpétuité, au baiser du Détraqueur, à tout sauf à ça.

« Parfait », maugréa le Juge en donnant un coup de maillet rageur sur son pupitre. « Et quand vous sortirez dans six mois, il serait de bon ton de remercier Monsieur Potter. Sans lui, je vous aurais volontiers jeté au fond d'un trou, que j'aurais ensuite rebouché avec une grosse pierre bien lourde… »

Lucius le fusilla du regard tandis que la journaliste se ruait hors de la salle emportant plume, parchemins et attaché case. Un garde approcha alors jusqu'à lui. « Mr. Malfoy, vous avez cinq minutes pour dire au revoir à votre femme… »

Lucius se retourna vers Narcissa qui lui sourit tristement.

« Six mois ce n'est pas la fin du monde, pas vrai ? », lui dit-elle en prenant sa main menottée au box dans la sienne.

De son bras libre, Lucius entoura les épaules de Narcissa et l'attira contre lui. « Ce sera vite passé. Occupe-toi bien de Draco en attendant. »

« Et de Blaise », ajouta Narcissa en l'enlaçant à son tour. « Je veux qu'il reste avec nous. C'est vraiment un garçon adorable et il n'a nulle part où aller. »

Lucius ne répondit pas. Il se contenta de serrer sa femme dans ses bras pour la dernière fois avant longtemps. Puis un détail lui revint. Il avait eu le temps de réfléchir pendant cette semaine de captivité et il fallait qu'il lui demande quelque chose.

« Ecoute, Cissy… », souffla-t-il avec une hésitation. « Je sais que tu l'as mal pris la dernière fois, mais je voudrais vraiment… vraiment que tu cherches cette baguette. C'est très important. »

Il sentit Narcissa soupirer contre son épaule, puis hocher la tête. « Je vais voir ce que je peux faire… », concéda-t-elle en s'écartant pour le regarder. « Je ne sais pas si je vais avoir le temps pour le moment, il y a le Manoir à remettre en état, les enfants à installer, Draco qui… enfin, bref. Pourquoi est-ce que le sort de cette fichue baguette t'intéresse autant ? »

Lucius fronça les sourcils. « J'ai un pressentiment. Si la baguette a roulé près de l'endroit où a été retrouvé le corps ou si elle a été récupérée en même temps, alors il n'y aura rien à faire. Dans le cas contraire… il faut seulement que je sois sûr. S'il te plaît. »

« Il faut y aller, Mr Malfoy », les interrompit le garde en saisissant fermement le bras de Lucius.

Celui-ci se tourna une dernière fois vers Narcissa. « S'il te plaît. »

Mrs Malfoy hocha la tête et Lucius lui sourit légèrement, avant de se laisser emporter par le garde. Six mois. Cent quatre-vingt-trois jours. Ce n'était pas insurmontable. Mais si, comme il le pensait, Granger était en vie, enfermée on ne savait où, cent quatre-vingt-trois jours pouvaient très bien représenter une éternité.

~o~

Deux jours plus tard, Ron, Blaise et Mrs Malfoy se trouvaient tous les trois dans la chambre de Draco à Sainte-Mangouste. Depuis le réveil de Malfoy, le rouquin passait de plus en plus de temps avec eux, d'abord parce qu'il espérait que Malfoy finirait par sortir de son mutisme. Ensuite parce que Harry restait introuvable. Il avait quitté sa chambre au Chaudron Baveur et avait disparu de la circulation. Dernière apparition à l'audience de Lucius Malfoy, mais invisible au radar depuis lors.

Depuis quatre jours qu'il était réveillé, Malfoy n'avait quasiment pas bougé. Il restait assis dans son lit à fixer inlassablement les toits de Londres qui s'étalaient sous ses fenêtres, aussi immobile et silencieux qu'une statue. C'était lorsqu'il dormait qu'il donnait le plus souvent signe de vie. Ses nuits étaient agitées, ponctuées de cauchemars et les infirmières accouraient souvent, alertées par ses cris. Mais dès lors qu'il rouvrait les yeux, il semblait de nouveau se réfugier loin, au plus profond de lui-même et plus un seul son ne sortait de sa bouche.

Aujourd'hui ne faisait pas exception. Narcissa somnolait dans le fauteuil, tandis que Blaise et Ron feuilletaient un magazine de Quidditch en croquant dans des pommes achetées à la supérette. Les yeux bleus du jeune Weasley restaient rivés sur le nouveau Brossdur 12, ses cale-pieds chromés et son manche ergonomique.

« Si le prochain Ministre de la Magie me demande ce que je veux, je lui montrerai ce balai », décréta-t-il en dévorant l'illustration des yeux.

« Pourquoi est-ce que le Ministre de la Magie te demanderait ce que tu veux ? », s'étonna l'Italien.

Ron haussa les épaules comme si c'était évident. « Bah, je ne sais pas… Pour service rendu à la patrie. Ils vont bien nous remercier d'une manière ou d'une autre, à un moment, non ? »

Blaise esquissa une moue dubitative et ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel lorsque Ron l'empêcha pour la troisième fois de tourner la page.

« Attends, attends, il a le manche recouvert de vernis anti-maléfice ? », demanda Ron, la bouche pleine de pomme.

« Bien sûr que oui, c'était déjà un équipement de série sur le Brossdur 11 », répondit Blaise à mi-voix, tout en jetant un regard inquiet en direction de Narcissa. Elle dormait toujours profondément.

« N'importe quoi, je l'ai le Brossdur 11 », protesta Ron avec une mauvaise foi évidente. « Et je suis quasiment sûr que ce but que j'ai laissé passer contre Serpentard l'an dernier, c'était à cause d'un sortilège lancé par l'un de vos supporters… »

« Et moi, je te dis que le Brossdur 11 avait l'option vernis anti-maléfice », répéta Blaise avec un demi-sourire.

« Alors comment tu expliques que mon balai ait fait une embardée juste au moment où le Souafle filait vers mes buts ? », rétorqua Ron en tournant (enfin !) la page.

« Qu'est-ce que tu veux que je te dise, tu es mauvais, c'est tout… », ironisa Blaise tandis que le roux ouvrait grand la bouche d'un air outré, exposant sous le nez de Blaise, dégoûté, les bouts de pomme mâchés. « Attends, c'était quoi l'air déjà ? Weasley est un grand maladroit, il rate son coup à chaque fois… nananananananana… Weasley est notre roi… ? »

L'expression de Ron à cet instant précis fut tellement grotesque que Blaise ne parvint pas à laisser échapper un petit rire aigu.

« Sale serpent », grommela Ron, en tournant une nouvelle page.

« Sssssssss ! », siffla Blaise en montrant les dents.

Cela arracha un sourire à Ron, mais il disparut aussitôt.
Comment est-ce qu'on peut rire dans un moment pareil ? Pourquoi est-ce qu'il est si facile d'oublier seulement une minute ce que l'on est en train de vivre ?, pensa Ron en refermant le magazine pour le jeter sur le petit bureau d'angle. Blaise l'observa et dut comprendre son cheminement de pensée car il baissa les yeux à son tour, toute hilarité envolée.

« Tu sais, Weasley… », murmura Blaise en fronçant les sourcils. « Je suis vraiment désolé pour ton père. C'était un type bien. Et puis Hermione… »

« Je sais », le coupa sèchement Ron en reniflant pour tenter d'apaiser les picotements qui assaillaient à nouveau son nez. « C'est juste que… j'ai l'impression que si je m'autorise à rire ou à penser à autre chose ne serait-ce qu'une seconde… »

« Ce serait comme les trahir ? », acheva Blaise en jouant distraitement avec la fermeture Eclair de sa veste.

Ron hocha la tête. « Quelque chose comme ça. Mais je ne veux pas perdre espoir. Quand Malfoy sera prêt, il nous dira ce qu'il a vraiment vu. Et alors seulement à ce moment-là, on sera fixés. »

Blaise acquiesça gravement et les deux adolescents échangèrent un regard. Ils n'abandonneraient pas. Pas tant qu'ils connaîtraient pas le fin mot de l'histoire.

Quelqu'un frappa alors à la porte de la chambre, qui s'ouvrit doucement. Bill et Ginny s'engouffrèrent à l'intérieur, ce qui réveilla Narcissa. Cette dernière se redressa précipitamment sur son fauteuil, les yeux encore embués de sommeil et sourit doucement en voyant les deux nouveaux-venus avancer vers le lit de son fils, toujours catatonique.

« Bonjour », fit poliment Bill, qui tenait Ginny par les épaules. Celle-ci avait un air misérable, fatigué, et malheureux qui brisa littéralement le cœur de Ron. Le roux réalisa alors que c'était peut-être aussi pour ne pas voir ce genre de visages qu'il avait passé le moins de temps possible avec sa famille ces derniers jours. « Comment va-t-il ? », demanda leur aîné en tournant la tête vers Draco.

« Pas d'amélioration », répondit Blaise. « Mais son état n'empire pas non plus, c'est toujours ça de gagné. »

Bill hocha la tête. Ginny avait tourné la sienne vers Draco et le dévisageait en silence. « Il paraît qu'il a vu quelque chose ? », murmura-t-elle d'une voix faible.

« Ginny… », fit Bill sur le ton de l'avertissement. La remontrance fit monter les larmes aux yeux de sa petite sœur mais elle les refoula tant bien que mal.

« Je dois aller aux toilettes… », souffla-t-elle en sortant de la pièce. Quatre paires d'yeux la suivirent, puis Bill soupira.

« Je suis désolé, elle est comme ça depuis … » Bill se tut. Il ne savait absolument pas comment terminer sa phrase. Depuis que papa est mort ? Depuis qu'Hermione est morte ? Depuis qu'Harry refuse de parler à qui que ce soit et disparaît dans la nature ? « Bref… je suis venu vous porter la Gazette. On parle de vous », ajouta-t-il à l'attention de Mrs Malfoy. Celle-ci lui jeta un regard surpris et prit le journal qu'il lui tendait.

En effet, son nom de famille s'étalait en première page, au-dessus d'un cliché de Lucius et elle s'étreignant après le rendu du verdict. Par Merlin, elle n'avait même pas remarqué qu'on les prenait en photo. Ces journalistes étaient de vrais renards. Levant le nez, elle vit que Blaise et Ron semblaient pendus à ses lèvres, s'attendant certainement à ce qu'elle lise à haute voix. Elle s'éclaircit donc la gorge et s'exécuta.

LES MALFOYS : DES HÉROS INSOUPÇONNÉS ?

Incroyable revirement de situation ce mardi au procès du Mangemort Lucius Malfoy. Alors que tous s'accordaient à dire que Malfoy finirait ses jours dans une cellule d'Azkaban ou accroché aux lèvres d'un Détraqueur, son procès a pris un virage étonnant avec l'arrivée pour le moins inattendue d'un illustre témoin. Par Griselda Bishop.

Maigre. Tel était le qualificatif que l'on pouvait attribuer à la défense de Lucius Malfoy, lorsque son avocat Me Mercer a expédié sa plaidoirie du matin. Peu ou pas d'éléments en la faveur du Mangemort. Celui-ci est d'ailleurs un des rares à s'être payé le luxe tout relatif d'un avocat, les précédents (et les suivants) s'étant contentés d'accepter leur sort en silence. Les preuves s'accumulent contre lui, si bien qu'à midi, lorsque le Vénérable Juge Ogden déclare la séance levée pour deux heures, le mot « perpétuité » est dans toutes les bouches.

Mais coup de théâtre. Le Juge et sa cour reprennent place, l'épouse de l'accusé (voir photo) s'est elle-même déplacée pour l'occasion et l'on peut d'ores et déjà sentir que l'atmosphère a changé. C'est avec une grande fierté et autant d'amabilité, (Narcissa fronça les sourcils et pencha la tête sur le côté) que la Cour accueille à la barre Celui-Qui-A-Survécu. Celui-Qui-A-Tout-Changé. Harry Potter lui-même vient d'entrer dans la salle et jure solennellement sur notre nouvelle Constitution.

La défense prend la parole et sous le regard bienveillant du jury et du Juge Ogden (cette fois, Narcissa ricane carrément et Ron hausse un sourcil), on apprend que l'accusé aurait fui les rangs de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et aurait été recueilli par Potter et l'Ordre du Phoenix, avec sa famille. Mieux encore. Il aurait joué un rôle décisif dans la victoire et la mort du tyran. Et comment réfuter cette version ? Si vous aviez vu comme moi, chers lecteurs, les yeux brillants de larmes et de reconnaissance que le jeune Potter a tournés vers son allié alors qu'il témoignait, vous ne douteriez pas une seule seconde de sa véracité.

Tout le monde dans l'entourage d'Harry Potter n'a cependant pas tiré un trait sur les agissements passés de Malfoy. Selon une source qui souhaite rester anonyme : « Lucius Malfoy a passé un marché avec Monsieur Potter. Il acceptait de l'aider à vaincre Voldemort et de se rendre aux autorités si son épouse et son fils n'étaient pas inquiétés par la justice. » Notre témoin, un professeur émérite dans l'art des Potions, secoue alors la tête et ajoute : « Il ne fait ça que pour protéger les siens et non parce qu'il croit profondément en la mission de l'Ordre. »

Narcissa leva le nez de sa lecture pour pousser un long soupir, tandis que Ron s'esclaffait doucement. « Séverus… », maugréa-t-elle en secouant la tête.

« Heureusement qu'il ''souhaitait rester anonyme'' », railla Ron en mimant des guillemets avec ses doigts. Blaise sourit tandis que Narcissa reprenait sa lecture.

Alors héros de guerre ? Véritable repenti ? Père de famille prêt à tous les sacrifices ? Ou bien Lucius Malfoy n'est-il qu'un truand capable de flouer le grand Harry Potter et la justice elle-même ? La Gazette suppose que nous n'aurons la réponse à ces questions que dans six mois, date à laquelle Lucius Malfoy aura purgé sa peine et réintègrera la société. En page 4, le résumé des autres procès de Mangemorts (affaires Mulciber, Jugson, Goyle…).

Narcissa reposa la Gazette sur ses genoux, perplexe. Bill lui jeta un regard interrogateur.

« Laissez-moi deviner, ce n'est pas exactement comme ça que ça s'est passé, n'est-ce pas ? », demanda-t-il, tandis que Narcissa grimaçait.

« Pas exactement, non », dit-elle avec un petit rire. « Mais l'avocat de Lucius m'a dit qu'Ogden briguait le poste de Ministre de la Magie. Il a dû faire pression sur la journaliste pour qu'elle n'oublie pas de préciser à quel point il s'est montré bienveillant… »

« A ce point ? », demanda Blaise, les sourcils levés.

« C'est simple, si sa bienveillance lui avait permis de cracher au visage de Lucius à intervalles réguliers jusqu'à ce que mort s'ensuive, il l'aurait fait… », maugréa Narcissa en repliant soigneusement le journal, qu'elle jeta ensuite par-dessus le Balai-Magazine des garçons.

Bill sourit. « En tous cas, je tenais à vous féliciter, Mrs Malfoy… pour le procès. » Le jeune homme baissa les yeux, puis les releva vers Narcissa. « Je ne suis toujours pas un grand fan de votre mari, mais… ce qu'il a fait à la Bataille… nous a beaucoup impressionnés. Et nous lui en sommes tous très reconnaissants. »

Narcissa le remercia d'un hochement de tête et sourit.

« Bon, je vais essayer de récupérer Ginny et on va rentrer… Ron, tu comptes te joindre à nous ce soir ? », demanda Bill tandis que Ron détournait lâchement le regard. La seule idée de se retrouver en face de sa mère dévastée, de Ginny dans le même état et des autres, lui nouait l'estomac.

« Non… je vais rester encore un peu ici… », éluda-t-il tandis qu'une expression légèrement déçue passait sur le visage de Bill.

« Comme tu voudras. En tous cas, la porte est toujours ouverte… », acheva-t-il avant de reculer vers la sortie. « Bonne soirée. »

« Salut », fit Blaise avec un sourire encourageant.

« Bonne soirée à toi et merci d'être venu, Bill », le remercia Narcissa en croisant les mains sur ses genoux.

Bill referma la porte derrière lui et le silence retomba dans la pièce. Comme à son habitude, Draco n'avait pas bougé d'un pouce. Blaise tourna la tête vers le petit bureau et son regard se posa sur la Gazette. Il esquissa un sourire. « Notre source anonyme, professeur émérite dans l'art des Potions … », répéta-t-il d'un air narquois.

Tous trois éclatèrent d'un rire nerveux et Narcissa enfouit son visage dans ses mains en secouant la tête. « Oh, Séverus… »

~o~

Théodore pressa ses doigts contre ses tempes. Il avait beau se trouver à près de deux kilomètres de distance d'Hermione, le désespoir intérieur de la jeune fille était tel qu'il l'atteignait jusqu'ici. Après presque cinq jours sans la ressentir, l'intensité des pensées de la Gryffondor était d'autant plus douloureuse pour ses neurones. D'un geste de la main, Théo (dont les traits étaient actuellement ceux de son identité d'emprunt, Peter Gordon) ouvrit la fenêtre pour faire circuler l'air dans son bureau. Puis d'un geste las, il referma l'épais livre qu'il venait d'étudier (ou plutôt de vider de son contenu) et le repoussa devant lui.

C'est à ce moment-là que la porte de son bureau s'ouvrit et le Professeur Lapébie apparut dans l'encadrement. Un large sourire aux lèvres.

« Peter, il faut que vous veniez. Samia et Richard ont trouvé quelque chose », fit précipitamment le professeur, en anglais.

Théo redressa vivement la tête, sa curiosité piquée au vif. Il repoussa son fauteuil et suivit Lapébie dans le couloir. Ils passèrent devant une enfilade de portes avant de pénétrer dans une immense pièce climatisée. Une jeune femme en blouse blanche et un homme d'âge mûr, vêtu de la même manière, se tenaient tous les deux devant un large plan de travail recouvert d'instruments divers. Ils souriaient tout aussi largement que le professeur Lapébie.

« On l'a trouvé* », claironna Samia en français, tout en agitant entre ses doigts un stylo Bic mâchouillé à outrance. « On l'a enfin trouvé.* »

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Oui, oui, je saiiis encore un suspense foireux ! Bon, les choses se précisent quand même ! Pauvre Hermione, il semblerait que ce soit reparti pour un tour… Comment avez-vous trouvé l'intervention d'Harry au procès ? Et la manière dont Ron se détache des siens pour trouver du réconfort ailleurs ? Et enfin la dernière partie sur Nott, des idées ? Normalement, vous devriez trouver ! J'ai hâte d'avoir vos avis et vos théories ! Gros bisous à tous et à la semaine prochaine !

Xérès