L'air était glacial, ce soir-là. Les élèves revêtaient leurs longues capes noires ainsi que leurs écharpes représentant les couleurs de leurs maisons. Certains portaient leurs gants en peau de dragons, même à l'intérieur du château.

Ce soir-là, l'hiver était présent sous tous ses angles.

« Vous avez des nouvelles ? », questionna la sorcière qui se tenait debout dans le bureau sombre et désagréablement humide du maître des potions.

Le professeur Snape avait la tête penchée sur son pupitre, les mains enfouies dans ses cheveux noirs.

« Aucune qui ne veuille la peine d'être partagée. »

La vieille femme baissa la tête à son tour, le visage délibérément chagriné.

« Je vais poursuivre les recherches, Miss Van Droski. », ajouta le maître des potions.

Lentement, elle se dirigea vers la porte au fond du bureau.

« Je suis exténuée. Je dois reprendre le train dès ce soir, professeur. »

Il se leva brusquement de son fauteuil et s'approcha de la vieille dame d'un pas décidé, mais avant de pouvoir répondre quoi que ce soit, la sorcière avait repris la parole.

« Vous avez l'air épuisé également, professeur. Vous feriez mieux de dormir. »

« Le sommeil n'a jamais été une grande nécessité pour mon bien-être. »

Miss Van Droski hocha la tête, ses yeux pairs se refermant sous la pression de ses paupières lourdes.

« Tout le monde a besoin de dormir. »

Sur ces paroles, elle quitta le bureau et laissa la porte du bureau du professeur Snape grande ouverte, ses pas résonnant dans les cachots du château, résonnant dans la tête du maître des potions.

« Dans ce cas, je n'y arrive plus. », murmura-t-il pour lui-même.

Chapitre 38 : Jour 17 – Miss Van Droski

Dimanche le 24 mai 1936

« Tu es presque prête? »

« J'en ai pour une minute! »

La semaine avait été particulièrement stressante et longue. Après un petit-déjeuner en compagnie d'Azena ainsi qu'une grande amie de cette dernière, Vivienne, la sœur d'Abbigail, la dame qui travaillait pour les Van Droski, Amélia avait eu l'heureuse nouvelle qui l'avait maintenu dans l'impatience durant toute la semaine. Ainsi, en ce dimanche 24 mai 1936, elle avait réussi à dénicher un premier entretien avec Céleste Van Droski grâce à Vivienne. Cela ne signifiait pas qu'elle allait être embauchée, loin de la chose. Mais c'était déjà un bon début.

« Alors? J'ai l'air de quoi? »

La jeune sorcière se tenait devant Azena, tournant sur elle-même afin d'être examiné de tout côté.

« Hmm… Parfaite! », répliqua Azena en tapant dans ses mains, comblée.

Amélia lui rendit un sourire radieux, touchant de ses mains le tissu de coton rosé de sa jolie robe lui arrivant aux genoux.

« Tu es géniale de me l'avoir procuré! »

« Ah tu sais, il est important d'avoir des connexions! Madame Hopkin, celle qui a fait cette robe, avait eu besoin d'un service, un jour. Elle m'avait promis qu'elle m'aiderait lorsque le temps viendrait. Eh voilà! »

« Elle est jolie la robe, en plus. Confortable aussi. »

« Ah mais c'est du coton de première classe, ma chère! Après tout, tu ne t'apprêtes pas à rencontrer le boucher du petit marché au coin de la rue. Oh non non madame! Les Van Droski! Tu dois faire bonne impression. »

Le sourire d'Amélia disparu totalement de son visage d'ange, sentant soudainement la pression de sa nervosité gagner contre sa joie.

« Et si ça n'allait pas bien… »

« Ne pense pas à cela ma petite! Hors de question! C'est totalement inutile de perdre son temps dans la négativité! Je ne veux pas de cela dans ma maison! C'est clair? », ordonna-t-elle en la pointant du doigt alors que son autre main reposait sur une de ses hanches. Pendant un instant, Amélia songea à Mrs. Weasley et ne put s'empêcher de constater à quel point ces deux femmes étaient similaires, surtout à cet instant.

Puis, elle baissa la tête, comme si elle ne pouvait plus supporter ce moment étrange et déstabilisant, avant de répondre :

« Très clair… »

« Parfait! », s'exclama Azena en laissant sa main tomber le long de son corps rond. « Maintenant, tiens-toi droite. »

Ce que la jeune sorcière fit sans riposter.

« Aghhrr… Tu as l'air d'une petite ogresse comme ça! Recule tes épaules! »

Amélia la dévisagea un moment. Moi, une ogresse? Très encourageant.

« Ahh voilà! Parfait, ne bouge plus. »

« C'est… inconfortable… », se plaignit Amélia.

« Tssst tssst qu'ai-je dit à propos de la négativité? »

« C'est bon, j'ai compris. », rétorqua Amélia avec une moue ennuyée.

« Bon… Pratiquons-nous de nouveau. », commença Azena.

Amélia acquiesça de la tête, se raclant la gorge.

« Je m'appelle Amélia Howard (elle dut retenir une mou de parfait dégoût face à l'utilisation du nom de famille à son cher père, mais avait cru que ce serait plus prudent ainsi), je réside à Londres sur la 15e avenue. J'ai suivi bon nombre de cours de coutures et… »

« Tu oublies quelque chose », interrompit Azena.

Amélia hésita.

« Vraiment? Personne ne me croira si je dis que j'ai 21 ans! »

« Seulement, ils vont te le demander! »

« Mais… »

« Pas de, mais! », rétorqua Azena. « Si tu dis que tu as seulement 18 ans, il y a des chances que ta candidature soit rejetée! Si tu dis que tu as 21 ans, ils… »

« Ils vont croire que je suis une menteuse! »

Azena leva les yeux au ciel.

« Tu la veux, cet emploi, ou pas? »

« Je la veux! »

« Alors fais ce que Vivienne et moi te disons! »

Amélia baissa la tête, vaincue.

« Je suis parfaitement consciente que c'est une période stressante pour toi, mais tu n'as aucune raison d'être rejeté si tu suis notre plan à la lettre. », assura Azena. « Bon! Alors la suite? »

« Je dois partir je ne veux pas être en retard! Et puis nous avons déjà pratiqué mille fois! »

« Alors rappelle-moi vite vite qui tu es. »

Amélia soupira.

« Amélia Howard, 21 ans, Crackmol. », résuma rapidement la jeune sorcière.

Azena se laissa choir sur le fauteuil, satisfaite.

« Pourquoi dois-je faire croire que je suis une Crackmol… Je n'aime pas ça… Je me sens stupide. »

« Parce que de un, tu n'as pas de baguette. Si tu dis que tu es une sorcière, ils voudront l'examiner. Et de deux, parce que les grandes familles riches préfèrent savoir qu'ils peuvent facilement dominer leurs employés sans devoir faire face à la résistance. Une Crackmol, c'est l'idéal. Tu es au courant de la sorcellerie, mais tu es incapable d'en faire usage. Ils n'auront rien à te cacher, et toi, tu vas être laissé en paix. »

« Je sais, je sais… »

La jeune fille se dirigea vers la porte.

« Tu as apporté une pomme, pour le chemin? », questionna Azena.

« Deux. »

Ensemble, elles échangèrent un sourire, restant immobile un moment.

« Parfait! », s'exclama alors la plus vieille des deux sorcières en se levant.

Elle s'approcha de la jeune fille et embrassa chacune de ses joues avant de la serrer très fort dans ses bras.

« Tu seras parfaite. »

Amélia la remercia de son aide et sortit à l'extérieur de la petite maisonnée, prenant le chemin à pied vers le premier arrêt d'autobus. Elle attendit à la station une dizaine de minutes, respirant l'air frais qui lui fouettait le visage. Ainsi vêtue et coiffée, elle avait désormais l'air d'une jeune femme dans les années 30. C'était rassurant de ne plus être l'étrange créature venue de nulle part.

Au loin, elle pouvait désormais discerner le grand autobus rouge flamboyant se diriger vers l'arrêt. À côté d'elle, un monsieur dans la trentaine portant un chapeau rond se leva du banc de bois, prêt à entrer dans le véhicule. Il tenait dans une main une mallette en cuir et la jeune sorcière remarqua une tige de bois qui ressortait subtilement de la pochette avant. Un sorcier, songea aussitôt Amélia en fixant la baguette magique de l'homme. Elle trouva curieux qu'il optait pour un transport Moldu, mais sortit de ses pensées lorsqu'elle réalisait que le chauffeur l'observait d'un air impatient.

Une fois dans l'autobus, Amélia s'installa au deuxième étage dans l'un des bancs avant. Il n'y avait pas beaucoup de gens dans le bus, encore moins au deuxième étage. Alors que le véhicule rouge reprenait le chemin, la jeune sorcière ne put s'empêcher de penser à la dernière fois où elle avait embarqué dans un bus. Elle se remémora la soirée dans le Magicobus avec le professeur Snape, alors qu'ils se dirigeaient à l'hôpital Ste Mangouste pour aller voir Grand-Mère Sissi lors de son grave accident.

Elle secoua aussitôt la tête, refusant de se résoudre à des moments aussi difficiles que celui-là. C'était étrange. Elle avait l'impression que c'était hier, alors que ça faisait déjà plusieurs mois.

Une douzaine de minutes plus tard, l'autobus la déposa en haut de la côte zigzagante et elle dut marcher seulement trois minutes pour se rendre aux barrières de la grande demeure.

Pendant un moment, elle hésita, restant parfaitement immobile devant la clôture de fer, puis sursauta violemment lorsque l'emblème d'un serpent de fer ouvrit sa gueule afin de prononcer ces mots : Nommez-vous.

Lors de sa rencontre avec Vivienne, cette dernière l'avait averti que pour entrer, on devait d'abord passer par le serpent de fer.

« Je m'appelle Amélia Howard. J'ai un entretien avec la famille Van Droski. », répondit la jeune sorcière, tentant de donner de l'assurance dans sa voix.

Le serpent approcha sa tête de fer du visage d'Amélia, ses petits yeux en fentes dévisageant la pauvre victime.

« Trèèèèès bien. Ssssssi vous voulez entrer, vous devrez d'abord répondre à mes énigmes. J'en nommerai trois. Sssssssi vous en manquez une, vous retournerez chez vous et ne reviendrez jamais. »

Amélia sentit sa gorge se serrer. Si j'étais réellement douée dans les énigmes, ont m'aurait placé à Serdaigle, songea-t-elle.

« Abruti de serpent! Bouge-toi de là! »

Amélia sursauta encore plus brutalement que lorsque le serpent avait parlé pour la première fois. De l'autre côté de la barrière se tenait une femme d'une beauté éternelle, ses magnifiques cheveux dorés gracieusement remontés à l'aide d'une broche d'argent. Son accoutrement était tout aussi sophistiqué, allant de la tête aux pieds.

Le serpent recula rapidement la tête, reprenant sa forme métallique et immobile à travers les barreaux de fer. La porte s'ouvrit dans un léger fracas, mais Amélia resta paralysée sur place.

« Je n'ai jamais aimé les serpents... », grogna la femme. Puis en observant la jeune fille d'un air ennuyé ajouta : « Alors? Vous voulez entrer où préférez commencer l'entretien ici même? », ajouta l'élégante sorcière en faisant signe à Amélia de s'approcher.

Amélia resta parfaitement silencieuse, s'approchant avec une nervosité apparente, les mains croisées dans son dos. Elle sentait le regard de la dame sur elle et se força à lever la tête haute, telle une jeune femme en confiance, bien qu'elle avait démontré le contraire quelques secondes plus tôt.

« Miss Howard, c'est cela? », questionna la femme, et Amélia distingua clairement un accent français dans sa voix.

« Oui, Madame. »

La femme éclata d'un rire calculé.

« Ne m'appelez surtout pas ainsi, ça me donne l'impression d'avoir quarante ans! »

« Pardon… », s'excusa Amélia, mordillant sa lèvre inférieure.

La femme observa minutieusement Amélia un moment, les yeux légèrement plissés. Puis, elle avança sa main vers la jeune sorcière.

« Je me nomme Céleste. », révéla-t-elle d'un ton fier.

Amélia serra la main qu'elle lui avait offerte, réalisant qu'elle venait tout juste de rencontrer son arrière-grand-mère.

« Entrons. », ordonna Céleste en faisant volte-face, se dirigeant vers ce qui ressemblait assez légitimement à un château.

Amélia la suivit de près, frottant subtilement ses mains qui étaient devenues moites lorsqu'elle avait eu un contact avec Céleste contre le pan de sa robe.

« Vous êtes venu ici à pied? », questionna Céleste d'un air surprit.

« En autobus, Miss Van Droski. J'ai seulement eu à marcher quelques minutes. »

Un des sourcils de la dame se leva très haut dans son front alors qu'elle faisait volte-face.

« Qu'est-ce que qui vous fait croire que je suis bel et bien une Van Droski? », questionna-t-elle sur la défensive.

Sentant qu'elle venait d'entrer dans une zone de danger, Amélia tenta de réparer son erreur.

« J'ai cru entendre que la femme de Monsieur Van Droski était française. Et si je me fie à votre accent et à la magnifique bague que vous portez à votre annulaire, vous semblez très bien coordonner à la description. »

Au moment où ses paroles furent dites, Amélia regretta d'avoir même prononcé un seul mot depuis leur rencontre. Mais la réponse de Céleste la surprit davantage.

« Vous semblez plutôt brillante pour une si jeune femme. Quel âge avez-vous? »

« 21 ans, Miss Van Droski. »

Cette dernière parut surprise et jeta un rapide coup d'œil à Amélia, mais ne s'opposa pas.

Reprenant la marche, cette fois gardant une plus grande distance avec Céleste, Amélia en profita pour jeter un coup d'œil plus avenant autour d'elle. Elles venaient de passer un magnifique jardin fleuri, tailler à la perfection, ce qui amena à la jeune fille de raisonné qu'il devait forcément y avoir un jardinier pour que tout soit aussi parfait.

Arrivant finalement au balcon chargé de grandes colonnes ioniques supportant une mezzanine à l'étage au-dessus, Amélia monta les quelques escaliers qui menaient vers les portes doubles d'entrée.

« Vous êtes une sorcière? », questionna alors Céleste en se retournant face à la jeune fille.

Amélia hésita.

« Je… suis une Crackmol, Miss. », répliqua-t-elle honteusement.

Céleste leva la tête en fronçant les sourcils, semblant légèrement déçu.

« Vraiment? C'est très désolant, et je dois l'admettre, je n'aurais pas pensé cela de vous… Mais ça l'explique tout de même pourquoi le serpent à communiquer avec vous. »

Amélia hésita un moment.

« Je… Je ne suis pas certaine de comprendre, Miss Van Droski. »

Céleste éclata de rire.

« Mais voyons, Miss Howard! Vous ne croyez tout de même pas que le serpent s'activerait devant des Moldus? Vous sembliez déjà suffisamment surprise pour une femme faisant partie du monde sorcier, imaginez une personne ne faisant pas partie de notre monde? »

Amélia saisit aussitôt la logique dans son raisonnement et se sentit stupide de ne pas l'avoir réalisé plus tôt.

« Oui, je comprends parfaitement, Miss Van Droski. »

Céleste analysa la jeune fille une dernière fois.

« Si nous commencions l'entretien, voulez-vous bien? », débuta-t-elle alors que l'une des grandes portes majestueuses s'ouvrit d'elle-même.

Amélia acquiesça de la tête.

« J'en serais ravie. »

.oOoOo.

Youpi! Amélia a rencontré son arrière-grand-mère! Qui rencontrera-t-elle ensuite? Hihihi j'ai hâte que vous lisiez la suite! :)

xoxo