The Rise and Fall

Les blas-blas de Xérès : Un méga giga ultra long chapitre que voilà, bourré de réponses, de révélations et qui sent drôlement la fin ! Je m'excuse encore platement pour vous avoir laissés sans chapitre lundi dernier mais je suis débordée de boulot et ça ne va pas aller en s'arrangeant ! Enfin, j'ai quand même réussi à vous pondre ce mastodonte, j'espère que vous allez vous régaler ! J'ai hâte d'avoir vos reviews, ce sont mes petits bonbons à moi ! (Et en plus, ceux là, ils font pas grossir…) Bonne lecture, mes bichons !

Merci à tous mes nouveaux followers (Noxentra, Tatianae, Chambre 313, KOROMON789, Tipsy-Love, hyppo123, Alice32100), à Piitchoun, S2aa, TatieBella, castfan, Audrey917000, sarahblue1, ellexa, Missindo, lectorrima, Criss-Pine, Flora, Erza Robin, Goutte-de-Mer, Hardcoredrugs, Eliane Gil, laloudu77, loulou, faerycyn, Lemm, miss damdam, Babar, steiil, AydenQuileute, Mione159, stnijoma, Dramionne, maelys, Areka Motionless, La Plume s'envole, Celia, Melusine Oriki, PetitMilou, Anthracite77, DramionePower04, Passion Fugace, WFdarkness, luli123, Earcil, Mione-Draco-689 pour leurs reviews et à tous ceux qui m'ont laissé un message sur Facebook. Mention spéciale à Paloma pour ses MP qui m'ont fait hurler de rire (j'adore, vraiment XD).

RAR :

Ellexa : En fait, il y a bien un sens ironique au prénom « Whisky » (rapport à l'alcoolisme de Draco) mais aussi parce que ce mot commence comme « whiskers » (moustaches en anglais), qui est un petit nom qui va bien à un rongeur, je trouve ^^ Merci pour ta review !

Anonyme du 21 juillet : Je suis contente que tu aies changé d'avis au fil de la lecture ! Que tu sois restée tous ces chapitres malgré une première impression mitigée me touche beaucoup ! Merci à toi et à bientôt !

Flora : Je suis contente que ce nouveau chapitre t'ait plu. Je ne vais pas te dévoiler pourquoi la chambre s'est rangée toute seule, tu le sauras bien assez tôt ! hihi Le pauvre Lulu a frôlé la crise cardiaque quand même. On en saura un peu plus sur Aria par la suite, ne t'en fais pas. Pour répondre à ta question, je ne suis plus étudiante depuis longtemps (diplômée de Master de Traduction en 2010) et je suis à présent Traductrice indépendante (anglais/allemand/espagnol/français). Et comme j'aime beaucoup le répéter, c'est grâce à Harry Potter que je fais ce métier : quand j'étais au collège/lycée, je n'avais jamais la patience d'attendre que la version française des Harry Potter sorte et je les achetais direct en anglais pour les traduire et les lire avant tout le monde ! ^^ Et rien que pour ça, je remercie JKR car grâce à elle j'ai découvert un métier que j'aime plus que tout ! :) Merci à toi pour ta review et à lundi prochain !

Loulou : Oui, ne t'en fais pas, Hermione va s'en sortir ! Merci pour ta review !

Lemm : Les sales ****, te laisser annuler des vacances pour au final rien du tout, c'est abusé ! Effectivement, profite bien de ton congé mater dans ce cas, ils ne méritent pas que tu te tues au travail ! Mes vacances c'était chouette, je suis toute bronzée ! ^^ je suis contente que le chapitre t'ait plu et merci pour ta review !

Célia : Merci beaucoup pour ta review, j'espère que la suite continuera de te plaire ! A bientôt !

Earcil : Merci pour ta review ! La fin de cette fiction est proche mais je continue de poster tous les lundis (sauf le 15 août, il n'y aura pas de chapitre) quand je n'ai pas trop de travail, mais en général j'arrive toujours à faire au moins un chapitre par semaine. Encore merci et à bientôt !

Chapitre 44 : Fireworks

« Pour la énième fois, M. Potter, il n'était absolument pas nécessaire de m'accompagner au Ministère. Je connais parfaitement le chemin, merci », gronda Lucius Malfoy en sortant de l'une des nombreuses cheminées qui reliaient le hall du Ministère de la Magie au reste du réseau de Cheminette. Harry, arrivé une seconde avant lui, posa les mains sur ses hanches et soupira pour la dix millionième fois de la matinée. « Sérieusement, vous avez peur que je fuie au Brésil ? Ou dans un coin paumé du Midwest ? », reprit Lucius en se mêlant au flot des fonctionnaires et des visiteurs.

Harry le suivit à petits pas rapides, jouant des coudes pour rester à la hauteur de l'ex-Mangemort malgré la foule qui tentait de l'engloutir.

« Bon, puisque vous ne semblez pas comprendre, M. Malfoy, je vais vous avouer quelque chose », répondit Harry en baissant la tête pour éviter in extremis un hibou transportant un énorme colis. « Je suis responsable de vous. C'était l'une des conditions à votre sortie. Une ultime humiliation, je suppose. »

« Responsable de-… C'est une blague ? », grinça Lucius en lui jetant un regard noir.

« J'ai l'air de plaisanter ? », fit le Survivant avec une expression on ne peut plus terne.

Lucius poussa un soupir. « Non. »

« Parfait. Tirez-en les conclusions qui s'imposent. Le service des assurances est par ici », indiqua Harry en désignant un ascenseur au fond du hall.

« Je sais très bien où se trouve le service d'as- oh et puis merde ! », s'énerva Lucius en se dirigeant vers l'ascenseur en question.

Harry lui emboîta le pas en levant les yeux au ciel. Après plusieurs longues minutes de trajet en ascenseur, puis de marche dans d'interminables couloirs carrelés où voletaient des dizaines de mémos ailés, ils arrivèrent enfin devant le bureau d'un jeune secrétaire à peine plus âgé qu'Harry, et qui remplissait des pages et des pages de parchemin à l'aide d'une plume et d'encre turquoise. Comme il ne semblait toujours pas avoir remarqué les deux visiteurs, Harry finit par se racler bruyamment la gorge et le jeune homme leva aussitôt le nez de sa paperasse.

« Oui ? », demanda-t-il avec un air hautain.

« Je voudrais voir mon conseiller en assurances, M. Augustus Pivett », répondit Lucius avec un sourire faux.

« Vous avez rendez-vous ? », demanda le secrétaire en haussant un sourcil dubitatif.

Le sourire de Lucius s'accentua. « Dites-lui que Lucius Malfoy demande à le voir. »

« Est-ce que Lucius Malfoy a rendez-vous ? », insista le secrétaire tandis qu'Harry se retenait de sourire.

L'expression de Lucius se teinta d'un profond agacement et il prit une longue inspiration. « Ce ne sera pas long. De plus, M. Pivett est un ami de longue date, je suis sûr que même sans rendez-vous-

« Je ne peux pas vous laisser entrer si vous n'avez pas de rendez-vous », déclara le secrétaire, inflexible. Puis, il reprit sa plume, son parchemin et recommença à noircir ses pages d'encre turquoise.

Lucius et Harry échangèrent un regard. L'ex-Mangemort posa les mains à plat sur le bureau du secrétaire, qui releva le nez et recula la tête, surpris d'avoir soudain celle de Lucius à quelques centimètres de la sienne.

« Parfait dans ce cas, je voudrais prendre un rendez-vous… », siffla-t-il avec une expression carnassière. Le petit secrétaire se mit à trembler comme une feuille.

« Eh bien… normalement, le rendez-vous suivant est automatiquement pris par hibou huit mois après la date du précédent rendez-vous. Grâce au formulaire joint, vous pouvez alors décider de prendre ou ne pas prendre un rendez-vous ultérieur… », bégaya le jeune homme en jetant des coups d'œil hésitants en direction d'Harry, comme pour l'implorer de lui venir en aide. Mais Harry se contentait de le fixer, les mains dans les poches, avec un calme olympien.

« Vous êtes en train de me dire, que pour avoir un rendez-vous, il faut déjà avoir eu un rendez-vous ? », gronda Lucius en plissant les yeux. Le secrétaire écarquilla les siens et hocha précipitamment la tête. « Vous réalisez que c'est complètement con ? »

« Mais-mais-mais on-on a toujours fait comme ça », marmonna le secrétaire en se tassant sur sa chaise.

Lucius saisit violemment le jeune homme par le col et l'attira vers lui pour lui dire sa façon de penser, lorsque la porte du bureau voisin s'ouvrit et quelqu'un passa la tête par l'embrasure.

« Aaah Lucius ! », fit un homme d'apparence joviale. « Il me semblait bien avoir reconnu ton timbre de voix si mélodieux ! Ne martyrise pas mon secrétaire, s'il te plaît. Il est syndiqué… »

Lucius lâcha aussitôt le col du jeune homme qui rajusta sa cravate avec un soupir de soulagement, et suivit Pivett dans le bureau voisin. Harry lui emboîta le pas, non sans lancer un joyeux « Bonne journée ! » à l'attention du secrétaire, qui répondit par un bredouillage incompréhensible.

« Alors comment vas-tu, mon vieux ? », fit Pivett en faisant signe à Lucius de s'asseoir en face de lui. Puis il remarqua qu'Harry les avait suivis. Ou plus précisément, il remarqua la cicatrice sur le front du Survivant et sa bouche s'agrandit pour former un « o » parfait. « Mais… ne serait-ce pas notre héros national ? Asseyez-vous, M. Potter. Seriez-vous passé du côté obscur ? », demanda Pivett en désignant Lucius du pouce. Ce dernier leva les yeux au ciel.

Harry esquissa un sourire poli. « Merlin m'en préserve », plaisanta le Survivant tandis que les orbites bleu-gris de Lucius roulaient une nouvelle fois en direction du plafond. Le conseiller en assurances sembla ravi de la réponse facétieuse de son visiteur et se tourna de nouveau vers Lucius.

« Alors, et ta petite famille ? », reprit Pivett en joignant ses mains sous son menton.

Lucius sembla réfléchir quelques secondes à une réponse qui ne le fasse pas grincer des dents. « Nombreuse », répondit-il sèchement, tandis que son conseiller fronçait les sourcils, ne comprenant pas vraiment le message.

« M. et Mme Malfoy ont gracieusement accepté de reloger quelques-uns de mes amis après la Bataille de Poudlard. Ils sont si généreux », railla Harry en souriant largement.

« Ah oui ? », s'étonna le conseiller en jetant un regard dubitatif en direction de son vieil ami. Lucius semblait mortifié.

« Augustus, très franchement, je ne suis pas venu te narrer les déboires de ma nouvelle vie, mais pour consulter mes dossiers », reprit Lucius en tapotant avec agacement un de ses accoudoirs.

« Pas de problème », fit Pivett en écartant les bras. « Pour être honnête, ta visite me surprend un peu. Je pensais que tu étais en prison… »

« J'y étais », affirma Lucius en hochant la tête. « Je suis sorti hier. »

« Ah, parfait, parfait… », reprit le conseiller en souriant. Il se pencha sur son bureau et attrapa ce qui ressemblait à un petit miroir de poche. Il se pencha dessus et beugla : « Anatole, le dossier Malfoy. Fissa ! » Il reposa le miroir et adressa un nouveau sourire éclatant à Lucius. « Dis donc, tu ne devineras jamais qui j'ai vu sur le Chemin de Traverse, y'a trois jours de ça… »

Lucius haussa un sourcil.

« La petite Birgit… tu sais Birgit ! Cette espèce de bombe de Durmstrang qui avait fait sa septième année à Poudlard », fit Pivett avec un rire libidineux. Comme Lucius ne réagissait pas, il reprit. « Mais si, tu sais ! Blonde, des seins énormes, un tout petit cul. Parlait pas un mot d'anglais. Narcissa te faisait une crise de jalousie dès qu'elle se trouvait à moins de cinq mètres. »

Harry tourna lentement la tête en direction de Lucius, un sourire narquois sur les lèvres. Malfoy évita consciencieusement son regard et tout son visage semblait s'être figé dans une expression vide. « Non, je ne vois toujours pas », mentit-il tandis que le rictus d'Harry s'agrandissait.

« Bref, peu importe », fit Pivett en balayant l'air d'un revers de main. « T'as fait le bon choix, vieux. Ses seins sont tombés et son cul a quadruplé de volume. » La porte du bureau s'ouvrit, coupant court à la conversation et le secrétaire apparut avec une pile de dossiers. « Ah, c'est pas trop tôt ! Pose ça là », ordonna Pivett en dégageant un coin sur son bureau.

Anatole tituba sous le poids des classeurs et vint les déposer sur le bureau avec un soupir de soulagement. Puis Augustus le chassa d'un geste de la main, tout en sifflant entre ses dents. Le petit secrétaire se hâta de disparaître.

« Alors, de quoi as-tu besoin ? », demanda Pivett en répartissant les différents dossiers sur son bureau.

« Avant toute chose, les meubles… », commença Lucius tandis qu'Harry fronçait les sourcils. Ce n'était pas pour ça qu'ils étaient venus.

« Ah oui, ta femme est passée il y a quelque temps », approuva Pivett en sortant une pochette rouge. « Elle est venue porter des clichés de meubles abîmés voire même détruits. Bien entendu, votre assurance tous risques ne couvrait pas seulement les dommages dus aux catastrophes naturelles, mais également le vandalisme, donc vous avez été remboursés intégralement après estimation. Soit… » Pivett fouilla dans la pile de parchemins et en consulta un. « 228 000 Gallions. Petit veinard… »

Harry jeta un regard dégoûté à l'ex-Mangemort, qui avait souri à la mention du pactole. Il se racla la gorge pour rappeler à Lucius qu'ils étaient venus dans un autre but que se remplir les poches mais il l'ignora.

« Le versement a été fait sur votre compte Gringotts… le 19 juin. Parfait, parfait… », lut le conseiller en refermant la pochette rouge. « Quoi d'autre ? »

« Des dégâts ont également été subis par la façade, notamment au niveau du porche et-

Cette fois, Harry toussa tellement fort que le conseiller et Lucius sursautèrent. Malfoy se rembrunit.

« Je suppose qu'on verra la façade plus tard… », marmonna-t-il en fusillant le Survivant du regard. « J'aimerais jeter un œil au dossier de mes objets d'art. »

« Mais absolument », claironna Pivett en jetant néanmoins un regard curieux en direction d'Harry. Puis il saisit une pochette bleue, qu'il ouvrit devant lui.

« La référence de l'objet qui m'intéresse est DX794S18 », récita Lucius.

Le conseiller tiqua et lui adressa un bref regard par-dessus le dossier. « Hmm, donne-moi une minute. » Pivett reprit sa recherche au fil des pages avant de s'arrêter sur l'une d'entre elles. D'un geste qui se voulait nonchalant, il s'enfonça dans son siège en relevant le dossier vers lui, empêchant tout regard indiscret de venir s'y poser. « Ah oui, DX794S18… Une hum baguette, c'est bien ça ? »

« C'est bien ça », répéta lentement Lucius, conscient que l'atmosphère avait soudainement changé.

« Oui, oui, oui… ébène, argent et poils de Porlock. Une très belle pièce… », marmonna Pivett en hochant la tête. « Elle t'a été volée ? »

« Oui… non, je ne sais pas vraiment. Elle a disparu », répondit Lucius sans ciller.

« Disparu ? », demanda le conseiller en lui jetant un regard par en-dessous. « Et donc tu voudrais faire marcher l'assurance ? Elle s'élève à plus de 10 000 Gallions pour cette seule pièce. »

Lucius laissa passer un silence, puis secoua la tête. « Non, je voudrais profiter de mon second avantage en tant que client Premium. La détection d'activité magique. »

En face de lui, Pivett déglutit bruyamment. « Oui… euh… c'est possible en effet… Enfin, il n'est pas dit que ça marche. Cela fait tellement de mois… si personne n'a jeté de sort avec cette baguette depuis, ce sera inutile… », balbutia-t-il entre ses dents.

« J'en suis parfaitement conscient », murmura Lucius en plissant les yeux. Pendant ce temps, les sourcils d'Harry se fronçaient soudain de colère.

« Personne n'a mentionné depuis combien de temps la baguette avait disparu », cracha le Survivant en toisant le conseiller avec colère.

« Hein ? », fit Pivett avec l'expression d'un gamin pris la main dans la bonbonnière. « Ah, je disais des mois, comme j'aurais pu dire des semaines ou des jours… »

« Et donc, le service de détection ? Il est instantané si je me souviens bien de ce qui est mentionné dans mon contrat… », reprit Lucius en faisant signe à Harry qu'il gérait la situation.

« Euh oui … il me suffit de tapoter la référence de l'objet avec ma baguette et de quelques incantations mais … »

« Alors pourquoi ne le fais-tu pas, Augustus ? », lâcha Malfoy en détachant chaque syllabe.

Pivett se figea, dévisageant tour à tour Harry et Lucius avec une expression qui frôlait à présent la terreur. Puis au bout de quelques secondes, il ne tint plus.

« Bordel, Lucius, tu te pointes dans mon bureau, fraîchement sorti de prison… Tu n'as aucune idée… », gémit le conseiller avec une grimace.

« Aucune idée de quoi ? », s'énerva son interlocuteur.

« Je suis désolé, tu devrais vraiment te contenter d'empocher l'argent de l'assurance et faire une croix sur cette baguette. C'est mon conseil en tant qu'ami, vraiment… », reprit Augustus dont les narines se dilataient à intervalles réguliers tant sa respiration devenait laborieuse.

« Pourquoi est-ce que tu refuses de détecter l'activité magique de cette baguette ? J'ai le droit de savoir ! », s'emporta Lucius en pointant son index en direction du dossier bleu.

« Parce que je RISQUE MA PLACE, PUTAIN ! », s'égosilla soudain le conseiller en passant une main sur son crâne dégarni.

Lucius et Harry échangèrent un regard interloqué. Cette fois, ils voyaient que Pivett paniquait littéralement. Ce qui n'était pas pour les rassurer.

« Explique-toi », ordonna Lucius sur un ton qui était sans appel.

Pivett se frotta le visage et poussa un long soupir exténué. Puis il resta un moment là, les mains sur les yeux, immobile. Lorsqu'il les releva enfin en direction des deux visiteurs, ses globes oculaires s'étaient teintés de rose.

« Même si j'utilisais la référence de cette baguette, ça ne mènerait à rien. Cette référence n'est plus valable. »

La nouvelle fit l'effet d'une douche froide à Lucius. « Comment ça, elle n'est plus valable ? »

« Les ordres viennent d'en haut », répondit Pivett en pinçant les lèvres.

Nouveau silence. Lucius commençait à perdre patience. « Augustus, dis-moi tout ce que tu sais et par Merlin, cesse de parler par énigmes, sinon je te jure que ça va mal se passer pour toi, ami ou pas. »

Les yeux d'Augustus passèrent une nouvelle fois de Lucius à Harry et il se frotta nerveusement la bouche. Puis, se penchant par-dessus son bureau, il se mit à parler très vite, d'une voix à peine audible, si bien qu'Harry et Lucius durent se pencher à leur tour pour ne pas en perdre une miette. « Un matin, des types haut placés sont venus dans le bureau. Quand j'ai embauché à huit heures, ils avaient déjà épluché la moitié de tes dossiers. J'ai eu beau demander ce qu'ils faisaient et de quel droit ils violaient la confidentialité de mes clients, on m'a mis sous le nez une commission rogatoire signée par le juge Ogden et on m'a prié de quitter mon bureau une ou deux heures de plus. »

Les doigts de Lucius se crispèrent sur ses accoudoirs.

« Tout ce que je sais, c'est qu'ils ont voulu supprimer la référence de ta baguette. Seulement, ils ont eu un problème. Les parchemins sont enchantés pour que chaque objet faisant l'objet d'une police d'assurance soit obligatoirement porteur d'une référence valide. Donc pour ne pas créer une erreur administrative, ils ont été forcés de seulement la remplacer par une nouvelle », continua Pivett en tapotant de son index son sous-main en cuir de dragon.

« Pourquoi n'utilises-tu pas celle-ci, dans ce cas ? », demanda Lucius.

Augustus fit claquer sa langue contre son palais et secoua la tête. « La nouvelle référence ne figure pas là-dedans. Elle est archivée dans les dossiers internes. »

« Et ? »

« Et il faut signer un formulaire pour pouvoir consulter les dossiers internes. Sans ça, l'armoire ne s'ouvre pas », déclara Pivett en écartant les mains en signe d'impuissance. Devant le regard insistant de Lucius, Augustus comprit où son ami voulait en venir et secoua la tête. « Oh non, non, non, non, Lucius, ne me demande pas de faire ça. Il faut une raison valable pour consulter ces dossiers, ma signature se retrouvera sur le formulaire et le type qui contrôle les formulaires en fin de journée signalera aussitôt à ma hiérarchie que j'ai consulté ce dossier en particulier… Je pourrais perdre mon job ! »

« Sans vouloir vous vexer, il y a en jeu bien plus que votre 'job' », cracha Harry en le fusillant du regard.

« Je suis sûr qu'obtenir cette référence est certainement très important pour vous, mais j'ai une famille à nourrir, par Merlin. Lucius, tu sais que Rosaline me tuerait si je perdais ma place au Ministère, tu la connais … »

Harry se redressa sur son siège et pointa Lucius du doigt. « La vie de ma meilleure amie et accessoirement petite amie de son fils peut dépendre de cette baguette », gronda Harry tandis que Lucius roulait des yeux.

« Toujours si théâtral, Potter », marmonna Lucius avant de capter le regard interrogateur de Pivett. Le fils d'un Mangemort en couple avec la meilleure amie de la plus grosse épine que Voldemort ait jamais eu dans le pied, voilà qui était intéressant. « Alors oui, non, hum si… », maugréa Lucius en réponse à la question silencieuse de son conseiller. « C'est vrai. Même si je suis quasiment sûr que ça ne durera pas et que Draco reprendra bientôt ses esprits et reviendra dans le droit chem-

« Malfoy », aboya Harry en le fusillant du regard. Lucius se tut aussitôt.

Augustus les regarda l'un après l'autre, puis secoua de nouveau la tête. « Oh merde… merde… merde… je sais que je vais le regretter… » Il repoussa son fauteuil en arrière et se dirigea vers une grande armoire au fond de son bureau. Il posa la main sur la porte et un formulaire collé au panneau apparut aussitôt, accompagné d'une petite plume à encre inépuisable. Pivett la saisit et hésita encore un instant avant de la poser sur le parchemin. « Merde… », répéta-t-il en inscrivant son nom et son prénom. L'armoire s'ouvrit et une rangée de dossiers apparut sous ses yeux.

« Personne ne saura que tu as consulté ce dossier, tu n'auras qu'à dire que tu cherchais autre chose… », fit Lucius en haussant les épaules.

Augustus soupira. « Ça ne fonctionne pas comme ça. Je dois dire à haute voix ce que je cherche pour pouvoir consulter tout ce qui se trouve dans cette armoire. Et cela s'inscrit alors automatiquement sur le formulaire. »

Lucius pinça les lèvres tandis que Pivett soupirait de nouveau.

« Dossier Malfoy, changement de référence d'une baguette de collection, contrat en cours », annonça le conseiller à haute et intelligible voix. Comme il l'avait prédit, la plume se mit d'elle-même à gratter le papier avec rapidité, tandis que les dossiers s'animaient tous seuls et que l'un d'entre eux se présentait devant Augustus. Celui-ci le saisit d'une main hésitante et revint avec en direction du bureau, tout en jetant des regards inquiets vers la porte. Comme s'il craignait de voir débarquer une armée d'Aurors le menaçant de leurs baguettes.

« La voilà. Référence GJ389L23. » Augustus jeta un dernier regard suppliant en direction de Lucius. « Tu es sûr que tu ne veux pas l'argent à la place ? Je pourrais même t'accorder un bonus de quelques milliers de Gallions supplémentaires. »

Lucius se surprit à hésiter quelques secondes mais secoua la tête en voyant le regard noir que lui décochait Harry.

« Très bien », soupira Pivett en prenant sa propre baguette pour la pointer sur la nouvelle référence. « Quaestio magicem », murmura-t-il tandis qu'une série de lettres apparaissaient pour former des mots à l'encre rouge sur le parchemin. Il se pencha pour lire. « Dernière activité magique au cours de la première semaine d'avril de cette année. J'ai pas plus précis. »

Le visage d'Harry se décomposa. Autrement dit, la baguette d'Hermione n'avait plus été utilisée depuis la Bataille de Poudlard. Certes, cela n'était pas une preuve irréfutable de sa mort, mais pour lui, c'était une raison de plus de ne pas espérer. A ses côtés, Lucius semblait également déçu du résultat obtenu.

« J'imagine que ce n'était pas ce que vous espériez », murmura Pivett en voyant leurs mines déconfites. Il se tut un instant, réfléchit et haussa les épaules. « Quitte à me faire virer, autant y aller carrément. Je peux aussi localiser précisément le lieu où la baguette a été utilisée pour la dernière fois. »

« Ce sera certainement à Poudlard », marmonna Harry en baissant les yeux, la gorge serrée.

« Ça ne coûte rien d'essayer », insista le conseiller avec une grimace. « Et puis, je vous l'ai dit…. Foutu pour foutu… »

Il pointa de nouveau sa baguette sur la référence et murmura un autre sortilège, beaucoup plus compliqué. De nouveau, une encre rouge apparut sur le parchemin et il se pencha en avant pour lire.

« Poudlard, vous dites ? », demanda-t-il avec un rictus. « Ce n'est pas vraiment ce que j'ai là… »

Harry et Lucius relevèrent vivement la tête, soudain très intéressés. « Comment ça ? », fit le Survivant tout en se répétant que les faux espoirs ne servaient qu'à se faire encore plus de mal.

« Cette baguette a été utilisée pour la dernière fois en France. Dans la ville de Bordeaux, plus précisément », déclara Pivett tandis que Lucius et Harry échangeaient un regard chargé d'incompréhension.

« Vous êtes sûr ? », s'enquit Harry en fronçant les sourcils.

« Certain. Ce sortilège est fiable à 99 % », répondit crânement Augustus. « Regardez, il y a même une adresse. »

D'un geste vif, Harry sortit de nulle part un calepin et un stylo Bic et, sous les yeux ébahis de Lucius, nota avec acharnement l'adresse que lui désignait le conseiller. C'était celle d'un parc en plein milieu de la ville. Sitôt fait, Harry fit signe à Lucius de prendre congé et c'est ce qu'ils firent.

« Merci pour ton aide, Augustus », le remercia Lucius en lui serrant la main. « Crois-moi je ne l'oublierai pas. »

« Bah, c'est rien », ironisa Pivett en lui tapant sur l'épaule. « Si demain je suis viré, je viendrai frapper à ta porte. Tu dois bien avoir un poste de maître d'hôtel à me confier. Ou de cuisinier. Je sais admirablement préparer… les pâtes et la purée en flocons. »

Lucius sourit. « Je m'en souviendrai. Le bonjour à Rosaline. »

Pivett le gratifia d'un sourire nerveux et referma la porte de son bureau derrière eux. Malfoy et Harry quittèrent les lieux sans se douter une seconde qu'ils venaient de déclencher quelque chose. Quelque chose qui les dépassait.

Le lendemain matin, Augustus Sénélas Pivett ne perdait pas seulement son job. On lui offrait un aller simple pour la prison d'Azkaban.

~o~

Après sa petite escapade risquée dans la chambre de Nott, laquelle avait entraîné la découverte du grimoire, Hermione avait attendu tout le weekend qu'il reparte travailler. Impatiente, elle s'était même réveillée aux aurores le lundi matin, tant elle était survoltée à l'idée de pouvoir étudier plus attentivement le livre, pour peut-être y trouver une solution. Mais à huit heures du matin, Théo était toujours là. Pire, il ne portait pas l'un de ses costumes sobres qu'il enfilait pour aller au bureau et avait opté pour un jean et un tee-shirt, lui redonnant le look de l'adolescent qu'il était réellement. Hermione brûlait d'envie de lui demander ce qu'il fichait encore là mais ne voulait pas paraître trop pressée de le voir partir. Cela pourrait éveiller ses soupçons. Mais à neuf heures, alors qu'il s'apprêtait à se laisser tomber dans un fauteuil avec un magazine, elle craqua.

« Tu ne vas pas travailler, aujourd'hui ? », demanda-t-elle sur le ton le plus normal et le plus basique possible.

Théodore lui jeta un regard curieux et l'analysa pendant quelques secondes, comme s'il essayait de savoir pourquoi elle lui posait cette question. « Non, pas aujourd'hui. On est le 14 juillet. »

« Et… c'est quoi le 14 juillet ? », reprit Hermione en faisant semblant d'avoir l'air intéressée.

« La fête nationale du coin… », répondit Théo en haussant les épaules. « L'équivalent de notre 23 avril à nous, les Anglais… »

Hermione hocha la tête et fit de son mieux pour ne pas avoir l'air trop déçue. Un jour férié. C'était bien sa veine.

« Si tu veux, on ira voir le feu d'artifice ce soir. Il paraît qu'il est tiré depuis le fleuve. Ça doit être très joli », reprit Théodore en guettant sa réaction, laquelle ne se fit pas attendre. Hermione releva aussitôt le nez, comme un chien dont on vient de sortir la laisse du placard et qui sait que l'heure de la promenade est imminente.

« Tu veux dire… sortir ? », demanda Hermione, le cœur battant. Théodore hocha la tête avec un petit sourire.

« Bien entendu, je devrai t'ensorceler pour que tu n'essaies pas de fuir ou d'appeler à l'aide… », reprit-il tandis que le visage d'Hermione se teintait de colère.

« Pas question ! », aboya-t-elle. « Tu as promis que tu n'entrerais plus dans ma tête ! Tu n'es qu'un sale menteur ! »

« Doucement, je n'ai pas dit que j'aurai besoin d'entrer dans ton esprit comme avant pour ça… », se défendit Théodore. « Je n'aurai qu'à t'en donner l'ordre. Comme par exemple : viens ici ! » Aussitôt, Hermione sentit ses jambes remuer toutes seules et la conduire jusqu'à Théo, dont le sourire s'était élargi. « Tu vois ? Comme ça. Pas la peine de monter sur tes grands hypogriffes. »

Hermione pinça les lèvres. La proposition était trop tentante. Sortir d'ici, respirer de l'air frais ailleurs qu'à la fenêtre, pouvoir vraiment marcher, sentir le vent sur son visage, voir d'autres gens (même si elle ne pourrait pas leur parler).

« Hmm, je vais peut-être trop vite. Tu n'es visiblement pas encore prête à quitter cet appartement… », reprit Théo en replongeant le nez dans son magazine.

« Non, je suis prête ! », s'écria précipitamment Hermione. « Je veux y aller. J'accepte tes conditions. »

Théo sourit largement et la dévisagea par-dessus les pages de sa revue. « Vivement ce soir, alors. »

Hermione lui retourna un sourire de guingois avant d'aller s'enfermer dans sa chambre. Le cœur battant la chamade. Elle allait sortir ! Après toutes ces semaines, non, ces mois d'enfermement, elle allait enfin pouvoir laisser sa prison derrière elle pour quelques minutes. Peut-être même une heure ou deux ! Un large sourire étira ses lèvres.

Mieux je me porte, plus je peux lutter contre lui. Son sourire s'agrandit encore. Je me demande s'il le sait…

Hermione se laissa tomber à plat dos sur son lit. En tous cas, ce n'est certainement pas moi qui vais le mettre au courant. La Gryffondor saisit alors son oreiller et y enfouit son visage, étouffant ainsi une série d'éclats de rire sardonique et de petits cris triomphants.

~o~

Lorsque son père avait quitté le Manoir avec Potter tôt dans la matinée pour se rendre au Ministère, Draco avait ravalé sa rancœur. La veille, il avait déclaré vouloir les accompagner mais son père avait fermement refusé, arguant qu'il devrait déjà supporter « l'autre cas social » pour ne pas en plus s'encombrer d'un « dresseur de sacs à puces ». Sur l'épaule de Draco, Whisky avait répondu à l'offense par un sifflement furieux, avant de fuir se réfugier autour du cou de son maître lorsque Lucius avait sorti sa baguette d'un air menaçant.

Draco détestait se sentir inutile. Et malheureusement, depuis la perte de ses souvenirs d'après bataille, c'était un sentiment qu'il avait éprouvé de nombreuses fois. Etalé sur son lit, son regard vagabonda au plafond, suivant les craquelures de la peinture, une fine toile d'araignée dans un coin, les moulures autour du lustre. Puis il soupira. Se redressant, ses yeux vinrent aussitôt observer la cage de Plum, le Jobarbille, qu'il avait fait installer dans sa chambre, et se mirent à briller en localisant la petite plume bleutée esseulée au fond de la cage. Avec celle qui était tombée durant le weekend, il ne lui en fallait plus qu'une pour la potion.

Celle-ci trônait d'ailleurs dans un flacon sur sa commode. Rogue la lui avait apportée la veille au soir en lui indiquant de glisser chaque plume l'une après l'autre, puis de mélanger énergiquement. Laisser ensuite reposer dix minutes et boire d'un trait.

« Plus qu'une plume ! », marmonna Draco en récupérant le précieux ingrédient par la petite porte en fer blanc. « Une seule toute petite plume. Tu n'aurais pas pu faire un effort en faisant ta toilette ce matin ? Je suis quasiment sûr qu'il doit bien y en avoir une autre qui te démange ou je ne sais pas quoi… »

L'oiseau tourna sa minuscule tête vers lui et l'inclina sur le côté. Draco soupira.

« Allez quoi… une autre ? J'ai été patient avec toi, tu pourrais me remercier. »

L'oiseau s'ébroua et sautilla sur son petit perchoir. Le blond tenta alors le tout pour le tout. Se penchant pour placer sa tête à la hauteur du volatile, il lui fit son plus beau regard de chien battu. Sans effet.

« Ah, tu le prends comme ça ?! » Draco se redressa et montra les dents, les mains levées en formes de griffes près du visage. « GGRRRRRRRAAAAAAA ! », hurla-t-il en approchant vivement de la cage, qui trembla sur son socle.

Plum sautilla en arrière, faillit perdre l'équilibre et battit des ailes précipitamment pour se reposer sur ses petites pattes. Avant de jeter à son propriétaire un regard offensé. Et sans perdre une seule plume.

« Ok, je double ta ration de fourmis séchées ! J'ai même des fruits, si tu veux ! », lança le jeune homme en tapotant sur la mangeoire déjà bien remplie. Mais rien. C'est alors qu'il réalisa.

Malfoy se redressa lentement et se pinça l'arête du nez en soufflant. « Je négocie avec un oiseau… »

Il rouvrit les yeux et considéra un moment Plum qui reprenait sa petite vie tranquille et buvait allègrement dans sa coupelle d'eau. Et la lumière fut.

« Je sais ! »

Le Serpentard tourna les talons et quitta sa chambre à grands pas.

Lorsque Narcissa leva le nez de ses mots croisés du matin pour boire une gorgée de thé, elle sursauta en voyant son fils passer la tête par la porte de la salle à manger.

« Oh ! Draco ! Tu m'as fait peur ! Veux-tu bien t'asseoir et prendre ton petit-déjeuner avec le reste d'entre nous ? », le gronda-t-elle tandis qu'il levait les yeux au ciel.

« Non mais, le forcez pas s'il veut pas… », marmonna Ron avec un rictus narquois.

« J'ai pas faim », répondit précipitamment Draco en ignorant la remarque du roux. « J'ai besoin de ta trousse à maquillage. »

« Pardon ? », s'étonna Narcissa, les yeux ronds. « Euh, dans le second tiroir à gauche dans la salle de bains, mais pourquoi-

Draco avait détalé avant la fin de sa question.

Autour de la table, un silence de mort s'abattit et Blaise décida de poser la question qui leur brûlait tous les lèvres. « A votre avis, qu'est-ce qu'il peut bien vouloir faire avec du maquillage ? », marmonna-t-il, les sourcils froncés.

Narcissa, les yeux aussi ronds que des soucoupes, déglutit, reposa posément sa tasse de thé et tenta de se replonger sans ciller dans sa grille de mots croisés. « Oh… le père de Lucius adorait porter des escarpins à talons hauts, alors pourquoi pas… »

Blaise et Ron échangèrent un regard horrifié.

Lorsque Draco refit irruption dans sa chambre, le poing serré autour de la trousse à maquillage de sa mère et un sourire triomphant sur le visage, le vaillant Jobarbille sut que ce n'était plus qu'une question de temps…

L'éclat étincelant du métal luisant doucement dans sa main, Draco Malfoy s'approcha à pas lents de la cage et l'oiseau écarquilla ses petits yeux noirs. Il était armé… d'une pince à épiler.

« Ah ah ! On fait moins le malin, maintenant ! », siffla le blond en ouvrant lentement la porte de la cage.

Horrifié, Plum recula tout au fond de la cage, sans quitter l'instrument de torture des yeux. Son petit bec s'ouvrit et se referma plusieurs fois. Puis soudain, il tourna la tête, saisit une petite plume sur son dos dans son bec et l'arracha d'un coup sec… avant de la laisser retomber délicatement à l'avant de la cage, puis de reculer prudemment.

Le blond esquissa un sourire satisfait. « La torture : tout est dans l'art de sortir ses outils… », s'esclaffa-t-il en ramassant la dernière offrande. Le petit oiseau gonfla ses plumes restantes pour manifester son mécontentement et lui tourna le dos. Draco tendit le bras et saisit sur sa commode un petit sachet de fruits secs, qu'il ouvrit et dont il déposa le contenu dans la mangeoire pour se faire pardonner. Plum fondit dessus avec délice. Son maître l'observa quelques secondes avec un sourire en coin puis regarda la plume dans sa main. Le sourire quitta aussitôt ses lèvres. Il y était. Dans quelques secondes ou minutes, il saurait enfin ce qui avait disparu de sa mémoire ce jour-là.

Etrangement, Draco ne se rua pas sur la fiole de potion comme il s'était de nombreuses fois imaginé le faire. Maintenant qu'il était sur le point de retrouver ses souvenirs, il s'aperçut qu'il les redoutait autant qu'il les désirait. Et si c'était Potter qui avait raison ? Et si Hermione était vraiment morte et que la disparition de ses souvenirs n'était pas due à un sortilège quelconque lancé par Théo mais tout simplement à son cerveau, qui occultait volontairement une scène atroce et douloureuse ? Voulait-il vraiment s'en souvenir ? Draco pinça les lèvres. Il n'était plus vraiment sûr.

Secouant la tête, il se maudit intérieurement d'avoir de telles pensées. En effet, tant qu'il ne savait pas, il y avait encore de l'espoir. Encore une fois, il avait tout simplement la trouille. Reposer la fiole, ne pas prendre la potion, c'était la solution de facilité. Il avait toujours choisi la facilité. Toujours, jusqu'à cet hiver, lorsque Granger était entrée dans son Manoir et avait chamboulé son petit univers de lâche, alcoolique et à la fâcheuse tendance à faire l'autruche. Il avait décidé de changer. Ou plutôt, elle l'avait forcé à changer et il avait aimé ça, même si au début il avait refusé de se l'admettre. Il lui devait bien ça.

D'un geste vif, Draco déboucha la fiole, introduisit la plume qu'il tenait à la main, puis celle trouvée au fond de la cage un peu plus tôt, posée près de la fiole. Ensuite, il prit la petite boîte dans sa poche et en sortit une par une les autres plumes récoltées au fil des jours. Il les ajouta progressivement à la mixture, laquelle prit une couleur bleutée. Il referma le bouchon et prit la fiole dans sa main pour l'agiter vigoureusement. Il la reposa ensuite sur la commode et plaça son réveil juste à côté. Dix minutes. Top chrono.

Les yeux rivés sur la trotteuse qui gambadait d'un chiffre à l'autre, sans se presser, Draco réalisa à quel point le temps était une notion subjective. Dans cette même chambre, il avait observé Hermione en train de dormir ou l'avait serrée contre lui lorsqu'elle pleurait et dans ces moments-là, le temps semblait filer à la vitesse d'un Eclair de feu. Quand il était en cours de Soins aux Créatures magiques, avec ce bon à rien de garde-chasse, en revanche, il avançait à la vitesse d'un escargot. Mais là, là… ça dépassait l'entendement. S'il n'avait pas été aussi attentif à chaque mouvement de l'aiguille, Draco aurait pu jurer qu'elle reculait exprès pour l'emmerder.

Une seconde avant l'échéance, Draco referma le poing sur le flacon et au moment où la trotteuse finissait sa course, il avala l'intégralité de son contenu cul-sec. Avant de grimacer. La potion avait un goût de salsifis pas frais.

Calmement, il reboucha le flacon et attendit. Qu'était-il censé se passer ? Allait-il avoir un grand flash et verrait-il la scène se rejouer devant ses yeux ? Allait-il tomber dans un profond sommeil pour rêver de ce jour-là ? Une minute s'écoula et Draco enfonça les mains dans ses poches. Il perdait patience. Il s'était attendu à un résultat fulgurant mais il semblait que ce ne soit pas le cas. Et bien entendu, Rogue avait oublié de mentionner comment ce truc était censé agir…

Avec un grognement rageur, Draco donna un coup de pied dans une serviette de bain abandonnée sur le tapis et se détourna pour redescendre au rez-de-chaussée. Un bon café aurait au moins le mérite d'achever de le réveiller. Lorsqu'il fit irruption dans la salle à manger, il remarqua les regards curieux de sa mère, des deux Weasleys et de Blaise posés sur lui et se demanda avec horreur si la potion lui avait donné des boutons.

« Quoi ? », demanda-t-il en s'asseyant pour se servir une tasse de café.

« Non rien… », fit Narcissa secouant la tête.

« Disons qu'on s'attendait à mieux… genre, un peu de crayon… de fard à paupière. Du rouge à lèvres, pourquoi pas ? », railla Ron tandis que Blaise opinait du chef.

« De quoi est-ce que tu parles, Weasmoche ? », maugréa Draco. Obnubilé par son idée de pince à épiler, il n'avait pas pensé que les autres puissent imaginer une autre utilité à la trousse à maquillage empruntée.

« Attends, mais si, il a mis un peu de blush sur les joues, regarde ! », renchérit Ginny, assise à sa droite, en tendant l'index en direction de la joue du blond.

Je n'arrive pas à croire que c'est fini… Une voix. Ethérée, lointaine.

« Hein ? », fit le blond en tournant la tête. Qui avait dit ça ?

« Tu as bien fait, ça te donne un peu de couleurs, c'est ravissant », ajouta Blaise, pour ne pas être en reste.

Désolé, vieux, mais tu ne viens pas avec nous… Une autre voix. Masculine, cette fois. C'était lui.

Soudain, les autres convives virent Draco se figer. Assis bien droit sur sa chaise, ses paupières s'affaissèrent légèrement comme s'il était en train de s'endormir et son visage se relâcha. Sa tête pencha légèrement en avant et il sembla soudain à des milliers de kilomètres de là.

« Draco ? », souffla doucement Ginny en fronçant les sourcils. Autour d'eux, Blaise et Ron s'arrêtèrent de rire et Narcissa jeta un regard inquiet en direction de son fils.

Il restait immobile, inexpressif. Ginny approcha son visage du sien, afin de mieux l'observer et de guetter une réaction. Elle poussa un hurlement de surprise lorsque le corps de Malfoy se tendit brusquement comme un arc et qu'une expression de pure douleur anima ses traits. Ginny eut un violent mouvement de recul, et Draco bascula sur le côté, s'effondra sur le sol et hurla.

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« Je n'arrive pas à croire que c'est fini… », balbutia Hermione, lovée entre ses bras.

Draco lui sourit et hocha la tête. « Fini et bien fini. On ferait mieux d'y aller maintenant. »

Hermione acquiesça à son tour et lui rendit son sourire. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas vue sourire ainsi…

« Je suis tout à fait d'accord avec toi sur ce point, Draco », fit la voix moqueuse de Nott en s'avançant vers lui. « On ferait mieux d'y aller. Mais il y a seulement un petit détail, oh trois fois rien… »

Draco fronça les sourcils et eut un mauvais pressentiment. Il fit mine de brandir sa baguette. Mais trop tard. La paume de Nott était déjà plaquée sur son front.

« Désolé, vieux, mais tu ne viens pas avec nous… »

La main glacée de Théodore avait paralysé tous ses membres et Draco, impuissant se sentit tomber comme un pantin désarticulé sur l'herbe humide de rosée. Puis il avait entendu sa voix. La voix terrorisée d'Hermione. Du coin de l'œil, il vit qu'elle brandissait sa baguette sur Théodore, lequel lui souriait de toutes ses dents.

« Qu'est-ce que tu as fait ? », hurla-t-elle, tremblante. « Ramène-le immédiatement ! Ramène-le et ensuite je me ferai un plaisir de t'arracher les entrailles à mains nues ! »

« Dans ce cas, je n'ai pas vraiment intérêt à le ramener, n'est-ce pas ? », gloussa l'adolescent en haussant les épaules. Hermione ouvrit la bouche pour le menacer de nouveau mais une autre voix féminine s'éleva sur leur droite.

« Qu'est-ce que vous faites ? »

Hermione et Théodore tournèrent la tête en parfaite synchronisation et dévisagèrent la nouvelle venue. Sur le sol, les muscles toujours en mode Veille, Draco parvint tout de même à apercevoir son visage. Ses cheveux bruns étaient sagement tressés de chaque côté de son visage et son uniforme de Pouffsouffle s'était déchiré sur le côté de son ventre. Sûrement pendant la Bataille. Draco (pas celui étendu sur le sol, mais celui qui revivait et ressentait le souvenir) l'identifia aussitôt. Laura Madley.

Hermione dévisagea la jeune fille avec stupeur et ouvrit la bouche pour lui hurler de fuir, mais il était déjà trop tard. Théodore avait levé la main et avec un craquement sinistre, la nuque de Laura Madley se brisa et elle rejoignit Draco Malfoy sur le gazon. Draco gémit et à cet instant, il n'aurait su dire si c'était le vrai lui qui gémissait ou le « lui » de son souvenir. Il n'eut cependant pas le loisir de s'appesantir sur la question. Hermione avait poussé un hurlement déchirant.

« Oh mon Dieu, mais qu'est-ce que tu as fait ?! », s'égosilla-t-elle en se précipitant auprès du corps inerte de Laura Madley. « Tu viens de tuer une gamine sans défense ! »

« Correction : une gamine idiote et sans défense. Enfin, au moins, elle aura une utilité maintenant qu'elle est morte… », rétorqua posément Nott en levant à nouveau la main.

Sous ses yeux écarquillés, Hermione vit lentement le corps de Laura Madley changer, se transformer, s'allonger… et quelques secondes plus tard, ce n'était plus la jeune Pouffsouffle qu'elle avait devant elle mais une copie conforme d'elle-même. Tout y était. La chevelure en pétard, les vêtements et le visage tâchés du sang de Voldemort, les yeux noisette grands ouverts et fixés vers le ciel… Hermione se mit à trembler de manière incontrôlable et commença à reculer à quatre pattes. Titubant, elle se releva et commença à courir de toutes ses forces.

« Un pas de plus et c'est Draco que je tue », lui cria Théodore, ce qui eut pour effet de l'immobiliser aussitôt. Elle tourna un regard suppliant dans sa direction et secoua la tête.

« Non… pas ça, je t'en prie… », implora-t-elle, tremblante.

Soudain, un éclair de lumière rouge frôla son visage et Hermione eut un mouvement de recul. Elle tourna la tête et vit Rodolphus Lestrange tenter de fuir son propre beau-frère qui l'inondait littéralement de Doloris, mais qu'il parvenait tout de même à parer.

« Je tuerai aussi ton blondinet si tu essaies d'attirer l'attention de Lucius… », gronda Théo en la surveillant.

Au loin, Lucius aperçut Hermione et Théodore, debout à quelques mètres l'un de l'autre mais n'eut pas le temps de voir son fils étendu dans l'herbe. Rodolphus profita de cet instant d'inattention et lui envoya un sortilège explosif qui le projeta à une dizaine de mètres de là, et le laissa KO. Lestrange ne demanda pas son reste et prit ses jambes à son cou. Passant près d'Hermione et Théo, il leva sa baguette dans leur direction mais rien ne se passa. Les trois étaient figés, s'observant mutuellement. Hermione la bouche ouverte et les yeux pleins de larmes, Rodolphus paniqué et cherchant une porte de sortie à tout ce merdier et Théodore, inflexible, qui le toisait avec mépris. Comme aucun ne bougeait, Rodolphus tourna les talons et transplana aussitôt. Le calme retomba dans la prairie et l'on n'entendait plus que les cris et les sortilèges qui faisaient rage dans le Château, quelques centaines de mètres en contrebas.

D'un pas lent et mesuré, Théodore referma les quelques mètres qui le séparaient d'Hermione et celle-ci jeta un regard inquiet en direction du corps inerte de Draco.

« Il va bien », assura Nott. « Je vais l'envoyer un peu plus loin, si tu veux, pour être sûr que quelqu'un le trouve et lui procure tous les soins nécessaires… » Joignant le geste à la parole, Théodore fit léviter Draco une centaine de mètres plus loin, bien en évidence sur le chemin qui menait au château.

« Qu'est-ce que tu veux, Nott… je ne comprends pas, j'en ai assez… je veux que tout ça s'arrête… ce cauchemar, c'est … c'est trop, pour moi… je ne peux plus le supporter… », gémit Hermione, les larmes coulant librement sur ses joues.

« Je sais, oui… », souffla Théodore en saisissant le menton de la jeune fille entre ses doigts. Et avant que la Gryffondor n'ait pu répliquer ou faire quoi que ce soit, il avait saisi son avant-bras et transplané avec elle.

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« Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? »

« Apparemment, il a pris la potion tout seul dans sa chambre… On n'en savait rien et il est descendu prendre son petit-déjeuner comme si de rien n'était… »

« Il est comme ça depuis tout à l'heure… »

« Lucius, dis-moi qu'il va bien, je t'en supplie, dis-moi que mon bébé va bien… »

« Severus n'a pas foiré une potion depuis les années 70, j'aurais plutôt tendance à être confiant. Mais si ce n'est pas le cas, je lui ferai bouffer son chaudron… »

« Je serai ravi de vous aider, M. Malfoy ! »

« Ron, c'est pas le moment de plaisanter ! »

Quelque part dans les tréfonds de son cerveau en phase de réveil, Draco Malfoy identifiait les différents timbres de voix. Potter, Blaise, Weasley, Mère, Père, encore Weasley et mini-Weasley. Ils parlaient de lui, à n'en pas douter. Et d'ailleurs lui, comment se sentait-il ? Il avait la nausée, ça c'était certain. Sauf que les relents de salsifis fermenté sont beaucoup moins glamour que ceux du Champagne ou du Whisky Pur Feu. Il avait mal à la tête aussi, mais il avait connu pire. Et il avait mal à l'index gauche. Pourquoi ?

« C'est quoi ce bandage affreux sur son doigt ? », fit la voix de Lucius.

« Ron l'a littéralement piétiné quand on s'est précipité pour le relever. Ça saignait, alors… », expliqua Ginny d'une toute petite voix.

« J'ai pas fait exprès ! », marmonna Ron, penaud.

Ainsi donc, c'était ce gros naze de Weasley. Le mystère était résolu. Draco Malfoy vit l'obscurité s'éclaircir derrière ses paupières closes. Il émergeait. Bientôt, les paupières en question papillonnèrent et sa mère poussa un petit cri strident. La seconde suivante, deux bras fins entouraient sa tête et son front était couvert de baisers.

« Laisse-le respirer, Cissy. Il n'a plus quatre ans. »

Si, j'ai quatre ans ! Laisse-la faire, père indigne. J'aime bien les bisous de ma maman…, protesta une partie du cerveau de Draco.

« Hmmm », fut tout ce que l'autre partie du cerveau de Draco réussit à produire en actionnant les cordes vocales du jeune homme.

« Il parle ! », s'écria inutilement Ron. « Alors, Malfoy ? Qu'est-ce que t'as vu ? »

Ginny lui donna une bourrade. « Ce que tu peux être lourd ! », gronda-t-elle. « Laisse-lui cinq minutes ! »

Ron marmonna quelque chose d'incompréhensible tandis que Draco finissait d'ouvrir les yeux. Six visages inquisiteurs étaient penchés sur sa petite personne. Depuis quand était-il devenu aussi populaire ?

« Alors Potter », fit-il d'une voix faible. « Ça fait quoi de plus être la star que le monde entier s'arrache ? »

Il vit Potter esquisser un sourire et secouer la tête. « On échange nos places quand tu veux, Malfoy », rétorqua Harry tandis que Ginny éclatait d'un rire soulagé.

« Et me retrouver défiguré par cette gigantesque balafre ? Très peu pour moi… », ironisa-t-il en se redressant doucement sur son oreiller. Narcissa s'empressa de l'aider à s'asseoir.

« Tu aurais pu nous prévenir que tu avais avalé cette satanée potion ! », le gronda-t-elle gentiment. « Tu n'imagines pas la peur que tu nous as faite ! »

« Bizarrement, je m'en suis douté de suite… Pendant qu'ils étaient tous là, à essayer de te relever, je suis monté directement dans ta chambre et j'ai trouvé ça… », fit Blaise en faisant tourner le flacon de potion vide entre ses doigts. « Et pour une raison que je ne m'explique pas, Plum avait l'air à moitié traumatisé… »

Draco sourit puis ses visions lui revinrent à l'esprit. Son visage redevint sérieux et autour de lui, tout le monde comprit que le moment était venu de révéler ce qu'il savait.

« Hermione est vivante. C'est Théo qui la retient quelque part… » Il tendit le bras au-dessus de lui et arracha du mur l'avis de recherche de Laura Madley, punaisé à la tapisserie. « C'est cette fille qui est enterrée à la place d'Hermione. Son apparence n'était qu'une illusion. Sacrément bonne, d'ailleurs… » Il posa l'avis de recherche sur les couvertures et se rembrunit. « L'ennui, c'est qu'on a absolument aucune idée de là où il a pu l'emmener », ajouta-t-il avec rage.

Devant lui, Lucius et Harry échangèrent un regard. « On a peut-être une piste. Ce n'est qu'une supposition, vraiment, mais je pense qu'on devrait aller jeter un œil », fit Harry en sortant son calepin. Il l'ouvrit à la page où il avait noté l'adresse du dernier acte de magie perpétré à l'aide de la baguette des Malfoys et le présenta sous le nez de Draco. « En France. »

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Son bras fermement entrelacé avec celui de Nott, qui ne lui faisait pas suffisamment confiance malgré les sortilèges pour la laisser marcher librement, Hermione se frayait un chemin parmi la foule des badauds qui s'amoncelaient peu à peu sur les quais de la Garonne. La promenade était des plus agréables. Sur leur gauche, le fleuve, aux reflets d'argile et de sable, s'écoulait en direction de l'Atlantique et sur leur droite, des hangars rénovés proposaient une enfilade de boutiques de grandes marques et de restaurants chics aux terrasses prises d'assaut par les vacanciers. Les derniers rayons de soleil étaient encore chauds et Hermione n'avait pas encore eu besoin d'enfiler sa veste. Il fallait avouer… le sud de la France avait ses avantages.

Vers 22h, le pont suspendu flambant neuf s'était levé pour laisser repartir un paquebot énorme, rempli de touristes qui saluaient de loin ceux restés à terre. Théodore lui avait « ordonné » de ne pas bouger et Hermione était restée accoudée à la rambarde, à un mètre de l'eau, jusqu'à ce qu'il revienne, les mains chargées… de deux pots de crème glacée. Puis, tout en dégustant leur glace, ils étaient lentement remontés le long des quais, quittant les hangars pour une partie plus verte, où massifs fleuris et chemins de graviers remplaçaient les terrasses bondées et les plantes en pots. Un peu plus loin, Hermione s'aventura à tremper les pieds dans ce que les bordelais appelaient le « Miroir d'eau », une grande esplanade grise recouverte d'une fine pellicule d'eau où en temps normal on voyait se refléter la place de la Bourse et ses lumières. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, l'espace était le royaume des enfants pataugeant allègrement dans l'eau chlorée et des adolescents se poursuivant en riant entre les jets de remplissage.

Tout aurait pu être parfait, si seulement elle avait pu venir ici avec quelqu'un d'autre. Hermione se retourna vers Théo, qui l'observait avec une lueur étrange dans le regard. Quelqu'un d'autre que lui.

Hermione sursauta lorsque la première fusée fut tirée et explosa derrière elle. Un concert de « aaah » satisfaits s'éleva tout autour et tous levèrent le nez en direction des étoiles. Hermione remit précipitamment ses sandales sur ses pieds mouillés et fit la même chose que tout le monde. Elle leva la tête. Elle sentit Théodore se glisser dans son dos et poser son menton sur son épaule mais fit tout son possible pour l'ignorer. Même lorsqu'elle sentit ses bras entourer sa taille. Elle ne lui laisserait pas gâcher ce seul véritable moment de tranquillité depuis des mois.

Une deuxième fusée solitaire éclata dans le ciel d'encre. Puis une troisième. Les trois coups annonçant le début du spectacle.

Et celui-ci fut à la hauteur de ses espérances. Dans une explosion de couleurs chatoyantes et de crépitements assourdissants, les fusées se succédaient. Bleu, rouge, or, violet, jets, feux de Bengale cascades et autres lance-flammes pétaradaient successivement, les tableaux s'enchaînant tous plus magnifiques les uns que les autres.

Hermione sentit son petit cœur meurtri par les mois de tortures et de séquestration diverses se gonfler devant tant de beauté. Ce n'était pas seulement un spectacle pyrotechnique qu'elle avait devant elle. Mais un nouvel espoir, une force que la poudre noire semblait lui transmettre tout en projetant ses milliers de particules dans l'air ambiant. Même si elle savait qu'elle allait devoir retrouver sa prison ce soir, supporter encore Théodore pour une durée indéfinie, en cet instant Hermione se sentait invincible. Tournant la tête sur la droite, Hermione vit une toute petite fille assise sur les épaules de son père. Les yeux brillants, la gamine regardait les fusées éclater, fascinée, un sourire béat sur ses lèvres barbouillées de glace à la fraise. Hermione sourit et la petite fille tourna la tête. Leurs regards se croisèrent et la petite regarda un instant la Gryffondor avec surprise. Puis elle répondit au sourire d'Hermione avant de reporter son attention sur le feu d'artifice.

Demain il retourne travailler, pensa Hermione tandis que le dernier tableau commençait, envoyant un nombre de plus en plus incalculable de fusées dans les cieux. La Gryffondor sentait les explosions se répercuter dans sa cage thoracique, comme un deuxième cœur lui insufflant un sang neuf et puissant dans les veines.

Demain, je remets la main sur ce foutu grimoire et je trouve un moyen de me tirer d'ici

Le feu d'artifice s'acheva dans un déluge de couleurs et de coups de tonnerre. Comme pour saluer sa toute nouvelle volonté, la foule autour d'Hermione se mit à applaudir, siffler et crier en même temps. La Gryffondor se joignit à eux et applaudit elle aussi. Un sourire presque aussi béat que celui de la petite fille plaqué sur les lèvres. C'est alors qu'elle sentit l'une des mains de Théodore la faire pivoter et elle se retrouva face à lui. Avant d'avoir pu comprendre, il avait capturé ses lèvres et l'embrassait longuement, passionnément, ses mains caressant ses joues, son cou, ses épaules. Hermione, les yeux grands ouverts, le laissa faire en le toisant avec mépris. Mieux valait ne pas résister, le laisser croire qu'il avait encore l'avantage… De plus, si elle faisait un scandale en public, elle était sûre de le payer une fois rentrés à l'appartement.

Profites-en bien…, pensa-t-elle, hargneuse. Demain, je t'anéantis.

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Pfiouuuuu, je crois que c'est le second plus long chapitre de cette fic ! Et ma foi, il s'en passe des choses ! J'ai hâte d'avoir vos réactions à toutes ces révélations, ces guerres mentales qui se jouent dans la tête de nos héros, bref votre avis quoi ! En attendant de vous lire, je vous fais des gros gros bisous et je vous dis à lundi prochain !

Xérès