Salut tout le monde ! Me revoilà avec le chapitre 10 !

Bon… On en parle de mon rythme de parution chaotique ? Non ? Cool !

Alors, je tiens à remercier toutes les personnes qui ont posté des commentaires sur les deux chapitres précédents. N'ayant pas eu le temps de répondre aux reviews dans le chapitre 9, je vais le faire maintenant, comme promis.

Nocturnis-Lepus : Merci de tes reviews ! Comme toujours, je suis bien contente de voir que tu aimes mon histoire ! J'espère que la suite ne te décevra pas !

Les-Fictions-De-Niils : J'ai trouvé vraiment super ta review sur le chapitre 9. J'ai apprécié d'avoir ton avis sur la rapidité du déroulement des événements ! Merci beaucoup !

YukikoKitamura66 : Merci d'avoir pris le temps de commenté les deux derniers chapitre ! Ça fait toujours plaisir ! Bonne lecture !

Clochann : Ah ! Tes reviews sont toujours pleine d'énergie ! J'adore ! Je suis ravie que mon histoire te plaise, et merci pour ton avis sur l'action dans le chapitre 9. Comme je l'ai dit, j'ai vraiment du mal avec ce genre d'écriture, donc je suis heureuse d'avoir des retours dessus ! Merci encore, et bonne lecture.

Tamtou : Oh oui, tu vas en savoir plus sur ce démon… J'espère que les révélations qui suivront ne te décevront pas ! En tout cas, merci de ta review !

Chapitre 10 :

A consommer avec modération… ou pas.

Elle avait beau courir, elle savait qu'elle ne parviendrait jamais à le distancer. Alors, pourquoi courait-elle ? Pourquoi diable s'épuisait-elle au point d'en avoir mal à chaque articulation ? Pourquoi s'époumonait-elle à poursuivre sa course folle ? Elle entendait son prédateur la rattraper, mais il lui était impossible de se retourner pour le voir. La peur l'en empêchait.

« Arrête-toi ! » S'écriait-elle mentalement. « Arrête-toi et meurt une bonne fois pour toute ! »

A quoi bon souffrir ainsi ? Elle se savait condamnée.

Mais il n'y avait rien à faire, ses jambes s'élançait contre son gré. La douleur en devenait insupportable, mais elle ne pouvait que courir encore et encore. Un feu ardent embrasait ses poumons, et sa gorge asséchée rendait son souffle rauque.

Une vive odeur de rouille, de sang et de pourriture se rapprochait inexorablement. L'envie de vomir ne tarda pas à grandir en elle. Et un gout de bile emplit sa bouche.

Finalement, elle sentit le prédateur agripper sa cheville. Il l'avait eu. Haruka chuta, s'écrasant lamentablement au sol, parmi les feuilles mortes et la mousse d'une forêt d'automne. Au-dessus d'elle, la rousse sentait la chose et son regard ardent sur sa nuque. Tout son corps lui hurlait de ne pas se retourner, et de garder la tête enfoncé dans les feuillages et la mousse humide. Pourtant, lentement, elle roula sur le dos et huma l'air. Plus de rouille, ni de sang, ni de pourriture. Juste un agréable parfum sucré. Ses yeux rencontrèrent ceux de Mephisto. Il se léchait les babines. Etait-ce là le monstre qui la poursuivait ? Qu'avait-elle à craindre du directeur ? Il l'avait sauvé, et il sentait bon.

- Je n'ai rien à craindre de vous, n'est-ce pas… murmura-t-elle en prenant le visage de Mephisto dans ses mains.

- Au contraire, lui répondit-il en posant ses lèvres sur les siennes.

Si le contact fut agréable durant quelques secondes, il en devint rapidement douloureux. Incroyablement douloureux. Dans un cri, la jeune femme se rendit compte qu'il lui dévorait littéralement les lèvres. Il arrachait à pleine dent de large morceau de chair. Le sang de la rousse coula dans sa gorge, et tâcha de rouge la mâchoire du démon. Haruka avait beau se débattre de toutes ses forces, il ne la lâchait pas, continuant de lacérer sa bouche à l'aide de ses canines aiguisées.

- Donne-le-moi, grondait-il contre ses lèvres. Donne-le-moi ! Grondait Mephisto dont le visage déformé par une expression de rage était méconnaissable.

Après avoir arraché toute la partie inférieur du visage de la jeune femme, à tel point que les os de sa mâchoire étaient visible, le démon se redressa légèrement. Son habituel sourire aux lèvres, il se mit à caresser tendrement les cheveux roux de l'humaine. Le sang de celle-ci goutait le long de son menton.

Elle aurait voulu lui demander pourquoi. Pourquoi la faisait-il souffrir ainsi ? Que voulait-il d'elle ? Mais seul un gargouillis sanguinolent résonna du plus profond de sa gorge.

- Tu n'as rien à craindre de moi… Ronronna-t-il alors que d'immenses bois poussaient sur ses tempes.

Ses yeux verts changèrent de couleur pour devenir d'un jaune inquiétant et perçant. Le décor forestier se déroba, s'estompant peu à peu. Haruka se trouvait maintenant dans cette pièce obscure et humide, entouré des nombreux cadavres tuméfié en putréfaction. De nouveau l'odeur était devenue insupportable. Cette fois-ci, elle ne put s'empêcher de vomir. L'odeur rance de vomit s'ajoutant à toutes les autres.

- Tu m'appartiens ma chère Haruka, entendit-elle le démon lui susurrer à l'oreille.

Se redressant vivement dans un cri strident, Haruka eut comme premier réflexe de poser ses mains tremblantes sur sa mâchoire. Malgré que celle-ci fut intacte, la rousse n'en fut pas soulagée le moins du monde. L'odeur nauséabonde de son cauchemar hantait encore ses narines.

- Cauchemar ? Entendit-elle à quelques mètres d'elle.

Haruka sursauta en reconnaissant la voix de Mephisto. Après un tel cauchemar, elle ne trouvait pas sa présence rassurante. Consciente de la puérilité de ce sentiment, elle se massa les tempes et tenta de reprendre son calme. Il l'avait sauvé, elle n'avait rien à craindre.

- Hmm, finit-elle par répondre en lui jetant un bref coup d'œil.

Assis près de la fenêtre, il jouait à la console comme si de rien n'était, comme si rien de tout ce qui s'était passé durant la nuit n'avait pas eu lieu. Avec un peu de chance, c'était le cas. C'est en tout cas ce qu'espérait Haruka. Seulement, la douleur qui assaillit son nez lui prouva le contraire. Elle le toucha du bout des doigts, alors que Mephisto posait enfin sa console. Il fit pivoter son visage vers celui de la rousse. Un sourire flottait sur son visage.

- Quel genre de cauchemar ? Demanda-t-il en s'accoudant au rebord de la fenêtre.

- Le genre qui fiche la trouille…

Les poils de ses bras se hérissèrent en repensant à la douleur qu'elle avait éprouvée quand Mephisto lui avait arraché la mâchoire.

- Ça, je m'en suis rendu compte tout seul.

Il attendit que la jeune femme daigne enfin lui donner quelques détails. Ce qu'elle ne tarda pas à faire, le cœur battant.

- D'abord une course poursuite à laquelle je ne peux échapper. Ensuite, vous. Vous m'emb…Vous me bouffer toute la partie basse du visage, puis vous vous transformez en ce démon. Et je me retrouve dans son harem de cadavre… Et cette odeur immonde… Tellement immonde…

Haruka prit sa tête entre ses mains. L'unique souvenir de son cauchemar et de tout ce qu'elle avait vécu durant la nuit suffisait à la faire trembler de peur. Elle se sentait si faible et impuissante.

- Habituez-vous… Vous en aurez d'autres des cauchemars de cet acabit après ce que vous avez vécu hier soir.

- Je… Je vais devenir timbré…

- Je veillerais à ce que ce ne soit pas le cas, sourit-il en regardant la montagne illuminé par ce soleil radieux.

- P-Pourquoi ? Pourquoi vous m'avez envoyé l-là-bas ?

Après cette nuit de repos, il lui apparaissait comme évident que bien que Mephisto l'ait sauvé, il était également la personne qui l'avait envoyé dans cette horrible aventure.

- Voyez cela comme un test... J'étais certains que vous aviez plus de courage que vous ne le disiez, alors je m'en suis assuré avec cette petite mission. Vous craignez les démons et pourtant, vous avez aidé cette gamine à s'évader. Le métier d'exorciste ne sert pas juste à exterminer des démons. Nous avons le pouvoir de sauver des vies, c'est aussi cela que je voulais vous montrer en vous envoyant dans cet endroit.

Haruka baissa les yeux, fixant ses mains. Ce genre de discours ne ressemblait pas vraiment au personnage. Sans doute avait-il appris par cœur ces quelques phrases pour ressembler aux humains -avec leur sens de la justice et leur amour du prochain- mais il ne devait qu'à peine en comprendre le sens profond de ce qu'il disait. Mephisto était un démon, et ses paroles ne semblaient être qu'une couverture pour éviter qu'on le remarque.

- Je n'ai sauvé personne… Vous nous avez sauvées.

Les larmes lui montèrent aux yeux, mais dans un reniflement peu gracieux, elle les ravala. Pleurnicher comme une enfant ne l'aiderait en rien, surtout devant Mephisto.

- Hm… Pour tout vous dire, je ne m'attendais pas à ce que vous terrassiez un démon aussi dangereux que lui. C'est pourquoi j'ai appelé du renfort. Comme je vous l'ai dit, c'était pour tester votre courage.

- Qu'est-il devenu ce mons… ce démon ? Vous l'avez tué ?

- Nous nous sommes contentés de le sceller à vie dans cette pièce sombre où il enfermait ces jeunes femmes. Il s'agissait d'un immortel. Nous ne pouvions rien faire d'autre.

Haruka manqua de s'étouffer. Un immortel ? Rien que cela. Savoir qu'un tel monstre puisse être encore en vie la rendait nerveuse.

Un coup d'œil à son humaine fit comprendre à Mephisto qu'il faudrait du temps à la rousse pour se remettre de ses émotions. C'était pour le mieux. Elle en était d'autant plus fragile et donc, d'autant plus facilement manipulable.

- Ne broyez pas du noir à ce point… La vie continue, soupira-t-il.

- Pas pour toutes ces filles mortes… D'ailleurs, un fantôme m'a guidé dans la maison… Vous savez ce qu'il est devenu ?

- Oui. Il a disparu pour de bon, lorsque mes hommes ont extirpé son cadavre de cet infect sous-sol.

- Pourquoi avait-elle la bouche cousu ? Pourquoi Elys l'avait-elle également ? Pourquoi gardait-il ces femmes prisonnières ?

Une multitude de question lui vrillaient l'esprit maintenant que tout était fini. Tout se bousculait dans sa tête, et il lui était compliqué de faire le tri. Après un bref silence, Mephisto répondit :

- L'amour tel que tu te l'imagine n'existe pas chez les démons. La seule chose qui s'en rapproche vaguement est un vif désir de possession.

Haruka arqua un sourcil. Pourquoi lui parlait-il de cela ? Elle ouvrit la bouche pour lui faire remarquer qu'il s'égarait, mais il reprit aussitôt.

- C'est vouloir ardemment quelque chose, continua-t-il. La manière de l'obtenir importe peu. Ce démon kidnappait des femmes avec un profil physique très semblable, et les enfermait pour les garder avec lui. Peu lui importait qu'elles soient heureuses ou non. Peu lui importait qu'elles le détestent ou non. Son seul souhait était de les avoir pour lui, et pour lui seul. Et visiblement, il les préférait silencieuse.

Il marqua une pause, le regard toujours rivé sur le sommet de la montagne au loin. Haruka n'en croyait pas ses oreilles. Mephisto souhaitait-il lui faire croire que ce démon était tout simplement « amoureux » de ces femmes ?

- Plus un démon prend en compte les sentiments humains, moins ce genre d'incident arrive.

- Que voulez-vous dire ? L'interrogea la rousse perplexe.

- Ce démon n'en avait cure des sentiments humains, c'est pourquoi il ne se souciait guère de leur confort ou de leur bien-être. En revanche, il existe des démons qui parviennent à établir des liens avec des humains en prêtant attention à ce qu'ils ressentent. Par exemple, au lieu de les enfermer dans un sous-sol poisseux et obscur, ils font en sorte que l'humain en question souhaite rester de son propre chef. Pour le démon, cela ne change pas grand-chose. Il possède son humain, point. Mais pour ce dernier, la différence est palpable. Cela évite des séquestrations comme celle dont vous avez pu être témoin.

Le procédé paraissait totalement fou aux yeux de la rousse. Son estomac se noua alors qu'un ancien rêve lui revenait en mémoire.

- L'amour… Songea-t-elle à voix basse avant de reprendre plus vivement. Un humain amoureux restera de son propre chef…

Les yeux brillant, Mephisto se tourna vers elle.

- Exactement, confirma-t-il un large sourire inquiétant aux lèvres.

Haruka frissonna, et les poils de ses bras se dressèrent sur sa peau. Elle avait soudainement froid, et peur. Elle tenta de cacher au démon la crainte que tout cela lui inspirait. Etait-ce véritablement de cette manière que les démons aimaient ? Non, comme Mephisto le lui avait dit, ce n'était pas de l'amour. Aux yeux de la jeune femme, il ne s'agissait que d'un caprice. Comme un enfant qui souhaite ardemment un jouet, quitte à le volé pour se l'accaparer.

La rousse s'inquiétait. Un lointain rêve lui revenait en mémoire, avec la brutalité d'une claque en pleine figure. Une nuit, Mephisto l'avait visité durant l'un de ses songes nocturnes. Il lui avait demandé son amour. En repensant à ce rêve, dans la situation actuel, il prenait une dimension tout autre. La brune détourna les yeux, pour fixer le paravent en bois dans la pièce.

Avait-elle véritablement rêvé cette nuit-là ? La coïncidence entre les explications de Mephisto, et les paroles qu'il avait prononcé durant son rêve était troublante. En biais, elle jeta un œil au démon. Il la regardait toujours. De nouveau un frisson la parcourut, plus glacial encore que le précédent.

Mais Mephisto ne lui laissa guère le temps d'approfondir ses réflexions et ses questionnements, de sa voix enjouée il s'exclama, tout sourire :

- Vous devez avoir faim ! Venez, nous allons manger.

Haruka acquiesça, bien qu'elle ne se senti pas capable d'avaler quoi que ce soit. L'idée même de se retrouver en face d'un plat quelconque lui donna un haut-le-cœur. Avant de sortir, Mephisto lui donna un kimono. Elle l'enfila alors que le démon quittait la pièce, et partit le rejoindre une fois habillé. Haruka se sentait un peu plus légère, maintenant qu'elle était débarrassée de ses vêtements poisseux et puant, même si l'odeur lui collait encore à la peau. Elle en remarqua à peine les hideux motifs multicolores qui ornaient son kimono.

OoO

Plongée dans ses pensées, Haruka ne prit nullement le temps de contempler le paysage qui défilait sous ses yeux. Elle et Mephisto avaient repris la route rapidement après avoir mangé. Le démon s'exclamant qu'il avait du pain sur la planche à l'académie, et qu'il n'avait guère de temps à perdre. Haruka devait-elle lui rappeler qu'il était le maître du temps ? Et que de ce fait, il n'avait pas à se plaindre de manquer de temps. Il avait la capacité de l'arrêter autant qu'il le souhaitait.

Tous deux assis dans la limousine, ils rentraient donc à l'académie. Cependant, le voyage de retour fut bien plus long et laborieux aux yeux de la rousse. Muré dans un silence de plomb, le démon semblait absorbé par toutes sortes de réflexions. Haruka, elle, n'avait pas le cœur à engager une quelconque conversation. Les horreurs qu'elle avait pu voir la hantait. Et elle avait beau tenter de se sortir de la tête les événements de la nuit, ils revenaient inlassablement dès lors qu'elle fermait les yeux.

Mephisto déposa la jeune femme devant chez elle, et Haruka regarda l'immonde limousine rose fusé à toute vitesse en direction de l'académie. Elle redoutait de se retrouver toute seule, mais elle refusait de demander à Mephisto de rester avec elle. Elle l'avait déjà fait cette nuit, et elle en était déjà assez contrariée. Elle lui avait fourni là un nouveau moyen de se moquer d'elle, même si jusque-là il s'était abstenu. Pis encore, le baiser qu'elle lui avait offert lui restait en travers de la gorge.

« Comment j'ai pu faire une telle chose ?! » S'insurgeait-elle sans cesse mentalement.

Mais là non plus, le démon n'y avait fait aucune allusion. Haruka doutait franchement qu'il eut oublié. Il attendait juste le bon moment pour le lui rappeler. Cependant, tout cela était secondaire. D'autres pensées, plus sombres et inquiétantes, la hantaient.

Pour relaxer son esprit et vider sa tête de tous ces événements, Haruka se prépara un bon chocolat chaud, et se fit couler un bain. Elle se téléchargea également une série télévisé, et passa le reste de sa journée blottit sous sa couette devant la télé. Son petit chien blanc n'étant pas présent, elle se sentait plus seule et fragile que jamais. Le silence régnant chez elle la rendait mal à l'aise.

Et le soleil qui se noyait dans l'horizon peu à peu. Bientôt, la nuit tomberait et cette idée la terrifiait. Alors même que le soleil n'avait pas encore totalement disparu, Haruka alluma toutes les lumières chez elle. Mais cela ne fut pas suffisant. Une terrible angoisse lui rongeait l'estomac. Elle ne pouvait guère rester une minute de plus seule chez elle.

Enfilant à la hâte des vêtements, elle sortit finalement de chez elle, bien décidé à passer sa soirée dans un endroit bondé de monde. Elle n'eut aucun mal à trouver, en marchant quelques minutes, un bar bruyant d'où émanait une forte odeur d'alcool et de sueur. Sans même y réfléchir, elle entra et vint s'installer au bar. Ce genre d'endroit lui était totalement inconnu. A tel point que quand le barman vint prendre sa commande, elle ne sut quoi répondre.

« Mais qu'est-ce que tu fiches là Haruka ! » S'indigna-t-elle silencieusement.

Elle ouvrit la bouche pour commander un verre d'eau, mais avant même qu'un son n'ait franchit ses lèvres, une main se posa sur son épaule et l'ont commanda à sa place. Un visage légèrement familier vint s'asseoir à côté d'elle. Le dévisageant un court instant, elle le reconnut enfin.

- Vous êtes Kazuki ! Cria-t-elle espérant que sa voix surplomberait le gigantesque capharnaüm ambiant.

L'homme lui sourit et acquiesça, heureux. Le simple fait qu'elle l'ait reconnu paraissait le combler. Il était l'un de ses collègues de travail, également professeur. Après tous ces événements, les souvenirs de leur première discussion lui semblaient lointains. Kazuki se pencha à son oreille.

- Désolé, j'ai commandé à votre place ! Mais vous aviez l'air perdu !

Il se mit à rire. Visiblement, il était là depuis plus longtemps qu'elle et l'alcool avait déjà eu le temps de l'égayer. Lui, ses larges sourires sincères et ses rires bruyants réchauffaient le cœur de la rousse. Ils se mirent à parler, tentant tant bien que mal de se comprendre malgré l'insupportable boucan.

Ils discutèrent brièvement de travail, avant de passer à d'autres sujets, moins scolaire. Alors qu'ils commençaient tout juste à parler de leurs hobbies, un groupe de musique vint s'installer au fond du bar. La minute suivante, il n'était plus possible de parler. Ils se contentèrent donc d'écouter le groupe, se jetant de temps à autres quelques regards. Le temps passa, et Haruka bu verre après verre. Au bout d'un moment, elle cessa de les compter et se leva pour aller danser, un énième cocktail à la main. Se rendant compte que sa propre timidité s'estompait à mesure qu'elle buvait, elle commanda un autre cocktail dès que son verre fut vide. Et elle passa ainsi une grande partie de la soirée à danser et boire.

L'odeur d'alcool et de sueur finirent par ne plus la déranger. Haruka trouva même presque agréable l'ambiance chaude et moite présente dans le bar. Elle dansait encore et encore, à en avoir mal partout. Pour oublier la douleur, elle engloutissait d'une traite des cocktails, les uns après les autres. La musique lui vrillait les tympans. Elle n'entendait plus que ça, ainsi que son cœur tambourinant dans sa poitrine. Le reste était superflu et lointain.

Elle ressortit finalement du bar en rigolant à gorge déployé. Elle ne se rappelait déjà plus de ce qui la faisait rire, mais elle en rigolait. Elle était accompagnée de Kazuki et ils se soutenaient mutuellement, l'alcool les faisant tanguer dangereusement.

Plusieurs fois, Haruka trébucha lamentablement entrainant dans sa chute son collègue. Ils finirent par arriver devant chez elle. Kazuki, dans une révérence grotesque, la salua.

- Je vous souhaite… Bonne nuit ! Cria-t-il en hoquetant.

Et de nouveau, Haruka partit dans un fou rire. Elle s'accroupit au sol, les larmes aux yeux tandis que son compagnon de beuverie commençait à s'éloigner. Ce n'est qu'une fois qu'il eut disparu à l'angle de la rue qu'elle se redressa, toujours secouer par quelques éclats de rires. Mais son cœur se serra, et son sourire disparu peu à peu.

Elle se retourna, non sans avoir un soudain vertige, et avança vers la porte de chez elle. Dès qu'elle eut refermé derrière elle, un silence de plomb l'accueillit. Instantanément, elle souhaita ressortir et hurler à son collègue de rester avec elle. Elle n'eut guère le temps de mettre son plan à exécution. Une voix qu'elle ne connaissait que trop bien maintenant s'éleva à l'autre bout du vestibule.

- C'est à cette heure-ci que l'on rentre, jeune fille ?

Mephisto, adossé au mur, la regardait avec un étrange sourire. Les lèvres de la rousse s'étirèrent doucement en un large sourire, et elle s'élança vers le démon. Elle vint l'enlacer, avec la même vigueur que si elle venait de retrouver un vieil ami. L'odeur sucrée de son directeur excentrique emplit ses narines, et elle en vint à fermer les yeux tandis qu'il lui tapotait le haut du crâne.

- Mauvaise fille, lui chuchota-t-il au creux de l'oreille.

Haruka s'écarta légèrement, ses bras toujours fermement nouer autour de la taille de Mephisto. Elle leva ses yeux voilés par l'alcool vers lui. Il souriait sombrement, pas comme à son habitude, et ses prunelles brillaient d'une lueur inquiétante. Pas assez sobre pour le craindre, la rousse se contenta d'hausser un sourcil et de répondre sévèrement :

- Je ne suis pas mauvaise.

Il était impossible de la prendre au sérieux, malgré ses sourcils froncé. La moue qu'elle arborait la rendait juste ridicule. Mephisto emprisonna le visage de son humaine entre ses mains, la forçant à établir un contact visuel. Il la savait saoul. Il lui était même impossible de l'ignorer, tant l'haleine d'Haruka suintait l'alcool.

- Si. Avec qui étiez-vous ?

- Kazuki, un collègue.

Les mains du démon se resserrèrent sur son visage tel un étau, mais la rousse n'en fut pas effrayée. Simplement surprise des pressions qu'il exerçait sur ses joues et ses tempes, elle se contentait de le regarder.

- Ne regardez personne d'autre que moi, ma chère. Sinon, je vais devoir le faire disparaître, lui aussi.

La rousse ne comprit pas ce dont il parlait. Elle était totalement absorbée par les prunelles vertes du directeur. A vrai dire, malgré la lueur dangereuse qu'elle y percevait, Haruka les trouvait magnifique. Sans vraiment se rendre compte de ce qu'elle faisait, elle porta ses mains à celles de Mephisto. Aussitôt, ce dernier desserra légèrement son emprise sur le visage de son humaine.

- Vous avez de beaux yeux… Murmura-t-elle sous le charme.

Lentement, les yeux d'Haruka glissèrent direction des lèvres de son vis-à-vis. Son cœur se mit à battre rapidement, alors qu'elle remarquait son irrésistible envie d'embrasser le démon. Loin d'être aveugle, Mephisto sentait sans mal la nouvelle tension qui habitait la jeune femme.

- Vous souhaitez encore me remercier ?

Un baiser en guise de remerciement, c'est ce qu'elle lui avait donné la nuit précédente. Et elle n'avait qu'une envie : réitéré son geste. Ses yeux luisaient d'un désir nouveau. Mephisto, lui, était en plein combat intérieur. Soit il la laissait l'embrasser, sachant qu'elle regretterait son geste une fois sobre, ce qui compliquerait ses plans par la suite. Soit il la repoussait, quitte à passer à côté de l'occasion d'enfin la sentir contre lui.

- Vous n'allez pas me laisser toute seule, hein ? Chuchota-t-elle véritablement inquiète.

- Si je vous laisse seule, rien ne me dit que vous n'allez pas courir rejoindre l'autre imbécile. Et ça, il en est hors de question.

Son habituel sourire lui revint.

- Vous n'appartenez qu'à moi, ma chère.

- D'accord, chantonna-t-elle en rigolant, le véritable sens des mots du démon lui échappant.

Trop saoul pour se rendre compte de ce que Mephisto était en train de lui dire, elle se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa. D'abord avec douceur, puis à mesure que le démon répondait à ses attentes, elle y donna une toute autre envergure. Elle enroula ses bras autour du cou du directeur et écrasa son visage un peu plus contre le sien.

Un agréable frisson la parcourut, alors qu'elle mettait fin au baiser en mordillant la lèvre inférieur de Mephisto. Elle leva les yeux vers lui. Il avait les yeux brillant, et un sourire amplement satisfait. Haruka se pencha de nouveau pour nouer leurs lèvres, mais à contre cœur le démon s'écarta.

- Ne faites rien que vous pourriez regretter.

Ce n'était certainement pas les mots qu'il avait envie de prononcé. Mais son but ultime était de faire en sorte que la jeune femme tombe amoureuse de lui, et non qu'elle lui saute dessus après une soirée bien arrosée. Il aurait tout le loisir de jouer avec elle, une fois qu'il serait certain qu'elle ne le quitterait plus.

Haruka hésita un instant, et laissa tomber ses bras mollement le long de son corps. Mi vexée mi agacée, elle soupira longuement. Elle tangua jusqu'à son canapé sur lequel elle s'affala lourdement, et croisa les bras sur sa poitrine. Avoir été éconduit ne lui plaisait pas franchement.

- Si vous avez encore envie de me sauter dessus une fois que vous serez sobre, je vous laisserais faire, promis Mephisto en lui adressant un de ces clin d'œil dont il avait le secret.

Haruka ne parut pas satisfaite de sa réponse, et détourna le regard. Elle fixa longuement un point invisible au plafond, jusqu'à ce que Mephisto ne vienne s'asseoir à côté d'elle. D'une pression sur sa joue, il la força à tourner son visage vers lui.

- Reposez-vous. Vous aurez besoin de toutes vos forces demain matin.

- Demain matin ?

- Vous reprenez vos cours demain, lui rappela-t-il alors qu'un large sourire fendait son visage démoniaque.

En réponse, Haruka se contenta de grommeler quelques mots inintelligibles. Elle abdiqua finalement, et s'allongea sur le canapé, la tête sur les cuisses du démon. Elle se sentait en sécurité, là, aux côtés du maître du temps. Le monde lui semblait moins hostile, moins terne et terrifiant.

- L'alcool vous rend bien entreprenante…

Un bâillement arracha une grimace à la rousse.

- Et vous ? L'alcool ça vous fait quoi ?

- Pas grand-chose je dois avouer…

Il soupira, et afficha une mine déconfite aussi peu crédible que ridicule. Pourtant, la jeune femme dont les yeux voilés ne semblaient plus voir grand-chose, crut véritablement à sa détresse. Elle arbora un visage sérieux, et le rassura en caressant son visage d'une main maladroite.

- Vous avez pas besoin de boire vous… On dirait que vous êtes constamment bourré !

Elle marqua une pause, tandis que Mephisto haussait un sourcil interrogateur.

- C'est vrai quoi, repris la rousse plus sérieuse que jamais. Pour porter des fringues pareilles faut être sacrément perché, non ?

- Vous n'aimez pas mes vêtements ?

Détaillant les vêtements du démon, comme pour se les remémorer, elle finit par hausser les épaules.

- Bah, je commence à m'y faire en fait.

Mephisto caressa évasivement les cheveux d'Haruka. Son sourire flottait inlassablement sur son visage. Le cerveau de la rousse faisait abstraction de ce sourire qui habituellement l'intimidait, voir l'apeurait. L'instant était juste parfait. Le bruit lointain de la circulation routière ne la gênait pas, et la respiration de Mephisto l'apaisait. Elle commençait à s'endormir, là, la tête posée sur les jambes du maître du temps et de l'espace.

Elle ferma les yeux, mais alors que Mephisto aurait juré qu'elle s'était endormit, elle ouvrit la bouche pour marmonner tristement :

- Je vous plains franchement…

- Pourquoi ? Chuchota Mephisto intrigué.

- Ça fait combien de centaines d'années que… que vous errez sur terre ? Des dizaines ? Vous devez vous… vous ennuyez à force…

La jeune femme lutait pour rester éveillée.

- Je trouve toujours de quoi s'occuper, ma très chère Haruka.

Et en ce moment il était bien occupé entre les périples de son jeune frère, et ses manigances pour attirer la rousse à lui. Il n'avait pas à se plaindre.

La nuit d'Haruka ne fut tourmentée par aucun cauchemar, l'alcool y étant certainement pour quelque chose. Quand elle se réveilla mollement le lendemain, outre le mal de crâne qui l'assaillit, elle eut l'impression d'ouvrir les yeux après un sommeil de plusieurs années. Elle se trouvait allongée dans son lit, recouverte par sa couverture d'où flottait un parfum sucré. Cette odeur, elle commençait à la connaître.

Mais aussitôt qu'elle eut identifié son propriétaire, un flash déplaisant lui revint en mémoire. Son visage vira écarlate. Certes, son souvenir était flou, mais elle le savait bien réel. Elle en sentait presque encore la sensation sur ses lèvres. Horrifiée, elle poussa un long gémissement plaintif avant de se cacher sous sa couette. Un violent mal de crâne s'ajouta à son désespoir.

Le visage enfouit dans son coussin, elle marmonna, dépitée comme jamais :

- J'ai encore embrassé Mephisto…

Se maudissant mille fois pour sa stupidité, elle songea un instant à rester dissimulé sous ses draps à vie. Mais un petit chien blanc sauta sur le lit et aboya gaiement, comme l'invitant à se lever pour aller passer une merveilleuse journée.


Petite information ! J'ai commencé à réécrire mes premiers chapitres ! Je ne pouvais plus supporter de les voir aussi éloigné de ce que j'écris maintenant. Je ne change absolument pas le déroulement de l'histoire (ou alors que sur certaines choses comme des descriptions, mais c'est assez anodin). En fait, je garde la même base. Il y aura simplement moins de fautes, et un peu plus de descriptions.

Je ne sais pas encore quand je vais les poster, mais attendez-vous à voir un petit peu de changement dans les premiers chapitres.