Ouah ! Un autre chapitre sauvage vient d'apparaître !

Guest : Mémé ?! AH ! Tu viens de briser tout le mythe que j'avais créé autour de Mephisto ! Alors hum… Mémé… Mémé est en effet assez possessif ! Concernant la petite entrevue entre Meph… Je veux dire, entre Mémé et Amaimon, en fait, j'essaie juste de suivre le cours de l'histoire du manga. Donc, en fait, on arrive à la période où Amaimon arrive dans l'académie pour foutre le bordel. Ça me permet de l'intégrer brièvement dans l'histoire ! Bref ! Merci beaucoup de ta review qui m'a (encore) fait très plaisir ! J'espère que ce chapitre te plaira aussi.

Lythrum : Bon retour ! D'abord merci de ta review ! Un tel enthousiasme fait plaisir à voir. Voilà la suite ! J'espère qu'elle sera à la hauteur de tes espérances.

Cilreth : Je suis contente de voir que mon histoire te plaise ! Merci beaucoup pour ta review, ça me fait toujours plaisir ! Et si chaque chapitre que je poste rends ta journée meilleure, je vais peut-être en poster un tous les jours ! (Ceci est impossible, mais ça serait bien)

Mawion34 : Je suis certaine d'une chose c'est que les personnes qui lisent mon histoire ont une qualité en commun : la patience ! Merci à toi pour ta review ! Plein de poutou ! En espérant que la suite te plaise également.

Ai - Neha : Pour information, je ne laisserais jamais cette histoire en plan. Peu importe le temps que ça prendra, mais je la finirais ! J'en fais le serment ! Il n'y a donc pas de souci à se faire de ce côté-là. En tout cas, merci pour ta review ! J'ai prévu d'aller faire un tour sur ta fiction très prochainement (normalement d'ici quelques jours !), donc tu auras bientôt un retour dessus !

YukikoKitamura66 : Merci pour ta review ! Je suis contente que mon histoire te plaise ! J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances.

Plus généralement, je vous souhaite à tous une très bonne lecture, et remercie tout ceux qui prenne le temps de lire cette histoire.

Chapitre 12 :

Une résolution

Les joues rougies autant par la gêne que la colère, Haruka avait les mains posées sur les hanches et les sourcils froncés. Ses yeux fatigués fusillaient Mephisto qui, tranquillement assis derrière son bureau, jouait à la console. Il était tant absorbé par le petit écran qu'il n'avait même pas pris la peine de levé les yeux vers la jeune femme, quand bien même celle-ci avait haussé le ton pour s'adresser à lui. Cette manie qu'il avait parfois de faire comme si elle n'existait pas l'horripilait.

- J-Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris ! S'insurgea-t-elle de nouveau férocement.

- Mais si, je suis certain qu'avec un peu d'effort, vous parviendrez à donner un sens à ce que je viens de vous dire… Pouffa le démon sans quitter des yeux sa console.

Son habituel sourire ne le quittait pas, ce qui termina d'énerver la jeune femme. Celle-ci se mordit la joue. Deux émotions se bousculaient en elle. Le malaise et la rage. En elle, l'un et l'autre s'entrechoquaient sans qu'aucun ne gagne et ne prenne le pas sur l'autre. Devait-elle s'agacer ? Se sentir gênée ? Dans le flot continue de ses questionnements, elle ne parvint qu'à grommeler :

- Ar-Arrêtez de vous moquer de moi !

Piètre réplique. Mephisto soupira et posa sa console sur son bureau. Haruka eut un sursaut quand les yeux du démon se posèrent sur elle. La rage bouillant en elle s'essouffla un bref moment. Le démon la contemplait avec les mêmes yeux que ceux d'un peintre regardant son œuvre avec fierté. Se sentant ainsi observé, la jeune femme se demanda quels genres de pensées pouvaient traverser Mephisto en cet instant. Elle trouvait cela inquiétant cette manière intense qu'il avait de la regarder parfois.

- Je ne me moque pas de vous, assena-t-il finalement en appuyant sa tête sur son poing. Je n'ai aucune envie de vous voir participer à cette petite beuverie.

- Ce n'est pas une b-beuverie ! C'est un simple rendez-vous entre collègue !

- Ça ne change rien.

- Ah, vraiment ? Demanda-t-elle, les mains fermement ancrées sur les hanches.

Cette position rappelait légèrement celle d'une maîtresse mécontente du comportement de l'un de ses élèves.

- Vraiment. Ce qui me dérange, ce n'est pas tant que vous sortiez boire un verre…

- C'est quoi alors ? Grommela-t-elle amère.

- C'est simplement le fait que vous sortiez.

La surprise arracha à Haruka un rire aigus, aussi bref que grinçant. Elle leva les mains au ciel, puis sans trouver quoi répondre, laissa ses bras retomber ballant le long de son corps. La jeune femme n'en croyait pas ses oreilles.

- Vous êtes en train de me dire que… que ce qui vous dérange… C'est simplement le fait que j'ai une vie sociale ?

- Plus ou moins, oui. Au risque de me répéter, vous n'appartenez qu'à moi, et à moi seul. Je ne tiens pas à ce que cet abruti de Kazuki vous fasse de l'œil toute la soirée, alors restez chez vous. Vous n'avez qu'à inventer une excuse… Un petit mensonge ne va pas vous tuer.

Haruka était atterrée par les propos du démon. Il parlait avec tant de flegme qu'elle avait l'impression qu'il se moquait d'elle. Sauf que pour une fois, il était sérieux. La jeune femme se concentra vivement, soignant ses mots avec autant de précaution que si elle avait dû parler à un enfant. Le visage rougis par ce qu'elle s'apprêtait à dire, elle se décida enfin à jouer sa dernière carte pour faire changer le démon d'avis.

- V-Vous savez… c'est p-pas en m'empêchant de s-sortir que je… que je vais tomber a-amoureuse de vous…

Elle se tortillait sur place, visiblement mal à l'aise d'avoir eu à dire cela. Elle espérait néanmoins que sa méthode porterait ses fruits. Après tout, si le seul souhait du démon était qu'elle tombe amoureuse de lui, il n'avait guère d'autre choix que de lui laisser un minimum de liberté.

- Oh ? Quelle fine manipulatrice vous faites ! S'exclama-t-il en mimant la surprise, avant de reprendre sérieusement. Néanmoins, ce piteux chantage ne marche pas avec moi. Faites ce que je vous dis, et arrêtez donc de discuter.

- Certainement pas ! Je suis pas votre chien ! Cria-t-elle en faisant volte-face, prête à s'enfuir du bureau du démon.

Alors qu'elle s'élançait vers la porte, elle eut un violent sursaut en voyant Mephisto appuyé contre le cadran de la porte. D'abord surprise, elle se rendit rapidement à l'évidence qu'elle ne pourrait pas fuir le maître du temps et de l'espace aussi aisément. Devant la manifestation d'un tel pouvoir de téléportation, une petite voix exclamative et pleine d'admiration s'éleva dans un recoin de sa tête. Les pouvoirs de Méphisto avaient quelque chose de vraiment magique. Elle aussi aurait apprécié pouvoir se téléporter ainsi, afin de le fuir. La raison la rattrapa bien vite, et secouant la tête, elle pesta mentalement :

« Foutu maître du temps et de l'espace ! »

Mephisto s'avança d'un pas impérial vers sa proie. Son sourire carnassier fit trembler la rousse, et quand il fut juste devant elle, elle dû admettre que sa grande taille le rendait encore plus effrayant. Il la surplombait largement. La jeune enseignante tenta vainement de paraître forte, mais elle ne tarda pas à ciller.

- Ne sortez pas ce soir, dit-il simplement. Cela vaudra mieux pour vous, et vos nouveaux petits amis.

Alors qu'elle marmonnait quelques mots inintelligible, Mephisto la coupa en attrapant son menton entre son pouce et son index. Il l'obligea à lever la tête jusqu'à ce que leurs regards se croisent véritablement. Même si Mephisto souriait, il n'y avait aucune trace de son habituelle légèreté sur les traits de son visage. En fait, le démon paraissait étrangement sérieux.

- Ais-je été clair ?

La rousse s'empourpra, et tenta de s'extirper de l'attraction que Mephisto exerçait sur elle. Mais elle ne parvenait à détourner son regard, plongeant ses yeux dans ceux profond, presque envoutant, du démon. Son cœur se mit à battre un peu plus rapidement, et Mephisto sembla l'entendre car il baissa les yeux en direction de sa poitrine. En un haussement de sourcil, le visage du maître du temps parut moins froid. Quand son sourire s'étira, Haruka se sentit légèrement soulagée. Durant un court laps de temps, elle s'était sentit totalement à la merci d'un monstre sans pitié. Elle s'était sentit comme une proie faisant face à un prédateur, sans espoir d'en réchapper.

- D-D'accord… Abdiqua finalement la jeune femme se dégageant d'un vif mouvement.

Mephisto s'écarta pour la laisser partir, mimant une révérence polie. Sans demander son reste, la jeune enseignante contourna le démon et s'échappa. Un long soupir de soulagement franchit ses lèvres quand elle fut hors du champs de vision du monstrueux directeur. Il était épuisant d'entretenir des conversations avec Mephisto, car elle se sentait incroyablement mal à l'aise suite aux révélations qu'il lui avait faites. Et d'autant plus que le démon l'effrayait. Cette entrevue l'avait vidé de toutes ses forces.

Tout avait commencé quand, après son premier cours du matin, elle avait reçu un sms de Mephisto. C'est avant tout la quantité astronomique d'émoticône qui l'avait rebuté. Pourquoi diable fallait-il que le démon soit si excentrique ? Mais le contenu du sms avait été d'autant plus troublant. Mephisto la convoquait, dès que possible à venir parler d'un sujet important. Quel n'avait pas été sa surprise quand, en se rendant à son bureau, elle avait découvert que Mephisto souhaitait simplement jouer les « papa poules ». Le démon envahissait de plus en plus sa vie, n'hésitant pas à piétiner sa liberté comme s'il eut s'agit d'une chose insignifiante.

Maudissant mille fois le démon, Haruka déambula dans les couloirs, la tête remplit de préoccupations en tout genre. Si Mephisto commençait à l'empêcher de faire ce dont elle avait envie, tout cela deviendrait vite invivable. Essayait-il vraiment de faire en sorte qu'elle tombe amoureuse ? Elle avait quelques doutes sur la question. Peut-être n'avait-il aucune idée de comment s'y prendre ? La jeune femme haussa les épaules. En fait, elle se fichait pas mal de savoir si le démon savait s'y prendre ou non. Tout ce qu'elle souhaitait, c'est qu'il la laisse vivre comme elle l'entendait.

Plongée dans ses pensées, Haruka percuta un élève au détour d'un couloir. S'apprêtant à s'excuser platement, la rousse se stoppa net dans son geste quand elle reconnut Rin, le plus jeune fils de Satan. Il parut tout aussi surpris qu'elle de la voir dans les couloirs, mais très vite, un large sourire chaleureux vint prendre place sur son visage.

- B'jour mademoiselle Hinode !

- Bonjour Rin, lui répondit-elle en essayant de lui rendre son sourire tant bien que mal.

Son humeur massacrante l'empêcha d'offrir un sourire sincère au demi-démon. Mais ce dernier ne sembla rien remarquer d'anormal. Il pencha simplement la tête sur le côté en s'exclamant :

- Ça fait un moment qu'on a pas eu de permanence avec vous ! J'ai cru que vous aviez finit par partir.

Haruka, dans un souci de discrétion, jeta un bref coup d'œil aux alentours. Fort heureusement pour eux, le couloir était presque vide, et le peu d'élève qui le traversait ne prêtait guère attention à eux.

- Oui, c'est vrai. Disons que j'ai eu… quelques complications. Mais je reviendrais bientôt, lui expliqua-t-elle avant de se rendre compte que Mephisto n'avait pas abordé ce sujet avec elle.

Le démon ne lui avait pas parlé des permanences qu'elle avait assuré avant son départ, et qu'elle allait sans doute devoir assurer de nouveau. Elle ne doutait pas que Mephisto prendrait un malin plaisir à lui donner des permanences.

- J'espère que vous allez revenir bientôt ! On s'est inquiétés ! Koneko et Shima disaient que vous étiez absente, même à vos cours en section normal ! On se demandait si vous étiez pas tombé malade…

- Non, en fait je suis partie en mission avec Mephisto… Soupira-t-elle pour rassurer le jeune apprentis exorciste.

- Avec le clown ?! Bweurk ! Vous avez du courage ! Et ça s'est bien passé ?

- Plus ou moins. Je suis en vie, alors on peut dire que ça s'est bien passé… Répondit-elle dans un soupir.

La sonnerie fit sursauter Rin et Haruka, et après s'être saluer, ils partirent chacun de leur côté. Cette petite conversation avec le cadet des fils de Satan lui avait quelque peu allégé le cœur. Cette sorte de candeur qui se dégageait de l'adolescent l'apaisait. Il était toujours souriant, un peu comme Kazuki. En songeant à son collègue, la jeune femme se sentit perdre de nouveau le peu de joie qu'elle avait regagné.

Haruka reprit du poil de la bête dans l'après-midi, quand une détermination nouvelle l'envahit. Elle ne resterait pas sagement chez elle comme une petite fille obéissante et docile. Le meilleur moyen de finir esclave du démon serait de lui obéir aveuglément, et ça, elle ne le permettrait pas.

Le soir, quand la rousse rentra chez elle, elle ne trouva pas son petit canidé. Elle commençait à s'agacer de le voir si souvent absent alors qu'elle avait tant besoin de son réconfort. Après un regard en direction de son horloge, elle partit se changer dans sa chambre, et se vêtit d'une tenue décontractée mais élégante.

« Il a vraiment cru que j'allais rester chez moi ! C'est l'occasion rêvé d'en finir avec ma fichue timidité ! Ce soir, je me fais des amis ! »

Haruka ne doutait pas des conséquences que pourrait avoir sa désobéissance, mais elle ne souhaitait en aucun cas se soumettre gentiment au démon. Advienne que pourra. Elle prit grand soin de se coiffer et de se maquiller, souhaitant faire bonne impression. Le plus dure fut de cacher les larges cernes qui bordait ses yeux fatigués. Quand elle fut fin prête, elle partit se chausser dans le vestibule. Quand l'on toqua à la porte, elle fut soudain prise d'un frisson de terreur. Et si Mephisto s'était déjà rendu compte de son insubordination ? La boule au ventre, et imaginant déjà mille excuses grotesque et peu convaincante, elle partit ouvrir.

La jeune enseignante se détendit en voyant le visage bienheureux de son collègue et récent ami. Elle afficha un sourire, qu'elle tenta de rendre le plus naturelle possible, mais il ne trompa pas Kazuki.

- Je pense que sortir va vous faire le plus grand bien, lui sourit-il gentiment.

- Je pense aussi, mais cette fois-ci, évitons de boire, rigola-t-elle en réponse.

Kazuki fit mine d'être choqué des paroles de la rousse, l'air de dire : « Moi ?! Boire ?! Ce n'est vraiment pas mon genre ! ». Ils se mirent à rire, et elle sortit de chez elle pour le rejoindre.

- Comme je savais où vous habitiez, je me suis permis de venir vous chercher… Avoua-t-il en se grattant la nuque.

- Vous avez bien fait, j'ai un peu de mal à rester seule en ce moment.

Ils continuèrent à discuter jusqu'à arriver à un café aux allures très chic. Une moquette rouge sombre tapissait le sol, et plusieurs lustre illuminait la pièce d'une lueur diffuse, presque intime. Ils rejoignirent le groupe d'enseignant attablé au fond du café. Quelques réflexions douteuses fusèrent quand les professeurs virent arrivé Kazuki et Haruka ensemble. La jeune femme eut beau nié en bloc toute relation entre eux, elle fut assaillie de tout un tas de question sur « leur couple ». On lui demanda même si Kazuki était un homme galant, et s'il savait faire la cuisine.

L'enseignant en question ne semblait pas particulièrement gêné par l'attention que l'on portait à leur relation imaginaire. Au contraire, il semblait s'en amusé et nourrissait même les rumeurs et les potins.

Le début de soirée se passa merveilleusement bien. La rousse ne prit pas un seul verre d'alcool s'attirant quelques remarques taquines de Kazuki. L'ambiance joyeuse qui régnait à la table lui fit oublier peu à peu les soucis qui la hantait. Comme par miracle, sa timidité maladive ne l'empêcha pas de converser et rire avec ses collègues. Elle sentait simplement ses joues rougir à chaque fois qu'elle prenait la parole, et quelques bégaiements lui échappait parfois. Mais personne ne faisait jamais la moindre remarque.

C'est en milieu de soirée que les choses se gâtèrent.

- L'Espagne est un pays magnifique, expliquait Mary -une professeur d'histoire- à Haruka. La dernière fois que j'y suis allée, je me suis baignée tous les jours. C'est vraiment un cadre très agréable, tu devrais y aller pour voir.

Mary ponctua sa phrase d'un hochement de tête entendu.

- Vraiment ? J'aimerais beaucoup allée en Allemagne aussi, et puis pourquoi pas en Amérique du Nord ? Il parait que c'est vraiment dépaysant.

- L'Amérique ?! Pouah ! Non ! S'exlama Mary en secouant la tête, dégoutée.

Haruka laissa échapper un rire. Mary était une femme très expressive, et il était aisé de savoir à quoi elle pensait. Elle avait une voix dont le timbre agréable résonnait dans tout le café. Il s'agissait d'une femme franche, qu'Haruka avait apprécié très rapidement. Il était si facile de parler avec elle. Sa longue chevelure, sombre presque noir, lui donnait un air sévère. Mais cela ne correspondait en rien avec sa personnalité avenante.

- Sinon… Commença l'enseignante en histoire. Toi et Kazuki… C'est vrai de vrai ?

Haruka soupira de dépit une énième, sans se départir d'un sourire amusé. Cette soirée lui faisait un bien fou. Tous ces problèmes avec Mephisto lui semblaient lointain et sans importance.

- Bien sûre que non, souffla-t-elle en réponse. Il est simplement venu me chercher chez moi parce que c'est sur le chemin, c'est tout.

- Mouais… Marmonna Mary peu convaincue.

- C'est vrai ! S'insurgea Haruka en rigolant. Il n'y a rien entre nous !

- C'est ce qu'on dit ! S'exclama quelqu'un à l'autre bout de la table.

Des rires éclatèrent aux quatre coins de la table. Et d'un coup, un silence de plomb tomba. Il n'y eut plus un bruit. Comme si Haruka était soudainement devenu sourde. Elle leva les yeux vers ses collègues et remarqua avec horreur qu'ils ne bougeaient plus. Ils paraissaient tous avoir été pétrifié durant leur éclat de rire. Kazuki se tenait à la table pour éviter de tomber de sa chaise, et la jeune enseignante remarqua le regard qu'il lui lançait. Elle comprit enfin les paroles de Mephisto : « Je ne tiens pas à ce que cet abruti de Kazuki vous fasse de l'œil toute la soirée. ». Elle se mordit la lèvre et regarda autour d'elle. Le monde entier avait été figé. Les aiguilles de l'horloge accroché au mur n'avançaient plus.

Son cœur se mit à battre à tout rompre dans sa poitrine, la peur l'envahissant peu à peu. A sa connaissance, seul Samaël pouvait ainsi figé l'espace-temps. Regardant tout autour d'elle, la jeune femme n'aperçut pas le démon cependant. Elle se leva, et contourna les corps immobiles de ses collègues. Dans une étrange fascination, elle se permit de toucher du bout des doigts le visage de l'un d'entre eux. Il était étrangement dure et froid, comme fait de porcelaine.

Elle sortit du café, et regarda le monde à l'arrêt. Il s'agissait d'un événement à la fois terrifiant, mais également magnifique. Le soleil se couchant à l'horizon diffusait une lueur rougeoyante splendide sur toute la surface du ciel. Haruka se perdit dans sa contemplation.

Ce n'est que lorsque des pas résonnèrent derrière elle qu'elle s'en détacha dans un sursaut effrayé. Elle ne s'était pas attendu à entendre quelqu'un bouger dans ce monde figé et silencieux. Cependant, il n'y avait rien d'étonnant à cela. Car l'individu en question n'était autre que Mephisto. Il arborait son habituelle sourire, et Haruka fut surprise de ne pas voir de colère déformer ses traits.

- Vous êtes vraiment désobéissante… Assena-t-il d'une voix tranchante comme l'acier.

C'est en l'entendant parler qu'elle comprit. Même s'il souriait une colère sourde bouillait en lui. La jeune femme décida qu'il ne valait mieux pas jouer avec le feu, et préféra opter pour une conversation diplomatique. Elle savait que son acte ne passerait pas inaperçu, quand bien même elle l'avait espéré. La jeune femme prit grand soin de choisir ses mots. Elle se devait de faire comprendre au démon qu'il n'avait aucun droit de l'empêcher de faire quoi que ce soit.

- Vous ne pouvez pas m'empêcher de sortir… Souffla-t-elle.

- Ah bon ? Vous croyez ?

La rousse déglutit, et préféra regarder ses pieds plutôt que les yeux incandescents du monstre. L'image du démon-cerf s'imposa à elle. Elle craignait plus que tout que le maître du temps n'use des mêmes techniques que cet affreux démon. Les jambes de la jeune femme commencèrent à peiner à soutenir son poids. Elle n'aurait pas dit non à un siège pour s'asseoir.

- Je sais bien que v-vous en êtes capable, m-mais j'entends par là q-que ce n'est pas humain…

- Pour votre gouverne, je ne suis pas humain.

- Je sais… Et c'est b-bien ça le p-problème… Bredouilla-t-elle. L'espace d'un instant, tentez de vous mettre à ma place… V-Vous débarquez, comme ça, venu de nulle part, et vous chamboulez ma vie sans aucune considération… Comment suis-je censé réagir ?

- Je vous l'ai dit, laissez-vous porter, et ne manifestez aucune résistance.

- Comme si je… Comme si je pouvais faire q-quelque chose comme ça…

Elle se tordit les mains nerveusement, toujours les yeux rivés sur la pointe de ses chaussures élégantes. Soignant les intonations de sa voix, Haruka continua :

- Vous ne comprenez vraiment rien, hein ? Qu'est-ce que l'amour ? Qu'est-ce qu'un être humain ? Tout ça, ça vous échappe. Vous savez tout ce qu'i savoir, mais vous ne comprenez rien.

- …

- C'est l'impression que j'ai de vous.

- C'est le moment où l'on se balance nos quatre vérités ? Alors, à mon tour de parler. Vous, de votre côté, que comprenez-vous des démons si ce n'est la terreur qu'ils vous inspirent ? Avez-vous seulement tenté de vous donner les moyens de comprendre le sens profond des choses ? Je peux affirmer que non. Finalement, vous et moi sommes dans le même panier. Deux êtres qui ne comprennent rien. Si l'on en croit nos paroles respectives.

Haruka se rendit compte qu'il n'avait pas tort. Elle s'était arrêté à la crainte que lui inspirait les démons. Pas une fois elle n'avait songé à entretenir ne serait-ce qu'une relation amicale avec Mephisto. Cela lui paressait tout bonnement impossible car elle avait peur de lui. Se trouvant mille et un prétexte pour se tenir éloigné de lui, elle avait jusqu'à penser arrêter les cours d'exorcismes pour ne plus le voir. Qu'adviendrait-il si elle cessait de le craindre pour son origine ? Tomberait-elle amoureuse de lui ? Pourrait-elle un jour tomber véritablement amoureuse de Mephisto ?

- Mais les démons sont… dangereux… souffla-t-elle.

- Tout n'est qu'une question de point de vu.

En levant les yeux vers le directeur, elle remarqua qu'il la fixait. Un mince sourire flottait sur son visage. Haruka soutint son regard, essayant d'effacer la peur qu'elle ressentait en regardant Mephisto. Alors qu'une partie d'elle-même souhaitait fuir loin, elle resta vissée au sol, sous le regard du démon. Elle ne saurait dire combien de temps ils restèrent ainsi à se jauger, mais l'instant fut finalement brisé par la voix de Mephisto.

- N'est-ce pas le moment où vous décidez de me sauter au cou pour m'embrasser ? Demanda-t-il joyeusement.

- Ah ?! Grommela Haruka dans une grimace écœurée.

Qu'est-ce que ce fichu clown était en train de lui déballer ? N'avaient-ils pas une conversation sérieuse ? Le démon secoua la tête d'un air moqueur.

- Quoi ? Ne faites pas cette tête. C'est vous qui avez une propension à m'embrasser à tout vas !

- Ça n'est arrivé qu'une fois ! S'écria la jeune femme en sentant le rouge lui monter aux joues.

- Deux, rectifia le démon en levant l'index.

Il se moquait clairement d'elle.

- Dont une fois où vous étiez sobre… Continua-t-il sous le regard outré de son humaine.

- Vous êtes incapable de tenir une conversation sérieuse deux minutes ?!

- La conversation sérieuse était close, non ?

- Pas du tout !

- Ah, et bien… Allez-y, je vous écoute.

Haruka croisa les bras sur sa poitrine, et détourna le regard. Un bref rire lui échappa. L'intervention légère de Méhispto l'avait détendu un peu. Les idées dans son esprit lui apparaissaient plus clairement. Alors qu'elle regardait le soleil rougeoyant, elle se plongea dans une profonde réflexion. Figé comme une œuvre d'art, le monde se laissait voir sous un autre angle. Jamais elle n'aurait eu l'occasion de contempler cela sans Mephisto. Elle bredouilla finalement :

- Je… Je vais essayer… Je veux dire… Je vais essayer de t-tomber amoureuse de vous…

Haruka jeta une brève œillade à Mephisto. Il souriait, mais n'eut aucune réaction face à sa déclaration. Le silence s'étendit, et elle se mit à se trémousser sur place, la gêne l'envahissant.

- B-Bon, bah v-voilà… C'est d-dit… L-La conversation s-sérieuse est t-terminé…

- Dans ce cas, vous pouvez m'embrasser maintenant.

- A-Arrêtez avec ça ! S'écria la rousse dont le visage entier ressemblait à une tomate bien mûre.

Amusé, Mephisto replaça une mèche rousse derrière l'oreille de son humaine. La jeune femme se laissa faire, pour demander finalement, dans un souffle à peine audible.

- Vous ne me ferez aucun mal, n'est-ce pas ?

- N'ayez crainte très chère.

Il déposa un simple baiser sur sa joue, chaste et rapide.

Pour la première fois depuis leur rencontre, la jeune femme se sentit en confiance face au démon. Un fin sourire étira ses lèvres, puis elle jeta un coup d'œil au café derrière elle. Ses collègues se trouvait à l'intérieur, mais elle n'avait pas spécialement envie de les rejoindre. Ce monde à l'arrêt la fascinait. Elle aurait apprécié pouvoir déambuler dans les rues figées, et contempler la magie de l'instant.

- Vous devriez les rejoindre, je vais laisser le temps reprendre son cours.

Mais la rousse ne bougea pas. Mephisto essayait-il de faire des efforts en lui accordant le droit de rejoindre ses collègues ? Cependant, Haruka ne se sentit pas le cœur à les rejoindre. Elle n'avait plus envie de faire cette soirée. Son envie de se socialiser s'était estomper, discrètement, sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte. Elle continua à regarder le café un moment avant de se tourner vers Mephisto.

- Je vais plutôt rentrer… Je suis un peu fatiguée.

OoO

Kazuki ne comprenait pas. Pourquoi Haruka souhaitait soudainement partir ? Elle avait beau dire qu'elle se sentait fatiguée et se confondre en excuse, il ne comprenait d'où cette fatigue avait pu surgir. Durant toute la soirée, elle semblait s'être beaucoup amusée. La rousse avait ri et beaucoup parlé, sans se départir d'un large sourire heureux. Pourtant, là, il ne voyait en elle qu'une sorte de lassitude. En l'espace d'une fraction de seconde, elle avait totalement changé de comportement. Son sourire n'était plus sincère, juste polie. Ses yeux n'étaient plus chaleureux, et elle semblait presque distante.

Que s'était-il passé en l'espace d'un instant ?

De son côté, Haruka sortit du café après s'être excusée auprès de ses collègues et se mit en marche. Elle souhaitait rentrer au plus vite chez elle. En levant les yeux, elle aperçut Mephisto. Il l'attendait sur le trottoir d'en face. Le démon la raccompagna jusque chez elle, en sifflotant et en faisant tournoyer son parapluie entre ses doigts. La jeune femme était certaine que Mephisto ne la raccompagnait que pour éviter qu'elle ne change d'avis et ne reparte finalement avec ses collègues. Mais cela lui importait peu. Haruka se sentait... étrangement sereine.


Et voilà la fin d'un autre petit chapitre ! J'espère que ça vous a plut !

A la prochaine pour la suite des aventures d'Haruka.