Chapitre 39 : Jour 18 - Dimitri

Lundi le 25 mai 1936

Étendue sur le vieux divan moelleux d'Azena, les yeux fixant le plafond, Amélia ne pouvait s'empêcher de repenser à son incroyable journée dans le Nord de Londres. Malgré la fatigue qui s'emparait d'elle, malgré ses lourdes paupières qui ne cessaient de se refermer, combattant le sommeil, malgré le fait qu'il était désormais plus de trois heures du matin, les quelques heures plus tôt ne cessaient de tournoyer dans sa tête.

« Nous pourrons discuter tranquillement dans le salon de thé, si vous voulez bien me suivre. », résonna la voix de Céleste dans sa tête.

La petite sorcière ne s'était pas obstinée et avait pris le même chemin que Céleste vers l'aile ouest de l'étonnante résidence. Tout était incroyablement modeste et chic. Chaque objet était placé à un endroit précis, rendant menaçant l'idée de toucher quoi que ce soit qui pourrait déranger la conformité de la demeure. En réalité, il n'y avait pas de mot pour décrire la sublimité du manoir des Van Droski. Plus important encore, Amélia avait connu cet endroit. Elle y était déjà venue, seulement, c'était pour des raisons bien différentes, à l'époque. Elle songea au premier voyage dans le temps qu'elle avait fait en portant la bague et eu de la difficulté à constater à quel point elle trouvait la situation totalement alarmante en y assistant de nouveau, cette fois pleinement.

Céleste marchait avec une grâce inouïe, ce qui devait avoir le don de rendre toutes les femmes particulièrement folles de jalousies, songea la jeune sorcière. La lumière de l'aube reflétait dans ses magnifiques cheveux blonds soyeux attachés vers l'arrière, ce qui mettait davantage d'emphase sur les boucles d'oreilles d'émeraudes. Amélia se demanda comment pouvait-elle faire partie d'une famille avec autant de classe alors qu'elle se trouvait si banale.

« Alors… », commença Céleste en s'installant gracieusement sur un fauteuil de chintz rose.

Elles venaient d'entrer dans l'énorme salon, encore une fois dépassant les exigences de la jeune sorcière.

« Non pas que je souhaite être indiscrète, mais qu'elle âge avez-vous? », ajouta Céleste.

Amélia hésita un moment, s'installant sur le fauteuil en face de Miss Van Droski qui lui proposait de s'asseoir suite à un bref signe de la main, et voyant que son incertitude était un signe de faiblesse, débuta aussitôt d'un ton qui se voulait assuré :

« 21 ans, Miss Van Droski. »

Céleste la dévisagea, un sourire en coin de lèvres.

« D'accord… Maintenant, dites-moi votre vrai âge, je vous prie. »

Amélia baissa la tête, honteuse.

« 18 ans, Miss. »

Céleste haussa la tête, un air satisfait arborant son visage rayonnant.

« Pourquoi mentir sur votre âge, Miss… Howard c'est cela? »

« Je… », débuta Amélia, mais ne sachant quelle raison valable lui donner, ajouta platement : « Je suis désolée. »

Céleste se leva brusquement.

« Ne vous excusez pas! Dites la vérité, et vous n'aurez jamais à vous excuser. »

« Oui, Miss Van Droski. »

« Alors… Avez-vous déjà travaillé dans le domaine d'entretien ménager auparavant? », débuta-t-elle de nouveau, cette fois tournoyant dans le salon, replaçant ci et là une bougie ou un magnifique vase dans les teintes de bleu qui devait valoir une fortune.

« Non, Miss Van… »

« Cessez de m'appeler ainsi, je vous prie. », s'impatienta Céleste en levant la main. « On m'appelle ainsi si souvent que ça va finir par me rendre complètement folle! »

Amélia resta parfaitement muette, ne sachant pas quoi répondre à cela.

« Alors… Vous voulez travailler pour moi, mais vous n'avez jamais été servante auparavant, c'est bien cela? »

Amélia fronça des sourcils.

« Oui. Pour ma défense, je suis persuadée que j'apprendrai rapidement si l'on m'entraine adéquatement. Il y a un début à tout. »

Céleste observa la jeune un moment et pour la première fois depuis leur rencontre, baissa la tête pour l'observer de tous ses angles.

« Vous avez du culot, jeune demoiselle. »

Amélia se mordit la lèvre. Et voilà, tu as foiré. Bravo tête de nouille.

« Mais je crois vouloir vous laisser une chance. Comme vous l'avez si bien dit, il y a une première fois à toute chose. Et pour votre questionnement concernant votre entrainement, nul besoin de vous inquiéter. Et si vous n'apprenez pas rapidement, c'est que vous êtes une cause perdue. Abbigail est la meilleure, nous saurons rapidement si vous êtes à la hauteur ou pas. »

Le visage de la jeune fille s'éclaira.

« Vous devrez travailler six jours semaines. Le dimanche est la journée de congé. Une chambre est également disponible dans le manoir pour vous accommoder afin que vous soyez disponible en tout temps. Sachez que le salaire hebdomadaire d'une servante dans ce manoir est de 5 Gallions, 11 Mornilles et 24 Noises la semaine. »

Amélia resta passive, bien qu'intérieurement, elle était déçue. Elle devrait travailler six jours semaines pour un si petit salaire. Mais malgré son air d'indifférence, Céleste affirma avec ferveur à quel point la rémunération acquise était favorable.

« Je tiens à préciser que c'est un salaire parfaitement adéquat, vous ne trouverez pas de meilleure aubaine. »

Elle observa la jeune fille minutieusement. En effet, après une réflexion, Amélia estima que son salaire devait être relativement élevé pour les années 30.

« Vous débuterez le matin en conséquence de lorsque nous nous levons. Vous… »

« Attendez… Donc vous voulez réellement que je réside ici même? »

Amélia était déconcertée.

« Enfin, pas ici même. », débuta-t-elle en désignant le salon. « Votre chambre est située au sous-sol. Si nous avons besoin de vous, vous devez être à proximité. »

« Je… C'est que présentement je… »

« Vous pourrez retourner chez vous les dimanches. »

« Je… Je vois… », répondit la jeune sorcière, la déception se lisant dans ses yeux et davantage dans sa voix.

« Il y a un problème Miss Howard? »

« C'est… C'est que je croyais que… », débuta-t-elle d'une voix chancelante.

« Que quoi, Miss Howard? », s'impatienta Céleste, tapant du pied.

Amélia hésita un moment. C'était sa chance, son unique chance…

« Rien, Miss. »

« Vous êtes consciente que c'est l'opportunité d'une vie, jeune demoiselle? Si seulement vous saviez à quel point ce travail est recherché dans cette ville… »

« J'en suis parfaitement consciente. Et je vous remercie de m'offrir cette chance. »

« Parfait. Donc vous pouvez apporter vos effets personnels dès demain. Ce qui vous manque, nous vous le procurerons, n'ayez crainte. Vous serez ici à 9h00. Le retard ne sera pas toléré. »

« Assurément. Je comprends parfaitement. Je serai à l'heure. »

« Bien. Sachez également que vous serez en probation pour la semaine. Vous n'êtes pas officiellement embauchée. Vous aurez besoin de faire vos preuves. »

« Absolument, Miss Va… », mais la jeune fille s'interrompit. « Oui. », reprit-elle d'un bref hochement de tête.

Céleste lui fit un sourire.

« Vous apprendrez vite, je le sens. » Elle marqua une courte pause, toujours en fixant la jeune fille de se yeux marrons. « Je le souhaite. »

Amélia se leva en replaçant plus ou moins subtilement sa jupe, et s'avança d'un pas assuré vers Céleste, tendant le bras.

« Je le souhaite aussi. », rétorqua-t-elle en serrant la main de son arrière-grand-mère.

Et elle ferait tout pour y arriver.

Si seulement j'arrive à dormir… Songea-t-elle, toujours étendue sur le divan, revenant pleinement à la réalité.

Ce n'est que lorsqu'Azena l'a secoua à 7:30 du matin qu'elle réalisa à quel point elle aurait eu besoin de dormir davantage.

« Je t'ai préparé un thé. Viens t'asseoir à la table. », débuta Azena d'un ton solennel.

Amélia se leva et s'étirant les bras, bâillant bruyamment en se faufilant dans la minuscule salle à manger.

En prenant une première gorgée de thé, elle eut du mal à ne pas recracher le tout dans le lavabo juste à côté.

« Bon sang Azena! Tu as mis quoi dans mon thé? »

Azena, qui tentait du mieux qu'elle pouvait de brosser la longue et épaisse chevelure brune de la jeune sorcière hocha la tête.

« Tu es tout empotée. Il est clair que tu n'as pas assez dormi! »

« Non, je t'assure, je me sens bien. »

« Voilà! Je ne veux pas que tu te sentes bien, je veux que tu te sentes parfaite! Maintenant bois. », insista-t-elle.

Amélia haussa des épaules en levant les yeux au ciel, mais ne s'obstina pas et but une longue gorgée du liquide jaunâtre.

« Je vais mettre quoi, aujourd'hui? », questionna alors Amélia.

« J'ai une chemise blanche qui devrait faire l'affaire ainsi qu'une jupe taille haute qui est rendu beaucoup trop petite pour moi. »

« Je peux voir? »

« Bientôt. Bois. », ordonna de nouveau la vieille sorcière.

Il fallut une dizaine de minutes avant que l'énorme tasse se vide, et une minute supplémentaire pour avaler quelques noix, et la jeune sorcière put enfin enfiler ses vêtements.

La jupe était plutôt jolie. Elle lui allait comme un gant et lui donnait même l'impression d'être un peu plus grande. La chemise, par contre, était loin d'être aussi ajustée, mais à force de la tasser en dessous de la jupe, le résultat se jugea beaucoup moins médiocre.

« Pas trop mal… », marmonna la jeune sorcière en se regardant de tout côté en face du grand miroir.

« Très joli. », rectifia Azena en lui serrant les épaules.

Puis, marquant une courte pause, elle observa la jeune sorcière d'un air attrister. Amélia se retourna et la serra dans ses bras, accotant son front sur l'épaule de la vieille sorcière.

« Je n'oublierai jamais ce que tu as fait pour moi. Tu m'as sauvé la vie. »

« Ne parle pas ainsi! La maison va être vide sans toi, aussi petite soit-elle. »

« Je vais venir te visiter. »

« Tu es mieux! Je tiens absolument à te voir les dimanches, jeune demoiselle! »

Amélia lui sourit, véritablement émue. Mais, voyant que les larmes allaient bientôt faire leurs apparitions si elle ne remédiait pas à la situation, Azena s'exclama :

« Maintenant file, mieux vaut arriver à l'avance qu'en retard. »

Ramassant avec elle un sac de papier brun à moitié vide, là où elle avait enfoui le peu d'effets personnels qu'elle possédait, elle se dirigea vers la porte à contrecœur. Azena la serra dans ses bras une dernière fois en lui souhaitant toute la chance du monde dans son nouveau départ. Dans son nouveau commencement.

Lorsqu'elle arriva sur le boulevard, elle observa la vieille maison au look délabrer, collé contre un vieil édifice, et ne put s'empêcher de s'ennuyer déjà. Marchant d'un pas lent, elle se rendit à l'arrêt et dut attendre une dizaine de minutes avant qu'un autobus écarlate et bruyant vienne la récupérer.

Lorsqu'elle arriva finalement devant la grande barrière en fer, elle ne sursauta pas lorsque le serpent refit son apparence.

« Hmm… Première journée, n'esssssst-ce pas? »

Amélia acquiesça brusquement de la tête.

« Oui, vous voulez bien me laisser entrer s'il vous plait? »

Le serpent fit mine d'y penser quelques instants, puis répondit d'une voix sinistre :

« D'abord, vous devrez m'impresssssssssionner. »

Les sourcils froncés, elle posa violemment ses mains sur ses hanches.

« Je n'ai pas de temps à perdre dans vos petits jeux vicieux! Laissez-moi entrer immédiatement. »

« Sssssssi cccccc'est ainsssssi que vous croyez m'impresssssssssionner, jeune demoiselle, vous avez tort plusssss que jamais. »

Amélia tourna sur elle-même, furieuse et plus nerveuse que jamais. Elle marcha le long de la clôture, tenta de trouver une faille à la barrière, mais bien entendu n'en trouva aucune.

Si au moins j'avais ma baguette, il saurait à qui il a affaire ce petit vau rien de…

Puis, elle s'immobilisa, une idée géniale, quoiqu'un peu cinglée, lui traversant l'esprit.

Au pas de course, elle revint sur ses pas, en face du vilain serpent. Se voulant provocante, elle s'approcha lentement, fixant la vipère droit de ses yeux noirs et menaçants, et produisit un horrible sifflement.

« Ssssssae jatehae hssssa.»

L'effet fut immédiat. Le serpent, plus confus que jamais, recula la tête le plus qu'il le pouvait et répondit :

« Fasssssssscinant. Très rare ssssssont les sssssorciers à parler le Fourchelang. »

Ce n'était pas la première fois qu'on lui mentionnait.

« Je ne suis pas un sorcier. Je suis une sorcière. Obéissez-moi, maintenant. »

Aussitôt, le serpent s'inclina vers l'avant.

« Vous avez tout mon ressssssspect, jeune sssssssorcière. »

Amélia leva la tête haute, fière que sa ruse fût utile. Alors que la lourde porte de fer s'ouvrit dans un bruit métallique, la jeune fille se faufila à l'intérieur de l'enceinte du manoir.

Le sourire aux lèvres, elle s'avança d'un pas assurer, riant intérieurement qu'elle ait réussi encore une fois à faire croire qu'elle parlait réellement le Fourchelang. Il ne suffisait à apprendre trois ou quatre mots pour être perçue comme étant l'héritière de Serpentard. Selon l'opinion de la jeune fille, c'était complètement absurde.

Elle se rappela la soirée où elle espionnait son père, Isaack Howard, alors qu'il enseignait fièrement à ses trois grands frères, qui étaient tous des Serpentard, les quelques mots qu'il savait. Obéissez-moi était le premier commandement au serpent. Le deuxième était attaque. Aucun d'entre eux n'avait réussi à transmettre quoi que ce soit de convenable à la petite couleuvre qui semblait plus traumatiser qu'autre chose. Même son propre père n'était pas bien mieux. Le fait qu'il avait obtenu les renseignements sur la langue était incroyable, rares était les sorciers qui avait la chance, si l'on pouvait le déterminer ainsi, d'avoir un manuscrit de la langue.

Pourtant, seule Amélia était secrètement parvenue à ordonner à un serpent d'attaquer, suite à de nombreuses excursions dans la forêt derrière le manoir de ses parents à la recherche de vipères, sans oublier avec beaucoup de patience et de persévérance. Apprendre ne serait-ce que deux mots étaient difficile, car la prononciation était d'une précision ahurissante. Elle ne pouvait imaginer la difficulté d'apprendre le dialecte complet. Elle en serait totalement incapable. Elle songea au directeur de Poudlard, le fastidieux Albus Dumbledore, et à ses nombreux talents, dont celui de communiquer avec les serpents. Il avait dû apprendre, car il ne possédait pas le don de Salazar Serpentard. C'était fascinant, mais surtout particulièrement impressionnant.

À peine relevait-elle la tête qu'une voix venant de sa gauche la fit sursauter violemment.

« Vous lui avez dit quoi, au serpent? »

Figée pendant l'instant d'une seconde, la jeune fille chercha d'où elle avait déjà entendu cette voix masculine, mais délicate à la fois, puis réalisa qu'aucun visage ne s'associait à une telle voix. Hésitante, elle se tourna vers la provenance de la voix qui la troublait tant et se retrouva face à un homme dans la début vingtaine.

Fixant ce qui ne pouvait être qu'un sorcier, la jeune fille sentit son cœur chavirer. Beau n'était pas assez précis pour le décrire. Élégant? Non. Cet homme était la perfection incarnée. Grand et svelte, un visage parfaitement symétrique et masculin tout en ayant quelques traits délicats, comme son nez pointu et ses cheveux blonds qui avait cette vague sur le côté qui charmait toutes les femmes. Si un ange pouvait exister, il n'y avait aucun doute dans l'esprit de la jeune sorcière qu'il aurait pris cette forme exacte.

« Je ne vois de quoi vous voulez parler. », répliqua Amélia en regardant ailleurs, de peur que ses yeux trahissent l'indifférence qu'elle tentait de faire paraître face au sorcier qui l'observait désormais avec un sourire au coin de ses lèvres pleines et rosés.

« Ah vraiment? Alors comment êtes-vous entrée? », questionna-t-il de nouveau en la dévisageant d'un air moqueur.

Amélia n'hésita pas une seconde et répondit la première chose qui lui vint à l'esprit.

« Je lui ai gentiment demandé de me laisser entrer et il la fait. »

Un rire amusé s'échappa instantanément des lèvres du sorcier alors que du revers de sa main il fit mine d'essuyer une larme qui ne vit jamais le jour.

« C'est ça! », répliqua-t-il d'un air sarcastique. « Vous n'êtes pas obligé de me dire la vérité dans ce cas. De toute façon, je sais ce que j'ai vu. Et je suis certain de ce que j'ai entendu. »

La vérité, c'était qu'elle avait dit le premier commandement au serpent, elle lui avait ordonné de lui obéir. Songeant maintenant à son erreur, prenant peur que son secret soit révélé et que son ignorance l'ai mené au stade où il était pratiquement impossible désormais de faire croire à qui que ce soit qu'elle était une Crackmol, Amélia accéléra le pas en regardant volontairement ailleurs, mordillant nerveusement sa lèvre inférieure. Aucunement impressionné, le sorcier la rattrapa en quelques pas et se plaça devant elle, lui bloquant le chemin. Toujours cet air moqueur résidant sur son visage radieux, il étira une main vers la jeune fille.

« Je me nomme Dimitri. »

Amélia hésita un moment, mais finit par la lui serrer de toute façon. Lorsque leurs mains entrèrent en contact, la jeune sorcière serra la sienne beaucoup plus fort qu'il aurait été nécessaire, mais le sorcier qui s'était présenté comme étant Dimitri ne fit aucune remarque sur son étreinte.

« Moi c'est Amélia. », répondit la jeune sorcière, remarquant pour la première fois les yeux bleus sombres, presque indigo même, de Dimitri. Mais ce n'était pas la couleur qui les rendait exceptionnels, mais plutôt l'intensité de son regard qui la fit frémir.

« Enchanté, Mademoiselle Amélia. Serait-ce indiscret de vous questionner sur votre présence ici? Vous êtes de la famille, peut-être? »

Amélia hésita. Si, elle était de la famille, mais ça, elle ne pourrait jamais le révéler.

« Je suis la servante. »

Les sourcils dorés de Dimitri s'élevèrent très haut sur son front.

« Ah, je vois. Vous travaillez ici depuis longtemps? »

« C'est ma première journée. », révéla Amélia, fixant la vague parfaite d'une mèche dorée de ses cheveux tirés vers l'arrière de son oreille.

« Oh… Je ferais mieux de vous laisser, dans ce cas. Je ne voudrais pas vous mettre dans le pétrin si vous arrivez en retard par ma faute pour votre première journée. »

« Je suis à l'avance. », répondit maladroitement Amélia.

« Ah! C'est bien pour vous! Céleste déteste les retardataires. », ajouta-t-il en reprenant le pas.

Ne sachant quoi répondre, la jeune sorcière resta muette et marcha auprès de Dimitri pendant quelques instants. Puis, une question lui vint à l'esprit, et Amélia songea comment elle allait la formuler sans paraitre trop indiscrète.

« Et vous, vous faites partie de la famille Van Droski? »

L'homme éclata de rire.

« De sang, non. Mais on peut dire que j'en fais en quelque sorte partie par alliance. »

Amélia acquiesça de la tête en l'observant.

« Ma fiancée est en réalité la nièce de Vladimir Van Droski, l'homme pour qui vous travaillerez dans quelques instants. », justifia-t-il en se penchant vers la jeune sorcière.

À quelques centimètres de son visage seulement, Amélia remarqua le doré qui se mêlait au bleuté de ses yeux, juste autour de son iris. C'était magnifique, sublime même. Soudainement gênez par ce rapprochement, la jeune fille baissa subtilement la tête. D'un côté, elle était rassurée que cet homme si beau et rêveur ne fît pas directement partie de sa famille, non pas qu'elle espérait ne serait-ce qu'une seconde avoir une quelconque chance de fraterniser avec lui, mais elle ne pouvait dénier le fait qu'il était particulièrement charmant. De l'autre, elle était déçue. Comment aurait-elle pu espérer ne serait-ce qu'une seconde qu'un homme aussi séduisant ne soit pas déjà fiancé.

« Ah! Je vois… », répondit alors la sorcière, tentant de masquer la déception dans sa voix, bien qu'elle devait sans aucun doute être présente visuellement. Si ce fut le cas, Dimitri fut particulièrement doué pour dissimuler sa consternation.

Lorsqu'ils arrivèrent au bout du grand jardin, Amélia osa finalement lui demander son aide :

« Je ne suis pas certaine où aller… »

Fixant les nombreuses options de chemins autour de lui, Dimitri passa une main dans ses magnifiques cheveux, visiblement confus à son tour. Amélia se demanda comment c'était possible qu'il y ait des gens aussi beaux, mais surtout à quel point c'était injuste que les gens normaux devaient travailler fort dans la vie pour être admiré alors que pour Dimitri, en un seul coup d'œil avec une minute ou deux de conversation, pouvait charmer n'importe qui.

« Moi non plus… », affirma-t-il en laissant tomber son bras le long de son corps svelte.

Amélia éclata alors de rire à son tour. Songeant pendant une seconde si son amusement était dû à sa réplique ou à sa nervosité, le jeune sorcier éclata de rire à son tour, insinuant que ça devait être un peu des deux.

« C'est ma première fois ici aussi. Je suis arrivé de Russie hier soir. Mais si j'étais toi, j'entrerais par la grande porte. Il y aura certainement quelqu'un à l'intérieur pour te guider. », conseilla finalement Dimitri en se redressant.

« Et toi, tu vas aller où? », demanda Amélia, mourant d'envie de le questionner sur son pays.

« Je vais continuer mon chemin vers la cour arrière. Alessandria m'a dit qu'elle me retrouverait dans le jardin de roses… Je n'ai croisé rien de cela depuis que je suis à l'extérieur et la cour arrière est l'unique endroit où je n'ai pas mis les pieds. »

Amélia acquiesça de la tête, et songea qu'Alessandria devait sans le moindre doute être sa fiancée en question.

« C'est tout à fait logique. »

Dimitri se retourna vers elle, le sourire aux lèvres. Amélia lui échangea se sourire et dût pratiquement se taper dessus afin de détourner son regard de celui du sorcier.

« Je te souhaite une belle première journée. J'ose espérer qu'on se recroise prochainement. »

« Moi aussi. »

Amélia observa Dimitri marcher gracieusement vers une haute haie qui ressemblait davantage à un labyrinthe qu'à un petit jardin romantique, et ne put s'empêcher d'envier une femme qu'elle n'avait jamais rencontrée de sa vie d'avoir un homme aussi gentil et sublime que lui.

Soupirant, elle reprit le pas à son tour, se dirigeant cependant vers le grand balcon menant à ce qui semblait être la porte principale. Pendant un moment, elle s'inquiéta, se demandant quelle heure il était. Sa rencontre inattendue lui avait fait perdre la notion du temps et c'est au pas de course qu'elle parcourut les derniers mètres la séparant de la porte.

Il fallut au moins une minute avant que quelqu'un vînt lui ouvrir. Elle avait même cogné à plusieurs reprises de peur qu'on ne l'ait pas bien entendu.

« Miss Howard? », questionna une grande femme corpulente à la peau de couleur du café.

Amélia devina instantanément qu'il s'agissait d'Abbigail, la cuisinière et la gardienne du manoir. Pratiquement identique à sa sœur, Vivienne, une grande amie à Azena, Amélia répliqua d'un ton sûr d'elle :

« Affirmatif. Abbigail, je présume? »

La dame dans la fin cinquantaine la dévisagea, gonflant ses lèvres de façon indépendante et en accotant un poing sur sa hanche.

« Hmmm. Vous pouvez entrer, demi-portion. »

La femme se tassa lentement du cadrage de la porte et laissa la jeune sorcière s'introduire dans le majestueux Hall d'entrée.

« Avant de commencer, vous devrez vous changer. »

Amélia baissa la tête et examina ses vêtements. Qui avait-il de mal dans son habillement? Se questionna-t-elle.

« Je suis désolée, je n'étais pas consciente que je devais… », commença Amélia.

« Ici, il y a un code vestimentaire à suivre. Vous n'êtes pas la reine d'Angleterre, vous êtes une servante. Suivez-moi, Miss Céleste a laissé des vêtements pour vous sur votre lit. »

Amélia s'avança vers le couloir en face, gardant une bonne distance entre Abbigail et elle.

« Ici, vous devrez travailler fort. », résonna la voix d'Abbigail. « Vous devrez être à la hauteur de vos maîtres, vous devrez... »

« Il y a une raison pour laquelle tu me vouvoies? Après tout, tu l'as dit toi-même, je ne suis pas la reine d'Angleterre. », interrompit Amélia.

Abbigail s'immobilisa et se retourna vers la jeune fille. Un sourcil arqué sur son front, l'autre froncé, elle dévisagea Amélia sans aucune gêne. Puis, réalisant que la jeune fille avait marqué un point, se remit à marcher.

« Si tu veux bien me suivre, je vais te montrer ta chambre. »

Curieuse et même un peu excitée, elle suivit Abbigail par la droite, prenant un escalier qui menait vers le sous-sol. Les sourcils froncés, elle suivit la sorcière jusqu'au bout du couloir, où un rideau rougeâtre était tiré. Amélia se mit à fixer les alentours, soudainement déçus.

« C'est petit, mais tu n'auras pas à passer beaucoup de temps ici de toute façon. »

Fixant la minuscule pièce qui se trouvait au fin fond du couloir obscure, Amélia ne put s'empêcher d'afficher un air désappointé. Dans le coin de la chambre se trouvait un petit lit de fer sur lequel était déposé ce que la jeune fille comprit comme étant son uniforme, comprenant également une table de chevet avec l'unique lampe à huile qui était présente dans la pièce.

« Tu pourras mettre tes choses dans l'armoire, juste là. », ajouta Abbigail en pointait l'armoire antique dans le coin opposé, face au lit.

Marquant une courte pause, la cuisinière reprit :

« Je vais te laisser te changer. Tu pourras venir me rejoindre dans les cuisines lorsque tu auras terminé. Tu n'auras qu'à faire le chemin inverse pour t'y rendre, excepté que tu prendras le couloir à ta gauche. Pour le reste, j'estime que tu sauras t'arranger. »

Amélia resta parfaitement muette.

« Je constate que tu n'es pas bien bavarde. », ajouta Abbigail.

La jeune sorcière baissa la tête, se rappelant le professeur Snape qui aurait tout de suite démenti cette théorie s'il avait été présent. Mais il n'était pas ici.

« Je croyais simplement que j'aurais quelque chose de plus… », commença-t-elle en fixant autour d'elle.

« Plus quoi, jeune fille? Tu es une servante, pas une princesse. »

Abbigail sortit de la chambre et tira le rideau derrière elle, laissant la jeune sorcière dans le peu d'intimités qu'elle avait. Ce n'est que lorsqu'elle entendit la femme corpulente monter les escaliers qu'Amélia se laissa choir sur le lit. Ce lit qui aurait dû être plus confortable.

Décourager, elle se releva et s'avança vers la minuscule fenêtre à carreau. Elle n'aurait su qu'elle était la vue à partir de sa chambre tellement la fenêtre était embuée et sale.

Puis, désirant quitter cette horrible pièce le plus rapidement possible, Amélia enleva ses vêtements et enfila la petite robe de coton noir ainsi que les chaussures qui s'agençaient avec l'ensemble. Amélia chercha le tablier blanc qui aurait normalement dû être placé par-dessus la jupette de la robe, mais n'en trouva aucun. Elle songea pendant un moment à attacher ses longs cheveux, mais ravisa cette idée et les laissa comme ils étaient.

D'un pas rapide, elle refit le chemin inverse et remonta les escaliers en espérant qu'il s'agissait d'un cauchemar. Ignorant les consignes d'Abbigail, Amélia ne prit pas le chemin vers la gauche, mais plutôt vers le grand et majestueux Hall d'entrée. Pendant un moment, elle songea à s'enfuir et ne plus jamais remettre les pieds dans cette énorme demeure. Puis, elle songea à sa famille, à la bague, à Azena, même à Dimitri, le charmant sorcier qu'elle venait à peine de rencontrer, et trouva le courage qui s'était temporairement dissimulé en elle, et poursuivit son chemin, marchant la tête haute.

Ce n'était pas le moment de se dégonfler. Pas maintenant. Jamais.

.oOoOo.

Je suis heureuse de pouvoir enfin vous présentez deux nouveaux personnages qui me trottaient en tête depuis un bon moment déjà. J'espère que vous finirez par les aimer autant que moi.

xoxo