Chapitre 29 : La fuite
« Miss Walters, revenez immédiatement! Miss Walters! », s'écria le professeur Snape en voyant la jeune sorcière s'éloigner à toute vitesse, claquant la porte furieusement derrière elle.
Ah… Ces adolescentes!
Contrairement à son habitude, il ne la suivit pas, prenant en réalité le chemin inverse, se dirigeant vers l'avant du train afin d'avertir le machiniste que tout était de nouveau normal et que l'on pouvait repartir le train. Certes, ils avaient perdu une bonne partie de leur temps à combattre les Détraqueurs, mais avec un peu de chance, ils arriveraient au château en début de soirée.
Le train commença à démarrer lentement, prenant de la vitesse à chaque instant. Le maître des potions hésita, se demandant s'il ne devrait pas aller voir la jeune fille. Puis, il se dit qu'il pourrait repousser ce moment.
Après tout, ce n'est pas comme si elle pouvait quitter le train…
.x.x.x.x.x.
Certes, la chute ne fut pas de repos et c'était bien loin d'être un atterrissage aussi moelleux que lorsque l'on s'élance sur son lit, mais l'important, c'est qu'elle n'avait rien de cassé.
Étant donné que le train longeait une colline, la jeune fille avait déboulé jusqu'en bas de la butte, en ramassant sur son passage des tas d'herbes qui restèrent emmêlés dans sa longue chevelure brune. Son pantalon avait désormais quelques trous et son manteau était dorénavant dû pour un nettoyage, mais l'important, c'est qu'elle était en parfaite forme pour poursuivre son voyage. À pied.
Lorsqu'elle se redressa, elle vit que le train était déjà loin et que même si elle avait changé d'idée à l'instant et qu'elle aurait souhaité retourner dans la locomotive, il en était totalement impossible. Ainsi, elle resserra son écharpe, sortit ses mitaines en laines rouges de son manteau et mit la capuche couverte de fourrure à l'intérieur du manteau sur sa tête. Pour finaliser le tout, elle enfila sa seconde paire de chaussettes par-dessus les premières et remis ses bottes chaudes avec hâte. Ainsi, elle n'avait pratiquement aucune raison d'avoir froid avant un bon bout de temps et elle s'en réjouit. La seule chose qui la ferait souffrir serait la faim. Elle n'avait pris que le petit-déjeuner et on était désormais en milieu d'après-midi, cela faisait donc un bon moment qu'elle n'avait rien eu dans l'estomac. Pourtant, elle ne se découragea pas pour autant et décida de poursuivre son chemin.
Elle était encore terriblement fâchée contre son professeur de potion. Certes, elle l'avait désobéie, mais elle s'en était tirée pas trop mal et il n'avait pas le droit de lui crié ainsi dessus, comme si elle était du poisson pourri. Elle n'arrivait pas à croire que quelques semaines plus tôt, elle s'était imaginé qu'en réalité, c'était un homme mal comprit qui n'était pas réellement froid, sans pitié ou asocial. Maintenant, elle réalisait qu'elle s'était fait des illusions et que toutes les allégories que les élèves disaient à son sujet depuis des années étaient bel et bien vraies.
Après ce court moment de frustration intérieur, elle sortit sa baguette magique et la déposa à plat sur sa main en chuchotant :
« Pointe au nord »
La baguette magique tourna sur elle-même pendant quelque seconde puis s'arrêta en orientant sur sa droite, vers les montagnes.
La jeune fille reprit alors sa baguette et poursuivit sa marche vers les montagnes. Sur sa route, elle eut la chance de croiser plusieurs petits bosquets contenant des fruits rouges. Amélia s'arrêta et en cueillit quelques-unes avec hâte. Grâce à un livre qu'elle avait emprunté à la bibliothèque dans le temps qu'elle avait été renvoyée du cours de potion, ce qui risquait d'ailleurs de lui arriver de nouveau, elle avait lu à un certain chapitre du livre parlant des ingrédients vénéneux à ne pas confondre avec ceux comestibles qu'il était possible grâce à un sortilège de découvrir si l'aliment en question n'était pas dangereux. Elle essaya à plusieurs reprises la formule en question, mais c'est au bout du huitième essai qu'elle y parvint. Les petits fruits survolèrent légèrement au-dessus de ses mains et pendant un moment, rien de plus particulier ne se produisit. Puis, une aura de couleur lavande illumina chaque petit fruit, signalant qu'ils étaient parfaitement consommables. Elle mangea tous ceux qu'elle trouva. Certes, ce n'était pas beaucoup, et les petits fruits étaient partiellement gelés dû au fait de la température, mais la jeune sorcière se dit que c'était mieux que rien.
À plusieurs reprises, elle répéta l'enchantement des Quatre-Points, s'assurant qu'elle allait toujours dans la bonne direction.
Ce ne fut pas bien long que le ciel s'assombrît et la jeune fille dut admettre qu'elle avait probablement fait une erreur en sautant du train. À cette heure, le professeur Snape devait la chercher, tout en ayant particulièrement le goût de l'assassiner. Mais elle se dit qu'elle ne devait pas se sentir honteuse, comme elle se serait normalement sentie, mais qu'elle devait accepter sa décision et prendre toutes les conséquences qui venaient avec.
Après un certain temps, elle fit apparaître grâce à sa baguette une poignée de flammes qu'elle tint au creux de sa main, un sortilège que le professeur Flitwick lui avait appris alors qu'elle le questionnait à savoir s'il était possible de toucher le feu sans se brûler.
Elle était désormais ravie que sa curiosité fasse partie d'elle, car elle savait que jamais elle n'aurait appris le sort pour différencier les mauvais aliments des bons si elle n'avait pas eu l'initiative et l'indiscrétion de chercher dans le livre de potion, et également ses questions qu'elle posait régulièrement au professeur Flitwick à la fin de certains cours.
Cela ne faisait pas loin d'une heure qu'elle marchait, et elle sentait déjà la fatigue l'envahir. Pourtant, elle poursuivit son chemin sans arrêter ni ralentir le pas, plus ambitieuse que jamais.
L'optimiste en elle la suivit jusqu'au bout, lui permettant de prolonger la marche sans se décourager et lui permettant de percevoir éventuellement un petit village pour se réfugier. Rassurée, elle se mit à courir un moment, espérant atteindre le curieux village le plus rapidement possible, mais s'essouffla plus rapidement qu'elle l'aurait cru, surement dû à la fatigue et au froid, et poursuivit le restant à la marche.
Le village n'était pas bien plus grand que Pré-au-Lard, à l'exception que les magasins et les boutiques n'étaient pas les mêmes et qu'il n'y avait pas de neige qui recouvrait les toits étroits. Amélia remarqua rapidement une jolie rivière qui semblait protéger l'arrière de la ville et pour y accéder, il y avait un petit pont qui menait de l'autre côté de la rive. Elle traversa le pont en un moins de temps et découvrit une petite enseigne indiquant Village de Balleter. En explorant curieusement le village, la jeune fille vit de nombreuses maisons, toutes semblables, et pendant un moment, se dit qu'il n'y avait aucun endroit où se réfugier pour se réchauffer. Heureusement, au coin de la quatrième avenue, elle trouva un petit pub qui semblait très peuplé, disposant d'une très grande plaque en bois indiquant en lettre or Le pub du Farfadet. La jeune fille n'était pas vraiment certaine s'il s'agissait d'un village sorcier alors elle décida de ranger sa baguette magique dans une poche intérieure de son manteau et en profita pour entrer, essayant de passer le plus incognito possible. Elle échoua lamentablement suite au son aigu d'une petite sonnette qui résonna dans le pub aussitôt que la lourde porte en bois rond fut ouverte, ruinant indéfiniment son plan initial de ne pas attirer l'attention sur elle. Heureusement, elle constata instantanément en mettant le pied dans ce curieux endroit que personne ne semblait porter attention sur elle, dut principalement au fait que personne n'avait entendu la sonnette tellement que s'était bruyant.
En fait, l'endroit était beaucoup plus raisonnable qu'elle l'aurait cru. Un très grand foyer qui occupait le trois quarts d'un mur adjacent rendait l'endroit confortable et chaleureux. Au fond, il y avait un long comptoir avec une tonne de verre accroché au plafond, typique des pubs anglais, et des tables rondes, tout occupées par les villageois, prenaient la majorité du pub. Amélia remarqua les nombreux cadres accrochés aux murs qui discutaient entre eux, la plupart étant des vieillards soulons qui se chamaillaient, ce qui rendait la situation plutôt ironique.
La jeune fille localisa rapidement les salles de bains et en profita pour se faufiler à l'intérieur, ce qui fut une bonne chose d'ailleurs. En apercevant son reflet dans le miroir, elle constata que son imaginaire n'avait pas exagéré et qu'en effet, le résultat n'était guère glorieux. Heureusement, elle sortit sa baguette et réussis plutôt bien à arranger ses cheveux et à réparer les trous dans ses pantalons. Elle enleva son manteau et le secoua, enlevant toute trace de terres et gazons. Lorsqu'elle eut terminé avec les toilettes, elle sortit sans faire trop de bruit, bien que de toute façon les gens dans le bar fussent particulièrement bruyants, et s'avança timidement vers le comptoir, gardant dans ses mains son manteau.
Elle se trouva un tabouret libre, entre un homme d'un certain âge qui semblait inconscient, la tête couchée dans une assiette de cuisses de poulet à moitié entamée, sans oublier le nombre abusif de verres vides à côté, et une femme loin d'être définie comme ayant une taille de guêpe.
« Oh! Z'une nouvelle dans le quartier? », questionna la femme bien en chair à Amélia.
La jeune sorcière lui sourit en guise de réponse sans ajouter quoi que ce soit.
« Tu sembles bien jeune pour venir ici, il me semble! », ajouta la femme en fronçant les sourcils.
« C'est l'unique endroit que j'ai trouvé pour me réchauffer un moment. », justifia la jeune fille.
À ce moment, un vieil homme moustachu assis à côté de la femme se pencha pour percevoir Amélia et s'écria :
« Ah! Tu ne saurais mieux dire, ma 'tite dame! Et hop! Un verre de Whiskey Pur Feu pour la 'tite mousse ! Rien de mieux pour se réchauffer le système! »
Les yeux d'Amélia devinrent ronds comme des gallions. La dernière fois qu'elle avait bu du Whisky Pur Feu, ça n'avait pas bien fini. Par contre, cette déclaration affirma à la jeune fille qu'elle se trouvait bel et bien dans un pub de sorciers était donné que ce type d'alcool n'existait que dans ce monde. Lorsqu'elle se mit à regarder attentivement autour d'elle, Amélia réalisa assez rapidement qu'en réalité, c'était plus qu'évident qu'elle n'était pas en compagnie de Moldu due particulièrement au fait qu'il y avait des choses hors de l'ordinaire qui se produisait, entre autres les chiffons qui flottaient dans les airs et qui nettoyaient des assiettes tout seuls.
« Je… Non merci… Je crois que je vais simplement prendre un thé ou un jus de citrouille… »
Le vieux la dévisagea d'un air confus, comme si le fait de refuser du Whiskey était absolument inconcevable.
« Un simple jus? Mais c'est une blague? Jamais je n'ai bu une telle cochonnerie. Depuis l'âge de 14 ans que je plonge dans l'alcool et jamais je ne me suis senti aussi vivant! »
Il y eut alors un ricanement amical venant de derrière le comptoir.
« Eh bien il serait peut-être temps que tu arrêtes, un de ces jours! », répliqua le jeune homme derrière le comptoir avec un léger accent écossais.
« Arrêter? Jamais! Tu ne devrais pas dire ça, mon cher Derek, je suis ton meilleur vendeur! »
« Ah! Là-dessus, tu n'as pas tort, Ed! », répondit le jeune homme dénommé Derek en ricanant de nouveau.
La grosse femme éclata de rire également, suivit du vieil homme. Amélia se sentait définitivement de trop dans cette conversation et se contenta de sourire timidement.
« Alors, qu'est-ce que je peux te servir, la nouvelle? », questionna gentiment le jeune homme qui s'avérait à se nommer Derek en lui faisant un clin d'œil.
« Euh... », commença Amélia sans avoir le temps de poursuivre que le vieil homme avec la moustache continua pour elle.
« Elle veut ce truc que les mousses prennent là… Du jus de picouille. »
Le barman le dévisagea en ricanant.
« Tu veux dire du jus de citrouille? », corrigea-t-il.
« C'est quoi la différence? »
La grosse femme ajouta :
« Tu ne crois pas que tu devrais t'arrêter pour le moment Ed? »
« Oh Martha! Apprécie la vie! »
« Apprécie la vie? Qu'est-ce que tu veux dire par là vieux soulon? »
Pendant que les deux s'obstinèrent, Derek reprit la parole en s'adressant uniquement à Amélia, qui était désormais inconfortable.
« Ne t'en fais pas avec ces deux-là. Ils sont toujours en train de se chamailler et pourtant, à chaque fois, ils finissent par s'entendre et se dire qu'ils s'aiment. »
Amélia lui sourit poliment, quoiqu'elle manquait grandement de conviction. Le jeune homme dut s'en apercevoir, car il poursuivit :
« Avec le temps, tu réaliseras qu'en réalité, ils sont tout à fait sympathiques et bien drôles. Alors, tu veux un jus de citrouille ou je me trompe? »
« Oui, ça ira. »
Le jeune homme ne sembla pas satisfait par sa réponse.
« Hmm… Je ne le crois pas non… Peut-être quelque chose de chaud? Un thé, une tisane? Je pourrais te préparer un chocolat chaud, si tu le désires? »
Le visage de la jeune fille s'illumina. Le barman sembla amusé.
« Alors, je crois que ton choix s'arrête sur le chocolat chaud? »
« Oui, s'il te plaît. »
« Demander si gentiment, comment refuser? », répliqua-t-il en s'éloignant.
Heureusement, il revint assez rapidement avec sa tasse de chocolat chaud, ne la laissant pas trop longtemps seule avec les deux furieux à côté d'elle.
« Ohé. Bouclez là, vous deux. », s'exclama-t-il à la femme dodue et au vieux soulon d'une voix amicale.
« On ne s'obstine pas! On fait valoir notre point! », répliqua Ed.
« Je vais t'en faire valoir un point, tu vas voir! », répondit Martha en levant fièrement son poing droit dans les airs.
Derek hocha la tête en souriant, conscient que pour le moment, il n'y avait rien à faire que de les laisser se chamailler.
« Hmm… C'est très bon! », complimenta Amélia à Derek lorsqu'elle prit enfin une gorgée du liquide chaud.
« J'en suis ravi! Je dois avouer que c'est plutôt rare que je serve un chocolat chaud. Disons que ce n'est pas ma spécialité. »
« Tu veux rire? On dirait que tu fais ça depuis des années! », ajouta Amélia, espérant que ses compliments, bien qu'ils étaient entièrement vrais, garderaient le jeune barman pas trop loin, ne la laissant pas seule de nouveau ses deux voisins.
« Haha! Tu es trop gentille. »
« Et toi, tu es trop modeste! », répliqua aussitôt Amélia en lui souriant de toutes ses dents.
Derek l'observa intensément un moment, chaque trait de la jeune fille, chaque détail. La jeune sorcière remarqua qu'il avait de magnifiques yeux verts et que le contour de son iris était gris souris. Elle voulut lui dire que ses yeux étaient magnifiques, mais elle garda tout ça pour elle-même.
« Je m'appelle Derek. », se présenta-t-il poliment en avançant son bras droit.
« Enchantée. Je m'appelle Amélia. », répondit-elle en serrant sa main qu'il lui offrait.
« Amélia… », répéta-t-il lentement en la fixant. « C'est un très joli prénom. », ajouta-t-il par la suite.
« Merci… »
Ils restèrent silencieux un moment, Derek étant occupé à servir un verre à un homme dans la quarantaine ayant un aspect de bucheron. Pendant ce temps, Amélia le détailla de la tête au pied et constata qu'il avait un physique particulièrement avantageux. Il avait une grandeur parfaite et des épaules juste assez larges, sans compter sa chevelure ébouriffée d'un brun clair lui donnant un air de quelqu'un qui venait de débarquer d'un balai. Puis, il revint dans sa direction, réveillant l'homme ivre assis à sa droite.
« Ohé, Téo! Réveille-toi, tes cuisses de poulet sont en train de s'enfuir! »
Amélia le dévisagea un moment puis regarda l'assiette de l'homme ivre et constata qu'en effet, le restant des cuisses de poulet étaient bel et bien en train de s'enfuir. La mâchoire de la jeune fille se décrocha, ce qui fit rigoler davantage le barman. Par la suite, il montra du doigt deux sorciers farceurs qui avaient lancé des sortilèges sur les cuisses de poulet, les permettant de s'enfuir. Amélia comprit alors la farce et éclata de rire. L'homme ivre finit par se réveiller et commanda un autre verre en marmonnant quelque chose que la jeune sorcière ne comprit pas.
« Alors, qu'est-ce qui t'amène parmi nous? », questionna Derek quelques minutes plus tard en essuyant un verre propre.
Amélia se figea sur place. Derek sembla réaliser le soudain malaise et reprit presque aussitôt :
« Ne t'en fais pas! Ce n'est pas un interrogatoire. Ici, tout le monde est bienvenu! J'étais simplement curieux. Mais ce n'est pas grave. Passons plutôt à la suivante. Tu as quel âge? »
Le haut du corps de la jeune sorcière se recula subtilement, ce qui fit rigoler davantage Derek.
« Non, je ne fais que des blagues! »
Amélia lui sourit en retour malgré tout.
« Je suis désolé si je t'embête avec mes questions. », s'excusa-t-il.
« Oh non, non, tu ne m'embêtes pas du tout. », répondit sincèrement Amélia.
« Tant mieux… Alors… J'imagine que tu n'as pas de la famille dans le coin, il me semble que je ne t'ai jamais vue... »
Amélia rigola.
« Non, je n'ai pas de famille dans ce village. J'étais simplement dans le coin… Cela faisait déjà un bon moment que je marchais et… »
« Un bon moment que tu marchais? Tu es parti d'où? »
« De la gare de train King Cross… »
« Tu as marché de la gare King Cross jusqu'ici? », questionna le jeune barman d'un air étonné.
« Non, non… J'ai fait une bonne partie en train… Puis j'ai sauté et j'ai marché jusqu'ici. »
« Tu as sauté d'un train? »
« Ouais… »
« Wouaou… Tu es vraiment très spéciale, la nouvelle! Et pourquoi as-tu fait cela? », répliqua-t-il en rigolant.
« C'est… C'est une longue histoire… »
« J'ai tout mon temps. »
« C'est compliqué… »
« Je crois pouvoir suivre. »
Amélia soupira.
« D'accord, d'accord, ça va! Tu peux garder tes secrets pour le moment, petite mystérieuse. », ajouta-t-il en prenant quelques verres propres accrochés au-dessus du comptoir.
« Ce n'est pas toujours bien de garder des secrets, 'tite mousse! », répliqua alors Ed, interrompant sa conversation agitée qu'il avait avec Martha.
« Ce n'est pas des secrets, c'est simplement… », mais elle s'arrêta lorsqu'une jeune femme fit apparition derrière les deux portières derrière le bar et s'exclama avec enthousiasme :
« Bonjour Derek! »
Ce dernier se retourna et la salua en retour avec un peu moins d'enthousiasme qu'il en aurait été capable.
Amélia configura aussitôt que cette femme semblait être loin de déplaire aux hommes. La jeune Gryffondor n'eut pas de difficulté à savoir pourquoi. Certes, ces jolis cheveux bouclés blond clair et ses yeux en amande gris perle ne la rendaient pas déplaisante à regarder, mais c'est en particulier la vue de son corset et de sa poitrine avantageuse qui devait séduire les hommes. Elle mit un tablier, tout en prenant soin de ne pas trop couvrir ses atouts, et prit dans ses mains un énorme cabaret en étain. Amélia devina alors qu'elle devait forcément travailler ici et qu'elle devait être une serveuse. Et bien entendu, elle ne se trompa pas en la voyant empiler une quantité de verre étonnante sur son plateau et les distribuer aux tables avoisinantes.
« Toute une pièce de viande celle-là. Et dire qu'elle te court après depuis des années! Tu attends quoi au juste? », dit alors l'homme ivre dénommé Téo qui avait la tête dans son assiette de poulet, quelques minutes plus tôt.
Le jeune barman ne se laissa pas impressionner et haussa les épaules avec lassitude en observant la belle blonde servir des verres en rigolant avec un petit groupe d'hommes assis près du foyer.
« Margaret? Nah… C'est une amie, rien de plus. »
Amélia écoutait attentivement la conversation, cherchant à savoir comment un homme pouvait refuser une femme aussi sensuelle qu'elle.
« C'est parfait alors, ça nous en laisse plus pour nous! », répliqua un homme aux cheveux sales en agrippant une fesse de la serveuse lorsqu'elle fut assez proche.
Son geste offusqua entièrement Amélia. En aucun cas elle n'aurait accepté qu'un sale pervers agisse de la sorte avec elle. Pourtant, Margaret ne sembla pas voir les choses de la même manière et se contenta de rigoler d'un ton agace à l'homme. Ce qui fit d'ailleurs réaliser à Amélia pourquoi Derek n'était clairement pas intéressé à elle. Certes, elle le connaissait depuis très peu de temps, mais elle l'avait observé assez pour savoir qu'il n'avait pas les mêmes principes qu'elle.
« Alors, je te sers quelques choses à manger, Amélia? », questionna alors Derek, ce qui fit détourner les yeux d'Amélia de la serveuse.
« Oh… En faites, je ne dirais pas non. », répondit-elle avec le sourire.
« Alors, je t'apporte quoi? »
« Je ne sais pas trop… N'importe quoi… »
Le barman rigola un peu puis confirma :
« Tu l'auras voulu! »
Quelques secondes plus tard, il revint avec un énorme pot en vitre contenant des yeux dans un liquide jaunâtre. La jeune sorcière plaqua une main sur sa bouche, ayant un haut de cœur. Le barman rigola, accompagné des clients assis autour du comptoir. Visiblement, ils trouvaient tous drôle le fait de manger des yeux, ce qui força la jeune fille à se questionner sur la confiance et la sainteté de ces gens.
« Haha, ne t'en fais pas, c'est simplement une bonne vieille blague… »
Amélia soupira, parfaitement soulagée.
« En faites, c'est une tradition ici de servir aux clients ce pot de yeux de porc lorsqu'ils nous disent qu'ils mangeraient n'importe quoi! »
Amélia rigola bruyamment.
« J'ai appris ma leçon. Plus jamais je ne commanderai n'importe quoi! »
Derek rigola également, ravi qu'elle eût bien pris sa blague.
« Mais Derek… Dis-moi… Que fais-tu avec ce pot de… yeux? », questionna alors Amélia.
« Ah… C'est une longue histoire… En bref, ce bar appartenait à mon grand-père il y a bien des années. Il collectionnait les yeux des porcs qu'il abattait pour les repas en les mettant dans ce gros bocal, ayant en tête de faire des blagues aux nouveaux clients. Depuis, il a donné ce bar à mon père et je travaille pour lui depuis quelques années déjà. Nous avons gardé la tradition et je ferai de même lorsque le bar m'appartiendra dans quelques années. »
« Ah! C'est une très bonne histoire. », répondit Amélia.
Derek la gratifia d'un bref signe de tête accompagné d'un sourire charmeur.
« Alors, qu'est-ce que je t'offre pour de vrai? »
« Haha… Je ne ferai pas avoir cette fois! »
« Je l'espère! »
« Alors, dis-moi, qu'est-ce que vous avez de meilleur? »
Derek sembla ravi.
« Ah! Voilà une jeune femme bien intelligente! »
Amélia lui sourit en guise d'appréciation.
« Notre spécialité est définitivement nos côtes de porc avec pommes de terre au four et carottes grillées au sucre d'érable. », poursuivit Derek.
« Hmm… Ça semble succulent. », répliqua Amélia.
« Et crois-moi, ce l'est! »
« Parfait! Dans ce cas, c'est ce que je vais prendre. », répondit la jeune sorcière avec enthousiasme.
Son assiette arriva plus tôt qu'elle l'aurait prévu, et constata en dégustant le somptueux repas qu'elle était affamée. Elle mangea le tout assez rapidement et complimenta à mainte reprise la cuisine délicieuse. Pendant un certain temps, Amélia et Derek discutèrent de tout et de rien. Amélia lui parla de l'école, de ses inquiétudes et Derek lui parla de ses passions et ses questionnements.
Désormais, il faisait très noir dehors et le vent semblait s'être levé. Lorsqu'elle demanda l'heure à Derek, il lui indiqua qu'il n'était pas bien loin de 18 heures et la jeune fille se dit qu'il était grand temps qu'elle reprenne le chemin. Le train devait bientôt arriver à la gare de Pré-au-Lard, et Snape ne tarderait pas à lancer l'alarme que la jeune sotte qu'elle était s'était enfuie. Lorsqu'elle regarda autour d'elle, elle réalisa qu'elle s'était attachée à ces personnes. Certes, la moitié était ivre, l'autre des pervers, mais ils avaient tout de même ce petit quelque chose qui les rendait sympathiques.
« Je te remercie de ton hospitalité, Derek, mais je crois que je vais devoir partir… »
« Et tu comptes aller où comme ça, si je peux me permettre? »
Amélia hésita un moment.
« À Poudlard. »
Le jeune barman éclata de rire. Visiblement, il ne réalisait pas à quel point la jeune sorcière était sérieuse. Pourtant, il dut se rendre à l'évidence lorsqu'il constata qu'Amélia ne rigolait pas.
« Attends, tu es sérieuse là? »
« Je n'ai pas le choix! »
« Mais c'est complètement dingue! Ça va te prendre des jours t'y rendre! Et il n'est certainement pas question que tu poursuives ce chemin à pied, seule et en pleine noirceur! »
« Ah ouais? Alors qu'est-ce que tu me conseilles, papa? », ironisa la jeune sorcière.
« Reste ici pour la nuit. Il y a une auberge par trop loin d'ici, je peux t'y conduire. Demain, je viendrai te chercher à ta chambre et j'irai te conduire à Poudlard. »
Amélia hocha la tête vigoureusement.
« C'est vraiment très généreux de ta part, mais s'en ait trop. Vraiment, tu n'as pas besoin de faire tout ça pour moi. »
« Mais je ne peux pas te laisser partir comme ça. »
« Je sais me défendre, tu sais! », répliqua Amélia.
« Et je n'en doute pas une minute. Mais ce n'est tout de même pas sécuritaire! »
« Parfait, dans ce cas, je vais transplaner! »
« Et où comptes-tu atterrir? »
« Juste avant la barrière de Poudlard. »
« C'est ridicule. Tu sais très bien que c'est très complexe de transplaner pour se rendre dans les parages de Poudlard. Quitter les barrières à partir du château, c'est de la marmelade, mais d'y retourner, c'est beaucoup plus compliqué, tu risquerais te de désarçonner. D'autant plus que la zone est protégée par des vingtaines de sortilèges! »
Amélia l'écoutait, bien qu'elle savait déjà tout cela. Et bien sûr qu'elle n'avait pas réellement l'intention de transplaner, mais elle avait épuisé toutes ses réserves d'idées pour qu'il accepte qu'elle quitte le pub.
« Je sais déjà tout cela, Derek! Mais que tu le veuilles ou non, je dois partir ce soir. On m'attend au château! »
« Dans ce cas, laisse-moi te reconduire! », suggéra-t-il.
« Je ne peux pas accepter… Vraiment. »
« Et pourquoi? »
« Laisse-la partir, si c'est ce qu'elle désire tant! », s'exaspéra la serveuse d'un air ennuyé.
« Margaret, je t'en prie, ne t'en mêle pas! », répliqua Derek avec irritation.
La serveuse soupira bruyamment et s'éloigna en affichant un air menaçant à Amélia. Visiblement, la jalousie refaisait surface et ça ne plaisait pas du tout à Margaret que son cher Derek démontre de l'affection pour la petite nouvelle.
« Amélia… Vraiment, je ne comprends pourquoi tu ne veux pas me… »
« Parce que ça va te prendre une éternité à aller me porter et revenir chez toi par la suite ! », l'interrompit la jeune Gryffondor.
« Je m'en fiche totalement. »
Amélia soupira, désespérée.
« Je ne veux que t'aider… », justifia Derek.
« Et je t'en remercie, vraiment. Mais je vais m'en sortir, je t'assure. »
« Tu dis que tu dois être au château ce soir même, mais tu prévois t'y rendre à pied, ce qui risque de te prendre des jours! Où est la logique là-dedans? »
Amélia tenta de répliquer, mais ne trouva pas d'argument valable. À la place, elle se leva.
« D'accord, d'accord. Mais juste avant, je te demande de me suivre. Ça prendra deux minutes, pas plus. »
Amélia soupira, mais accepta tout de même de le suivre. Elle contourna le comptoir et passa par les deux portières, normalement uniquement réservées aux employés. Amélia eut le temps de percevoir une petite cuisine qui semblait très propre, saluant poliment le cuisinier à son passage et monta un escalier étroit menant au deuxième étage. Derek ouvrit une porte qu'il déverrouilla à l'aide de sa baguette magique et ils se retrouvèrent devant un placard. Derek fouilla un petit moment et en sortit un vieux balai, qu'il tendit à Amélia.
« Il est un peu vieux et un peu lent, mais il fonctionne encore à merveille. »
Amélia le remercia chaleureusement, lui répétant à maintes reprises que cette idée était parfaite.
« Honnêtement, j'aurais préféré te reconduire. Mais étant donné les circonstances totalement illogiques dont tu m'as fait part, je dois me résoudre à t'offrir ce vieux balai. »
« Et je t'en remercie, vraiment. »
Derek ne sembla pas entièrement satisfait, mais au moins, il dut admettre que l'idée de voler était nettement plus rapide et sécuritaire que d'y aller à pied.
Il y eut un moment de silence durant lequel les deux jeunes protagonistes s'observèrent. Puis, Amélia lui rappela qu'elle devait partir. Ensemble, ils retournèrent dans le bar bruyant. La jeune sorcière déposa de la monnaie sur le comptoir afin de payer son repas et tout le reste, mais Derek refusa catégoriquement son argent.
« Il n'en est absolument pas question! »
« Mais Derek! »
« Je te l'offre. »
« Mais il n'en est pas question! »
« Ohé la 'tite mousse! Lorsque l'on t'offre quelque chose, c'est tout à fait désavantageux de refuser! », répliqua alors vieux moustachu.
« Tu ne saurais mieux dire, Ed! », affirma Derek d'un air fier.
Pourtant, Amélia ne se laissa pas faire pour autant. Elle voyait Margaret, la serveuse blonde au physique avantageux, s'approcher et une fois qu'elle fut suffisamment proche, Amélia précipita sa monnaie dans l'une des poches avant du tablier de la serveuse. Certes, son hostilité face à sa cliente ne méritait clairement pas de pourboire, mais Amélia tenait absolument à donner cet argent à quelqu'un qui travaillait dans ce pub afin de leur exprimer sa gratitude. Margaret sembla surprise, Amélia croyant qu'elle allait lui dire d'aller se faire voir, mais elle la remercia poliment avant de s'éloigner de nouveau.
Pendant ce temps, Derek l'observait en hochant la tête.
« Vraiment, tu es terriblement entêtée! »
« Ah! Ce n'est pas trop mal. Mon professeur de potion m'a déjà lancé que j'étais plus têtue qu'un troupeau de mules réunies! »
Derek rigola face à sa révélation, suivit d'Amélia et de Martha, Ed et même Téo. Pendant un instant, ils échangèrent des regards nostalgiques, puis ce fût le temps pour Amélia de partir.
« Encore un gros merci à tous, vraiment, pour tout! Je reviendrai vous voir, un de ces quatre! »
Il y eut une acclamation de la part des clients du pub, démontrant qu'ils seraient plus qu'heureux qu'elle revienne.
Derek la conduisit jusqu'à la porte, sous les regards hostiles de Margaret, et la serra dans ses bras lorsqu'elle fut sur le point de sortir.
« À très bientôt, je l'espère! »
« Oui, à très bientôt! De toute façon, je dois revenir pour te redonner ton balai! »
« Nah, ce n'est pas la peine, tu peux le garder, j'en ai d'autres. Mais si c'est l'unique raison qui te forcerait à revenir, je peux tout de même prétendre que je tiens absolument à le ravoir bientôt! », répliqua-t-il avec humour.
« Ne t'en fais pas, ce n'est pas l'unique raison qui me forcerait à revenir bientôt… », répondit Amélia en souriant.
Derek sourit.
« C'est également pour les côtes de porc! », ajouta-t-elle en éclatant de rire, suivit de Derek.
Puis, la jeune sorcière remit ses mitaines, ajusta son manteau et prit la peine de remettre sa capuche, sous les regards ricaneurs de Derek.
« Tu es équipé pour la Sibérie! », ironisa-t-il.
« Parfaitement! », ajouta fièrement Amélia.
« Bon retour… Et euh… Je ne voudrais pas paraitre trop achalant, mais… ça serait bien si tu pouvais m'envoyer un hibou lorsque tu seras arrivé… question de savoir que tout s'est bien passé… »
Amélia le dévisagea en rigolant.
« Bien sûr que je le ferai, papa! »
Derek éclata de rire.
« Et tu es sûr que tu ne changes pas d'avis? Vraiment, je me sens totalement en forme pour une randonnée à voiture! »
« Hahaha. Bel essai! Mais ça va aller. De toute façon, ils ont besoin de toi. », répondit Amélia en désignant les clients du pub.
« Bof… Pas vraiment, ils sont parfaitement capables de se servir eux-mêmes… »
« Hmm… Dans ce cas, elle, elle a besoin de toi. », ajouta Amélia en désignant cette fois Margaret.
Derek ne se retourna même pas. Il savait pertinemment de qui elle voulait parler et ne s'y prêta pas au jeu.
« Bon retour à Poudlard. », répondit-il finalement.
« Merci. »
Puis, elle jeta un dernier coup d'œil dans ses magnifiques yeux verts, puis ouvrit la porte, et sortit dans le froid glacial.
Elle regarda une dernière fois le petit pub, chaque détail, et réalisa de nouveau qu'elle devrait absolument revenir un de ces jours. Puis, la jeune sorcière enfourcha son balai et décolla dans les airs, devenant rapidement invisible aux yeux des villageois.
.oOoOo.
J'espère que ce chapitre vous aura plu! J'ai vraiment, vraiment adoré l'écrire. Ça fait vraiment beaucoup de bien de sortir de l'atmosphère de Poudlard, malgré le fait que nous adorons tout ce château fastidieux. C'est vraiment génial de pouvoir écrire librement sans trop devoir se soumettre à la réalité du livre. Bref, j'espère que le professeur Snape ne vous aura pas trop manqué. ( un peu, tout de même ^_^ ) Mais n'ayez crainte, il refera surface très très bientôt! Pour le reste, c'est à vous de choisir... Vous avez aimé? or not.. Mais je souhaite que oui :)
xoxo
