The Rise and Fall

Les blas-blas de Xérès : Un nouveau personnage (inventé) va faire son entrée dans ce chapitre ! Vous aurez également droit à une scène psychopatesque (mais bourrée d'indices sur le lien) entre Hermione et Nott, et plein d'autres choses ! J'espère que vous apprécierez ! Bonne lecture et n'oubliez pas de me faire part de vos impressions !

Merci à tous mes nouveaux followers (Kyokoukiyo, Georgette80, Juliepaa, FabCissy, Andryade), à Lemm, Lety31, Elena Grape, Petitestef, Audrey917000, Manon L., Eliane Gil, Ellexa, Erza Robin, LuneBleue22, laloudu77, steiil, WFdarkness, Goutte-de-Mer, Piitchoun, Loufoca-Granger, Alaska66, miss damdam, faerycyn, Scillya, sarahblue1, Babar, Serdra, Criss-Pine, Mione159 pour leurs reviews, ainsi qu'à tous ceux qui m'ont fait un petit coucou sur Facebook !

RAR :

Lemm : Alors oui, je vais prendre une semaine au moment du pont du 14 juillet mais sinon mes vacances seront au mois d'octobre (je pars au Japoooooon !) mais d'ici là, je pense que « Rise » sera terminée… Donc ne t'en fais pas pour ça, il y aura des publications régulières pendant l'été ! Merci pour ta review !

Manon L. : J'ai fait quelques recherches, c'est vrai. J'avais la base des connaissances, il ne me manquait plus que la terminologie et savoir comment bien l'expliquer. Oui, Nott est obsédé par elle, son intelligence, tout. Il veut tout ce qu'elle est. Et en tant que sociopathe, il prend ce qu'il veut sans se soucier du mal qu'il fait. Le lien n'est que la concrétisation de tout ça (un indice : c'est une forme de magie très très noire et très ancienne !). Justement pour Ron, les Weasleys ne sont plus unis. Il manque leur père (mort) et chaque membre (à part Ginny et Molly) a emménagé ailleurs. C'est sûrement le plus dur pour eux. Merci encore pour ta review ! Bises.

Ellexa : Lol, « il faut se rappeler d'allumer la lumière. » Quand j'y repense, ça fait très « secte ». hihi. Désolée d'avoir mis autant de science en pleines période de révisions mais tant que tu comprends le concept, c'est l'essentiel ^^. Ron fait ce qu'il peut, et d'un côté je le comprends, l'éloignement, le changement d'air, ça lui fait du bien ! Merci à toi et bonne lecture !

Chapitre 40 : Eat, Sleep, Cry, Repeat

Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres.
- Lao Tseu

Dans sa cellule froide et humide d'Azkaban, Lucius Malfoy ne trouvait pas le temps long. Malgré l'inactivité, les hurlements des dingues enfermés dans l'immense bâtiment et dont les voix faisaient atrocement écho sur les murs et sur ses tympans, malgré le désespoir qui régnait en maître sur les lieux, instillé par la présence des Détraqueurs, l'esprit de Lucius Malfoy fonctionnait à mille à l'heure. Bientôt un mois et demi qu'il croupissait dans sa geôle et chaque minute, chaque seconde (en dehors de ses heures de sommeil) était consacrée au passage en revue des instants qui avaient suivi la mort de Voldemort. Il revoyait inlassablement chaque détail, chaque geste, chaque centimètre de paysage aperçu alors qu'il se battait contre les fuyards. Il refusait d'oublier quoi que ce soit. Si Granger était en vie, alors la moindre petite chose avait de l'importance.

Parfois, la colère prenait le dessus. Être enfermé ici, alors qu'il avait l'intime conviction qu'il serait bien plus utile dehors, le faisait sortir de ses gonds. Lorsque Narcissa était venue, quinze jours plus tôt, il avait tenté de résumer en cinq minutes tous ses soupçons et toutes ses théories, à voix basse, sous les regards mauvais des gardes du parloir. Narcissa l'avait écouté avec une expression mi-attristée, mi-intéressée. Elle voulait y croire, elle l'en avait assuré. Mais elle devait avant tout penser à la guérison de Draco et au bien-être de Zabini et du rouquin qui (enfer et damnation !) avait emménagé dans leur propriété. Même si Narcissa prenait au sérieux ses doutes, elle ne parlerait pas aux enfants de ces recherches. Les faux espoirs étant selon elle pires que la résignation. Lucius avait accepté, la priant toutefois de faire vite.
Quelques jours plus tard, il reçut une lettre de Narcissa indiquant que la baguette de sa grand-mère était introuvable à Poudlard et qu'une procédure était en cours pour recevoir l'autorisation de consulter les objets retrouvés sur le corps de Granger.

Trop long… c'est dix fois trop long…, pensa Lucius en chiffonnant la lettre dans son poing rageur. Pris d'un soudain élan d'impatience, il se jeta sur les grilles de sa cellule et hurla à pleins poumons pour appeler un des gardiens de son unité. Celui-ci, au bout de plusieurs minutes, daigna se présenter, avec une expression revêche.

« Il faut que j'envoie un hibou à un ami au Ministère, apportez-moi un parchemin et une plume ! », ordonna-t-il sous le regard effaré du gardien.

Mais au lieu de lui donner ce qu'il demandait, le gardien éclata de rire. « C'est ça ! Vous voulez pas un Mojito avec une petite ombrelle tant que vous y êtes ? », s'esclaffa le gardien en frappant du pied la grille contre laquelle Lucius se pressait. Puis il tourna la tête et s'adressa à son collègue à l'autre bout du couloir. « Hé, Rob', t'entends ça ? Lord Malfoy me prend pour sa secrétaire ! »

Le dénommé Rob répondit par un rire gras et Lucius poussa un soupir las. L'autre le toisa de toute sa hauteur avec un rictus méprisant. « Ton parchemin et ta plume, tu les auras dans six mois. Si ça ne tenait qu'à moi, c'est perpète que t'aurais pris ici, mon pote. Avec peut-être même en prime quelques léchouilles des Détraqueurs. » Le gardien plissa les yeux et donna un nouveau coup dans la grille. « Estime-toi déjà heureux que je jette pas ton courrier dans l'océan. Maintenant, tu la boucles. »

Lucius le regarda s'éloigner, les yeux brillants de colère. Si seulement il pouvait mettre la main sur sa baguette, rien qu'une toute petite seconde, il se paierait avec délectation une tranche de ce gros lard. Accompagnée de petits légumes. Mais Lucius n'avait pas de baguette. Ni de légumes. Ni plume, ni parchemin. Tout ce qu'il possédait à présent, c'était son esprit. Sa mémoire. Il reprit donc son activité première, à savoir se remémorer chaque minute de ce jour fatidique où le monde avait été débarrassé de Lord Voldemort.

Quelques heures plus tard, alors qu'il revoyait pour la cent millième fois la colonne de jeunes élèves, dont son fils, Granger et Nott formaient le dernier groupe, sortir en direction de Pré-au-Lard, un vacarme assourdissant le tira de sa méditation. Outre les hurlements furieux des gardiens, il percevait également ceux, terrorisés et aigus, d'une jeune fille. Lucius rampa à genoux jusqu'à la grille et colla sa tête entre deux barreaux, les yeux tournés au maximum en direction de l'extrémité du couloir. Tout au bout, une porte s'ouvrit et quatre hommes en surgirent, aux prises avec une jeune femme d'une vingtaine d'années à peine, débraillée et hurlant à pleins poumons. Son nez saignait abondamment, elle avait une bosse violacée de la taille d'une prune sur son front et du sang poisseux engluait ses cheveux châtain clair.

« Mais que quelqu'un lui jette un sort, bordel ! », beugla l'un des gardiens, qui venait de se prendre un énième coup de griffe au visage.

« On peut pas, son avocat l'a interdit. Déjà qu'il va falloir justifier les traces de coup… », grogna un autre en esquivant un coup de pied à l'entrejambe. « Mitchell, tu connais un Médicomage discret, qui pourrait effacer tout ça ? »

Pour toute réponse, le dénommé Mitchell grogna, puis les quatre gardes se dirigèrent vers une cellule située à deux compartiments en face de celui de Lucius et poussèrent sans ménagement la jeune fille à l'intérieur. Celle-ci s'étala de tout son long sur la pierre jonchée de paille sale avec un cri de douleur. Puis, elle se jeta contre les grilles au moment où l'un des gardes les scellait d'un coup de baguette.

« Pitié pitié pitié, je suis innocente, je vous l'ai dit, vous ne pouvez pas m'enfermer ici ! », hurla-t-elle en secouant les grilles entre ses mains maculées de sang.

« Ferme ta grande bouche, mon poussin, sinon je vais me sentir obligé de lui trouver une meilleure utilité... », grinça Mitchell tandis que les trois autres gardes s'esclaffaient en comprenant le sous-entendu graveleux.

« Vous ne comprenez pas, je ne suis pas ce que vous croyez ! », reprit la jeune fille, avec un débit de parole qui frôlait la vitesse du son. « Je n'ai tué personne, je ne suis même pas-

« L'une des nôtres, ouais, ça fait vingt fois que tu nous le répètes », grommela l'un des gardes en se détournant. « Figure-toi que le Juge Ogden est pas de cet avis, lui… »

Les quatre hommes s'éloignèrent, abandonnant la gamine à son sort. Ses yeux bouffis étaient écarquillés de terreur lorsqu'elle balaya du regard son nouvel environnement. Le sol crasseux, humide et froid à ses pieds. Les murs dans le même état tout autour. Le couloir, interminable, où s'engouffrait un vent glacial à chaque ouverture de la porte tout au bout. Les cellules, protégées par de lourdes grilles noires, inébranlables. Les yeux curieux de cet homme blond, qui l'observaient depuis l'une des cellules de la rangée d'en face. La jeune fille eut un mouvement de recul en apercevant ces yeux. D'un bleu-gris aussi glacial que le bâtiment et l'océan qui les entourait, ils dégageaient quelque chose d'étrange et elle sut dès les premières secondes, que l'homme auquel ils appartenaient n'était pas un enfant de chœur. Sans toutefois être un connard fini comme ceux qui venaient de la jeter dans cette cellule. Un homme intelligent, sans conteste, mais peut-être (et sûrement) dangereux. L'occupant de la cellule à la droite des Yeux Bleus, lui, restait allongé sur le dos et ne bougeait pas d'un pouce. Il est peut-être mort ?, pensa avec effroi la nouvelle venue. Malgré eux, ses yeux se dirigèrent de nouveau vers ceux de l'homme blond. Il la scrutait toujours. C'est pas vrai, me dites pas que c'est un de ces tarés, du genre Hannibal Lecter ? Qu'est-ce qu'il me veut ?

Les Yeux Bleus clignèrent une fois, puis deux.

« Innocente ? Généralement les innocents ne finissent pas ici… », fit Yeux-Bleus d'une voix sombre. Bien que ses paroles insinuent qu'il la croyait coupable, il continuait de la fixer avec intérêt. Comme si elle était enfin une source de distraction à la monotonie de ses journées.

Elle ne répondit rien et fronça les sourcils, se laissant tomber sur le sol, le long de la grille. Yeux-Bleus la dévisageait toujours sans ciller.

« De quoi vous accuse-t-on ? Je ne me rappelle pas vous avoir jamais vue parmi les Mangemorts… », reprit l'homme en plissant les yeux.

La jeune fille détourna le regard en direction de la porte par laquelle les gardes avaient disparu. Mais ils étaient déjà loin. Elle revint en direction de l'homme aux yeux bleus, s'arrêtant au passage sur la silhouette toujours immobile de son voisin d'en face.

« Double meurtre », répondit-elle après une hésitation. « Un couple qui habitait dans ma rue. Je ne les connaissais même pas… »

Le regard bleu sembla légèrement s'éteindre et l'homme fit un mouvement laissant penser qu'il s'apprêtait à repartir au fond de sa cellule. Cette idée la fit légèrement paniquer, car même s'il l'effrayait un peu, il était pour l'instant le seul humain à peu près amical à des centaines de kilomètres à la ronde.

« Je m'appelle Aria… », fit précipitamment la jeune fille en reniflant bruyamment de son nez tuméfié. Elle vit Yeux Bleus arrêter son geste et la regarder de nouveau. « Aria Stone. »

L'homme la considéra un instant sagement puis ses lèvres fines s'agitèrent à peine lorsqu'il lui répondit. « Lucius Malfoy. »

Lucius n'observa pas la moindre réaction sur le visage d'Aria. Elle n'a aucune idée de qui je suis. Cette idée le réconforta autant qu'elle le dérangea. Mais ce n'était rien comparé à ce qui allait suivre.

« Qu'est-ce que c'est, un Mange…mort ? », demanda-t-elle tandis que les yeux de Lucius s'écarquillaient.

Elle plaisante… Par Merlin, elle plaisante ?

Lucius ne répondit pas dans un premier temps, quelque peu estomaqué à l'idée qu'on ne sache pas ce qu'était un Mangemort. Lorsque l'une des paroles du gardien lui revint en mémoire. Elle avait dit « Je n'ai tué personne, je ne suis même pas- » et le garde avait terminé à sa place.

L'une des nôtres, ouais, ça fait vingt fois que tu nous le répètes.

« Pas l'une des nôtres… », murmura Lucius tandis qu'Aria tressaillait.

« Hein ? »

« Qu'est-ce que vous entendiez par : pas l'une des nôtres ? », demanda Lucius, qui s'impatientait.

Lucius la vit hésiter encore, tourner de nouveau la tête vers le bout du couloir. « Je ne suis pas comme ces gens », reprit-elle en désignant la porte du doigt. « Je ne fais pas de magie, moi. Je n'ai rien demandé à personne. Mais ils sont venus me chercher, ils m'ont fait passer devant un tribunal bizarre dans une institution gouvernementale dont je n'avais jamais entendu parler… Ils ont dit que je mentais. Que je faisais de la magie, comme eux, et que … j'avais tué des gens. » La jeune fille éclata d'un rire amer. « Non, mais sérieusement, vous y croyez, vous ? De la magie… Ah ! Ils sont tous timbrés là-dedans… »

Lucius l'observa un instant. Si cette fille mentait, alors elle était sacrément bonne comédienne. Lucius avait toujours été capable de dire lorsque quelqu'un lui racontait des salades, sa formation de Mangemort aidant. Mais cette fille-là… il avait tellement envie de la croire que ça en devenait ridicule.

« Ils disent qu'ils ont retrouvé mes empreintes dans la maison des victimes. Je leur ai répondu que c'était anormal, que je n'y avais jamais mis les pieds. Ils ne m'ont pas crue. Ils m'ont dit que l'un de mes cheveux était sur le cadavre de l'homme. Ils ont supposé que j'avais sûrement voulu avoir une aventure avec lui mais que, rongée par la colère d'avoir été éconduite, je les avais tués lui et sa femme. Ils m'ont demandé où était la baguette qui a servi à tuer ces gens. Vous vous rendez compte ? L'arme du crime est une baguette ! A ce moment-là, j'ai cru à une mauvaise blague, une caméra cachée. Vous savez ? Comme une version un peu trop réaliste de Beadle's About. »

Non, Lucius ne savait pas. Il n'avait jamais entendu parler de « caméra cachée » ni de « Beadle's About », quoi que ça signifie. Et le débit de parole infernal d'Aria, combiné à la pointe d'hystérie dans sa voix, commençaient à lui taper sur le système. Merlin, on dirait Granger...

« Qui avez-vous tué, Aria Stone ? », ajouta-t-il, attentif à la moindre des expressions de la jeune fille. Aria fronça les sourcils.

« Personne, je vous l'ai déjà dit. Et vous ? », le défia-t-elle, vexée.

Touché, grinça intérieurement Lucius. Pour toute réponse, il leva les yeux au ciel et fit mine de battre en retraite dans un coin de sa cellule.

« Je m'excuse. Mais il faut me croire. C'est la vérité », se défendit-elle.

« Si tous les gens qui plaidaient non coupables étaient crus sur parole, il n'y aurait personne à Azkaban… », grinça Lucius en lui jetant un regard mauvais. « Mais pardonnez-moi, je reformule », ajouta-t-il sur un ton sarcastique. « Qui vous accuse-t-on d'avoir tué ? Vous le savez ? »

Aria Stone hocha lentement la tête. « Ils s'appellent Grégory et Romilda Nott. »

~o~

Elle pleurait. Encore. Et une nouvelle fois, il ne pouvait se résoudre à l'approcher, à la serrer dans ses bras, à lui dire que tout finirait par aller mieux.

Sa propre lâcheté le dégoûtait. Chaque jour depuis un mois, il venait. Chaque jour depuis un mois, il se terrait dans les hautes herbes et les roseaux. Il observait de loin sa silhouette prostrée sur le rebord de sa fenêtre ou recroquevillée sur les marches du perron.

Ginny Weasley ne passait pas beaucoup de temps hors de ces deux points d'observation, regardant la lande et les marécages qui s'étendaient à perte de vue autour du Terrier ou la route de cailloux grossiers qui se perdait dans les collines en direction de Loutry Ste Chaspoule. Elle devait sûrement l'attendre, lui, ou Ron, ou un autre de ses frères. Ou peut-être attendait-elle aussi Hermione ? Peut-être attendait-elle Arthur ? Et peut-être que la raison pour laquelle chacune de ces longues sessions d'observation se terminait par une crise de larmes était qu'elle se rappelait qu'ils ne reviendraient sans doute jamais.

Harry Potter regarda sa petite amie sécher ses larmes de sa manche. Sa petite amie. Pouvait-il encore la considérer comme telle ? Pouvait-il encore prétendre lui-même à ce titre s'il n'était même pas capable de la regarder en face, de l'approcher, de lui parler ? Harry en doutait. Une chose était sûre. Ce serait certainement dur pour elle, ce serait certainement long à comprendre, mais elle était mieux sans lui. Elle méritait mieux que tout ça. Il représentait trop de mauvais souvenirs, trop d'horreur. Il était celui qui avait conduit son père à la mort. Il était celui à cause de qui Hermione était morte. Comment envisager un avenir avec elle lorsque sa seule présence rappellerait à Ginny tous les malheurs qui l'accablaient ?

Harry regarda Ginny se lever et épousseter son pantalon en reniflant. Elle tourna les talons et remonta les quelques marches du perron pour rentrer à l'intérieur. Harry soupira. Il fallait qu'il arrête de venir, qu'il cesse cette comédie. Et encore une fois, sans même s'être montré, sans même avoir manifesté sa présence, il transplana avec un craquement sonore.

La porte du Terrier se rouvrit à la volée et Ginny ressortit en courant, balayant frénétiquement les environs du regard. Elle avait entendu. Ce bruit si caractéristique d'un sorcier qui transplane.

« Harry ? », souffla-t-elle d'une voix brisée.

Seul le sifflement du vent dans les roseaux lui répondit. De nouvelles larmes s'accumulèrent le long de ses cils inférieurs.

« HARRY ! », s'égosilla-t-elle. Mais elle savait pertinemment que jamais elle n'obtiendrait de réponse.

~o~

Après deux mois, pour Hermione, les jours passés dans sa nouvelle prison commençaient à se suivre et à tous se ressembler. Sa montre, le léger tictac régulier des aiguilles, l'avait d'abord rassurée, puis le bruit était devenu insupportable, amplifié par la solitude. Elle avait fini par la retirer et la jeter à l'autre bout de la petite pièce, essayant d'oublier que les heures, les minutes, les secondes continuaient malgré tout de s'écouler, alors même que sa propre vie s'était arrêtée. Ici. Entre ces quatre murs. Mais quand ce n'était pas le tictac de sa montre, c'était le cliquètement régulier du clapet de ventilation, dans un coin du plafond, inaccessible. Ça aurait été pourtant si simple de le faire taire. Boucher la sortie d'air. Attendre que l'oxygène s'épuise. Abandonner enfin.

Mais les visites régulières de Théo ne lui laisseraient pas le temps d'en arriver là. A chaque ouverture de la porte, il prolongeait sa vie, renouvelant sans le vouloir cet oxygène qu'elle ne voulait plus respirer. Plus le temps passait et plus elle le sentait. Il s'immisçait de plus en plus à l'intérieur de son esprit. Même lorsqu'il était absent dans la journée, Hermione entendait sa voix à l'intérieur de sa tête. Elle sentait son odeur, un mélange de chèvrefeuille et de musc, partout autour d'elle. Lorsqu'elle fermait les yeux, elle ne voyait que son visage. Au point de ne plus parvenir à fermer l'œil. Rendant les journées encore plus longues et le bruit de la ventilation encore plus agaçant.

A un moment, Hermione avait littéralement pété un plomb. Elle avait bondi sur ses pieds et en prenant appui sur deux pans de mur adjacents, avait tenté d'escalader jusqu'à la conduite d'aération. Bien entendu, elle ne parvint même pas à s'en approcher de moins de 30 centimètres et traduisit sa frustration par une série de hurlements de rage assourdissants. Après quelques minutes d'acharnement inutile, elle se laissa de nouveau glisser au sol, hors d'haleine. Elle avait tellement sommeil. Mais si elle avait le malheur de s'endormir, elle ne rêverait que de lui et elle refusait de subir ça. Ce qui la tenait éveillée et fébrile. Avec un peu de chance, elle finirait par mourir d'épuisement…

Elle tirait justement ces conclusions morbides lorsque la voix de Théodore résonna dans son crâne, aussi nettement que s'il s'était trouvé à moins d'un mètre. Sauf qu'il était au travail, elle le savait. Elle avait entendu la porte se refermer quelques heures plus tôt et plus le moindre bruit depuis.

« Tu veux dormir en paix, Hermione ? », fit la voix, narquoise, dans son cerveau.

Hermione hocha lentement la tête, les yeux pleins de larmes, les mains tremblantes de fatigue et de désespoir. Oui. Dormir. Sans rêves, sans visions. Rien d'autre que l'obscurité, le silence, le repos. Oui elle voulait dormir. « Oui… », souffla-t-elle à mi-voix bien qu'une simple réponse psychique aurait suffi.

« Ferme les yeux… », ordonna-t-il, et Hermione laissa échapper un sanglot.

« Non, si je ferme les yeux, je … » Elle se tut. Si je ferme les yeux, tu seras là et c'est la dernière chose dont j'ai envie, acheva-t-elle intérieurement.

Elle entendit Nott soupirer et l'imagina parfaitement lever ses yeux noirs au ciel, avec un rictus agacé. « Ferme. Les. Yeux… »

Avec une grimace, Hermione s'exécuta et tressaillit. A peine ses paupières étaient-elles closes qu'il se tenait devant elle, seul élément de décor dans un monde de Ténèbres. Sa silhouette s'approcha d'elle et elle voulut reculer mais elle était incapable de bouger d'un pouce, même à l'intérieur de son propre esprit. Elle vit ses iris noirs plonger dans les siens et une terreur incontrôlable la saisit.

« Je vais t'aider à dormir, Hermione… », souffla-t-il tandis que son regard devenait plus intense. Hermione se sentit irrémédiablement attirée par ces yeux. Aussi noirs que l'obscurité qui les entourait, magnétiques. Plus elle se plongeait dans ce regard, plus elle sentait toute peur s'envoler, remplacée par une sensation étrange. Comme si toutes les réponses à ses questions se trouvaient dans ce regard.

« Mais pour cela, j'ai besoin de quelque chose en échange, pour que ça fonctionne… », susurra Théodore en se rapprochant de son visage. Tout le corps d'Hermione lui hurlait de bouger, de se réveiller, de fuir l'emprise de ces deux yeux de ténèbres qui l'hypnotisaient. Mais elle avait tellement, tellement envie de dormir.

« Qu'est-ce que tu veux ? », demanda lentement Hermione. Elle vit Théodore sourire.

« Un baiser. »

Hermione bougea imperceptiblement la tête, se soustrayant quelques secondes au pouvoir hypnotique de Théodore. « Plutôt crever », cracha-t-elle avec hargne. Mais l'instant d'après, il avait saisi son menton d'une main et serrait sa mâchoire entre ses doigts.

« Qu'est-ce qui te fait tenir depuis si longtemps, Hermione ? », demanda-t-il avec une pointe d'agressivité, bien que son sourire veuille laisser croire qu'il maîtrisait totalement la situation. « C'est lui, n'est-ce pas ? Ce fichu Espoir… Comment fais-tu pour le garder depuis tout ce temps… ? »

Hermione ne répondit pas, à nouveau prise au piège de ses iris.

« Donne-le moi, Hermione… », insista doucement Théodore en se penchant lentement vers elle.

« Quoi donc ? », siffla Hermione d'une voix tremblante. Les yeux noirs se rapprochaient. « Le baiser ou l'espoir ? »

« Ne sont-ils pas indissociables ? », s'amusa Nott en inclinant un peu plus la tête vers ses lèvres. « Juste un baiser, Hermione. Fais-le et je te laisserai dormir des heures durant. Rien ne viendra perturber ton sommeil. Ni rêves, ni souffrance… juste la paix, Hermione, la paix… »

Hermione se sentait sombrer. La proposition était tellement tentante. Ne plus entendre la bruit de la ventilation, ni le tic tac des aiguilles. Ne plus voir les murs qui l'étouffaient, la porte et sa lourdeur écrasante. Ne plus penser. Ne plus souffrir. Juste … dormir.

« Vas-y… », céda Hermione en réprimant une folle envie de hurler. Mais Théodore secoua la tête.

« C'est à toi de le faire, Hermione. Et à toi seule. Je ne bougerai pas… »

Hermione fronça légèrement les sourcils. Pourquoi était-il aussi cruel ? Cela ne suffisait pas de la torturer ainsi, il fallait en plus qu'elle l'embrasse de sa propre volonté ? Pourquoi ne pouvait-il pas se contenter de prendre ce qu'il voulait ? Après tout, ça ne l'avait jamais embêté plus que ça, auparavant.

« Allez Hermione… Un dernier effort … et tu pourras dormir… », murmura Nott, tout contre ses lèvres. Elle sentit son souffle chaud chatouiller son menton, sa joue. Merlin qu'elle le détestait. Mais sa santé mentale dépendait de ces quelques heures de répit dans les bras de Morphée. Si elle ne dormait pas, elle finirait par s'ouvrir les veines des poignets en y mordant à pleines dents. Et cette idée la terrifiait. Si elle embrassait Nott, elle dormirait convenablement. Et au réveil, elle pourrait de nouveau penser de manière rationnelle et constructive.

Non ?

Hermione leva le menton, et sans détourner son regard de celui de Nott, referma les quelques centimètres qui les séparaient. Alors que leurs lèvres s'effleuraient, Hermione murmura une dernière parole.

« Sois maudit », gronda-t-elle en le fusillant du regard. Théo ne répondit pas. L'instant d'après, elle posait ses lèvres obstinément closes sur les siennes. Elle sentit la langue de Théodore caresser sa lèvre supérieure mais lui refusa toute entrée. Elle n'irait pas jusque-là, hors de question. Sentant son entêtement, Nott la pressa un peu plus contre lui et entreprit de mordiller sa lèvre inférieure. Si fort qu'elle laissa échapper un cri de douleur. Profitant de l'occasion, Nott approfondit le baiser et Hermione sentit la colère l'envahir. Elle s'apprêtait à repousser Théodore pour le gifler, le griffer, l'insulter, hurler… mais les ténèbres l'enveloppèrent entièrement et elle sombra aussitôt dans le néant.

~o~

Dans son bureau du premier étage du service de génétique de l'hôpital Pellegrin, à Bordeaux, Théodore Nott (sous les traits de Peter Gordon) rouvrit les yeux. Cette petite séance à distance avec Granger l'avait épuisé. Avec un soupir, il tamponna son front couvert de sueur et esquissa un sourire. Elle avait enfin cédé. La phase une était terminée. Le reste… irait tout seul en comparaison. Au dehors, une légère brise du sud agitait les feuilles des arbres et Théodore ouvrit sa fenêtre, appréciant la sensation du courant d'air frais sur son visage brûlant.

Les prélèvements qu'il avait faits sur Granger avaient donné de bons résultats. Bien que née de parents Moldus, la sorcière possédait un allèle positif, qui avait permis à sa magie de s'exprimer. Comment ce gène était-il arrivé là ? C'était un mystère, mystère qui resterait irrésolu étant donné que les recherches entreprises par Nott pour retrouver les parents d'Hermione s'étaient avérées infructueuses. Lire dans les pensées de la jeune fille n'avait servi à rien non plus, puisque la destination où elle les avait envoyés (l'Australie) n'était que temporaire et elle s'était arrangée pour que ses parents décident d'eux-mêmes de leur destination finale, sans qu'elle n'en sache rien. Ils auraient pourtant pu être utile à ces recherches, mais tant pis.

Samia et Richard avaient également eu la bonne idée de contacter des Cracmols français, les convaincant de se livrer à quelques examens et ils avaient au moins pu déterminer la raison pour laquelle deux parents sorciers pouvaient engendrer des enfants sans magie.

Ce phénomène (très rare) s'appelait la dominance incomplète. Lorsque l'un des deux allèles ne s'exprimait pas (pour une raison X ou Y), et que l'autre allèle ne se suffisait pas à lui-même, alors le caractère physique était dans l'impossibilité de s'exprimer. Samia avait alors supposé que cela pouvait être le cas pour les parents de nés-Moldus. Si la dominance incomplète était devenue une particularité génétique développée par plusieurs générations consécutives, l'un des parents pouvait très bien être porteur de magie sans l'exprimer et transmettre cette magie inactive à son enfant. Celui-ci brisait alors le cercle vicieux en « réactivant » la dominance de son allèle magique. Restait maintenant à le prouver.

Théodore inspira une nouvelle fois. L'air sentait l'herbe coupée, la terre et le bitume chauds. Le bruit des moteurs des voitures lui parvenait depuis le parking du CHU et les boulevards qui s'étendaient à perte de vue. Un soleil éclatant brillait dans le ciel sans nuages. Dommage qu'Hermione ne puisse pas voir ça …, pensa-t-il en posant sa tête sur son menton. L'Angleterre lui manquerait peut-être moins si elle pouvait apprécier le soleil radieux et la douceur du sud de la France. Théodore referma la fenêtre et se mordilla l'ongle du pouce, pensif. Ceci dit, je pourrai peut-être la laisser sortir dans l'appartement à son réveil. Maintenant que la première phase est terminée, elle se montrera beaucoup moins difficile….

Théodore sourit. Oui… beaucoup moins difficile…

~o~

Une joyeuse agitation régnait en maître sur le Chemin de Traverse. Tout juste deux mois après la fin de la guerre, la quasi-totalité des boutiques avaient rouvert et retrouvé leur splendeur d'autrefois. Les vitrines avaient été réparées, les devantures repeintes, les poignées de porte brillaient, les terrasses faisaient de nouveau le plein. Florian Fortarôme paradait de nouveau entre ses tables, les bras chargés de coupes de glace aux parfums divers. Au milieu du tumulte et des consommateurs pressés, un petit groupe tentait tant bien que mal de se frayer un chemin d'une boutique à l'autre. Narcissa Malfoy ouvrait la marche, scrutant les alentours en plissant les yeux, esquivant un gosse juché sur un mini-balai, puis un gros monsieur que son épouse semblait traîner à contrecœur dans les magasins…

« C'est pas vrai, ils se sont tous donné le mot, aujourd'hui ? », s'exclama-t-elle en fusillant du regard le gamin qui hurlait de joie en filant à toute allure sur son minuscule balai.

Derrière elle, Blaise Zabini s'esclaffa. « Ce weekend, tous les commerçants font des promotions pour fêter la réouverture. Ce n'est pas étonnant qu'il y ait autant de monde ! », dit l'Italien en lorgnant du côté de la vitrine de Mme Guipure, devant laquelle deux jolies jeunes filles bavaient littéralement devant une robe de soirée en satin rose pâle.

« Fais gaffe, vieux, tu risques la fracture du nerf oculaire… », railla Ron, tandis que Blaise sursautait et cessait immédiatement son observation des deux serial shoppeuses. Puis le roux jeta un coup d'œil inquiet autour de lui. « Où est Ginny ? »

« Je suis là, gros lourdeau », le houspilla sa petite sœur en lui donnant une bourrade dans le dos. « Arrête un peu de demander cent fois par jour où je suis, ça devient pénible… »

Mais malgré ses protestations, Ginny appréciait l'inquiétude de Ron pour sa petite personne. A part lui, personne ne se souciait plus vraiment de sa santé. Harry avait disparu de la circulation, sa mère était toujours amorphe la moitié du temps et en larmes l'autre moitié, et ses autres frères étaient tous trop « occupés » par leurs nouvelles vies pour prendre des nouvelles régulièrement. Pour sa part, Ginny avait fini par redresser la barre. Après avoir passé des semaines entières enfermée au Terrier en compagnie de sa mère, elle avait doucement sorti la tête de l'eau et multipliait les visites au Manoir Malfoy, où Ron semblait avoir définitivement élu domicile. Cela lui faisait du bien. Lui non plus n'avait pas de nouvelles d'Harry et lorsqu'il lui avait demandé, un jour, si elle en avait eu, elle avait d'abord hésité avant de répondre par la négative.

En pratique, Harry n'avait pas tenté de la contacter mais d'une manière qu'elle ne parvenait pas à s'expliquer, elle avait senti qu'il était là, environ trois semaines plus tôt, alors qu'elle pleurait sur le perron. Le craquement sonore… Elle avait l'intime conviction qu'il avait transplané à proximité. Cela l'avait d'abord remplie de colère. Qu'il n'ose pas l'approcher, lui parler, comme s'ils étaient des étrangers. Et puis ça l'avait soulagée. Il était encore là, dans les parages. Paradoxalement, c'était également ce jour-là qu'elle avait versé ses dernières larmes et décidé de tourner la page. Commencer une nouvelle vie. Molly stagnait mais Ginny voulait avancer. Elle avait donc décidé de venir aussi souvent que possible au Manoir, traînant avec les garçons, avec Narcissa, s'occupant du magnifique jardin de cette dernière, prenant le thé loin de l'ombre larmoyante qu'était devenue Molly Weasley. Parfois, Ginny se sentait égoïste. Le reste du temps, c'était sa mère qu'elle blâmait. Car Ginny faisait des efforts. Des efforts surhumains pour l'épauler, lui changer les idées, l'aider à remonter la pente. Mais à chaque tentative, Molly se murait un peu plus dans son désespoir.

Laisser tomber. C'était ce qu'elle avait fini par faire. Rejoindre les autres, sortir. Là où la vie continuait.

Et voilà pourquoi elle se retrouvait aujourd'hui sur un Chemin de Traverse bondé, en compagnie de son frère, de Narcissa, de Blaise … et de Draco Malfoy. Ou comme elle l'avait renommé dans sa tête : le Taciturne et Muet Draco Malfoy.

Celui-ci les suivait en silence, l'air quelque peu oppressé par l'agitation autour de lui, mais ses yeux grand ouverts fouillaient le moindre recoin, la moindre vitrine. Ginny esquissa un sourire. Même s'il n'en montrait rien, le Taciturne et Muet Draco Malfoy était ravi d'être là. Elle sursauta en remarquant qu'il l'avait vue l'observer. Ginny détourna aussitôt le regard. Bien que son état général se soit amélioré, les yeux de Malfoy restaient si horriblement tristes et perturbés qu'elle ne pouvait soutenir leur poids plus de quelques secondes sans avoir elle-même envie de pleurer.

« Il faut absolument qu'on aille chez Mme Guipure », reprit Narcissa en jouant des coudes pour se diriger vers la boutique en question. Blaise la suivit au petit trot avec un large sourire… avant de réaliser que les deux beautés en pleine session de lèche-vitrine avaient disparu dans la foule.

Poussant la porte, Narcissa et sa petite troupe entrèrent dans la boutique pleine à craquer. Ginny ne put s'empêcher de remercier la guerre : la boutique ayant été ravagée lors d'affrontements et de pillages au moment de la prise de pouvoir de Voldemort, la propriétaire du magasin avait été forcée de renouveler son stock et l'odeur de neuf de la marchandise remplaçait (enfin !) celle de la naphtaline… Les modèles aussi avaient quelque chose de plus … contemporain. Ce qui n'était pas du luxe lorsqu'on avait connu les précédentes collections mises en vente.

« Ron, tu as besoin d'un nouveau pantalon… », fit Narcissa en désignant le rayon correspondant. « Merlin, tu as encore pris cinq centimètres. A croire que tu ingurgites l'engrais de mes rosiers au petit-déjeuner… »

Blaise éclata de rire et Ron lui assena une tape dans ses cheveux bruns, avant de se détourner en direction des pantalons.

« Lui, au moins, il ne reste pas au stade du nain boutonneux… », railla Ginny tandis que Blaise la regardait d'un air faussement scandalisé.

« Où est-ce que tu vois des boutons ? Où ? Où ? », fit-il en la poursuivant dans le magasin, les mains sur le visage cherchant à tâtons des boutons invisibles. Le rire de Ginny, fuyant devant Blaise, se répercuta dans tout le magasin et quelques acheteurs se retournèrent pour leur jeter des regards curieux.

Draco les suivit des yeux, impassible. Sa mère posa alors sa main sur son épaule et il reporta son attention sur elle. « Et toi, il te faudrait quelque chose de … de plus … »

Draco haussa les sourcils.

« De plus habillé ! », acheva Narcissa tandis que ces mêmes sourcils se fronçaient à présent, l'air de dire « Pour quoi faire ? ».

Heureusement pour Narcissa, elle avait appris à déchiffrer les expressions faciales de son fils, faute de les entendre exprimer à voix haute. « Draco, je sais bien que ça te passe complètement au-dessus mais … dans cinq jours, c'est ton anniversaire. » Le visage de Draco s'assombrit aussitôt. « Ne fais pas cette tête-là », le rabroua gentiment Narcissa. « Sois mignon, va te chercher une jolie veste pour l'occasion, d'accord ? » Draco la fixa longuement comme si elle venait de le condamner à l'abattoir mais elle ne se laissa pas démonter. « Allez, zou ! », fit-elle en le poussant par les épaules.

Le blond lui jeta un dernier regard lourd de reproches, puis lui tourna le dos et Narcissa put enfin soupirer bruyamment. Depuis le rayon des pantalons, Ron n'avait pas manqué une miette de la scène. Mrs Malfoy semblait épuisée par le comportement sempiternellement morose de son fils et même si Ron détestait l'admettre, cela minait le moral de tout le monde. Tous faisaient des efforts pour aller mieux, sans pour autant perdre de vue leur objectif : savoir si Hermione était oui ou non vivante. Blaise et lui avaient appris (en laissant traîner quelques oreilles à rallonge estampillées Weasley) que Rogue et Narcissa étaient sur le coup mais pour l'instant, les recherches piétinaient. Et Malfoy ne disait toujours pas un mot ou presque. Par moments, Ron avait envie de le secouer, de le gifler, de lui hurler de réagir, de parler, d'arrêter son cinéma, que tout le monde souffrait, qu'il n'était pas le seul, qu'eux aussi avaient perdu Hermione, et même un père… Mais il doutait qu'un tel traitement de choc plaise à Narcissa et s'était donc abstenu.

Après avoir trouvé enfin un pantalon adapté à ce que Blaise appelait amicalement ses « échasses », Ron se dirigea vers la caisse, mais Narcissa lui arracha le pantalon des mains.

« Héé ! », protesta Ron en regardant son pantalon s'envoler hors de sa portée. « Mais j'ai de quoi payer ! »

« Ne sois pas ridicule, Ronald ! », fit sèchement Narcissa en ajoutant sur le comptoir un pull léger pour Blaise et une petite robe d'été pour Ginny. Elle se retourna et vit Draco approcher avec une veste noire. « Ah ! Enfin ! » Elle s'avança un peu pour prendre le vêtement des mains de son fils et Blaise en profita pour se pencher vers Ron.

« Laisse tomber, vieux. Une fois, je voulais payer une paire de chaussures et elle a hurlé comme si je venais de lui dire que j'avais tué le dernier bébé phoque de l'Arctique… », chuchota l'Italien tandis que Mrs Malfoy revenait et ajoutait le dernier article en haut de la pile.

« Je confirme, j'ai cru qu'elle allait me mordre quand elle m'a arraché ma robe des mains ! », renchérit Ginny à mi-voix.

« Ouais, parfois, elle est redoutable… », fit une petite voix rauque derrière eux.

Blaise, Ginny et Ron se retournèrent, la surprise se lisant sur leurs visages. Oui, c'était bien Draco qui avait prononcé cette phrase. L'expression étonnée des trois autres était telle que Draco sembla aussitôt regretter d'avoir parlé. Ginny fut la première à réagir. Mieux vaut faire comme si tout était normal, sinon il va se braquer…, pensa-t-elle en troquant son étonnement contre un sourire.

« Et encore, redoutable, c'est un euphémisme ! Cette femme est un véritable dragon », s'esclaffa-t-elle, tandis que Malfoy semblait se détendre un peu en la voyant réagir aussi naturellement. Puis il détourna les yeux pour regarder ailleurs. Même s'il ne les voyait pas, il savait pertinemment qu'à cet instant précis, Blaise et les deux Weasleys échangeaient des regards appuyés. Devant eux, Narcissa (qui n'avait rien entendu de l'échange) se retourna avec son sac de vêtements payés.

« Bien ! Qu'est-ce que vous dites d'aller manger une glace ? », demanda-t-elle en ébouriffant au passage les cheveux blonds de son fils, qui les rabattit sur sa tête avec une moue désapprobatrice.

« Je valide ! », s'écria Ginny avec entrain et brandissant le poing vers le ciel, manquant d'éborgner son frère. Elle vit alors Blaise lever les yeux au ciel et baissa le bras. « Quoi ? »

« Non, rien », ironisa l'Italien en suivant Narcissa hors de la boutique.

De retour dans l'Enfer de la foule, ils remontèrent une partie de la rue commerçante et finirent par atteindre non sans mal la terrasse du glacier. Ils furent servis étonnamment vite, compte tenu du nombre de clients qui saturait littéralement la terrasse, à l'affut du moindre rayon de soleil. Les deux Weasley et Blaise se mirent à parler Quidditch (évidemment), sous le regard amusé de Narcissa, tandis que Draco observait les lieux en silence.

Son regard se posa alors sur une affichette, plaquée à la va vite sur un côté de la devanture de Fortarôme, réservé aux petites annonces. Le blond fronça les sourcils, tandis qu'une impression étrange et angoissante remontait le long de son échine et lui donnait des frissons incontrôlables. Après un moment, Narcissa le remarqua et suivit son regard sans comprendre. Draco fixait un avis de recherche. Une dénommée Laura Madley, élève en quatrième année à Pouffsouffle, avait disparu et l'on promettait quelques Gallions à tous ceux qui disposeraient d'informations essentielles la concernant. Narcissa fronça les sourcils. Une petite ligne sous le nom et la photo de la jeune fille indiquait qu'elle avait disparu le jour de la Bataille de Poudlard.

Elle reporta son attention sur son fils. Celui-ci semblait en proie à la panique. Ses yeux étaient écarquillés et l'une de ses mains tremblait. Les trois autres cessèrent de parler pour l'observer, bouches bées. Qu'est-ce qu'il lui prenait ?

Ce qu'il lui prenait, Draco lui-même n'aurait su l'expliquer. La simple vue du visage de cette fille sur l'affichette l'avait pris aux tripes, pour une raison inconnue. Plus il la regardait, plus son visage semblait se tordre. Le sourire disparaissait et était remplacé par une expression de terreur pure. Sa bouche était grande ouverte et ses hurlements résonnaient de manière beaucoup trop familière dans la tête de Draco. Cette fille n'avait pas disparu. Elle était morte. Et Draco l'avait vue mourir. Mais quand ? Comment ? Pourquoi ?

« DRACO ?! »

Le blond sursauta et se retourna vivement. Blaise le regardait comme s'il avait perdu la tête. Ce qui était peut-être le cas…

« Qu'est-ce qu'il t'arrive ? », demanda Ron, qui en avait lâché sa cuillère.

Draco ouvrit la bouche pour répondre mais soudain se figea. Il n'en savait rien. Il ne savait plus. Il jeta un nouveau coup d'œil en direction de l'affiche mais ce n'était plus qu'un simple bout de papier illustré à ses yeux. D'ailleurs il ne connaissait pas cette fille sur la photo. Jamais vue. Alors pourquoi est-ce que tout le monde le regardait comme ça ? Il sentit une goutte de sueur courir le long de son dos et frissonna. Pourquoi est-ce qu'à chaque fois qu'il sentait son cerveau reprendre le contrôle de sa mémoire, il avait l'impression que celui-ci défaillait un peu plus ? Ça le rendait malade.

« Rien, c'est rien… », marmonna-t-il en reportant son attention sur sa glace.

Ginny se mordit la lèvre inférieure et prit lentement une bouchée de sa boule saveur Fizwizbiz pour se donner de la contenance. Ron se racla la gorge, mal à l'aise et ce fut finalement Blaise qui rompit le silence inconfortable.

« Mrs Malfoy, vous avez pu revoir votre mari ? », demanda Blaise, visiblement désireux de tirer un trait sur la situation plus que gênante. L'interpellée saisit l'occasion au vol.

« Non, pas depuis le mois dernier. Pourtant, ce n'est pas faute de demander… », maugréa-t-elle en secouant la tête.

« Il ne veut pas vous voir ? », demanda Ginny en fronçant les sourcils.

« Ça, ça m'étonnerait », répondit Narcissa. « Non, le problème c'est qu'on nous l'interdit. Soi-disant que six mois est une période courte et qu'il faut laisser la priorité des parloirs aux longues peines, blablabla… Moi, ce que je crois, c'est qu'Ogden a donné des ordres pour nous rendre la vie impossible. Il doit être vexé comme un pou de ne pas avoir pu enfermer Lucius ad vitam aeternam… »

« A sa place, je le serais aussi… », marmonna Ron en enfournant une énorme bouchée de glace à la pastèque. Quatre paires d'yeux le fixèrent avec sévérité et Ron leva le nez de sa glace, réalisant que ses paroles pouvaient porter à confusion. « Euh… non, attendez, vous voyez ce que je voulais dire ? Qu'à la place d'Ogden, laisser partir un type comme lui, c'est rageant… »

« Quel tact, Ron… », gronda Ginny en le fusillant du regard.

« Ne t'en fais pas, Ronald, j'ai compris », soupira Narcissa. « Lucius n'est pas un ange, mais qu'est-ce que tu veux, c'est comme ça … »

« Mais non, enfin… c'est pas du tout ce que je voulais dire, c'est seulement que… », se défendit Ron, avant de voir le regard malicieux de Narcissa. « Oh et puis zut », acheva-t-il avant de se mettre à bouder.

Ginny poussa un soupir et la conversation reprit, sur une note un peu plus légère. Enfin, ce fut l'heure de regagner le Manoir. Narcissa régla leurs consommations et Ginny demanda s'ils pouvaient aller saluer Fred et Georges à la boutique avant de rentrer. Narcissa accepta avec plaisir et ils s'éloignèrent, Draco fermant la marche.

Mais quelque chose le turlupinait. Une impression désagréable. Qu'il manquait quelque chose. Quelque chose d'essentiel. Sans prévenir les autres qui entraient chez les Weasleys, le blond tourna les talons et remonta le Chemin de Traverse en courant, jusqu'au panneau des petites annonces de Florian Fortarôme. De nouveau, il faisait face au visage souriant de Laura Madley, disparue à Poudlard deux mois plus tôt. Non, ce visage ne lui disait vraiment rien. Toutefois, les frissons incontrôlables qui le parcoururent à nouveau alors qu'il dévisageait le portrait en noir et blanc, semblaient lui indiquer qu'il en savait plus que ce que sa mémoire mutilée voulait lui laisser croire. Arrachant l'affichette du mur, Draco Malfoy la plia en quatre et la fourra dans la poche de son jean noir. Puis d'un pas rapide, il repartit en direction de la boutique de farces et attrapes.

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Ce sera tout pour aujourd'hui ! Vous avez pu avoir des nouvelles d'un peu tout le monde (Harry aussi, même si c'était très furtif !) En tous cas, j'ai donné plein d'indices sur le lien qui unit Hermione et Nott (lien qui est d'ailleurs passé à la phase supérieure…) : quoi vous voyez toujours pas ce dont il s'agit ? Sûrs ? Et que pensez-vous de notre nouveau témoin, Aria Stone ? Bon, elle n'aura pas un rôle prépondérant mais elle va mettre Lucius sur la voie de beaucoup de choses… J'ai hâte de lire vos réactions sur ce chapitre !

A lundi prochain ! Bisous.

Xérès