Chapitre 24 : Repos et rigolade

« Une bande de petits crétins, voilà ce qu'ils sont! »

La silhouette de l'infirmière était peu perceptible dans la pénombre, le professeur Snape se tenant un peu plus loin, les yeux rivés sur le petit lit dans le coin de la grande infirmerie.

« Il n'y a que des lâches pour agir ainsi! », ajouta Madame Pomfresh avec colère.

« Vous avez croisé le professeur McGonagall, je présume? », questionna-t-il.

« Bien sûr que je l'ai croisé! Elle est venue voir la condition de ses deux jeunes étudiants! »

« Cela explique bien des choses… », répliqua sarcastiquement le maître des potions, en relevant la tête pour désormais fixer l'infirmière, se remémorant le nombre de fois que le professeur de métamorphose avait utilisé ce terme précis, ce soir.

« Vous dîtes, professeur? »

Celui-ci fit un bref signe comme quoi ce n'était pas la peine d'élaborer sur le sujet.

Ce que je sais, c'est qu'il n'y a pas que pour les Serpentard que l'on pourrait user de ce terme… pensa-t-il.

En effet, autrefois, lui-même avait été victime à maintes reprises et il ne faisait aucun doute que les quatre Gryffondor, mais il en avait deux en particulier en tête, qui l'ont brutalisé tout au long de ses études à Poudlard ont rarement été perçu comme des lâches. Sauf par une personne. Mais encore, elle-même avait succombé au charme illusoire de l'un d'eux, le laissant seul à lui-même.

Un murmure inaudible venant du lit à côté le sortit de ses pensées et il se retourna vivement vers elle.

« Elle marmonne dans son sommeil depuis tantôt. Rien à faire, ce qu'elle chuchote est absolument incohérent. »

« Hmmm... C'est ce que je constate… »

L'infirmière vérifia la température de Michael Corner, toujours endormi, puis se retourna de nouveau vers l'enseignant.

« Je présume que les jeunes gens qui ont commis l'agression seront sévèrement punis après leurs actes de ce soir… Je crois que le professeur Dumbledore a dû être contacté, comme à chaque fois qu'un règlement n'est pas respecté donc je suppose qu'il saura quelle sanction subirons ses… »

« Je peux vous assurer que la sanction de ces jeunes gens me revient entièrement. », répondit-il avant que l'infirmière eût le temps de terminer sa phrase.

.x.x.x.x.

Lorsqu'Amélia ouvrit enfin les yeux, elle fut diligemment aveuglée par la clarté avenante qui envahissait la majestueuse infirmerie. Madame Pomfresh expliqua à la jeune fille qu'elle était restée inconsciente pendant trois jours, mais que son état avait rapidement été stabilisé. Elle avait reçu de nombreuses visites, si l'on considérait la quantité inconcevable de bouquets de fleurs et les friandises de toutes sortes qui remplissaient la pièce. Elle sentait que son corps en entier était courbaturé, ce qui lui donnait la désagréable impression qu'un train lui avait foncé dessus. Heureusement, elle ne faisait plus de fièvre à son réveil et elle réussit avec aisance à avaler un énorme bol de soupe à l'oignon accompagné de quelques biscottes. Par contre, elle eut beaucoup plus de difficulté à ingurgiter l'énorme tasse de thé médicamenté, qui avait un horrible goût de ravin, que lui avait refilé l'infirmière.

« Oh! Ne faites pas votre rabat-joie ! Ce n'est que du thé, ce n'est pas bien sorcier ! »

Amélia grimaça et dû se forcer d'avaler une grosse gorger du liquide chaud, qu'elle faillit recracher immédiatement après.

« Quand pourrais-je retourner à mon dortoir ? »

« Lorsque vous vous sentirez mieux ! Et croyez-moi, ce ne sera pas le cas de sitôt si vous ne finissez pas votre tasse de thé ! »

Amélia afficha un air boudeur à l'infirmière puis reprit une gorgée, plus petite cette fois. Après tout, qu'est-ce qui pressait si elle n'était pas à veille de sortir d'ici ?

Assise confortablement dans son petit lit, adossé contre la tête de lit en fer blanc, Amélia regarda de nouveau autour d'elle pour contempler ses présents.

Wow… Je ne savais pas qu'autant de gens s'inquiétaient pour moi…

L'infirmerie baignait dans un mélange de doux parfums de fleurs enchanteresses, rendant cette pièce, normalement plutôt terne, extraordinairement captivante. À sa droite, sur un petit banc en bois teint, il y avait un énorme vase contenant de magnifiques magnolias de couleur crème. Il ne faisait aucun doute que ce présent venait de sa grand-mère, qui avait un magnifique jardin dans la cour contenant de nombreuses sortes de plantes, dont ces magnifiques fleurs ornementales. À sa gauche, il y avait sur une table un nombre indéfini de pots de fleurs, dont un joli bouquet de roses de Recht, la fleur symbolique de l'Angleterre, et de plantes vertes qui ajoutait une touche zen à l'infirmerie. Madame Chourage serait éblouie par toutes ces plantes…

Au pied de son lit, sur un chariot de fer blanc faisant la largeur du lit, il y avait d'innombrables boîtes et paquets de tout genre de friandises. Madame Pomfresh lui avait strictement interdit d'en manger, le temps que son corps reprenne de la force, mais Amélia avait triché à maintes reprises le régime alimentaire qui lui était assidu. Après tout, elle avait raté le festin d'Halloween donc elle se disait qu'elle pouvait bien se gâter un peu.

Regardant de tout côté afin de s'assurer que l'infirmière n'était pas dans les parages, Amélia se leva de son lit et vida le contenu de sa tasse dans l'un des pots contenant une petite plante aux feuilles imparipennées.

Rapidement, elle regagna son lit et fit mine d'avoir terminé sa tasse lorsque l'infirmière refit une brève apparition. Amélia constata par la suite qu'un jeune garçon, de première année ou deuxième tout au plus, jugea-t-elle, l'observait d'un lit un peu plus loin, les yeux ronds comme des billes.

« Si tu avais goutez ce thé, crois-moi, tu aurais voulu faire la même chose… », justifia alors Amélia au jeune garçon.

Celui-ci parut surpris qu'elle lui adresse la parole et sursauta légèrement.

« Je… J'ai dû en boire quatre tasses par jour depuis que je suis ici. »

Amélia afficha un air désolé au jeune bonhomme et haussa les épaules.

« Et à ce que je vois, ça n'a pas fait de miracle. »

Aussitôt ces paroles dîtes, Amélia les regretta. Elle tenta rapidement de se reprendre en regardant la mine cireuse du jeune garçon.

« Enfin, ce que je veux dire, c'est que tu n'es pas si mal, mais je suis sûre que le thé n'a rien à voir là-dedans… »

Le petit garçon fixa Amélia quelques secondes avant de reprendre :

« En fait, je crois que ça m'a beaucoup aidée. Encore hier soir, j'avais un bec de canard à la place du nez. »

Le visage d'Amélia se décomposa en moins d'une seconde et elle sentit immédiatement le besoin de regarder ailleurs.

« Oh! Dans ce cas, je ferais mieux de boire ce thé, la prochaine fois… », blagua-t-elle, pour calmer l'atmosphère.

Le jeune homme ne répondit rien et se contenta de se recoucher dans son lit.

Amélia, se sentant terriblement mal à l'aise, se leva afin d'aller à la salle de bain.

« Puis-je savoir comptez-vous aller ? »

La voix suspicieuse de l'infirmière résonna dans les tympans de la jeune Gryffondor.

« Je vais à la toilette… »

« Oh, mais il y a des toilettes dans l'infirmerie, jeune fille. »

« Oui… Mais je préférais me dégourdir les jambes un petit peu… »

« Il n'en ait pas question ! Vous vous dégourdirez les jambes lorsque vous aurez la force suffisante pour le faire ! »

« Oh ! Mais je me sens très bien, vous saurez! », répliqua Amélia avec colère.

« Ce n'est pas ce que votre visage illustre, en ce moment ! Vous êtes pâle comme un linge. Veuillez regagner votre lit immédiatement ! »

Amélia ronchonna davantage, mais réalisa rapidement que c'était peine perdue. Elle retourna dans son lit, la mine renfrognée, et tenta de se rendormir. En vain.

Quelle galère… Qu'est-ce que je peux bien faire, maintenant ?

« Madame Pomfresh ? »

L'infirmière se retourna et jeta un coup d'œil à la jeune fille, suspicieuse.

« Je ne pourrais pas simplement aller à mon dortoir pour aller chercher quelques livres ? »

« Absolument pas. »

« Alors que suis-je censée faire ? »

« Vous reposez, chère enfant, pendant que vous en avez encore le temps ! »

« J'ai dormi pendant trois jours… Je crois être suffisamment reposée. »

L'infirmière montra qu'elle n'était pas du tout ravie de son commentaire, mais il était clair qu'elle n'avait absolument aucun argument pour rouspéter. Pourtant, après un échange de regard hostile, elle ajouta :

« Je regrette, vous ne quitterez pas cette infirmerie avant que vous ne vous sentiez mieux. »

« Mais je me sens mieux ! Je vous l'assure ! Et puis quelle différence ça pourrait bien avoir entre dormir ici ou dans mon dortoir ? »

« Vous pouvez me sortir tous les arguments que vous trouverez, jeune fille, mais vous ne sortirez pas d'ici aujourd'hui. »

« Alors je dois fixer la plafond éternellement, comme un légume, en attendant le sommeil qui ne viendra point ? »

« J'en ai bien peur. »

Sur ces paroles, l'infirmière quitta la chambre des patients pour retrouver son bureau.

Pendant ce temps, Amélia rageait à l'idée de perdre son temps pour une telle idiotie. Certes, elle avait était inconsciente pendant un certain temps, certes, elle avait mal aux muscles et au crâne… Mais quelle était la différence entre avoir mal dans l'infirmerie à celle d'avoir mal dans son propre lit ?

Ah… Si je croise le chemin de ces trois imbéciles de Serpentard, je leur flanque la volée de leur vie.

Ainsi, Amélia passa la majorité de son après-midi à fixer le plafond en sifflotant l'Hymne de Poudlard et à manger, de temps à autre, quelques friandises.

« Tu en veux ? », proposa Amélia au jeune garçon qui, tout comme elle, était parfaitement éveillé.

« Je… Je ne crois pas avoir le droit d'en manger… », répondit-il timidement.

« Ah… Allez… Qu'est-ce qui peut arriver de pire ? Ce n'est que des friandises… »

Toujours hésitant, le jeune garçon finit par accepter et Amélia lui lança une boîte de dragées surprises Bertie Crochu.

« Beeeeurk… Ils ont un goût dégoutant, tes bonbons… », répliqua aussitôt le jeune garçon, une fois qu'il eut avalé une première confiserie.

« Haha… Tu as dû avaler une dragée qui a un goût répugnant… Mais ne t'inquiète pas, il y a des saveurs exquises dans ce paquet ! Par contre, je te déconseille fortement de prendre celle qui est rougeâtre et picotée… Si tu as de la chance, le bonbon aura une saveur de confiture à la fraise, mais je te confirme que la plupart ont obtenu la saveur de mille-pattes… Et crois-moi, ça ne vaut pas la peine de prendre le risque… Un réel cauchemar, si tu veux savoir… »

« Hein ? », répliqua-t-il, troublé.

« Bien oui… Ce sont des dragées surprises de Bertie Crochu… Il y en a qui goûte la noix de coco, d'autre qui goûte la poire juteuse, d'autre qui… Attends une minute… Ce n'est pas la première fois que tu en manges, tout de même ? »

Le garçon timide sembla soudainement mal à l'aise.

« Euhh… »

Amélia éclata de rire.

« Comment est-ce possible ? Tous les sorciers en ont déjà mangé… »

« Euhh… Ce n'est que ma première année ici… J'ai découvert que j'étais sorcier il n'y a pas bien longtemps… »

« Oh ! Tes parents sont Moldus ? », questionna Amélia avec intérêt.

Le jeune homme baissa la tête.

« Oui. »

« Ah ! C'est génial ! Ils ont dû être particulièrement surpris en apprenant une telle nouvelle ! Tout comme toi d'ailleurs. »

Le jeune garçon releva la tête, soudainement rayonnant.

« Ah… Ouais ! Ils ont presque été aussi surpris que moi… »

« Ah… Je comprends ! Alors comment trouves-tu Poudlard ? Ça te plaît ? »

« Oh oui ! Beaucoup ! »

Les deux élèves s'échangèrent des sourires complices, ravis de ne pas être seuls. Pendant une minute ou deux, ils fixèrent le plafond, gardant un silence complet.

« Toi, ça ne te dérange pas les… les sangs-de-bourbes ? », questionna finalement le jeune garçon.

Amélia se leva d'un bon, choqué.

« Qui t'a appris ce mot dégoûtant ? »

« Certains Serpentard se moquent de moi… Parce que je sais moins de choses qu'eux… Et que mon sang n'est pas pur. », répondit tristement le jeune garçon.

Amélia parut scandalisée.

« Ah! Ces maudits Serpentard ! Il n'y a qu'eux pour traiter les gens de la sorte. Bon, écoute bien ce que je vais te dire. On se fiche totalement que tu fasses partie d'une famille Moldu ou pas. Ce n'est que des âneries enfantines, tout ça. De nos jours, pratiquement aucun sorcier ou sorcière n'est de sang pur de toute façon. Et c'est normal que pour le moment, ils en sachent plus que toi. Après tout, ils sont nés dans ce monde. Mais crois-moi, tu comprendras tout rapidement. Et je ne serais pas étonnée que tu les surpasses ! »

Le jeune garçon sourit timidement à Amélia.

« Merci. », répondit-il simplement.

Puis, hésitant, il demanda :

« Et toi… Tes parents sont sorciers ? »

Amélia se figea sur place. Vacillante, elle répondit :

« Euh… Oui… »

« Et… Euh… Ils ont le sang pur ? »

« Quelle importance ça peut avoir ! », répliqua Amélia avec exaspération.

Voyant la mine apeurée du jeune garçon, elle s'excusa de s'être un peu emporter et poursuivit :

« Je proviens en effet d'une famille de sang pur, mais… »

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que le jeune homme l'interrompit.

« Mais je croyais que ce n'était que les Serpentard qui pouvaient avoir le sang pur ! »

« Oh ! Non non ! Absolument pas ! »

« Ah… Tant mieux… »

Amélia le dévisagea subtilement.

« Pourquoi tu dis ça ? »

« Je… Je ne sais pas… »

« Écoute… Tu ne m'entendras jamais me vanter à quiconque que mon sang est supposément pur. De toute façon, je n'en crois pas un mot. Tout ça, c'est de la camelote ! Ce n'est pas le sang qui fait d'une personne un être pur ou pas ! C'est bien plus profond que cela… Je suis persuadée que c'est notre âme qui fait de nous un sorcier ou une sorcière pure. La sincérité, la loyauté, l'amour, le pardon… Toutes ces choses… C'est ça l'important. C'est qui tu es, pas ce que tu prétends être. »

Amélia échangea un regard chaleureux avec le jeune garçon.

« C'est beau, comment tu parles… C'est poétique. »

Amélia éclata de rire à nouveau.

« Oh ! Crois-moi, je suis absolument nulle en poésie… Tu ne peux même pas imaginer ! Mes paroles ne sont pas poétiques, elles sont vraies. J'ai toujours préféré m'exprimer en personne plutôt que sur papier, de toute façon… »

Le jeune garçon lui fit de nouveau un sourire puis prit une grande inspiration. Amélia le dévisagea avec le sourire, se demandant à quoi il jouait. Puis, elle le vit plonger sa main avec fougue dans la boîte de dragée et en ressortir un de couleur vert kaki. Amélia sue immédiatement que ce n'était pas une bonne idée en le voyant mettra dans sa bouche le petit bonbon tacheté. Pas plus de trois secondes plus tard, il s'était levé et courait vers un pot de chambre qui était déposé sur une longue table, plus loin. Il recracha avec dégoût la substance pâteuse dans le pot sans hésitation. Lentement, il se retourna et fixa la jeune Gryffondor intensément. Puis, simultanément, les deux élèves éclatèrent d'un rire sonore qui fit apparaitre l'infirmière.

« Puis-je savoir la raison de ce vacarme ? », questionna-t-elle d'un ton faussement vexé.

Mais c'était peine perdue, aucun des deux n'allait lui révéler la source de leur plaisir. Le jeune garçon regagna son lit hâtivement puis Amélia lui fit un petit clin d'œil complice. Pendant un moment, l'infirmière avait quitté la pièce, mais elle refit surface peu de temps après avec un petit chariot contenant de la nourriture. La jeune Gryffondor repéra rapidement la grosse tasse de thé et fixa l'infirmière en guise d'explication. En effet, elle avait bu, enfin, elle avait fait semblant de boire, une énorme tasse le matin même. Quelle était la nécessité de cette nouvelle torture ?

« Ne me regardez pas comme ça, jeune fille. La tasse de thé, elle est belle et bien pour vous. Inutile d'expliquer pourquoi, vous n'avez qu'à observer votre plante, un moment… Je ne crois pas qu'elle ait apprécié. »

Amélia grimaça puis se retourna vers le jeune garçon. Celui-ci rigola silencieusement,
ce qui fit sourire la jeune fille.

« Cette fois, tachez de la boire, c'est entendu ? », demanda Madame Pomfresh, cachant un sourire, qui était pourtant bien visible malgré elle.

« D'accord. », répondit Amélia en prenant avec ses deux mains la grosse tasse. Elle imita le jeune garçon en prenant une grande inspiration puis prit une première gorgée. Pour elle ne savait quelle raison, elle soupçonnait que le goût aurait été moins déplaisant, mais elle réalisa assez rapidement qu'elle s'était trompée amèrement.

Rapidement, elle trouva sommeil et s'endormit en début de soirée, ratant la visite de ses amis.

Elle se réveilla le lendemain matin, très tôt. Madame Pomfresh lui avait apporté son petit-déjeuner et elle avait pu quitter l'infirmerie tout de suite après. Son jeune ami était encore endormi à son départ donc elle demanda à l'infirmière de lui dire au revoir de sa part, en lui laissant une boîte de chocogrenouille. Elle ria en imaginant le jeune homme paniqué en voyant son chocolat bouger, mais elle se dit qu'au moins, une fois à la bouche, il n'y avait plus aucun risque ; le goût velouté du somptueux chocolat au lait le réconforterait surement.

Bien sûr, il n'y avait également aucun élève à l'extérieur de l'infirmerie debout à cette heure-ci, ce qui laissa la jeune fille seule dans les couloirs déserts du château. Dehors, le vent fouettait les carrelages, lui rappelant que le froid arrivait à grands pas. Elle avait toujours adoré l'automne, les arbres colorés, les citrouilles enchantées, le sucre d'érable à la tonne… Par contre, le mois d'octobre s'était terminé pour laisser place au mois de novembre, le mois des brumes, le mois des morts, le mois où les dernières feuilles quittaient les arbres. Dénudés, les végétaux paraissaient désormais tristes et seuls. Un peu comme Amélia se sentait, à l'instant. Mais pour bien des raisons qu'elle gardait pour elle-même, elle aimait ce mois-ci.

Parcourue de frissons, Amélia se dirigea vers les salles de douches. Rien ne lui ferait plus de bien que l'eau chaude sur sa peau glacée. En réfléchissant, elle réalisa qu'elle avait terriblement hâte aux vacances de Noël. Elle était impatience à l'idée de revoir sa grand-mère, son chien, sa charmante maison campagnarde. Sans oublier la confection de bonshommes de neige, faire du patin sur glace, glisser sur les pentes enneigées, manger d'alléchants déserts sucrés, boire de succulents chocolats chauds, passer les soirées à discuter, se réchauffant les orteils près du grand foyer…

Et il ne restait plus que quelques semaines… Elle avait si hâte.

Après avoir pris une longue douche chaude, Amélia laissa sécher ses cheveux à l'air libre puis se mit une petite touche de maquillage afin de faire ressortir ses grands yeux. Ensuite, elle s'habilla chaudement, car la température était hivernale et elle avait vraiment besoin d'être confortable, aujourd'hui. Lentement, elle se rendit à la Grande Salle pour prendre le petit-déjeuner, et pour la deuxième fois, elle se trouva à être la seule étudiante dans la pièce.

Elle mangea lentement, savourant chaque boucher. Ce matin-là, il n'y avait que le professeur McGonagall et le professeur Chourave de présent à la table des professeurs. Les deux femmes discutaient amicalement en prenant leur petit-déjeuner respectif. Lorsque le professeur de métamorphose aperçut Amélia, elle s'excusa auprès du professeur de botanique et se leva, s'approchant de la jeune fille à grands pas.

« Ah ! Miss Walters ! Vous êtes sorti de l'infirmerie, à ce que je vois ! », dit-elle avec le sourire.

« Oui. Ce matin même, professeur. »

« Ah ! Bien, bien. Et vous vous sentez mieux ? »

« En pleine forme, professeur, en pleine force. »

« Je suis ravie de l'entendre. Les Weasley ont pris en notes les devoirs, bien que je doute qu'ils les fassent, donc vous pouvez tenter de rattraper votre retard. Bien sûr, je comprends que vous risquez d'être surchargée, car vous devez avoir pris du retard dans toutes les matières, mais je suis sûre que vous vous en sortirez. »

Amélia afficha un air horrifié. Pourquoi avait-elle réellement envie de sortir de l'infirmerie, déjà ?

Le professeur McGonagall sembla prendre conscience de la panique soudaine de son étudiante et reprit presque instantanément :

« Enfin, je vous permets de… Bon sang, je ne peux pas croire que je m'apprête à permettre cela… »

Le visage d'Amélia s'illumina alors, impatiente d'entendre la suite.

« Je… Je vais vous permettre, et sachez que c'est une exception, de prendre congé pour vos devoirs pour cette semaine. Mais je ne fais cela que parce que je sais que vous êtes une bonne élève et que votre retard a été injustement causé par trois stupides Serpentard. »

« Merci beaucoup, professeur. »

La vieille femme acquiesça de la tête, puis retourna à la table des professeurs, laissant à Amélia la chance de finir son bol de céréales.

Ouais… Ces stupides Serpentard… J'espère que Snape les aura bien punis… Quoique j'en doute. À la minute qui suit, il doit encore être en train de les féliciter pour avoir anéanti deux élèves de maisons rivales.

À ce moment, elle entendit une porte claquer au fond de la Grande Salle et le bruit sourd sortit la jeune fille de ses pensées. Aussitôt, elle releva la tête pour voir qui avait fait irruption dans ses pensées et elle aperçut le maître des potions s'asseoir gracieusement au bout de la table des professeurs. Elle continuait de l'examiner lorsque celui-ci releva les yeux, sentant un regard pesant sur lui, et croisa le regard de la jeune Gryffondor. Aussitôt, Amélia se centralisa de nouveau sur son bol de céréales, faisant mine de prendre une bouchée. Elle ne put s'empêcher de grimacer, ses céréales étant devenues molles et sans goût, mais parvint à avaler sans trop mâcher. Par réflexe, elle releva la tête et fixa de nouveau le professeur Snape quelques secondes, mais détourna aussitôt le regard lorsqu'elle constata que celui-ci la fixait toujours, les sourcils froncés.

Cherchant à fuir de sa vue, Amélia se leva finalement, sentant la vigilance du maître des potions peser sur ses épaules, mais parvint à quitter la Grande Salle assez rapidement.

Se retrouvant dans le Hall d'entrée, Amélia se dirigea vers les deux grandes portes ouvertes menant vers la cour centrale. Jugeant qu'elle n'aurait pas suffisamment de temps pour aller se détendre au parc avant sa première classe de la journée, la jeune Gryffondor réussit malgré tout à se trouver un petit coin de pelouse, la cour étant largement dominée par un sol en pavé de pierre. À plat ventre sur l'herbe fraîche, Amélia ouvrit un bouquin qu'elle avait emprunté à la bibliothèque et poursuivit sa lecture avec grand intérêt pour les vingt de minutes qu'il restait avant son cours de sortilèges.

Son temps de détente s'écoula un peu trop rapidement à son goût et Amélia dût se rendre au troisième étage afin de rejoindre ses camarades de classe à la Salle de Sortilèges où le professeur Flitwick enseignait son cours.

Heureusement, la matinée passa assez rapidement et Amélia put prendre le déjeuner paisiblement avec ses amies. Par contre, le restant de l'après-midi passa nettement moins hâtivement que le matin, en partie à cause des cours qui étaient plus rigoureux au goût d'Amélia, mais également, car c'était la fin de la journée et que les élèves commençaient déjà à perdre la concentration requise, surtout pour le cours de potion, le dernier de la journée pour les élèves de Gryffondor et de Serpentard de septièmes années.

Le professeur Snape était toujours aussi froid qu'à son habitude, rendant l'atmosphère lourde et plus angoissante que les autres cours. Amélia avait encore plus de difficulté à se concentrer que les cours précédents et le fait que le professeur Snape la foudroyait du regard à chaque instant ne plaidait pas à sa cause. Pour bien des raisons, la jeune Gryffondor avait la désagréable impression qu'il voulait lui faire part de quelque chose et si les autres élèves n'avaient pas été aussi pris dans leurs chaudrons, ils auraient probablement constaté qu'il y avait quelque chose d'anormal dans le regard de leur professeur.

Il ne restait plus qu'une dizaine de minutes lorsque le professeur s'arrêta devant le chaudron d'Amélia.

« Médiocre. »

La jeune Gryffondor releva la tête, plus surprise que jamais.

« Je… Je crois que j'ai versé un peu trop de ventricules dans… »

Mais elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que le professeur de potion reprenait, tout aussi méchamment :

« Mais il n'y a pas que cette unique section qui fait de votre potion un lamentable fluide impertinent. Je vous suggère de relire vos notes, en particulier à la sixième ligne. »

Puis, il s'éloigna vers une autre table, visiblement ravie.

Quant à Amélia, elle se sentait complètement anéantie. Certes, sa potion était pathétiquement ratée, mais elle n'avait pas besoin qu'on la rabaisse encore plus. En effet, elle savait très bien qu'elle avait échoué à la confection de sa potion. En regardant autour d'elle, elle constata qu'elle n'était pas la seule qui semblait éprouver des difficultés, mais beaucoup d'entre eux ne semblaient pas être dans une situation aussi misérable que la sienne. Mais elle se reprendrait un autre jour, s'encouragea-t-elle.

À la fin du cours, Amélia et les autres élèves déposèrent un échantillon de leur potion dans un petit flacon afin de le remettre sur l'étagère du fond.

« Pas la peine de me laisser un échantillon de cette horreur, Miss Walters. Je n'aurai nullement besoin de preuve supplémentaire pour justifier votre note obtenue. »

Amélia se figea sur place, la baguette brandit au-dessus de son chaudron. Finalement, elle baissa le bras puis fit disparaitre de son chaudron le résultat de la moitié d'une après-midi de temps de travail. Le professeur Snape fronça les sourcils, les yeux fixés sur le chaudron désormais vide.

« Vous avez raison, professeur. Je ne voudrais pas prendre de votre précieux temps pour faire ce qui est censé être votre travail. », répondit grotesquement Amélia.

Sur ces mots, elle prit son sac à bandoulière et quitta la classe sans demander son reste. Ce soir-là, au dîner, la jeune fille n'était pas très bavarde et quitta la Grande Salle plus tôt que prévu.

« Où tu vas ? », demanda un des jumeaux.

« Je vais faire un petit tour à l'infirmerie pour aller chercher mes plantes et mes friandises ! On se rejoint à la salle commune tantôt ? »

« Ah ! Ouais, d'accord ! Tu crois avoir besoin d'aide pour transporter tout ça ? »

« Oh non non… Finissez votre repas ! Si jamais je constate que je n'ai pas assez de mes deux mains, j'utiliserai un sortilège de lévitation pour me secourir. »

« Très bien. À plus tard alors ! »

Ainsi, la jeune sorcière se promena dans les couloirs peu peuplés à cette heure et arriva au quatrième étage en peu de temps.

« Bonjour Madame Pomfresh ! »

« Miss Walters ? Vous ne vous sentez pas bien ? »

« Non ! Au contraire ! Je vais très bien, je venais juste… », mais la jeune fille se tut lorsque ses yeux croisèrent le regard noir qu'une seule personne dans l'école possédait.

Afin de cacher son malaise, pourtant si apparent, la jeune fille reprit presque aussitôt :

« Bonsoir, professeur. »

Celui-ci répondit d'un bref signe de tête.

Amélia détourna presque aussitôt les yeux pour recroiser le regard nettement moins glacial de l'infirmière.

« Je venais simplement chercher les plantes et les friandises que j'ai reçues… »

« Ah ! Dobby l'elfe de maison s'en est déjà chargé ! En faites, il ne reste qu'un seul pot de plante qu'il n'ait pas encore apportée, mais je suis certaine qu'il devrait apparaitre d'un moment à l'autre pour la transporter à votre dortoir… »

« Ah ! », répondit Amélia, réalisant l'évidence.

« Je suggère que vous vous reposiez bien, jeune fille. Votre teint me semble encore pâle. Un peu de sommeil réparateur pourrait grandement aider votre cause. », suggéra l'infirmière.

« Bien sûr… C'est ce que je ferai. Ah ! Et puis tant qu'à mettre déplacé ici, je crois que je vais ramener moi-même la plante qui reste. »

« C'est à votre guise, elle est tout près de la table, derrière vous. »

Amélia se retourna et aperçut cette drôle de plante grimpante qui avait l'aspect d'un Filet du Diable. Elle ne l'avait pas aperçu auparavant, réalisant qu'elle devait être cachée par tous les autres pots de fleurs. Suspicieusement, elle s'en approcha et prit le pot dans ses mains.

« En passant, votre jeune ami était bien heureux du petit présent que vous lui avez donné. Il a quitté l'infirmerie il y a environ une heure seulement. »

« Ah ! Tant mieux ! Merci… Et bonne fin de soirée. À vous aussi, professeur. »

Amélia s'éloigna vers la porte, mais entendit avant de sortir l'infirmière s'adresser au maître des potions.

« Merci beaucoup pour les potions, professeur. J'étais en rupture de stock. »

« Tout le plaisir est pour moi. », répondit poliment le professeur Snape, bien que le ton de sa voix prétendait tout le contraire.

À ce moment, Amélia était sortie de l'infirmerie et elle ne put entendre la fin de la discussion, bien qu'elle semblait terminée de toute façon.

Arrivant au bout du couloir, elle entendit une porte se refermer lourdement, ce qui fit sursauter la jeune fille. Par réflexe, elle se retourna, mais reprit rapidement le pas en constatant qu'il s'agissait de lui.

La jeune fille entendait des bruits de pas lourd, qui ne pouvait qu'être ceux du maître de potions en personne, la rattraper et elle eut le pressentiment qu'il allait l'interroger.

« Si vous présumez vous sentir beaucoup mieux, alors qu'elle est la raison qui consentirait le résultat minable de votre potion, cette après-midi ? », questionna une voix grave tout près de la jeune fille.

Amélia se raidit sur place, le pot de la plante glissant de ses mains et se brisant sur le sol, créant un bruit sourd qui résonna dans le couloir désert.

« Oh non ! », s'exclama alors Amélia, à voix basse.

« Laissez. », chuchota le professeur de potion.

D'un mouvement de baguette, chaque pièce fracassée du joli pot en terre cuite se solidifia pour former de nouveau un vase impeccable. Le professeur attrapa au vol le pot, désormais réparé contenant l'étrange plante dedans.

« Merci. », remercia la jeune fille en reprenant le vase rond contenant l'étrange végétal.

« C'est une plante très originale. J'ai toujours été fascinée par la Voltiflor, mais je n'ai jamais cru pouvoir en avoir une un jour… », ajouta alors la jeune fille.

« Je me disais que vous auriez aimé, aussi. », répondit sobrement le maître des potions.

Amélia se figea de nouveau sur place, cette fois tenant fermement sa plante, heureusement.

« Vous n'avez toujours pas répondu à ma question, par contre. » ajouta le professeur afin de rompre le silence.

« Ah… Oui… Euh… C'est jusque que… J'étais un peu fatiguée… »

« C'est compréhensible. »

Amélia osa jeter un coup d'œil au professeur. Celui-ci l'observait de ses yeux noirs, mais cette fois, il n'y avait aucune rudesse dans son regard.

« Bonne soirée, Miss Walters. »

Le professeur Snape s'éloigna vers les escaliers, dans la même direction que la jeune fille, mais celui-ci marchait d'un pas beaucoup plus précipité que la jeune sorcière.

« Merci… Merci pour la plante. », murmura finalement Amélia.

Pendant un moment, elle crut qu'elle n'avait pas parlé assez fort, mais le professeur confirma le contraire d'un léger hochement de tête en tournant la tête de côté, laissant le temps à Amélia de percevoir son profil.

Puis, il disparut dans les escaliers, laissant la jeune fille seule dans le couloir désormais désert. Finalement, elle reprit la marche, définitivement plus surprise que jamais.

Un jour, il la critiquait et l'humiliait devant toute la classe, un autre, il lui offrait une plante.

Amélia ne savait plus quoi penser. Mais une chose était sûre, la plante qu'elle tenait fermement dans ces mains était sans aucun doute sa préférée de toutes celles qu'elle avait reçues.

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Un énorme merci pour vos reviews ! Bon sang que c'est encourageant et ça me donne toujours un boost et pleins pleins d'inspirations ! J'adore ça ! Parce que c'est en étant lu que ma fiction prend réellement vie. Merci à tous, vraiment. Le prochain chapitre est déjà écrit… (il me reste la correction…) Et l'autre d'après est déjà à moitié entamé… Donc je promets que ça ne tardera pas… Vous pourrez lire la suite rapidement :)

xoxo