Chapitre 13 : Le rêve

Ébloui par la clarté de l'aube, il était difficile de juger l'authenticité des lieux. Les reflets dorés du lever du soleil reflétant sur les murs tapissés de la vaste demeure rendaient cet endroit exceptionnellement serein, bien qu'une fois la nuit tombé, il devait être particulièrement facile d'en devenir intimidé. Un très grand lustre animait le hall, couronné par d'élégants escaliers de marbre de chaque côté, se rejoignant au milieu de la pièce, formant une demi-lune. Des voix se faisaient entendre dans une autre pièce à sa droite. Sans plus tarder, elle se déplaça vers ce curieux endroit, intriguée par ces mystérieuses voix, par ces…

« Amélia? »

Fred et George Weasley avaient les yeux rivés sur leur amie, tentant subtilement de la réveiller. Ils restèrent silencieux un moment, observant la Gryffondor marmonner dans son sommeil. Puis, Fred reprit enfin la parole.

« Amélia… Réveille-toi, Snape veut te voir… »

« Hmmm… », bredouilla la jeune endormie, la tête couchée dans ses bras croisés sur le pupitre.

« Amélia, tout le monde nous regarde là… », ajouta d'une voix insistante George.

« Hmmm… Quoi? », marmonna Amélia en ouvrant lentement les yeux.

En effet, elle constata assez rapidement qu'elle semblait être le centre de l'attention. Rapidement, mais par réflexe surtout, elle ôta de son doigt la bague et l'enfouit dans une poche intérieure de sa robe de sorcier. Elle tourna la tête vers son professeur d'Histoire de la Magie en guise d'explication et celui-ci la dévisagea d'un air ennuyé. Après un très long soupire, il répéta ce que Fred tentait de lui dire un peu plus tôt.

« Miss Walters, le professeur Snape vous attend à l'extérieur de la classe. »

Soudainement, Amélia comprit tous les regards curieux, certains terrifiés même, qui pesaient sur elle.

« Le pro-professeur Snape? », bégaya-t-elle en regardant le professeur Binns d'un air inquiet.

« Oui, Miss Walters, il vous attend derrière la porte. Il a précisé qu'il serait pour le mieux d'emporter vos affaires. Fait vite, il semblait…pressé. »

Il prit quelques secondes à Amélia pour enregistrer ce qu'elle venait d'entendre. Elle regarda Fred et George d'un air suppliant avant de commencer à ranger le matériel sur son pupitre dans son sac à bandoulière beige. Lorsqu'elle se leva et qu'elle se dirigea vers la porte de classe, elle fit de son mieux pour marcher le plus normalement possible, bien qu'elle était parfaitement consciente qu'elle devait avoir l'air de trembler comme une feuille. Elle dû se retenir de jeter un dernier coup d'œil vers les jumeaux, réalisant qu'elle fonderait surement sur place si elle devait faire face à toute la classe qui, elle en était persuadée, l'observait tous curieusement. Avant de mettre la main sur la poignée de porte, Amélia prit une grande inspiration, puis poussa la porte et la referma derrière elle la seconde qu'elle eut mis le pied à l'extérieur de la classe. À son grand désespoir, lorsqu'elle se retourna, elle constata avec horreur que son cauchemar prenait réalité.

« Suivez-moi. », résonna la voix grave du professeur Snape dans les longs couloirs déserts du château.

Sans un mot de plus, il s'était mis en chemin.

« Et pourquoi? », demanda Amélia en fronçant les sourcils.

Aussitôt, le maître des potions s'immobilisa. Puis, sans se retourner, répliqua sèchement :

« Parce que je vous l'ordonne. »

« Je n'ai rien fait de mal! »

Cette fois, le professeur Snape se retourna brusquement afin de faire face à cette jeune insolente qui osait l'obstiner.

« Je crois que vous avez une bien mauvaise notion de ce que sont le bien et le mal, Miss Walters. »

« Ah! Et c'est vous qui dîtes ça! », s'exclama la Gryffondor.

Sur ces mots, le professeur s'approcha si rapidement d'elle qu'Amélia baissa rapidement la tête afin d'éviter d'être à deux pouces de son visage en colère dans le but d'intimider la jeune fille.

« Un mot de plus et vous écoperez des retenues tous les jours de la semaine avec moi pour le restant du mois ! Suis-je clair ? »

« Oui… »

« Maintenant, suivez-moi! »

Sans un mot de plus, sage décision d'ailleurs, Amélia suivit son professeur jusqu'au cachot d'un air bougonnant. Une fois arrivé dans son bureau lugubre, le professeur Snape fit signe à Amélia de s'asseoir sur la chaise en face de son bureau. Une fois assise, Amélia leva la tête vers le maître des potions et le dévisagea en constatant que celui-ci avait le bras tendu vers elle. Amélia resta inerte et silencieuse, décidée à faire attendre le professeur Snape. Par contre, celui-ci perdit rapidement patience et brisa le long silence qui pesait dans le vaste bureau sombre.

« La bague, Miss Walters. »

Amélia hésita un moment, trahissant toute crédibilité dans sa réplique.

« Je ne sais pas de quoi vous parlez, professeur. »

Le maître des potions laissa son bras tomber sur son bureau et soupira longuement.

« Vous mentez comme vous respirez, jeune fille. »

« Non… »

« Êtes-vous seulement consciente que je pourrais vous renvoyer sur le champ pour avoir volé un objet dangereux dans les appartements d'un professeur? »

« Mais c'est ma bague! J'avais tous les droits de la reprendre! », répliqua Amélia sur la défensive.

Étrangement, elle remarqua instantanément que le professeur Snape semblait grandement réjoui.

« Ah… Donc vous admettez que vous l'avez en votre procession? », répliqua-t-il en affichant un sourire malicieux.

Aussitôt, Amélia réalisa qu'elle s'était fait avoir par la ruse d'un Serpentard.

« Euh… Pas nécessairement… », se défendit-elle avec aucune plausibilité.

« Donner là moi. »

« Et pourquoi? Elle est à moi et je n'ai… »

« Combien de fois vais-je devoir vous le dire? », interrompit le professeur Snape en colère. « Nous ne connaissons pas les propriétés de cette bague! Et la dernière fois que vous l'avez mise à votre doigt, vous avez eu une réaction plutôt compromettante. »

« La dernière fois que je l'ai mise à mon doigt, c'était il y a environ 10 minutes et à ce que je sache, rien de compromettant, comme vous dîtes, n'est arrivé! »

Le professeur Snape l'observait avec un regard si foudroyant qu'il était plutôt surprenant qu'elle ne fondait pas sur place.

« Pour la dernière fois, rendez-la-moi immédiatement. »

« Où allez-vous la mettre? »

« En sureté, loin de vous. »

« J'espère qu'elle sera plus en sureté que la dernière fois, dans ce cas. »

« La dernière fois, vous vous étiez incrusté illégalement dans mon bureau, ce qui n'arrivera jamais plus. »

« Je ne serais pas allée dans votre bureau si vous ne m'aviez pas amenée chez vous! »

Le professeur la fixait d'un air indéchiffrable sans dire quoi que ce soit, laissant peser pour la seconde fois un silence lourd dans la pièce. Il semblait penser précisément à ce qu'il allait dire, comme si chaque mot était important.

« Je vous aurais bien amené à votre tour, seulement, je ne connais pas le mot de passe pour vous laissez entrer et vue votre état cette nuit-là, je doute que vous vous souveniez même de votre nom donc j'en ai déduit qu'il était irrévocablement inutile de tenter de vous le faire rappelez. »

« Alors vous auriez pu m'amener à l'infirmerie! »

« L'infirmerie est pour les sorcières et les sorciers qui sont malades. Vous, vous étiez ivre. De plus, vous ne trouvez pas que ça aurait était suspicieux que je vous amène à l'infirmerie dans votre état en plein milieu de la nuit? »

« Et vous, vous ne trouvez pas que c'est encore plus suspicieux de m'avoir amenée chez vous, en pleine nuit, alors que vous étiez parfaitement conscient que je n'étais pas en état de me défendre? »

Le professeur Snape fronça les sourcils.

« Vous défendre? Pourquoi diable auriez-vous eu besoin de vous défendre contre moi? »

Amélia resta muette un moment, décidée à regarder n'importe où excepter le maître des potions. Elle arrivait à peine à croire que la conversation avait eu cette tournure si embarrassante. Celui-ci reprit la parole, pesant chaque mot comme si sa vie en dépendait.

« Vous vous souvenez de cette nuit-là, n'est-ce pas? »

« En partie. »

« Donc vous êtes parfaitement consciente que jamais je n'aurais osé vous… »

« J'ai dit que je me souviens de cette nuit-là en partie seulement. »

Le professeur ouvra grand les yeux, perdus dans ses réflexions.

« Mais comment est-ce possible que d'avoir oublié une partie de… »

« Vous l'avez dit vous-même, professeur. Apparemment, je n'étais pas en mesure de me souvenir de mon propre nom donc comment pouvez-vous me reprocher de ne pas me souvenir de cette soirée tellement peu importante? »

Le professeur Snape hésita un moment avant de répliquer :

« Vous auriez préféré que je vous laisse geler dehors, peut-être? »

« Là n'est pas la question, pourquoi est-ce que vous…»

« Miss Walters, sachez ceci, jamais je n'aur… Miss Walters, reprenez votre siège immédiatement! »

« Professeur, le cours de potion commence dans cinq minutes. Je ne voudrais pas être en retard et vous donnez l'opportunité d'enlever des points à Gryffondor, bien que je sois parfaitement consciente que vous trouverez fort probablement le moyen de toute façon. »

Le maître des potions se leva à son tour, contourna son bureau et rattrapa en quelques pas la jeune Gryffondor qui s'était remise en chemin. Afin de l'immobiliser sur place, il tira sur son sac à bandoulière et ne lâcha pas prise, obligeant Amélia à lui faire face.

« Nous parlerons de tout ça plus tard. »

« Peu importe… »

« Un instant, jeune fille. Où comptez-vous aller? »

« Au cours de potion. »

« Dois-je vous rappelez pour la millième fois que… »

Mais il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'Amélia avait tirée sur son sac afin de se libérer de son emprise et sortie rapidement du bureau, laissant Snape derrière, plus énervé que jamais. Amélia, contrairement à Snape, était ravie d'avoir quitté le bureau. Non seulement elle se rendait en cours de potion, mais en plus, elle avait réussi à s'éclipser du bureau avec sa bague.

Lorsqu'Amélia entra dans la classe, elle constata que la majorité des étudiants étaient déjà arrivés. Tous l'observaient curieusement, mais ils détournèrent rapidement les yeux quelques secondes plus tard lorsque le professeur Snape fit son apparition dans la salle de cours, claquant la porte derrière lui.

« C'est silence dans ma classe. »

Les quelques personnes qui chuchotaient se turent sur le champ.

« Prenez vos places. », ajouta-t-il sèchement.

Mais Amélia constata qu'elle était la seule qui n'avait pas pris sa place encore. Rapidement, elle se faufila dans sa rangée habituelle, près de Lee Jordan, Fred et George.

« Oh! Merci seigneur, tu es enfin de retour dans le cours de potion! », s'exclama Lee. « Depuis ton départ, disons que le résultat de ma potion était légèrement mauvais… »

« Mais bien sûr, loin d'être aussi mauvaise que la potion à Flint », ajouta George avec un clin d'œil.

Bien entendu, cela fit sourire Amélia, mais elle redevint sérieuse lorsqu'elle releva la tête et constata que le professeur Snape les observait d'un air mauvais.

« Aujourd'hui, nous poursuivrons avec l'Élixir d'Euphorie. Étant donné les résultats pitoyables de la semaine dernière, je constate qu'il est plus que nécessaire de recommencer. De toute évidence, le seul point positif, c'est qu'il est pratiquement impossible de faire pire. »

« Wow… Ça, c'est ce que j'appelle être optimiste… », chuchota Fred sarcastiquement.

« Je ne parlerais pas trop vite, Professeur Snape. Amélia est de retour dans la classe, elle risque de tout faire exploser encore une fois. », répliqua Markus Flint, un sourire arrogant s'affichant sur son visage odieux.

Amélia se retourna rapidement afin de jeter un regard meurtrier à Flint, mais croisa le regard de Snape sur son passage. Celui-ci semblait grandement ravi du commentaire cinglant que son cher élève de Serpentard avait fait part à toute la classe afin de la rabaisser.

« Ferme là, Flint! », s'écria Fred sur la défensive.

« Votre langage, monsieur Weasley. », ordonna sévèrement le professeur Snape.

« Ah ouais? Et le langage à Flint, vous en faites quoi? », répliqua Fred en colère.

« Lorsque vous poserez enfin une question pertinente, Monsieur Weasley, je songerai peut-être à y répondre, bien que ce jour ne risque jamais d'arriver. »

« C'est ça… Et puis quoi enc… », commença le rouquin, mais il s'interrompit aussitôt qu'Amélia lui écrasa le pied afin qu'il se taise.

« Pas maintenant, c'est ce qu'il cherche, à nous provoquer. », murmura Amélia par la suite.

Le professeur Snape leva un sourcil puis se retourna brusquement en pointant sa baguette magique sur le tableau afin d'y faire apparaitre la liste d'ingrédients.

Le restant du cours se passa dans un silence complet. De temps à autre, on pouvait entendre les potions bouillonner dans les chaudrons et également les jurons des élèves moins habiles en potion résonner dans la classe. À la fin du cours, chaque élève recueillit un petit flacon afin d'y mettre un échantillon de leur potion et déposa leur flacon sur une étagère au fond de la classe. Amélia, encore une fois ravie du résultat de sa potion, se leva à son tour afin d'aller poser son échantillon d'Élixir sur la tablette au fond. Cependant, elle constata avec horreur que sa potion venait de disparaitre de son flacon avant même d'avoir eu le temps de la déposer sur l'étagère. Aussitôt, plus furieuse que jamais, elle se retourna vers la table où les Serpentard étaient installés afin d'en accuser Flint. Par contre, à son grand étonnement, celui-ci, ainsi que le reste de sa bande de Serpentard, avait déjà quitté la classe. En faite, elle remarqua qu'elle était la dernière en cours. Confuse, elle se retourna afin de faire face au professeur Snape et dès l'instant où leurs regards se croisèrent, Amélia sut immédiatement qu'il était la cause de la disparition de sa potion. Tenant toujours fermement le flacon, désormais vide, dans ses mains, Amélia s'approcha d'un pas décidé vers le maître des potions. Avant même de pouvoir dire quoi que ce soit, le professeur Snape avait pris la parole.

« J'ai été clément, je vous ai laissé assister à mon cours en plus de vous permettre d'utiliser le matériel nécessaire pour confectionner l'Élixir d'Euphorie. Cependant, il n'est pas question que vous ayez en plus le privilège de prendre de mon temps pour corriger et noter votre travail. Je vous le répète, puisque cela semble manifestement nécessaire, pour vous, les cours de potions sont terminés. Vous en avez la preuve. »

« Mais professeur, je… »

« Maintenant, avant que vous disparaissiez de ma vue, je vous ordonne, pour la dernière fois, de me remettre la bague sans un mot de plus. »

La jeune Gryffondor l'observa en silence puis finit par sortir de la poche intérieure de sa robe la petite bague d'onyx et la déposa sur le bureau du professeur Snape. Pendant un instant, elle voulut lui parler de son rêve étrange lorsqu'elle avait porté la bague au cours d'Histoire de la Magie, mais changea d'avis, se rappelant de l'avertissement du maître des potions signalant qu'elle ne devait plus dire un seul mot. Pendant ce temps, le professeur Snape l'observait minutieusement, les sourcils froncés, comme s'il se doutait qu'elle cachait quelque chose. Cependant, il s'abstint de commentaires et détourna les yeux seulement lorsque la jeune fille s'éloigna vers la porte.

Amélia marchait seule dans les couloirs, légèrement déçu que Fred et George ne l'aient pas attendu, mais surtout, complètement vidé. Elle était tellement démunie à l'idée de constater qu'elle n'avait plus, pour la seconde fois, sa bague. Elle savait, désormais, qu'il était complètement inutile d'essayer de la récupérer. Elle savait qu'elle ne la tiendrait plus jamais dans ses mains, qu'elle ne la porterait plus jamais à son doigt. Cette fois, elle se dit qu'elle devrait vraiment écrire à sa grand-mère afin de lui faire part des événements. Elle préférait, pour l'instant, ne pas imaginer la réaction de Grand-Mère Sissi lorsqu'elle découvrirait que son unique petite fille a perdu la bague d'onyx, la bague de ses ancêtres. Une bague aussi précieuse, rare et unique qu'un diamant noir.

.oOoOo.

Bon sang… Ça fait un lustre que je n'avais pas « uploader » un chapitre! Mille pardons! J'espère que vous avez aimé malgré tout et sachez que chacun de vos commentaires sont aussi précieux et uniques pour moi que la bague d'onyx l'est pour notre chère Gryffondor.

xoxo