The Rise and Fall
Les blas-blas de Xérès : Plus qu'un chapitre avant le 40ème ! J'ai du mal à le croire, c'est la première fois que j'écris une fiction aussi longue ! D'ailleurs, j'espère que vous ne vous lassez pas mais de toute façon, c'est bientôt la fin. Dans quelques chapitres (moins de 10, je pense), l'aventure sera bouclée… Beaucoup de révélations dans ce chapitre, j'espère que cela éclairera vos lanternes ! Bonne lecture et n'oubliez pas de me faire part de vos réactions !
Je dédicace également ce chapitre au héros national Karim Benzema pour les 2 buts et demi contre le Honduras. Oui, je sais, ça n'a rien à voir, mais j'y tiens. u_u
Merci à tous mes nouveaux followers (Olympie, paulinegw, Arnalande, Wingarsia), ainsi qu'à Elena Grape, Goutte-de-Mer, Eliane Gil, Lune-Bleue22, Erza Robin, Piitchoun, Petitestef, Ellexa, Hardcoredrugs, Criss-Pine, Miny M., Audrey917000, sarahblue1, Serdra, Carboplatine, faerycyn, WFdarkness, Keiry95, D-Dey, Mione159, Loufoca-Granger, Lemm, Manon L., Tralala, Perlame, Alaska66, PetitMilou pour leurs reviews et à ceux qui m'ont fait un petit coucou sur Facebook !
RAR :
Ellexa : Draco est réveillé mais dans un état que l'on appelle « catatonie ». Il a les yeux ouverts, mais ne bouge pas, ne parle pas, ne réagit pas. Si tu veux en savoir plus, la page wikipédia dédiée à cet état est très bien expliquée ! (ce serait trop long à écrire dans une réponse de review ^^). Tu en sauras plus sur le retour du lien entre Hermione et Nott un peu plus tard, je ne dis rien :D Bisous et merci à toi !
Lemm : Non, non, non, les français font des trucs mais ce sont quand même des honnêtes gens… La réponse ci-dessous ! Théo ne reviolera pas Hermione (le lien n'a plus besoin de ça mais vous ne le saurez que quand j'aurais décidé de l'expliquer, héhé). Bah quoi, les cliffhangers c'est chouette ? :D Merci pour ta review et bonne lecture !
Manon L. : Cool, félicitations, les exams, le permis, tu fais tout d'un coup, toi ! J'avoue, le « OH le con » de Draco me faisait marrer toute seule quand j'ai imaginé la scène. Et Lucius qui se montre à Voldy « décontracté », pareil, je ne me l'imaginais pas autrement que comme ça. Parce que ce type a la classe et puis c'est tout. Je suis contente que tu aimes la relation Ron/Blaise, l'évolution de leurs personnages me tient beaucoup à cœur. Et puis c'est toi qui abuses, la fin du 38 n'est pas si foireuse que ça (beaucoup moins que celle du chapitre de la Bataille XD). Merci en tous cas pour tes trois longues reviews, j'ai bien ri. Il va falloir que tu trouves de nouveaux noms d'oiseaux pour Nott, car tu n'as pas fini de l'insulter à mon avis ! Bisous et bonne lecture !
Tralala : Merci beaucoup ! J'espère que ça continuera à te plaire ! Bonne lecture !
NB : Toutes les phrases en italique et suivies d'un astérisque sont prononcées en français par les personnages.
Chapitre 39 : A Picture of You
« On l'a trouvé* », claironna Samia en français, tout en agitant entre ses doigts un stylo Bic mâchouillé à outrance. « On l'a enfin trouvé.* »
Théodore s'avança, les sourcils froncés et se pencha sur l'écran d'ordinateur dernier cri de la jeune scientifique. En tant que sorcier, il ne saisissait pas grand-chose à toutes ces technologies, mais en revanche, ses récentes « recherches » littéraires lui permettaient de parfaitement comprendre ce qui s'affichait sur l'écran couleur. Là, juste sous ses yeux et sur la partie gauche de l'écran, s'étalaient plusieurs séries de bâtonnets aux formes irrégulières. Et sur la droite des bandes verticales, en différents niveaux de gris, noir et blanc.
« On a mis le temps, mais Richard et moi avons trouvé où se cachait la magie* », souffla Samia avec une lueur d'excitation dans le regard. « Ta théorie était juste, Peter. La magie est bien dépendante d'un gène* », ajouta-t-elle en s'adressant cette fois directement à Théodore.
« C'est quand même étonnant, la génétique est étudiée depuis des dizaines d'années, pourquoi personne ne l'a trouvé avant ?* », demanda Théo avec un sourire.
« Déjà parce qu'il faut savoir quoi chercher* », répondit Richard avec une grimace. « Et aussi parce que si on m'avait dit un jour que, moi le scientifique cartésien, je devrais chercher un gène qui donne des pouvoirs magiques… je crois que j'aurais ri.* »
« Ou relu ta collection de vieux Marvel sous une toute nouvelle perspective* », railla Samia en croisant les bras. « Il faut aussi savoir qu'on est loin d'avoir trouvé tous les gènes qui composent chacun des chromosomes du caryotype humain, alors un gène inconnu de plus ou de moins, il se fond dans la masse… On les appelle les gènes orphelins.* » Elle se tourna vers l'écran et posa son doigt devant l'un des chromosomes affichés sur la gauche. « C'est d'autant plus difficile lorsqu'on a affaire à un transposon, un gène qui peut se déplacer d'un endroit à un autre dans le génome.* »
Nott hocha la tête. Il se souvenait d'avoir « aspiré » un chapitre d'un bouquin sur les transposons. C'était grâce à ces gènes que les êtres vivants évoluaient en fonction de leur environnement. Résistance aux antibiotiques, résistance aux métaux lourds, production de toxines… On estimait à 45 % le nombre de transposons parmi les gènes humains. Un nombre si élevé que certains en venaient à les considérer comme des parasites génétiques, responsables de mutations et de maladies sur le long terme. La magie, une mutation génétique ? Voilà qui serait intéressant, pensa Théo en plissant les yeux.
« Le gène magique se retrouve le plus souvent sur les chromosomes 8 ou 2* », reprit Samia en désignant les chromosomes concernés du doigt. « D'après ce que j'ai pu voir sur les échantillons cellulaires que Peter nous a fournis, les allèles des gènes de ce qu'il appelle les Sangs-Purs, soit les sorciers issus eux-mêmes de longues lignées de sorciers, sont dominants. Ce qui veut dire qu'un sorcier de Sang-Pur, dont les deux allèles s'expriment et sont co-dominants, a 100 % de chances de les transmettre et d'avoir un enfant sorcier.* »
« Et qu'en est-il des sorciers issus de familles… Mollenues ?* », demanda le professeur Lapébie en jetant un regard inquisiteur en direction de Peter Gordon/Théodore Nott. Il avait beau essayer, il écorchait toujours ce mot (à croire que c'était devenu un jeu) et Nott lui adressa un sourire amusé.
« Moldues, professeur, Moldues…* », répondit Théodore tandis que le scientifique faisait un geste évasif de la main, indiquant que c'était bonnet blanc et blanc bonnet.
« Eh bien, nous n'avons pas encore d'échantillons sanguins ni cellulaires provenant de nés-moldus* », déclara Richard en croisant les bras. « Peter devait nous en fournir…* » Théo détourna les yeux et se frotta l'arrière du crâne avec une expression gênée. « Mais je ne perds pas espoir, dès que ce sera fait et que les résultats seront tombés, nous pourrons soumettre notre découverte à nos sponsors et lancer une étude à plus grande échelle. Et notamment savoir ce qui manque aux Moldus pour avoir des pouvoirs magiques* », reprit Richard en riant doucement.
« Si comme on le pense, il y a un gène récessif chez tous les Moldus (par opposition au gène dominant des sorciers), alors on pourra très certainement forcer celui-ci à disparaître complètement, et après de nombreuses années… On deviendrait tous des super-héros* », se moqua Samia en poussant Richard du coude. « Mais là, on est complètement dans la théorie, pour l'instant.* »
« Comment expliquez-vous dans ce cas l'existence des Cracmols dans les grandes lignées de Sang-Pur ?* », demanda Nott, pensif.
« Les quoi ?* », demanda le professeur Lapébie en fronçant le nez.
« Des enfants sans pouvoirs magiques nés dans des familles de sorciers* », expliqua Samia avec un sourire. « Peter nous en a parlé, il y a quelques jours.* »
« Deux hypothèses à cela* », répondit Richard. « Soit les Sangs-Purs peuvent également être spontanément porteurs de gènes récessifs n'exprimant aucune magie … soit ils n'ont pas été très honnêtes sur leur arbre généalogique… *», acheva-t-il avec un sourire mutin.
Tous les quatre s'esclaffèrent, puis Lapébie hocha la tête lentement. « Bon, si je comprends bien, il ne reste plus à notre jeune british qu'à nous ramener quelques belles cellules d'un né-Moudu volontaire* », déclara-t-il en tapant chaleureusement sur l'épaule de Théodore. « Vous pensez pouvoir faire ça rapidement ?* »
Théo lui adressa son plus beau sourire. « Mais absolument, professeur. Absolument…* »
~o~
Lorsqu'Hermione entendit le bruit très étouffé de la porte de l'appartement qui s'ouvrait puis se refermait en claquant, elle n'eut même pas la force d'ouvrir ses yeux rouges et gonflés. Après que Théo lui ait annoncé la veille que tous ses amis la croyaient morte à l'heure qu'il était, après qu'il ait de nouveau fait irruption dans sa tête, elle n'avait plus eu la force de rien. D'un pas lent, elle avait remonté le couloir sans un mot, s'était laissée tomber sur son matelas et avait pleuré toutes les larmes de son corps. Elle n'avait pas réagi lorsqu'il avait fini par fermer la lourde porte d'acier derrière elle, n'avait pas bougé lorsqu'il l'avait rouverte pour lui déposer son repas (auquel elle n'avait d'ailleurs pas touché), elle n'avait rien dit non plus lorsqu'il était reparti … Une journée entière s'était écoulée depuis. Le plateau était froid. La purée avait séché, tout comme l'escalope de dinde et la tranche de pain. Toutes ses articulations la faisaient souffrir tant elle n'avait pas bougé le moindre muscle depuis maintenant près de vingt-quatre heures. Et à présent, il était de nouveau là. Comme elle s'y attendait, la première chose qu'il fit fut de venir la voir. La porte de la pièce s'ouvrit dans son dos, mais là encore, elle resta parfaitement immobile, les yeux clos. Elle entendit Nott soupirer en ramassant le plateau intact, puis repartir. Mais sans refermer derrière lui.
Hermione attendit que le bruit de ses pas soit suffisamment lointain pour se retourner doucement. Sa colonne vertébrale protesta en craquant légèrement. La porte d'acier était grande ouverte. Hermione fronça les sourcils mais n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps : les pas de Nott se rapprochaient à nouveau. Elle reprit aussitôt sa position initiale et referma les yeux, bien décidée à ignorer superbement son geôlier.
Elle l'entendit poser quelque chose sur le sol derrière elle et résista à la tentation de regarder ce dont il s'agissait. Il sembla attendre quelques instants une réaction quelconque de sa part, mais comme elle n'en montrait aucune, soupira de nouveau.
« Hermione… », souffla Nott avec une pointe d'agacement.
La Gryffondor fit son possible pour ne pas trembler de colère. Elle détestait sa façon de prononcer son prénom. Elle haïssait son petit air suffisant. Elle vomissait tout ce qu'il représentait, ce qu'il était, ce qu'il faisait. Jamais elle n'avait haï quelqu'un aussi profondément. Pas même Voldemort. Elle continua de ne pas bouger, espérant qu'il finirait par se lasser et partir.
Il la poussa légèrement du doigt. « Herm- », commença-t-il. Mais la main d'Hermione passa par-dessus sa taille avec la vitesse de l'éclair pour saisir son index et le tordre de toutes ses forces.
« Pour toi, c'est Granger, enfoiré », gronda-t-elle, tandis qu'il poussait un grognement de douleur et reculait aussitôt en jurant.
Hermione vit le poing de Théodore se serrer et se prépara à recevoir les coups, mais il n'en fit rien. A la place, il la fusilla du regard en pinçant les lèvres.
« Ravi de te voir enfin bouger », grinça-t-il en secouant son doigt meurtri.
« Va mourir », siffla-t-elle simplement en lui tournant à nouveau le dos.
Nott fit claquer sa langue contre son palais d'un air désapprobateur. « C'est ce que je t'ai dit hier qui te met dans un état pareil ? », demanda-t-il, agacé. « Franchement, il n'y a pas de raison. »
Là-dessus, Hermione roula sur le flanc et se redressa, furieuse, les larmes roulant de nouveau sur ses joues. « Pas de raison ? Parce que savoir que tous mes proches m'ont enterrée et me croient morte, c'en est pas une, peut-être ? », s'égosilla-t-elle, tandis que Nott lui jetait un regard surpris par ce soudain accès de colère. « Putain, mais tu vis sur quelle planète ?! »
« Depuis quand tu parles aussi grossièrement ? », s'étonna-t-il tandis qu'elle écarquillait les yeux. Il ne semblait définitivement pas comprendre où était le problème. « Et puis d'ailleurs, tu te trompes. Tout le monde ne te croit pas morte ! »
Hermione le dévisagea, interdite. « Mais hier, tu as dit que- »
« Moi, je sais que tu es vivante », acheva-t-il comme si c'était la nouvelle de l'année.
Hermione ne put s'empêcher de laisser échapper un rire sardonique et secoua la tête, tout en séchant ses larmes. « On est en plein délire… », murmura-t-elle d'une voix aiguë. Puis elle enfouit sa tête dans ses mains et posa son front sur ses genoux repliés. Comme elle n'émettait plus le moindre son et ne faisait plus un seul mouvement, Nott commença à s'impatienter.
« Hermione, je vais avoir besoin d'un peu de ton sang… », commença-t-il.
La tête d'Hermione se releva vivement, et elle sembla terrorisée. Poussant sur ses jambes, elle rampa en arrière, jusqu'au coin le plus éloigné de la pièce, avant de heurter le mur du dos.
« Ne me touche pas… », supplia-t-elle d'une voix tremblante.
Théodore leva les mains en signe d'apaisement. « On se détend, je vais faire ça à la Moldue, si ça peut te rassurer… »
« Hein ? », couina Hermione, qui ne comprenait plus rien. Elle vit alors Théo se pencher pour saisir une valisette noire, qu'il ouvrit sous ses yeux. A l'intérieur, se trouvait le parfait équipement du petit laborantin : un flacon d'alcool à 90°, des seringues de tailles diverses, des aiguilles épicrâniennes avec adaptateur de tube, du coton, un garrot, des gants et des sparadraps, ainsi que tout un tas d'autre bric-à-brac. « Mais qu'est-ce que tu fous avec ça ? », souffla-t-elle, les yeux ronds et l'estomac formant des nœuds.
« Je te l'expliquerai si tu es sage », marmonna Nott en approchant la valise d'Hermione.
« Et puis d'ailleurs, tu ne sais pas comment faire ! », renchérit cette dernière en se tassant le plus possible contre le mur.
« J'ai lu un manuel, ça me suffit… », fit Théodore en haussant les épaules. Il sortit une paire de gants en latex d'une boîte et les enfila sous les yeux sidérés d'Hermione.
« Tu veux plutôt dire que tu l'as vidé de tout son contenu, c'est ça ? », cracha-t-elle avec animosité.
Mais la remarque ne sembla pas irriter Nott, qui sourit largement. « C'est bien, tu commences à piger comment je fonctionne… », s'esclaffa-t-il en préparant son matériel. « Fais voir tes bras. »
« T'es pas sérieux… », siffla Hermione en pliant les bras et en les cachant derrière ses genoux.
« Hermione, si tu es gentille, ça prendra seulement deux minutes mais si tu veux qu'on y passe l'heure entière, ça me va également… », ironisa-t-il en agitant ses doigts gantés en direction de ses genoux.
« Dis-moi d'abord à quoi ça va te servir », dit-elle en lui jetant un regard apeuré.
Nott sourit. « Je te le dirai en même temps que je le ferai. C'est un deal honnête, non ? »
Hermione déglutit et regarda tour à tour la main tendue de Théodore et la mallette remplie de seringues et d'aiguilles sous emballage stérile. Il avait raison, le bougre. Ça pouvait aller vite et sans violence. Ou alors elle résistait et il finirait par le faire quand même, sous la contrainte. Et sans y aller doucement. Je n'ai pas le choix…, pensa Hermione. Avant même qu'elle ait tendu le bras, Nott avait capté sa réponse intérieure et souriait de toutes ses dents. Il avait gagné. Encore une fois.
Il inspecta patiemment ses deux pliures de coudes et opta finalement pour la droite. Il positionna le garrot à une dizaine de centimètres au-dessus et vérifia son pouls. « Allonge-toi sur le dos… », ordonna-t-il, tandis qu'Hermione s'exécutait, tremblante. Elle n'avait jamais été une grande fan des examens médicaux, mais quand ceux-ci étaient en plus réalisés par un malade mental, novice en la matière, il y avait de quoi devenir carrément phobique. Elle serra le poing et sentit les doigts gantés de Théodore tapoter sa veine.
« Raconte-moi pourquoi tu fais ça », lui rappela-t-elle. Occuper son esprit serait également le meilleur moyen d'oublier ce qu'il était en train de faire.
Elle le vit asperger un coton d'alcool et le passer sur son bras, puis il déballa une seringue épicrânienne fine, à laquelle il clippa un tube vide. Hermione prit une longue inspiration, ferma les yeux et au moment où elle sentait l'acier chirurgical traverser sa peau, Nott prit la parole.
« Je travaille pour un grand laboratoire moldu. Ils font des recherches génétiques sur la transmission de la magie… », expliqua-t-il tandis qu'Hermione rouvrait les yeux malgré elle, estomaquée par ce qu'elle venait d'entendre.
« Pardon ? »
« On est parvenus à isoler le gène de la magie chez les Sangs-Purs, grâce à un échantillon du propre sang de ton serviteur ici présent… » Il rit doucement. « Maintenant, on va chercher la même chose, sur le sang d'un né-Moldu. » Il retira le premier tube et le remplaça par un second. « En l'occurrence, le tien. Tu remarqueras donc que les deux premiers sujets d'étude sont deux grands crus classés », s'esclaffa-t-il en lui adressant un clin d'œil.
« Je suis la première, ça j'avais compris, mais qui est le deuxième ? », railla-t-elle, en insinuant qu'il était loin d'être un grand cru classé.
« Très drôle », marmonna-t-il en regardant patiemment le sang couler dans le second tube.
« Pourquoi des Moldus sont-ils au courant de l'existence de la Magie ? Et à quoi ça rime, toutes ces recherches ? », reprit Hermione en grimaçant tandis qu'elle sentait des picotements envahir peu à peu ses membres. Pas étonnant, elle n'avait rien mangé depuis plus de 24 heures.
« Tu te rappelles de ce que je t'ai dit au Manoir ? », demanda-t-il en chargeant le dernier tube.
« Vaguement », mentit Hermione. Elle s'en souvenait très bien mais préférait lui laisser croire qu'elle n'avait pas accordé plus d'attention que ça à ses bavardages.
Nott sourit. « Bien sûr que si, tu t'en souviens… » Il secoua la tête. « J'ai dit que les nés-Moldus étaient pour moi une évolution logique de la race Moldue. Et que Voldemort faisait une erreur en voulant les exterminer. Au lieu d'éliminer tous les Moldus et les Sangs-de-Bourbe, j'ai envisagé une approche différente… »
Les yeux d'Hermione s'agrandirent, tandis que Nott retirait le dernier tube, puis le garrot, avant d'ôter l'aiguille de son bras. Il lui tendit aussitôt un autre coton alcoolisé, qu'Hermione pressa machinalement sur sa peau. « Tu comptes intégrer le gène de la magie parmi les Moldus ? », comprit-elle. « Qu'est-ce qui te fais croire que ça peut marcher ? »
« D'après mes amis généticiens, l'allèle du gène de la magie est dominant, chez les Sangs-Purs. Il nous reste encore à évaluer la situation chez les nés-Moldus et enfin chez les Moldus dépourvus de magie, et ensuite on pourra organiser des essais cliniques… du moins si nos sponsors nous suivent… », ajouta-t-il avec une grimace. « Mais ils ont l'air assez enthousiastes à l'idée de développer des ''pouvoirs magiques'' comme ils disent tous… donc je ne me fais pas de souci de ce côté-là. »
Il vit alors qu'Hermione le dévisageait avec une expression horrifiée.
« Quoi ? », fit-il sèchement en jetant le matériel contaminé dans un sachet, puis en enlevant ses gants.
« Mais… les gens seront volontaires, n'est-ce pas ? », demanda-t-elle, effrayée par la réponse.
« Ça, je t'avouerai que je n'en sais rien. Tout dépendra de ce que veulent ceux qui financent ces essais. En ce qui me concerne, je m'en fiche pas mal… », dit-il en collant des étiquettes adhésives numérotées sur les tubes remplis du sang d'Hermione. Puis il prit un nouveau gant, ainsi qu'une espèce de long coton-tige, qu'il tendit à Hermione.
« Mais enfin… c'est mal ! Vous allez donner des pouvoirs à des gens qui n'en veulent pas forcément ! », s'exclama-t-elle, les sourcils froncés.
Théodore la regarda un instant comme si elle était folle, le coton-tige toujours à la main. « Franchement, qui ne voudrait pas être un sorcier ? », demanda-t-il en écartant les bras. « Toi non plus, tu n'as pas choisi de recevoir ta magie, à ce que je sache. »
« C'est… c'est différent ! », se défendit Hermione en secouant la tête.
« En quoi ? », rétorqua Nott, les sourcils levés. « Regarde-moi dans les yeux et ose me dire que le jour où tu as reçu ta lettre de Poudlard n'était pas le plus beau de toute ta vie. »
Hermione ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il avait raison. Elle n'avait pas choisi de devenir une sorcière et pourtant elle avait accepté ses pouvoirs sans sourciller, avec une grande fierté et une curiosité dévorante. Le jour où elle avait reçu sa toute première lettre de l'école n'avait peut-être pas été le plus beau jour de sa vie, mais les instants les plus intenses qu'elle avait vécus ensuite découlaient tous de ce moment. Sans la Magie, elle n'aurait pas rencontré ses amis, elle n'aurait pas vécu des aventures extraordinaires, appris des sortilèges tous plus épatants les uns que les autres…
Au fur et à mesure qu'elle réfléchissait, le sourire de Théo s'élargissait. Il rompit cependant le fil de ses pensées en agitant le coton-tige sous son nez. « Frotte ça à l'intérieur de ta joue. Après ça, promis, je te laisse tranquille. »
Hermione attrapa le coton-tige et le mit dans sa bouche. Après l'avoir frotté contre sa joue depuis l'intérieur, elle le rendit à Théo, qui le mit dans un petit tube scellé. Il rangea le tout dans sa valise, qu'il referma, et se leva.
« C'est juste pour ça que tu avais besoin de moi, je peux partir maintenant ? », demanda Hermione, avec espoir.
Théodore gloussa. « J'avais effectivement besoin de toi pour ça, mais pas seulement… la réponse est non, désolé. »
Hermione ferma les yeux et se redressa sur un coude, puis se mit à genoux. Elle sentit des sueurs froides parcourir son dos mais les ignora. « Nott, il faut que tu me laisses partir, je t'en prie … »
Le jeune homme emporta la mallette à l'extérieur et la posait dans le couloir lorsqu'Hermione atteignit l'encadrement de la porte. Ses joues étaient pâles et des larmes s'amoncelaient de nouveau dans ses yeux. « Qu'est-ce que ça peut bien t'apporter que je sois ici ? Si c'était pour quelques prélèvements de sang ou autres, tu aurais pu te contenter de venir me voir régulièrement en Angleterre. Je t'aurais laissé faire… », gémit-elle. Si la violence ne fonctionnait pas, mieux valait tester une autre approche. Elle chancela de nouveau, les sueurs froides s'intensifiant. Des petits points multicolores et blancs dansaient devant ses yeux et elle se rattrapa au chambranle. « Laisse-moi juste repartir et leur dire que je vais bien… »
« Non », fit simplement Nott en fronçant le nez.
« Mais POURQUOI ? », s'écria Hermione d'une voix brisée. Ce nouvel éclat de colère lui valut ses dernières forces et elle tomba en avant, rattrapée de justesse par Théodore. Celui-ci la fit s'asseoir sur le sol contre le mur.
« Bouge pas, je vais t'apporter quelque chose de sucré », maugréa-t-il tandis que les paupières d'Hermione papillonnaient et que ses mains se mettaient à trembler. L'hypoglycémie et le prélèvement de sang avaient eu raison d'elle et elle se sentait à présent aussi faible et inutile qu'une poupée de chiffon. L'instant d'après, Nott était de retour avec une petite brique de jus de fruit, dans laquelle était plantée une paille. Son premier réflexe fut de repousser la petite brique, mais elle ne parvint même pas à lever la main de plus de vingt centimètres au-dessus du sol. Elle entendit vaguement Nott soupirer avec agacement et sentit la paille toucher ses lèvres. Par réflexe, elle aspira le liquide sucré, sans se précipiter, puis après quelques gorgées, saisit elle-même la briquette dans sa main.
Au bout de quelques minutes, le paysage sembla se stabiliser. Nott était accroupi près d'elle et la regardait avec une expression indéfinissable. Pas une once d'inquiétude dans le regard. De l'agacement, oui. Une pointe de déception, peut-être. Trouvait-il qu'elle était ridicule à faire tout ce cinéma pour retrouver ses amis ? Peut-être pensait-il qu'il avait le droit à un peu plus de reconnaissance pour s'être si bien occupé d'elle ces derniers jours ? Toujours était-il que son expression raviva la colère d'Hermione, qui était retombée jusqu'alors.
« Laisse-moi partir, Nott. » Ce n'était plus une supplique mais un grognement menaçant.
« Pas question », rétorqua le jeune homme, impassible. « Pas tant que tu ne me feras pas un peu plus confiance… »
« Confiance ? », s'étrangla Hermione. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle venait d'entendre.
« Plus on se fera mutuellement confiance, mieux ça se passera. Qui sait ? Tu pourrais bientôt sortir de ta cage et emménager dans la seconde chambre ? Tu pourrais même être libre de tes mouvements dans l'appartement pendant que je suis absent… », fit-il tandis qu'Hermione lui adressait un regard méprisant.
« Sans baguette pour me protéger ? Et pour que tu puisses te glisser dans mon lit en pleine nuit, comme le gros pervers que tu es ? Tu peux courir… », siffla-t-elle, furieuse.
Nott haussa les épaules. « Comme tu voudras… » Sans prévenir, il la saisit par la taille et la souleva comme un sac de pommes de terre, pour la jucher par-dessus son épaule. Hermione poussa un cri furieux et tapa de toute la force de ses poings dans le dos de Nott, mais celui-ci semblait ne rien sentir. Il la déposa durement sur son matelas et avant qu'Hermione ait eu le temps de réagir, il avait quitté la pièce et refermé la porte derrière lui. Hermione se précipita jusqu'à la porte et la martela de coups de poings en hurlant. D'abord de colère. Sans succès. Pendant les heures qui suivirent, elle essaya tout ce qui lui passait par la tête. Les insultes, les paroles doucereuses. Elle s'excusa même de lui avoir mal parlé. Mais Nott ne revint pas avant le lendemain soir.
~o~
Au cours de la semaine suivante, le patient Draco Malfoy de la chambre numéro 119 à l'Hôpital de Sainte Mangouste de Londres, était enfin sortie de sa catatonie. Un matin, alors que l'infirmière ajustait ses oreillers derrière ses épaules, au lieu de ne rien faire, au lieu de ne rien dire, au lieu de faire comme si le monde autour de lui n'existait pas, Draco Malfoy avait parlé. D'une voix faible, sifflante et légèrement rauque, comme si ses cordes vocales étaient ankylosées par ces semaines d'inactivité.
« Je veux rentrer chez moi. »
L'infirmière avait sursauté, puis l'avait examiné. Le médecin était venu, avait retiré le cathéter chargé d'apporter les nutriments et le sucre nécessaires à la survie du jeune homme et qu'on lui avait installé dès le second jour, puis avait souri d'un air confiant.
Narcissa Malfoy avait laissé échapper quelques larmes de soulagement, tandis que Blaise et Ron (qui avait fini par élire également domicile dans la chambre 119) avaient échangé un sourire plein d'espoir. Bientôt. Bientôt, ils sauraient ce que Draco Malfoy avait vraiment vu le jour de la Bataille.
Au cours des deux jours qui suivirent, Draco accepta de manger par lui-même. Il ne parlait que très peu et fuyait tous les regards sans exception, mais au moins, il remuait, se nourrissait et c'était tout ce que les médicomages de Sainte-Mangouste voulaient savoir avant de le laisser rentrer au Manoir.
Ce-dernier avait été rendu à Narcissa, dans un état déplorable, et leur compte en banque était de nouveau disponible, ce qui permit à la maîtresse de maison d'engager un décorateur et un contremaître pour rendre au Manoir sa splendeur d'autrefois. La Magie aidant, tout était fin prêt lorsque Narcissa Malfoy signa l'autorisation de sortie de son fils de l'hôpital.
Trop faible pour transplaner par lui-même, Draco s'était contenté de s'agripper au bras de sa mère, tandis qu'ils regagnaient leur domicile. Le blond ne comprenait pas bien pourquoi Weasmoche traînait sans arrêt dans leurs pattes, mais sa présence était … horripilante ? Rassurante ? Draco ne savait pas vraiment. Il ne fit cependant aucune remarque.
En pénétrant dans le hall d'entrée refait entièrement à neuf et redécoré de manière plus moderne, Draco eut la désagréable impression de ne plus être chez lui. Mais si une nouvelle décoration pouvait justement lui faire oublier ce que cet endroit avait été quelques semaines plus tôt encore… alors il n'y voyait pas d'inconvénient.
« Comment trouvez-vous la nouvelle entrée, les garçons ? », claironna Narcissa en jetant sa cape de printemps sur la rampe de l'escalier central. Depuis que son fils avait « repris vie », elle s'efforçait d'être toujours enjouée et enthousiaste. Quitte à en faire des tonnes.
« C'est très chouette ! », répondit Blaise en lui souriant de toutes ses dents. « Beaucoup plus accueillant qu'avant ! »
« Et ta remarque est précisément l'une des raisons pour lesquelles je suis content de ne pas avoir vu ce que c'était avant… », ironisa Ron en levant le nez pour regarder tout autour de lui. Il avait honte de l'admettre, mais il comprenait maintenant pourquoi Malfoy s'était moqué du Terrier tout au long de leur scolarité.
Blaise gloussa et Narcissa se tourna vers son fils, posant une main sur sa joue. « Ça te plaît ? »
Draco cessa son observation de la nouvelle et luxueuse commode qui trônait dans l'entrée pour tourner lentement les yeux vers sa mère. Il haussa les épaules et se dirigea à pas mesurés vers les doubles portes qui menaient au salon. Narcissa réprima une grimace en se mordant la lèvre inférieure.
« Bon, bah, je vais vous laisser … », marmonna Ron en s'assombrissant soudain. « Il est temps … de rentrer chez moi … »
Blaise et Narcissa le regardèrent, sentant à quel point l'idée de rentrer au Terrier le minait.
« Ronald, tu peux rester quelque temps ici, si tu veux … », proposa Narcissa en posant une main sur les cheveux roux de Ron. « Je suis sûre … qu'ils comprendront. »
Ils. Sa mère, qui d'après Bill, ne se remettait toujours pas de la perte de son époux. Ginny, qui refusait toujours de quitter sa chambre. Les jumeaux étaient partis s'installer dans leur petit appartement au-dessus de leur boutique. Percy avait emménagé avec sa petite amie. Charlie était reparti en Roumanie. Bill et Fleur étaient de retour dans leur maison. Trop de choses avaient changé au Terrier. C'était trop réel, trop étouffant. Si bien que Ron choisit la solution de facilité et hocha la tête.
« Si ça ne vous dérange pas, Mrs Malfoy… je ne voudrais pas m'imposer… », marmonna-t-il en baissant les yeux.
« Ne dis pas de bêtises », le rabroua Narcissa en lui pinçant la joue. « Et tu peux également envoyer un hibou à ta maman et à Ginny pour les inviter à venir quand elles le souhaiteront. Nous avons largement assez de place ici et… ça leur ferait du bien de changer d'air. »
Ron hocha la tête. Narcissa regarda en direction du salon et vit que Draco s'était arrêté entre les portes ouvertes. Il scrutait l'intérieur en silence.
« Draco, chéri, va donc aider Ron à s'installer dans une chambre, tu seras gentil… », tenta Narcissa en faisant quelques pas dans sa direction. Elle vit les épaules de son fils tressaillir, puis il pivota et passa lentement devant elle en direction des escaliers.
« Je vais me coucher », souffla-t-il simplement en grimpant les escaliers.
Blaise pinça les lèvres, gêné. Voyant la mine déconfite de Narcissa, il décida de prendre les choses en mains. « C'est bon, Mrs Malfoy, je m'en occupe. Draco est probablement très fatigué… » Il fit signe à Ron de le suivre et ils montèrent à leur tour à l'étage, atteignant le palier au moment où la porte de la chambre de Draco se refermait doucement.
« Il n'a toujours rien dit à propos d'Hermione », fit Ron d'une voix légèrement voilée.
« Il faut lui laisser le temps… », répondit Blaise. Mais sa voix lui sembla aussi fausse que ses espoirs. Même lui, commençait à ne plus y croire.
~o~
Lorsque Draco entra dans sa chambre, il fut soulagé de voir que rien n'avait changé, par rapport au reste du Manoir. Ses affaires étaient toujours là, quoi que mieux rangées et seule l'armoire avait été remplacée. L'ancienne, en ébène massif, avait sûrement dû être pillée par les Mangemorts après leur départ. Mais très vite, le soulagement laissa la place à autre chose. Un sentiment ignoble, une impression dérangeante de savoir qu'il manquait quelque chose. Quelque chose de crucial.
Les yeux gris de Draco se posèrent sur son lit. C'est alors qu'il la vit. Aussi nettement que si elle avait vraiment été là, assise en tailleur, vêtue d'une de ses propres chemises et le nez plongée dans un bouquin.
« Où sont mes affaires, Granger ? Je t'avais dit de ne toucher à rien ! »
« Je n'ai rien touché, Malfoy. J'ai rangé. Et tu as dit 'ne touche à rien, ne casse rien'. Tu n'as pas dit 'ne range rien'. »
Draco ferma les yeux et se passa une main sur le visage. Lorsqu'il les rouvrit, il fixa ostensiblement le sol, bien décidé à ne plus regarder ce fichu lit. Mais ce ne fut pas une grande réussite. Les yeux rivés sur le tapis dépassant sous le lit, il se revit lui-même aplati par terre, pour aider Hermione à sortir de sous le sommier, où elle s'était réfugiée lorsque Pansy avait tenté une intrusion lors du gala de charité. Ses cheveux couverts de poussière. Il sentait encore les moutons entre ses doigts tandis qu'il tentait de les lui enlever.
« Tu n'as pas fait du très bon boulot… ».
« J'insiste, Malfoy. J'ai rangé, je n'ai pas nettoyé. »
« Pourquoi ? Ce n'est pas vraiment le temps qui te manquait pas vrai ? »
Draco serra les poings et tourna la tête dans la direction opposée. La commode était toujours là, surmontée par sa rangée de bibelots et souvenirs divers. Il ne manquait qu'une seule chose. Le cadre contenant la photo de ses amis, celle qu'Hermione l'avait incité à prendre avant de fuir et qui était à présent dans le sac d'affaires que Bill et Fleur avaient rapporté de la Chaumière à l'occasion d'une de leurs visites à Ste-Mangouste.
« Tu devrais la prendre. Elle est chouette. Là où on va, ce genre de souvenirs ça remonte parfois le moral. »
Un sanglot étouffé s'échappa d'entre les lèvres de Draco et le dos à la porte de sa chambre, il se laissa glisser jusqu'au sol, les mains crispées dans ses cheveux. Je n'ai même pas une seule photo d'elle.
Il donna un coup de poing rageur sur le sol, ignorant la douleur que cela engendra dans ses phalanges. Il ne supportait plus. Le ton faussement joyeux de sa mère. Les regards inquisiteurs de Blaise et de Weasley, sans arrêt posés sur lui, à l'affût de la moindre parole pouvant indiquer qu'Hermione était bel et bien vivante. La douleur qu'il ressentait à la simple évocation de son nom.
Tout s'était enchaîné depuis son réveil. Les questions, les regards, le défilé interminable des médecins devant son lit. Et maintenant, il était de retour au point de départ. Encore plus terrassé par la honte, la culpabilité et la douleur qu'avant. Comment allait-il leur dire ? Comment leur annoncer que malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à se souvenir de ce qu'il s'était passé ? Comment allait-il leur avouer qu'il était plus que probable qu'Hermione soit véritablement morte ? Comment supporterait-il de voir leur expression se décomposer en apprenant la vérité ?
La réponse était simple. Il ne le pourrait pas.
Le fait était qu'il ne savait plus. Il ne savait plus ce qu'il avait vu ou pas vu. Il ne savait plus à qui appartenaient les voix dans sa tête, les cris. Tout se mélangeait dans le flou artistique de ses souvenirs. La seule chose dont il était sûr, c'était qu'il l'avait embrassée. Juste avant que ça n'arrive (quelle que soit la définition de ça), il avait capturé ses lèvres dans les siennes tout en la serrant dans ses bras. A cet instant-là, elle lui avait appartenu entièrement, corps et âme, et il s'était senti heureux. Quelques secondes plus tard… elle avait disparu. Et plus rien n'avait eu de sens.
A quoi bon connaître le bonheur si on le lui retirait aussi brutalement ensuite. A quoi cela servait-il ? Il releva la tête et son regard se posa sur l'espace situé entre son lit et la commode. Là où elle avait insisté pour qu'il lui dise pourquoi il l'avait sauvée des cachots. Là où il l'avait embrassée pour la première fois, un quart de seconde avant de se recevoir la plus grosse gifle de toute sa vie. Draco ferma de nouveau les yeux et une larme tomba avec un petit « ploc » sur le parquet ciré.
J'aurais préféré ne jamais la rencontrer…
~o~
Narcissa, Blaise et Ron soufflaient sur un bouillon de légumes brûlant préparé par les quelques elfes qui étaient revenus au Manoir après le pillage, lorsque la porte d'entrée claqua. Narcissa releva la tête, inquiète, mais sourit en reconnaissant le rythme caractéristique des pas du nouveau venu.
« Séverus, nous sommes en train de dîner dans la salle à manger ! », appela-t-elle tandis que Blaise et Ron échangeaient un regard amusé.
Les pas approchèrent et bientôt, la silhouette du professeur de Potions apparut dans l'encadrement des grandes portes. Puis il approcha de la table.
« Tiens, tiens, la mystérieuse source anonyme, qui fait des confidences à la Gazette… quel bon vent vous amène ? », railla Ron en prenant une cuillérée de soupe.
« Fermez-la, Weasley », bougonna Rogue tandis que Blaise riait doucement.
« Ou sinon, quoi ? Vous allez écrire un article sur moi ? », rétorqua le rouquin avec une expression faussement scandalisée, alors que Blaise s'étouffait littéralement avec son bouillon.
« Comment vas-tu, Séverus ? », chantonna Narcissa en se retenant de sourire.
« J'ai connu mieux… », marmonna Rogue en fusillant Ron et Blaise du regard. « Depuis quand le Manoir fait-il aussi refuge pour sans-abris ? »
Ce fut au tour des deux garçons de lancer des regards meurtriers au professeur de Potions, qui esquissa un rictus satisfait.
« Comment se passe la reconstruction de Poudlard ? », demanda précipitamment Narcissa pour changer de sujet.
Rogue leva les yeux au ciel. « Affreusement mal. Des idiots du Ministère sont venus fourrer leur nez. Soi-disant que les installations ne seraient pas ''aux normes''. Franchement, un château presque millénaire, ils s'attendaient à quoi ? Enfin bon, ils se débrouillent, l'architecture c'est leur affaire, mais ils veulent aussi remanier Poudlard de l'intérieur… »
« Comment ça ? », demanda Blaise en fronçant les sourcils.
« Il semblerait que le nouveau gouvernement ait demandé la suppression des maisons. Ils jugent ce système archaïque et soi-disant qu'il inciterait à la haine… enfin… », bougonna Rogue en secouant la tête.
« Mais comment ils vont faire pour les équipes de Quidditch ? », fit Ron, horrifié. « Et pour la Coupe des Quatre Maisons ? »
« Toute personne ayant une réclamation concernant la nouvelle organisation de Poudlard est invitée à remplir un formulaire et à l'envoyer par hibou au Département de l'Education Magique… », fit Rogue, sur un ton qui laissait croire qu'on lui avait déjà seriné cette même phrase un bon nombre de fois.
Ron haussa les sourcils et fit une grimace. Supprimer les maisons ? Voilà qui allait certainement faire regretter « l'époque Voldemort » à un bon nombre d'aficionados des matchs entre Gryffondor et Serpentard. De quoi se mêlait le Ministère ? Qu'ils retournent à leur paperasse…
« Bon, si je suis venu, ce n'est pas pour parler de Poudlard », reprit Rogue en se tournant vers Narcissa. « J'ai fait ce que tu m'as-
Mais Mrs Malfoy ne lui laissa pas le temps de continuer et se leva brusquement. « Passons dans le bureau de Lucius, tu veux bien ? »
Rogue fronça les sourcils mais acquiesça. « D'accord, si tu y tiens… »
Ils quittèrent donc tous deux la salle à manger, sous les regards curieux de Blaise et Ron, toujours assis à table, pour monter à l'étage. Une fois la porte du bureau de Lucius refermée, Rogue fut frappé de constater le désordre qui y régnait. Manifestement, Narcissa n'avait pas pris la peine de faire redécorer cette pièce-là. Ou du moins ne désirait-elle pas que d'autres mains que les siennes fouillent dans les affaires douteuses de son mari.
« Alors, tu l'as trouvée ? », demanda aussitôt Narcissa en lui présentant un siège.
Séverus s'assit et secoua la tête. « J'ai vérifié chaque centimètre carré de Poudlard, dedans et dehors, mais je n'ai rien trouvé qui ressemble de près ou de loin à la baguette d'Eleanor Malfoy… »
Narcissa pinça les lèvres. « Et ceux qui ont emmené le corps, ils n'ont rien trouvé ? »
« Je me suis adressé à eux, mais on m'a répondu que les objets trouvés sur les cadavres font partie des pièces à conviction. Ils sont transférés au Ministère et conservés sous clef. J'ai besoin d'une autorisation pour y accéder… La procédure est en cours », répondit Rogue en hochant la tête.
Le silence retomba entre eux et Narcissa poussa un long soupir.
« Tu n'as pas parlé de ça aux garçons ? », demanda Rogue en inclinant la tête sur le côté.
Elle le regarda comme s'il était devenu fou. « Je ne veux pas leur donner d'espoirs inutiles. Je leur en parlerai si nous trouvons quelque chose de probant… En attendant, rien ne sert de… enfin tu vois… » Elle se tut. Non, il ne voyait pas. Comment aurait-il pu ? Il n'avait pas supporté le silence et l'immobilité de Draco pendant 15 jours. Il n'avait pas eu son regard éteint pour seule réponse à ses interrogations. Il n'avait pas dû jouer les rocs inébranlables pendant que son fils se laissait doucement mourir et que ses deux amis restaient accrochés à ses lèvres dans l'attente d'une bonne nouvelle, d'une absolution, qui ne viendrait peut-être jamais. Toutefois, Rogue hocha la tête.
« Tu ne crois pas qu'elle puisse être vivante quelque part… », acheva Rogue à sa place tandis qu'elle lui lançait un regard accusateur.
« Oui, enfin non … je ne sais pas… » Elle se laissa tomber sur le fauteuil de Lucius, de l'autre côté du bureau et se passa une main sur le visage. « Lucius a l'air tellement persuadé de l'avoir vue sans Draco et avec Nott. Mais on n'a aucune idée de quand c'était et Lucius pourrait très bien avoir mal vu. Peut-être bien qu'elle a vraiment été surprise par Dolohov qui tentait de fuir et peut-être bien qu'il l'a tuée. Comment savoir ? »
« Toujours est-il que Nott est introuvable depuis son coup d'éclat contre Voldemort… », marmonna Rogue en revoyant dans sa tête l'épée de Gryffondor transpercer le Seigneur des Ténèbres de part en part.
« Pas étonnant, il est recherché par le Ministère, soi-disant comme témoin dans l'affaire du meurtre de ses parents… », répondit Narcissa en secouant la tête. « N'importe qui aurait fui le plus vite possible pour échapper aux autorités. Donc sa disparition non plus ne me semble pas incohérente… Surtout après ce qu'il a fait à Hermione dans les cachots. Il savait très bien que ça n'en resterait pas là. »
« On ne sera fixés que si la baguette d'Eleanor ne se trouve pas parmi les pièces à conviction… En attendant, il faut garder les idées claires », fit Rogue en se penchant pour placer sa main sur celle de Narcissa, posée sur le bureau.
Mrs Malfoy hocha la tête et sourit faiblement.
« Et Draco ? », demanda Rogue, la mine sombre.
Narcissa pinça les lèvres. « Il marche, il mange parfois, il parle rarement. Par moments, j'ai l'impression d'avoir un mort-vivant en face de moi… » Sa voix se brisa et elle détourna les yeux.
« C'est pour ça que tu gardes les deux autres monstres auprès de toi ? », fit-il avec un sourire amusé, évoquant la présence de Ron et Blaise au Manoir.
Narcissa laissa échapper un petit rire triste. « En partie… » Elle leva vers lui des yeux pleins de larmes et grimaça. « Tu dois trouver ça terriblement égoïste, pas vrai ? »
Le sourire de Rogue s'élargit et il secoua lentement la tête. « Non. »
Narcissa étouffa un sanglot et serra entre ses doigts la main de Séverus.
« Merci. »
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Et voilàààààà ! Alors, qu'avez-vous pensé des magouilles de Théodore en France ? Vous avez aimé / pas aimé ? Vous avez été surpris ? Vous vous en doutiez ? Et surtout, j'espère que mes explications scientifiques ont été assez claires, sinon n'hésitez pas à me le dire et je ferai en sorte de mettre plus d'explications dans les prochains chapitres. J'ai hâte d'avoir votre avis sur ce nouveau chapitre et sur les nouvelles relations entre les personnages ! Draco fait un peu pitié, non ? Mais au moins, son état s'améliore (un peu), il faut que ça continue !
En attendant vos reviews, je vous fais plein de gros bisous et je vous dis à lundi prochain !
Xérès
