The Rise and Fall
Les blas-blas de Xérès : Hello ! J'espère que ces deux semaines n'ont pas paru trop longues ! Mais pour vous récompenser, vous allez enfin savoir ce qu'est le lien qui unit Hermione et Théodore. (Il serait temps, ça fait genre plus de trente chapitres que vous attendez !) J'ai hâte d'avoir vos réactions à ce sujet, ainsi que sur le reste du chapitre ! Bonne lecture !
Merci à tous mes nouveaux followers (Maelle Du Phenix, EleanaM, chaly38, unconscious-souls, Nanoute1321, bright jewel, AlexanaLonris, Melanie31), ainsi qu'à Anthracite77, sarahblue1, Serdra, Ellexa, Erza Robin, Audrey917000, Elena Grape, Piitchoun, castfan, Criss-Pine, Babar, Eliane Gil, lève la tête, miss damdam, luli123, faerycyn, Lippen, Alaska66, Petitestef, lola129, WFdarkness, Loufoca-Granger, Goutte-de-Mer, Flow01, Mione159, Anthracite77, Lune-Bleue22, Flora, loulou, clem, misslucky17, Alaska66 pour leurs reviews et à tous ceux qui m'ont laissé un petit message sur Facebook.
Disclaimer : Les personnages (à l'exception d'Aria) et l'univers d'Harry Potter appartiennent à J.K. Rowling. Les passages du livre de Magie Noire sont extraits et/ou inspirés de l'œuvre de Karen Hall, L'empreinte du diable.
RAR :
Ellexa : Je suis contente que tu aimes bien Aria. Faire rentrer un nouveau personnage aussi loin dans l'histoire, c'était pourtant risqué ! ^^ Merci beaucoup pour ta review (et ta fidélité !)
Flora : Merci beaucoup pour ta longue review ! J'habite moi aussi à Bordeaux, en fait et j'avais envie de rendre hommage à ma ville ! Tu es dans quelle fac ? Vers Talence ? Tu étudies quoi ? En tous cas, j'espère que la suite continuera de te plaire (ainsi que l'évolution des personnages !) Bises et à bientôt !
Loulou : Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que ça te plaise et j'espère que la suite ne te décevra pas ! A bientôt !
Chapitre 43 : Gods and Monsters
Après avoir récupéré sa liberté de penser, Hermione avait repris des couleurs. Théodore aussi, par la même occasion. Il ne rentrait plus exténué de ses journées au laboratoire et chaque jour, il revenait plus fringant et plus enjoué que la veille. Il tenait cependant parole et ne tentait plus de s'introduire dans les pensées d'Hermione, ce qui avait permis à la jeune fille d'entreprendre une fouille en règle de chaque recoin de l'appartement. Chaque jour, elle choisissait une pièce et la retournait de fond en comble, puis rangeait le tout à l'identique pour que Nott ne s'aperçoive de rien. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle espérait trouver : la baguette noire et argentée de l'aïeule Malfoy, un livre de sortilèges que Nott n'aurait pas vidé de son contenu… ? Merlin, même une foutue théière mordeuse lui aurait paru utile. Mais Théodore semblait avoir évacué tout objet un tant soit peu magique de l'appartement.
Elle n'avait toutefois pas encore fouillé la chambre du jeune homme. Hermione s'était arrêtée devant sa porte un nombre incalculable de fois. Mais tétanisée par la peur (et s'il n'avait pas vraiment quitté mon esprit ? et s'il continuait de me surveiller sans que j'en sache rien ?), elle n'avait jamais pu se résoudre à tourner la poignée. Un soir, elle avait tenté le tout pour le tout et avait attendu le retour de Théodore, armée d'une poêle à frire et tapie derrière la porte d'entrée. Lorsqu'il avait ouvert, elle avait fondu sur lui et tenté d'abattre son arme sur son crâne. Mais d'un seul geste de la main, Théo l'avait figée et avait refermé tranquillement derrière lui. Puis il avait posé ses mains sur elle, sur sa taille, dans son dos, avait effleuré sa poitrine et caressé ses lèvres, puis avait murmuré contre son oreille que la prochaine fois qu'elle lui tendrait un piège pareil, elle s'en mordrait les doigts. Terrifiée, Hermione s'était tenue tranquille pendant quelques jours, n'osant même plus fouiner dans l'appartement.
Ce qu'Hermione détestait par-dessus tout dans cette situation était la nonchalance avec laquelle Théodore abordait les événements. Il vivait sa petite vie infâme, son sempiternel sourire plaqué sur ses lèvres fines et ses yeux noirs en amande toujours animés d'une légère lueur narquoise. Il prenait un malin plaisir à embrasser Hermione sur la joue lorsqu'il partait le matin et rentrait le soir, comme si tout était absolument normal. Dégoûtée, Hermione avait d'abord mis un point d'honneur à s'essuyer la joue en grimaçant, afin de protester ouvertement contre cette intrusion dans son espace vital, mais Théodore ne s'en formalisant pas le moins du monde, elle avait fini par ne plus râler pour se contenter de l'insulter continuellement dans sa tête. Qu'il joue au parfait homme de maison si ça lui chantait. Hermione avait récupéré son libre-arbitre et ses pensées n'appartenaient plus qu'à elle-même : protester intérieurement était donc désormais un luxe qu'elle savourait à chaque seconde.
Un matin, la Gryffondor s'était installée dans le canapé du salon pour lire un livre moldu trouvé sur les étagères de la bibliothèque. Comme chaque jour, Nott s'était préparé pour partir, s'était penché sur elle pour l'embrasser sur le front et avait quitté les lieux. Hermione écouta patiemment ses pas s'éloigner dans la cage d'escalier, puis la porte de la cour intérieure claqua bruyamment dans l'air étouffant de ce matin d'été. Hermione se leva d'un bond, le livre tombant sur le parquet ciré, et traversa l'appartement jusqu'à la cuisine, qui donnait sur la voie publique mais dont les fenêtres étaient enchantées pour ne rien laisser paraître de ce qu'il se tramait à l'intérieur. Le front collé à la vitre, elle regarda Théodore s'éloigner entre les voitures, puis disparaître au coin de la rue. Hermione attendit encore cinq minutes, puis prit une grande inspiration. Elle avait pris une décision pendant la nuit. Aujourd'hui, elle allait entrer dans la chambre de Théo.
Tendue comme un arc, Hermione remonta le long couloir jusqu'à la porte de la chambre de Nott et comme elle l'avait déjà fait à de nombreuses reprises, s'arrêta devant. Mais cette fois, elle tournerait la poignée. Elle allait entrer. Elle le devait. Soufflant, puis inspirant de nouveau, Hermione posa la main sur la poignée, la fit basculer et poussa la porte qui s'ouvrit toute grande. Hermione se figea, dans l'expectative. A ce stade, elle s'attendait presque à ce que le ciel lui tombe sur la tête, qu'un sortilège vicieux de protection la défigure ou à ce que, tout simplement, Nott revienne pour la faire regretter de s'être montrée trop hardie. Mais étonnamment, rien ne se passa. Pourtant, Théo ne semblait pas stupide à ce point. Pourquoi ne protégeait-il pas plus son espace personnel ? Il se doutait bien qu'elle allait fouiller, non ?
Il se fait des illusions, pensa Hermione en se mordant la lèvre inférieure. Il est tellement dans son trip de petit couple parfait… Il croit que je commence à me sentir bien ici. Il croit que je lui appartiens enfin toute entière.
Prudemment, Hermione fit un pas à l'intérieur de la pièce.
Il se trompe.
Un autre pas. Le ciel ne lui était toujours pas tombé sur la tête. Un bon point. Hermione regarda autour d'elle. C'était la première fois qu'elle entrait dans cette partie de l'appartement et malgré l'inquiétude de voir Nott revenir à l'improviste, elle sentit la curiosité la démanger. En savoir plus, fouiner, tenter de trouver des indices pouvant mener à la liberté, voilà ce qu'elle allait faire. Les autres pièces n'avaient rien donné, elle était donc persuadée que tout se jouerait ici.
Par où commencer ?, se demanda Hermione en avançant d'un pas hésitant en direction du placard encastré. Elle fit coulisser la porte et inspecta consciencieusement les étagères de vêtements, mais il n'y avait rien d'étrange parmi les pantalons, les vestes et les chemises de Théodore. Mis à part le fait que tout était impeccablement rangé au millimètre près. Hermione elle-même, qui était pourtant une adepte de l'ordre, n'avait pas organisé ses affaires avec autant de minutie. Enfin, ses affaires, c'était un bien grand mot. Disons, les vêtements avec lesquels Nott a rempli mes penderies…, pensa-t-elle en secouant la tête. Vêtements dont elle ne portait pas la moitié, étant donné le nombre indécent de robes légères et de hauts affriolants que le Serpentard s'était acharné à lui ramener. Mais il était hors de question de porter ce genre de vêtements. Encore moins avec ce dingue dans les parages. Hermione se bornait donc à porter des jeans et des tee-shirts informes, au mieux des débardeurs lorsque le soleil frappait les grandes vitres du salon et faisait grimper le mercure à l'intérieur de l'appartement.
Hermione ouvrit un tiroir. Rempli de chaussettes. Elle allait le refermer lorsqu'un détail attrapa son regard et elle plongea la main au fond du bac. Pour en retirer une photo. C'était une photo moldue, figée. Le papier Kodak légèrement jauni et corné laissait penser qu'elle n'était pas bien récente, sans être trop ancienne non plus. Sur l'image, se tenait une fille d'une dizaine d'années, aux longs cheveux bruns. Elle souriait de toutes ses dents en direction de l'objectif, tandis qu'elle portait sur son épaule un minuscule gamin hilare, pieds par-dessus tête. Un gamin aux yeux et aux cheveux aussi noirs que l'ébène. Hermione n'eut besoin que d'un seul regard en direction des deux yeux en amande du petit garçon pour savoir qu'elle tenait entre ses doigts un cliché de Théodore enfant. Fascinée, Hermione retourna la photo et vit qu'on y avait écrit quelques mots au stylo Bic sur la face blanche du cliché. Une écriture grossière et hésitante de jeune enfant. La première lettre avait bavé, comme si un petit doigt avait effleuré l'encre avant qu'elle ne sèche.
ARIA ET MOI
Un petit cœur asymétrique faisait office de point final.
« Qui es-tu, Aria ? », souffla Hermione en faisant à nouveau pivoter le cliché pour regarder la petite fille. Bien entendu, elle n'obtint pas de réponse et après quelques secondes, replaça soigneusement la photo là où elle l'avait trouvée.
Hermione tomba à genoux, pour fouiller le dernier compartiment au ras du sol. Des chaussures. Elles aussi alignées avec une précision quasi-militaire. La Gryffondor se releva et se dirigea vers la commode, dont elle ouvrit chaque tiroir. Dans l'un d'eux se trouvaient une pile de documents rédigés en français. L'en-tête semblait être celui de l'employeur de Théo, car elle percevait les mots « génétique » et « laboratoire », mais ses connaissances en français ne lui permettaient absolument pas de savoir ce dont il s'agissait. Elle feuilleta le tout et remarqua que tous les papiers n'étaient pas au nom de Théodore Nott mais à celui de Peter Gordon. C'était donc ainsi qu'il se faisait appeler ? Hermione en aurait mis sa main à couper. Théodore Nott était sûrement recherché par tous les Aurors d'Angleterre à l'heure qu'il était, quoi de mieux qu'un changement d'identité pour brouiller les pistes. Et comme il était loin d'être idiot, il devait même changer de visage pour mieux se fondre dans la foule.
Hermione pinça les lèvres. Il ne lui avait jamais mentionné ni montré une deuxième identité. Peut-être ne me fait-il pas tant confiance que ça, après tout, pensa-t-elle tandis qu'un frisson d'appréhension lui parcourait l'échine. Ouvrant un deuxième tiroir, elle réprima un cri. Une longue boîte caractéristique se trouvait à l'intérieur. De ces boîtes que l'on ne trouvait que sur les étalages d'Ollivander's. Une baguette.
D'une main tremblante, Hermione s'en saisit et fit glisser le couvercle. Puis poussa un juron. Elle était vide. Bien entendu… Pas totalement vide, cependant. Un papier plié en quatre était enfoncé à l'intérieur. Au grand soulagement d'Hermione, celui-ci était rédigé en anglais et en français.
Acte de vente
(à remplir par l'ancien propriétaire)
Art. 5B et 92K du Code de détention d'objets magiques de collection
Je soussigné(e) Peter Gordon, domicilié(e) au 1, rue Rochambeau, FR-33000 Bordeaux,
déclare avoir cédé la baguette Réf. GJ389L23, en ébène. Manche : argent 24 Carats, motif serpent Cœur : poils de Porlock du Dorset. Longueur : 35 cm
à : M. Pierre-Marie de la Rivière, domicilié au 61, place des martyrs de la Résistance, 33000 Bordeaux
Au prix de 8600 Gallions.
Les deux parties avaient ensuite signé. Hermione sentit des larmes lui piquer le nez et les yeux et ferma les paupières pour s'empêcher de pleurer. Ma baguette… il a vendu ma baguette ! La seule et unique chose qu'il me restait de Draco… D'un geste rageur, elle reposa le papier au fond du tiroir, heurtant au passage un livre fourré là. La décharge d'énergie qui traversa alors ses doigts lui fit oublier presque instantanément sa colère. Ouvrant grand les yeux, elle observa le livre responsable de ce choc électrique et risqua une nouvelle fois ses doigts dessus. Un picotement familier s'insinuait dans ses doigts, sa main et remontait le long de son bras. Elle le sentait au plus profond de son être et n'eut besoin que d'une demie seconde pour comprendre.
Ça recommence…, pensa Hermione en se retenant de sautiller sur place. Comme chez les parents de Nott, le grimoire me guide vers lui. Elle saisit le livre et le feuilleta. Il ne s'agissait que d'un roman oublié dans un tiroir. Si elle voulait trouver le grimoire, elle devait toucher un livre plus proche. Elle ouvrit un autre tiroir et trouva un vieux manuel de potions. Dès lors qu'elle eut mis les doigts dessus, le picotement se fit ressentir mais il était moins puissant que précédemment. Quelque peu déçue, Hermione se mit à retourner chaque tiroir avec frénésie, mais dut bientôt se rendre à l'évidence. Chaque livre touché l'éloignait de son objectif et les picotements ne s'intensifiaient pas. Elle se retourna, s'adossant à la commode et balaya la pièce du regard. La table de chevet. Elle se précipita vers le meuble et en arracha presque le tiroir de sa glissière. Elle en retourna le contenu sur la moquette et parmi les crayons, feuilles volantes, et autres objets hétéroclites, se trouvait un autre livre (encore un roman). Shakespeare, œuvre complète tome 3, lut Hermione sur la couverture. Définitivement pas le grimoire maudit qu'elle recherchait. Elle posa néanmoins la main sur le volume et poussa un petit cri de surprise lorsqu'une violente décharge électrique parcourut tout son bras jusqu'à son cœur. Haletante, elle s'assit sur ses talons et sourit. Elle touchait au but. Le grimoire n'était manifestement plus très loin.
Sautant sur ses pieds, elle grimpa à quatre pattes sur le lit et le traversa pour atteindre la seconde table de nuit. Elle vida son tiroir mais celui-ci ne contenait rien d'autre que quelques Gallions et des dragées surprise de Bertie Crochue. Dans un dernier élan de désespoir, Hermione se pencha en avant et passa la tête sous le lit, mais là encore fit chou blanc : la seule chose qui se trouvait entre le sommier et le parquet était un petit troupeau de moutons de poussière grise. Une minuscule araignée s'enfuit entre deux lattes et disparut. Hermione se redressa et se laissa tomber à plat dos sur le lit de Nott en grognant de rage. Elle avait épuisé le stock de tiroirs dans la pièce. Pourtant le grimoire était là, tout proche, elle en était certaine. Les livres l'avaient guidée jusqu'ici, non ?
Du bout des doigts, tandis qu'elle réfléchissait, Hermione caressa l'édredon près de sa cuisse. Et eut une révélation. Elle se redressa aussitôt sur son séant, les sourcils froncés.
Non, il n'aurait tout de même pas … Hermione prit une grande inspiration. Et pourquoi pas ? C'est ce qui faisait toute la particularité de Théodore, non ? Cette capacité à raisonner comme un grand psychopathe tout en ayant parfois le comportement d'un adolescent normal et équilibré. Et tous les adolescents adoraient cacher des trucs divers sous leur matelas…
Hermione sauta à bas du lit, ôta sa chemisette (se retrouvant en débardeur) pour l'enrouler autour de sa main droite et souleva le matelas de la main gauche. Elle plongea la main protégée sous le tissu, tâtonnant le sommier. Elle arrivait au pied du lit lorsqu'elle sentit quelque chose sous ses doigts recouverts de sa chemise. Merlin, c'est pas possible… Elle referma la main sur la chose et la tira dans sa direction. Le grimoire apparut sous ses yeux, aussi vieux et sombre que la dernière fois qu'elle l'avait eu entre les mains, dans la Chaumière aux Coquillages. Le rythme cardiaque d'Hermione s'accéléra.
Prudemment, elle fit basculer la couverture en prenant soin de ne pas le toucher directement et passa les premières pages. C'était un livre extrêmement ancien, dont certaines parties n'étaient même pas écrites en anglais mais en latin et même en grec. Les styles de calligraphie variaient à l'instar des langues et Hermione en déduisit que les sorciers qui l'avaient rédigé, avaient dû rajouter des chapitres au fil du temps et de leurs découvertes. Invocations de démons, vengeances, morts subites, magie sans baguette, les quelques pages qu'Hermione parvenait à déchiffrer lui faisaient froid dans le dos. Ce livre revenait aux origines de la magie noire. Et comme le lui avait expliqué Nott plusieurs mois auparavant, elle put en effet constater que les premiers sorciers utilisaient des matières premières comme le sang, le sperme, la salive pour sceller leurs envoûtements. Des ingrédients organiques, puissants, personnels. Humains.
Captivée et à la fois effrayée, Hermione tournait les pages du livre de plus en plus vite, partagée entre l'envie d'en savoir plus et celle d'arriver enfin à la dernière page de ce recueil immonde. Avant de se figer et de baisser les yeux sur ses doigts. Depuis plusieurs minutes déjà, le tissu de sa chemisette avait quitté sa peau et elle tournait les pages sans aucune protection. Et contrairement à son premier contact avec le livre, cette fois, rien ne se produisait. Au contraire, une douce chaleur s'insinuait dans ses phalanges, rien à voir avec les picotements désagréables ressentis précédemment.
Ce livre est en train de me charmer…, pensa-t-elle avec un frisson, tout en tournant une nouvelle page avec la ferme intention de clore ce bouquin une bonne fois pour toutes. C'est alors qu'un détail lui sauta aux yeux. Un marque page. Un fin ruban de tissu noir dépassait des épaisses feuilles parcheminées. Sans attendre, Hermione glissa son doigt en dessous et ouvrit le livre à la page correspondante.
Avant de retenir sa respiration.
POSSESSION
Un titre prometteur étant donné ce que vivait Hermione depuis maintenant plusieurs mois. Etait-ce donc cela que lui avait fait subir Nott ? Il lui avait effectivement dit qu'il voulait qu'elle lui appartienne, mais de là à la posséder au sens littéral ? Cela semblait fou et pourtant…
Hermione pinça les lèvres, le cœur battant à tout rompre. Baissant les yeux sur le haut de la page, elle se mit à lire.
La première phase de la possession se compose de deux étapes, même si à proprement parler, il s'agit d'un processus continu. La première étape est l'Infestation. Lors de la phase d'Infestation, le Démon est présent à la périphérie de la victime. Il cherche une entrée dans son corps et plus particulièrement dans son esprit. A ce stade, il se manifeste physiquement. Le Démon guette sa proie. Ce qu'il veut, c'est désorienter sa victime potentielle, détruire son équilibre…
« Merlin tout puissant », souffla Hermione, tandis que ses yeux ne décrochaient pas des mots inscrits sur le parchemin.
L'étape suivante est l'Obsession. La victime est déjà affaiblie. Le Démon commence à s'Introduire. Il envahit l'âme, le corps et l'esprit. Les manifestations physiques se font moins nombreuses car elles deviennent inutiles. La plupart des changements sont maintenant internes. La victime devient agitée, angoissée, irritable et a du mal à trouver le sommeil. Son entourage s'aperçoit d'une modification de sa personnalité, généralement radicale. L'influence du Démon commence à se faire sentir dans les actions de sa victime. La victime perd toutes ses défenses, ses aptitudes à penser de manière rationnelle. Cela affaiblit sa conscience et donc son esprit. Le Démon peut alors atteindre son but, en affaiblissant à son tour l'âme et le corps.
La première phase de la possession est terminée. La victime est totalement consciente mais l'invasion est déjà fortement avancée. Il se peut qu'elle commence à entendre des voix et peut-être même à avoir des visions.
Le souffle court, Hermione se souvint de son « black-out » dans la salle de bains de la Chaumière. Tout avait enfin un sens. Tout était écrit là, noir sur blanc, tout ce qui avait rythmé sa vie depuis ce jour fatidique où Nott était entré en elle… Hermione n'arrivait pas à le croire. Il avait tout prévu depuis le début. Quoi qu'elle ait pu faire, le piège se serait refermé sur elle de toute façon.
Tous les sens de la victime sont sollicités, même dans ses rêves. Ceux-ci sont violents ou très désorientants. Ils restent présents, même lorsque la victime est éveillée. L'objectif du Démon est d'épuiser la victime et d'affaiblir sa volonté jusqu'à ce qu'il trouve « un point d'entrée ».
Point d'entrée : la victime est affaiblie au point de faire quelque chose – par sa propre volonté – qui la met en phase avec le Démon. Le Démon ne peut jamais entrer s'il n'y est pas invité et la victime est la seule personne qui puisse ouvrir cette porte.
« Le baiser … », marmonna Hermione entre ses dents. « Ce salopard m'a promis un sommeil sans rêves contre un baiser. Et je l'ai laissé entrer… » Sa lèvre inférieure se mit à trembler tandis qu'elle reprenait sa lecture.
La seconde phase commence alors. Maintenant, le démon peut accéder comme il le veut au corps et à la volonté de la victime. Celle-ci peut souffrir de pertes de conscience, car le Démon est maintenant parfaitement autonome.
« Une minute … », marmonna Hermione en fronçant les sourcils. « Il le faisait déjà avant de m'embrasser. Il m'a fait sortir le livre de la Chaumière…. »
Hermione parcourut la dernière partie et tourna la page. Celle-ci s'intitulait : VOLONTÉ.
La volonté est le battement de cœur de l'âme. Grâce à elle, l'Homme peut décider d'entrer en phase avec le Bien ou le Mal. La volonté d'une victime est encore vivante mais faible. Un exorcisme, pratiqué par un homme de Bien, peut permettre de raviver la volonté de la victime, si celle-ci en est incapable d'elle-même.
Hermione poussa un juron. « La volonté ? C'est-à-dire, quoi, la pensée positive ? C'est ça son remède ? Ce bouquin se fout de ma gueule ! » Furieuse, Hermione jeta le grimoire contre la tête de lit. Les yeux gonflés de larmes, elle se laissa retomber sur l'oreiller et se roula en boule. Elle sentait son cœur battre dans ses tempes, tant la colère la submergeait. Cependant, elle ne pouvait empêcher une idée de tourner en boucle dans son cerveau.
Ça ne se passe pas comme prévu. Il y a des différences par rapport au livre. Théo l'a dit…, pensa Hermione en tentant de calmer sa respiration erratique. Pourquoi est-ce que ça ne fonctionne pas comme dans le bouquin ? Qu'est-ce qui est différent ?
D'un geste vif, Hermione saisit à nouveau le grimoire et le rouvrit à la page indiquée. Parcourant à nouveau des yeux le passage sur la possession, elle mit quelques minutes à trouver ce qui n'allait pas.
Démon.
C'était là que tout clochait.
La possession doit être effectuée par un démon. Théo n'est qu'un humain. Un vulgaire humain. Qui se prend pour un Dieu, pensa Hermione en se retenant de pousser un cri de triomphe. Il s'affaiblit car il n'est pas un démon, il n'a pas le pouvoir nécessaire pour se nourrir de moi. Ça le tue car ce n'est qu'un mortel !
Un large sourire s'étira sur les lèvres d'Hermione. Sourire qui se figea lorsqu'elle entendit le son. Ce son si caractéristique d'une porte qui s'ouvre.
« Hermione ? »
Hermione se redressa sur le lit de Nott. Il est ici. Bordel, pourquoi est-ce qu'il est ici ?
La Gryffondor s'aperçut que dans sa panique, elle avait refermé le grimoire et le serrait à présent contre son torse. Mais c'était le cadet de ses soucis. Un simple coup d'œil autour d'elle lui indiqua qu'elle avait un problème bien plus gros sur les bras. La chambre était un véritable capharnaüm.
Merlin, Théodore va me tuer…
« Hermione ?! » Nouvel appel. Plus insistant cette fois. Plus sec. Sa voix provenait à présent du salon. Il serait là d'une seconde à l'autre.
C'est alors que quelque chose d'incroyable se produisit. Alors qu'Hermione voyait sa dernière heure arriver, le bazar autour d'elle s'éleva dans les airs et sans un bruit, en moins de deux secondes, l'intégralité des objets retrouvèrent leur place et le grimoire s'arracha tout seul des mains d'Hermione pour se replacer sous le matelas.
Hermione n'en croyait pas ses yeux. Mais elle n'avait pas le temps de remercier la Providence de ce coup de pouce inespéré. Elle devait filer. Empoignant au passage sa chemisette, elle sortit aussi silencieusement que possible de la pièce et remonta le couloir, en essayant d'avoir l'air détendue. Au moment même où Nott entrait dans le corridor. Le jeune homme se figea en la voyant puis sourit.
« Qu'est-ce que tu faisais ? », demanda-t-il en approchant dangereusement.
« Rien… », mentit Hermione en haussant les épaules. « J'étais allée m'allonger. »
Les yeux noirs de Nott s'attardèrent sur son débardeur et son sourire s'accentua. Il s'arrêta en face d'elle et pencha la tête vers son visage. Hermione avait l'impression d'être rouge comme une pivoine et que le seul bruit audible dans l'appartement était celui de son cœur paniqué battant contre les parois de sa cage thoracique. Nott saisit entre ses doigts une mèche de cheveux d'Hermione et l'enroula autour de son index.
« Tu n'oserais pas me mentir, Hermione ? », souffla-t-il en se collant un peu plus contre elle. « Tu sais que je pourrais savoir la vérité d'un claquement de doigt… »
Je le sais, oui…, pensa Hermione en réprimant un frisson.
« Je ne te mens pas », répondit-elle en esquissant un rictus. « Je suis juste surprise de te voir rentrer si tôt. »
Théo la jaugea pendant quelques secondes puis lâcha sa mèche, s'écarta et sourit. « C'est vendredi, la réunion de ce matin a été courte car les promoteurs des études cliniques sont ravis de notre travail et n'avaient aucun commentaire à faire. Et comme c'est l'été et qu'il fait un temps magnifique, tout le monde a pris son après-midi. »
Hermione hocha la tête, ne sachant pas quoi dire d'autre. Elle sentit Théodore prendre sa main dans la sienne et l'entraîner dans le salon, jusqu'à l'une des fenêtres. « Regarde comme il fait beau… J'aurais adoré sortir et t'emmener quelque part… »
Hermione lui jeta un regard surpris. « Tu veux dire … dehors ? »
Théo gloussa. « Oui, Hermione. Le principe de 'sortir' c'est justement d'aller dehors… », ironisa-t-il avec un sourire en coin.
« Pourquoi on ne le fait pas ? », demanda-t-elle en essayant de ne pas paraître trop ravie.
Théodore éclata de rire. « Pour que tu essaies de me glisser entre les doigts ? », s'esclaffa-t-il en secouant la tête. « Non, pas question. Dès que j'aurai réglé ce petit problème de fatigue en revanche, je reviendrai dans ta tête et je m'assurerai d'y éliminer toute volonté de fuir. Après, oui, on pourra sortir. »
La Gryffondor serra les poings. « Je ne te laisserai pas faire, Théo. Je me battrai. »
D'un geste vif, Théodore la saisit par la mâchoire et l'attira contre lui. Hermione poussa un léger cri lorsque sa joue fut durement comprimée par les doigts du Serpentard. « Mais j'espère bien, Hermione », roucoula-t-il en collant son front contre le sien. « Même si, sache-le, le combat est perdu d'avance pour toi. » Il ponctua sa remarque par un baiser sur le front de la jeune fille, qui se libéra de son emprise avec un grognement furieux. Théodore se dirigea alors lentement vers le couloir.
Hermione le suivit, un peu en retrait et le regarda remonter le corridor en direction de sa chambre. La jeune fille retint son souffle. Allait-il s'apercevoir qu'elle était entrée ? Théodore tourna la poignée de sa porte et fit un pas à l'intérieur. Puis il se retourna et regarda Hermione, toujours figée dans le corridor. L'espace d'une seconde, Hermione pensa qu'il allait tout comprendre. Qu'il sentirait sa présence dans son espace, qu'il allait lui faire payer son impudence… Mais après quelques secondes, le jeune homme se contenta de lui sourire et disparut dans sa chambre. Hermione poussa un soupir de soulagement, puis entra dans la sienne.
~o~
Si l'on avait dit un jour à Severus Rogue qu'il verrait Harry Potter invité au Manoir Malfoy à d'autres fins que pour servir de quatre heures à Nagini, il aurait ri. Mais en ce matin de juillet, lorsqu'il était arrivé sur les lieux, pas de serpent. En revanche, Harry Potter était bel et bien là, assis à table entouré des deux belettes, de Narcissa, Draco et Blaise, et prenait tranquillement son petit-déjeuner. Voldemort devait se retourner dans sa tombe.
« Severus ! », s'exclama Narcissa en levant le nez de son café. « Je suis tellement contente de te voir ! Assieds-toi ! Tu veux quelque chose ? », ajouta-t-elle en désignant les différents plats de viennoiseries disposés sur l'immense table en chêne.
D'un geste précipité, Ron s'empara du dernier pain aux raisins de peur que le Maître des Potions ne jette son dévolu dessus avant lui. Rogue lui adressa un regard mauvais. « Non merci, Narcissa, tous ces lions autour de cette table, ça me coupe l'appétit. C'est contre nature. »
Ginny leva les yeux au ciel tandis qu'Harry réprimait un sourire. Au même moment, quelque chose se glissa entre les jambes de Rogue et celui-ci sursauta. Mais ce n'était que le Chartier qui venait saluer le professeur.
« Vieille chauve-souris graisseuse », couina l'animal tandis que Rogue et Narcissa lui faisaient les gros yeux.
« Intéressant, je me demande où il a bien pu apprendre ces mots-là », marmonna Rogue en fusillant les deux rouquins du regard. Ginny et Ron plongèrent illico le nez dans leurs bols, le dos agité de légers hoquets.
« Whisky, ici », siffla Draco en faisant signe à son Chartier. Le furet serpenta entre les pieds des convives et grimpa d'un bond sur les genoux de son maître.
« Comment se passe la reconstruction de Poudlard, Severus ? », demanda Narcissa sans cesser de jeter des regards désapprobateurs en direction de son fils, qui nourrissait encore une fois son animal à table. « Attention, tu fais des miettes, mon chéri… »
Ron gloussa et répéta à voix basse la dernière phrase de Narcissa en agitant un doigt vengeur en direction du blond. Vexé, ce-dernier lui envoya un morceau de toast beurré et nappé de marmelade qui alla frapper Ron en plein front. Blaise s'étrangla de rire avec sa gorgée de jus d'orange.
« Eh bien… », commença Rogue en regardant la marmelade couler lentement du front écarlate de Ronald. « Ça avance, ça avance… Le Ministère a décidé de condamner les cachots. Soi-disant qu'après les tortures d'élèves, ils avaient une connotation trop morbide. Résultat, on est en train de déménager la maison Serpentard dans une autre aile, ainsi que ma salle de Potions… »
« Ils n'ont toujours pas revu le système des maisons, alors ? », demanda Blaise en fronçant les sourcils. « Je croyais qu'ils voulaient l'éliminer. »
« Ils le veulent toujours », grommela Rogue. « Mais les professeurs sont contre, alors pour l'instant, c'est en pourparlers. En parlant de Poudlard, j'ai des lettres pour vous tous… »
Les cinq adolescents levèrent la tête simultanément.
« Hein ? », fit Ron, la bouche pleine. « Pour Ginny, je comprends, mais nous on a fini, non ? »
Rogue haussa un sourcil. « Avez-vous passé vos ASPICs, Monsieur Weasley ? », demanda-t-il sèchement.
« Euh bah non … »
« Alors non, vous n'avez pas fini. » Rogue lui jeta sa lettre au visage, puis distribua posément les autres.
« Est-ce que c'est vraiment nécessaire ? », demanda Harry en regardant son enveloppe, la mine sombre. La seule idée de repartir à Poudlard sans Hermione lui était insupportable. Et passer tous les jours devant le chêne où avait été déposé son cadavre... Impensable.
« Ouais, étant donné que la dernière fois qu'on y a mis les pieds, on a failli raser la bicoque, je pensais qu'on serait dispensés… », fit Ron en décachetant sa missive pour jeter un œil à la liste des fournitures. « Tout ça ? »
« Harry, on sera dans la même classe ! », fit Ginny avec un sourire doux. Harry y répondit et leurs mains se nouèrent discrètement par-dessous la table.
Ron sembla scandalisé par cette révélation. « Raison de plus pour ne pas y aller », grommela-t-il tandis que Blaise souriait.
« Technologies moldues, Principes de vie en communauté ? C'est quoi cette merde ? », maugréa Draco en parcourant la liste des options de septième année. « Et où sont passés la Défense contre les Forces du Mal et le Club de Duels ? »
« Il est marqué que la DCFM a fusionné avec le cours de Sortilèges », marmonna Ginny en lisant à son tour. « Et les Principes de vie en communauté, ça ne peut pas vraiment te faire de mal, si tu vois ce que je veux dire... »
« Très drôle, Weaslette », grinça Draco en donnant un morceau de toast à Whisky.
« Nouvelles matières imposées par le gouvernement pour favoriser l'intégration des nés-moldus. Des bêtises, si vous voulez mon avis », reprit Rogue avec un rictus méprisant. « Ils ont aussi censuré des dizaines de potions jugées 'trop dangereuses'. Mes prochains manuels vont être aussi ennuyeux et simplistes qu'un cerveau de troll. »
« Déjà que les anciens… », marmonna Ron tandis que Rogue le fusillait du regard.
Draco jeta devant lui sa lettre et haussa les épaules. « Peu importe, je n'irai pas. »
Narcissa cessa de mâcher sa tartine et leva vers lui un regard courroucé. « Tu iras. Que feras-tu sans diplôme, dis-moi ? »
« Je serai rentier et me vautrerai dans l'alcool et la luxure jusqu'à la fin de mes jours », ironisa-t-il en écartant les bras. « Mais avant ça, je retrouverai Hermione. »
Un silence pesant s'abattit aussitôt autour de la table. Harry baissa les yeux dans son assiette, tandis que les Weasley échangeaient un regard appuyé. Blaise leva simplement un regard inquiet en direction de son meilleur ami.
« Malfoy… », fit Harry en fronçant les sourcils.
« Il a raison, on ne peut pas repartir à Poudlard sans avoir au moins réglé la question », fit Ron en hochant la tête.
« Ron… », souffla alors Harry, tandis que le froncement de ses sourcils s'accentuait.
« Combien te manque-t-il de plumes de Jobarbille ? », demanda Ginny à Draco. Le blond leva trois doigts de sa main droite, tandis que le Chartier sautillait et tentait en vain de mordiller son index tendu.
Harry se leva d'un bond de sa chaise, les mâchoires et les poings serrés. « Arrêtez ça », siffla-t-il, furieux. « Je croyais que vous aviez compris depuis le temps… »
« Vieux, on n'a pas encore tout essayé… », tenta Ron d'une voix apaisante.
« Le père de Draco est certain d'avoir vu quelque chose d'incohérent ce jour-là, mais ils nous interdisent toute visite et toute correspondance jusqu'à la fin de sa peine… », fit Blaise. « Sinon, on irait plus vite… »
« Mais PLUS VITE POUR QUOI ? », s'égosilla Harry en tapant du poing sur la table.
Draco haussa un sourcil agacé. Il avait toujours détesté les sautes d'humeur du Survivant, et ce depuis leur toute première année à Poudlard. Avoir vaincu le Mage Noir à plusieurs reprises ne donnait pas à cet avorton le droit de hausser le ton dans son Manoir. Encore moins en sa présence. Et pas en ce qui concernait Hermione.
« Vous ne voyez pas tout le mal que vous vous faites ? A espérer quelque chose d'impossible ? », aboya Harry tandis que Ginny tentait par tous les moyens de le calmer. Le brun se tourna vers Ron. « Pourquoi est-ce que tu ne fais pas pareil pour ton père, hein ? Pourquoi tu ne cherches pas à le retrouver, lui ? »
« P…Parce qu'il est mort, mais ce n'est pas la même-… », balbutia Ron dont le visage se décomposait peu à peu.
Draco sauta sur ses pieds et pointa sa baguette sur Harry. « Potter, tu vas te calmer tout de suite sinon… »
« Sinon quoi ? », l'interrompit Harry avec un grognement furieux. Les deux ennemis se jaugèrent, jusqu'à ce que Rogue reprenne la parole avec un calme étonnant, compte tenu de la situation.
« M. Potter, Lucius Malfoy n'est pas le seul à avoir remarqué des incohérences », fit le Maître des Potions tandis qu'Harry abandonnait enfin son concours de regards haineux avec Draco pour se tourner vers lui. « Moi-même depuis que je mène mon enquête, je remarque que plus nous posons des questions, plus nous nous heurtons à des murs. On nous empêche d'avancer, d'enquêter sur la disparition de votre amie. Cela fait trois mois que j'ai demandé à consulter les pièces à conviction retrouvées sur le corps, dans l'espoir de récupérer la baguette d'Eleanor Malfoy, mais on ne cesse de me mettre des bâtons dans les roues. »
« Et il y a cette fille… », marmonna Draco en se rasseyant, non sans jeter un regard mauvais en direction d'Harry. « Laura Madley. Elle a disparu sans laisser de traces le jour de la Bataille, mais je suis persuadé qu'elle a quelque chose à voir avec tout ça. Mais à chaque fois que j'essaie de me souvenir… »
« Ne t'en fais pas, Malfoy », fit Ginny avec un sourire encourageant. « Dans trois plumes, tu pourras retrouver la mémoire grâce à la potion. Enfin, en tous cas, on croise les doigts. »
Draco lui adressa un bref signe de tête.
« Et quand je suis allée déclarer la perte de la baguette aux assurances, on m'a assuré que personne ne pouvait accéder à notre dossier… », ajouta Narcissa, les lèvres pincées. « Si seulement Lucius était là… »
Harry dévisagea Narcissa, puis Rogue et soudain sans prévenir, se dirigea vers la sortie.
« Harry, où est-ce que tu vas ? », appela Ginny en se levant de table. Mais le temps qu'elle se lance à sa poursuite, il avait passé le seuil, remonté l'allée de la propriété en courant et transplané.
Ginny se figea à mi-chemin de la grille et le regarda s'évaporer avec un sentiment de panique croissant. Derrière elle, les graviers crissèrent et elle sentit la main de Ron presser son épaule. La jeune rousse ravala ses larmes.
« Il va revenir, n'est-ce pas ? Il ne va pas encore disparaître ? », gémit-elle en fixant toujours la grille.
Ron ne répondit pas.
~o~
Depuis que Lucius Malfoy lui avait parlé de lui, ses crimes, ses principes de Sang-Pur, Aria Stone n'avait plus prononcé un mot. Elle s'était complètement fourvoyée. Ce type était manifestement un sorcier encore plus timbré que Théodore. Son ami d'enfance avait certes tué ses parents et l'avait fait accuser du meurtre, mais l'homme blond dans sa cellule en avait tué bien plus que ça. Et torturé. Et violé. Et il avait aimé ça.
Lucius Malfoy était un monstre.
Après réflexion, elle s'était sentie stupide. Après tout, s'il était en prison ce n'était pas parce qu'il était un enfant de chœur. Elle regrettait également d'avoir autant insisté pour qu'il lui raconte son histoire. Même si elle comprenait mieux à présent sa propre situation, le monde sorcier et la hiérarchie qui semblait le composer. Elle comprenait mieux pourquoi Théodore avait cru qu'elle pouvait être une fée alors qu'elle n'était qu'une simple Moldue. Elle comprenait pourquoi il s'était éloigné d'elle après sa première année à l'école de Magie, lorsqu'il avait compris qu'elle ne pourrait jamais être une sorcière comme lui. Elle comprenait pourquoi Grégory et Romilda Nott avaient toujours détesté qu'elle s'occupe du petit garçon…
Grégory et Romilda. Des Mangemorts eux aussi, tout comme Lucius. Des meurtriers. Des racistes. Elle avait côtoyé ces gens, était entrée dans leur jardin, avait joué avec leur fils. Sans se douter de rien. Cette seule idée lui donnait la nausée.
Plusieurs jours avaient passé depuis leur dernière discussion et à aucun moment Aria n'avait tenté de rétablir le contact avec Lucius. Chacun restait terré dans le fond de sa cage, les lèvres obstinément closes. Un matin, lorsque des gardiens étaient venus embarquer le corps de son voisin d'en face, Aria avait failli avoir le réflexe malheureux d'appeler l'homme blond. Elle voulait savoir ce qu'il était arrivé au prisonnier, pourquoi il était resté dans un état végétatif pendant si longtemps, par quel miracle il avait survécu toutes ces semaines dans l'immobilité totale et surtout… ce qu'était le Baiser du Détraqueur, la sentence que l'on avait infligée à cet homme et qui avait fini par entraîner son décès. Malgré toutes ces questions qui lui brûlaient les lèvres, elle s'était finalement ravisée. Lucius Malfoy était un dangereux malade. Moins elle lui parlait, mieux elle se porterait. Il ne manquerait plus que l'on ajoute d'autres chefs d'accusation à la longue liste qui la concernait déjà, juste parce qu'elle avait « fraternisé » avec ce type.
Une bonne résolution qu'elle avait tenue. Jusqu'au jour où les gardiens étaient venus emmener le Mangemort.
En entendant la porte de leur unité s'ouvrir en grinçant, Aria sursauta et se redressa sur son lit de paille sèche, tous les sens aux aguets. Les voix grasses et rauques des gardiens se répercutaient sur tous les murs et se faisaient plus proches. Aria frissonna. Elle était désormais seule avec Lucius dans l'unité, depuis que l'autre prisonnier était mort. Ce qui signifiait que l'on venait forcément pour elle ou lui. Aria se recroquevilla dans le fond de sa cellule, comme pour y faire oublier sa présence. Les gardiens passèrent sans même la regarder et continuèrent jusqu'à l'emplacement de Lucius. L'un d'eux donna un coup de sa matraque dans les barreaux de la grille.
« Eh, Lord Malfoy ! Lève-toi, charogne, et sors de là… », grogna l'homme tandis que Lucius levait lentement le nez et fusillait les gardiens du regard.
« Vous n'avez pas dit le mot magique », railla Lucius tandis qu'un autre gardien, le dénommé Mitchell, faisait claquer sa langue contre son palais avec impatience.
« Debout, Malfoy, sinon je te coupe les burnes et je te les fais bouffer entre deux tranches de pain », maugréa Mitchell en ouvrant la porte de la cellule.
Lucius haussa un sourcil. Manifestement, ils étaient de mauvaise humeur ce matin. Mieux valait peut-être ne pas trop les provoquer. Mais Lucius ne résista pas à la tentation.
« Avec plaisir, ça ne peut pas être pire que la tambouille que vous nous servez une fois par jour… », ironisa le blond avec un sourire narquois. Néanmoins, il se leva et s'avança vers la porte de la cellule. « Où est-ce que vous m'emmenez ? Au parc d'attractions ? »
Nouveau claquement de langue agacé. « C'est ça, fais le malin. T'es libre, connard. »
Lucius fronça les sourcils. Libre ? Cela faisait déjà six mois ? Bien qu'il eût trouvé le temps long, cela lui semblait tout de même étrangement succinct. Mitchell dut sentir son désarroi et lui fit la grande amabilité de répondre à ses interrogations silencieuses.
« Libération anticipée », grinça le gardien en secouant la tête avec dépit. « Il semblerait que même les trous du cul de ton espèce ont un ange gardien. »
La remarque fit ricaner l'un des autres gardiens, tandis que Mitchell saisissait Lucius par le bras et l'entraînait avec force dans le couloir. Dans sa cellule, Aria avait sauté sur ses pieds et se pressait à présent contre sa propre grille. Le visage collé aux barreaux, elle semblait en proie à une panique incommensurable. Lucius lui adressa un regard inexpressif. Il savait parfaitement ce que la jeune fille devait penser en cet instant précis. Ne me laissez pas croupir ici. Pas toute seule avec ces types cinglés. Vous connaissez mon histoire. Et même si la vôtre me terrifie, même si je suis intimement convaincue que vous êtes un dangereux psychopathe, je vous en prie… aidez-moi.
Le blond adressa un hochement de tête presque imperceptible en direction d'Aria et la panique dans les iris de la jeune fille sembla s'atténuer quelque peu. Elle le regarda s'éloigner, entouré des gardiens, et de lourdes larmes s'amoncelèrent dans ses yeux. Seule. Voilà ce qu'elle était désormais.
On autorisa Lucius à prendre une douche, on lui donna les vêtements (lavés et repassés) qu'il portait à son arrivée. On le fit transplaner jusqu'à la salle du Ministère qui faisait office d'entrée et de sortie de la case prison. Après avoir signé une bonne dizaine de formulaires, avoir récupéré sa baguette (et sa canne), tout en essuyant des flopées d'insultes de Mitchell sous le regard désapprobateur du fonctionnaire chargé des libérations, Lucius Malfoy commença enfin à réaliser qu'il était libre.
Qui avait bien pu le faire sortir si tôt ? D'après la date inscrite sur les formulaires, il aurait dû croupir encore plus de deux mois à Azkaban… Une porte s'ouvrit au fond de la salle et on lui fit signe de la franchir. Ce qu'il fit. Son regard de glace s'éclaira aussitôt lorsqu'il vit la silhouette de Narcissa se profiler dans la pièce suivante. Le cou tendu, perchée sur ses pointes de pieds, elle guettait son époux et un large sourire humide de larmes se dessina sur ses lèvres lorsqu'elle l'aperçut enfin. Avant qu'il n'ait pu faire un geste, les bras fins de sa femme se refermèrent sur son cou et il perçut immédiatement la douce fragrance fruitée dont elle s'aspergeait tous les matins depuis plus de vingt-cinq ans. Il avait fini par ne plus la remarquer, au fil de leurs années de mariage, mais ce matin-là, elle lui donnait presque le tournis. Les deux adultes s'embrassèrent passionnément, longuement, jusqu'à ce que Lucius ait la désagréable impression d'être observé. Il détourna les yeux et la surprise lui fit repousser Narcissa en arrière.
Harry Potter se tenait dans un recoin de la pièce, les bras croisés et la mine sombre.
« Potter ? », grinça Lucius en fronçant les sourcils. Il s'était attendu à tout sauf à ça.
Harry se décolla lentement du mur contre lequel il s'était appuyé et avança à pas lents en direction de Malfoy.
« Soyons clairs, je n'ai aucune sympathie pour vous et votre petite participation à la chute de Voldemort ne change rien au fait que vous restez selon moi un incroyable salaud … », fit Harry d'une voix froide.
Lucius pinça les lèvres.
« Raciste », ajouta Harry en inclinant la tête sur le côté.
L'homme ne répondit pas.
« Opportuniste… », renchérit Harry comme s'il faisait l'inventaire des défauts de l'aristocrate.
« C'est bon, vous avez fini ? », fit lentement Lucius en le fusillant du regard.
« On va dire que oui », rétorqua laconiquement le Survivant en ignorant l'expression agacée du Mangemort. « Vous allez nous aider à faire cesser cette comédie. On a besoin de vous pour certaines pièces du puzzle et quand celui-ci sera complet, on saura oui ou non si Hermione est bien morte ou si elle est vivante. Et une fois que ce sera fait… on pourra tous faire notre deuil correctement. »
« Vous êtes en train de me dire qu'il vous a suffi de claquer des doigts pour me faire sortir de prison, Potter ? », demanda Lucius en fronçant le nez.
« Le Juge Ogden semble très soucieux de donner une bonne image de lui-même », répondit Harry avec un rictus méprisant. « J'ai dû me faire tirer le portrait en lui serrant la main et accorder une interview à la Gazette en échange. Entre autres… »
Lucius haussa les sourcils mais Harry changea aussitôt de sujet. « Peu importe. Demain matin à la première heure, vous reviendrez au Ministère exiger que l'on vous sorte votre dossier d'assurances. Il y a un truc pas net avec la baguette de votre ancêtre. Ils n'ont rien voulu délivrer à votre femme, ni à qui que ce soit d'autre d'ailleurs, mais je suis certain que vous trouverez un moyen de faire cracher le morceau à ces bureaucrates de malheur. C'est votre spécialité, je crois… »
« Pourquoi pas tout de suite ? », demanda sèchement Lucius, qui n'aimait pas du tout le ton qu'employait Harry pour s'adresser à lui. Le Survivant lui jeta un regard surpris.
« Parce qu'on est dimanche, évidemment », répondit-il tandis que Lucius fermait les yeux et prenait une longue inspiration.
Comme si je pouvais le savoir, sale gosse.
« En attendant, rentrons à la maison ! », s'exclama Narcissa en passant l'un de ses bras autour de la taille de Lucius. « Je suis sûre que tu dois attendre ce moment depuis longtemps ! »
Les lèvres de Lucius s'étirèrent légèrement et il hocha la tête.
« Je te préviens, j'ai un peu refait la décoration… », l'avertit Narcissa avec un large sourire.
« Tant que c'est tout ce qui a changé, ça me va … », souffla Lucius en l'embrassant sur le front.
Narcissa et Harry échangèrent un regard discret mais aucun des deux ne pipa mot.
~o~
Lucius et Narcissa Malfoy transplanèrent jusqu'au Manoir avec un craquement sonore. Lucius contempla son domaine et fut rassuré de constater qu'il était loin d'être en ruines. Les jardins étaient splendides et rien ne laissait croire qu'à peine quelques mois plus tôt, il s'agissait encore du quartier général du plus grand Mage Noir de l'Histoire magique. Pour la première fois depuis sa sortie, un large sourire éclaira le visage du Mangemort… du moins jusqu'à ce qu'un second craquement ne vienne troubler son instant de quiétude.
Lucius Malfoy se retourna et constata avec déplaisir que Potter les avait suivis.
« Encore vous ? », marmonna Lucius en le fusillant du regard. « Rentrez chez vous, Potter. J'irai au Ministère demain, comme vous me l'avez demandé. En attendant, déguerpissez. »
Harry haussa les sourcils, puis avec une expression étrange, poussa la grille de la propriété et remonta l'allée de graviers qui menait au manoir. Les mains dans les poches et en sifflotant un air guilleret.
« Mais-mais-mais qu'est-ce qu'il fait ? », marmotta Lucius en le regardant s'éloigner, stupéfait. Il se tourna en direction de sa femme, mais Narcissa évita consciencieusement son regard et suivit le Survivant en direction de l'entrée. Lucius leur emboîta le pas, un affreux pressentiment lui nouant les entrailles. Potter entra dans le hall, suivi de Narcissa, puis de Lucius. Celui-ci se mit aussitôt à inspecter les environs mais en dehors de l'ameublement, tout semblait absolument normal.
Un mouvement au ras du sol attira alors son attention et il ne put s'empêcher de faire un bond sur le côté. Enfer et damnation. Un rat.
Lucius s'apprêtait à tirer sa baguette de sa canne pour réduire à néant l'affreux rongeur, tout en pensant vaguement que ce « rat » avait des faux airs de fouine. Peu importait. Rat ou fouine, l'animal allait payer son culot d'avoir osé souiller le précieux carrelage en marbre.
« Narcissa ! », fit une voix féminine sur la gauche.
Lucius tourna la tête et constata avec horreur qu'une tête rousse avançait en bondissant en direction de son épouse.
« J'ai reçu une lettre de maman ! », s'écria Ginny Weasley en brandissant un parchemin plié en trois. « Elle dit qu'elle est toujours chez Bill et Fleur et que l'air de la mer lui fait du bien. Elle est même sortie faire des courses cette semaine ! Est-ce qu'on pourra aller les voir bientôt ? Oh… Bonjour Monsieur Malfoy… »
« C'est merveilleux, ma chérie ! », se réjouit Narcissa en embrassant la jeune fille sur le côté du crâne. « Tu peux lui répondre et lui dire que nous passerons… disons mardi ? »
Ginny hocha la tête avec entrain, puis jeta un regard étrange en direction de Lucius Malfoy, qui semblait s'être figé, les yeux ronds comme des soucoupes.
« Qu'est-ce qu'il a ? », marmonna Ginny avec une expression circonspecte.
« Le choc, ma chérie… ça va passer », répondit Narcissa en lui tapotant la joue. Aux pieds de Lucius, la fouine reniflait allègrement ses bas de pantalon.
« Whisky, ici ! », fit la voix de Draco, tandis que son père se tournait vers lui, aussi raide qu'un robot. Le père et le fils se jaugèrent, puis Lucius suivit des yeux le Chartier qui s'éloignait en direction de Draco, sa longue queue touffue oscillant dans son sillage. La bouche de Draco se pinça en remarquant que son père avait toujours la main sur le pommeau de sa canne-baguette, prêt à dégainer. « J'ai aussi un oiseau », fit sèchement son unique héritier en guise de salut.
« Un oi-, un oi-, un oi-… », fut tout ce que Lucius fut capable de dire.
Une seconde tête rousse apparut à la porte du salon. « Bon, Ginny, je lui réponds quoi à maman ? » Les yeux de Ron se posèrent sur Lucius, qui était au bord de la syncope. « Ah, il est là, lui ? », ajouta le jeune homme avec une grimace.
« Dis-lui qu'on vient mardi », répondit Ginny en jetant un regard inquiet en direction de M. Malfoy.
Blaise apparut alors en haut des escaliers, le nez plongé dans un bouquin. Il traversa le petit attroupement dans le hall d'entrée sans lever les yeux de sa lecture, adressant seulement un léger « Salut » en passant devant Lucius, avant de disparaître dans la salle à manger.
A ce stade, Lucius Malfoy sentit ses poumons le brûler et réalisa qu'il avait tout simplement arrêté de respirer.
Harry passa devant lui avec un rictus amusé. « Vous voyez, c'est comme on vous a dit : à part la déco, rien n'a changé… »
oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
Et voilà, ce sera tout pour cette reprise ! Alors dites-moi, vous aviez deviné pour le lien ? Vous en pensez quoi ? Est-ce que tout devient plus clair ? Et que pensez-vous qu'il va arriver à Aria ? Quant au retour de Lucius, j'espère que vous avez bien ri en imaginant la scène ! Moi, c'était le cas ! Je vous fait plein de bisous en attendant vos reviews et je vous dit à lundi prochain ! J'ai hâte d'avoir vos réactions !
Xérès
