The Rise and Fall

Les blas-blas de Xérès : Bon, un chapitre qui est officiellement le plus long depuis le début de cette fic et riche en événements ! Le titre est d'ailleurs annonciateur et je conseille à tous les cardiaques de prendre leurs précautions et de garder leurs médicaments à portée de main. Je n'en dis pas plus, place à la lecture !

Merci à tous mes nouveaux followers (kekegirl62, M1iya, dany grn), ainsi qu'à Elena Grape, Areka Motionless, Audrey917000, Erza Robin, Piitchoun, SilverPink69, Earcil, Petitestef, Anthracite77, TatieBella, Carboplatine, ellexa, Passion Fugace, Melusine Oriki, Paloma (et sa déferlante de reviews), DramionePower04, Babar, Hiyoki-chan, Eliane Gil, PetitMilou, S2aa, Heibi, Celia, Loufoca-Granger, Goutte-de-Mer, sarahblue1, miss damdam, Criss-Pine, Lune-Bleue22, Esperenza, Alaska66, La, BewitchingWords pour leurs reviews et à tous ceux qui ont laissé un petit message sur Facebook !

RAR :

Earcil : Bien sûr, Hermione retrouvera Draco ! Les pauvres, je les fais déjà bien assez souffrir comme ça ! ^^ Merci pour ta review !

Ellexa : Peut-être que Théo ne contrôle pas le gouvernement mais que le gouvernement contrôle Théo ! Ah ahhh, suspense…. Merci à toi et gros bisous !

Anonyme du 4 août : ce n'est pas l'avant dernier chapitre, car il reste encore pas mal d'affaires à clore (Aria, la libération d'Hermione, Théo, les retrouvailles avec Draco…) mais c'est la dernière ligne droite, c'est sûr. Ou bien le début d'une nouvelle aventure … La fin de ma fic laisse la porte ouverte à un sequel (dont je suis en train d'élaborer le plan). Il y aura donc une suite sous la forme d'une autre fic ! Merci à toi !

Hiyoki-chan : merci pour ta review ! Eh oui, la fin approche ^^

Celia : Merci pour ta review ! Oui, enfin, Draco et Hermione se réveillent ! ^^ Et encore plus dans ce chapitre !

La : Excellente ta review, j'ai adoré ! XD Tes compliments concernant le personnage de Théo m'ont beaucoup touchée car c'est celui que j'ai le plus travaillé psychologiquement parlant. Je voulais qu'il soit parfait, atroce, écoeurant, bref qu'on le haïsse mais qu'il fascine en même temps. ^^ Le retour de Lucius fait partie de mes moments préférés à moi aussi. J'aime voir Lucius dans un environnement qu'il exècre ou encore quand il martyrise des secrétaires pour avoir ce qu'il veut. Il va être très présent encore dans ce chapitre (notamment avec Harry), j'espère que leur duo continuera de t'amuser ! Merci encore pour ta review, j'ai hâte d'en recevoir une autre du même genre ! Bisous

Chapitre 45 : Hypertension

Comme à chaque fois qu'elle prévoyait de se livrer à une inspection de l'appartement, Hermione se réveilla tôt, guettant le réveil de Nott, les entrailles douloureusement nouées. Lorsqu'elle entendit celui-ci se lever, elle attendit une dizaine de minutes avant de s'extirper de son lit pour le regarder se préparer et (enfin !) partir. La porte de l'appartement qui claque, puis la porte-cochère, en bas dans la cour. Sprint jusqu'à la fenêtre de la cuisine. Théodore s'éloigne, tourne au coin de la rue. Nouveau sprint, cette fois en direction de la chambre du jeune homme. Mais pour la première fois, Hermione ne perdit pas de temps à fouiller. Elle savait ce qu'elle cherchait et elle savait surtout où le trouver. Plongeant le bras sous le matelas, elle en ressortit le vieux grimoire avec un sourire mauvais. Elle comptait bien l'étudier page par page, mot par mot, dusse-t-elle y passer des heures. Ce n'était pas comme si elle avait autre chose à faire de toute façon.

Comme elle l'avait remarqué lors de sa première découverte de l'ouvrage, certains chapitres n'étaient pas rédigés en anglais mais en latin ou en d'autres langues anciennes probablement oubliées ou encore parlées par une poignée de gobelins centenaires. Le tout premier chapitre était d'ailleurs écrit à l'aide d'un alphabet étrange, aux allures runiques, qu'Hermione n'identifiait même pas.

Sûrement une espèce de préface … ou un chapitre du style 'Comment devenir un gros connard mégalomane en 10 leçons'. Le préféré de Théodore, je parie …, pensa-t-elle en tournant les pages pour atteindre la première partie en anglais. Celle-ci était destinée à la magie cynégétique et sur des pages entières, l'auteur expliquait comment réaliser des sacrifices d'animaux ou d'humains ou encore des rituels divers, afin d'assurer aux chasseurs de l'ancien temps de ne pas rentrer bredouilles. Bien que fortement dérangeante, cette branche de la magie noire interdite depuis plus d'un siècle attisait la curiosité d'Hermione et elle dut se faire violence pour passer au chapitre suivant. Celui-ci ne l'aiderait en rien.

Le suivant était consacré à la magie médicale, aux potions de guérison ou a contrario, aux potions destinées à rendre malade ou à tuer. Hermione esquissa une grimace en contemplant une gravure qui représentait le visage d'un homme, douze heures après avoir ingéré une potion de Chancrelat. Celle-ci avait pour effet d'ulcérer la peau de la victime, entraînant l'apparition de chancres plus ou moins purulents. Hermione tourna précipitamment la page avec une expression de dégoût. Ce chapitre ne l'aiderait pas non plus. Sans chaudron ni ingrédients, elle ne se voyait pas franchement réaliser une potion lui permettant de changer Nott en ulcère géant.

Une succession de chapitres en latin lui firent accélérer le rythme et elle passa sans même le regarder le chapitre consacré à la magie rouge. La magie sexuelle. Définitivement hors de question, pensa Hermione en secouant la tête. Elle réprima un frisson. C'était pourtant ainsi que tout avait commencé. Le sexe et le sang. Les ingrédients préférés que Théodore avait ajoutés à son délire possessif. Mais il était hors de question d'envisager de se sortir d'ici par ce même procédé. Elle n'y survivrait pas.

Encore un chapitre en langue étrangère, présumément slave d'après l'abondance de consonnes sans voyelles, lui fit tourner les pages rapidement.

C'est alors qu'elle l'entendit. « Hermione. »

L'interpellée sursauta violemment et poussa un cri. Ses yeux se levèrent aussitôt en direction de la porte de la chambre de Théodore, puis tout autour d'elle, mais il n'y avait personne. Tous les sens aux aguets, Hermione cessa de respirer et tendit l'oreille. Il n'y avait pas un bruit dans l'appartement. Pas même une latte de parquet ne craquait. Et Théodore ne pouvait pas être là ! Elle n'avait même pas entendu la porte d'entrée se refermer… et d'ailleurs, il venait de partir, ça n'avait aucun sens.

Sans faire de bruit, Hermione posa le livre à plat sur les couvertures et descendit du lit de Théo à pas de loup. Ses pieds nus avançant prudemment jusque dans le couloir, Hermione ne cessait de guetter le moindre signe d'une présence autre que la sienne dans l'habitation. Mais elle dut bientôt se rendre à l'évidence. Elle était seule.

J'ai dû rêver… Je suis trop stressée, j'ai dû m'imaginer des choses, tenta-t-elle de se convaincre en revenant dans la chambre. Elle se rassit sur le lit de Nott et reprit sa lecture. La Nécromancie, maintenant. Ou Divination par les morts. Hermione avait toujours été sceptique quant à l'Art de la Divination (en particulier avec cette folle de Trelawney). Elle considérait la lecture des boules de cristal, des tarots ou des feuilles de thé comme un véritable charlatanisme de fête foraine, qui ne méritait pas plus d'attention que les babillages d'une vieille femme sénile. Mais la Nécromancie… c'était différent. Il ne s'agissait pas de Divination au sens propre mais plutôt de « réveiller » l'esprit d'un mort pour lui soutirer des informations. Et comme elle avait pu le constater à Poudlard, dont les couloirs regorgeaient de fantômes, les morts pouvaient être réveillés ou ne jamais réellement partir.

Hermione s'aperçut qu'elle retenait sa respiration et inspira de nouveau. Avait-elle vraiment envie d'en savoir plus à ce sujet ? Pas vraiment…, pensa-t-elle avec un frisson.

De nouveau, Hermione tourna les pages du livre sans les regarder. Elle s'apprêtait à entamer un nouveau chapitre lorsque les pages se rebellèrent d'elles-mêmes et se mirent à défiler à l'accéléré. La jeune fille eut un mouvement de recul et lâcha le grimoire, qui retomba mollement sur l'édredon. Ce n'était pas un courant d'air, aucune fenêtre n'était ouverte. La vision de la chambre qui s'était rangée toute seule le vendredi précédent lui revint en mémoire. Il se passait vraiment des choses bizarres autour de ce bouquin. Les pages cessèrent de remuer et Hermione retint son souffle en voyant où il s'était rouvert. Le chapitre consacré à la magie rouge. La Gryffondor déglutit et d'une main hésitante, avança de nouveau jusqu'à la fin du chapitre de Nécromancie, pour reprendre là où le livre l'avait interrompue. Mais de nouveau, celui-ci s'emballa et revint à la page consacrée à la magie sexuelle.

Il veut absolument que je lise CE chapitre …, se surprit à penser Hermione. Elle cligna des yeux plusieurs fois. C'était dingue et pourtant c'était l'impression que cela donnait.

« C'est hors de question… », souffla Hermione en secouant la tête, la gorge serrée.

C'est alors que les pages recommencèrent à défiler, mais dans le bon sens, cette fois. Elle vit vaguement passer le chapitre dédié à la possession, puis le livre se stabilisa et s'ouvrit… sur une page écrite en espagnol.

Magia sin varita

« Magnifique », bougonna Hermione à haute voix. « Et bien sûr, la dernière version de Google Trad est fournie avec. » A peine avait-elle terminé sa phrase que les mots changèrent, et furent progressivement remplacés par de l'anglais. Wandless magic. Magie sans baguette. Hermione écarquilla les yeux. « Pourquoi il a pas fait ça avant ? », s'exclama-t-elle en revenant aux premiers chapitres (en latin et écriture runique non identifiée) qu'elle n'avait pas pu lire. Mais elle eut beau attendre, le latin resta du latin. Soudain, les pages s'animèrent à nouveau d'elles-mêmes et revinrent s'ouvrir à la page de la magie sans baguette. Et Hermione crut presque entendre le livre faire claquer sa reliure avec une pointe d'agacement.

« D'accord, j'ai compris… je vais lire ! », protesta Hermione en fronçant les sourcils. « De toutes façons, c'est précisément le genre de chapitre que je cherchais… » Hermione regarda un instant le livre, de nouveau inerte. Merlin, je parle à un bouquin. Bon ok, un bouquin qui m'a aidée à trouver un chapitre intéressant. « Euh… hum… merci, je suppose », bougonna-t-elle d'une voix hésitante, tout en se sentant parfaitement stupide de faire la conversation à un objet.

« Mais de rien ! »

Hermione poussa un hurlement. Elle n'avait pas rêvé cette fois, quelqu'un avait bien parlé. D'une voix forte et omniprésente, comme lorsque Théo la contactait par télépathie. A la différence que cette fois, ce n'était pas une voix d'homme. Ni une voix de femme quelconque d'ailleurs. C'était ma propre voix, pensa Hermione avec un frisson. Dans ma tête, puissance dix. C'était comme si je pensais à haute voix mais… sans parler, ni même imaginer ces paroles… Tout en essayant de calmer les battements de son cœur, Hermione ferma les yeux, tentant de 'ressentir' l'éventuelle présence de Théodore à l'intérieur de son crâne. Peut-être était-ce lui qui s'amusait à la torturer, violant sa promesse de ne plus jouer les intrus dans sa cervelle. Mais elle ne ressentait pas la familière oppression qu'il générait lorsqu'il était en elle.

« Je deviens folle, ça ne peut être que ça… », gémit-elle en passant les doigts dans sa tignasse. « Je suis trop souvent toute seule, ici, c'est en train de me rendre dingue. »

« C'est sûrement ça, oui », ajouta la seconde voix d'Hermione, comme sortie de nulle part.

Hermione releva la tête. C'était vraiment trop perturbant. Mais peu importait, elle devait avancer si elle voulait sortir de cet enfer. Elle se pencha donc sur le livre et commença sa lecture.

« Tu sais, ce serait vraiment beaucoup plus simple si tu commençais par le chapitre sur la magie rouge… », reprit la voix, tandis qu'Hermione poussait un soupir exaspéré. Puis elle regarda fixement le livre, étalé sur le lit.

« Est-ce que c'est toi, qui parle avec ma voix, dans ma tête ? », demanda-t-elle en observant le grimoire avec une expression circonspecte.

« Tu en as mis du temps, à comprendre », reprit la voix féminine, avec une pointe de moquerie.

Hermione se figea. D'accord, là, ça devient franchement dingue.

« Il est hors de question que je lise une seule phrase de ce chapitre répugnant », protesta-t-elle avec véhémence. « Je préfère étudier la magie sans baguette, ça me sera bien plus utile pour sortir d'ici. »

Hermione entendit très nettement l'autre voix soupirer et leva les yeux au ciel. « Quoi ? »

« Rien du tout », répondit le livre en imitant à la perfection le ton qu'Hermione prenait lorsqu'elle était vexée. « C'est juste que j'avais un plan à te proposer… »

Là-dessus, Hermione ne put s'empêcher de lâcher un ricanement sarcastique. « Un plan… Eh bien moi j'en ai un, de plan. Découvrir comment faire de la magie sans baguette et me tirer d'ici avant que l'autre cinglé ne revienne. »

« Ah oui, justement parlons-en… », reprit le livre, qui ne semblait pas avoir vu le message clignotant en lettres capitales sur le front d'Hermione « LAISSE MOI LIRE EN PAIX ». « As-tu bien compris tout ce qu'impliquait le lien que tu partages avec lui ? »

Hermione soupira et jeta un regard féroce en direction du grimoire. Un livre qui ne se laissait pas lire sans se sentir obligé de faire la conversation… c'était une première. « C'est une possession. Théo est cinglé. Point final. Je ne vois pas ce qu'il y a de plus à comprendre. »

« Ce serait une possession, en effet, si Théodore était un démon… », expliqua le livre en prenant le même ton qu'Hermione utilisait pour réprimander Ron lorsqu'il ne faisait pas ses devoirs. « Mais ce n'est qu'un humain. Il n'est pas assez puissant pour que votre lien soit à sens unique et qu'il se nourrisse de ta souffrance et de ton âme, comme ça devrait être le cas. Le lien peut donc être utilisé également dans l'autre sens. Même inconsciemment. Tu peux lui faire du mal, autant que lui peut t'en faire. Rappelle-toi dans quel état d'épuisement et de déprime vous étiez tous les deux il n'y a pas si longtemps… »

Hermione fronça les sourcils. Effectivement, ça collait. La conversation était tellement riche en informations que la Gryffondor en oublia même qu'elle parlait à un bouquin. En cet instant, elle avait seulement l'impression de réfléchir par elle-même, comme elle le faisait depuis toujours. « Mais alors, si ce lien est à double-sens, comment se fait-il que je ne puisse pas prendre l'ascendant sur lui ? M'introduire dans ses rêves, dans ses pensées ? Me faire obéir… »

« Tout simplement parce qu'il reste plus puissant que toi, probablement à cause des bibliothèques entières qu'il a vidées de leur contenu… », répondit l'autre voix avec un grognement. « Et qu'il sait comment faire, tout simplement, contrairement à toi. Voilà pourquoi je dis que tu devrais commencer par le chapitre sur la Magie rouge… »

Ce dernier commentaire sortit aussitôt Hermione de ses pensées. Elle venait enfin de réaliser qu'elle ne débattait pas avec elle-même mais avec une entité magique surpuissante enfermée dans un grimoire de Magie douteuse. Elle frémit en constatant avec quelle rapidité elle avait laissé le livre lui insuffler des idées. Sûrement parce que celui-ci utilisait sa propre voix et qu'elle avait l'impression de se parler à elle-même. Etait-ce comme ça que Théodore s'était fait avoir ? Parce que le livre parlait également avec une imitation de sa voix à lui ? C'était plus que probable.

« N'essaie pas de m'embrouiller », gronda Hermione en fusillant le livre du regard. « Qu'est-ce que tu essaies de me faire faire, au juste ? »

« Il y a un rituel dans ce livre… », reprit la seconde voix d'Hermione avec un léger rire. « Il comprend plusieurs étapes mais la dernière et la plus importante te permettrait de prendre le dessus sur mon Maître et de le soumettre à ta volonté. »

Hermione tiqua. « Ton maître… tu veux dire Théo ? » Bien sûr qu'il voulait dire Théo… La Gryffondor pinça les lèvres. « Pourquoi est-ce que tu m'aides, puisqu'il est ton maître ? »

La question sembla embarrasser le livre, qui ne répondit pas tout de suite. « Au fil des siècles, j'en ai vu défiler, des Maîtres. J'en ai d'ailleurs poussé certains à leur propre perte, lorsqu'ils finissaient par m'ennuyer… Tu me plais beaucoup plus que lui, Hermione. J'ai toujours eu un faible pour les femmes… Tu es également plus puissante, à ta manière. Je pourrais t'aider à le devenir encore plus… »

« Non merci », gronda Hermione avec une grimace de dégoût.

Son refus fit frémir les pages et le volume de la seconde voix dans sa tête monta d'un cran.

« Pourquoi refuses-tu mon aide, idiote ? », s'énerva le livre, hurlant presque à l'intérieur de la boîte crânienne d'Hermione. « Tu ne comprends donc pas que je suis ta seule chance ? Ce n'est que par la Magie rouge que tu pourras soumettre Théodore à ta volonté. Accomplis ce rituel, puis soumets-le de ton corps et il sera à ta merci. »

« Quoi.. », souffla Hermione horrifiée. « Ce type m'a violée, il est hors de question que je-

« Cesse donc de pleurnicher, tous les plus grands mages de l'histoire ont dû donner un peu de leur personne pour atteindre les sommets », aboya le livre. « Tu ne vas tout de même pas te fermer à toute une pratique magique simplement à cause d'une mauvaise expérience… Ce n'est pas sain de rester sur un échec… »

« Une mauvaise expérience ? », siffla Hermione, furieuse. « C'est comme ça que tu appelles ça, toi ? Moi, j'appelle ça un crime ! »

« Simple question de terminologie. Fais ce que je te dis et ensuite, tout sera plus facile. Moi, je pourrai t'apprendre la vraie magie. Tu pourras quitter cet endroit, retrouver les tiens ! Tu deviendras l'une des plus puissantes de ta race si tu me gardes à tes côtés. Crois-moi, ma belle, fais-moi confi-

« NON ! », aboya Hermione en sautant en bas du lit pour s'éloigner du livre posé sur l'édredon. Tout ce que disait cette chose n'était qu'un poison distillé dans une jolie bouteille. Un cadeau atroce emballé dans du papier doré. Il était le serpent qui tentait Eve avec ses pommes. Il était la petite voix qui pousse les dingues à massacrer des familles entières. Il était le chuchotement sordide qui convainc les désespérés d'en finir avec la vie. Il était l'alcool qui changeait l'époux aimant en mari violent. Il était le Mal. Le Mal à l'état pur. « Laisse-moi seulement lire le chapitre sur la magie sans baguette et fiche-moi la paix ! », reprit Hermione d'une voix tremblante.

Hermione grimaça alors, lorsque son crâne sembla imploser. Le livre hurlait de rage et d'exaspération à l'intérieur de sa tête, d'une voix qui n'avait plus rien de la sienne, ni même d'humain. Elle vit le grimoire s'embraser soudain, des flammes jaillissant d'entre ses pages pour atteindre le plafond immaculé, noircissant les moulures blanches et cloquant la peinture. Hermione allait hurler de terreur lorsqu'un bibelot en bronze posé sur une étagère s'envola de lui-même et vint la frapper sur le côté du crâne. Et les Ténèbres l'engloutirent.

~o~

« M. Malfoy… »

La fille sanglotait, inconsolable. Le visage enfoui entre ses mains crasseuses, elle balançait son petit corps prostré contre les barreaux de sa prison à un rythme régulier, presque mécanique. Lucius l'observait depuis le fond de la cellule, tout en se demandant ce qu'il faisait là. Ce n'était pas son box. Lui, logeait en face, un peu plus loin… Depuis quand partageait-il sa cellule avec elle ? Il n'en avait aucune idée.

« M. Malfoy… »

Lucius fronça les sourcils. Encore une fois, il éprouvait une vague de sympathie incompréhensible face aux larmes de cette gamine. Une Moldue. Les Malfoys n'avaient aucune pitié pour les Moldus. Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'en éprouver pour celle-ci. Incroyable…

« Quoi encore, Aria ? », maugréa-t-il en observant sa silhouette recroquevillée de l'autre côté de la petite pièce.

La jeune fille leva la tête et sembla le voir comme pour la première fois. La bouche ouverte, les yeux ronds, elle le dévisageait avec stupeur. Puis ses sourcils se froncèrent, sa bouche se referma et se pinça de colère. Et soudain, telle une lionne, elle bondit sur ses pieds et se jeta à la gorge de son colocataire. Tétanisé par la surprise, Lucius sentit, impuissant, les ongles tranchants et sales d'Aria s'enfoncer autour de son cou, tandis qu'elle l'étranglait, arborant une expression de fureur incontrôlée.

« T'avais promis de m'aider à sortir d'ici. T'avais promis, espèce d'enfoi-

« LUCIUS ! »

Lucius Malfoy se redressa sur son oreiller, haletant et couvert de sueur. D'un geste vif, il balaya l'air autour de son cou, comme pour chasser des mains invisibles, tandis que Narcissa, en robe de chambre et allongée à ses côtés, le secouait comme un prunier.

« Aria… », souffla-t-il en tentant de reprendre sa respiration.

« Quoi ? », demanda Narcissa en le dévisageant d'un air inquiet.

« Je l'avais complètement oubliée, avec tout ce qui s'est passé… », haleta-t-il en se frottant le visage d'une main.

« Mais qui ? », renchérit Narcissa, les yeux ronds comme des soucoupes.

« Aria ! Aria Stone ! », s'exclama-t-il comme si c'était une évidence. Narcissa haussa les sourcils, attendant plus d'explications. « Tu ne sais pas qui c'est », acheva Lucius avec un grognement.

« Mais je t'en prie, éclaire ma lanterne », reprit sa femme avec une pointe d'agacement.

Pour toute réponse, Lucius repoussa les couvertures et se rua hors de son lit pour enfiler une robe de chambre. « Il faut que j'aille la chercher… »

Narcissa cligna plusieurs fois des yeux, avant de consulter le réveil sur sa table de nuit. « Mais Lucius, il est cinq heures du matin ! »

Peine perdue, son époux avait déjà quitté la pièce. Narcissa Malfoy soupira et se laissa retomber sur son oreiller.

BAM BAM BAM

Harry grogna sous ses couvertures.

BAM BAM BAM

Merlin, mais qui pouvait bien faire un vacarme pareil ? Le Survivant entrouvrit ses yeux gonflés de sommeil et les plissa pour tenter d'apercevoir l'heure à sa montre, posée sur sa table de nuit. Mais sans ses lunettes, c'était tout simplement impossible.

BAM BAM BAM. Trois nouveaux coups à la porte.

« POTTER, réveillez-vous ! »

Harry écarquilla les yeux en reconnaissant la voix de Malfoy père, chaussa ses lunettes sur son nez et consulta sa montre. Qu'est-ce que ce dégénéré pouvait bien lui vouloir à cinq heures du matin ?

« POTTER, PAR LES BALLOCHES DE MERLIN, VOULEZ-VOUS BIEN-

Harry ouvrit la porte de sa chambre à la volée, tombant nez à nez avec un Lucius Malfoy échevelé et semblant tout droit sorti de l'asile.

« … ouvrir cette porte… », acheva-t-il à mi-voix en dardant sur Harry ses prunelles d'acier.

Le Survivant poussa un long soupir et fronça le nez. « Quoi ? »

Lucius Malfoy arqua un sourcil et le toisa de toute sa hauteur. « Nous devons retourner au Ministère, Potter. Habillez-vous. »

« Malfoy, vous avez une idée de l'heure qu'il est ? », grommela Harry en le fusillant du regard.

« Potter, dois-je vous rappeler que vous vivez actuellement sous mon toit ? Je vous réveille si je veux. Habillez-vous… et je ne le répèterai pas. »

Harry referma la porte d'un coup sec, créant un appel d'air qui souleva légèrement les cheveux de Lucius sur ses épaules. L'aristocrate esquissa une moue désapprobatrice et tourna les talons pour aller se préparer lui-même. Une vingtaine de minutes plus tard, il redescendit dans le salon et se posta près de la cheminée où il attendit le Survivant. Narcissa s'était elle aussi levée, piquée par la curiosité et tout en sirotant une tasse de thé, le regarda faire les cent pas devant le pot de poudre de Cheminette. Lorsqu'Harry apparut enfin, la mine maussade, elle s'empressa de lui présenter une tasse de café bien chaud, que le Survivant accepta avec un sourire reconnaissant.

« Pas de temps pour un café, Potter », gronda Malfoy en lui arrachant littéralement la tasse des mains pour la rendre à Narcissa. Harry se renfrogna.

« Vous pourriez au moins me dire ce qu'on fait là », marmonna-t-il en enfonçant ses mains dans ses poches.

« On aura tout le temps pour parler de cette histoire ensuite », répondit Lucius en prenant une poignée de poudre. Il la jeta dans l'âtre et s'exclama « Ministère de la Magie », avant de s'avancer à l'intérieur de la cheminée. Mais contrairement à ce qui aurait dû se passer, il n'y eut ni flammes vertes, ni disparition de Malfoy Senior dans un grand tourbillon aux reflets d'émeraude. Au lieu de ça, l'homme était toujours là, attendant bêtement que le réseau de Cheminette l'engloutisse. Sans effet.

Harry haussa un sourcil et Narcissa avala une gorgée de thé.

« Qu'est-ce que c'est que ce-, commença Lucius, avant d'être interrompu par un bruit de papier froissé. Il baissa les yeux. Une petite lettre était apparue, depuis une minuscule flamme verte vacillant près du sol. Il se baissa et l'ouvrit tandis qu'Harry bâillait à s'en décrocher la mâchoire.

« Cher Monsieur Lucius Abraxas Malfoy, propriétaire de la Cheminée immatriculée GB0203 », lut-il avec un grognement. « D'après notre système, vous avez tenté de rejoindre nos locaux du Ministère de la Magie le 15/07 à 05h27. Nous vous rappelons que le Ministère de la Magie n'est accessible aux particuliers que du lundi au vendredi de 7h30 à 17h30 et les samedis et dimanches de 8h à midi. Veuillez donc réessayer ultérieurement. Avec nos salutations distinguées, l'équipe d'accueil du Ministère de la Magie. PS : ceci est un message délivré automatiquement par notre système, merci de ne pas y répondre. »

Visiblement très contrarié, Lucius releva le nez de la lettre et vit que Narcissa tendait de nouveau sa tasse de café à Harry en souriant. Le Survivant se laissa ensuite tomber dans un des fauteuils du salon. « Eh bien, Malfoy… », maugréa Harry en prenant une gorgée de café brûlant. « Il semblerait qu'on ait tout notre temps pour l'entendre maintenant, cette histoire... »

~o~

« Je n'arrive pas à croire qu'ils aient enfermé une pauvre moldue sans défense dans cette foutue prison… », gronda Harry pour la sixième fois depuis qu'ils avaient quitté le Manoir et pénétré dans le hall du Ministère de la Magie.

« Je suis complètement d'accord avec vous Potter, et croyez-moi, je l'étais également lorsque vous l'avez dit les cinq premières fois… », railla Lucius en se frayant un chemin parmi la foule. Ils devaient rejoindre le couloir du Département de la Justice magique, d'où ils atteindraient la pièce qui faisait le lien avec Azkaban. Lucius réprima un frisson en se souvenant qu'il était encore là-bas à peine quarante-huit heures plus tôt. Arrivés devant le bureau des entrées/sorties, ils constatèrent qu'il n'y avait encore personne. Lucius poussa un soupir d'exaspération et regarda autour de lui.

« Eh ! Eh oh ! Vous avez des clients ! », aboya-t-il en frappant du poing sur le bureau en bois. « Foutus fonctionnaires… »

Une femme d'environ vingt-cinq ans, armée d'un dossier fourré sous le bras et d'une tasse de café arriva sans se presser et le dévisagea avec animosité. « Dites-donc, vous… », commença l'employée en posant sa tasse de café sur le bureau. « Vous allez baisser d'un ton, laissez-moi au moins le temps de m'installer, prendre mon café… »

Ni une ni deux, sous le regard goguenard d'Harry, Lucius empoigna le café en question et l'avala d'un trait. La jeune femme le regarda faire, bouche bée, et allait protester lorsque Lucius reposa la tasse sur le bureau et la saisit par les bras pour la faire asseoir de force dans son fauteuil. « Ça y est, vous êtes installée, votre café est bu, au boulot », gronda-t-il, menaçant. « Aria Stone. »

« Quoi, Aria Stone ? », fit l'employée d'un air bravache, malgré les petits tremblements qui agitaient sa lèvre inférieure.

« Sortez-moi son dossier, il faut qu'on puisse la voir. Maintenant », aboya Lucius en plantant son regard d'acier dans celui de la fonctionnaire.

« M-m-m-ais… POUR QUI VOUS PRENEZ-VOUS ? », s'égosilla l'employée en tentant de se lever, mais Lucius la repoussa par les épaules et elle retomba mollement dans son fauteuil. « Vous débarquez ici, vous buvez mon café… »

« S'il vous plaît », s'interposa soudain Harry, d'une voix suppliante. Ses prunelles émeraude brillant d'espoir, il rejeta d'un coup sec sa frange en arrière afin de subtilement dévoiler sa cicatrice et prit entre ses mains, les doigts manucurés de la jeune femme. Celle-ci écarquilla les yeux et rosit en identifiant son second interlocuteur. « C'est très important. Cette jeune fille est innocente… Nous pouvons l'aider. Vous pouvez l'aider… », acheva-t-il dans un souffle, tandis que l'employée virait littéralement au cramoisi.

« Monsieur Potter, je-… c'est-à-dire que … », minauda-t-elle en battant des cils. Convaincu qu'il était sur la bonne voie, Harry poussa le vice jusqu'à caresser doucement du pouce sa main douce et veloutée, qu'il tenait toujours entre les siennes. « Oh eh bien, je vais voir ce que je peux faire… »

« Comment vous appelez-vous ? », demanda Harry avec un sourire charmeur.

« Rosie », souffla-t-elle en baissant pudiquement les yeux.

« Merci beaucoup de votre aide, Rosie », ronronna Harry, en lâchant enfin sa main.

La jeune femme s'éloigna pour fouiller dans une armoire remplie de dossiers et Harry se pencha légèrement sur le côté, en direction de Malfoy.

« Pas un mot de tout cela à Ginny, cela va sans dire… », chuchota-t-il en tentant de garder une expression digne.

Lucius esquissa un rictus mauvais. « Cela va sans dire… », répéta-t-il avec une pointe d'ironie.

Harry le fusilla du regard. « Parlez et je glisserai le doux nom de Birgit-de-Durmstrang-aux-seins-énormes à l'oreille de votre femme. Quelque chose me dit qu'elle se souviendra parfaitement de qui il s'agit… »

Les deux ennemis s'affrontèrent un instant du regard. Puis Lucius ricana doucement. « Merlin, Potter, le Choixpeau s'est trompé à votre sujet. C'est à Serpentard qu'il aurait dû vous envoyer. »

« Venant de vous, je prendrai ça comme un compliment », grommela Harry. « Oh attendez … en fait, non. »

Lucius allait rétorquer mais le retour de Rosie l'en empêcha. « M. Potter, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle », minauda-t-elle en se plantant devant lui, ignorant superbement l'autre adulte. « La bonne, c'est que j'ai trouvé le dossier Aria Stone. La mauvaise… c'est que vous ne pourrez pas la voir, aujourd'hui. »

« Pourquoi ça ? », demanda Lucius en fronçant les sourcils.

Rosie lui jeta un regard désapprobateur. « Parce qu'elle est sortie », répondit-elle sèchement.

« Sortie ? », s'étonna Harry. « Elle a été libérée ? »

Rosie se tourna de nouveau vers lui et secoua la tête en rougissant. « Non, M. Potter. Ils l'ont amenée au Ministère ce matin, voyez ? » Elle désigna du doigt une signature en bas d'un formulaire horodaté. « Elle a signé sa sortie à 7h précisément. Et ensuite… elle a été transférée dans un des tribunaux de la Justice magique. » L'employée se mordit la lèvre, une expression embêtée sur ses traits. « Le Baiser du Détraqueur… Elle va être exécutée dans la matinée. »

~o~

Aria Stone avait compris à la seconde où on l'avait extirpée de sa cellule, alors que le soleil pointait à peine le bout de son nez, que cette matinée ne serait pas comme les autres. Elle avait tenté en vain de demander aux gardiens pourquoi on l'emmenait à cette heure indue au tribunal, mais pas un seul n'avait desserré les dents. Une peur, traîtresse, insidieuse, avait alors commencé à se répandre dans ses veines et des larmes incontrôlables avaient entamé leur descente en cascade sur ses joues. Peu émus par ses sanglots, les gardiens l'avaient ramenée au Ministère, conduite jusque dans une des salles d'audience les plus reculées du Département de la Justice magique et l'avaient faite asseoir sur le banc des accusés. Et ils l'avaient attachée. Pourquoi faire ? Ils ne l'avaient jamais attachée avant aujourd'hui.

C'est lorsqu'ils étaient entrés qu'elle avait compris. Ils l'avaient attachée pour qu'elle ne s'enfuie pas en les voyant arriver. Des créatures abjectes, inhumaines, au faciès recouvert de voiles gris flottant dans leur sillage. Leur seule présence avait anéanti en Aria toute forme d'espoir quant à son avenir. Ces choses qui avançaient dans la pièce, elle le sentait, étaient là pour elle. Tremblante, Aria remercia silencieusement le garde qui l'avait laissée aller aux toilettes avant de quitter Azkaban. Sans ça, elle aurait été quasiment sûre de se faire dessus.

Cet enfoiré de juge Ogden était entré quelques secondes après les créatures. Lui, ne semblait pas le moins du monde effrayé par elles et Aria pensa avec un frisson d'horreur que c'était probablement parce qu'il y était habitué. Comment pouvait-on d'ailleurs s'habituer à la présence de ces choses ? Depuis qu'elles avaient fait irruption dans la pièce, la température semblait avoir chuté d'une vingtaine de degrés, l'éclairage lui-même semblait s'être teinté d'une froide lueur bleutée et sombre… et une odeur de terre humide et froide avait envahi la pièce. L'odeur du désespoir, de l'oubli et de la mort.

Aria gémit et se tortilla sur son banc, faisant cliqueter les chaînes qui entravaient ses poignets et ses chevilles. L'une des choses tourna la tête (si on pouvait appeler ça une tête) dans sa direction et Aria laissa échapper un cri de détresse.

« La ferme », grommela Ogden avant de se tourner de nouveau vers le seul autre être humain dans cette pièce : un homme, dans la quarantaine, vêtu d'une cape vert émeraude et portant un badge du Ministère de la Justice magique. Les deux hommes parlaient à voix basse et celui qui portait une cape hocha plusieurs fois la tête avec une expression grave. Puis sans un regard pour la pauvre Aria, tourna les talons et la laissa seule avec Ogden et ses créatures de l'Enfer.

Le Juge regarda sa montre avec un froncement de sourcils agacé. Il était près de huit heures trente du matin et sa journée n'avait pas franchement bien commencé. A peine une heure qu'il avait embauché, et il s'apprêtait déjà à faire disparaître le second témoin gênant de sa matinée. Heureusement pour Ogden, Augustus Pivett serait bien plus difficile à faire taire que cette fichue gamine dont aucun sorcier ou presque ne connaissait l'existence. Personne ne la réclamerait, personne ne savait même qu'elle était ici. Il suffirait de rejeter son corps sans âme au beau milieu de la campagne anglaise une fois que les Détraqueurs en auraient fini avec elle. Les Moldus la prendraient pour une folle et l'enfermeraient dans un de leurs hôpitaux psychiatriques dont ils avaient le secret. Mission accomplie.

« Bon, eh bien, on va commencer par la paperasse administrative… », fit-il sur un ton presque enjoué tout en se frayant un chemin au travers des Détraqueurs, jusqu'à Aria. Il déposa un formulaire sur la table devant elle et sortit une plume portable de la poche intérieure de sa veste. « Alors… Nom de famille :… », marmonna-t-il en tapotant sa plume contre son menton.

« St-stone… », bégaya Aria en reniflant misérablement. Mais Ogden secoua la tête.

« Hmm non… ce n'est pas comme ça que tu t'appelleras aujourd'hui… », chantonna Ogden en posant la plume sur le papier. « Que dis-tu de Doe. Prénom : Jane. »

Aria écarquilla les yeux d'horreur. Jane Doe ? Les nom et prénom donnés aux inconnus retrouvés errant dans la rue et amnésiques ou aux cadavres non identifiés ? De quel droit la rebaptisait-il ainsi ! Il savait pourtant comment elle s'appelait !

« Je m'appelle Aria St-

« LA FERME, J'AI DIT ! », aboya Ogden en faisant pleuvoir une nuée de postillons sur le visage de sa prisonnière. « Tu n'es rien. Rien d'autre qu'une Moldue inutile. Et tu sais ce qui arrive aux Moldus inutiles qui croisent notre chemin ? Rien du tout. Ils disparaissent. » Il reposa donc la plume sur le parchemin et inscrivit « Jane Doe » dans les cases réservées au prénom et au nom.

Aria éclata en sanglots nerveux. Bon sang, ces types allaient la tuer et se débarrasser d'elle dans l'indifférence la plus totale. Ce n'était pas juste. Elle avait encore tellement de choses à faire, à découvrir…

« Vous ne pouvez pas me tuer, je vous en prie », supplia-t-elle en reniflant. « Je ne veux pas mourir… »

Ogden lui jeta un regard surpris. « Mourir ? Ah ah ah, mais qui te parle de mourir ? »

Aria lui jeta un regard plein d'espoir puis ses yeux se posèrent quelques secondes sur les Détraqueurs, toujours postés au centre de la pièce, attendant patiemment les ordres du Juge.

« Eux ? », fit Ogden en suivant son regard. « Nooon, ils ne sont pas là pour te tuer. Idiote. Non, ils vont aspirer et se nourrir de ton âme. Tu ne seras plus qu'un corps encore plus inutile et misérable qu'aujourd'hui. Ce n'est pas la mort que je te réserve… » Ogden approcha son front légèrement humide de sueur de celui d'Aria et chuchota. « C'est encore pire que ça. »

Terrifiée, Aria sentit son estomac se retourner comme un gant et n'eut que le temps de se projeter sur le côté avant de vomir tripes et boyaux. Ogden la dévisagea en grimaçant de dégoût, puis reporta son attention sur le formulaire.

« Crime ! », annonça-t-il tandis que les vomissements d'Aria se changeaient en toux rauque et sèche. « Là encore, toi et moi savons pertinemment que tu n'en as commis absolument aucun… »

Aria redressa la tête, ses spasmes vomitifs s'étant légèrement atténués, et elle lui jeta un regard scandalisé. Ainsi, il savait qu'elle était innocente ? Et il l'avait tout de même condamnée ? Mais pourquoi ?

« Mais pour la cohérence du dossier, on va mettre double meurtre avec préméditation », énonça-t-il en joignant le geste à la parole.

« C'est un cauchemar… », gémit Aria en fermant ses yeux pleins de larmes. C'était certain, elle allait se réveiller dans sa cellule, d'une minute à l'autre. Tout ça ne pouvait pas être réel. Le bruit de la plume claquant sur le bois de la table lui fit rouvrir les yeux.

« Signe », grommela Ogden en désignant le formulaire du menton. « Ne t'en fais pas pour les blancs, je remplirai le reste après. »

« Non », sanglota Aria en secouant la tête. Ogden saisit sa main droite, et tout en écrasant copieusement ses phalanges, lui fourra la plume dans les mains.

« SIGNE ! », aboya-t-il tandis que les pleurs d'Aria redoublaient d'intensité. « Et rappelle-toi, tu t'appelles Doe. Jane Doe. »

Les doigts comprimés par ceux d'Ogden, Aria n'eut pas d'autre choix que de tracer les trois lettres de son nouveau nom. Dès que ce fut fait, Ogden récupéra le formulaire et souffla sur l'encre humide avec un petit sourire satisfait. Puis il se tourna vers les Détraqueurs, qui flottaient à quelques centimètres au-dessus du sol derrière lui et fit claquer son majeur contre son pouce deux fois. Aussitôt, les Détraqueurs glissèrent en direction d'Aria, dont les pleurs se changèrent aussitôt en hurlements déchirants. L'une des créatures se planta juste devant son visage et Aria vit le voile qui recouvrait son faciès monstrueux se soulever légèrement. Elle hurla. Et hurla encore. Pendant ce temps, la chose semblait aspirer son souffle vital. Aria sentait son être envahi par un froid glacial, son esprit s'engourdissait et plus rien d'autre ne semblait exister que la peur, le désespoir, les ténèbres. Et toujours le froid polaire qui transperçait son corps.

Ogden regardait le spectacle avec une satisfaction grandissante lorsque la porte de la salle d'audience s'ouvrit avec fracas, laissant apparaître le nouvellement libéré Lucius Malfoy, l'agaçant avorton Potter et … un autre type, armé d'un gigantesque appareil photo.

« Monsieur le Juge, je vous demande d'interrompre cette sentence tout de suite ! », beugla Potter en brandissant une feuille de papier. « Cette fille est une Moldue ! Si elle a commis un crime, c'est à la Justice Moldue de s'en occuper ! »

« Monsieur Potter, que me vaut le déplaisir… », commença Ogden. Mais il ne put jamais aller au bout de sa phrase. Lucius l'avait saisi par le col et le plaquait contre les tribunes du jury, tout en pointant sa baguette sur sa gorge.

« Faites. Cesser. Ceci. », gronda Lucius froidement. « Tout de suite. »

D'une main tremblante, Ogden claqua de nouveau des doigts à l'attention des Détraqueurs. Les créatures s'écartèrent aussitôt et Aria Stone s'affaissa mollement sur elle-même. Elle ne criait plus mais tremblait de tout son corps. Lucius lâcha aussitôt Ogden pour se précipiter vers elle, tandis qu'Harry flanquait son papier sous le nez du magistrat.

« Acte de naissance », gronda Harry. « Moldu. Cette fille n'a pas sa place ici. »

« Je… je… je n'étais pas au courant », bégaya Ogden en jetant un regard étrange en direction du photographe, qui mitraillait la scène à grands renforts de flashes éblouissants.

« C'est ça, foutez-vous de ma gueule. J'ai obtenu ce document en moins d'une heure de recherches… », cracha Harry en plaquant l'acte de naissance sur le ventre grassouillet du juge. « Alors qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? Vous voulez que mon ami de la Gazette fasse un papier sur la plus grosse erreur judiciaire interraciale commise depuis l'incarcération d'un Gobelin innocent accusé du meurtre d'un sorcier en 1578 ? Ou bien est-ce qu'on discute ? »

Harry vit les yeux d'Ogden s'écarquiller à la mention de la Gazette. Ce gros salopard ne tenait visiblement pas à ce que l'affaire s'ébruite. Comme à propos, le journaliste cessa de prendre des photos d'Aria (qui venait de reconnaître Lucius et fondait en larmes dans ses bras) et se précipita sur Ogden, plume sur son calepin, prêt à noter.

« Monsieur le Juge, comment est-il possible qu'une ressortissante Moldue ait pu être enfermée à Azkaban et condamnée sans que son procès n'ait été rendu public ? Etiez-vous au courant de l'origine Moldue de cette jeune fille ? Et pourquoi organiser son exécution sans la présence de la défense, ou de témoins tels que la famille, selon la procédure applicable ? »

Ogden ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois, tandis que de grosses gouttes de sueur perlaient à son front.

« C'est vrai ça, Ogden… Je suis plutôt pour les exécutions en petit comité, mais là quand même… », railla Lucius en s'approchant de lui, portant Aria encore sous le choc dans ses bras.

« Je-je… je ne savais pas que cette jeune fille était une Moldue… » commença-t-il en s'adressant directement au reporter, qui se mit à griffonner sur son calepin. Harry leva les yeux au ciel. « Je suppose que… qu'il y a dû avoir une erreur administrative… Bien entendu, si j'avais su plus tôt… »

« M. Malfoy ici présent a déclaré avoir eu des entretiens avec la Moldue, au cours desquels elle prétendait être victime d'un sortilège la poussant à avouer un crime qu'elle n'avait pas commis. Comment expliquez-vous M. le Juge que de tels sortilèges aient pu continuer de fonctionner à l'intérieur des salles d'audience du Département de la Justice Magique ? Ces salles ne sont-elles pas normalement protégées contre ce genre de malédictions ? », reprit le reporter, infatigable.

Ogden jeta un bref regard haineux en direction de Lucius, qui répondit par un sourire narquois. Dans ses bras, Aria ne cessait de sangloter doucement. Bien sûr que si, elles sont protégées, pensa le Juge avec une grimace. Sauf si on lève volontairement ces protections.

« Je peux assurer à tous les lecteurs de la Gazette qu'il y aura bien évidemment une enquête interne à ce sujet », se reprit le Juge en se raclant la gorge. « L'ensemble des mesures de sécurité sera vérifié et nous ne manquerons pas d'en faire un rapport complet au public dès que nous aurons trouvé l'origine de cette défaillance. »

« Et qu'en est-il de la jeune fille ? Sera-t-elle indemnisée par le Ministère ? », reprit le journaliste, tandis que Lucius et Harry s'éloignaient lentement en direction de la sortie, abandonnant le Juge aux mains du gratte-papier.

« Je… Ecoutez, laissez le Ministère faire son travail, dès que j'aurai de plus amples informations croyez bien que vous en serez les premiers informés. » Ogden se dégagea de l'emprise insistante du journaliste et se précipita à la suite d'Harry et de Lucius. « POTTER ! »

Harry fit signe à Lucius de continuer sans lui et se retourna en direction d'Ogden. « Oui, Monsieur le Juge ? », demanda-t-il d'un ton mielleux.

« Potter », reprit Ogden en baissant d'un ton pour ne pas que le reporter les entende. « Ne croyez pas que vous allez pouvoir continuer à faire votre loi encore longtemps… Pour l'instant, j'ai ordre de vous traiter en héros, parce que c'est soi-disant ce que vous êtes. Mais je ne tolèrerai pas indéfiniment ces intrusions répétées dans les affaires du Ministère. »

« A votre place, je ferais profil bas », gronda Harry en le fusillant du regard. « Sinon je raconte toute la vérité sur vos méthodes à notre ami paparazzi là-bas… et je vous pourrirai. Je vous descendrai. Je ruinerai votre carrière. Jusqu'à ce que vous n'ayez plus d'autre option que d'exfiltrer votre imposante carcasse au fin fond d'un trou perdu en Sibérie orientale. »

Ogden resta sans voix et Harry tourna les talons, rejoignant Lucius et Aria au bout du couloir.

Lentement, progressivement, Aria Stone reprenait ses esprits. Le froid qui avait envahi tout son organisme lorsque les Détraqueurs avaient fondu sur elle, s'éclipsait peu à peu au contact de l'homme qui la serrait dans ses bras. Elle ne réalisait pas encore qu'elle était tirée d'affaire mais pour le moment, tout ce qui lui importait était de mettre le plus de distance possible entre elle et les créatures immondes qui avaient tenté d'aspirer son âme. Lorsqu'ils arrivèrent dans le hall et que Lucius s'engouffra avec elle dans une des nombreuses cheminées, elle se souvint vaguement que c'était justement par l'une de ces mêmes cheminées qu'elle était arrivée pour la première fois ici, plusieurs mois auparavant. Elle sentit le réseau de Cheminette l'engloutir et ferma les yeux pour s'éviter une nouvelle nausée, précaution inutile étant donné qu'elle avait vidé l'intégralité du contenu de son estomac sous le regard méchant d'Ogden. Lorsqu'elle eut la sensation que les deux pieds de Lucius avaient de nouveau touché terre, elle rouvrit les paupières.

Elle se trouvait dans un immense salon, dont les murs de pierre de style gothique et austère lui rappelaient les vieux manoirs prétendument hantés, qui pullulaient en Grande-Bretagne. Des meubles neufs et agencés avec goût allégeaient un peu l'ambiance, mais malgré tout, Aria sentit qu'elle n'était pas en terrain connu. Pas de télévision, pas d'interrupteurs ni de prises électriques et… Seigneur, la photo du journal posé sur la table de basse remuait.

Plusieurs paires d'yeux la dévisageaient également avec curiosité. Une femme, adulte et incroyablement belle pour son âge, lui jetait un regard inquiet depuis le bout de la longue table où elle était assise, en compagnie d'une version adolescente de Lucius à sa droite. Le jeune blond la dévisageait gravement, avec circonspection, comme s'il s'attendait à la voir péter un plomb. Assis à table, se trouvaient également un jeune métis et deux rouquins, lesquels partageaient un air de famille flagrant. Tous semblaient avoir le même âge (ou à peu près) que Théodore et Aria se demanda si elle se trouvait en présence d'autres écoliers du mystérieux pensionnat fréquenté par son ancien voisin.

Elle sentit les bras de Lucius la faire basculer en avant pour poser ses pieds sur le sol et aussitôt, Aria en profita pour s'éloigner de quelques pas. Elle n'avait pas oublié ce que Lucius lui avait raconté sur son passé et ses agissements, et même s'il venait de la sauver des griffes d'une bande de créatures mangeuses d'âmes, elle ne lui faisait pas entièrement confiance. Derrière eux, son second sauveur, un autre adolescent dont elle avait compris que le nom était Potter, sortit à son tour de la cheminée en époussetant ses vêtements.

« Où est-ce que je suis ? », siffla-t-elle, un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.

« Chez moi », répondit Lucius en la regardant avec la même expression que le mini-Lucius assis à table. Il fit un geste en direction des autres convives. « Voici ma femme, Narcissa. Mon fils, Draco. »

Aria haussa les sourcils. Lucius, Narcissa, Draco… Ils font le concours de celui qui aura le prénom le plus pourri dans cette famille ?, ne put-elle s'empêcher de penser en observant les visages des deux autres Malfoy.

« Voici Blaise, le meilleur ami de mon fils. Et ça… », fit Lucius en désignant les deux Weasley. « Ce sont Rouquin n°1 et Rouquine n°2. »

Le rouquin n°1 poussa un long soupir exaspéré, tandis que sa petite sœur adressait un sourire d'encouragement à Aria. « En vrai, c'est Ginny et Ron. Mais Blondasse n°1 oublie tout le temps », expliqua-t-elle en désignant Lucius du doigt.

En d'autres circonstances, Aria aurait sûrement ri ou souri, mais après les événements de la matinée, elle ne parvint qu'à esquisser un rictus méfiant.

« Mademoiselle veut-elle une tasse de thé ? », fit une petite voix aiguë dans son dos. Aria se retourna… et se retrouva nez à nez avec une petite créature difforme, vêtue d'un tablier qui semblait avoir été confectionné avec un vieux chiffon à carreaux. Poussant un hurlement de terreur, Aria recula précipitamment contre un mur, saisissant au passage deux coussins et le journal à la photographie mouvante, qu'elle jeta tour à tour au visage de la créature. Celle-ci la regarda d'un air interloqué et Lucius finit par s'interposer lorsque la jeune femme tendit la main pour s'armer cette fois d'un tisonnier en fer forgé.

« On se calme, miss Stone, ce n'est qu'un elfe ! », aboya Lucius avec agacement. Mais Aria ne se décolla pas du mur. C'en était trop. D'abord les horreurs qui avaient tenté de lui sucer son esprit, et maintenant ce monstre avec ses grands yeux jaunâtres et ses oreilles pointues… qui parlait de surcroît… Si elle ne se tirait pas tout de suite d'ici, elle allait finir à l'asile. Tout le stress des derniers mois retomba alors d'un coup sur ses épaules et Aria se laissa glisser lentement sur le sol, sous le regard consterné du petit groupe, hoquetant et gémissant.

Discrètement, Narcissa fit signe à l'elfe de maison de disparaître, puis remplit elle-même une tasse de café bien noir avant de s'approcher prudemment de la jeune fille prostrée dans son salon. « Ma chérie, ce n'est rien… Bois un peu de café, ça te fera du bien. J'ai aussi du pain frais et de délicieuses confitures de-

Aria releva vivement la tête, ses cheveux en bataille collés sur son visage. « JE NE VEUX PAS DE VOTRE CAFÉ NI DE VOS CONFITURES, JE VEUX RENTRER CHEZ MOI ! », hurla-t-elle en donnant un coup de pied dans le vide. « JE SAIS QUI VOUS ÊTES ! JE SAIS QUE VOUS TORTUREZ DES GENS COMME MOI ! VOUS ÊTES TOUS DES DINGUES, VOUS LES SORCIERS ! AVEC VOS… VOS… BAGUETTES ET PUIS VOS MONSTRES HIDEUX ET... VOTRE PRISON DE TARÉS ! »

Lucius pinça les lèvres et se détourna pour s'asseoir tranquillement à table, vexé. Aria sursauta en sentant la main fraîche de Narcissa se poser sur la sienne. « Ne me touchez pas… », gémit la jeune fille en tentant de se dégager, mais Narcissa tenait bon.

« Ça va aller, maintenant », souffla Mrs Malfoy d'une voix douce. « C'est promis. »

Aria dévisagea un instant l'épouse de Lucius, interdite. Puis une à une, elle sentit toutes les barrières mentales, qu'elle avait élaborées pour rester psychologiquement solide au fil des mois, céder et déverser leur flot de sentiments de son cœur, jusqu'à sa gorge et ses canaux lacrymaux. Au moment où les bras de Narcissa Malfoy l'enveloppaient, Aria éclatait en sanglots bruyants.

A la table du salon, Draco et Blaise échangèrent un regard appuyé et le blond se tapota la tempe de l'index, avec l'air de dire « elle est folle, celle-là… ». Mais Lucius allongea aussitôt le bras et lui assena une claque retentissante sur l'arrière du crâne. Draco esquissa une grimace mais n'osa pas protester, tandis que Blaise pinçait les lèvres pour ne pas ricaner.

Il fallut à Aria plusieurs longues minutes pour se calmer et tout du long, Narcissa Malfoy la berça comme un enfant qui aurait fait un horrible cauchemar. Lorsque ses larmes se furent enfin taries, les deux femmes se relevèrent et Aria essuya son visage penaud à l'aide de sa manche.

« Je suis désolée… », gémit-elle en reniflant. « Je crois que… il fallait que ça sorte. »

Narcissa sourit et lui tapota doucement la joue avant de l'entraîner en direction de la table regorgeant de victuailles. « Tu peux rester ici autant de temps que tu le désires, Aria », lui proposa Mrs. Malfoy en lui présentant une chaise.

Aria s'assit et esquissa une grimace. « Si ça ne vous dérange pas, je préfèrerais rentrer chez moi au plus vite », répondit-elle en baissant les yeux. « Ce… ce n'est pas contre vous mais… honnêtement, je crois que les sorciers… j'ai eu ma dose. Mes parents doivent être fous d'inquiétude et mes amis aussi… » Elle fronça les sourcils. « J'ai même raté la période des examens à la fac, je vais être obligée de redoubler… »

« Tu sais, si tu penses que les souvenirs de ces derniers mois sont trop durs à supporter », commença Harry en s'approchant d'elle. « Il existe un sort pour oublier… »

Aria ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase et saisit un couteau sur la table pour le brandir dans sa direction. « Ecoute-moi bien, David Copperfield. Je te suis extrêmement reconnaissante de m'avoir sauvé la vie là-bas, tout à l'heure… Mais s'il y en a encore un qui s'approche de moi avec l'une de vos fichues baguettes, je crois que je pourrais réellement commettre un meurtre… »

Harry leva les mains au plafond et esquissa un sourire entendu. « Message reçu », ironisa-t-il en reculant prudemment. Aria lui jeta un regard méfiant. De l'autre côté de la table, Lucius termina son café, s'essuya la bouche avec une serviette en lin blanc et se leva.

« Je vais te ramener chez toi, dans ce cas », déclara-t-il d'un ton neutre. Aria avala précipitamment un toast qu'elle chipa dans l'assiette de Ron, puis un verre de jus d'orange et se posta devant la cheminée. Mais ce ne fut pas la direction que prit Lucius.

« On ne passe pas par la Cheminée ? », demanda Aria en fronçant les sourcils.

« La cheminée de tes parents est raccordée au réseau sorcier ? », demanda Lucius en haussant un sourcil.

« Euh… non, je suppose que non », marmonna Aria.

« Alors non », rétorqua-t-il en se détournant. « On sort. »

Aria lui emboîta le pas. Elle atteignait la porte de la salle à manger lorsqu'elle se figea et se retourna vers les autres. « Hum… euh… merci pour tout. Je… je suis désolé pour tout à l'heure, vous n'êtes manifestement pas tous des dingues ni des monstres et euh… voilà. J'y vais. » Avec un sourire gêné, elle disparut et suivit Lucius dans le jardin, appréciant au passage le luxe du hall d'entrée et de l'extérieur. Courant pour rattraper son ancien compagnon de prison, Aria le rejoignit à mi-chemin des grilles qui délimitaient la propriété.

« On prend votre voiture ? », demanda Aria en cherchant des yeux un éventuel véhicule. Mais il n'y avait rien. Lucius ouvrit la grille, qui grinça légèrement sur ses gonds. Il laissa Aria passer et referma derrière elle, fouillant dans un coin de son esprit pour se remémorer l'adresse des Nott. Lansdowne Road, Notting Hill à Londres. Puis il saisit le bras d'Aria et sortit sa baguette de sa canne. La jeune fille eut un mouvement de recul.

« Oh là, vous faites quoi avec ça ! », s'écria-t-elle en tentant de reculer.

« On transplane », répondit simplement Lucius avant de brandir sa baguette.

« On QUOI ? », fut tout ce qu'Aria eut le temps de crier juste avant d'être happée dans un tourbillon de sensations violentes et étranges. Autour d'elle, le monde était devenu flou et la seule chose qu'elle sentait réellement était la pression des doigts de Lucius autour de son bras. Dans un dernier sursaut, Aria se sentit éjectée du flou artistique et tomba à genoux sur le sol. Dur, gris, solide. Du bitume. Hallélujah.

Encore une fois, Aria eut l'impression qu'elle allait vomir, mais elle serra les dents et ferma les yeux. Il était hors de question de rendre le meilleur petit déjeuner qu'elle ait eu l'occasion d'avaler en près de quatre mois. Elle sentit le bras de Lucius la soulever pour la remettre sur pieds.

« Est-ce que ça va ? », demanda-t-il sur un ton affreusement ironique. Aria le fusilla du regard.

« Magnifiquement bien. Vous auriez pu me prévenir », grommela-t-elle.

« M'auriez-vous laissé faire, si je vous avais dit ce qui allait se passer ? », reprit Lucius avec un petit rire.

« Probablement pas », admit Aria en regardant autour d'elle. C'était bien sa rue. Fleurie, avec ses maisons bourgeoises typiquement londoniennes, bien alignées. La jeune fille sentit son cœur gonfler dans sa poitrine. Jamais elle ne s'était sentie aussi heureuse de rentrer à la maison.

« Qu'est-ce que vous allez leur dire ? », demanda Lucius d'une voix sombre.

« A qui ? »

« Vos parents. Vos amis… »

Aria haussa les épaules. « J'en sais rien. Vu l'état de mes fringues, je pense que l'enlèvement et la séquestration par un maniaque seraient plausibles. Je dirai que j'ai réussi à m'enfuir, mais que trop désorientée, je serais incapable de retrouver l'endroit exact où il m'a tenue enfermée. Les flics vont certainement me cuisiner mais… »

Lucius esquissa une grimace. « C'est fréquent, ce genre d'histoires chez les Moldus ? »

« Carrément. Suffisamment pour que ça soit crédible, en tous cas », répondit Aria en le regardant.

« Et après, c'est nous les dingues… », maugréa Lucius en secouant la tête. Sa remarque arracha un sourire à la jeune femme.

« Bien sûr que c'est vous. Vous avez des bestioles qui bouffent les âmes, des Furbys vivants en tablier à carreaux… et même pas de télévision », plaisanta-t-elle.

« Je n'ai absolument aucune idée de ce dont vous parlez », déclara Lucius en soupirant. Le sourire d'Aria s'agrandit, puis le silence retomba entre eux.

« Bon, je suppose qu'il va falloir que j'y aille… », marmonna-t-elle en observant sa maison, quelques dizaines de mètres plus loin.

« Bon courage », souffla Lucius.

« Merci », répondit-elle en s'éloignant. Elle avait fait quelques pas à peine, lorsqu'une vague de culpabilité la submergea. Oh et puis merde… Faisant demi-tour, elle serra de toutes ses forces Lucius Malfoy dans ses bras. Le Mangemort se raidit et lui jeta un regard curieux. Les Malfoys n'étaient pas des grands adeptes des démonstrations d'affection. A fortiori avec des Moldus. Mais Aria ne sembla même pas s'apercevoir de la gêne de son aîné. « Merci pour tout, Monsieur Malfoy. »

« Hum… oui… », marmonna Lucius en se dégageant doucement. Aria lui adressa un dernier sourire et s'éloigna pour de bon cette fois en direction de son domicile. Lucius la regarda pousser le portillon et frapper à la porte. Cette même porte s'ouvrit et Lucius entendit des exclamations, des cris et bientôt des sanglots de joie. La porte se referma sur Aria Stone et les siens, et dans un craquement sonore, Lucius Malfoy transplana.

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Peter Gordon traversa à pied le parc voisin de son appartement, pour profiter de l'ombre des arbres et se préserver de la chaleur étouffante de ce mois de juillet. Comme à son habitude, il disparut un instant derrière un épais massif de lauriers et reparut de l'autre côté, mais cette fois sous sa véritable apparence. Théodore Nott esquissa un sourire en ôtant sa veste de working boy et en desserrant sa cravate. Tout semblait aller pour le mieux, ces derniers temps. Hermione devenait docile et agréable, Gordon Laboratories venait de décrocher l'autorisation de commencer les essais sur 330 femmes en âge de procréer en France, 200 en Grande-Bretagne, 250 en Allemagne et les Etats-Unis venaient de le contacter pour développer son activité à grande échelle outre-Atlantique. Les gouvernements et Etats-Majors du monde entier s'arrachaient ses découvertes génétiques. L'argent rentrait à flot dans les caisses. D'ici une petite décennie, Théodore serait l'un des hommes les plus riches et les plus puissants de ce monde. Il vendrait alors son entreprise et vivrait de ses rentes jusqu'à la fin de ses jours sur une île paradisiaque, Hermione à ses côtés.

Le sourire de Théo s'agrandit à cette idée. Si seulement cet imbécile de Voldemort avait étudié les moldus, s'il leur avait porté toute l'attention qu'ils méritaient, il aurait compris que les véritables dirigeants du monde moldu n'étaient pas leurs institutions, leurs gouvernements, ni même leurs dictateurs ou leurs tyrans. Envisager de dominer les moldus par la guerre et par la peur, c'était se mettre le doigt dans l'œil, jusqu'au coude. Ce qui gouvernait leur monde, c'était l'argent… et les labos pharmaceutiques. Une guerre bactériologique, une épidémie meurtrière ? Pas d'inquiétude ! Allongez le pognon, nous vous soignerons. Et à voir avec quel empressement les différents gouvernements commandaient des essais cliniques d'intégration du gène magique, il était clair que les vaccins et autres médicaments n'étaient pas leurs seuls centres d'intérêt. Les modifications génétiques, une filière d'avenir, en somme.

Tout cela faisait donc de Théodore Nott un jeune homme comblé. Mais la vue d'une cape émeraude et d'un badge du Ministère de la Magie britannique au coin de la rue fit redescendre sa bonne humeur de quelques crans. Bon sang, combien de fois je leur ai répété : pas ici !

« Monsieur Nott », siffla le sorcier à la cape. Celui-ci, peu habitué à la chaleur bordelaise, transpirait à grosses gouttes sous son accoutrement.

Théodore le saisit par le bras et l'entraîna jusqu'à la porte cochère qui menait à la cour intérieure en bas de son appartement. « Qu'est-ce que vous fichez ici ? », gronda-t-il en fusillant l'homme du regard.

« Je viens de la part de monsieur le Juge… il est inquiet, Monsieur… », déclara précipitamment le sorcier.

« Inquiet ? »

« Les proches de votre jeune amie sont à votre recherche, Monsieur… », expliqua l'homme. « Ils savent que vous êtes dans cette ville. Monsieur le Juge a pourtant fait le nécessaire, mais il semblerait qu'il y ait eu une fuite du côté de l'un de nos employés. Bien entendu, le responsable a été envoyé à Azkaban sans tarder… »

Théodore pinça les lèvres. « Que recommande-t-il en ce qui nous concerne ? »

L'employé du Ministère esquissa une grimace. « L'exfiltration, Monsieur. Dans un autre pays. Probablement aux Etats-Unis, là où va bientôt s'ouvrir la plus grande branche de votre société, Monsieur. »

La mâchoire de Théo se contracta et les cartilages saillirent sous ses joues. Si Hermione se doutait un seul instant que ses amis étaient à sa recherche, elle deviendrait intenable et il n'avait pas besoin de ça en ce moment. « Je vais y réfléchir », répondit-il à l'employé, qui hocha la tête. « Maintenant, dégagez d'ici. Et ne transplanez pas dans le coin. Eloignez-vous d'au moins 1 km, est-ce que c'est clair ? »

L'homme hocha précipitamment la tête et ressortit dans la rue. Théodore soupira. Et merde… Reprenant ses esprits, il afficha un sourire de circonstance et grimpa les escaliers jusqu'à la porte de son appartement. Posant la main sur le panneau de bois ouvragé, il ferma les yeux et leva toutes les barrières magiques qu'il dressait systématiquement derrière lui en partant le matin ou en rentrant le soir. La porte s'ouvrit avec un agréable cliquetis et il pénétra à l'intérieur, avant de refermer derrière lui et de remettre les protections en place. Déposant sa veste et son attaché case dans l'entrée, il s'avança dans le salon, où Hermione semblait l'attendre, le dos tourné, le regard fixé sur le paysage qui s'étendait derrière l'une des immenses portes-fenêtres.

Théodore s'avança et la regarda. Elle ne semblait pas s'apercevoir de sa présence. Etrange.

« Hermione ? »

Pas de réponse. Son regard fixe, aux pupilles étrangement dilatées, ne bougea pas d'un millimètre. Théodore passa la main devant ses yeux, sans obtenir de réaction. Qu'est-ce qu'il lui prend ?

« Oh, Hermione ! », répéta-t-il, en la secouant cette fois.

La Gryffondor sursauta violemment et ses pupilles se rétrécirent instantanément. Elle tourna la tête et le dévisagea comme si elle le voyait pour la première fois.

« Th-théo ? », s'exclama-t-elle, ahurie. « Que… qu'est-ce que tu fais là ? »

Le jeune homme haussa les sourcils, surpris par sa question. « Euh, il est 17h30, je rentre à la maison. Enfin, normal quoi… »

La bouche d'Hermione s'ouvrit toute grande. Bon Dieu, 17h30 ? Mais je… je n'ai aucun souvenir depuis… La Gryffondor fouilla dans son esprit à la recherche de la dernière chose dont elle se rappelait. Et tout lui revint. Le livre, la dispute avec le livre, les flammes, le bibelot contre son crâne. Mais ça, c'était CE MATIN ! Qu'est-ce qu'il s'est passé depuis ? Et comment est-ce que je suis arrivée dans le salon ?!

« Hermione, tu te sens bien ? », s'enquit Théodore en posant une main sur son front.

« Quoi ? », fit-elle, désorientée. « Euh… oui… je… j'étais perdue dans mes pensées. »

« La vache », railla Théodore en inclinant la tête sur le côté. « Ça devait être sacrément intéressant… »

« De quoi ? », fit Hermione d'une voix aiguë.

« Tes pensées », répondit-il en l'analysant du regard. « Tu avais l'air à des milliers de kilomètres d'ici. » Il la considéra un instant, puis se détourna en direction du couloir.

« Où tu vas ? », demanda précipitamment Hermione en lui emboîtant le pas.

Théo laissa échapper un petit rire. « Dans ma chambre, pourquoi ? Tu veux venir ? », ajouta-t-il avec un clin d'œil coquin.

Oh mon dieu, il va voir le livre, les traces de l'incendie sûrement, sa chambre doit être un véritable bazar… il va me tuer !, paniqua Hermione tout en suivant Théodore jusqu'à la porte de sa chambre. Lorsqu'il l'ouvrit, Hermione se tordit le cou pour essayer de voir à l'intérieur. Et étouffa un cri de surprise. Rien ne laissait imaginer qu'il s'était passé quoi que ce soit dans cette pièce. Le livre n'était pas sur le lit, le plafond était toujours d'un blanc immaculé et chaque bibelot semblait à sa place. C'est impossible, je l'ai vu ! Je l'ai vu s'embraser ! J'ai vu le plafond noircir, j'ai vu les flammes lécher le lustre, j'ai vu…

« Tu es vraiment sûre que tout va bien, Hermione ? », demanda Théodore, soupçonneux.

Hermione déglutit et tourna la tête vers lui. Posant la main sur le chambranle de la porte, elle tenta de se donner une contenance. « Euh oui, … oui-oui… tout va bien… » Il faut que je lui monte un bobard, sinon il va comprendre que quelque chose ne tourne pas rond… « En fait… Je voulais simplement te remercier… »

« Ah oui ? », s'amusa Théodore en haussant un sourcil.

« Oui, tu sais … pour hier », mentit Hermione en le regardant droit dans les yeux. « La sortie, la crème glacée, le feu d'artifice… c'était vraiment génial. »

Théodore lui adressa un large sourire et l'espace d'une seconde, Hermione se surprit à le trouver séduisant.

« Tout le plaisir était pour moi », souffla-t-il en entrelaçant ses doigts avec ceux d'Hermione.

La Gryffondor fit un pas en avant et se mordit la lèvre. « En fait, j'ai même un cadeau de remerciement pour toi… », susurra-t-elle en posant la main sur la chemise de Théodore. Le jeune homme lui jeta un regard surpris mais n'eut pas le temps de demander en quoi consistait le cadeau. Hermione avait capturé ses lèvres et l'embrassait goulûment. Ce faisant, elle entreprit de déboutonner la chemise de Nott, tout en le poussant en arrière en direction de son lit.

« Qu'est-ce que tu fais… ? », demanda Théodore dans un souffle, profitant qu'elle ait abandonné ses lèvres pour s'écarter et retirer son tee-shirt et son soutien-gorge.

« Je te remercie… », répondit-elle avant d'écraser à nouveau sa bouche contre la sienne. Ses doigts fébriles s'attaquaient à présent au pantalon de Théodore et lorsque le vêtement encombrant fut ôté, Hermione poussa le jeune homme sur son lit et grimpa à cheval sur son entrejambe.

« Hermione… », gémit le jeune homme en renversant la tête en arrière. « Si tu savais depuis combien de temps, j'attends ça… »

La Gryffondor l'ignora et retira sa petite culotte avant de remonter sa jupe le long de ses cuisses. Un désir incontrôlable l'animait et lorsqu'elle se replaça à califourchon sur les hanches de Théodore, elle poussa un léger gémissement au contact de son érection.

« HERMIONE ! »

Hermione sursauta et cligna des yeux plusieurs fois. Plus de lit, plus de baisers torrides. Elle était de nouveau dans le couloir, appuyée contre la porte de la chambre de Théodore. Le jeune homme était entièrement habillé et en baissant les yeux sur son propre corps, Hermione constata qu'il ne lui manquait aucun vêtement à elle non plus. Une vision ? Bon sang, ça avait l'air tellement réel…

« Hermione, franchement, tu es sûre que ça va ? Tu as l'air bizarre… », lâcha Théodore en la dévisageant.

Rouge de gêne, Hermione crut presque à cet instant précis entendre le livre ricaner dans sa tête. Foutu bouquin de taré ! C'est lui qui m'a fait ça ?!, jura-t-elle intérieurement avant d'adresser un large sourire à Théodore. « Tout va pour le mieux ! Je voulais juste te dire merci ! Bon bah, salut ! »

Et sans un mot de plus, elle tourna les talons et s'enferma dans sa chambre, laissant sur le palier un Théodore déboussolé et sans voix.

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Mouah ah ah ah ah ah ! Vous avez eu peur, hein ? Vous y avez vraiment cru qu'elle allait coucher avec lui ! Ah ah, eh bah non c'était pas pour de vrai ! XD

Et sinon, qui qui c'est qui a vu la magnifique référence au film « La Cité de la Peur » ? Je suis sûre que y'en a qui l'ont remarquée ! Petit indice, c'est au Ministère, au moment de la libération d'Aria.
Bon, parlons peu parlons bien : comment avez-vous trouvé ce chapitre ? C'est officiellement le plus long de la fic et il se passe énormément de choses dedans… J'ai hâte d'avoir votre avis ! Je vous rappelle qu'il n'y aura pas de chapitre lundi prochain (weekend du 15 août oblige, je suis en beuverie avec des potes, c'est la tradition). En attendant vos reviews, je vous fais des gros bisous et vous dis à dans 15 jours !