Chapitre 32 : Un nouveau compagnon

« Tu sais ce qui me plaît le plus dans le temps des fêtes? »

Amélia se retourna vers Lee Jordan, un air interrogateur accrocher au visage.

« Le fait qu'on n'aura pas de devoirs pendant deux semaines? », répondit la jeune fille.

Lee fit une grimace en signe de désapprobation.

« Des devoirs? », répéta-t-il d'un air parfaitement incrédule.

Amélia soupira longuement, dégageant ses longs cheveux bruns de son visage.

« Ouais, quoi que dans ton cas, tu ne les fais jamais donc ça ne doit pas compter dans les choses positives de noël, mais plutôt dans tes habitudes de tous les jours… », répondit la jeune sorcière d'un ton las.

« En fait, c'est plus spécifiquement qu'on aura plus à voir Ombrage, ni Rusard et Snape pendant deux longues semaines. », répondit finalement Lee, un sourire honnête apparaissant sur son visage basané.

Amélia se sentit faiblir. Elle détourna aussitôt le regard, se levant beaucoup trop précipitamment pour quelqu'un qui avait enfin terminé le premier trimestre avec succès et qui s'apprêtait à profiter des deux semaines à venir au paradis.

« Ohé… Tu vas où? »

« Je… J'ai cette désagréable impression que j'oublie quelque chose... Je vais aller vérifier une dernière fois dans le dortoir… »

Lee Jordan la dévisagea subtilement pendant un moment, puis reprit la conversation comme si de rien n'était avec les autres filles. Amélia expira de soulagement, se demandant comment elle avait pu s'en sortir avec une excuse aussi nulle. La vérité était surtout qu'elle n'avait pas dit à ses amis que Snape était censé venir chez elle dans le temps de Noël afin d'avoir une discussion avec Grand-Mère Sissi. Évidemment, elle n'était pas assez sotte pour leur avouer.

En arrivant dans le dortoir des filles, Amélia se rendit à son petit lit baldaquin et s'assit dessus un moment, contemplant d'un air absent le givre qui s'était formé au cours de la nuit dans la grande fenêtre à carreaux, créant de magnifiques motifs de broderie en sucre de glace, instaurant une ambiance féérique à la grande chambre circulaire. Elle retournait chez Grand-Mère Sissi. Elle retournait dans sa jolie maison campagnarde, dans les vastes prés, non loin des boisés, relaxer pendant deux longues semaines.

Pourtant, en se redressant, la jeune fille ne parvint pas à sourire. Certes, elle retournait enfin chez elle, mais sans la compagnie des jumeaux dans le long voyage en train.

Et puis, si elle croyait avoir subi un cauchemar durant ce mois de décembre morose et frisquet, les jumeaux en avaient sans aucun doute vécu un enfer. Comme si le fait d'être renvoyé de l'équipe de Quidditch n'avait pas été suffisamment pénible pour eux, leur père, ce cher Mr Weasley, probablement l'unique sorcier de sang pur qui ne ferait de mal à une mouche, avait subi un grave accident. En un matin gris de décembre, la jeune sorcière s'était réveillée et avait assisté à toutes ses classes de la journée en se demandant où les jumeaux pouvaient bien être. Ce n'est que le soir venu qu'elle apprit la triste nouvelle par le professeur McGonagall. La nuit d'avant, la famille Weasley avait quitté l'école d'urgence suite à l'incident. Amélia en fut particulièrement choquée. Le jour suivant, elle n'avait pas réussi à bien se concentrer dans ses cours, se demandant ce qui se passait à l'instant, se demandant si le père de ses meilleurs amis n'était pas mort. Puis, le matin d'après, le professeur McGonagall, consciente de la peine que ressentait la jeune sorcière, était venue la rassurer. L'état du chef de la famille Weasley était désormais stabilisé. Amélia en fut instantanément réjouie, mais cela n'enlevait tout de même pas l'inquiétude que la famille avait dû subir durant toute une nuit entière et la souffrance que Mr Weasley avait dû endurer.

Alors qu'elle se disait qu'il était temps de retourner rejoindre le restant de ses amis, la jeune sorcière accrocha quelque chose venant d'en dessous de son lit avec l'un de ses pieds en se levant. Suspicieuse, elle se pencha vers l'objet mystérieux et repéra un livre qui était à moitié enfoui sous son lit. Elle le ramassa avec curiosité et plaqua une main sur sa bouche en constatant qu'il s'agissait d'un livre qu'elle avait emprunté à la bibliothèque quelques semaines plus tôt. Bêtement, elle en avait complètement oublié son existence. C'est donc avec horreur qu'elle sortit rapidement du dortoir, le livre serrée contre sa poitrine et s'orienta de nouveau vers la salle commune afin d'aller rejoindre ses amis.

« Alors? T'avais oublié quelque chose? Ta brosse à dents peut-être? » questionna Lee sarcastiquement.

Amélia lui montra le vieux bouquin.

« Je dois aller à la bibliothèque porter ce maudit livre. », affirma la sorcière d'un ton exaspéré.

« Attends, c'est une blague? Nous devons partir à l'instant pour le train… »

« Oui oui, je sais, mais ça va aller, je vais me dépêcher! »

C'est sans plus tarder qu'Amélia, ainsi que Lee, Angelina et Alicia sortirent de la salle commune, se dirigeant méthodiquement vers le Hall d'entrée.

« C'est la joie les amis! On est vendredi, on retourne chez nous pour les vacances et pour couronner le tout, on manque un double cours de potion et de défense contre les forces du mal! », chantonna Lee d'un ton joyeux.

« Oh oui! Ça me donne presque le goût de danser. Et je déteste danser. », répondit Alicia.

Tous éclatèrent de rire.

« Ben quoi! Moi, j'aime le Quidditch! La danse, c'est pour les chochottes. », fit remarquer Alicia en se croisant les bras, un sourire malicieux recouvrant son visage.

C'est en sifflotant des chansons de noël, accompagné de Lee qui tentait du mieux qu'il pouvait de changer les paroles, insistant sur le fait que les jumeaux l'aurait normalement fait, mais surtout afin d'honorer leur triste absence, qu'ils poursuivirent leurs chemins jusqu'aux escaliers.

« Bon, alors je vous rejoins tous dans le train! », affirma alors Amélia.

« Ouais! Et ne flâne pas trop dans la bibliothèque! », l'avertit Angelina.

« Non non, je vais juste porter mon livre… »

Elle prit alors le chemin vers la gauche, marchant d'un pas précipité dans le long couloir désert.

« Hé! Attends… Laisse-nous ta valise, au moins… », s'écria Lee.

« Mais… T'es sur? », questionna la jeune fille en s'arrêtant brusquement.

« Hé… On ne va tout de même pas te laisser trimballer cette chose qui pèse le double de toi dans toute l'école… »

Amélia les remercia sincèrement en s'approchant d'eux, donnant sa valise à Lee, et reprit le chemin inverse de ses amis, accélérant le pas. Elle se trouvait particulièrement lunatique d'avoir oublié l'existence du livre qu'elle avait emprunté quelques semaines plus tôt.

En arrivant finalement à la bibliothèque, admettant tout de même qu'elle avait été particulièrement rapide, Amélia s'avança vers le comptoir.

« Bonjour! Je viens porter ce livre… Je dois me dépêcher, le train va partir dans pas bien long et je… »

« Bon sang jeune fille, vous êtes à la dernière minute! », s'exaspéra Madame Pince, la bibliothécaire.

« Je sais…. J'avais oublié... », avoua Amélia, honteuse.

La bibliothécaire hocha la tête d'un côté puis de l'autre, l'air réprobateur. En quittant la bibliothèque, Amélia l'entendit murmurer pour elle-même :

« Les jeunes d'aujourd'hui… »

En faisant le chemin inverse, Amélia accéléra le pas, rêvant intérieurement de pouvoir un jour transplaner dans l'enceinte de Poudlard, même si au fond, elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait jamais. En marchant dans le couloir solitaire, la jeune fille ne put s'empêcher de sourire en appréciant l'odeur de pain d'épice qui régnait dans le vieux château, écoutant pour la dernière fois attentivement les chants festifs venant de maintes étages plus bas.

Puis, alors qu'elle descendait enfin les escaliers à une vitesse périlleuse, elle aperçut, quelques paliers en dessous d'elle, une grande silhouette vêtue de noir, se dirigeant d'un pas précipité vers ce qui ne pouvait qu'être les cachots.

« Professeur! », s'écria-t-elle.

Le maître des potions s'immobilisa alors dans les escaliers et leva la tête, cherchant la source de la voix féminine qui l'avait interpellé. Il repéra rapidement la jeune fille et fit volte-face, montant les marches de sa démarche naturellement autoritaire. Alors que la jeune fille avait également repris le chemin, descendant quatre par quatre les marches, elle rejoignit finalement le professeur Snape au troisième étage.

« Qu'est-ce que vous faites encore ici? Vous allez manquer le train… », commença le maître des potions d'une voix sévère.

« Il me reste encore du temps. », répliqua aussitôt la jeune fille. « Enfin, je crois… », ajouta-t-elle finalement avec un peu moins d'assurance.

Le professeur Snape plissa des yeux.

« Alors… Vous allez vraiment venir chez moi? », questionna la jeune sorcière, suspicieuse.

Le maître des potions l'observa quelques secondes sans dire un mot.

« C'est ce dont nous avions convenu. », répondit-il finalement d'un ton sobre.

Amélia acquiesça de la tête d'un air absent.

« J'ai déjà communiqué avec votre grand-mère à ce sujet, bien sûr. »

« Et vous comptez venir quand? »

« Je ne le sais pas encore. Mais ce n'est pas important pour le moment. Aller, filez! »

Amélia lui fit un sourire en coin et reprit le chemin, suivi de près du maître des potions. En arrivant au rez-de-chaussée, la jeune sorcière se retourna vers le professeur, qui poursuivait déjà son chemin, dos à elle.

« Professeur? »

Ce dernier se retourna.

« Si je rate le train, vous voudriez me reconduire chez moi? »

Le visage du maître des potions afficha une mine indignée.

« Jamais en cent ans. », répliqua-t-il le plus sérieusement du monde.

Amélia éclata de rire.

« À bientôt alors! », dit-elle finalement en continuant son chemin, cette fois sans se retourner.

Alors qu'elle traversait la cour, se dirigeant vers les diligences, près de l'entrée de l'école, la jeune Gryffondor entendit une voix l'interpeler.

« Miss Walters! Bon sang, qu'est-ce que vous faites encore ici? Je croyais que vous retourniez chez votre grand-mère pour les fêtes? »

En se retournant, bien qu'elle n'en avait pas réellement de besoin pour deviner la provenance de la voix, la jeune fille s'expliqua.

« Oh, mais je compte retourner chez moi aussi, professeur McGonagall. »

Le professeur de métamorphose la dévisagea scandaleusement.

« Miss Walters! Le train risque de démarrer d'une minute à l'autre et vous êtes encore ici? »

« En effet, donc non pas que je ne désire point communiquer avec vous professeur, mais il ne me reste plus beaucoup de temps devant moi. Je ferais vraiment mieux de filer. », répondit Amélia en s'éloignant rapidement.

Pourtant, elle parvint tout de même à entendre la voix désormais lointaine de sa directrice de maison lui répondre :

« Que je ne vous surprenne pas à rater votre train, jeune fille ! Depuis votre dernière petite escapade, il n'est pas question que… »

Mais Amélia n'entendit jamais la fin, bien qu'elle la savait déjà. Certes, elle avait été dans la galère lorsque le professeur McGonagall avait appris sa mésaventure dans le train avec le maître des potions. C'est au pas de course qu'elle se rendit à l'unique diligence qui restait, s'installant sur la banquette en cuir noir. Elle apprécia nettement moins la randonnée qu'à son habitude, dut plus particulièrement au fait qu'elle était seule et qu'elle avait de grandes chances de rater le train, mais tenta tout de même de se calmer en se disant qu'il y avait toujours une solution à tout et que peu importe si elle était dans ce train aujourd'hui ou non, elle finirait quand même par retourner chez elle d'une quelconque manière. Elle repensa au vieux balai à Derek avec le sourire, réalisant par contre qu'elle l'avait amené avec sa valise et qu'à cette heure, elle devait déjà être dans le train avec tous les autres bagages.

« Et merde… », s'emporta-t-elle, les points serrés.

Puis, elle s'imagina entrer par infraction dans le bureau du concierge Rusard, empruntant un des nombreux balais qu'il avait confisqué, dont ceux des jumeaux et l'Éclair de Feu de Harry. Après tout, il devait se promener dans le château avec sa chatte de malheur, espérant donner une bonne leçon à Peeves, alors que nous savions tous qu'il s'agissait d'une impossibilité considérable, ce qui laisserait la voie de libre à la jeune sorcière. En plus, tout le monde savait que Rusard était un Cracmol, donc la jeune Gryffondor ne s'inquiétait pas du tout de la difficulté du sort qui détenait les balais, considérant d'ailleurs qu'il n'en avait probablement aucun.

Au moment où elle jugea que son plan pouvait réellement avoir un sens, quitte à lancer une des bombabouses qu'elle avait reçues en cadeau de la part des jumeaux au cinquième étage, loin du bureau de Rusard, afin d'attirer son attention loin de la cible un moment, laissant amplement de temps à la sorcière de compléter son plan, elle sentit que la diligence ralentissait. En relevant la tête, elle constata qu'elle était arrivée à destination. À plusieurs mètres d'elle se trouvait la magnifique locomotive d'un rouge éclatant, parfaitement immobile. La jeune fille soupira de soulagement, réalisant que c'était tellement plus simple en effet si elle se contentait de simplement entrer dans ce train qui la mènerait à la gare de King Cross, là où sa grand-mère l'attendrait patiemment.

Ainsi, elle sauta agilement de la diligence et accouru vers le wagon le plus près, glissant la porte afin d'y entrer. Elle ne put s'empêcher de sourire en réalisant pleinement qu'elle n'aurait finalement pas besoin de mettre son plan à exécution et qu'elle pourrait profiter du petit voyage en train en compagnie de ses amis, à rigoler et à s'empiffrer de friandises de toutes sortes.

Dans le couloir étroit du train, elle croisa un petit groupe de Poufsouffle de quatrième année qui l'observèrent tous collectivement avec de grands yeux ronds à son passage, assurément surprises de voir à quel point Amélia était à la dernière minute et qu'au lieu de se mettre à genou et d'embrasser le sol en guise de gratitude, qu'elle marchait fièrement, le sourire collé aux lèvres, à la recherche du wagon contenant ses amis Gryffondor. En se retournant, Amélia vit qu'elles murmuraient, non subtilement tout de même car la jeune Gryffondor parvenait à entendre très clairement leur conversation parfaitement banale, et elle ne put s'empêcher de rire pour elle-même en réalisant que les Poufsouffle n'étaient tellement pas téméraires. À cet instant, il y eut un bruit de moteur et le train tremblota pendant quelques secondes, commençant son voyage.

Au bout de quelques minutes, elle repéra finalement son petit groupe de Gryffondor, et tous laissèrent exploser des exclamations de gratitude en la voyant apparaitre sur le seuil de la porte.

« Dis, t'en a mis du temps! », s'exclama Lee.

« On croyait que t'allais rater le train! », poursuivit Angelina.

« Ouais, moi aussi pendant un moment, je ne croyais pas arriver à l'heure. », répondit alors Amélia en levant les sourcils. « Mais ne vous inquiétez pas, je m'étais déjà concocté un plan si je n'arrivais pas à l'heure! »

Tous éclatèrent de rire et elle reçut des acclamations de ses amis, dont une tape sur l'épaule de la part d'Alicia. Ainsi, en s'installant sur la banquette entre Angelina et Lee, elle profita du dernier moment qu'elle passerait cette année avec ses amis, remerciant le ciel qu'elle n'était pas privée de leur compagnie. Seulement, elle dut admettre que ça n'allait pas être pareil sans les jumeaux. Après tout, c'était la première fois qu'elle faisait le trajet du retour pour les vacances sans eux.

Le restant du trajet se fit agréablement, sans aucune complication. Amélia acheta un bon nombre de friandises et profita pleinement du trajet reposant en train. Au moment où la locomotive prit le chemin menant à travers la forêt, Amélia se rappela à quel point elle avait détesté cette route en balai et réalisa qu'elle n'apprécierait malheureusement plus autant le paysage orné de conifère qu'avant.

Lorsqu'ils arrivèrent finalement à destination, à la gare de King Cross, Amélia ne put s'empêcher de sourire de toutes ses dents. Depuis le temps où elle rêvait des vacances, enfin elle avait la chance des vivres en compagnie d'une des personnes les plus importantes de sa vie.

En sortant du train, trainant sa valise derrière elle, elle se perdit dans la foule massive. Autour d'elle, rire et acclamation retentissaient de tout côté. Les parents revoyaient enfin leurs enfants après plusieurs mois d'absence.

Instinctivement, elle se dirigea vers la barrière, cherchant de ses grands yeux dorés la femme qu'elle attendait. Autour d'elle, les rires se faisaient plus insistants. Elle tenta d'afficher un air solennel, bien qu'au fin fond d'elle-même, elle était terriblement inquiète. Et si elle n'était pas venue? Et si quelque chose lui était arrivé de nouveau? Et si…

« Amélia! Ma petite perle! »

En se retournant, la jeune Gryffondor eut l'impression d'entrer officiellement au paradis. Un ange se tenait devant elle, les bras ouverts, prêt à l'accueillir chaleureusement. Et cet ange, c'était Grand-Mère Sissi.

« Grand-Mère! », s'écria alors Amélia en sautant dans les bras de la vieille femme, un sourire radieux couvrant son joli visage délicat. Cette dernière éclata alors de rire, le rire d'une grand-mère, le rire le plus merveilleux au monde. Amélia eut presque envie de pleurer tellement elle était heureuse.

« Comment vas-tu? »

« Beaucoup mieux maintenant! », répondit Amélia chaleureusement. « Et toi? »

« Beaucoup mieux maintenant également! » ajouta Grand-Mère Sissi suivit d'un petit rire. « Et comment c'est passé le trajet en train? »

« Plutôt bien. Mais ce n'était pas pareil sans les jumeaux… », répondit Amélia en baissant la tête.

« C'est normal… Mais ne t'inquiète pas, tu pourras les revoir très bientôt. Nous sommes invités pour le souper avec les Weasley. »

« Vraiment? », questionna la jeune fille, retrouvant soudainement son sourire.

« Oui! »

« Alors on va aller au Terrier? »

Grand-Mère Sissi observa sa petite fille un moment.

« Non. Finalement, les Weasley sont réunies tu-sais-où… », chuchota-t-elle en se pencha vers Amélia.

« Oh… », marmonna Amélia en guise de compréhension. En effet, le quartier de l'Ordre était purement secret, et il était très important de rester prudent face à cela, surtout en public, là où l'ennemi pouvait facilement ce dissimulé parmi les bons.

C'est donc au volant de la bonne vieille Citroën 2 CV rouge pompier, une petite voiture aux allures semblables à la beatle si populaire, mais avec beaucoup plus de charme selon la jeune sorcière, que Grand-Mère Sissi reprit le chemin, cette fois accompagné de sa petite fille préférée.

C'était un peu moins de trois heures de route de la gare à la maison, ce qui passa d'ailleurs beaucoup trop rapidement au goût de la jeune fille. En effet, elle adorait la petite voiture rouge, et encore plus le magnifique paysage qui se défilait autour d'elle. Le véhicule avait appartenu à Grand-Père Lester durant maintes années, et dût à ses grands talents en mécanique, un don plutôt rare pour un sorcier, la petite voiture avait tenu la route mieux que jamais, même après de longues années depuis son décès.

À mesure qu'elles s'éloignaient de Londres vers le comté de Dorset situé au sud-ouest de l'Angleterre, une petite neige fine tombait sur le pare-brise, obligeant à la grand-mère de ralentir légèrement la cadence, préférant y aller avec précaution et non pas avec précipitation.

Certes, il aurait été également plus rapide d'utiliser un Portoloin, mais la vieille femme savait que sa petite fille appréciait grandement prendre la route avec elle dans la mignonne petite bagnole, zigzaguant entre les collines de Blackmore Bale, admirant les paysages riches en végétation, rêvassant nostalgiquement des merveilleux moments qu'elle avait passés au cours de sa vie dans cet endroit paisible et charmeur, des moments qui avaient passé si vite.

« Et comment va Estelle? », questionna Amélia.

« Elle va beaucoup mieux, son dos lui fait beaucoup moins mal. », assura Grand-Mère Sissi.

En effet, elle avait pris la route la veille en début après-midi, arrivant à l'heure du dîner chez sa sœur Estelle, qui vivait en plein cœur de Londres avec son mari et ses onze chats. Chaque année, lorsqu'elle allait chercher sa petite fille à la gare, la vieille femme préférait partir la veille, et ainsi en profiter pour rendre visite à l'une de ses sœurs.

« D'ailleurs, pendant que j'y pense, elle nous a fait des petits biscuits sablés au citron, pour la route du retour. », ajouta la grand-mère en pointant à l'aveuglette une petite canne de métal ronde sur la banquette arrière.

« Oh ouais! », s'exclama Amélia en la prenant dans ses mains, goutant les succulentes pâtisseries de sa grande tante.

Leur maison se dressait en un lieu idyllique et paradisiaque, notamment baptisé le village de Stourton Caundle, situé dans le Comté de Dorset. Depuis sa tendre enfance, du moins la partie tendre au moment de son déménagement avec sa grand-mère, la jeune fille rêvait de partir en excursion, visité chaque coin et chaque angle de Dorset, et plus encore. Il lui arrivait même parfois de rêver secrètement de simplement prendre l'avion, cet étrange engin que les Moldus avaient tendance à utiliser fréquemment lors d'un voyage quelconque, et d'aller visiter le monde. Aller en Égypte, peut-être, ou pourquoi pas l'Alaska. Peu lui importait l'endroit. Elle voulait simplement se sentir normale pour une journée, vivre parmi les Moldus, passés inaperçus, visitant le monde, les cultures, goûter à de nouvelles choses, vivre de nouvelles aventures. Certes, ce rêve secret irréaliste n'était probablement qu'éphémère, car la jeune sorcière savait pertinemment qu'elle appartenait à ce monde, au monde des sorciers. Elle savait qu'on fond, c'était naïf de croire qu'aller ailleurs, que vivre différemment serait pour le mieux. Elle savait qu'elle finirait par s'ennuyer, par se lasser. Elle savait que ses racines étaient trop profondément ancrées dans les terres vastes et pures des sorciers. Pure. Un mot si court, un mot si… puissant. Mais qu'est-ce qu'était réellement la pureté?

« On arrive dans quelques minutes! »

La voix de Grand-Mère Sissi fit sursauter légèrement la jeune fille, désormais de retour à la réalité, loin de ses pensées sombres et imagées à la fois.

« Oh! », s'exclama Amélia, apercevant sa maison au bout du long chemin étroit privé qui les menait à leur demeure.

Grand-Mère Sissi se stationna avec soin sur le côté de la maison et aida la jeune fille à sortir sa lourde valise qui était méticuleusement installée dans le siège arrière de la voiturette.

« Je suis si heureuse d'être à la maison! », s'exclama fougueusement la jeune sorcière en fonçant au pas de course vers un très haut banc de neige qui se situait de l'autre côté de la maison. C'est avec un manque considérable de gracieuseté qu'elle bondit hardiment dans la petite montagne de neige, se laissant rouler jusqu'en bas de la petite bute, geste digne d'un enfant de cinq ans.

« Viens à l'intérieur te réchauffer! Je vais mettre une bouilloire sur le feu, nous préparer un bon thé. »

« J'arrive dans une minute! », répondit Amélia en se remettant sur ses deux pieds, maintenant partiellement recouverte de neige.

Pourtant, avant d'entrer dans sa magnifique demeure en brique ancienne et à la toiture de chaume, la jeune fille admira une dernière fois le magnifique paysage qui s'affichait devant elle.

« Wow. », murmura Amélia avant de faire tranquillement demi-tour, entrant dans sa maison.

Le lendemain matin, le soleil brillait sur les admirables collines blanches. C'était si bon d'avoir dormi dans son grand lit douillet. En descendant à la cuisine, elle retrouva Grand-Mère Sissi qui préparait des gaufres, son petit-déjeuner favori.

« Mmmmm… Ç'a a l'air délicieux! », complimenta Amélia en s'approchant de sa grand-mère.

« Oh! Bon matin, jeune perle! Tu as bien dormi? »

« Très bien! Et toi? »

« Très bien également! Je suis heureuse que tu sois de retour. La maison est bien vide… Surtout depuis que Milo… Enfin… »

La vieille femme baissa la tête en soupirant. En effet, lors de l'accident dans le bois, Grand-Mère Sissi avait non seulement été gravement blessée, mais elle avait également perdu son chien, celui qui lui rendait compagnie tous les jours.

« Enfin… Ne parlons pas de cela maintenant! C'est une belle journée qui commence. Mieux vaut ne pas la ruiner en s'apitoyant sur le sort de Milo. C'était un bon chien, un chien merveilleux. Il a vécu une belle vie avec nous. C'est bien sûr malheureux qu'il nous ait quittés si tôt, mais il est au paradis maintenant, loin des soucis et de la souffrance qu'il a vécue lors de sa dernière journée sur terre. »

Amélia acquiesça en gardant le silence. Puis, les deux femmes s'installèrent à la table à manger et dégustèrent le somptueux déjeuner en discutant jovialement.

« Margaret va venir faire un petit tour cette après-midi, prendre le thé. »

Margaret était l'autre sœur de la grand-mère d'Amélia. C'était une femme assez extravagante et à la carrure bien ronde. Elle adorait les potins, et se faisait un plaisir fou à les énumérer à Grand-Mère Sissi à chaque fois qu'elle venait à la maison prendre le thé.

« Chouette! Oh, dit Grand-Mère Sissi, j'avais l'intention d'aller faire un tour sur les collines aujourd'hui… Tu ne saurais pas où sont les vieilles raquettes de Grand-Père par hasard? »

La grand-mère afficha un sourire radieux.

« Ah! C'est une bien bonne idée ça! Mais je préférerais que tu n'ailles pas dans la forêt... »

« Mais Grand-Mère… Je promets que n'irait pas plus loin que la clairière… »

« Hmmm… Bon… C'est d'accord… C'est vrai que la clairière n'est pas bien loin, jamais il n'y a eu de danger par ce côté. Et les raquettes ne doivent pas être bien loin… Mmmmm… Laisse-moi quelques minutes, je t'apporte cela! »

En se levant, elle ramassa les assiettes désormais vides sur la table et les mis dans le lavabo. Elle sortit sa baguette de sa robe de chambre fleurie et la pointa sur la vaisselle sale. Les assiettes s'élevèrent dans les airs et une brosse ronde se mit automatiquement à astiquer chaque recoin de la vaisselle.

Elle réapparut dans la salle à manger quelques minutes plus tard, tenant dans ses mains une paire de raquettes à neige typiquement amérindienne. Amélia afficha un sourire.

« Merci! Je vais aller m'habiller! »

En passant à côté de sa grand-mère, Amélia déposa un bec sur sa joue en prenant les grandes raquettes dans ses mains.

La jeune sorcière s'habilla chaudement pour son excursion. Elle enfila une paire de combines en dessous de ses pantalons de neige et porta un des chandails de laine que Grand-Mère lui avait tricoté maintes années plus tôt.

En sortant dehors, un vent glacial amena la jeune fille à resserrer son écharpe et enfiler sa capuche en fourrure sur le dessus de sa tête. Par la suite, elle s'installa sur l'un des bancs de neige à côté de la maison et mis les raquettes dans ses bottes mocassins avec une doublure en laine de mouton.

« Il y a beaucoup de neige, cette année… », murmura Amélia pour elle-même en se redressant.

Les premiers pas en présence des raquettes furent à peu près semblables toutes les premières journées de neiges chaque année : chancelant et incertain. Mais, après quelques minutes, elle s'y réhabitua, comme à chaque fois, et pu marcher aisément jusqu'à la première colline en sifflotant une mélodie festive.

En arrivant au sommet de la colline, elle s'arrêta, contemplant le paysage paradisiaque qui se révélait à elle. La journée était belle, le soleil brillant, ses reflets frappant sur la neige qui avait désormais l'aspect de milliers de cristaux argentés. La forêt paraissait étonnamment dense et donnait l'impression qu'elle était… féerique.

Alors qu'elle reprenait le pas en direction du boisé, Amélia sortit sa baguette magique, qu'elle avait précautionneusement enfouie dans la manche gauche de son manteau, et formula un des sorts qu'elle avait tendance à beaucoup utiliser lors des journées froides. Au-dessus des paumes de ses mains se forma alors une jolie flamme qui la réchauffa presque instantanément.

Heureusement, en entrant officiellement dans la forêt, les arbres et les sapins la protégeaient du vent et elle put desserrer un peu son écharpe. Un silence quasi parfait régnait dans le boisé, ce qui était particulièrement reposant aux oreilles de la jeune sorcière.

Au bout d'une quinzaine de minutes seulement, elle arriva à une magnifique clairière. Certes, le paysage était beaucoup plus joli en été, mais Amélia y trouva malgré tout beaucoup de charme même en hiver. C'était à cet endroit précis qu'elle pique-niquait avec Grand-Mère Sissi, lors des belles journées de printemps, lorsque les bourgeons se changeaient en magnifiques fleurs sauvages aux couleurs vives.

Elle s'installa sur un tronc d'arbre qui avait péri dans une tempête, là où le vent avait été particulièrement ravageur, et ferma les yeux quelques instants, appréciant chaque bouffé d'air frais qu'il emplissait ses poumons.

Puis, elle entendit un bruit curieux. Aussitôt, elle ouvrit les yeux et mis la main sur sa baguette magique, sur ces gardes. Intérieurement, elle n'était pas vraiment inquiète. Elle savait qu'il n'y avait rien à craindre dans cette partie de la forêt. Elle était beaucoup trop proche des prés, aucune bête dangereuse n'airait dans les coins. Elle repensa à l'attaque qu'avait subie sa grand-mère, mais se rappela qu'elle était beaucoup plus loin dans la forêt qu'Amélia l'était à l'instant.

Elle se leva tranquillement, tentant de faire le moins de bruit possible, les oreilles aux aguets. Elle resta immobile une minute ou deux, regardant de tout côté, la baguette pointée vers l'avant, puis, se dirigea vers les bois de nouveau, cette fois en direction de la maison. Elle n'avait pas réellement peur, certes, mais elle se disait qu'elle avait profité suffisamment de sa tranquillité et qu'il était temps qu'elle retourne voir chez elle, voir sa grand-mère.

Seulement, au moment où elle quitta la clairière, elle entendit de nouveau le mystérieux bruit. Cette fois, elle le perçut plus précisément comme était un faible hurlement. Elle en fut immédiatement alarmée, non pas pour sa vie, mais pour celle de la petite créature qui semblait en péril. Le hurlement se fit plus insistant à mesure qu'elle s'approcha d'un grand mélèze qui se dressait vers sa droite. Elle constata qu'il semblait y avoir un trou, comme si quelque chose avait voulu creuser une tanière, mais ne l'avait jamais achevé. En s'approchant avec lenteur, la jeune fille réussit alors à percevoir une petite boule de fourrure blanche comme la neige qui s'était cachée dans le trou. La petite créature l'observait de ces petits yeux ambrés, la peur se lisant sur son visage.

Amélia plaqua une main sur sa bouche, observant ce qui se révélait en fait à être un pauvre petit louveteau qui semblait apeuré, les oreilles désormais cramper vers l'arrière. Elle regarda aussitôt dans les environs, à la recherche de ce qui devrait être la mère du petit canidé. Elle ne vit rien dans les parages, ce qui l'amena à s'approcher davantage.

« Où es ta maman, petit loup? », murmura alors Amélia en se penchant précautionneusement.

Le louveteau gémit subtilement, mais ne fit aucun mouvement de recul.

« Ne t'en fais pas, petit coco… Je vais t'aider si tu me laisses faire. »

De nouveau, une petite complainte sortit de sa bouche, mais cette fois, il s'était redressé légèrement.

« Tu n'es pas blessé, hein? », questionna Amélia.

Le louveteau demeura silencieux, l'observa de ses grands yeux pâles. La jeune sorcière s'agenouilla auprès du petit loup lorsqu'elle fut suffisamment près puis lentement, elle approcha sa main de l'animal. Après tout, ce n'est qu'un petit bébé, se disait-elle intérieurement. Le louveteau approcha alors son museau afin de renifler la mitaine d'Amélia, la curiosité vainquant définitivement la peur. Pendant un moment, il sembla analyser la jeune fille, puis, ses oreilles se redressèrent sur sa tête. Amélia lui sourit alors et lui gratta l'arrière des oreilles avec délicatesse. Le petit animal sembla apprécier, crampant sa tête sur le côté, fermant ses yeux de moitié.

« Tu as faim, ou soif peut-être? », questionna de nouveau la sorcière.

L'animal redressa sa tête davantage et tenta de se lever. Ce n'est qu'à ce moment qu'Amélia réalisait à quel point il était petit. Et maigre.

« Bon sang, je ne peux pas te laisser ici… », chuchota Amélia au louveteau en affichant un air inquiet.

Elle marqua une courte pause, hésitante.

« Bon. Je… Tu… Tu dois me faire confiance, d'accord? »

Sur ce, elle approcha ce deux mains de l'animal sauvage et le souleva. Curieusement, le louveteau ne laissa sortir aucun son indiquant une complainte ou un refus. Soulagée, Amélia le pressa contre son corps, entourant ses bras atour de la petite bête et reprit le chemin.

« Ne t'inquiète pas, je vais t'emmener en sureté. Il y aura de la nourriture, quelque chose à boire et un petit coin douillet. », réconforta la jeune sorcière.

Elle ne savait pas si c'était le son de sa voix, ou le simple fait qu'il y avait désormais du mouvement autour de lui, mais le louveteau semblait se détendre à chaque instant. Lorsqu'elle sortit enfin de la forêt, ce qui lui parut pour la première fois comme une éternité, elle s'avança à grands pas vers la colline. Puis, elle s'arrêta brusquement. Oh. Petit problème. Qu'est-ce que Grand-Mère Sissi allait penser de tout ça?

Puis, elle prit une grande inspiration qui lui glaça la trachée, et reprit le chemin, la tête haute.

« De toute façon, il n'est pas question que je le laisse mourir de faim. », se justifia la jeune sorcière pour elle-même dans le but de se donner un peu de courage et de bons arguments.

« Non, je ne pouvais vraiment pas le laisser. »

.oOoOo.

Enfin, j'ai finalement posté un nouveau chapitre! Et heureusement, la suite viendra beaucoup plus rapidement parce qu'elle est déjà presque toute écrite! :)

J'espère que vous avez aimé et que vous êtes curieux et curieuses de la suite! Moi je le suis! À très bientôt mes lecteurs favoris!

xoxo