Salut everybody ! How are you ? J'espère que vous allez bien !

Me voilà de retour pour un nouveau petit chapitre qui, j'espère, vous plaira.
Je tenais à remercier tous ceux qui m'ont laissé des reviews pour le chapitre précédent, et concernant mon histoire en général. Je ne le dirais sans doute jamais assez, mais c'est grâce à votre soutien que je continue à publier ! Alors, merci à vous tous.

Mawion34: D'abord merci beaucoup de ta review ! Je suis contente que mon histoire te plaise ! Pour ce qui est de la suite, comme tu peux le voir, oui j'en fais une. Simplement, il faut s'armer de patience (de beaucoup de patience), car je suis un mollusque de la publication. Bref, en espérant que ce chapitre te plaise.

Guest: Waouh ! Quel message adorable ! Merci beaucoup ! Je suis toute émue et heureuse ! Voilà donc pour toi la suite de l'histoire ! J'espère que ça te plaira ! Ta tape dans le dos a été efficace : elle m'a aidé à avancer ! A toi, chère lectrice, merci beaucoup.

M: Oh, une chapitrovore ! Et fan de Mephisto en plus de cela ! Il s'agit également de mon personnage préféré ! Je te souhaite une bonne lecture pour ce nouveau chapitre !

Cilreth: Oh, encore une review qui fait rougir ! Merci beaucoup pour tous ces mots gentils ! Ils me vont droit au coeur ! Merci de ton soutien ! En espérant que ce chapitre soit à la hauteur de tes espérances !

Ai - Neha : Ne t'excuse pas voyons ! La review n'est pas obligatoire (même si elle fait grandement plaisir !) ! Oh ! Tu es donc devenu une lectrice endurcie de Blue Exorcist ! Mais les scans de Blue Exorcist n'étant plus traduit en français (à ma connaissance), il nous faut maintenant les lire en anglais ! Ça fait travaillé les petits méninges !
Oh, une fanfic sur Amaimon ! Intéressant ! Je ne te promets pas de pouvoir aller voir ça tout de suite, mais je prends note de l'existence de ta fanfic ! J'irais jeter un oeil prochainement.

Les-Fictions-De-Niils: Comme toujours, tes commentaires me font super plaisirs ! J'adore ! Merci beaucoup ! J'espère de tout coeur que ce chapitre te plaira autant que le précédent. Et surtout, merci de suivre cette fanfiction malgré les délais de parution aberrant !

Chapitre 11 :

L'ignorance est une… une quoi ?

L'ignorance est une bénédiction. Où avait-elle entendu cette expression déjà ? Bien qu'aucun souvenir ne lui revînt concernant son origine, elle n'en approuva pas moins le sens. Pour la première fois, elle se surprenait à penser que ne rien savoir pouvait être gratifiant. Bien entendu, elle, elle savait. Elle savait, et le regrettait amèrement.

Que n'aurait-elle pas donné pour tout oublier et repartir de zéro ?

A chaque fois qu'elle repensait aux motivations qui l'avaient poussé à découvrir les secrets de Mephisto en début d'année, elle éprouvait une soudaine envie de se gifler. Pourquoi diable avait-elle été si curieuse ? N'aurait-elle donc pas pu se mêler de ses affaires ? Aujourd'hui, elle se sentait si bête de ne pas avoir écouté les menaces du directeur. Apeurés à l'idée de se faire découper en rondelle -ou quelque chose du genre- elle se serait concentré à faire comme si de rien n'était. Elle n'aurait pas cherché à en savoir plus sur les exorcistes. Elle aurait continué à vivre dans l'ignorance la plus totale, à vivre paisiblement.

Mais le destin en avait décidé autrement.

Ce jour-là, elle s'était servi de cette fichue clé pour aller espionner Shima et ses amis. Elle s'en était servie pour assouvir cette stupide curiosité l'animant ! Dieu qu'elle regrettait son geste aujourd'hui. Le chemin sur lequel cela l'avait mené était parsemé d'embuches. Ou plus particulièrement, d'une embuche redondante : Mephisto.

Cet énergumène aux origines effrayantes, au regard perçant, au sourire sournois et cynique. La personnification même du mystère. Elle ne savait rien de lui, et pourtant lui paressait tout savoir d'elle. Pour dire ! Elle n'avait même pas été capable de se rendre compte qu'il s'agissait d'un démon. Mais même cela, aujourd'hui, elle regrettait de le savoir aussi.

Et par deux fois, elle l'avait embrassé ! Par deux fois, son corps avait agi avant même que son cerveau n'ait eu le temps de penser quoi que ce soit. Pourquoi ? Cette question la taraudait, pourtant la réponse n'était guère complexe à trouver. Ce démon l'attirait, tout autant qu'il la révulsait.

Elle détestait chez lui, sa manière d'être et de se comporter, le délire de grandiloquence qui l'habitait et cette suffisance dont il savait faire preuve quand il s'adressait à elle. Et pourtant, elle ne parvenait pas à le haïr. Quand bien même il l'avait envoyé dans cette sombre forêt pour affronter un monstre fou et meurtrier. Malgré cela, comment aurait-elle pu le détester ?

Haruka éprouvait pour lui une étrange fascination mêlée d'admiration. Mephisto était tout ce qu'elle ne serait jamais : quelqu'un de puissant, d'incroyablement intelligent et d'influent. Elle n'était qu'une petite humaine qui, par on ne sait quel miracle, était parvenu à attirer l'attention du maître du temps.

Néanmoins, elle se surprenait à penser souvent :

« Si seulement je ne l'avais jamais rencontré ! »

Et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de trouver sa compagnie rassurante. Cette nuit-là, quand l'alcool avait enivré ses sens, elle se souvenait nettement du bonheur qui l'avait soudain traversé quand elle avait aperçu le démon dans le vestibule. Elle se souvenait nettement du sentiment de soulagement qui l'avait envahi. Un tel soulagement qu'elle en avait oublié de réfléchir aux conséquences de ses actes : elle lui avait sauté au cou, et l'avait embrassé sans même se demander ce qu'il adviendrait ensuite. Seul l'instant présent avait eu de l'importance.

Elle se rappelait également des mots qu'il avait prononcés : « vous n'appartenez qu'à moi. ». Si Haruka avait toujours eu des doutes quant aux intentions du démon, elle en avait encore plus maintenant qu'il avait prononcé ces mots. Que lui voulait-il exactement ? Caché au plus profond d'elle-même, la réponse évidente menaçait de venir éclater au grand jour à tout moment. Et c'est pourquoi elle aurait préféré resté dans l'ignorance, plutôt que d'écouter ces doutes commençant à s'insinuer en elle.

Le vent s'engouffra soudainement dans sa chevelure, ébouriffant grossièrement son épaisse crinière rousse. Plongeant une main dans le flot de ses cheveux, elle tenta de se recoiffer brièvement. Son cœur s'affolait dans sa poitrine à mesure que le soleil s'évanouissait à l'horizon. Elle n'avait aucune envie de voir le monde disparaître dans l'obscurité. Depuis son aventure dans la maison du démon-cerf, elle ne parvenait à calmer ses angoisses de la nuit.

De plus, son rendez-vous avec le directeur ne l'aidait pas à s'apaiser. Bien qu'elle sache le motif de sa convocation, elle ne pouvait s'empêcher d'angoisser. L'idée de se retrouver seul avec le démon, après ses écarts de la veille, ne l'enchantait pas. Mais, elle devait faire un choix.

La bonne option ? Ou la mauvaise ? Que devait-elle choisir ? Si aux yeux de toutes autres personnes, le choix serait vite fait, il en était tout autrement pour Haruka.

La bonne option, consistant à quitter une bonne fois pour toute le monde des exorcistes et à reprendre le cours agréable de sa petite vie, lui avait paru être une évidence avant le voyage qu'elle avait entrepris avec Mephisto. C'est même d'ailleurs pour cela qu'elle avait accepté de le suivre. C'est avec cette seule motivation qu'elle avait bravé ses peurs pour entrer dans cette horrible maison.

Et pourtant, le mauvais choix lui tendait les bras tout autant maintenant. Rejoindre définitivement les exorcistes, et les aider dans leur tâche. Continuer à travailler avec Mephisto et les autres apprentis. Se sentir de nouveau utile, comme lorsqu'elle avait sauvé Elys, cette pauvre femme séquestrée par le démon fou. Pourquoi considérait-elle ce choix comme le mauvais ? Pour la simple et bonne raison que ce choix la conduirait à côtoyer encore et toujours l'insupportable Mephisto. Et elle commençait à craindre le démon, ou plutôt les étranges sensations qu'il réveillait en elle. Ce n'est pas sans raison que ses lèvres avaient happé celles du démon à deux reprises ! Quelque chose bouillait en elle, et elle avait peur d'imploser en continuant à côtoyer le directeur.

Sur le toit de l'école, la vue imprenable qui s'offrait à elle la fascinait. Souvent, elle venait dévorer son bento ici le midi. Le silence régnait en maître et la vue à couper le souffle offrait un cadre propice à la détente.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre, et soupira. L'heure était venue d'y aller. Une grimace discrète déforma son visage, et elle partit. Le voyage entre l'académie et la résidence privé de Mephisto lui parut étrangement court. Elle aurait préféré que le trajet dure une éternité, et qu'ainsi Mephisto n'apparaisse jamais sous ses yeux.

Le majordome de la résidence lui ouvrit. L'obscurité avait engloutit le monde, et elle fut ravi de pouvoir trouver le réconfort d'une maison baigné de lumière. Le serviteur de Mephisto la conduisit devant la porte du bureau du démon, et l'abandonna aussitôt à son sort, non sans l'avoir salué poliment. Haruka le regarda s'éloigné avant de frapper à la porte. Quand elle entendit la voix du fils de Satan l'inviter à entrer, elle manqua de faire un pas en arrière mais se résigna finalement et ouvrit la porte mollement.

Mephisto était assis derrière son bureau et semblait plongé dans la lecture d'un dossier. Son habituel sourire flottait sur son visage, et quand il leva les yeux vers la jeune femme, ses yeux se mirent à briller d'une étrange lueur.

- Bonsoir ma chère ! Chantonna-t-il en posant son dossier sur la table. Comment vous portez-vous ?

- Bien, grommela-t-elle en évitant le regard du démon.

- Pas trop mal à la tête ? Demanda-t-il sournoisement.

La jeune femme s'empourpra, et ne répondit pas tout de suite. Le rouge à ses joues devait parler pour elle. Elle se tortilla nerveusement sur place, avant de lever les yeux vers son troublant directeur.

- J-Je… tenais à m'excuser… p-pour ma conduite… d'hier… Je n'aurais pas dû vous… vous… enfin, v-voilà…

- Oh ? Vous parlez peut-être du moment où vous m'avez sauvagement embrassé ? Ne vous inquiétez pas de cela, j'ai trouvé cela très agréable à vrai dire.

Haruka n'aurait su dire ce qui la gênait le plus : que le démon avoue avoir apprécié l'échange ou simplement qu'il en fasse mention aussi aisément. Elle se sentit rougir d'autant plus et abandonna l'idée de rattraper sa bévue. Mephisto s'amusait trop de la voir ainsi se confondre en excuse. Elle ne lui donnerait plus ce plaisir. Tentant de faire abstraction du regard inquisiteur du démon, Haruka pris la parole d'une voix qui se voulait calme et posée :

- Ne devions-nous p-pas parler de ce que je ferais à partir de maintenant ?

- Ah, si, en effet. Cependant, ça ira assez vite. J'attends simplement que vous me donniez votre réponse. Souhaitez-vous continuer les cours d'exorcismes ou non ?

« Non, j'arrête tout. » C'est ce qu'elle aurait dit, si sa gorge n'était pas soudainement devenue sèche. La jeune enseignante resta quelques instants la bouche entrouverte, sans qu'aucune parole ne daigne franchir ses lèvres. Mephisto, pianotant sur le bois de son bureau, la regardait fixement. Si bien qu'elle se demanda si son soudain mutisme n'était pas dû à un sort du démon. Elle comprit que ce n'était pas le cas quand elle vit ses yeux brillants parcourir la courbe de ses hanches. Il se délectait simplement de la vue. Ce constat ne l'aida pas à retrouver la voix cependant.

Pourquoi n'arrivait-elle pas à lui dire non ? C'est à cet instant qu'elle comprit : elle avait autre chose à aborder avec lui. Des sujets qui écrasaient toutes autres réflexions. Il fallait qu'elle vide son sac, et elle allait le faire maintenant.

- Et bien ? S'impatienta faussement le démon en s'accoudant à son fauteuil.

- J-Je… ne… s-sais pas… Je ne sais plus ! Et c'est de votre faute ?! S'écria-t-elle soudain manquant de faire sursauter le démon.

Mephisto s'était attendu à bien des choses, mais pas à ce qu'elle s'énerve. Les humains ne cessaient de l'épater.

- Ma faute ?! S'étonna-t-il faussement offusqué.

- Oui ! De votre faute ! Vous avez fait exprès de m'envoyer faire cette mission pour que je change d'avis !

Mephisto dû se retenir de lui faire remarquer qu'elle changeait bien vite d'attitude à son égard. Cette nuit-là, elle l'avait clairement pris pour son héro -chose qui, bien entendu, était voulu- et là elle l'accusait férocement -à raison- d'être la cause de ses malheurs.

- Evidemment, sinon quel aurait été l'intérêt de notre petit marché ?

Elle s'avança jusqu'au bureau, furieuse.

- Comment puis-je vous faire confiance alors ?! Je ne sais jamais ce que vous avez en tête, et encore moins ce que vous mijoter sans cesse !

« L'ignorance est une bénédiction »

Ces mots résonnaient dans sa tête comme un avertissement.

- Arrêtez donc de vous murer derrière votre sourire sarcastique et dites-moi ce que vous attendez vraiment de moi ! Continua-t-elle en abattant son poing sur le bureau de son supérieur.

Le démon baissa les yeux sur le poing serré de la jeune humaine. Il ne parvenait pas vraiment à comprendre pourquoi elle était tellement en colère contre lui.

« L'ignorance est une bénédiction »

- Vous vous invitez chez moi ! Et vous me dites toutes sortes de choses étranges ! Je vous appartiens ? Et depuis quand ?! Qu'est-ce que vous essayez de faire ?!

« L'ignorance est une bénédiction »

- JE VEUX SAVOIR !

Nullement impressionné par la colère de son humaine et par la veine pulsant dangereusement sur son front, Mephisto se contenta de la regarder reprendre son souffle. Alors comme ça, elle se souvenait de ce qu'il lui avait dit la veille ? Cette nouvelle l'enchanta. Il avait pensé que l'alcool dont elle s'était imbibé avait supprimer tous ses souvenirs de leur petite entrevue.

- Je pense que vous n'êtes pas assez stupide pour n'avoir aucune idée de ce qui se passe… Je me trompe ? Vous devez maintenant vous en douter… Répondit-il calmement sans la quitter des yeux.

La rousse déglutit. Oui, elle commençait sérieusement à se douter des intentions de Mephisto. Mais elle craignait de prononcer ces mots. Elle avait peur de l'impact qu'ils auraient. Haruka ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, une lueur d'inquiétude brulait dans ses yeux. Mephisto s'en délecta. Elle avait compris.

- V-Vous êtes amoureux d-de moi… Hasarda-t-elle le cœur serré par l'appréhension.

Le fils de Satan se permit de pouffer.

- Vous êtes une mauvaise élève, murmura-t-il en secouant l'index. Je vous l'ai dit, les démons ne connaissent pas ce sentiment. Autrement dit, je ne vous aime pas. Je vous veux.

La rousse se figea. Elle sembla se déconnecter de la réalité un moment. Instant durant lequel, le démon se leva pour s'avancer vers elle. Quand elle reprit contact avec le moment présent, elle eut un hoquet de stupeur en voyant le directeur. Confuse, et les yeux agrandit par la stupeur, elle voulait fuir. Mais à quoi bon ? Tout dans le regard de Mephisto l'en empêchait. La lueur qui brillait au fond de ses yeux verts aussi inquiétante qu'envoutante lui ordonnait de rester là, de lui faire face. Et c'est ce qu'elle fit, tremblante.

Tout devenait clair dans son esprit. Les rouages s'emboitaient peu à peu, et le puzzle prenait forme. Les mystères autours des comportements du démon se dévoilaient lentement.

Mephisto ne l'avait pas uniquement envoyé combattre le démon-cerf pour la faire changer d'avis. Il l'avait envoyé pour qu'elle comprenne que l'amour des démons était différent. Il l'avait, en quelque sorte, préparé à la discussion qu'ils avaient actuellement. Maintenant, elle s'en rendait parfaitement compte. Toutes les conversations et sous-entendus devinrent limpides.

Sans vraiment réfléchir, elle bredouilla :

- Vous a-allez me t-tuer ?

Sa voix n'était qu'un murmure à peine audible, mais Mephisto l'entendit tout de même. Il lui répondit calmement :

- Je ne suis pas comme ce démon que vous avez affronté. Contrairement à lui j'évite, autant que faire se peut, de faire du mal aux humains. Vous n'avez donc rien à craindre de moi, Haruka.

L'idée que Mephisto puisse ressentir à son égard les mêmes « sentiments » que le démon-cerf avait nourrit pour ces femmes à bouches cousues l'effrayait. Elle craignait que cela n'aboutisse aux mêmes résultats. Et en aucun cas elle ne souhaitait être enfermé dans une cave sombre, entouré de plusieurs autres cadavres.

C'est alors qu'elle repensait à la conversation qu'elle avait eu avec Mephisto aux sources thermales qu'une pensée la frappa avec la violence d'une claque. Tout devenait clair dans son esprit.

- Vous…v-vous voulez q-que je… tombe a-amoureuse de vous… Marmonna-t-elle, inquiète.

- Bingo, chantonna-t-il fièrement en lui offrant un de ses clins d'œil.

Les mailles du filet se resserraient sur Haruka à mesure qu'elle comprenait. Tout cela lui paraissait à la fois absurde, mais aussi très inquiétant. La situation aurait pu être prise à la légère -voir à la rigolade- si elle n'avait pas vu les horreurs dont pouvait être capable un démon « amoureux ».

Pour s'assurer que tout cela était bien réel, elle hasarda une question :

- C-Ce n'est p-pas une farce ?

- Je ne me permettrais pas, répondit simplement Mephisto. Au contraire, vous devriez prendre cela très au sérieux… Sachez qu'il n'y a rien qui ne saurait se mettre en travers de mon chemin, je compte bien faire en sorte que vous m'apparteniez corps et âme.

La rousse baissa les yeux en direction de ses chaussures. A cet instant, il lui était impossible de croiser le regard du maître du temps. Cette conversation la mettait mal à l'aise.

- … Et… Et si je n-ne tombais jamais amoureuse d-de vous ?

- Aucune chance. J'ai tout prévu pour que vous finissiez par m'aimer.

La jeune enseignante s'effondra sur le siège face au bureau de Mephisto. Ses forces l'abandonnaient. Le monde lui tombait sur la tête. Elle se massa les tempes sous le regard amusé du démon.

- C'est un cauchemar… Murmura-t-elle les dents serrées.

- Vous allez vite vous y faire, mais je vous conseille de n'opposer aucune résistance, sinon tout cela sera plus laborieux. Plus vite vous serez amoureuse de moi, mieux cela vaudra. Aussi bien pour vous que pour moi.

« Comme si l'amour se contrôlait… » Songea-t-elle en pensant que Mephisto ne devait sans doute pas comprendre les subtilités des sentiments amoureux.

- Arrêtez-ça… Arrêtez de dire ce genre de chose ! Vous p-pensez un seul instant à ce que je peux ressentir ?

Alors qu'elle lui posait la question, la réponse lui apparut clairement. Bien sûr que non, Mephisto n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait ressentir. Il était peut être capable de prédire la plupart de ses faits et gestes, mais il ne pourrait jamais comprendre ses sentiments et ses émotions. Mephisto était un démon.

Et il s'agissait là du cœur même du problème.

Elle s'affala contre le dossier de son siège. Le silence s'installa dans la pièce, brisé uniquement par les soupirs désespérés et récurrents d'Haruka. Elle ne savait pas quoi faire, ni comment réagir. Si un jour on lui avait dit qu'elle se retrouverait dans cette situation, elle en aurait ri. Mais là, elle n'avait aucune envie de prendre cela à la rigolade. Comme Mephisto le lui avait suggéré, elle prenait cela très au sérieux.

C'est presque à contrecœur qu'elle se résigna enfin à donner sa réponse :

- J-Je vais continuer les cours d'exorcismes… C'est ce que vous attendiez, n'est-ce pas ?

- Sage décision, sourit Mephisto en s'asseyant sur son bureau. J'aurais dû changer mes plans dans le cas contraire. Et pu-

La porte s'ouvrit dans un fracas bruyant, coupant court à la conversation. Mephisto leva les yeux en direction de la porte d'entrée, tandis qu'Haruka se tordit le cou pour voir le nouvel arrivant. Au premier regard, elle sut qu'il ne s'agissait pas d'un humain. Les profondes cernes qu'il avait sous les yeux, identiques à celles de Mephisto, trahissaient sa condition, tout autant que ses dents aiguisées et ses oreilles pointus. Mais plus encore, ses cheveux verts surmonté d'une mèche en forme de pique, témoignait de son appartenance au monde des démons. Haruka le soupçonna d'être lui aussi un fils de Satan, et elle en fut certaine quand elle reconnue le démon en question. Il s'agissait d'Amaimon, le roi de la terre, et le septième démon le plus influent de la Géhenne. Elle en avait vu une illustration et une description dans le bestiaire des entités démoniaque les plus dangereuses.

Brièvement, son regard croisa celui de nouvel arrivant. Aussi rapidement que possible, Haruka détourna les yeux. Il s'agissait d'un être effrayant, peut-être plus encore que Mephisto. Etait-ce dû l'inexpressivité de son visage ? Ou à la lueur meurtrière au fond de ses yeux clairs ? Le corps de la rousse se mit à trembler.

- Amaimon ! Ne t'ai-je jamais appris à frapper à la porte avant d'entrer ? Sermonna Mephisto en secouant la tête, visiblement désespéré par l'attitude du plus jeune. Et n'intimide pas mon invitée !

- Mes excuses, cher frère. J'y ferais attention la prochaine fois.

Haruka fut surprise du timbre enfantin de la voix d'Amaimon. Juste à l'entendre, il paraissait bien moins effrayant. Mais un bref coup d'œil en direction du roi de la terre lui remit les idées en place : ce démon était dangereux. D'ailleurs, il l'ignorait royalement, comme si l'existence de la rousse ne valait pas plus que celle d'un insecte. Elle priait simplement pour qu'il ne l'écrase pas.

Tasser sur son fauteuil, elle leva les yeux vers Mephisto et, implorante, elle tenta de lui faire comprendre que sa place n'était plus ici. Elle souhaitait s'en aller, et en finir une bonne fois pour toute avec cette journée. Peut-être espérait-elle un lendemain meilleur ?

Mephisto pris son temps pour remarquer les appels de détresse de son humaine. Il fallait qu'elle cesse de craindre sans cesse les démons. Surtout qu'Amaimon lui obéissait au doigt et à l'œil, elle n'avait donc rien à craindre de lui.

Alors que le vert s'installait nonchalamment dans le fauteuil à côté de la rousse, Mephisto lança enfin :

- Je pense que nous n'avons plus rien à nous dire ma chère Haruka. Je vous recontacterait bientôt pour vous donner la date et l'horaire de notre prochain rendez-vous. D'accord ? Je vous laisse quelques jours de répit, le temps de vous remettre de vos émotions ! Profitez-en pour vous reposer.

La jeune femme se contenta d'hocher prestement la tête, et se leva d'un bond. Ses jambes tremblaient, mais à peine eut elle franchit le pas de la porte qu'elle s'élança à toute vitesse.

- Qui était cette humaine ?

- Ça ne te regarde pas Amaimon.

Le regard rivé sur la porte que venait d'emprunter la jeune femme, Mephisto jubilait intérieurement. Sans s'en rendre compte, et sous le regard inexpressif du roi de la terre, il s'humecta les lèvres. Les choses prenaient enfin une toute autre tournure.

Arrivée chez elle, essoufflée et couverte d'une fine pellicule de sueur, Haruka courut se réfugier dans sa salle de bain. Elle s'engouffra dans sa douche, encore vêtu, et dirigea le pommeau dans sa direction. Quand l'eau froide l'aspergea, elle se laissa glisser contre le mur et se recroquevilla par terre.

Elle resta ainsi longtemps. Plus que tout, elle avait l'impression d'avoir franchi un point de non-retour, signant la fin de son quotidien paisible. Haruka avait l'impression d'avoir perdu sa liberté. Mephisto hantait son esprit. Elle ne parvenait pas à le faire sortir de sa tête, repensant sans cesse à tout ce qu'il lui avait dit. Cet étrange sentiment qu'il lui portait -et dont elle ne comprenait strictement rien- réveillait en Haruka une forte sensation d'impuissance. Comme prise au piège dans une solide toile d'araignée, elle ne semblait pouvoir s'en défaire et fuir. Comment allait-elle pouvoir se tirer de ce mauvais pas ?

Au bout du troisième éternuement, elle céda à la raison et sortit de sa douche, trempée. L'eau glacée avait teinté ses lèvres d'une couleur inquiétante, et elle tremblait violemment.

OoO

- Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire… Pensa-t-elle à voix haute. Mephisto est un démon, et je suis une humaine… Rien de bon ne peut découler d'une relation où deux être s'aiment de manière si… différente. Et puis… il ne m'attire pas vrai…

Elle ne put finir sa phrase, car de récents souvenirs lui revinrent en mémoire. Elle avait embrassé le maître du temps à deux reprises. Elle ne pouvait certifier qu'il la laissait totalement indifférente. Mais de là à parler d'amour, il lui semblait y avoir un gigantesque faussé.

Assez honteuse de devoir admettre que son corps réagissait à la présence du démon, elle se mit à pester avec virulence contre lui.

- Il est bien trop excentrique ! Grommelait-elle, les joues rouges et le regard méchant. Il ne comprend rien à ce que je peux ressentir ! Et il est imbu de sa personne ! Il ne cesse de m'effrayer et de me troubler ! Il m'a même insulté ! Comment pourrais-je aimé quelqu'un comme ça ?! Impossibl-

Un grattement à la porte d'entrée la fit sursauter, et sa phrase mourut dans sa gorge. Durant un court instant, elle paniqua à l'idée que le démon-cerf soit sur le pas de sa porte. Cette crainte fondée sur des angoisses irrationnelles ne perdura pas. En effet, un aboiement joyeux lui parvint de l'extérieur et aussitôt la jeune femme alla ouvrir la porte.

Assis sagement sur les marches devant chez elle, Haruka pris le petit chien blanc dans ses bras et le ramena à l'intérieur. Elle jeta un regard réprobateur au foulard dont était affublé le canidé, et décida d'en changer. Ces poids roses évoquaient désagréablement les excentricités vestimentaires de Mephisto. Pour le moment, elle avait besoin de l'oublier au moins l'espace d'une soirée.

Le chien, lui, manqua de marquer sa désapprobation quand la jeune femme dénoua son foulard rose. Il céda cependant à l'envie de son humaine, préférant éviter tout conflit avec la jeune femme.

Elle passa le reste de sa soirée à osciller entre inquiétude, angoisse et doutes. Les yeux dans le vague, elle ne parvenait pas à savoir comment elle allait gérer tout cela. Elle s'imaginait fuir, loin, très loin, mais elle doutait que le démon eut du mal à la retrouver. Echapper au maître du temps et de l'espace ne serait sans doute pas quelque chose d'aisé.

Une petite voix fluette dans le creux de sa tête lui murmurait de se laisser faire, de ne pas s'inquiéter pour ce genre de chose.

« De toute manière, tu ne peux y échapper, alors pourquoi pas… Et puis, il ne te laisse pas totalement indiffé… »

Cependant Haruka prenait soin de couper le sifflet à cette insupportable petite voix, avant que celle-ci n'en dise trop. Elle ne voulait admettre cette étrange attirance qu'elle éprouvait pour le monstre.

Cette nuit-là, elle ne ferma pas l'œil de la nuit.

OoO

Dans la salle des professeurs, une ambiance légère régnait quand Haruka entra le lendemain matin. Elle fut étonnée de la joie palpable qui submergeait la pièce, après tout, les fins de semaines étaient généralement placé sous le signe d'une fatigue général rendant l'atmosphère morose. Mais là, étrangement, ce n'était pas le cas. La rousse comprit quand son récent ami la salua de loin, tout sourire et exaltant -comme à son habitude- sa joie de vivre.

Tous deux ne s'étaient pas croisés la veille, ils n'avaient donc pas pu échanger sur leur soirée au bar. Le regard complice qu'il lança à Haruka fit sourire cette dernière. Il s'agissait d'un mince sourire, presque douloureux, car sa nuit blanche l'avait rendu insensible à toute manifestation de bonne humeur.

- Salut ! L'accueillit l'enseignant en ouvrant grand les bras.

Quelques visages se tournèrent vers elle. Certains professeurs semblaient remarquer sa présence pour la première fois, d'autre lui lançait quelques regards réprobateurs. Elle ne pouvait leur en vouloir, après tout elle passait son temps à les éviter, sa timidité l'empêchant de se lier aux autres. Haruka sentit d'ailleurs ses joues rosirent. Tant d'attention dirigé vers elle, elle n'en avait guère l'habitude.

Elle salua Kazuki d'un petit signe de main, et celui-ci s'élança dans sa direction en criant presque.

- Ah ! Ça tombe bien que tu sois là ! J'avais l'intention de te proposer de sortir boire un coup avec nous un soir de la semaine !

D'un geste de la main, il désigna l'ensemble du corps enseignant présent dans la pièce. La jeune femme tomba des nues. On ne lui avait jamais proposé ce genre de petite sortie. Elle s'empourpra, gênée par les regards qui s'étaient tous posés sur elle, puis hocha la tête, les joues rouges et le regard fuyant. Sa réponse sembla ravir Kazuki. Il la prit par les épaules, et se lança dans une vive discussion concernant la soirée qu'ils avaient passé ensemble. Il lui avoua qu'il ne lui en restait plus beaucoup de souvenir, mais que le peu qui lui restait en mémoire était passablement agréable.

- Tu as eu la gueule de bois ? Demanda-t-il dans un sourire mutin.

- Et comment… Chuchota la jeune enseignante en soupirant de dépit.

- Moi aussi ! J'ai bien cru que mes élèves allaient faire cours à ma place.

Haruka laissa échapper un rire.

- Tu t'es encore pris une cuite hier ? Demanda Kazuki.

- Non, pourquoi ?

- Tu as une sale tronche… Tu verrais la taille de tes cernes… Tout va bien ?

La gorge de la rousse se noua, et elle fut dans l'incapacité de répondre tout de suite. Quand elle parvint à murmurer un faible « oui », elle vit que son collègue ne la croyait pas. Cependant, il n'insista pas. Ils changèrent bien vite de sujet, et Kazuki l'amena dans le groupe d'enseignant où ils finirent par parler tous ensemble de leurs futures vacances.

Malgré l'ambiance détendu et joyeuse, Haruka ne se sentit pas le cœur léger. L'amertume l'empêchait de profiter de cet instant, quand bien même pour la première fois depuis longtemps sa timidité lui laissait quelques instants de répit.

« Si seulement Mephisto n'était jamais intervenu dans ma vie… » Songeait-elle en regardant ses collègues. « Ceci serait mon quotidien, et rien ne viendrait gâcher ce moment. »

Et cette insupportable petite voix, qui semblait avoir pour unique fonction de la contredire, lui soufflait sournoisement :

« Tiens ? Ta timidité s'est atténué… Quand donc a-t-elle commencé à s'étioler ? N'est-ce pas à partir du moment où tu as rencontré Mephisto ? »

A cela, elle n'en avait pas la réponse. Mais une fois n'est pas coutume : elle ne voulait pas le savoir.

L'ignorance est une bénédiction.


Bisous, et à la prochaine, mes adorables lecteurs en or !

Et n'oubliez pas: patience est mère de toute les vertus (j'espère quand même posté le prochain chapitre dans pas trop longtemps, je n'aime pas vous faire attendre comme ça... Pardonnez-moi.) !