The Rise and Fall
Les blas-blas de Xérès : Ce chapitre est dédié à « Petitestef », dont la proposition « bouteille » m'a inspirée pour trouver le nom de mon Chartier. Je remercie également Ellexa, Aria, Lune-Bleue22, Lety31, Saori13, Carboplatine, LyalyaO, Cassandre, Anthracite77 pour leurs différentes propositions : Chiche, Chatenrond, Bushy, Aiden, Aimericus, Slytherin, Drone, Herco, Ombre, Léonte, Oreste, Pyrrhus, Hermine... Beaucoup de vos prénoms m'ont tentée/inspirée, mais au final, il a fallu faire un choix… Mais là je ne pouvais pas donner douze prénoms au Chartier. (Ou alors, il aurait fallu acheter onze autres Chartiers à Draco ! Imaginez la tête de Lucius en rentrant d'Azkaban. Déjà qu'un Chartier + un oiseau …)
Merci à tous mes nouveaux followers (zwot9816, Emmy Corasun, Arnalande, liloouuu), à Elena Grape, Ellexa, Piitchoun, Goutte-de-Mer, Aria, Erza Robin, Lune-Bleue22, Eleo, Fla, Hardcoredrugs, Lety31, Saori13, S, L.E.V.W, Carboplatine, Audrey917000, sarahblue1, Petitestef, Eliane Gil, Lyalya.O, doddie08, Cassandre, Alaska66, Serdra, Patacitrouille, Didoune, dramionne, Anthracite77 pour leurs reviews et à tous ceux qui m'ont laissé un petit message sur Facebook.
RAR :
Ellexa : wouaaah 14h, ça fait longtemps que j'ai pas pu dormir aussi longtemps, moi XD Oui Draco a changé, disons que deux mois de silence, ça lui a laissé le temps de réfléchir sur lui-même. Ne t'en fais pas pour Hermione, elle va trouver quelque chose de très utile dans ce chapitre ! Merci à toi et bisous !
Eleo : merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que tu aies aimé Rise même si elle n'est pas encore terminée (ça ne saurait tarder, cependant)… J'espère que l'attente de ce nouveau chapitre n'a pas été trop longue et qu'il te plaira autant que les autres ! Bises et encore merci !
Fla : Draco et Draco Junior ? ah ah, j'aime bien l'idée. Ce serait très narcissique de la part de Draco d'appeler son animal comme lui XD Merci pour ta review !
Cassandre : Merci beaucoup, je suis contente que ma fic te plaise ! Tu verras, je poste tous les lundi (sauf le 14 juillet, je ne serai pas dispo). En ce qui concerne le nom du Chartier, j'ai finalement choisi une autre proposition, mais j'ai bien aimé ce petit instant culture (surtout que je suis une grosse quiche en mythologie gréco-romaine donc je ne peux que te croire sur parole, je n'y connais rien ! hihi) A bientôt et encore merci pour ta review !
Patacitrouille : merci pour ta review ! Ne t'en fais pas, Hermione reprend du poil de la bête )
Chapitre 42 : Réminiscences
Draco transplana le premier devant les grilles de la propriété des Malfoy, et il sentit contre son torse le petit Chartier s'agiter. Celui-ci n'était pas un adepte de ce mode de déplacement et le faisait savoir en mordillant légèrement la veste de son maître à chaque voyage. Un second craquement sonore retentit et Potter apparut à sa droite, l'air quelque peu constipé.
« C'est pas trop tôt, j'ai cru que t'allais te défiler… », marmonna Draco en laissant à nouveau son animal grimper sur son épaule.
Harry lui répondit par un grognement, qui laissait penser qu'il en avait effectivement eu l'intention, mais suivit tout de même Draco à l'intérieur du jardin.
« Je suis sûr qu'ils me détestent, c'est vraiment pas une bonne idée… », maugréa Harry en traînant les pieds. « Et Ginny… qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? Je l'ai abandonnée pendant des semaines et-
« Potter », trancha Draco en s'arrêtant net. Harry le dévisagea avec étonnement. « Je ne suis pas ton psy. Tu entres et tu prends tes responsabilités. »
« Dit le type qui n'a pas décroché un mot pendant près de deux mois », railla Harry en affichant une expression courroucée.
« Venant du type qui a complètement disparu de la surface de la terre pendant deux mois et quinze jours, je prends ça comme un compliment », rétorqua Draco en grimpant les marches du porche.
Il marque un point, pensa Harry en le suivant avec une nervosité croissante.
Le blond poussa la grande porte et ils furent tout de suite accueillis par un elfe de maison, qui s'empressa de les saluer et de prendre leurs vestes. Harry esquissa un sourire. Hermione aurait détesté ça. L'elfe avait à peine disparu, emportant leurs affaires, que Blaise fit irruption dans le hall d'entrée avec une expression inquiète.
« Draco, merde, j'étais à deux doigts de partir voir si tu allais b-… » L'Italien se tut en apercevant Harry. « Oh », fut tout ce qu'il parvint à dire dans un premier temps.
« Salut, Zabini… », souffla Harry en agitant une main hésitante.
Blaise regarda tour à tour Harry, penaud, et Draco, arborant une expression narquoise. Puis il reprit ses esprits. « Ginny et Ron sont dans le salon. J'espère que tu t'es préparé psychologiquement et que tu as de bonnes excuses ? », fit Blaise avec une grimace.
« Pas vraiment », marmotta Harry tandis que Draco adressait à Blaise un regard éloquent.
Ce-dernier tapota amicalement l'épaule d'Harry et soupira. « Bon courage, alors … on sera pas loin si tu as besoin d'aide. Ou d'assistance respiratoire, massage cardiaque, protection anti-Chauve-furie… »
Draco haussa les sourcils et se pencha pour s'adresser directement à Blaise. « Tu rigoles ou quoi, je refuse de l'aider… Va plutôt chercher le popcorn et après on se trouve un coin tranquille pour regarder la mise à mort. Pardon, je veux dire les retrouvailles. »
Blaise secoua la tête et poussa doucement Harry en direction des deux portes qui menaient au salon. « Viens, ce n'est qu'un petit mauvais moment à passer. »
Draco leur emboîta le pas et posa la main sur la poignée de l'une des portes. « Si tu veux, je peux préparer le terrain en douceur et annoncer ton arrivée… », proposa-t-il avec une expression étrange.
Harry fronça les sourcils mais hocha néanmoins la tête. « Ce serait vraiment … oui, je veux bien. »
Draco Malfoy se fendit d'un large sourire et opina du chef. L'instant d'après, il ouvrit la porte, propulsa Harry à l'intérieur du salon et hurla : « Regardez ce que j'ai ramené du cimetière ! » Avant de refermer brutalement la porte et de maintenir la poignée pour la bloquer, empêchant toute sortie.
« Je croyais que tu avais dit en douceur », marmonna Blaise en croisant les bras, sur un ton lourd de reproches.
Draco haussa les épaules et colla son oreille contre la porte. « J'ai menti. »
Blaise esquissa un sourire mais continua de fixer Draco avec une expression étrange.
« Quoi ? », fit le blond en fronçant le nez.
« Rien… », souffla Blaise en collant à son tour son oreille contre la porte. « J'ai juste… j'ai vraiment eu peur que tu ne reviennes jamais… »
Draco l'observa longuement, mais ne répondit pas.
A l'intérieur, Ginny et Ron avaient levé le nez de leur partie d'échecs sorciers. Lorsque la jeune fille croisa le regard vert émeraude qu'elle désespérait de contempler depuis des mois, tout un panel d'émotions et d'expressions diverses passa sur son visage. Elle se leva de son siège, la bouche s'ouvrant et se refermant à la manière d'un poisson hors de son bocal. Derrière elle, Ron n'en menait pas large non plus mais pour une raison quelconque, il se maîtrisait beaucoup mieux que sa petite sœur.
« Espèce de … de … de… », balbutia Ginny dont les yeux se remplissaient déjà de larmes.
« Ginny, je… », commença Harry en reculant d'un pas. Mais il était trop tard. La jeune fille traversa en une seconde le salon et se rua sur son petit ami en hurlant, pour ponctuer chacun de ses mots d'une tape ou d'une gifle sur divers endroits de l'anatomie d'Harry Potter.
« Tout… le… monde… se… demandait… où … tu … étais… passé, Harry… Potter ! », hurla-t-elle en ne cessant de le couvrir de tapes.
Harry se couvrit aussitôt la tête des bras pour se protéger, mais cela ne sembla pas dissuader Ginny, qui continua de frapper le haut de son crâne, ses épaules, ses avant-bras, ses côtes.
« Nous… laisser… tous seuls… dans… un moment pareil ! » Sa voix se brisait de sanglots et devenait de plus en plus ténue. « Comment… as-tu pu ? »
De l'autre côté de la porte, Draco et Blaise avaient à présent tous deux une oreille collée au panneau de bois.
« Oh oh, ça barde… », gloussa Draco, tandis que son Chartier s'efforçait d'imiter les deux humains en collant ses petites oreilles triangulaires sur la porte.
« Tu crois qu'on devrait intervenir ? », demanda Blaise avec une grimace.
« T'es fou ? », rétorqua Draco en entendant Ginny rugir de nouveau (« Harry James Potter, je t'ai attendu tous les jours pendant des semaines ! Même pas un hibou, RIEN ! »). « Vu dans quel état elle est, je rentre pas sans une seringue hypodermique chargée de potion tranquillisante… »
« Pas faux… », renchérit Blaise en hochant la tête.
Les deux garçons sursautèrent lorsque Narcissa Malfoy descendit les dernières marches de l'escalier central et signala sa présence par un léger raclement de gorge.
« Que se passe-t-il ? », demanda-t-elle en regardant les deux garçons d'un air soupçonneux. « J'ai entendu des cris. »
« Potter est revenu », répondit son fils en désignant du doigt la porte contre laquelle il pressait son crâne.
« Harry est ici ? », s'étonna Narcissa avant de comprendre qui criait et pourquoi. Puis un large sourire éclaira son visage et elle remonta les escaliers quatre à quatre. « Je vais faire préparer une autre chambre ! »
Dans le hall, Draco se redressa vivement et tourna la tête vers l'escalier, mais sa mère avait déjà disparu. « Hein ? Attends, quoi !? »
« Ron, je ne comprends pas comment tu peux rester aussi calme ?! », s'écria Ginny en fusillant son frère du regard. « Il t'a abandonné sans donner de nouvelles, toi aussi. »
Harry et Ron échangèrent un regard et Harry se recroquevilla sur lui-même en voyant que Ginny avait reporté son attention sur lui. Mais elle ne le frappait plus, ce qui était en soi une nette amélioration.
« Ginny, j'ai moi-même abandonné Harry quand on est partis à la recherche des Horcruxes », fit Ron en s'avançant lentement vers son meilleur ami. « Je serais vraiment le dernier des salauds si je lui reprochais son comportement récent… »
Les deux amis se sourirent tristement, puis Ron saisit Harry par le bras et l'empoigna pour une longue accolade virile. Ce spectacle sembla faire tomber toute la colère de Ginny, qui commença alors à se répandre en larmes et en reniflements bruyants.
« Mais… c'était tellement dur sans toi, Harry… », hoqueta-t-elle tandis que son frère et Harry se séparaient de nouveau. Harry tourna la tête vers elle et pinça les lèvres. « D'abord papa, puis Hermione, puis … maman qui… Merde, quoi… » Elle enfouit son visage dans ses mains et son dos commença à s'agiter de violents soubresauts.
Elle sentit alors les bras d'Harry entourer ses épaules puis son front heurter la poitrine du jeune homme. Elle tenta de le repousser mollement. « Ne crois pas t'en sortir avec des câlins… », protesta-t-elle en essayant de se dégager. Mais Harry tenait bon et ne la lâcha plus.
« Je suis venu tous les jours, Ginny », souffla-t-il contre son oreille.
« Je sais, je sais, je sais, je sais… », gémit-elle comme une litanie. « Juste un mot, un hibou, une parole de temps en temps, ça m'aurait suffi. »
Harry resserra son étreinte sur la silhouette frêle de la jeune fille. « Je ne savais pas quoi dire… »
Derrière elle, la voix de Ron s'éleva, douce et apaisante. « Un peu comme Malfoy, Ginny. Lui non plus, il ne savait pas quoi dire. Et puis ça a fini par passer… malheureusement », ironisa Ron en prononçant la dernière phrase un peu plus fort et en se penchant en direction de la porte.
Un « Je t'emmerde, Weasmoche », lui parvint, quelque peu étouffé, de l'autre côté du panneau de bois. Ron gloussa et Ginny, entre les bras d'Harry, aussi. La Gryffondor renifla, sécha ses larmes en frottant ses joues rougies et leva le nez. De nouveau, elle croisa le regard émeraude d'Harry et son cœur se mit à battre la chamade. « Ne me refais plus jamais ça, Harry… », souffla-t-elle tandis que le Survivant secouait la tête et répondait « Promis. »
Là-dessus, Ginny se dressa sur la pointe des pieds et fermant les yeux, captura les lèvres d'Harry dans les siennes. Harry répondit avec avidité à son baiser et derrière eux, Ron grimaça.
« Ok, là, j'ai atteint ma limite », marmonna le roux en se détournant pour quitter la pièce. Les deux tourtereaux ne lui accordèrent pas le moindre regard et Ron ouvrit la porte du salon, manquant d'éborgner au passage Blaise et Draco, les oreilles toujours collées contre la porte.
Juste avant qu'il ne referme derrière lui, Blaise et Draco aperçurent le jeune couple en plein échange de salive et le blond grimaça. Quant à Blaise, le spectacle sembla le faire réfléchir.
« Tiens, je vais envoyer un hibou à Astoria… », fit l'Italien en se dirigeant vers l'escalier qui menait aux chambres.
« Quel rapport ? », demanda Draco en le regardant s'éloigner.
« Aucun, aucun… », marmonna l'autre Serpentard en disparaissant à l'étage.
~o~
Dans sa cellule de la prison d'Azkaban, Lucius Malfoy avait fini par perdre toute notion du temps. Son exercice de mémoire avait tourné court quelques jours plus tôt. A force de revoir sans arrêt les détails de l'après-bataille, tout finissait par se mélanger et il avait tout bonnement cessé. Cessé de penser, de réfléchir, de se torturer. Pour se rendre compte au final, que l'oisiveté cérébrale était peut-être pire qu'une suractivité. Sans points spécifiques sur lesquels focaliser ses pensées, il avait dérivé, s'était laissé emporter par le bruit du vent, les cris des détenus provenant des autres unités… Tout comme la dernière fois, après la débâcle de la Prophétie brisée au Ministère. Il avait oublié à quel point Azkaban savait aspirer chacune de vos idées, chacun de vos souvenirs, pour ne laisser qu'une bouillie informe de souffrance et de solitude.
Pour ne rien arranger, sa seule distraction (en la personne d'Aria Stone) passait quasiment toutes ses journées au tribunal et lorsqu'elle était ramenée à sa cellule, la jeune fille pleurait toutes les larmes de son corps. Lucius se terrait donc au fond de sa propre cage, pour éviter au maximum d'être dans le champ de vision de la jeune fille. Il avait déjà suffisamment à faire avec ses propres malheurs pour écouter ceux des autres. Même si les malheurs d'Aria semblaient étroitement liés aux siens, d'une certaine manière.
Jusqu'au jour où, fraîchement rentrée de sa journée au Magenmagot, elle prononça son nom d'une voix suppliante.
« M. Malfoy ? », gémit Aria en se pressant contre sa grille, le visage tourné en direction de la cellule du Mangemort. « Lucius ? »
Elle perçut un mouvement dans la cellule de l'homme mais ne le vit pas approcher de ses propres barreaux. Aria renifla et laissa échapper un sanglot désespéré. « M. Malfoy…. »
Un soupir cette fois.
Non, mais dites-le si je vous énerve…, pensa Aria avec amertume. Mais enfin, une main, puis un bras, puis tout le reste du corps de Lucius Abraxas Malfoy apparurent contre les barreaux de sa cage. Il tourna un visage creusé, fatigué et mal rasé dans sa direction. Il avait vraiment sale mine. Elle au moins, avait le droit à une toilette régulière, étant donné qu'elle sortait chaque jour pour son procès (long et fastidieux). Mais lui qui ne quittait jamais les lieux, ne bénéficiait pas du même traitement de faveur.
« Quoi ? », fit Lucius d'une voix froide et exténuée.
« Est-ce que… est-ce qu'il existe un sort ou quelque chose capable d'empêcher quelqu'un de dire la vérité ? », demanda Aria en frottant ses yeux rougis.
Elle vit Lucius Malfoy hausser un sourcil. « Oui. Oui, ça existe. Pourquoi ? »
Aria détourna les yeux et ne répondit pas. Elle semblait réfléchir intensément. Puis elle rouvrit la bouche.
« C'est l'enfer au tribunal », reprit-elle d'une voix tremblante. « J'avais préparé tout un texte avec mon avocat, qui racontait toute la vérité sur mon emploi du temps le jour du meurtre. C'était censé me disculper. Mais au moment de parler, il paraît que c'est tout un autre discours qui est sorti de ma bouche. Je ne comprenais pas, sur le moment. Je voyais le juge et le jury pousser des… des exclamations furieuses pendant que je leur racontais calmement que j'avais déjeuné en ville avec une amie et qu'ensuite on était allées au cinéma, voir un film avec Johnny Depp… Je ne comprenais pas pourquoi ils réagissaient aussi violemment. Et là, mon avocat a réclamé une suspension de séance et m'a demandé ce qui m'était passé par la tête… pourquoi j'avais raconté toutes ces horreurs… J'ai demandé : quelles horreurs ? Depuis quand aller au cinéma est un crime ? Et là, il m'a dit que je n'avais pas du tout parlé de cinéma, mais que j'avais décrit mon intrusion chez les Nott, ainsi que le double meurtre. Avec des détails que seul le meurtrier pouvait connaître… »
« Et vous pensez que c'est un sort qui vous a fait dire toutes ces choses ? », demanda Lucius, dubitatif. Encore une fois, tout son corps lui hurlait qu'il pouvait faire confiance à cette gamine mais Lucius n'avais jamais entendu parler d'un sort qui résiste ainsi aux barrières anti-magies placées dans la salle d'audience du Ministère. Aria dut sentir le doute dans sa voix car elle n'ajouta rien.
Comme elle ne parlait plus, Lucius fit un geste pour retourner au fond de sa cellule.
« Attendez ! », l'appela-t-elle en se redressant le long des barreaux. « J'ai menti la dernière fois. Je connaissais les Nott. »
Lucius inclina légèrement la tête et fronça les sourcils. Tiens, tiens, elle a menti ?
« Enfin… je ne les connaissais pas très bien. C'était des voisins, rien de plus. Je connaissais surtout leur fils, Théo. On jouait beaucoup ensemble quand on était petits. »
Le gamin des Nott jouait avec une Moldue ? Première nouvelle, pensa Lucius en pinçant les lèvres. Quelque chose me dit que Greg et Romilda ne devaient pas beaucoup aimer ça.
« Parlez-moi de lui… », demanda Lucius en plissant les yeux.
« Hein ? » Aria lui jeta un regard étrange. Pourquoi est-ce que ça l'intéressait ? « Vous voulez que je vous parle de Théo Nott ? »
« Combien de fois va-t-il falloir que je vous le répète, Miss Stone ? », aboya Lucius, faisant sursauter Aria. Sa patience, surtout dans cette prison sordide, avait ses limites.
« Euh… comme vous voudrez… », balbutia la jeune fille, décontenancée. « Qu'est-ce que vous voulez savoir ? »
« Tout. »
Aria haussa les sourcils. « Comment ça, tout ? »
« Tout. »
Elle pinça les lèvres et réfléchit quelques secondes. « Eh bien… j'avais cinq ans quand il est né, mais je ne l'ai pour ainsi dire jamais vu avant ses quatre ans, quand il a commencé à jouer tout seul dans son jardin. Les Nott n'étaient pas le genre de voisins qui aimaient se mélanger, vous voyez ? On ne les apercevait jamais aux soirées de voisinage, on ne voyait jamais aucune voiture entrer ou sortir de chez eux. C'était à se demander s'il leur arrivait de quitter leur maison… Enfin bref, quand Théo a eu dans les cinq ou six ans, les autres enfants et moi, on jouait pas mal dans la rue. On jouait au foot, au basket, à chat … et à chaque fois qu'on regardait du côté de leur maison de Lansdowne Road, on voyait toujours le petit Théo, accroché à la clôture, qui nous observait. Au bout de quelques semaines, il venait carrément jouer avec nous. C'était vraiment un petit garçon adorable. Pas du tout patient, mais très intelligent. On lui a fait découvrir nos jeux et c'est sur mon vieux vélo d'enfant qu'il a appris à pédaler… »
Aria se tut, le regard dans le vide. Lucius l'observa et comprit qu'elle venait de se rappeler d'un détail. « Je me souviens de la première fois qu'il est tombé à vélo. Il s'est fâché. Il a dit que le vélo c'était vraiment nul par rapport aux balais volants. Et qu'il préférait les balais volants. Sur le coup, avec mes amis, on a pensé qu'il avait vraiment une imagination débordante, mais maintenant, je me demande si… »
« Oui, Miss Stone, les balais volants existent. Veuillez poursuivre », la coupa Lucius avec un soupir agacé. Aria lui adressa un regard noir mais reprit le fil de son histoire.
« C'est bon, ça va… », marmonna Aria en se renfrognant. « Enfin bref. Après ça, j'ai commencé à souvent m'occuper de Théo. En réalité, il ne voulait plus me lâcher. Il faisait même des caprices terribles lorsque je suis entrée au collège et que mon emploi du temps est devenu un peu plus chargé. Tous les après-midis, quand je revenais à la maison, il guettait ma sortie du bus depuis la fenêtre de sa chambre et il courait à ma rencontre. Chaque soir, il restait avec moi quand je faisais mes devoirs, il dormait sur mon lit quand j'apprenais mes leçons, il me suivait partout comme un petit poussin, jusqu'à ce que sa mère lui hurle de rentrer depuis leur jardin. Parfois, ses parents s'absentaient le soir et me demandaient de le garder. Je sais que c'était Théo qui insistait lourdement pour que sa babysitter soit moi et personne d'autre, car ses parents me détestaient. Sans que je sache vraiment pourquoi, d'ailleurs. »
« Vous n'avez jamais su que les Nott étaient des sorciers ? », demanda Lucius posément.
Aria secoua la tête. « Non. Pourtant, avec le recul, je me rappelle de toutes ces fois où Théodore me disait qu'il aurait aimé que tout le monde fasse de la magie. Il disait qu'il voulait me voir en faire car j'étais sa « marraine la fée » et que les fées sont magiques. Mais j'avais beau lui répéter que la magie, ça n'existait pas, il ne voulait rien entendre. Pire, il s'énervait. Alors, je finissais par lui dire : 'ok, un jour je te ferai un tour de magie'. Généralement, ça le calmait. Jusqu'à ce que je cherche comment faire un tour de magie dans un bouquin à la bibliothèque municipale et que je lui en montre un. Il a fait un caprice, a hurlé que ce n'était pas de la vraie magie et ne m'a plus parlé pendant deux semaines. »
« Après ça, je suis rentrée au lycée et j'ai eu encore moins de temps à lui consacrer. L'année suivante, ses parents l'ont envoyé en pension et à partir de là, je l'ai perdu de vue. Au début, j'étais contente car j'étais à l'âge où on a plutôt envie de traîner entre filles dans les boutiques plutôt que de se coltiner un gamin de dix ans très exigeant dans les pattes. Et puis, l'été suivant, il est revenu de sa pension. J'ai voulu aller le voir, lui demander de ses nouvelles mais il m'a rembarrée. Il était devenu froid et distant. Il disait qu'il était grand maintenant, qu'il n'avait plus besoin de babysitter. J'ai essayé de plaisanter en disant que je pouvais toujours rester sa marraine la bonne fée, mais il a froncé le nez et a simplement lâché : 'tu n'es pas une fée'. Les deux étés suivants, je l'ai croisé parfois et on a échangé des banalités. Il disait avoir une petite amie, la fille la plus intelligente de son école selon lui. Il disait aussi que j'étais loin d'être aussi intéressante qu'elle. »
Aria baissa les yeux. « J'étais un peu triste à ce moment-là. Je me suis rendu compte que finalement, j'aimais bien l'époque où il trottait derrière moi, la main agrippée à mon tee-shirt, ou quand il voulait que je lui raconte des histoires de fées et de sorcières jusqu'à tard dans la nuit. Le Théo enfant que j'ai connu était certainement l'un des petits bouts de chou les plus adorables qu'il m'ait été donné de rencontrer. Le pré-adolescent, en revanche, celui qui est revenu de son pensionnat cet été-là… il me faisait froid dans le dos. »
Lucius prit un instant pour digérer ce qu'il venait d'entendre. « Vous vous souvenez du nom de sa soi-disant petite amie ? »
Aria leva les yeux au ciel. « Non, mais je me souviens avoir pensé qu'elle avait un prénom de bourge, un truc complètement idiot, tiré tout droit de la mythologie romaine ou grecque… »
« Hermione ? »
Aria tourna vers lui un regard étonné. « Hermione, c'est ça ! Vous la connaissez ? »
Lucius ne répondit pas. Alors comme ça, Théodore rêvait depuis tout ce temps d'Hermione Granger. Mieux, il avait carrément pris ses rêves pour des réalités et avait raconté à son ancienne babysitter qu'elle était sa petite amie. Il ne manquait pas de culot.
« Et vous l'avez vu, dernièrement ? », demanda Lucius en reportant de nouveau son attention sur Aria. « Enfin, par dernièrement, j'entends avant d'être enfermée ici… »
Là-dessus, la jeune femme rougit violemment et détourna les yeux. « Non… »
« Vous mentez affreusement mal, Miss Stone… », railla Lucius, tandis qu'elle dardait de nouveau ses prunelles sombres dans sa direction.
« Pourquoi est-ce que vous voulez le savoir, de toute façon ? », cracha-t-elle, sur la défensive.
« Hmmm, attendez, laissez-moi réfléchir… », ironisa Lucius en se tapotant le menton. « Parce que cela pourrait vous faire sortir de cette fichue prison ? Ou encore faire arrêter un psychopathe qui vous a fait endosser le meurtre de ses propres parents avant de foutre le camp ? »
Aria ouvrit la bouche, puis grimaça. « En fait, il est venu chez moi le soir même du meurtre. J'étais rentrée assez tard, à cause du cinéma, et il m'attendait dans ma chambre. Ça faisait presque quatre ans que je ne l'avais pas vu. C'est vraiment devenu… » Aria s'arrêta et se mordit la lèvre. Elle avait été sur le point de dire « un pur beau gosse », mais doutait que l'expression soit au goût de Lucius. « …un beau jeune homme », acheva-t-elle prudemment. « Beau mais … il y avait quelque chose dans son regard. Quelque chose d'étrange, de froid… quelque chose… »
« De mauvais ? », proposa Lucius en guettant sa réaction.
Aria hocha la tête. « Oui. Oui, je crois qu'on peut dire ça. Mauvais mais en même temps, incroyablement irrésistible. Quand je le regardais dans les yeux, j'avais l'impression d'être Anakin Skywalker se laissant entraîner du côté de la Force obscure, vous voyez ce que je veux dire ? »
« Absolument pas, non », marmonna Lucius en soupirant. Pas étonnant qu'il déteste parler avec des moldus, la plupart du temps, on ne comprenait pas un seul mot de leur charabia.
« Peu importe, passons », s'empressa d'ajouter Aria en voyant la mine sombre de Lucius. « Le fait est qu'il était là, au milieu de ma chambre, et qu'il me regardait. Il m'a tendu une boîte en me disant que c'était un cadeau. Quand je l'ai ouverte, j'ai vu qu'il s'agissait d'une longue baguette en bois brun. Elle avait l'air plutôt vieille et usée mais le manche était joliment sculpté en forme de poire. Je lui ai demandé ce que c'était et il m'a répondu que c'était une baguette magique. Qu'avec ça, je serais enfin une fée. J'ai rigolé et je lui ai dit que les vraies baguettes de magicien étaient noires avec deux bouts blancs. Enfin, en tous cas, ça ne ressemblait pas à ça. Il a ri à son tour et m'a demandé de lui jeter un sort. Comme quand il était petit et qu'il me demandait de pointer mon crayon à papier sur lui en récitant des formules inventées de toute pièce. »
Aria secoua la tête. « Je me suis vraiment sentie stupide en brandissant cette baguette vers lui, mais ça me faisait tellement plaisir de me rappeler nos jeux d'enfants que j'ai tendu la baguette vers lui en hurlant 'Abracadabra' comme un mousquetaire dégainant son épée et criant 'En garde !'… » La jeune fille soupira. Levant les yeux, elle vit que Lucius était à présent suspendu à ses lèvres. « Il a alors pris ma main et l'a serrée entre les siennes, alors que je tenais encore la baguette entre les doigts. Il m'a remerciée, moi, sa 'marraine la bonne fée', et a quitté la pièce après m'avoir embrassée sur la joue. »
La jeune femme marqua une pause, baissa les yeux sur sa main droite. « Plus tard, quand tous ces sorciers ont débarqué chez moi pour m'arrêter comme si j'étais une criminelle, et quand ils ont trouvé et identifié la baguette comme étant 'l'arme d'un crime', j'ai compris. La suite … » Aria désigna d'un geste la cellule autour d'elle. « … vous la connaissez. »
Lucius hocha lentement la tête. « Vous dites que vous avez été incapable de raconter tout cela au Magenmagot, mais pourtant vous y êtes arrivée avec moi, maintenant. Pourquoi ? »
Aria haussa les épaules. « Je n'en sais rien. J'arrive à raconter cette histoire à mon avocat, j'y suis arrivée avec mes parents lorsqu'ils sont venus me voir au parloir, j'y arrive avec n'importe quel foutu être humain sur cette planète, mais pas avec le juge ni le jury, ni même ceux qui m'ont interrogée au Ministère. Dès que l'une de ces personnes se trouve à proximité, je me mets illico à avouer un double meurtre que je n'ai pas commis. Alors si vous avez une explication logique à tout ça, je ne serais pas contre de l'entendre… »
Lucius laissa échapper un ricanement sarcastique. « Ne dites pas des choses que vous pourriez regretter… », marmonna-t-il tandis qu'Aria posait la tête contre l'un des barreaux.
« Et vous, alors ? On ne parle toujours que de moi, et j'ai l'impression que vous en savez bien plus que ce que vous ne laissez croire… C'est quoi votre histoire ? », demanda Aria tandis que Lucius se raidissait soudain.
« Je ne sais rien », gronda Lucius en évitant son regard.
« Sans blague ? Et vous avez trouvé le prénom bizarre de la petite amie de Théo comme ça, par hasard ? Vous vous foutez de moi ? », cracha Aria en saisissant les barreaux de sa cage à deux mains. Elle commençait à en avoir marre de se livrer sans jamais rien recevoir en retour. « Crachez le morceau, Malfoy. Vous avez peur de quoi ? Il n'y a personne dans cette partie de l'unité à part vous, moi et le mort dans la cellule en face de la mienne. »
« Il n'est pas mort, il a reçu le baiser du Détra-
« Je m'en cogne, Lucius. Dites-moi ce que vous savez ! », s'égosilla Aria, au bord des larmes.
Les deux prisonniers s'observèrent longuement et peu à peu, l'expression de colère d'Aria se mua en désespoir. « S'il vous plaît, j'ai besoin de comprendre… », supplia-t-elle d'une voix éraillée.
Quelques secondes s'écoulèrent lentement, pendant lesquelles Lucius envisagea très sérieusement de retourner se recroqueviller au fond de sa cellule. Puis il dévisagea Aria, son regard suppliant, ses mains tremblantes, ses yeux qui en avaient déjà bien trop vu pour la simple moldue qu'elle était. Lucius soupira, maudissant intérieurement sa propre faiblesse. En d'autres circonstances, il aurait laissé cette fille dans son ignorance, l'abandonnant à son propre sort. Mais ici, elle pouvait le harceler à chaque minute, à chaque seconde de son existence jusqu'à sa sortie de prison. Et comme il avait déjà pu le constater, elle n'était pas du genre à abandonner facilement. Encore un point commun avec Granger…, pensa-t-il en secouant la tête avec exaspération.
« Très bien », grommela-t-il en la fusillant du regard. « Ouvrez grand les oreilles, je ne me répèterai pas. Et je vais commencer par le commencement. »
Aria hocha la tête et s'installa plus confortablement sur le sol, prête à emmagasiner un maximum d'informations. Lucius Malfoy ouvrit la bouche et commença son récit.
~o~
Trois semaines s'étaient écoulées depuis que Nott l'avait embrassée et pris possession de son esprit. Trois semaines pendant lesquelles Hermione était passée par tous les stades du désespoir. D'abord la colère, contre Nott, contre elle-même, contre sa prison dorée de deux cent mètres carré, contre ses amis qui la croyaient morte. Elle avait tourné en rond, brisé quelques miroirs et bibelots, mais Théodore depuis son bureau de l'hôpital, ne cessait de l'arrêter en lui envoyant des ordres télépathiques. Incapable d'expulser sa colère à cent pour cent, Hermione avait fini par se laisser gagner par les larmes.
Puis lorsque les larmes se furent taries, un sentiment bien plus sombre, plus atroce l'avait envahie. Elle se sentait abandonner. Elle voulait abandonner. Mais là encore, à chaque fois qu'elle dénichait une lame tranchante, à chaque fois qu'elle enserrait un foulard autour de son cou, à chaque fois qu'elle se laissait couler au fond de la baignoire, Théo était là dans sa tête et lui ordonnait d'arrêter. Surveillance constante. Hermione avait l'impression de devenir folle. Elle ne maîtrisait plus rien. Elle ne pouvait rien faire de sa vie, même pas y mettre un terme. Même à Azkaban, les prisonniers étaient mieux traités.
Toutefois, Hermione trouvait une consolation à son malheur. Jour après jour, lorsqu'il rentrait du labo, la Gryffondor voyait Nott s'épuiser à vue d'œil. La surveillance, ses intrusions à distance dans son esprit, le vidaient de toute son énergie et il souffrait régulièrement de migraines insupportables. Dès qu'il passait le pas de la porte, Hermione prenait un malin plaisir à l'accueillir. A venir observer son teint cireux, sa mine défaite et parfois même les perles de sueur sur son front. Ça rendait Nott fou de rage et pour se venger, il la forçait à lui servir à boire, à manger et à changer ses compresses d'eau fraîche pour soulager son front. Mais rien n'entachait la satisfaction malsaine qu'Hermione ressentait à le voir se décomposer au fil du temps.
Un jour où Hermione tentait une énième fois d'en finir avec la vie, elle sentit en approchant le couteau de ses poignets que Nott n'était plus dans sa tête. D'une main tremblante, elle continua donc son geste, le cœur gonflé de soulagement. Enfin. Enfin, ce cauchemar allait pouvoir se terminer. Une larme roula doucement sur sa joue alors qu'elle observait le sang couler en un léger filet sur le parquet ciré. Enfin !
Après quelques minutes, une sensation de vertige commença à la saisir et elle venait de se décider à fermer les yeux lorsqu'elle l'avait senti revenir.
Non, laisse-moi…, supplia-t-elle tandis que sa tête roulait légèrement sur le côté.
L'instant d'après, elle entendit vaguement la porte d'entrée claquer. Il était revenu également physiquement. Merde…
Nott déboula comme un fou dans la cuisine. Derrière le bourdonnement assourdissant qui emplissait peu à peu ses oreilles, Hermione l'entendit hurler. Et puis son intrusion dans sa tête s'était faite plus forte, omniprésente. Une étincelle de vie, pareille à un choc électrique, força Hermione à ouvrir les yeux. Ceux-ci roulèrent un instant dans leurs orbites, tandis qu'elle revenait peu à peu dans le monde réel et la première chose qu'elle vit était son poignet à nouveau intact et le visage inquiet et furieux de Théo juste en face du sien.
Non…
La main droite d'Hermione passa en tremblant sur sa peau et sa veine bleue à nouveau fonctionnelle. De grosses larmes montèrent dans ses yeux et elle eut soudain envie de faire mal, de mutiler, de tuer ce type qui la privait même de sa liberté la plus élémentaire : mourir. Sans prévenir, ses pieds et ses mains se mirent à frapper, labourer, griffer la moindre parcelle du corps de Théodore.
« Arrête, Hermione ! », s'écria Théo en tentant de se protéger tant bien que mal. Mais Hermione n'arrêta pas. L'ordre fut alors répété, plus intensément, plus intérieurement et la Gryffondor s'immobilisa. Pour éclater en sanglots et hurlements déchirants.
« Tu ne peux pas continuer à me faire ça, Théo… », hurla-t-elle en tapant des poings sur le sol, les joues baignées de larmes. « Tu ne peux PAS ! Je n'en peux PLUS ! Je ne peux plus supporter ça, je ne veux plus supporter ça, je veux que ça se termine, je veux que ça-
Elle se tut. Nott l'avait attirée contre lui et la serrait dans ses bras.
« Lâche-moi », hurla-t-elle en se débattant.
« Non », souffla le jeune homme en resserrant son étreinte. « Moi non plus, je ne peux plus continuer ainsi. Ce n'était pas censé se passer comme ça. J'étais censé me nourrir de tout ça, pour devenir plus fort et que tu deviennes plus forte mais… ça ne marche pas. Ce n'est pas ce qui était écrit. C'est en train de me tuer aussi. »
Plus il parlait, plus ses mots devenaient inaudibles. Il parlait plus pour lui-même que pour elle, mais Hermione sentit son cœur accélérer ses battements. Comment ça, il était censé … ? Ce qui était écrit… ? De quoi est-ce qu'il- Hermione se souvint alors qu'il lui fallait protéger ses pensées et cessa de se poser des questions, tout en les rangeant bien à l'abri dans un coin de son esprit. Nott ne semblait rien avoir remarqué. Il était particulièrement pâle et fiévreux aujourd'hui. Et il continuait de la serrer contre lui désespérément.
« Laisse-moi partir, Théo… », souffla Hermione d'une voix plus calme, presque apaisante. Elle sentit la tête du jeune homme bouger de gauche à droite contre ses cheveux en bataille.
« Pas question », répondit le jeune homme en gémissant. « Pas maintenant que tu es enfin à moi. »
Le silence retomba dans la cuisine et Hermione baissa les yeux sur le parquet, où s'étalait toujours une flaque de sang écarlate.
« J'ai une proposition à te faire », reprit Nott en levant une main pour la poser sur la joue d'Hermione et faire tourner son visage vers lui. Hermione renifla et lui adressa un regard méprisant, qu'il ignora superbement. « Promets-moi de ne plus jamais essayer de te faire du mal et j'arrêterai de t'espionner quand je suis absent. Je couperai toute communication, tu pourras aller et venir à l'intérieur de l'appartement à ta guise, penser ce que tu veux, faire ce que tu veux, du moment que tu n'essaies plus d'attenter à ta vie. »
Hermione tenta de ne pas avoir l'air trop ravie. Penser à nouveau, être libre de réfléchir, de fouiller l'appartement, redevenir elle-même, trouver peut-être un moyen de fuir… c'était tentant.
« Laisse-moi plutôt partir… », fit-elle dans une dernière tentative pour l'amadouer. Elle vit le regard noir de Théodore s'assombrir encore plus.
« Jamais », grinça-t-il entre ses dents. « C'est l'autre proposition ou rien. »
« Même si je refuse, tu n'as pas vraiment le choix », gronda Hermione en le fusillant du regard. « Tu dois arrêter tes intrusions dans ma tête. Regarde dans quel état ça te met. Si tu n'arrêtes pas, tu vas finir par en crever. Non pas que l'idée me déplaise…. »
Théo secoua la tête. « Non. Si tu refuses, je resterai à l'intérieur de ta cervelle, je te ferai tout oublier. Potter, Draco, Weasley, tout. Dussé-je finir comme un légume. Mais au moins, tu seras entièrement dévouée à ma seule et unique personne. »
Hermione grimaça. L'idée la répugnait et la terrifiait en même temps.
« Alors ? Tu choisis ? », demanda Nott en l'attirant un peu plus contre lui. « Promets-moi de ne plus essayer de mourir et je te laisserai tranquille pendant la journée… » Tout en parlant, il se mit à caresser sa joue et ses lèvres de son pouce. Hermione résista à l'envie de lui cracher au visage.
« C'est d'accord », lâcha-t-elle, tandis qu'il souriait, soulagé.
« Comme la dernière fois, je vais avoir besoin d'un baiser pour sceller notre accord », susurra-t-il en approchant ses lèvres des siennes.
« Tu me dégoûtes », gronda Hermione en le fusillant du regard.
« Embrasse-moi, Hermione », souffla Nott en frôlant sa lèvre supérieure.
Hermione ferma les yeux et pinça les lèvres de toutes ses forces avant de refermer l'espace qui les séparaient de celles de Théodore. Elle sentit la langue de celui-ci tenter, comme la dernière fois, de s'introduire dans sa bouche mais elle tint bon et ne desserra pas les dents, même quand il lui mordit douloureusement la lèvre inférieure. Il s'écarta de quelques millimètres et elle l'entendit murmurer tout contre ses lèvres. « Mieux que ça, Hermione, sinon ça ne marchera pas. »
Bordel de merde, qu'est-ce que je le hais…, pensa Hermione en desserrant les lèvres à contrecœur. Aussitôt, Théo en reprit possession, puis introduisit sa langue dans sa bouche. Il passa une de ses mains dans les cheveux d'Hermione, et l'autre autour de sa taille, pour la tenir contre lui. Mais Hermione recula brusquement, mettant fin au baiser.
Théo s'écarta à son tour et elle l'entendit glousser. Hermione ouvrit les yeux et vit qu'il la regardait avec malice.
« En fait, ce n'était pas vraiment nécessaire, mais je voulais voir si tu cèderais plus facilement cette f-
CLAC
La gifle d'Hermione interrompit sa phrase avant la fin. Sonné, Théodore plaqua une main sur sa joue désormais ornée d'une magnifique marque rouge.
« Espèce d'enfoiré », siffla Hermione, furieuse, en se levant pour quitter la cuisine.
Malgré la douleur cuisante de la gifle, Théodore éclata de rire, toujours assis sur le sol. Hermione était sur le point de tourner dans le couloir lorsqu'il prononça quatre mots des plus surréalistes.
« Je t'aime, Hermione. »
Hermione se figea tandis qu'une grimace de dégoût déformait ses traits. Puis elle recula, et tourna la tête vers Nott, qui riait toujours de bon cœur, la main plaquée sur sa joue. Ce type passe vraiment du rire aux larmes en dix secondes…
« Non, tu ne m'aimes pas », déclara-t-elle avec hargne tandis que Nott cessait enfin de s'esclaffer. « Tout ce que tu veux, c'est me posséder comme on possède une table, une chaise, un meuble. Pour pouvoir m'utiliser à ta guise. C'est tout sauf de l'amour. »
« Et bien, moi, je donne une nouvelle définition au mot 'amour' », fit-il en se relevant lentement. La tête lui tournait légèrement et il se retint à la table de la cuisine le temps de retrouver son équilibre.
« Oh oui, je vois déjà ça d'ici », cracha Hermione, furieuse. « Toi, écrivant un hibou au Petit Robert pour les menacer d'aspirer et d'effacer l'intégralité des dictionnaires de la planète s'ils n'acceptent pas d'intégrer ta nouvelle définition… »
Un large sourire s'étendit sur les lèvres de Théodore, puis toute noirceur quitta ses traits et son regard. L'espace d'un instant, Hermione eut en face d'elle le gamin qui souriait de toutes ses dents sur la photo de groupe trônant sur la commode de Malfoy.
« Quelle merveilleuse idée », s'esclaffa-t-il. « Tu vois, toi et moi on forme vraiment une équipe du tonnerre. »
Hermione secoua la tête, méprisante et remonta le couloir pour s'enfermer dans sa chambre. La porte claqua, faisant trembler quelques cadres et Théodore se retrouva seul dans la cuisine. Lorsqu'il fut certain qu'Hermione ne risquait pas de réapparaître inopinément, il se dirigea en titubant jusqu'à sa propre chambre et, ses vertiges s'accentuant, souleva le matelas de son lit.
Ce n'est pas censé me faire ça… il faut que je comprenne ce qu'il se passe…, pensa-t-il en retirant de sa cachette un énorme grimoire relié de cuir brun. Il esquissa un sourire au souvenir de cette nuit froide et venteuse où Hermione le lui avait rapporté sur la falaise. Cette nuit-là, il l'avait tenue tellement longtemps dans ses bras…
Tournant les pages, Théodore finit par trouver ce qu'il cherchait et se plongea dans sa lecture. Il faut que je comprenne pourquoi…
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Alors oui, je sais, je n'ai pas pu révéler encore ce dont il s'agit, tout simplement parce que le chapitre est déjà bien long et que je ne pouvais pas rajouter cette scène sous peine de ne plus pouvoir m'arrêter. La découverte du lien sera donc la toute première partie du prochain chapitre. (Bon j'ai quand même mis d'énooooormes indices dans le dialogue entre Hermione et Nott, vous devriez avoir trouvé !)
Le prochain chapitre n'arrivera PAS LUNDI PROCHAIN (car je suis en vacances avec des amis) mais le lundi suivant. Vous avez vu, je suis sympa, je vous préviens quand même… )
J'ai hâte d'avoir vos réactions concernant tout ce qu'on apprend sur l'enfance de Théodore. Est-ce que vous comprenez mieux pourquoi il est ainsi aujourd'hui ? Que pensez-vous d'Aria ? J'espère aussi que vous êtes contents qu'Hermione voie un peu le bout du tunnel. Elle va pouvoir à nouveau penser et fureter partout pour trouver des solutions à sa situation ! Une solution qui se trouve d'ailleurs sous un certain matelas… Vous vous demandiez ce qu'il était advenu du grimoire, hein ? Ça fait longtemps qu'il avait disparu de la circulation… mais je ne l'avais pas oublié. (J'attendais seulement le bon moment pour le ressortir^^)
Enormes bisous et à dans quinze jours !
Xérès
