Je vous ai quand même écrit un chapitre cette nuit! :p

Bonne lecture!

(je ne détiens toujours rien, blablabla...)


Ce soir-là, j'eus du mal à m'endormir.

La journée avait pourtant été agréable! Après mon retour des courses, nous avions bu une tasse de thé en parlant de l'affaire sur laquelle Lestrade avait briefé Sherlock pendant mon absence, puis nous étions allés sur la scène de crime, nous avions tous écouté les théories de Sherlock, il nous avait traités d'idiots… – une journée somme toute assez basique, donc.

Pourtant, quand nous étions rentrés à Baker Street et que Sherlock s'était enfermé dans ce mutisme troublant qui lui permettait de réfléchir, je m'étais senti incroyablement malheureux. Délaissé. Son attitude n'était pas différente de celle qu'il avait adoptée lors de nos précédentes enquêtes, mais moi, j'avais changé. Je voulais que Baker Street soit un refuge, à l'abri du monde, à l'abri des meurtres. Je voulais que mon "chez moi" soit un lieu à part, que je pourrais partager dans la sérénité avec Sherlock.

J'avais oublié que mon colocataire était un sociopathe. Ce n'était pas qu'il ne pouvait pas ressentir d'émotions, c'était juste qu'elles n'étaient pas importantes pour lui.

Je m'étais mis au lit à contrecœur, car j'avais plus envie de marcher pendant des heures que de dormir, mais je ne voulais pas laisser Sherlock seul lorsqu'il réfléchissait. Il pouvait perdre la notion du temps et se mettre à faire un boucan phénoménal à trois heures du matin – ce que les voisins ne nous pardonneraient pas une cinquième fois. J'avais finalement sorti la photo retouchée de Sherlock de mon pantalon pour la regarder un peu avant de m'endormir, et la voix de Ches' avait recommencé à me parler.

"Il est mignon comme ça, pas vrai?"

"Sérieusement? On n'utilise pas 'mignon' pour qualifier un homme, c'est… bizarre."

"C'est Sherlock. Ce qui est bizarre pour les autres est normal pour lui."

"Mouais… Je ne suis pas sûr que ça s'applique à ce genre de choses…"

"Mais il est mignon. Tu as envie de lui faire des câlins et de lui caresser les cheveux, donc tu le trouves mignon. CQFD."

"… C'est quoi ce raisonnement ab absurdo?"

"Ne discute pas, j'ai raison. Et d'ailleurs, j'ai aussi raison quand je dis que tu aimerais bien le revoir nu…"

Je me mis à balbutier mentalement. Je parlais à mon chat, et je perdais mes moyens.

Le dit chat était d'ailleurs assis au bout du lit, un sourire sur la face. Je clignai plusieurs fois des yeux, et le sourire disparut.

"Je me mets à halluciner, maintenant?"

Je soupirai et glissai à nouveau la photo dans la poche de mon pantalon avant de réessayer de m'endormir.

"Rien à faire, je pense trop pour pouvoir m'endormir. Je vais aller me faire une tasse de thé…"

".. et jeter un œil à Sherlock pour voir si tout va bien. Je viens avec toi!"

Juste à ce moment-là, Ches' sauta du lit et alla m'attendre devant la porte.

"… Bizarre. Très bizarre."

Je me levai et descendit doucement l'escalier qui menait à l'étage inférieur, Ches' sur mes talons. Sherlock s'était apparemment endormi sur le canapé. J'allai mettre l'eau à bouillir à la cuisine, puis je retournai voir mon ami dans le salon.

Il avait l'air si paisible, quand il dormait. Pourtant, je savais que son cerveau se remettrait à bouillonner dès son réveil, sans lui accorder de répit.

"Ah, Sherlock… Si seulement je pouvais te permettre de te reposer, si seulement je pouvais empêcher ton cerveau de te maintenir éveillé, de te pousser vers tes addictions… Soit dépendant de moi, plutôt, je ne suis pas dangereux, je ne te ferai pas de mal."

Ches' n'était pas avec moi, ni dans ma tête, ni à mes pieds, mais je sentis le Silence, comme un chat, se frotter à mes chevilles, comme pour me remercier de rester muet par respect pour le repos de Sherlock. J'écartai doucement ses boucles noires pour découvrir son front, sur lequel je déposai un léger baiser. Je prolongeai un peu la caresse de ma main avant de prendre la couverture qui était sur une étagère pour la poser doucement sur la silhouette endormie de mon colocataire, qui ne remuait toujours pas.

Je préparai ma tasse de thé et la bus par petites gorgées, assis dans mon fauteuil, veillant sur Sherlock. C'est là qu'était ma place, et là que je trouvai, enfin, le sommeil.

oOoOoOo

Lorsque je m'éveillai le lendemain, Sherlock était déjà levé et une odeur de brulé s'élevait de la cuisine. Moins nauséabonde que le matin précédent, mais désagréable tout de même.

En me levant, je remarquai que la couverture dont j'avais couvert Sherlock pendant la nuit me couvrait maintenant moi, et j'en conclus que mon ami m'avait rendu la pareille lorsqu'il s'était réveillé. Je le rejoignis à la cuisine, où il s'acharnait visiblement à nouveau sur des œufs.

"Bonjour Sherlock. Ça a l'air délicieux ce que tu nous fais!"

"Bonjour, John."

Je sentis l'ironie dans sa voix et je me permis de rire doucement.

"Et si je t'apprenais, Sherlock?"

"C'est quelque chose de simple, ça ne devrait pas être si compliqué."

"C'est parce que personne ne t'a expliqué… Tu veux apprendre?"

Il se retourna vers moi et je vis quelque chose que je n'avais encore jamais vu dans ses yeux : de l'insécurité. Ces yeux me disaient : "Et si je ne parvenais pas à l'apprendre malgré tous mes efforts, est-ce que je le supporterais? Est-ce que ça ne ferait pas de moi quelqu'un de banal?"

Je m'approchai gentiment de lui et posai ma main sur celle des siennes qui tenait la poêle, la pressant légèrement.

"Tout ira bien. C'est une question de température et de timing, c'est méthodique, tu vas t'en sortir."

Il acquiesça, toujours un peu incertain. Je l'aidai à nettoyer le plan de travail, puis je me mis à lui expliquer les différentes étapes de la préparation d'œufs sur le plat.

Il lui fallut deux heures et une douzaine d'œufs, mais il finit par comprendre l'enchainement des différentes étapes, et nous servit des œufs sur le plat plutôt bons, qu'il fit même gouter à Ches', qui nous avait observé en silence pendant toute la leçon.

"Merci, John."

Je levai les yeux de ma tasse de thé et lui souris.

"Merci à toi. C'était un bon moment."

Il me répondit avec un de ses rares véritables sourires, un de ceux qui montaient jusqu'à ses yeux et faisaient fondre le métal de ses prunelles.

"Il va falloir que tu te remettes à travailler, maintenant."

"Mmm. Sans doute."

Il avait l'air… déçu?

"L'affaire n'est pas très difficile, pas vrai?"

"C'est un 6. Pas très compliqué, pas très palpitant. J'ai déjà trouvé le coupable, mais je manque de preuves tangibles à présenter à Lestrade, et je vais devoir aller interroger les voisins de la victime."

"Besoin d'un coup de main?"

"Eventuellement. Si tu peux être prêt dans un quart d'heure ?"

"Je le serai."

Je pris une douche rapide et filai m'habiller dans ma chambre. Exactement douze minutes plus tard, j'enfilais mes chaussures devant la porte d'entrée.

"Bien, en route?"

"C'est parti!"

Je le suivis hors de notre appartement, jusqu'à la rue, où nous attendait un taxi. Le trajet jusqu'à la scène de crime ne dura qu'une dizaine de minutes, et nous n'eûmes pas l'occasion de discuter beaucoup. Lestrade nous accueillit sur place, avec Donovan, qui avait l'air aussi contente que d'habitude de voir Sherlock.

"Salut, crâne d'œuf. Tu as amené ton petit chien pour chercher la piste du meurtrier?"

"Ta gueule, Donovan. La chienne, ici, c'est toi."

Je ne répondis pas, mais je n'en pensai pas moins. Quant à Sherlock, il l'ignora, même si je le sentis se crisper. Quand tout le monde eut le dos tourné, je lui serrai brièvement la main, en signe de soutien. Le monde entier pouvait bien se retourner contre lui, moi je serais toujours de son côté. Et à voir le regard qu'il m'adressa à ce moment-là, il en était conscient.

Dans ma poche, ma main était encore chaude de la chaleur de la sienne.


Review? :)

A bientôt!

- Layla