Chapitre 27 : Le récit

Amélia était installée sur la petite chaise en bois que le guérisseur stagiaire avait fait apparaître une heure plus tôt et elle était parfaitement concentrée sur l'histoire que sa grand-mère lui comptait.

« Ce matin, j'étais d'une bonne forme et j'avais envie de prendre un peu d'air. J'ai donc décidé d'aller faire un tour dans la forêt des chênes avec Milo. Il était tellement heureux, il courait partout. J'avais apporté un petit panier où j'avais disposé un peu de nourriture. L'idée de mangée en pleine nature ma plaisait énormément. »

La grand-mère prit une courte pause avant de poursuivre.

« C'est à ce moment-là que j'ai entendu des pas lourds provenant de derrière moi. En me retournant, j'ai aperçu cette énorme bête qui me fonçait dessus. Je n'ai pas eu le temps de sortir ma baguette magique qu'il a eu une collision. Le choc a fait craquer mes os et j'ai fait une chute de plusieurs mètres. J'étais totalement secouée et pendant plusieurs secondes, je ne voyais plus très clair. La bête a chargé de nouveau, mais cette fois, il n'a pas eu le temps de se rendre à moi… »

La vieille femme soupira longuement.

« Milo a voulu me défendre… Un brave chien, qu'il était… »

Amélia se redit sur place.

« Qu'il était? Grand-Mère Sissi… Ne me dit pas que… »

Son regard croisa les yeux pairs de sa grand-mère et il sembla en à peine deux secondes que cette dernière avait vieilli de dix ans.

« Je suis désolée, ma petite perle… »

Amélia se leva et tourna le dos à sa grand-mère pour regarder à l'extérieur, des larmes coulant sur son visage figé comme la pierre. Les rues de Londres étaient désormais beaucoup moins achalandées à cette heure-ci.

« Il t'a sauvé la vie… », dit-elle finalement, en parlant lentement.

« Oui… Un brave chien. Un héros. Sans lui, je ne crois pas que… », mais elle ne termina pas sa phrase.

Elles firent une minute de silence en l'honneur du chien, attristé.

« Pendant une trentaine de secondes, il a été une distraction pour la bête… J'ai alors pu trouver ma baguette… C'est à ce moment-là que j'ai pu réellement jeter un coup d'œil à la bête. J'ai été très surprise et par la suite, très effrayée. Le Grapcorne est une créature féroce et très agressive… Je savais que je ne m'en sortirais pas idem. J'ai alors tenté de le stupéfier à maintes reprises, mais la peau de la bête est aussi solide que le cuir. Milo a réussi à lui mordre une patte arrière, mais l'horrible Grapcorne a réussi à se déprendre assez rapidement et il a donné son coup fatal à notre pauvre Milo. »

Une larme coula sur la joue de la vieille femme.

« Il… Il… », mais elle ne parvint pas à terminer sa phrase.

Amélia se retourna alors et revint s'asseoir près de sa grand-mère.

« Comment as-tu réussi à t'enfuir, alors? »

« Lorsqu'il a vaincu son combat contre notre Milo, il s'est de nouveau retourné vers moi. Heureusement, malgré la douleur de mon corps et de la perte de mon chien, j'ai trouvé assez de force, et ne me demande pas comment j'ai réussi, pour transplaner. J'ai atterri sur le balcon à l'avant de la maison à Mariette. J'ai sonné plusieurs coups et elle est apparue à la porte… Pour la suite, j'ai perdu connaissance et je me suis réveillée ici… »

Amélia baissa la tête.

« Cette histoire est horrible… Je suis vraiment très triste… Mais je suis contente que tu sois en vie… »

« Moi aussi… »

À cet instant, un jeune homme fit irruption dans la chambre.

« Bonsoir Madame Van Droski. Oh! Je suis désolée, je n'avais pas vu que vous aviez de la compagnie. Je peux revenir plus tard… »

« Oh non non Augustus! Je te présente ma petite fille, Amélia. Elle est à sa dernière année à Poudlard et… »

« Grand-Mère… », commença Amélia, légèrement embarrassée.

Le jeune guérisseur éclata de rire.

« Nous nous sommes rencontrés il y a environ une heure, mais je n'ai pas eu le temps de me présenter. Je m'appelle Augustus Pys, je suis un guérisseur Stagiaire et je suis chargé, à l'aide du guérisseur-en-chef, de prendre soin de votre grand-mère. »

« Oh oui! Et il fait très bien son boulot! », s'exclama la vieille femme.

« Je vois que vous allez nettement mieux! », répondit-il avec le sourire. « Puis j'ai également constaté que cette jeune demoiselle a une très grande opinion de vous! », ajouta-t-il en se retournant vers Amélia.

« Oh oui! Cette jeune femme n'a pas la langue dans sa poche… », ajouta la grand-mère en riant.

Amélia leva les yeux aux ciels, le sourire aux lèvres.

« Bien. Donc si vous me le permettez, je vais changer vos bandages. »

« Oh… Mais bien sûr… »

Amélia jeta attentivement un coup d'œil.

« Alors… En gros, elle a quoi comme blessure? », questionna la jeune sorcière.

« Oh… Ce n'est pas bien grave… », commença la vieille femme.

« La liste est longue. », poursuivit Augustus sérieusement. « Elle a plusieurs côtes de fracturées, ainsi que le bras gauche, des ecchymoses à plusieurs endroits, des coupures profondes… Elle a subi un choc crânien sévère et certaines de ses vertèbres se sont déplacées. Nous avons dû lui refiler des potions très puissance pour régénérer son corps… Elle a perdu beaucoup de sang et sa pression a descendu subitement et son sang ne contenait plus assez de globules blancs pour combattre les mauvaises cellules. »

Les yeux de la jeune sorcière devinrent ronds.

« Bon sang! »

« Ne vous inquiétez pas… Son cas est heureusement stabilisé. La réhabilitation peut prendre un certain temps, mais j'ai confiance qu'elle sera remise sur pied avant la fin du mois. », assura le guérisseur stagiaire.

À ce moment, la porte s'ouvrit de nouveau. Amélia se retourna vivement et son teint devint livide en apercevant les membres de sa famille qu'elle redoutait tant de revoir.

« Bonsoir. », commença la mère d'Amélia d'un ton plus ou moins bienveillant.

Grand-Mère Sissi parut grandement surprise de sa présence, et ne le cacha pas.

« Vanya! Tu es venu me voir? »

« Mais bien sûr… Tu es encore ma mère à ce que je sache… », répondit-elle d'un ton irrité.

« Ça me fait très plaisir de te voir! Et Peter est venu également! »

Le grand frère salua la grand-mère d'un signe de main, sans même prendre la peine de lui sourire en retour.

« Isaak n'a pas pu s'absenter au travail, et Thomas et William n'ont pas pu venir également… Mais Peter tenait absolument à te voir… », ajouta Vanya.

Il était inutile de jeter un coup d'œil vers le jeune sorcier pour savoir que ce n'était absolument pas le cas. Mais Amélia remercia le ciel qu'elle n'avait pas à revoir ses deux autres frères en plus, et pires encore, son père. Il était déjà suffisamment troublant de se trouver face à sa mère et un de ses frères pour en rajouter en plus.

« Nous t'avons apporté des fleurs. », poursuivit Vanya en désignant l'énorme bouquet de fleurs très coloré qu'elle tenait dans ses mains. « Je sais comme tu aimes les fleurs, et je me suis dit que des fleurs exotiques feraient changement que de toujours recevoir des petites fleurs que l'on peut retrouver dans n'importe lequel jardin sauvage. »

Amélia réalisa pleinement qu'elle ne disait cela que pour la blesser, mais la jeune sorcière fut plus forte qu'elle et ne se prêta pas au jeu.

« Ah! Elles sont très originales! Tu peux les déposer près du magnifique bouquet de jonquilles que ta fille m'a si gentiment apporté. »

Amélia sourit. Elle savait que sa grand-mère avait également fait exprès de mentionner à quel point elle aimait les fleurs que sa petite fille lui avait données, et pour cela, elle lui devait tout.

Vanya leva un sourcil en déposant le bouquet près de celui d'Amélia. Lorsqu'elle se retourna, elle sortit sa baguette magique et fit apparaitre deux chaises supplémentaires.

« C'est scandaleux que la pièce soit si petite! Et ils ne sont même pas capables de te mettre dans une chambre privée! »

« Ah mais pas du tout! Cette chambre n'est vraiment pas si mal et j'ai toujours préféré être en compagnie des gens que seuls… »

« Tout dépend de la compagnie que tu dois subir. »

« Toute compagnie me suffit. », conclut la grand-mère.

Vanya croisa les jambes et replaça une mèche de ses magnifiques cheveux blond clair. Amélia ne put s'empêcher de constater à quel point sa mère n'avait pas changé en six ans. Elle était toujours aussi belle et élégante. Amélia se dit qu'elle avait l'air d'un petit gnome à côté de cette femme. Elle aurait imaginé que cette dernière aurait vieilli dû au fait qu'elle avait perdu un être cher dans sa vie. Son apparence et son indifférence prouvaient totalement le contraire. Et pour bien des raisons, cela blessa la jeune fille au plus haut point.

Le guérisseur stagiaire refit une brève apparition dans la chambre en remettant à la grand-mère une tasse de potion à boire.

« Ce n'est pas bien bon, mais au moins, dîtes-vous que vous vous sentirez nettement mieux après! », s'exclama joyeusement Augustus.

« Et si vous vous concentreriez pour inventer une potion qui a un goût raisonnable, peut-être que vos clients seraient plus satisfaits! », répondit froidement Vanya.

Le jeune stagiaire se retourna vivement et répondit aussitôt :

« Ah! Si seulement on pouvait. Mais nous savons tous que c'est les remèdes qui goûtent le moins bon qui font le plus d'effets! Sinon, nous n'en prendrions pas et nous mangerions des friandises toutes la journée! »

Amélia rigola subtilement et le stagiaire se retourna vers elle et échangea un sourire avec cette dernière. Puis, il quitta la chambre en leur souhaitant une bonne fin de soirée.

« Je ne l'aime pas du tout, ce jeune homme! », critiqua la mère.

« Moi non plus, c'est un imbécile. », ajouta Peter d'un ton grognon.

Amélia sourit à sa grand-mère. En effet, la jeune sorcière venait de comprendre pourquoi la grand-mère le trouvait très sympathique et Amélia constata qu'elle était bien loin d'avoir tort.

Grand-Mère Sissi raconta du début sa mésaventure du matin même à Vanya et Peter, mais ceux-ci semblaient nettement moins captivés par l'histoire que la jeune fille l'était, même si c'était la deuxième fois qu'elle entendait l'histoire.

Ce n'était désormais plus du tout paisible dans la petite pièce. En effet, des gens entraient et sortaient de la chambre, rendaient visite aux malades sans oublier les nombreuses apparitions des guérisseurs.

« Bonsoir. Désolez de vous dérangez, je viens tout simplement remplir les fonctions de la journée. Ensuite, je demanderai à tout le monde de quitter la chambre afin de laisser nos patients dans le meilleur des repos. »

Vanya se leva aussitôt, suivit de Peter. C'est à croire qu'elle n'attendait que ce moment pour pouvoir partir.

« Nous allons te laisser te reposer. »

La grand-mère leva les yeux vers sa fille.

« Merci d'être venu, ça me touche beaucoup. »

Vanya acquiesça la tête d'un signe bref.

« J'espère qu'on se reverra bientôt… », ajouta la vieille femme.

« Peut-être bien… », répondit la grande blonde, mais Amélia savait très bien qu'elle s'était forcée car normalement, elle aurait été beaucoup plus directe que cela.

Ainsi, la mère et le frère d'Amélia sortirent de la chambre. La jeune sorcière sentit son cœur se serrer lorsque la porte se referma derrière eux. Elle ne savait pas quand elle les reverrait, et bien qu'elle sache qu'elle était terriblement malheureuse lorsqu'elle vivait avec eux, c'était tout de même sa famille. Et c'est particulièrement pour cette raison qu'elle était peinée.

« C'est difficile de les revoir, n'est-ce pas? », questionna finalement la grand-mère.

« Terriblement… »

« Ils te manquent? »

« Je… Oui et non… »

La grand-mère observa patiemment sa petite fille, sachant qu'avec un peu de temps, elle poursuivrait. Ce qu'elle fit.

« Vivre avec eux ne me manque aucunement. J'étais malheureuse dans le manoir, et je le serais toujours aujourd'hui si je devais y retourner. Pourtant, j'ose espérer qu'ils auraient changé, avec les années. La seule chose qui me manque d'eux est l'illusion que je me fais d'eux. Mais comme je l'ai dit, il ne s'agit que d'une illusion. J'ose espérer que ma famille deviendrait ce que j'ai toujours voulu, mais je réalise aujourd'hui que ce ne sera jamais possible. J'en ai eu la preuve ce soir même. »

Grand-Mère Sissi soupira longuement.

« Nous ne pouvons pas choisir comment vont être les gens, mais nous pouvons choisir avec qui nous voulons être. Ta mère n'est peut-être pas parfaite, mais elle est loin d'avoir tous les défauts du monde. Après tout, autrefois, elle te ressemblait beaucoup… Mais les gens changent… Et ta mère… Elle a longtemps vécu avec ton père. Non pas que je veuille le critiquer, mais inutile de se le cacher ; à force d'être avec lui, elle a développé une carapace qui est désormais pratiquement impossible à fracturer. »

Amélia baissa les yeux.

« C'est peut-être mal de dire ça, Grand-Mère Sissi, mais parfois, je me dis que si elle avait toujours été indifférente avec moi, ça aurait été moins pire. Ainsi, je ne me serais jamais ennuyée des années où elle était gentille avec moi puisque ça n'aurait jamais été dans sa nature. Le problème, c'est qu'elle m'aimait autrefois… »

« Elle t'aimera toujours, Amélia. »

« Non. Pas comme avant. Elle était tellement délicate, et souriante, et attentionnée. Maintenant, elle n'est plus rien de cela. Elle est distante, froide et indifférente. Comme mon père. »

« On ne change pas toujours pour le mieux… »

« Tu ne saurais dire mieux, Grand-Mère Sissi. »

Puis, la jeune fille marqua une pause avant d'ajouter :

« Je t'aime beaucoup, Grand-Mère Sissi. »

« Je t'aime beaucoup aussi, ma petite perle rare. »

Amélia se leva et donna une bise sur la joue de sa grand-mère.

« Guéri vite. »

« Promis! », répondit-elle suivit d'un clin d'œil.

Amélia se dirigea vers la porte puis s'arrêta.

« Je suis désolée, tu sais… »

« Pourquoi? »

« Parce qu'avant que je vienne vivre avec toi, ta relation avec Maman était beaucoup mieux. À cause de moi, elle a cessé de te parler pendant longtemps. »

« Ce n'est pas grave. Rien n'est de ta faute. »

« Pourtant, j'ai l'impression que si. »

« Ce n'est qu'une impression. Ton départ du manoir et ton arrivée à la maison ont été un très grand choc pour ta mère. Je crois qu'elle cherchait déjà un moyen de couper les ponts avec moi, et ton arrivée chez moi lui a donné la parfaite raison pour le faire. »

« Peut-être bien… »

« Mais c'est déjà mieux, elle est venue, aujourd'hui. »

« Elle est venue pour s'assurer que tu n'étais pas morte… »

« Eh bien, c'est déjà un bon début, n'est-ce pas? », répondit la grand-mère avec un sourire.

Amélia sourit en retour.

« Oui, c'est un début… »

Il y eut un grincement et la porte s'ouvrit lentement. En se retournant, Amélia reconnut aussitôt la grande silhouette de son professeur de potion.

« Je suis désolé de vous déranger… On m'a informé que les heures de visites étaient désormais écoulées et qu'il était temps de quitter. Je voulais simplement m'assurer que vous étiez toujours en compagnie de votre grand-mère. »

« Oui, je partais, justement. », répondit poliment Amélia.

« Professeur, je voulais vous remercier d'avoir accompagné ma petite fille jusqu'ici. C'est grandement apprécié. », commença la grand-mère.

« Tout le plaisir est pour moi. », répondit le professeur Snape en inclinant légèrement la tête. « Je vous souhaite de retrouver la forme rapidement. », ajouta-t-il poliment.

« Merci beaucoup. Je le souhaite également. »

« Au revoir, Grand-Mère Sissi. »

« Au revoir Amélia. »

Ne pouvant résister, la jeune fille s'approcha de nouveau de sa grand-mère et cette fois-si, la serra dans ses bras. Étonnamment, la vieille femme serra son étreinte davantage, ignorant la douleur que cela lui affligeait.

« Encore une fois merci d'être venue me voir. Et pour les jolies fleurs. »

En sortant, Amélia sentit de nouveau la peine la submerger. Elle n'avait pas envie de quitter sa grand-mère. Mais elle était terriblement fatiguée et affamée.

« Je vous ai pris des biscuits pour la route… », commença le professeur Snape en lui tendant un petit sac brun, comme s'il avait lu dans ses pensées.

Amélia leva la tête vers lui et prit le sac de papier.

« C'est… C'est très gentil, merci. », en prenant un des biscuits.

Ils marchèrent en silence quelques minutes, puis quittèrent définitivement l'hôpital. Une fois dehors, la température ne s'était pas radoucie et Amélia attacha son fouloir plus serré et remit ses mitaines.

« Prenez mon bras. »

Amélia hésita un moment. Puis, ne voyant aucune autre option, s'accrocha au bras du maître des potions. Quiconque les aurait observés, à l'instant, aurait cru avoir été victime d'une hallucination. En effet, les deux silhouettes venaient de disparaître, ne laissant aucune trace derrière eux comme quoi ils avaient réellement été présents quelques secondes plus tôt. Mais ce soir-là, personne ne les avait vues ni entendues.

.oOoOo.

Chapitre beaucoup plus court que le précédent, mais qui ne laisse pas indifférent… Après tout, il est interdit, avec la vieille grenouille Ombrage de transplaner jusqu'aux châteaux. (Et là je vous vois venir ; mais je sais qu'il est impossible, sauf pour Dumbledore bien sûr, de transplaner dans l'enceinte de Poudlard, donc inutile de me dire que je devrais relire Histoire de Poudlard, mais il est tout de même possible de transplaner à l'extérieur des barrières!) Sauf que comme je le disais un peu plus haut, cela ne plaira pas à l'horrible grenouille. Mais dans ce cas… Où sont-ils allés?

xoxo