Chapitre 15 : Une première découverte
En entrant dans la pièce sombre, Amélia constata que le bureau de son ancien professeur de potions n'avait guère changé depuis sa dernière visite qui remontait à quelques semaines.
« Vous pouvez vous asseoir sur la chaise en face de mon bureau. », dit le professeur Snape en pointant du doigt le petit fauteuil noir.
Amélia s'exécuta sans dire un mot, préférant laisser le maître des potions parler du pourquoi elle était ici. Comme s'il avait deviné ses pensées, le professeur Snape vint s'asseoir sur la haute chaise de cuir noir en face d'Amélia en fusionnant ses mains au centre du pupitre et débuta la conversation.
« J'imagine que vous devez questionner la raison de votre présence ici? », demanda-t-il en fixant la jeune fille.
« En effet. », fut l'unique réponse qu'il obtint de son ancienne élève.
Il acquiesça de la tête puis se pencha légèrement vers l'arrière afin d'ouvrir un des tiroirs de son pupitre. Amélia fronça les sourcils, se demandant ce qu'il allait lui montrer. À la grande surprise de la jeune fille, il déposa précautionneusement sur le centre du bureau une petite bague en or blanc dotée d'une jolie pierre noire. Elle n'arrivait pas à y croire, jamais elle n'aurait cru qu'elle reverrait cette bague, la bague qui lui appartenait auparavant.
« Mais… »
« Vous ne croyiez pas que vous la reverriez un jour, je me trompe? », demanda le professeur.
« Je… Vous avez raison, je ne croyais pas pouvoir la revoir un jour… », répondit-elle, stupéfaite.
« Alors vous devez vous demander pourquoi je vous la montre, n'est-ce pas?
« Oui… »
« J'écoute vos hypothèses. »
« Hmm… Vous avez réalisé que cette bague était totalement inoffensive et qu'il était inutile de la garder loin de moi? », suggéra-t-elle avec espoir.
Le professeur haussa un sourcil, ce qui indiqua assez clairement à Amélia qu'elle avait tout faux.
« Je crois que je n'ai pas réellement besoin de répondre à cette question, Miss Walters. Vous savez très bien que cette bague n'est pas inoffensive. »
« Alors, pourquoi me faire de faux espoirs en me la montrant? »
« Aviez-vous réellement espoir de la récupérer? »
« Non. En effet, je n'en avais aucun. »
« Bon. Dans ce cas, le problème numéro un est réglé. »
« Le problème numéro un? »
« La liste est longue, mieux vaut ne pas s'attarder sur ce qui est déjà résolu. »
Il prit une pause, comme s'il semblait réfléchir.
« J'aimerais que vous me racontiez ce qu'il s'est passé lorsque vous l'avez mise à votre doigt la dernière fois. »
« Comment savez-vous qu'il s'est passé quelque chose? »
« Miss Walters, contentez-vous de répondre simplement. »
« J'ai eu un rêve. »
« Un rêve? »
« Oui. »
« Quel genre de rêve? », demanda-t-il.
« Je ne… sais pas vraiment, c'était bizarre… »
« Vous devrez élaborer davantage, Miss Walters. »
Amélia croisa le regard noir du professeur de potion et en profita pour le foudroyer des yeux avant de poursuivre.
« Vous savez, lorsque l'on fait un rêve, il semble tellement réel? Et ce n'est qu'une fois qu'on se réveille que nous réalisons qu'il y avait quelque chose d'irréel, d'incorrect, d'illogique même? »
« Oui… », répondit le professeur Snape, les sourcils froncés par la concentration, se demandant où est-ce qu'elle voulait en venir.
« Euh bien, lorsque je me suis réveillée, je n'ai pas ressenti cet effet. Je n'avais pas l'impression que j'avais rêvée. Rien n'était irréel, mais tout l'était à la fois. »
Le professeur Snape observa méticuleusement Amélia en caressant sa lèvre inférieure d'un doigt long et fin.
« Je vois. Poursuivez. »
Amélia hocha de la tête en guise d'approbation puis ferma les yeux afin de se concentrer du mieux qu'elle pouvait pour se rappeler de son rêve. Pendant ce temps, le professeur Snape n'avait pas détourné les yeux de la jeune fille.
« J'étais dans un très grand hall d'entrée. », commença-t-elle, en gardant les yeux clos, la tête légèrement penchée vers l'avant, accoté sur sa main, ainsi couvrant la moitié de son visage. « À mes souvenirs, il s'agissait du matin. Je… J'étais là, debout a observé avec curiosité ce magnifique endroit. Puis, j'ai entendu des voix venant d'une pièce à côté… Je m'y suis dirigée et en entrant dans la pièce, j'ai réalisé qu'il y avait beaucoup de gens dans ce qui semblait être un salon de thé. Une des choses étranges était que je semblais avoir été transportée dans une autre époque. Il y avait des enfants qui courait un peu partout, suivit de près d'une dame qui leur faisait des signes afin qu'ils se calment. Pendant ce temps, il y avait un homme plutôt grand et mince portant un chapeau haut de forme et il avait une très grande moustache foncée. Il discutait avec une jeune femme dans le début de la trentaine, je dirais. Par contre, je n'ai pas réussi à capter ce qu'ils disaient. Ils parlaient d'une langue inconnue. Si vous voulez mon avis, je dirais qu'ils parlaient russe ou allemand peut-être. Il y avait tellement de brouhaha dans la pièce et tellement de choses à voir que c'est difficile de tout décrire. Mais le plus étrange, c'est que personne de semblait réaliser que j'étais dans la pièce avec eux. J'ai tenté de leur parler, mais en vain. Aucun d'eux ne portait attention à moi, comme si j'étais un fantôme, comme si j'étais invisible. »
En prononçant la dernière phrase, le professeur Snape se figea sur place. En ouvrant les yeux, Amélia sembla consciente du changement de comportement soudain du professeur. Elle reprit aussitôt :
« Est-ce inquiétant? »
Le maître des potions resta immobile et muet un moment, comme perdu dans ses pensées. Puis, enfin, il prit la parole.
« Je… crois avoir une hypothèse face à ce que vous venez de me raconter. »
« Vraiment? », demanda Amélia, plus surprise que jamais. Il lui avait semblé que son récit n'avait eu aucun sens et qu'il ne s'agissait réellement qu'en réalité un simple rêve tout à fait banal. « Parfait, dans ce cas, vous pourriez peut-être m'expliquer? »
Le professeur Snape poussa un long soupir qui n'avait rien à voir avec de l'exaspération, mais plutôt de la compréhension.
« Connaissez-vous vos origines, Miss Walters? », demanda le maître des potions.
« Si je quoi? », questionna la jeune fille, visiblement étonnée qu'il lui pose cette question qui lui semblait complètement hors sujet. Pire encore, elle s'attendait réellement à avoir des réponses à son rêve, mais il semblait s'avérer qu'elle devrait encore patienter.
« Vos origines. Que savez-vous de vos origines? »
« Mais en quoi est-ce en lien avec… », mais elle n'eut pas le temps de poursuivre sa question qu'il avait déjà reprit la parole.
« Répondez simplement à ma question. »
« Euhmm… Pourriez-vous être plus spécifique? »
« Commençons du côté de votre père. »
« Oh. D'accord. Euhm… Mon père se nomme Isaac Howard et il… », mais de nouveau, elle fut interrompit par le professeur Snape.
« Howard, dites-vous? »
« Oui. »
« Mais votre nom de famille n'est-il pas Walters? »
« En effet. »
Le professeur observa intensément Amélia, mais celle-ci n'élabora pas davantage, obligeant le maître des potions à approfondir sa question.
« Vous avez pris le nom de votre mère? »
« En effet. »
« Y a-t-il une raison particulière pour ce changement de… »
« Pas qui soit en lien avec ce dont nous parlons en ce moment professeur. »
Le professeur Snape recula la tête en plissant légèrement les yeux, sans la quitter du regard.
« Je vois. Vous pouvez poursuivre. », indiqua-t-il suivit d'un mouvement de main.
« Ouais, bon. Les Howard sont une famille très ancienne d'origine anglaise. Ils sont tous de sang pur et la plupart sont obsédés par la magie noire et… »
« Auriez-vous par hasard des frères, Miss Walters? »
Amélia fronça des sourcils en observant le professeur d'un air accusateur.
« Il est à croire que vous n'en avez rien à faire de mes origines, à ce que je vois. »
« Ce n'est pas cela. Je veux seulement savoir si… »
« Trois. »
« Qu'avez-vous dit? »
« Trois. J'ai trois frères, professeur. »
« Ont-ils étudié à Poudlard? »
« Oui. Il y a quelques années déjà. Vous ne devez pas vous souvenir d'eux. Thomas a fêté son 26e anniversaire il y a deux semaines. William a 23 et Peter aura bientôt 20 ans. »
Le professeur Snape resta muet de surprise, la mâchoire pendante et les yeux fixant intensément la jeune fille.
« Êtes-vous en train de me dire que vous êtes réellement la sœur de ces jeunes hommes? »
« J'en ai bien peur… »
« Impossible… », murmura le professeur Snape en fixant le mur du fond, désormais.
« Vous semblez surpris... »
« Il s'avère que je me souviens très bien de vos frères. »
« Vraiment? », demanda Amélia avec curiosité.
« Disons que j'ai rarement vu des gens aussi différents venant d'une même famille. »
« C'est vrai… », soupira la jeune fille en baissant les yeux.
« Mais, vous devez être la première de votre famille à avoir été à Gryffondor? »
« Presque. Du côté à mon père, c'est vrai que ceux qui ont étudié à Poudlard ont tous été à Serpentard et ma mère s'est également retrouvée à Serpentard, mais ma grand-mère du côté de ma mère, celle avec qui je vis depuis maintenant sept ans, était à Gryffondor, comme moi. »
Le professeur Snape semblait si perplexe, ce qui n'avait pas l'habitude d'arriver, qu'il ne semblait pas savoir par où commencer.
« Donc du côté des Howard, tous ont été à Serpentard? »
« Oui, sauf ceux qui ont étudié à Dumstrang. Le système est différent dans cette école, comme nous avons pu le constater l'an dernier. Mais il n'y a pas de doute que s'ils avaient étudié à Poudlard, ils auraient été placés à Serpentard. »
« Et votre mère était à Serpentard, mais votre grand-mère était à Gryffondor, la seule de votre famille? »
« Oui. »
« Je vois. »
Voyant qu'elle ne semblait plus très à l'aise dans ce sujet et qu'en plus, ils s'éloignaient grandement du propos initial, le professeur reprit avec ses questions en lien direct avec leur problème.
« Bien. Revenons au tout début. Donc votre père est anglais. Votre mère, elle? »
« Du côté à ma mère, c'est plutôt varié. La mère à ma mère est d'origine française et russe. Le père à ma mère, quant à lui, était anglais. »
« Vous avez bien dit russe? »
« Oui… Pourquoi ? »
Ignorant totalement sa question, il poursuivit.
« La bague, Miss Walters, vous dites qu'elle provient de vos ancêtres. »
« En effet. »
« Du côté de votre mère ou de votre père? »
« De ma mère. »
« Ahhh… », s'étonna-t-il, visiblement ravi comme s'il venait de découvrir quelque chose d'une grande importance.
« Suis-je censée comprendre quelque chose? », demanda la jeune fille, confuse.
« Que savez-vous de vos arrière-grands-parents du côté à votre mère? »
« Mes arrière-grands-parents? Hmm… Pas grand-chose. Je sais que mon arrière-grand-père s'appelait Vladimir Van Dorski. Mon arrière-grand-mère s'appelait Céleste, elle était française. »
« Bien. Et puis quoi d'autre? »
« Euhm… Vladimir était un homme assez strict, selon ma grand-mère. Céleste était une femme plutôt extravagante et elle était de quelques années plus jeunes que son mari. »
« Et quoi d'autre? »
« Attendez, j'y pense… »
Le professeur Snape leva les sourcils en signe d'impatience.
« Quoi? Et vous, vous en savez beaucoup au sujet de vos arrière-grands-parents? », demanda Amélia d'un ton grincheux.
Le maître des potions ignora considérablement sa question, ce qui signala à la jeune fille qu'il ne devait pas en savoir beaucoup lui non plus.
« Votre ton, Miss Walters. », répliqua-t-il en lui jetant un regard noir.
« Je suis désolée, mais je vous assure que rien d'autre ne me vient à l'esprit. », conclut-elle, légèrement irritée.
Le professeur Snape soupira, mais ne parut pas trop déçu.
« Votre grand-mère vous a-t-elle déjà parlé de l'endroit où elle vivait lorsqu'elle était jeune? »
« Ils vivaient au nord de l'Angleterre, dans une ancienne demeure… »
« Hmmm… Je vois. Et c'est elle qui vous a donné la bague? »
« Eh bien, techniquement, c'était ma mère, mais elle me l'a retiré lorsque j'ai quitté la maison. Mais c'est vrai que la dernière personne qui m'a offert la bague était ma grand-mère. »
« Bien. Et c'est votre arrière-grand-père qui est Russe. »
« Oui. »
« Avez-vous une idée à quoi il ressemble? »
« Professeur, je ne l'ai jamais rencontré. Il est mort bien avant ma naissance. »
« Une photo, peut-être? »
Amélia plissa les yeux en se concentrant sur un souvenir qui lui venait en tête. Elle savait qu'elle avait déjà vu des photos, mais cela faisait tellement longtemps qu'elle n'arrivait pas tout à fait à se souvenir clairement de son visage.
« Je me souviens que ma grand-mère disait qu'il était très grand et qu'il aimait prendre un verre de Whisky pur feu de temps à autre, le soir. J'ai déjà vu des photos il y a longtemps. Il me semble qu'il arborait une barbe, peut-être une moustache. D'ailleurs, tous les hommes de cette époque avaient une moustache ou une barbe, non? Oh... Et il avait les cheveux foncés. »
Le professeur l'observa quelques secondes avant de reprendre ses multiples questions.
« Votre grand-mère parle-t-elle le russe? »
« Pas couramment. Elle peut se débrouiller, mais ce n'est pas sa langue première. Elle maitrise très bien le français et l'anglais, par contre. »
« Et la mère de votre grand-mère, parlait-elle le russe? »
« Je n'en ai aucune idée. »
« Mais votre arrière-grand-père parlait-il le français? »
« Peut-être. Mais il parlait vraiment mieux le russe. »
« Donc, il est fort possible qu'ils aient communiqué en russe? »
« Je... Professeur, où voulez-vous en venir? »
« N'avez-vous donc pas déjà deviné? »
Amélia fronça les sourcils sans répondre.
« Miss Walters, je vous ai fait venir à mon bureau ce soir, car depuis quelque temps, j'ai accordé beaucoup d'attention sur la bague. Par ce fait, j'ai découvert des informations qui semblent coordonner parfaitement avec les renseignements que vous me dites. »
Amélia observa le professeur sans dire quoi que ce soit, espérant qu'il élabore davantage. Ce qu'il fit d'ailleurs.
« Miss Walters, je suspecte que l'homme très grand et mince avec la moustache que vous avez vu dans votre rêve était votre arrière-grand-père. La femme avec qui il communiquait dans une autre langue, possiblement le russe, pourrait aussi bien être sa femme, c'est-à-dire votre arrière-grand-mère. »
Amélia était complètement abasourdie.
« Professeur, êtes-vous en train de dire que dans mon rêve, j'aurais aperçu mon arrière-grand-père, que je n'ai jamais eu l'opportunité de rencontrer d'ailleurs? »
« Ce que je suis en train de vous dire, Miss Walters, c'est qu'il est possible que vous avez aperçût plusieurs membres de votre famille dans votre sois disant rêve. »
« Mais c'est impossible! Comment aurais-je pu recréer ma famille dans un rêve sans que je sache réellement à quoi elle ressemble? »
« La réponse est plutôt simple. Parce qu'il ne s'agissait pas de votre rêve. »
« Quoi? »
« Ai-je réellement besoin de répéter? »
« Mais… mais à qui aurait bien pu appartenir ce rêve, dans ce cas? »
« Voyez-vous, je n'ai pas l'impression qu'il s'agissait réellement d'un rêve. »
Amélia arrivait à peine à y croire.
« Donc il s'agirait de quoi exactement? »
« Exactement? Je ne suis pas en mesure pour le moment de vous le confirmer, mais voyez-vous, j'ai de bonnes raisons de suspecter que cette bague ci-présente ait en quelque sorte ce qu'on pourrait appeler des propriétés de mémorisation. »
« Des propriétés de mémorisation? »
« En effet. Ce qui signifie qu'il est possible, je dis bien possible, que ce que vous avez vu lorsque vous vous êtes endormi avec votre bague durant le cours d'Histoire de la Magie était en faite un souvenir. »
« Bon sang… », murmura Amélia, fixant désormais la bague sur le bureau.
« Mais, est-ce réellement possible qu'une simple bague puisse… contenir des souvenirs? », demanda-t-elle en regardant de nouveau le professeur.
« C'est plutôt rare, mais ce n'est pas impossible. »
« Lorsque vous dites que c'est plutôt rare, cela signifie-t-il que c'est la première fois que vous avez un objet de la sorte sous les yeux? »
« En effet. »
« Wooo… Mais vous dites que ce n'est qu'une hypothèse? »
« Une hypothèse très réaliste. »
« Mais comment savoir si cette hypothèse s'avère à être la réalité? »
« C'est là que ça se corse légèrement. Pour cela, il faudrait analyser la bague en profondeur et tenter d'y trouver les propriétés sans créer de dommage à l'objet. Il faudrait que nous ayons une vision parfaite du souvenir que vous avez vue. Par la suite, bien sûr, il faudrait que vous sachiez de quoi votre arrière-grand-père avait l'air, que vous sachiez s'il parlait russe à sa femme, ce qui nous amène à nous questionner à savoir si dans votre souvenir, il s'agissait bien de sa femme ou d'une autre femme ou s'il parlait réellement russe ou même, à la limite s'il s'agissait bel et bien de lui. Il faudrait également savoir si… »
« Attendez ! »
Le professeur observa la jeune Gryffondor avec un mélange de curiosité, mais également de frustration dans ses yeux.
« Oui? »
« C'est beaucoup trop de détails! C'est bien beau tout ça, mais même si tout ce que vous dites coordonnait supposément avec la description de mes ancêtres, nous ne pourrions jamais le découvrir de toute façon puisque je me souviens à peine de ce souvenir! »
« Ah… Mais c'est là que vous faites erreur. »
« Comment ça? »
« Miss Walters, vous semblez oublier que vous vivez dans un monde de sorcier. Un des grands avantages parmi tant d'autres, c'est que nous avons la faculté de revoir certains souvenirs par différents moyens. »
Amélia sembla comprendre.
« Êtes-vous en train de me dire que vous voudriez que j'extraie ce souvenir dans ma tête pour le mettre dans une pensine? »
« Ça pourrait faire partie d'un des moyens, en effet. »
« Mais professeur, même si je soustrais ce rêve de ma tête, comme je vous l'ai dit, ma vision est très floue de ce rêve, jamais nous ne parviendrions à résoudre quelque chose. »
« Vous semblez oublier que j'ai mentionné qu'il y avait plusieurs moyens pour arriver à nos fins. »
Amélia réfléchit un moment.
« Donc, vous voudriez que je remette la bague à mon doigt et puis que je m'endorme afin de revoir ce souvenir? »
« Voyez-vous, ceci constituerait à être la dernière option puisque rien ne nous dit que ce que vous reverrez, si tel est possible, sera le même souvenir. Puis, rien nous dit que vous réagirez de la même façon également. »
« Alors qu'est-ce qu'on peut faire? », demanda-t-elle.
« Utiliser une méthode un peu moins courante, mais très utile, la legilimancie. »
« La quoi? »
« La legilimancie, Miss Walters. »
Voyant qu'elle ne semblait en aucun cas comprendre le terme de ce mot, le professeur élabora.
« La legilimancie est l'art de naviguer à travers les nombreuses couches de l'esprit d'une personne et d'en interpréter correctement les résultats. C'est une branche très obscure de la magie, mais bien utile. »
« Euhmm… Donc vous dites qu'on pourrait lire dans mon esprit? »
« En effet. »
« Et qui est la personne qui serait en mesure de faire une telle chose? »
Il y eut un moment de silence pendant que ces deux personnes si différentes échangèrent des regards.
« Moi. »
« Vous? », s'étonna-t-elle, la mâchoire pendante.
« C'est bien ce que j'ai dit. »
« Mais… Mais… Je ne comprends pas très bien… »
« N'ai-je pas été suffisamment clair? »
« Si. Mais, je ne vois pas ce qui diffère entre extraire mes souvenirs de ma tête ou simplement que de les mettre dans une pensine. »
« C'est différent, car dans le cas de la legilimancie, c'est moi qui irai directement dans votre esprit afin d'en extraire les informations que nous recherchons. »
« Mais c'est inutile! Vous n'obtiendrez pas plus d'information dans ma tête en utilisant la legili-chose que ceux que je mettrais dans la pensine! Tous les deux proviennent d'une même origine! »
« Ah! Mais c'est là que vous vous trompez amèrement. »
« Pardon? »
« Voyez-vous, il y a une distinction entre lire un souvenir dans une pensine à celui de la lire directement dans l'esprit de la personne. La distinction est très subtile, direz-vous, mais c'est cette distinction qui fera toute la différence. »
« Et en quoi consiste cette distinction? »
« Si vous mettiez ce souvenir dans une pensine, nous obtiendrions seulement la vision fixe de votre souvenir, c'est-à-dire les détails dont vous vous souvenez uniquement, sans inclure tout le souvenir. Dans le cas de la legilimancie, je peux chercher dans votre esprit jusqu'à en extraire des souvenirs dont vous n'aviez plus conscience, des détails qui vous échappent. »
« Donc, en résumé, vous dites que vous pourriez aller creuser dans mon crâne afin d'en extraire des détails pointilleux de ce souvenir dont j'ai inconsciemment conservé dans ma tête? »
« Disons que je l'aurais résumé autrement, mais nous pouvons en conclure cela. »
« Wooo… Mais c'est complètement cinglé! »
« C'est utile. », répliqua-t-il d'un ton grave.
« Utile et cinglé! »
Le professeur hocha lentement la tête.
« Mais comment comptez-vous réussir à obtenir ce souvenir dont je n'ai justement que très peu de détails? »
« Cela m'appartient. »
« Ah ouais? Et qu'est-ce qui vous dit que j'ai envie qu'on me fouille dans le cerveau? », demanda-t-elle, soudainement inquiète.
« Ce sont des mesures à prendre si vous désirez résoudre un mystère qui pourrait s'étendre à un siècle, peut-être plus. Après tout, c'est votre famille. »
Amélia hésita un moment.
« Peut-être je pourrais reprendre ma bague, le temps d'y penser, d'en discuter avec des gens peut-être… »
« Pas question. Cette bague ne reviendra pas en votre possession tant que ce mystère n'est pas résolu et que je suis parfaitement convaincue qu'elle ne contient pas également des propriétés illégales. »
« Des propriétés illégales? »
« En autre terme, des propriétés de magie noire. »
« Ah… Donc vous me faites du chantage? »
« Qu'avez-vous dit? »
« Vous savez que j'hésite donc vous essayez de me convaincre en me disant que jamais je ne posséderai cette bague de ma vie si vous n'entrez pas dans ma tête! »
Le professeur l'observa pour la première fois ce soir avec profond dégout.
« Il n'y a que vous pour répliquer une telle sottise! Il y a davantage de choses dont j'aimerais faire de mon temps à la place de pénétrer votre esprit, jeune fille. Ce que nous avons en face de nous est un objet tellement rare que la plupart des sorciers n'auront jamais la chance d'en apercevoir un dans sa vie ! Et encore moins d'en être conscient et d'en résoudre les mystères ! J'ai cru bon de vous en faire part, car elle concerne fort probablement votre famille, mais étant donné que vous n'en avez apparemment rien à faire, inutile de me faire perdre davantage de mon temps! »
Sur ce, il ramassa brusquement la bague au centre du pupitre et la remit dans le tiroir.
« Vous pouvez maintenant partir. »
« Mais… »
« N'avez-vous pas compris ce que je viens de vous dire? »
« C'est juste que je suis en état de choc! »
Cette fois, le professeur sembla se calmer légèrement. Amélia vit cela comme une opportunité de s'expliquer.
« Jamais de ma vie je n'aurais cru qu'une telle chose pouvait exister. Une bague qui a le pouvoir de conserver des souvenirs… Et puis la legilimancie, je ne savais même pas de quoi il s'agissait! Et puis pour couronner le tout, alors que je commence tout juste à comprendre, vous dites que vous voulez aller fouiller dans mon crâne! »
« Miss Walters, l'idée n'est justement pas d'aller fouiller dans votre crâne, comme vous dites. L'idée est d'aller chercher ce souvenir. »
« Et c'est quoi la distinction entre aller chercher un souvenir dans ma tête et fouiller dans mon crâne? »
« La distinction est grande. Mon but ne serait pas de découvrir chaque petit secret enfoui en vous. Mon but serait simplement de chercher ce souvenir. Je n'aurais pas besoin de capter tout ce qui a dans votre esprit. Je n'aurais pas besoin de porter attention à des souvenirs qui ne sont pas en lien avec ce que nous cherchons, vous comprenez? »
« Oui… Je comprends. »
« Bien. Il commence à être très tard, vous devriez être au lit depuis un bon moment déjà… »
« Oui… »
« Miss Walters, ce qui suit est à vous d'en décider. Jamais je ne forcerais votre esprit sans votre consentement. Prenez le temps d'y penser. »
« Oui, professeur. »
« Bien sûr, il serait préférable que vous n'en parliez à personne. »
« D'accord. »
Sur ce, la jeune fille se leva et se dirigea machinalement vers la porte.
« Mais professeur. », dit-elle en se retournant.
« Oui? »
« Que vais-je dire aux autres lorsqu'ils me questionneront au sujet de notre rencontre? »
« Que voulez-vous dire? »
« J'ai reçu votre lettre dans la Salle commune. Tout le monde qui était présent à ce moment-là est au courant que je devais vous rencontrer ce soir. Bien sûr, je pourrais leur dire que vous aviez décidé de me donner une retenue… Mais ils vont peut-être trouver suspicieux le fait que je ne suis plus au cours donc logiquement, je n'aurais pas dû avoir de retenue. Quoique je pourrais peut-être leur dire que vous m'avez, par exemple, surprise dans le couloir en train d'engueuler le chevalier fou dans le cadre du quatrième étage… »
Le professeur Snape fronça des sourcils face à la révélation de la jeune fille.
« Le chevalier fou? »
« Ouais… Disons qu'on ne s'entend pas très bien… »
« Vous voulez rire? »
« Je vous jure qu'il est le cadre le plus arrogant du monde! »
Le professeur hocha la tête et Amélia crut percevoir pendant une fraction de seconde ce qui semblait être le début d'un sourire dans le visage du professeur.
« Il n'y a réellement que vous pour vous obstiner avec un cadre… »
« Ce n'est arrivé que trois fois… Ou quatre… »
« Miss Walters? »
« Oui, professeur? »
« Vous n'aurez qu'à dire que je voulais vous rencontrer parce que j'accepte de vous reprendre dans mon cours de potion. »
Amélia le dévisagea un moment.
« Mais… Ce n'est pas la vérité… Ils vont s'en rendre compte rapidement lorsqu'ils constateront que je ne suis pas dans… »
« Dans ce cas, vous n'aurez qu'à vous présentez au cours et ça évitera tout problème. »
« Mais… Donc vous acceptez de me reprendre? »
« Il me semble que c'est ce que j'ai précisé, en effet. »
« Et de noter mon travail aussi? »
Le professeur Snape sembla hésiter un moment, mais finit par répondre :
« Si vous évitez de vous disputez avec qui bon vous semble, j'accepte de noter votre travail. »
« De quoi avec qui bon me semble! C'est simplement avec Flint et ses imbéciles d'amis que je me dispute sinon je ne… »
« Miss Walters! »
« Oui, professeur? »
« C'est justement ce genre de choses là que nous cherchons à éviter. »
« Ah… Ouais, d'accord. »
« Bien. »
« Bon, alors, bonsoir, professeur… »
« Un instant… »
Amélia s'immobilisa en observant curieusement le professeur. Celui-ci sortit d'un tiroir de son bureau un papier parchemin ainsi qu'une plume et un encrier. Rapidement, il nota quelque chose sur le papier puis le plia en quatre. D'un mouvement gracieux, il se leva de sa chaise et se dirigea vers Amélia.
« Tenez. Si le concierge ou un professeur vous interpelle, vous aurez une note qui motivera votre présence dans les couloirs à cette heure-ci. »
Amélia parut extrêmement surprise. Lentement, elle prit la lettre que le professeur Snape lui tendit, celui-ci la regardant curieusement, puis la serra dans ses mains.
« Euh…Merci, professeur. »
Le professeur acquiesça d'un court mouvement de tête puis se retourna afin de regagner son pupitre. Amélia sortit du bureau avec cette impression qu'elle ne dormirait pas beaucoup cette nuit. Non seulement parce qu'en réalité, il était déjà plus de minuit et qu'elle devait se lever à sept heures le lendemain, mais également parce qu'elle avait beaucoup de choses à penser, cette nuit.
.oOoOo.
Wooooo! Un long chapitre! J'avoue que je suis particulièrement fière de celui-ci! J'espère que vous êtes aussi ravie que moi et que vous êtes curieux de lire la suite! En tout cas, moi je suis curieuse de l'écrire! Hihihi! Et ne vous gênez surtout pas pour les commentaires! J'aimerais beaucoup beaucoup beaucoup savoir ce que vous en pensez jusqu'à maintenant :)
xoxo
