Dadetine : Ne pense pas encore à la fin ! Je sais bien qu'elle finira pas arriver, mais ce n'est pas pour demain, alors n'y pense pas ! D'autant plus que je n'ai pas encore totalement décidé de la tournure finale des choses… Pour ce qui est d'Haruka… Ah ! Non, je ne peux pas t'en dire plus ! Je finirais par te spoiler mon histoire x) En tout cas, merci beaucoup de ta review ! Ça fait toujours autant plaisir. Sur ce, je te souhaite une agréable lecture !
YukikoKitamura66 : Merci beaucoup ! Je suis heureuse que ça te plaise toujours autant ! D'autant plus que j'étais un peu inquiète que le chapitre précédent (et celui-ci aussi d'ailleurs) ne plaise pas trop. Bonne lecture !
Clochann : Ah ! Pardon ! Mais, heu… Comment dire… Il fallait bien que j'arrête le chapitre 15 quelque part ! Bon, sinon je m'excuse de t'avoir fait pleurer dans ton fauteuil. Sèche tes larmes, voici un chapitre qui apportera des réponses. Mille merci pour ta review, et j'espère que ce chapitre te plaira.
Alicexa : Merci pour ta (double) review ! Je suis vraiment super contente que tu commences à gamberger sur mon histoire ! Je m'amuse beaucoup à lire tes théories ! Hélas, je ne peux rien te révéler. Je te laisse découvrir la suite, petit à petit… En espérant ne pas te décevoir ! Bonne lecture à toi !
Damn Daisuki : Toutes tes questions devraient trouver une réponse dans ce chapitre ! De ce fait, je ne peux pas trop te répondre… Je dirais simplement que, concernant Artémis, je me suis rendu compte après avoir choisi le prénom qu'il s'agissait du nom d'une déesse. En faisant quelques recherches sur internet, j'ai trouvé assez ironique ce choix de prénom car, en effet, il s'agit de la déesse de la chasse et de l'accouchement. Néanmoins, l'Artémis de mon histoire est bien différente… Bref, c'est tout ce que je peux dire ! Dans tous les cas, je te dis un grand merci pour ta review ! Je vois que ton cerveau surchauffe (comme celui d'Alicexa) et c'est vraiment top ! Mille merci, et bonne lecture !
Chapitre 16 :
Quête solitaire
(part. 2)
Bien décidé à mener à bien la mission qu'elle s'était confié, Haruka était partie prendre chez elle un épais livre répertoriant les incantations les plus efficaces contre les envahisseurs venus de la Géhenne, les démons. Bien que son but ne soit pas de combattre le démon-cerf, elle n'en restait pas moins vigilante, persuadé qu'elle ne serait pas la bienvenue. Après tout, elle lui avait retiré Elys et, suite à cela, il avait été scellé dans le sous-sol de l'affreuse et vétuste petite maison. Il ne l'accueillerait pas à bras ouvert, c'était certains.
Le trajet jusqu'aux sources thermales fut incroyablement ennuyeux. Le conducteur du taxi dans lequel elle était monté, dont les yeux morose et sombre apparaissaient à Haruka par le biais du rétroviseur intérieur, n'avait pas adressé une seule fois la parole à la jeune femme. Il se contentait de conduire -relativement mal, d'ailleurs- et de grommeler au moindre événement inopiné. Une voiture le doublait, et il grognait mécontent, marmonnant à qui voulait l'entendre -ce n'était pas le cas de la rousse- qu'il n'y avait plus que des abrutis sur la route de nos jours. Dès qu'un feu passait au rouge, juste sous son nez, il pestait rageusement contre le pauvre feu tricolore. Lasse de la mauvaise humeur constante qui habitait le vieil homme, Haruka regretta de ne pas avoir une paire d'écouteur sous la main. A la place, elle tenta au mieux de ne plus faire attention au vieil homme.
Elle passa un long moment à fixer les paysages ruraux défilés sous ses yeux, se délectant des montagnes qui se dressaient au loin et des champs s'étendant sur plusieurs kilomètres. Ces paysages lui étaient familier, quand bien même elle ne s'était rendue qu'une fois aux sources thermales. Elle se souvenait du voyage qu'elle avait effectué dans la confortable limousine rose de Mephisto. Et l'aller-retour qu'elle avait passé en sa compagnie, à regarder par la vitre de la voiture, lui avait amplement suffit pour mémoriser les paysages. C'est ce qui lui donnait cette impression de familiarité.
Une fois qu'elle eut payé son chauffeur, avec une certaine retenue au vu du voyage désagréable qu'elle avait passé avec lui, Haruka partit réserver une chambre à l'hôtel. Le bâtiment aux allures traditionnelles, planté au milieu de cet environnement paradisiaque, apaisa la rousse. Elle se sentait si bien ici qu'elle se promit d'y venir passer des vacances. De véritables vacances, afin de profiter pleinement des bienfaits des sources thermales.
En passant la porte d'entrée, elle huma l'air saturé d'encens. Il s'agissait d'une odeur à la fois délicate, aussi agréable qu'une caresse, et épicée. Plongé dans cet atmosphère, elle partit se présenter à l'accueil d'un pas léger. Derrière le comptoir, Haruka reconnu la femme au visage rondelet et au sourire bienveillant. C'était la même femme qui l'avait accueilli lorsqu'elle était venue avec Mephisto. Vêtu d'un yukata blanc aux motifs fleuris d'un rose très pâle, l'employée s'argua d'un sourire radieux quand elle vit Haruka.
- Bonjour et bienvenu ! Vous êtes la jeune demoiselle qui accompagnait monsieur Faust lors de sa dernière visite, n'est-ce pas ?
Haruka hocha la tête.
- C'est bien moi, répondit-elle un peu gênée. Vous resterait-il une chambre que je pourrais louer pour la nuit ?
- Bien entendu ! Monsieur Faust vous accompagne-t-il ?
- Non, je suis seule cette fois.
- Dans ce cas, suivez-moi.
La rousse avait senti cette très légère nuance de déception dans la voix de l'employée, un fin tressaillement presque imperceptible. Nul doute que le démon savait se faire apprécier des entreprises dans la mesure où il dépensait des sommes d'argent phénoménale. De son pas dandinant la femme traversa le Ryokan, Haruka sur ses talons. Elles arrivèrent devant une porte coulissante de bois clair, et l'employée la fit glisser dévoilant la pièce.
Comme lors de sa première visite, la rousse s'émerveilla de sa chambre. Cette fois-ci, sa fenêtre donnait sur un jardin, minuscule mais garnit d'une panoplie de plantes aux vives couleurs. Au milieu de ce gracieux jardin trônait un petit étang, à l'intérieur duquel on pouvait entrapercevoir ses habitants : des poissons aux écailles rouges et blanches. Le sourire béat de la rousse ne passa pas inaperçu aux yeux de l'employée. Cette dernière bomba de torse de fierté, et s'en alla la tête haute.
Une fois seule, la rousse s'arma de courage et repartit. A quoi bon cogiter durant des heures ? A quoi bon repousser le moment fatidique ? Maintenant qu'elle était ici, elle ne pouvait faire marche arrière. Plus que tout, elle voulait des réponses. De son cauchemar était né cette impression qu'elle parviendrait à comprendre Mephisto, ainsi que ses attentes, uniquement si elle parvenait à comprendre l'histoire de ce démon-cerf. Démon dont elle ne connaissait toujours pas le nom, si tant est qu'il en eût possédé un.
S'enfonçant dans la forêt, elle se mit en quête de trouver la petite maison qui avait hanté si souvent ses nuits. Son livre d'incantation fermement tenue contre sa poitrine, elle marcha longuement. A mesure qu'elle s'enfonçait dans les bois, les rayons du soleil traversaient de moins en moins le feuillage dense des arbres, toujours plus nombreux. Très vite, la forêt fut plongé dans une semi-obscurité, qui provoqua un frisson chez la rousse qu'elle ne put réprimer. L'effroi causé par son excursion ne cessa de croître, encore et encore, quand bien même la petite maison n'apparaissait pas sous ses yeux. Au bout d'un moment même, cela l'interpella. Où était passé la terrifiante maison ?
Dans le ciel azur, le soleil continua sa traversé, jusqu'à lentement descendre vers l'horizon. C'est à la tombée de la nuit, alors qu'elle commençait à ne plus pouvoir mettre un pied devant l'autre sans trébucher, qu'elle abdiqua. Elle n'y voyait plus grand-chose et, de toute manière, ses recherches avaient été infructueuse durant toute l'après-midi. Lasse de marcher et la mine déconfite, elle rentra à l'hôtel. La jeune enseignante n'avait trouvé aucune trace de la maison du démon-cerf, et ce constat l'atterrait. Comment cela était-ce possible ?
Surgissant de nulle part, l'employée du Ryokan apparut avant qu'elle ne franchisse le pas de la porte. Elle avait relevé ses longs cheveux noirs en un chignon serré, accentuant les rondeurs de son visage.
- Vous ne l'avez pas trouvé, n'est-ce pas ?
Haruka leva les yeux vers la femme. Celle-ci était appuyé contre un arbre, et les lueurs lointaines de l'hôtel éclairait son visage. Elle arborait un sourire malicieux, presque moqueur, et son regard lourd de sous-entendu alerta quelque peu la rousse.
- De quoi parlez vous ? Hoqueta-t-elle.
- Je garde ces lieux depuis que je suis enfant, comme ma mère l'eut fait avant moi et comme sa mère avant elle. Je sais ce qui se cache dans ces bois. Vous ne trouverez pas sa demeure, à moins de parcourir la forêt sans la chercher.
A cet instant, les écrits de l'internaute fanatique lui revinrent en mémoire. Lorsqu'il avait voulu voir de nouveau le démon, il n'avait pas retrouvé son habitat. Haruka était dans le même cas.
- J'ai pourtant besoin de m'y rendre ! S'agaça Haruka, épuisée par sa longue marche, et agacée d'avoir parcouru les bois inutilement.
La femme secoua la tête, l'air quelque peu désolé. Destabilisée par l'attitude de la femme devant elle, Haruka s'insurgea :
- Lors de mon dernier passage, j'ai contribué à sceller le démon vivant dans cette maison. Il me semble que j'ai le droit d'y retourner ! Si les sceaux l'enfermant s'étaient affaiblis, vous et cet hôtel seriez les premiers à être exposé à sa colère.
Désespérée comme elle était, Haruka n'hésitait plus à mentir pour obtenir gain de cause. Elle n'avait pas fait tout ce voyage pour qu'on lui refuse le droit d'obtenir la vérité. Peu importe la manière dont elle s'y prendrait, et le temps que cela durerait, mais elle obtiendrait des réponses.
L'employée parut réfléchir un moment, jaugeant du regard la rousse. Des rides se creusèrent sur son front, tandis qu'elle fronçait les sourcils. Elle avait l'air de vouloir lire les pensées d'Haruka. Au bout d'un moment, la femme rompit le silence :
- Je peux éventuellement vous faire passer outre la barrière installée par mes ancêtres…
- Vraiment ?! S'émerveilla Haruka qui sentait un lourd poids quitter ses épaules.
Elle n'avait pas vraiment cru que son mensonge fonctionnerait aussi bien.
- Vous savez, au fond, il n'est pas foncièrement mauvais.
- C'est étrange de dire cela d'un assassin.
La femme se mit à contempler le ciel. La lune, pleine, brillait et illuminait le paysage.
- Les démons sont difficiles à comprendre, c'est un fait. Et même moi, aujourd'hui je ne sais pas toujours si je dois le craindre ou le prendre en pitié. Une chose est sûre cependant c'est qu'une fois qu'on s'est donné la peine de regarder au-delà des actes des démons pour comprendre leurs motivations, on se rends compte qu'ils ne sont pas foncièrement mauvais. Ils sont logiques, d'une certaine manière.
Ces paroles résonnèrent dans l'esprit de la rousse et firent écho à toutes les manigances que Mephisto avait mis en œuvre pour la faire tomber amoureuse. Elle avait tout de même du mal à croire que le démon-cerf puisse être moins maléfique qu'il n'y paressait. Les souvenirs de tous ces corps en putréfaction dans le sous-sol de la maisonnette venaient s'imposer à son esprit chaque fois qu'elle tentait de donner un peu de crédit au monstre.
L'employée décrocha un collier à son cou et le tendit à Haruka. Celle-ci s'empara de l'objet et le soupesa dans la paume de sa main. La chaîne d'argent était quelconque, contrairement au pendentif. Sertie d'une pierre précieuse que la rousse ne sut dénommer, mais dont les reflets étaient captivants de beauté, le bijou représentait une rosace. Des inscriptions y était gravé, mais la jeune enseignante ne sut les décrypter.
- Avec ceci, vous devriez passer au travers de la barrière sans problème. Ramenez-moi le collier une fois que vous aurez terminé.
- Pourquoi avoir érigé une telle barrière ? Demanda la jeune enseignante tandis qu'elle enfilait le collier.
- D'une part, pour le protéger des hommes en échange de quoi il faisait prospérer la forêt. D'autres part, pour alimenter les rumeurs. Mes ancêtres auraient pu établir une barrière empêchant tout le monde de trouver sa maison. A la place ils ont trouvé cela plus aisé d'y mettre une condition. Ainsi, quelques rumeurs sur un monstre gigantesque se sont propagées, créant ainsi des légendes. Nous nous servons de ces légendes pour faire prospérer cet hôtel. Cela amuse plus que ça n'effraie et c'est vendeur.
- Ça vous fait de la pub, en quelque sorte. Un peu comme le monstre du Loch Ness... Conclut la rousse, pas peu fière de son analogie.
- Exactement, confirma la femme dans un hochement de tête. Maintenant, partez. Je préfère ne pas être séparée de mon collier trop longtemps.
La remerciant du fond du cœur, Haruka s'élança de nouveau dans la forêt obscure, sans soupçonner un seul instant la présence de l'individu sur ses pas. Quand elle vit se dessiner l'esquisse de la petite maison au milieu de la clairière, elle fut à la fois fière et apeurée. Le monstre à l'intérieur la terrifiait. Mais enhardi par le courage et la soif de savoir, elle s'avança d'un pas déterminé. La maison était identique au souvenir qu'elle en avait gardé, à la différence qu'elle savait maintenant ce qui s'y trouvait. Si elle l'avait su durant sa première excursion, elle se serait sans aucun doute enfuie aussi loin que possible.
Haruka sursauta vivement quand elle entendit le craquement sinistre d'une branche dans son dos. Elle fit volte-face et scruta l'obscurité du bois. Il n'y avait personne à première vue. Sans se départir de sa méfiance, elle s'en retourna à la petite maison. En quelques enjambées, elle fut à la porte et la seconde suivante elle pénétrait à l'intérieur.
Les planches du parquet grincèrent sous ses pieds tandis qu'elle arpentait la maison. A mesure qu'elle s'approchait de la porte du sous-sol, son courage se fana. Si bien que quand Haruka se trouva en face, une peur dévorante secouait son corps de tremblements incontrôlables.
Les battements de son cœur résonnaient en tambour dans son crâne, et sa bouche s'assécha en un instant.
"Courage !" s'écria-t-elle mentalement. "Tu peux le faire !"
Elle leva la main, et ses doigts moites s'enroulèrent autour de la poignée de la porte. Mais c'est alors qu'elle s'apprêtait à l'ouvrir qu'une respiration la glaça, un soupir sifflant qui s'échappa de l'autre côté de la porte. Aussitôt, elle se figea.
- Haruka à du cran de revenir ici… assena le démon-cerf de sa voix traînante, et dénuée de toute émotion.
Même si la porte les séparait encore, Haruka parvenait nettement à distinguer les traits du monstre dans son esprit. Ils avaient tant hanté ses nuits que même les yeux ouverts, elle parvenait à dessiner la silhouette du démon comme s'il eût été face à elle.
- J'ai des questions à vous poser, expliqua-t-elle en tentant au mieux de contrôler les tremblements de sa voix.
Entendre celle du démon-cerf la pétrifiait de terreur. Un peu plus et elle aurait pris des jambes à son cou.
- Moi qui pensais qu'Haruka était téméraire… Mais elle juste stupide.
Haruka ouvrit la porte. Exactement comme dans son souvenir, le démon était là, ses immenses bois touchant l'encadrement de la porte et ses longs cheveux tressés coulant dans son dos. De ses yeux jaunes perçant, le monstre fixa la rousse. Cette dernière pouvait sentir cette soif de sang qui l'animait. Il voulait la voir morte.
- J'ai besoin de réponses, et vous seul pouvez me les donner.
- Haruka n'obtiendra aucune réponse, pas après ce qu'elle m'a fait. Elle m'a retiré Elys et les exorcistes m'ont enfermé là. La mort d'Haruka pardonnerait tout, mais je ne peux la tuer.
Un frisson parcourut l'échine de la rousse. Elle s'était douté que le monstre voudrait sa mort, mais l'entendre le dire, de cette voix plate et morne, rendait la chose plus terrifiante encore. Avec autant d'assurance qu'elle put se donner, elle répliqua :
- Les conditions de vie d'Elys l'auraient conduite à la m-mort ! Ce n'est pas ce que vous souhaitiez, si ?
- Haruka devrait surveiller ses paroles. Jamais je n'aurai souhaité sa mort.
- Et vous étiez pourtant en train de la tuer ! Les cadavres de toutes ces autres femmes n'en sont-ils pas la preuve ?!
- Les humains sont faibles, c'est un fait. Ils meurent rapidement, d'accidents, de maladie, de vieillesse… Leur mort est inéluctable et arrive rapidement. Je n'ai pas causé leurs morts. Elles sont mortes car c'est le propre de l'être humain de mourir.
La rousse recula d'un pas, écœurée. Son dos heurta le mur derrière elle, et elle se sentit un instant vidé de ses forces. Comment pourrait-elle parvenir à comprendre les motivations d'un être abritant de telles pensées ? Cela lui paraissait infaisable. Ignorant le dégoût qui se lisait sans peine sur le visage de la jeune femme, le démon continua :
- Haruka n'est peut-être pas morte la nuit ou elle m'a volé ma promise, mais elle finira par périr. Elle se flétrira comme une feuille morte avant de s'éteindre définitivement, pour ma plus grande satisfaction. Mais avec un peu de chance, peut être que sa mort arrivera avant qu'elle ne vieillisse, qui sait. Cela ne saurait me faire plus plaisir. Maintenant, que Haruka s'en aille. Je n'ai plus rien à lui dire. Qu'elle aille donc mourir quelque part.
Le démon-cerf fit demi-tour, sa longue natte virevoltant derrière lui. Il commença à descendre les escalier, lentement, pénétrant peu à peu dans l'obscurité opaque de la cave. Dans une tentative de l'arrêter, la rousse le héla. Ce fut vain. Le démon ne daigna pas même répondre ou s'arrêter. Paniquée à l'idée de n'obtenir aucune réponse à ses questions, elle cria finalement :
- Je peux vous libérer !
Enfin, le monstre se figea. La jeune femme, réfléchissant à toute vitesse, continua :
- Si vous acceptez de répondre à mes questions, je vous libérerai. Bien sûre, il faudra me promettre que vous ne me ferez aucun mal si je vous laisse partir, ni à moi, ni à Elys. Oubliez-la. Oubliez-moi.
Un lourd silence s'en suivit. Seul les battements effrénés du cœur d'Haruka résonnaient dans son crâne. Quand les yeux jaunes du démon se tournèrent vers elle, elle sentit son estomac se nouer. Était-elle certaine de ce qu'elle était en train de faire ?
- Oublier Haruka sera aisé, elle est insignifiante, mais pas Elys.
- C'est ça ou rien du tout, indiqua Haruka qui tentait de feindre l'assurance.
Une fois encore, un long silence s'étendit. Mais bien décidé à mener la danse, Haruka haussa finalement les épaules, l'air désinvolte :
- Bon, visiblement, vous semblez encore hésiter entre pourrir ici ou retrouver votre liberté. Ce n'est pas, grave, souffla-t-elle en s'éloignant lentement. Je reviendrais peut-être un autre jour, quand vous serez décidé.
Croisant les doigts pour que ses talents d'actrices fonctionnent, elle repartit en direction du corridor. Durant un instant, elle crût que son petit manège n'avait pas fonctionné. Mais alors qu'elle allait atteindre la porte d'entrée, elle fut soulagée d'entendre le démon la héler.
- Je savais que vous feriez le bon choix, s'écria-t-elle en amorçant un pas pour revenir vers le monstre.
Mais au dehors, il lui sembla entendre un bruit. De plus en plus certaine que quelque chose la suivait, elle ouvrit la porte d'entrée et regarda la clairière. Vide et silencieuse, celle-ci semblait dormir, contrairement à la forêt d'où s'échappait toutes sortes de hululements et de bruissements. Sa peur, déjà présente, fut amplifié par les ténèbres de la nuit et cette désagréable sensation d'être suivi et observé. Dans un grommellement inquiet, elle repartit voir le démon. Ce dernier l'attendait, de nouveau sur la première marche.
- Parfait, alors j-
- Je ne répondrais qu'à trois questions d'Haruka, pas une de plus.
La rousse fronça les sourcils. Elle pesa rapidement les inconvénients d'une telle contrainte, puis hocha la tête. Après tout, qu'avait-elle à perdre à accepter cela ? Il lui faudrait simplement faire attention aux choix de ses mots. Et puis finalement, elle n'avait pas tant de question à poser. Haruka commença, attaquant le vif du sujet d'une question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'Elys l'avait mentionné.
- Qui est Artémis ?
La jeune enseignante vit le démon froncer les sourcils imperceptiblement, tandis que l'espace d'une seconde une fine moue déformait ses lèvres. La rousse venait de toucher un point sensible.
- Où donc Haruka a-t-elle entendu parlé d'Artémis ?
- C'est moi qui pose les questions, trancha-t-elle catégorique.
- Haruka était bien moins vaillante la première fois que nous nous sommes vus, se contenta-t-il de répondre d'un ton placide.
Un rire amer échappa à Haruka. Elle se souvenait parfaitement de la peur qui l'avait envahi la première fois qu'elle avait croisé le regard du démon. Elle se souvenait également, dans les moindres détails, de la cave dans laquelle les cadavres jonchaient le sol. Oui, elle avait eu peur. Et aujourd'hui encore, se tenir face au démon la terrifiait. Mais la détermination qui l'habitait étouffait un peu ses craintes, et une assurance nouvelle guidait ses choix. Haruka voulait savoir.
- J'ai changé, répondit-elle sombrement en se rendant compte que ce n'était là que la stricte vérité.
- En effet.
Un sourcil arqué, la rousse fixa le démon. Elle voulut le questionner sur ce qu'il entendait par là, mais chassa rapidement cette idée de son esprit. Elle n'utiliserait pas l'une de ses trois questions pour quelque chose de si insignifiant. Haruka n'était pas venu pour parler d'elle. Devant son silence, le démon répondit finalement à la question posée :
- Artémis était une humaine, ayant vécu il y a… Il parut réfléchir un instant. Il y a longtemps. Elle ressemblait beaucoup à Elys, avec les mêmes cheveux longs et noir, avec la même peau pâle, avec les mêmes longs doigts fin et les mêmes ongles, avec les mêmes courbes, avec le même regard captivant et les mêmes lèvres rouges. Artémis a construit cette maison, et y a vécu.
Haruka buvait ses paroles. Les démons avaient-ils tous cette faculté d'être captivant dès qu'il leur fallait raconter une histoire ? D'abord, les cours passionnant de Mephisto, et maintenant l'histoire du démon-cerf. Ce n'était pas tant le contenu de leur discours que la manière dont ils s'exprimaient qui les rendait si intéressant. Il fallut une minute à Haruka pour se rendre compte que le démon n'en dirait pas plus, alors elle enchaîna avec sa deuxième question :
- Quelle relation entreteniez-vous avec Artémis ?
- Artémis fut ma première promise. Nous avons vécu ensemble dans cette maison.
La rousse grimaça. Sa question avait été trop fermé, et le démon s'était contenté d'y répondre sans s'étendre. Voilà qu'il ne lui restait déjà plus qu'une question à poser.
- Racontez-moi votre histoire à tous les deux, ordonna la jeune femme.
- Ce n'est pas une question.
- Et si vous me racontiez votre histoire ? S'agaça la rousse en appuyant sur l'aspect interrogatif de sa phrase.
- Je rencontrais Artémis pour la première fois, quelques jours après qu'elle eut commencé à bâtir cette maison. La clairière lui semblait être un endroit parfait pour s'établir. Fuyant les Hommes et leur folie, Artémis s'était mis en tête de vivre seule et loin de toute civilisation. Moi, qui vivait dans cette forêt et qui en avait fait mon habitat, je me mis en tête de la chasser. Je ne souhaitais pas qu'une petite humaine empiète sur mon territoire et détruise ma forêt. Je connais les Hommes. Ils dévastent tout sur leur passage, sans soucis du reste. Ils sont à la fois égoïstes, destructeur et irrespectueux. Je décidais donc de la faire fuir. En me présentant cette forme, il désigna d'un geste de la main sa personne, et plus particulièrement les bois sur le haut de sa tête, je pensais pouvoir lui faire peur. Les humains sont faibles, et je la voyais déjà me fuir en criant. Au début, je crus que mon plan avait marché. Elle eut un vif sursaut en me voyant arriver, et recula d'un pas. Mais la minute suivante, elle s'extasiait silencieusement de mon apparence. Je ne comprenais pas ce qui la poussait à me sourire et à m'admirer ainsi. Tout est-il que je décidais de ne pas la faire fuir, finalement. Je compris très vite, en tentant de parler avec elle, qu'elle n'avait pas reçu le don de parole. Muette, elle ne communiquait qu'à l'aide de gestes, de sourires, de froncements de sourcils. C'est en voyant son visage ébahis et admiratif que j'ai compris. Artémis se devrait de rester à mes côtés. Il s'agissait d'une nécessité. Dorénavant, elle m'appartenait. Et depuis ce jour, je ne l'ai plus quitté. Jamais. Pas un instant.
Les yeux d'Haruka s'agrandirent de stupeur. La raison pour laquelle le démon-cerf cousait les lèvres de ses promises lui apparut maintenant comme une évidence. Toutes les victimes du monstre étaient des sosies d'Artémis. Néanmoins, elles ne pouvaient être de parfaits sosies qu'en étant muettes. Il leur ôtait alors la possibilité de s'exprimer en les mutilant. C'est sans doute l'un des aspects d'Artémis qui avait le plus plut au démon à l'époque : son mutisme. Sans tenir compte du visage ahuri de la jeune enseignante, le démon continua son récit.
- Artémis m'ouvrit les bras comme jamais aucun autre humain ne le fit avant elle. A partir de là, je n'ai vécu que pour pouvoir contempler son visage, chaque jour. Pas un seul instant elle ne m'a quitté. Elle ne sortit jamais en dehors de la forêt et se contenta des alentours, sans jamais tenter de voir ailleurs. Artémis m'appartenait pleinement. Elle me laissait la contempler des heures durant. Rejetée de tous durant son enfance à cause de son mutisme, elle vouait une haine sans borne aux Hommes, et était heureuse que je n'en fusse pas un. Mais année après année, le visage et le corps d'Artémis changèrent. Le temps la marquait. Et impuissant, je la regardais chaque jour vieillir un peu plus... Jusqu'à ce que la mort la prenne.
Haruka resta muette un moment. Elle et le démon se fixèrent longuement, sans qu'aucun ne parle. La rousse tentait désespérément de comprendre le démon, et à mesure qu'elle assimilait son histoire, il lui paraissait en effet un peu moins horrifique. Non pas qu'elle lui pardonna tous ses actes, mais elle eut pitié de son sort. A quel point cela était-il difficile d'être un démon ? A quel point la solitude pouvait-elle leur peser ? Il devait être tellement insupportable de vivre continuellement, de traverser les âges, en regardant le reste du monde vieillir. Haruka avait toujours cru que la vie n'était savoureuse que parce que l'on était certain de mourir à la fin. Mais cette règle s'appliquait-elle aux démons ? Eux, dont la longévité a des accents d'immortalité, ont-ils la même vision des choses ?
En voyant Artémis vieillir et dépérir, qu'avait donc pu penser le démon de sa propre existence ? Et Mephisto, que pensait-il de la sienne ?
- Ne pense pas que j'ignore les raisons qui t'ont poussé à venir me poser ces questions.
La voix monotone et lisse du démon la fit sursauter. Elle ne s'était pas attendue à l'entendre briser le silence. Ses mots intriguèrent Haruka.
- Que voulez-vous dire ?
- Haruka n'a plus de question à poser, éluda-t-il froidement. Si elle veut que je lui en révèle davantage, elle devra me libérer, comme elle l'a promis.
- Hm, grommela la rousse. Un marché est un marché, je suppose… Comment dois-je m'y prendre ?
- Treize sceaux me retiennent là. Il faut les retirer. Ils doivent être disséminés un peu partout dans la maison. Haruka devra les chercher.
La jeune enseignante hocha vivement la tête et parti en quête de ces sceaux pour libérer le démon. La rousse déambula dans la maison pour mener à bien sa quête. Tout en cherchant, elle prit conscience peu à peu de ce qu'elle était en train de faire. Peut-être que le démon ne lui ferait aucun mal, à elle et à Elys, mais il partirait sans aucun doute en quête d'une nouvelle promise. En fait, elle en était certaine. Après avoir entendu son histoire, elle le voyait mal abandonner. Il partirait de nouveau à la recherche d'un sosie d'Artémis, qu'il séquestrerait comme toutes les autres. Son obsession pour Artémis traverserait les âges. Cette idée n'enchantait pas du tout Haruka.
Pour apaiser sa conscience, elle se promit de raconter toute l'histoire à Mephisto. Étant un haut gradé au sein de l'Ordre des chevaliers de la Croix-Vraie, le démon pourrait peut-être faire en sorte de garder un oeil sur le démon-cerf… Peut-être pourrait-il envoyer des exorcistes à sa poursuite afin que, de nouveau, le démon soit scellé.
Même si d'apparence la tâche lui avait paru aisé, Haruka déchanta rapidement. Les treize sceaux éparpillés dans la maison furent incroyablement difficiles à trouver. A tel point qu'elle songea abandonner à plusieurs reprises ses recherches. Les exorcistes avaient particulièrement bien caché les sceaux, sans doute pour éviter que l'on ne libère le monstre par inadvertance. Ainsi quand Haruka trouva le douzième sceau, le soleil se levait à l'horizon. Elle avait les paupières si lourdes qu'elle parvenait à peine à garder les yeux ouverts.
Étendue sous le lit de la chambre à coucher, à l'étage, elle manqua de s'endormir à même le sol. Elle s'était dit que peut-être un sceau pouvait avoir été caché sous le lit, mais visiblement ce n'était pas le cas. Oubliant jusqu'à la présence du démon-cerf quelques étages au-dessous, elle allait s'endormir quand des bruits de pas résonnèrent et l'alertèrent au rez-de-chaussée. Il ne pouvait s'agir du démon. Il n'était pas encore possible à ce dernier de sortir de la cave. Haruka devait encore trouver un sceau pour cela. Finalement, sur et certaine que quelqu'un l'avait suivi, elle se glissa entièrement sous le lit. Le parquet poussiéreux la fit éternuer, et aussitôt les bruits de pas en bas se figèrent. Ils reprirent l'instant d'après, se dirigeant vers les escaliers. Maudissant mille fois sa stupidité et son manque de discrétion, la jeune femme retint sa respiration. Haruka entendit l'intrus gravir les marches grinçantes. Elle ouvrit le livre d'incantation sous le lit et mémorisa le premier sort qui lui permettrait d'affaiblir son ennemi. Prête à se battre, elle attendit son ennemi.
Mais la surprise lui coupa le souffle. Depuis sa cachette, la rousse vit Kazuki entrer munit d'un morceau de bois, aussi gros qu'une batte de baseball, dont il paressait vouloir se servir comme d'une arme. S'extirpant de sous le lit, Haruka bredouilla :
- K-Kazuki ? Qu'est-ce que t-tu fais l-là… ?
L'enseignant sursauta en voyant la rousse et leva sa piètre arme pour se défendre. Il avait le visage fatigué et déformé par la peur. Pâle comme jamais, il avait l'air de ne pas reconnaître Haruka, et pendant un moment la jeune femme se demanda s'il n'allait pas finalement l'assommer. Néanmoins, une fois la surprise passée, il baissa son arme et regarda la jeune femme d'un air ahuris.
- C'est à m-moi de te poser cette question… Marmonna-t-il d'une voix éteinte. Je t'ai vu, hier matin, partir dans la direction opposée au lycée, alors je t'ai suivi… Mais qu'est-ce que tu fiche ici… ?
Haruka se sentit tressaillir. Il l'avait suivi ? La surprise de trouver son collègue dans un tel endroit commença à laisser place à la colère et l'agacement. Elle n'en revenait pas que l'enseignant l'ai espionné à ce point. Elle tombait des nues. Kazuki scruta l'endroit et continua :
- Je voulais pas me montrer avant que je ne sache véritablement ce que tu faisais, mais j'ai eu peur dehors. Quand j'ai vu que tu ne ressortais pas de la maison, je me suis inquiété. J'avais un mauvais pressentiment et cet endroit me fout vraiment les jet-
- Il faut que tu partes d'ici, le coupa Haruka dans un chuchotement à peine audible. C'était stupide de me suivre ! C'est dangereux ici ! Vas-t-en.
C'est alors qu'elle lui parlait qu'elle l'aperçut : le dernier sceau. Sans égard pour son ami, elle le poussa et traversa la pièce d'un bond. Juste derrière la commode, un fin morceau de papier blanc dépassait. Dans l'obscurité de la nuit, elle ne l'avait pas vu mais maintenant que le jour se levait, il lui apparaissait clairement. Elle s'arma de ses dernières forces pour pousser le meuble, et ne fit pas attention à Kazuki qui vint se pencher par-dessus son épaule.
- C'est quoi ça ? La questionna-t-il en montrant le bout de papier coller au mur.
- Un sceau.
Le ton polaire de sa propre voix lui donna un frisson. Haruka était colère contre Kazuki. Leur dispute, encore récente dans son esprit, et le fait qu'il l'ai suivi ne faisait qu'envenimer les choses. Elle garda néanmoins son calme, le moment n'étant pas venu de se quereller avec le jeune homme.
D'un coup sec, la jeune femme arracha le morceau de papier collé au mur. Le son ténu de déchirement que cela produisit la ramena à la réalité. Elle venait de retirer le dernier sceau qui retenait le démon prisonnier. Malgré ses jambes tremblantes et la fatigue, elle s'élança dans l'escalier et courut devant la porte de la cave. Celle-ci était grande ouverte mais plus personne ne se trouvait dans l'encadrement. Un froid glacial provenait des ténèbres du sous-sol, tandis qu'un lourd silence pesait dans la petite maison.
- Il est partit… Chuchota la jeune femme.
Les bras le long du corps, et les épaules affaissées, elle se laissa tomber par terre dans un bruit sourd.
- Oh ! Ça va ?! S'écria Kazuki en la voyant ainsi.
Elle hocha simplement la tête et accepta l'aide de Kazuki pour se relever. Son corps pesait une tonne, et le moindre mouvement lui demandait toute son énergie. Parviendrait-elle seulement à regagner l'hôtel sans s'effondrer de fatigue ? Pour cela, elle fut soulagée d'avoir Kazuki sous la main. Le jeune enseignant la reconduisit au Ryokan en la portant sur son dos.
Et voilà la fin de ce chapitre qui clos les aventures solitaires d'Haruka. Je dois vous avouez que j'ai eu un mal fou à l'écrire et que, même maintenant, je n'en suis pas pleinement satistfaite (il se peut que j'y apporte quelques modifications dans le futur). J'espère que ce chapitre vous plaira tout de même ! Sur ce, je vous dit à la prochaine ! (Et ne vous inquiétez pas, Mephisto revient dans le chapitre 17)
