Chapitre 21 : Confession

« Quel crétin! », s'écria-t-elle.

Encore une fois, le professeur Snape avait réussi à gâcher la journée d'Amélia.

« Je ne saurais dire mieux! », répliqua Fred avec un peu trop d'enthousiasme.

« De même pour moi! », ajouta George, le sourire collé aux lèvres.

Les trois amis étaient dans la salle commune de Gryffondor, les jumeaux sur le canapé moelleux, Amélia assise en Indienne sur le tapis, devant la cheminée. La journée prenait fin, au grand soulagement pour la plupart des élèves de Poudlard.

« C'est tellement injuste! Vous auriez dû voir la tête de Lee lorsque nous sommes finalement arrivés à l'infirmerie. Il n'y avait pas un seul endroit visible sur sa peau qui n'était pas rouge, gluant et boursoufflé! C'était absolument r-é-p-u-g-n-a-n-t! Et dire que Snape ne voulait pas qu'on quitte la classe… Quel crétin! »

« Ah… C'est beau l'amour… », dit George avec un clin d'œil.

« Merci pour ce commentaire si pertinent, George. », répliqua Amélia sarcastiquement.

« Il n'y a pas de quoi, ma choupinette! »

« Bon… Moi je vais faire un tour, j'en ai marre de rester enfermée ici! », conclut la jeune Gryffondor.

« Ahhhh… Que tu es délinquante! Rappelle-toi qu'il est déjà l'heure du couvre-feu. »

« Je n'en ai absolument rien à cirer du couvre-feu. », répliqua Amélia, sur un ton de défi.

« Ah! Là tu parles! », l'encouragea Fred.

Amélia esquiva un léger sourire puis se leva.

« On se voit demain les gars! »

« Demain? »

« Ouais… »

« Alors tu as l'intention de rentrer tard! »

« Bah… J'ai vraiment envie d'une petite balade… Et qui c'est… Peut-être vais-je emprunter quelques passages secrets que deux personnes absolument brillantes m'ont montrés il y a quelques années… »

Le visage des jumeaux s'illuminèrent d'un sourire rayonnant, flatté du compliment que leur avait fait leur amie.

« Génial! Si tu passes devant le chevalier fou, tu le salueras de notre part! », répliqua Fred avec humour.

« Ah! Si tu crois que je vais aller lui rendre une visite, tu peux toujours rêver! »

« Bah… Le connaissant, il est possible qu'il se déplace de cadre en cadre seulement pour te retrouver! »

« Eurk… », grimaça Amélia.

« Je suis sûre qu'il se réveille la nuit pour nous haïr. C'est fastidieux. »

« Ça ne m'étonnerait même pas. », fit remarquer la Gryffondor.

« Bonne promenade alors… »

« Merci. »

Amélia sortit par le trou du cadre de la Grosse Dame et la salua en passant.

« Mais que faites-vous donc? »

« Je…vais me promener un peu… »

« À cette heure-ci? », questionna de nouveau la Grosse Dame.

« Oui… J'ai besoin… d'air… », répondit Amélia avec hésitation.

« Mais vous devez savoir que le couvre-feu est… »

« Je le sais, je le sais! », interrompit Amélia en s'éloignant rapidement vers les escaliers, voulant à tout prix éviter de se disputer avec un cadre.

Elle se rendit par hasard dans le couloir du premier étage et traversa la cour, se dirigeant machinalement vers le nord. Pour les yeux de n'importe qui, il ne faisait aucun doute que le château de Poudlard était une réelle merveille sur terre. Mais Amélia avait toujours préféré le château la nuit. Ce sublime endroit devenait mystérieux et tellement… reposant. Cela faisait des années, déjà, qu'Amélia brisait les règlements de l'école presque toutes les semaines. Pourtant, elle ne faisait rien de mal. Elle ne faisait que se promener dans le château, à profiter du silence et de la quiétude des lieux. Parfois, elle réussissait à monter jusqu'à la tour où il y a l'énorme horloge. Elle pouvait rester là, à observer la lune, des heures durant.

Ce soir, elle n'était pas certaine où elle allait. Elle se laissait guider par ses sens, par le hasard. Malgré l'aide des jumeaux, Amélia avait tout de même réussi à trouver quelques endroits fascinants dans le château. Elle n'en parlait qu'à très peu de gens, car elle aimait bien conserver le secret et l'authenticité de ses endroits favoris.

Perdu dans ses pensées, hypnotisées par la magie du château, Amélia ne se doutait pas que le professeur qui aimerait lui faire vivre un enfer se trouvait juste derrière elle, soupçonneux et menaçant. Cela faisait déjà un bon moment qu'il l'avait repéré, mais pour une raison inconnue, il ne l'avait pas interpellé afin de la réprimander. Étrangement, il n'avait pas particulièrement envie la rabaisser ou de l'insulter ni même de la punir. Elle semblait si sereine, si harmonieuse qu'il ne pouvait se résumer à détruire ce sentiment si merveilleux pour elle. Juste au moment où il voulut rebrousser chemin et pour une fois dans sa vie, la laisser tranquille et faire comme s'il ne l'avait pas vu, Amélia se retourna et l'aperçut. Toute trace de sérénité disparue alors de son visage. Elle était désormais en face du dernier homme qu'elle aurait voulu voir ce soir.

« …Bonsss…soir… », commença Amélia, mais ne put se résoudre à terminer sa phrase tellement elle était terrorisée. Sa respiration était haletante et elle sentait qu'elle perdait de plus en plus son équilibre.

Le professeur ne montra aucun signe de vie. Il semblait cloué sur place, complètement indécis.

« Que faites-vous dans les couloirs de l'école à cette heure-ci? », demanda-t-il finalement.

Elle hésita un moment puis répondit la première chose qui lui vint à l'esprit.

« Je…souffre de somnambulisme. », affirma la jeune fille.

Le professeur Snape paru extrêmement indifférent face au mensonge de la jeune fille. Enfin, presque.

« Vous souffrez de somnambulisme? », répéta-t-il avec lenteur.

Il avait un don pour dénigrer toute plausibilité dans le sens des paroles des gens. Il avait un don pour faire réaliser aux gens à quel point ils pouvaient être stupides et ignorants, sans même avoir à l'affirmer directement. En faite, le simple ton de sa voix nous amenait à nous questionnez si nous avions réellement un QI assez élevé pour être classé comme étant un humain. Et ça rendait fous les gens, fous de rage. Surtout pour Amélia.

« Oui. », affirma-t-elle finalement, avec ferveur.

En réalité, ce n'était pas vraiment un mensonge. Il était vrai qu'elle était somnambule de temps à autre, une ou deux fois par année peut-être, mais ce n'était définitivement pas le cas en ce moment.

« Pour qui vous croyez-vous? », demanda-t-il, furieux.

Amélia ne répondit pas, regardant n'importe où sauf les yeux perçants de l'homme devant elle.

« Alors quoi? Vous ne parlez plus, soudainement? »

Enragée, Amélia eut finalement le courage de vider son sac.

« Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, à la fin! Vous me détestez, je vous déteste! Nous sommes quittes! Alors pourquoi cherchez-vous toujours à m'anéantir! C'est quoi votre foutu problème? Qu'est-ce que j'ai fait de plus que les autres? Pourquoi est-ce que c'est toujours moi qui dois subir les conséquences! Vous avez vu une partie de mon passé, mes souvenirs! Vous le savez que j'en ai souffert alors pourquoi s'acharner ainsi sur moi? Pourquoi ne pas me foutre la paix! N'ai-je pas suffisamment était peiné? Qu'est-ce que vous voulez que je fasse? Que je déguerpisse de cette école? C'est ça que vous voulez? Me bruler à petit feu? Eh bien félicitation professeur, vous avez gagné! Je suis à bout! Tout ce que je veux c'est qu'on me fiche la paix! Je ne fais rien de mal, tout ce que je cherche c'est un peu de tranquillité et il s'adonne que mes petites promenades nocturnes m'ont toujours grandement aidée, plus que tous les professeurs réunis de cette école! Vous, vous ne faites que me nuire, me détruire! Vous cherchez quoi? Qu'on vous donne une médaille, un trophée peut-être? Un jour, quelqu'un de beaucoup plus grand, costaud et menaçant s'en prendra à vous, et vous savez quoi? Vous l'aurez grandement mérité! Aller au diable! »

Après cette longue confession, Amélia rebroussa chemin et s'éloigna du professeur au pas de course. Elle était prise de tremblement intense et elle n'arrivait pas à voir où elle allait, mais ce n'était pas le plus important. Elle voulait simplement fuir cet homme qui l'avait tant démoli.

Pourtant, le maître des potions n'avait pas cherché à l'interpeler, à s'acharner sur elle ni même de la punir. Il ne faisait que l'observer s'éloigner, immobile, silencieux.

Amélia descendait les marches à toute vitesse, ne se dirigeant nulle part en particulier. Une chose était sûre, elle n'avait pas envie de retourner à son dortoir. Confuse, elle s'immobilisa un moment, ne sachant quoi faire, puis décida de s'arrêter un moment. Elle avait couru un bon moment déjà, zigzaguant dans les couloirs sombres, et après avoir regardé derrière elle à maintes reprises afin d'être certaine que le maître des potions ne la pourchassait pas, elle s'était finalement offert une pause. Elle s'assit au centre des escaliers, complètement essoufflée, la tête penchée, accotée sur ses genoux. Elle tentait du mieux qu'elle pouvait de seulement se concentrer sur sa respiration, mais en vain. Elle n'avait pas envie de quitter cette école. Elle adorait Poudlard. Et la plupart des professeurs. Et surtout ses amis. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas entendu des bruits de pas subtil derrière elle et fut éperdument effrayée lorsqu'une grande main se déposa sur son épaule. Elle se retint de crier lorsqu'elle réalisa qu'il s'agissait du professeur Snape, bien qu'après mure réflexion, elle aurait peut-être dû se laisser aller. Comme si quelqu'un allait l'entendre de toute façon.

« Vous allez bien? »

Amélia parut encore plus étonnée par les paroles du maître des potions que par son actuelle présence.

« Pas vraiment… », répondit-elle, les yeux ronds.

Si elle avait été étonnée par ses paroles, ce n'était absolument comparé à ce qu'il faisait à l'instant. D'un mouvement gracieux, il avait descendu de quelques marches afin d'être à la même altitude qu'elle, et c'était assis à côté d'Amélia.

« Je ne vais pas vous renvoyer de Poudlard. »

Amélia baissa la tête.

« Ni vous donnez une retenue. »

De nouveau le silence.

« Ni enlevez des points à votre maison. »

Bon sang, que va-t-il me faire alors?

Puis, comme s'il avait lu dans ses pensées, ajouta :

« En faites, je ne compte rien vous faire. »

Bon sang, je dois rêver.

Amélia osa croiser le regard du maître des potions. Toujours aussi perçant, mais nettement moins menaçant. Presque doux. Presque.

« Pourquoi…? », demanda-t-elle avec hésitation, de peur de susciter chez lui une réflexion plus grande, l'insistant à inverser la situation.

« Parce que vous ne le méritez pas. »

Amélia baissa de nouveau les yeux, incapable de soutenir son regard intense.

« D'accord… », répondit-elle avec maladresse.

Le professeur Snape se releva, toujours aussi gracieusement. Il remonta quelques marches, laissant la jeune fille de nouveau seule, avant de se retourner vers Amélia, bien qu'elle était restée immobile dans les escaliers, dos à lui.

« Et j'aimerais que vous sachiez une dernière chose. »

Amélia hésita un moment puis se retourna. Les deux s'observèrent pendant un bon moment, en silence, dans la quasi-noirceur.

« Je ne vous déteste pas. Loin de là. », ajouta-t-il finalement, une lueur brillant dans ses yeux noirs.

Sur ces paroles, il se retourna, sa grande cape virevoltant derrière lui, et disparue dans l'obscurité du château. Amélia, toujours le corps tourné vers le haut des marches, resta immobile, à fixer le vide, à fixer l'endroit où le maître des potions était, quelques secondes plus tôt.

Elle resta assise là un bon moment, seule, confuse. Elle réfléchissait. Puis, après longue réflexion, elle répondit, bien qu'il fût déjà parti :

« Moi non plus. »

.oOoOo.

Chapitre court, mais ôôôôôôôôô combien intéressant? Hihihi cela faisait un moment que je pensais à ce moment et comme on le dit, la haine se rapproche de l'amour… :)

xoxo