Chapitre 19 : Déception

« Ouvrez les yeux. »

La voix du maître des potions résonnait dans la tête de la jeune Gryffondor mais celle-ci avait l'impression qu'on lui avait fendue le crâne en deux et la douleur était telle qu'Amélia ne parvenait pas à ouvrir les yeux. Décidément, cette
seconde tentative fut aussi désagréable que la première. Les mêmes symptômes vibraient en elle, lui grugeait le corps en entier, lui donnait cette impression de déjà-vu.

« Miss Walters, c'est terminé... »

C'est terminé… Ces mots prirent un certain temps à circuler dans sa tête, mais calmèrent rapidement la jeune fille aussitôt qu'ils eurent du suffisamment de sens. Lorsqu'elle parvint enfin à ouvrir les yeux, elle réalisa qu'elle n'était plus assise sur la chaise, mais à genoux sur le sol dur, les mains serrées contre sa tête. Lentement, elle se remit à respirer normalement et réussis à soulever légèrement la tête. Le professeur Snape s'était penché et avait un genou par terre afin d'être le plus stable possible. Il avait une main accoudée sur son genou, l'autre sur l'épaule d'Amélia et la regardant intensément de ses yeux perçants et profonds.

« Respirez. »

Amélia commença à retrouver tous ses sens et parvint à se relever tranquillement. Aussitôt, se sentant faible, elle se laissa tomber sur la chaise qu'elle était assise quelques minutes plus tôt. Le professeur Snape se leva à son tour,
toujours en lui faisant face.

« Je reviens dans une minute. Vous vous sentez assez bien pour rester seul un petit moment? »

Amélia hocha positivement la tête et regarda le professeur Snape quitter le bureau. Lorsqu'elle baissa la tête, elle constata que son corps tremblait. Pourtant, elle n'avait pas froid. Mais elle venait de réaliser un aspect important de
cette vision, de ce rêve, de ce souvenir.

Le maître des potions revint dans le bureau pas plus d'une minute plus tard, comme promis. Il tenait dans sa main un petit contenant transparent d'une drôle de forme. Une fois arrivé suffisamment près de la jeune Gryffondor, il décapsula
le bouchon du petit contenant de verre et le tendit à Amélia.

« Buvez. Vous vous sentirez mieux très bientôt. »

Amélia ne s'opposa pas et but le liquide couleur lilas d'une traite. Le gout était curieusement très amer, mais pas trop désagréable, au grand soulagement d'Amélia.

« Merci. », murmura-t-elle au professeur.

Celui-ci acquiesça de la tête et vint se rasseoir en face d'elle.

« Normalement, la légilimancie ne crée pas cet effet. », débuta le professeur.

« Alors qu'est-ce que ça veut dire? Que je ne suis pas normale? », questionna Amélia, davantage irritée qu'inquiète.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit. Cependant, il semblerait que pour certaines personnes, la légilimancie est plus… affective. »

« En autre mot, que d'autres personnes sont plus faibles que d'autre? », demanda Amélia, visiblement offusquée.

Le professeur Snape soupira et jeta un regard noir à la jeune fille assise devant lui.

« Encore une fois, vous interprétez mal le sens de mes paroles. Si vous porteriez plus attention au fait que… »

« Ouais ouais… Bon alors on en vient au fait ou pas? Parce que j'en ai ras le pompon de me faire sermonner comme une gamine de cinq ans qui n'a que deux neurones qui sont activés dans le cerveau! », interrompit Amélia, en croisant les bras.

Le maître des potions l'observa un moment et il sembla à Amélia qu'il aurait eu envie de l'étrangler.

« 50 points en moins à Gryffondor. »

« Quoi! », s'indigna Amélia.

« Si je le répète, cela enlèvera de nouveau 50 points à votre maison. Si tel est votre désir, il me ferait un plus grand plaisir que d'exaucer votre vœu. »

« Mais pourquoi? », cria-t-elle, plus énervée que jamais.

« Parce que vous êtes de loin la jeune fille la plus insolente que j'ai rencontrée. À chaque fois que vous démontrerez de l'arrogance envers moi, j'enlèverai 50 points supplémentaires. »

« Mais pourquoi ne pas me donner des retenues à la place! »

« Parce que les retenues ne vous affectent pas assez. Vous êtes têtue et si le fait d'enlever des points à votre maison, ainsi pénalisant tout les élèves de cette maison, est la seule méthode qui semble vous raisonnez quelque peu,
c'est ainsi que je procéderai. »

« De toute façon, vous en enlevez toujours aux Gryffondor, ce n'est pas nouveau d'hier. »

« Vous avez dit quoi? », questionna le professeur Snape, la mâchoire serrée.

« Rien. »

« Un seul mot de plus concernant la façon donc je procède dans ma discipline et vous le regrettez. Suis-je bien clair? »

Amélia lui fit la moue afin d'exprimer son mécontentement, mais répondit simplement :

« Très clair. »

« Bien. »

Il prit une courte pause et poursuivit.

« Comment va votre tête? »

« Mieux. »

« Vous avez mal à un autre endroit? Vos genoux peut-être… Je dois dire que vous êtes tombé de façon plutôt… »

« Mes genoux sont en pleines formes, merci. », dit Amélia froidement sans lui laisser le temps de terminer sa phrase.

« Voyez-vous, c'est ce genre de comportement qui me donne envie de vous expulser sur le champ. »

« Alors vous attendez quoi? », répliqua-t-elle sur un ton de défi.

« Ne me tentez pas! », s'énerva-t-il en haussant le ton.

Amélia baissa les yeux et décida d'aborder un autre sujet avant que ça ne devienne trop catastrophique. Et si il y avait bien une chose qu'elle avait apprise, c'était qu'elle ne ressortait jamais gagnante contre Severus Snape.

« Suis-je faible? », demanda-t-elle dans un murmure inaudible.

Ce revirement de sujet et cette question embrouilla complètement la tête du maître des potions, bien que physiquement, on ne pouvoir le voir.

« Pardon? »

« Suis-je… faible? »

Le professeur réfléchi un moment, ne sachant trop comment lui expliquer ça façon de penser.

« À cause de ce qui vient de ce passé? »

« Vous disiez que ce n'est pas tout le monde qui réagit comme…moi. »

« Miss Walters, le fait d'être faible ou non n'a absolument aucun lien avec ce qui vient de se produire. Pour certaines personnes, le fait de devoir replonger dans d'anciens souvenirs peut être une expérience terriblement pénible. Cela
peut constituer à une des raisons pour laquelle les gens réagissent autrement. »

« Et quelles sont les autres raisons? »

« Il y en a beaucoup, Miss Walters. Mais nous ne sommes pas ici en ce moment pour discuter des multitudes raisons possibles d'une réaction face à la légilimancie. Toutes personnes est différente. »

« Oui, mais cela dit, la plupart des personnes ne réagissent pas comme moi. »

« Je n'ai jamais dit cela. »

Amélia hésita un moment.

« Euh… Si. »

« Non. J'ai simplement dit qu'il semblerait que certaines personnes réagissent autrement. Cela n'insinue pas nécessairement que la plupart réagissent bien. »

« En quelque sorte, ça veut dire ça. »

« Miss Walters. Où voulez-vous en venir? »

Il y eut un moment de silence.

« Miss Walters? », répéta-t-il.

« Nulle part. Je veux en venir nulle part. »

Le maître des potions soupira en levant les yeux au plafond.

« Écoutez. Le simple fait d'être revenu me voir par pure initiative dans le but de retenter le coup après votre dernière expérience constitue à être un réel exploit. Ne laissez pas le restant vous abattre. Ça ne vous amènera jamais rien de bon et il est inutile d'en souffrir pour autant. »

Ne sachant trop répondre à cela, Amélia esquiva un léger sourire en coin. C'était l'une des choses la plus étrange qu'il s'était produit cette semaine, car jamais la jeune Gryffondor n'aurait cru un jour sourire au maître des potions. À Snape. Le professeur le plus redoutable de l'école. À part Ombrage. Mais encore, pouvait-on réellement la qualifier comme
professeur?

Il aurait été très dur de savoir ce que le maître des potions pensait à l'instant, car il devait forcément y avoir quelque chose de plus profond caché derrière son masque d'indifférence. Enfin, c'est ce que la jeune fille se dit, car bien
qu'elle était consciente qu'ils ne s'aimaient pas beaucoup et qu'il éprouvait de l'aversion pour elle, elle osait tout de même penser qu'il devait forcément y avoir quelque chose de tendre et de chaleureux à l'intérieur de lui. Ou pas.

Le professeur détourna les yeux du visage de la jeune fille, ignorant considérablement son sourire, se leva et prit sa chaise afin de l'installer de nouveau derrière son pupitre. Amélia l'observa s'asseoir élégamment sur le fauteuil
et fut particulièrement reconnaissante qu'il se soit éloigné d'elle, gardant une distance respectable entre les deux protagonistes.

« Alors? », questionna soudainement Amélia, brisant le silence.

« Alors quoi? », demanda le professeur Snape en la dévisageant subtilement.

« Vous avez vu. »

« En effet. »

« Et? », insista la jeune fille.

« Et je crois que vous avez quelque chose à me dire. »

« Qu'est-ce qui vous fait croire ça? »

Le professeur la fixa du regard.

« Je le sais, c'est tout. Maintenant, je vous écoute. »

Amélia observa le professeur quelques secondes avant de débuter.

« Ma grand-mère. »

Elle marqua une pause, laissant suffisamment de temps au professeur pour la questionner davantage.

« Votre grand-mère? »

« Elle était là. Je ne l'ai pas reconnu la première fois, car dans ce souvenir, ce n'est qu'une enfant. Mais j'ai entendu son nom. C'est cette femme qui leur a ordonné de sortir de la pièce qui l'a appelé Sydalia, son prénom. »

Le professeur joignit ses mains au centre du bureau, sans détourner le regard de la jeune fille du sien.

« Alors ça confirme mon hypothèse. C'était réellement un souvenir. Malheureusement, il n'avait pratiquement aucun sens. Ni début ni fin. »

« Mais alors? »

« Alors, je crois que nous devrons avoir une petite discussion avec votre grand-mère… »

« Nous? »

« Vous avez bien compris. »

« Quand? »

« Vous retournerez chez elle durant les vacances de Noël, j'imagine? »

« Les vacances de Noël? On est en fin octobre! C'est dans plus de… »

« Un mois et demi, j'en ai conscience. », termina-t-il.

Amélia afficha une mine déçue.

« Je croyais que… »

« Que quoi? Que l'on découvrirait tout de cette bague ce soir? »

« Je…ne sais pas trop… »

« Soyez raisonnable. », dit le professeur Snape, bien qu'à l'intérieur de lui-même, il aurait vraiment aimé en découvrir plus.

« N'oubliez pas que nous avons une piste. », ajouta-t-il.

« Ouais. Mais je ne vois pas pourquoi grand-mère se souviendrait de ce moment… Après tout, c'était tout à fait banal. Et elle était si jeune… »

« Peut-être. Mais vous semblez oublier l'essentiel. »

Amélia l'observa, ne sachant quoi répondre.

« Cette bague a gardé ce souvenir, donc il est forcément important. »

« Peut-être, mais qu'est-ce qui nous dit que ma grand-mère a été témoin de ce secret, ou de cet événement ou peu importe de quoi il s'agit? Qu'est-ce qui nous dit qu'elle a la réponse à nos questions? »

« Rien. C'est pourquoi nous lui demanderons lorsque le temps nous le permettra. »

« Je pourrais lui écrire une lettre. Lui dire que… »

« Non. Quelles que soient ses réponses, elles ne pourraient pas être suffisamment satisfaisantes pour en résoudre quoi que ce soit. C'est d'une réellement discussion dont nous aurons besoin. »

« Je comprends… », répondit Amélia, déçue.

Le professeur Snape se leva de son fauteuil et se dirigea vers la porte. Amélia se leva à son tour et suivit le maître des potions.

« Vous avez bien fait de venir. », dit le professeur.

Amélia lui répondit d'un mouvement de tête.

« Bonsoir, professeur. »

« Bonsoir. »

Une fois sortie du bureau, Amélia entendit la porte se refermer derrière elle. Certes, elle avait survécu à la légilimancie et le professeur Snape avait enfin pu voir ce souvenir sans piger dans ses souvenirs nettement plus personnels, mais elle n'éprouvait qu'un seul sentiment. La déception. Et elle détestait ce sentiment, le pire de tous, selon elle. La tristesse finit par passer, la peur par se vaincre, le stress par se calmer, la douleur par s'apaiser. Mais la déception restait toujours là, à se creuser un chemin, à te gruger l'intérieur, à t'anéantir. Mais elle refusait de se laisser vaincre par ce sentiment désagréable qui l'avait si souvent désarmée. Après tout, ce n'était pas terminé. Il y avait encore de l'espoir. Oui, il y avait encore de l'espoir. Grand-Mère Sissi.

.oOoOo.

Chapitre un peu trop court à mon goût, je l'avoue, mais je prévois plus pour la prochaine fois! Encore une fois, un énorme merci à vous, cher lecteurs et lectrices (j'en déduis que c'est surtout lectrices hihihi) et sachez que vos commentaires vont toujours droit au cœur et me font toujours aussi plaisir.

xoxo