Je tiens encore à remercier les personnes qui m'ont laissé des reviews. Je n'ai pas eu le temps d'y répondre personnellement cette semaine, j'essayerais de le faire tout de même car ça me fait hyper plaisir de pouvoir discuter de la série avec vous. En tout cas, c'est vraiment très agréable d'être lu de cette façon et je suis ravie que l'histoire vous plaise pour le moment. A tous les autres éventuels lecteurs, n'hésitez surtout pas à me laisser une review, même courte ou négative. J'ai envie de connaître les personnes qui lisent mon histoire et je pense que cela m'aiderait aussi à m'améliorer.
Bonne lecture pour ce nouveau chapitre !


— Non !

La voix d'Hannibal déchira le silence qui s'était installé dans la pièce depuis de nombreuses secondes. Le temps, qui s'était suspendu, reprit immédiatement son cours et les quatre hommes, jusqu'ici figés et au comble de l'étonnement, se mirent à s'agiter sur leurs sièges. Stockwell, lui, ne quittait pas Futé des yeux comme s'il cherchait à sonder son esprit. Il ne semblait ni surpris ni en colère, au contraire : le petit sourire sur ses lèvres indiquait qu'il était pleinement satisfait.

— Intéressant lieutenant... Je n'aurais pas parié sur vous, j'étais même persuadé que vous seriez contre.

— Vous devriez faire un effort pour vous débarrasser de vos préjugés, alors, répondit froidement Futé d'une voix étrangement mécanique. Il était encore sous le choc de ce qu'il venait de faire et avait l'impression que la voix qui s'échappait de sa bouche n'était pas la sienne. Au moins, il arrivait à parler, c'était déjà ça.

— Ça suffit ! Personne n'ira nulle part, c'est compris ?

Hannibal s'était levé de son fauteuil et pointait un doigt accusateur sur Stockwell. Néanmoins, il ne daigna pas une seule fois regarder Futé dans les yeux.

— Hannibal a raison, mon vieux. T'es devenu complètement cinglé ou quoi ? On doit d'abord en discuter entre nous. Tu peux pas prendre cette décision tout seul.

Bon. Si même Barracuda était au comble de la panique, cela signifiait que la situation était réellement tendue. Étrangement, Futé ne ressentait pas le moindre soupçon de culpabilité. Il avait beau savoir que ce qu'il venait de dire était assurément stupide, il avait la sensation qu'il s'agissait de la bonne décision.

Dépasser les limites avait parfois du bon, n'est-ce pas ? Et pour la première fois depuis des mois, il se sentait enfin libre, comme si plus rien ne lui était interdit.

— Il n'y a rien à dire, répliqua-t-il en haussant les épaules d'un air faussement détaché. Si c'est une mission simple, je serais de retour en un rien de temps. On sait tous très bien que Stockwell ne lâchera pas l'affaire tant que l'un de nous n'aura pas accepté alors à quoi ça sert de repousser l'échéance ?

— Tu n'iras nulle part, répéta Hannibal en posant finalement ses prunelles claires sur lui.

Comme si ça allait changer quelque chose... Il partirait. La façon dont Hannibal s'opposait à sa décision n'était que factice, les deux hommes savaient très bien qu'au moment-même où Futé avait choisi de s'opposer au reste de l'équipe et à Hannibal lui-même, il avait définitivement scellé l'issue du conflit.

Le reste n'était qu'une vaste mise en scène, où chacun jouait le rôle qui lui était attribué.

A l'autre bout du canapé, les épaules basses et fixant le mur d'un air stupéfait, Murdock restait silencieux.

(…)

Assis derrière le clavier, indifférent au monde extérieur et comme plongé dans un univers qui n'appartenait qu'à lui, Futé jouait son morceau favori.

De la salle de bains, Murdock pouvait entendre la douce mélodie emplir le salon. Il imaginait aisément les doigts gambader sur les touches et il ne put s'empêcher de sourire. Durant une fraction de seconde, il crut même que les choses étaient enfin redevenues normales. Puis, il entendit Hannibal claquer un peu trop violemment la porte de la chambre d'à côté et, poussant un soupir épuisé, revint à la dure réalité.

Malgré lui, il marcha sur la pointes des pieds pour rejoindre le salon par peur de déranger le musicien. Il savait que c'était inutile, la musique couvrait amplement ses pas mais c'était une habitude dont il ne parvenait pas à se débarrasser.

De sa cachette, il observait le moindre des mouvements de Futé. Ce dernier aurait probablement détesté cela et cessé immédiatement son activité, ce qui était plutôt paradoxal pour quelqu'un qui aimait autant être au centre des attentions que Futé, songea Murdock, avant de constater avec amertume qu'il ne connaissait peut-être pas son ami aussi bien qu'il le pensait.

Pour la première fois, il réalisa à quel point Futé avant changé. Le temps n'avait jamais eu d'emprise sur lui mais tandis qu'il détaillait les lignes de son visage, le pilote devait reconnaître que son ami avait vieilli. Était-ce la fatigue, la lassitude ou tout simplement la nature qui reprenait ses droits ?

Ses cheveux blonds, mal coupés et retombant sur son front, avaient perdu de leur éclat. La largeur de ses épaules avait fondu et sa posture, autrefois si assurée, semblait presque flétrie, comme si Futé cherchait à se replier sur lui-même au lieu de s'ouvrir au monde extérieur. Même sa tenue vestimentaire n'allait plus avec son personnage. Le pantalon ample et négligé qu'il portait était en absolue contradiction avec les costumes colorés que Futé avait toujours eu l'habitude de porter. Quand avait-il commencé à changer de la sorte ? Et pourquoi Murdock ne l'avait-il pas remarqué plus tôt ?

— Murdock ?

Il était tellement plongé dans ses pensées qu'il n'avait pas remarqué que la musique s'était arrêtée. Les sourcils froncés, les joues légèrement rosies, Futé l'interrogeait du regard.

— Hein ? Ah oui, désolé, je... Tu sais bien que je ne résiste jamais à la perspective d'un concerto privé ! répondit-il d'un ton jovial tout en s'approchant d'un pas dansant vers le piano. Futé, lui, esquissa un sourire timide comme s'il était mal à l'aise à l'idée d'être dans la même pièce que le pilote. Oh, cela n'avait rien à voir avec leur dispute de la veille, Murdock le savait bien. Depuis Thanksgiving, et surtout, depuis la mort d'A.J Bancroft, leur amitié n'était plus la même. Ils n'en parlaient jamais, chacun faisait comme si tout était parfaitement normal mais aucun d'eux n'était complètement dupe.

Futé ne répondait pas, le regard perdu dans la contemplation des touches du piano.

— Il est encore temps de changer d'avis, Futé.

— C'est Hannibal qui t'envoie ? rétorqua immédiatement ce dernier d'un ton cassant.

— Mais non, pourquoi tu dis ça, enfin ? Cela dit, je crois vraiment que tu devrais aller en parler avec lui. Je pense, et je suis tenté d'être d'accord avec lui, que tu as pris une mauvaise décision. Un jour à l'hôpital, j'ai choisi l'omelette au bacon au lieu des flocons d'avoine et crois-moi, ça a été l'une des pires décisions de toute ma vie !

Pas de réponse. Se glissant derrière son ami, Murdock posa ses deux mains sur ses épaules comme il avait l'habitude de le faire lorsqu'ils chahutaient ensemble.

— Tu sais que tu as même réussi à effrayer Barracuda ? C'est un exploit que personne encore ici n'avait réussi à...

— Bon sang Murdock, fiche moi la paix, tu veux ? s'exclama Futé en se dégageant vivement de son emprise avant de se lever de son siège. Je pars tout à l'heure et rien de ce que tu pourras dire ne me fera changer d'avis. Ça ne te plaît pas que je parte seul ? Il fallait le dire à Stockwell quand il en était encore temps. Alors maintenant, arrête de te mêler de ce qui ne te regarde pas... Enfin, j'avais oublié que c'était une habitude chez toi.

La remarque du jeune homme blessa profondément Murdock mais il se força à ne rien rétorquer car cela n'aurait servi à rien, si ce n'était braquer davantage Futé et le conforter dans son idée qu'il était seul contre tous.

— Je continue quand même de penser qu'on aurait dû tous en discuter ensemble. Cette mission... Je la trouve assez étrange, en fait.

Ce n'était pas tout à fait vrai. La mission en elle-même lui paraissait tout à fait normale : il s'agissait de récupérer des dossiers confidentiels contenant des informations sur des agents corrompus que se transmettraient deux anciens agents de la CIA, eux-même mêlés à une sombre histoire et que Stockwell avait refusé d'évoquer, mais qui n'était apparemment pas essentielle à leur compréhension. Oui, voilà bien ce qui gênait Murdock dans cette mission : elle était truffée de zones d'ombre que personne ne semblait vouloir éclaircir. Et quelque chose lui disait que Futé en avait parfaitement conscience. Mais que cherchait-il alors ? Un frisson parcourut Murdock tandis qu'il s'efforçait de garder son calme.

— On devrait vraiment en parler, continua-t-il d'une voix qui se voulait assurée. On est une équipe, non ?

— Une équipe... C'est réellement ce que tu penses ? Qu'on est toujours une équipe ?

Cette fois, ce fut au tour de Murdock de rester silencieux. Plus tard, il regretterait de ne pas avoir réussi à convaincre Futé que leur amitié ainsi que la cohésion de leur groupe, bien que mises à mal, n'avaient pas entièrement disparu. Mais à cet instant, inconscient de la suite des événements, il laissa partir son ami sans savoir qu'il était en train de commettre une énorme erreur.

Soupirant, il referma d'un coup sec le couvercle du piano, faisant tinter les touches en un curieux concert qui résonna dans toute la maison.

(…)

— Comment ça, vous n'avez aucune nouvelle ? Qu'est-ce que ça veut dire concrètement, Stockwell ?

Frankie jeta un regarda désespéré à Hannibal qui resta de marbre. Barracuda s'était levé et faisait face à Stockwell, les poings serrés. Quand à Murdock, il était recroquevillé dans un coin du canapé et avait considérablement pâli.

Déjà-vu. Cette scène a un air de déjà-vu, songea Frankie en mâchant nerveusement son chewing-gum.

— Il est en train de dire qu'ils n'ont plus de nouvelle de Futé depuis ce matin. C'est bien ça, Stockwell ?

La voix d'Hannibal était d'une froideur déconcertante, comme s'il n'était absolument pas concerné par ce qu'il venait d'apprendre. Même Stockwell sembla surpris car il mit plusieurs secondes avant de confirmer d'un hochement de tête précipité, peinant à retrouver sa contenance et sa froideur habituelle.

— Oui, oui, tout à fait... Je... Enfin, je suppose que vous allez vouloir partir à sa recherche ?

— Non.

Tous les regards se tournèrent vers Hannibal. Toujours assis, il regardait droit devant lui et paraissait d'un calme olympien. Il avait déjà employé ce simple mot lorsque Futé s'était porté volontaire mais contrairement à la veille, il était aujourd'hui dénué de toute colère et de surprise.

A présent, il semblait résigné, presque docile, ce qui était en contraste avec le caractère souvent indomptable du colonel. Et alarma immédiatement les quatre hommes dans la pièce.

— Ça ne servirait à rien, il ne veut pas qu'on le trouve. Il n'a pas disparu, Stockwell. Je crois que Futé s'est enfui.


Autant vous le dire, je ne suis pas entièrement satisfaite de ce chapitre... Aussi, j'espère qu'il vous conviendra tout de même ! Il était assez "calme" mais à partir du prochain chapitre, on sera réellement au cœur de l'intrigue et il y aura plus d'action.
A très vite et n'oubliez pas de me laisser une petite review en partant :P