Chapitre 41 : Jour 54 – La voix
Mardi le 30 juin 1936
Un mois. Cela faisait exactement un mois qu'elle travaillait pour les Van Droski. Un mois complet de travail acharné, de dévouement, d'épuisement et de stress. Mais aussi un mois avec sa nouvelle famille.
Ce soir-là, en descendant les escaliers du sous-sol qui menaient à sa petite chambre, Amélia ne prit même pas la peine de retirer son uniforme avant de dormir. Exténuée, elle s'affaissa sur son matelas qui craqua sous le poids et presque instantanément, elle tomba dans un sommeil sans rêves.
Elle faillit se réveiller en retard le lendemain matin. Déboussolée, réalisant à peine qu'elle avait dormi plus de 10 heures, chose qui n'arrivait jamais, la jeune sorcière attacha ses longs cheveux entremêlés et fila vers les escaliers en tentant de défroisser le plus possible le pan de sa robe noire.
« Vous êtes en retard! », s'acharna aussitôt Gustavo.
Naturellement. Cet homme ne ratait jamais rien. Pire que McGonagall celui-là, songea-t-elle.
Entre un bâillement et un étirement de bras, la jeune fille courue vers les cuisines afin d'apporter son support habituel à Abbigail.
En poussant la porte, elle fut aussitôt accueillie de façon désobligeante par la cuisinière.
« Tu es en retard! », critiqua-t-elle en plaçant les fruits fraichement coupés de façon artistique dans un plateau d'argent.
Amélia s'immobilisa, mains sur les hanches.
« Bon matin à toi aussi. », répliqua-t-elle en grimaçant.
Abbigail leva un sourcil, la dévisageant de façon ahurissante, comme elle savait si bien le faire. Elle s'approcha de la jeune fille en tenant le plateau dans ses mains, le tendant à la servante brusquement.
« Tu sais, j'aimerais bien pour une fois dans ma foutue vie qu'on me respecte et qu'on cesse de me traiter comme… », commença Amélia alors qu'Abbigail s'éloignait, mais ne put exprimer le reste de sa frustration suite à l'entrée de Juan qui prit la parole sans même se rendre compte qu'Amélia débutait un ultimatum.
« Hola Bellezas! », s'écria-t-il joyeusement, tenant dans ses mains un magnifique bouquet d'Orpin sauvage, accrochant une branche de la magnifique fleur étoilée blanche et rose derrière l'oreille d'Amélia lorsqu'il fut arrivé à ses côtés.
« Tu as l'air ennndorrrrrrrmi, buena! », chantonna-t-il en observant la jeune sorcière.
« Ou plutôt de mauvais poil… », rectifia Abbigail en tranchant une miche de pain de seigle.
« Dé mauvais poil? », répéta-t-il de son drôle d'accent espagnol.
« Je n'ai pas envie d'en parler! », s'écria Amélia en s'éloignant vers les portes, tenant toujours fermement le plateau d'argent dans ses mains.
Heureusement pour elle, lorsqu'elle arriva dans la salle à manger, seulement Céleste et le petit Gabriel étaient présents, ce qui devait forcément sous-entendre qu'elle n'était pas aussi en retard que les autres le prétendaient.
« Bon matin, Mrs Céleste. », commença-t-elle poliment. « Vous voulez que je repasse plus tard avec la nourriture, question d'attendre le reste de la famille? », demanda-t-elle poliment.
Sans détourner le regard de sa revue Hebdo-Sorcière, Céleste lui fit signe de déposer le plateau devant elle.
« Mon mari a une réunion importante ce matin, ce qui explique son absence. »
Amélia acquiesça et déposa docilement le grand plateau là où elle lui avait indiqué. Restant toutefois immobile, fixant la table devant elle, Amélia sentit soudainement le regard sombre de Céleste sur elle.
« Alors? », s'impatienta la sorcières aux cheveux platines, en levant les sourcils.
Amélia reprit conscience de son corps et s'excusa platement en s'inclinant et fonça vers les cuisines afin d'aller chercher le restant de la nourriture. Elle réapparut que quelques secondes plus tard, voulant éviter le plus possible les cuisines, ou plutôt les personnes qui y étaient présentes, les bras chargés de la cruche de jus d'orange fraichement pressés et de la miche de pain coupée. Étant parfaitement ignorée par les deux membres de la famille Van Droski qui était présente à table, Amélia dut briser le silence afin de finalement obtenir des réponses à ses questionnements purement dignes de curiosité.
« C'est simplement que je me demandais si les filles viendraient manger aussi… »
Amélia ne ratait jamais une occasion de croiser sa grand-mère.
« Margaret et Estelle sont à leur leçon de ballet. Elles avaient une générale ce matin pour le concert de jeudi soir. »
« Oh! Je vois… »
Puis, plus hésitante que jamais, ajouta :
« Et Sidalya? »
Céleste relava la tête en soupirant, visiblement tanné de ses questionnements.
« Elle est encore au lit. Elle refusait de se lever ce matin et d'aller à sa générale avec ses deux grandes sœurs. Une vrai ermite, celle-là.
Amélia fronça les sourcils en écoutant attentivement et espéra avoir plus de détails.
« Peut-être que je pourrais aller la voir, question de m'assurer qu'elle va bien et qu'elle avale une bouchée ou deux. »
« Faites cela, faites cela… », répondit Céleste en secouant sa main qui dévoila une jolie manucure française.
Amélia ne se le fit pas dire deux fois. Rapidement, elle fila vers les cuisines, cette fois plus déterminée que jamais. Rapidement, quoique soigneusement, elle prépara une assiette de tout ce que Sissi aimait. Elle coupa quelques tranches de melon d'eau, ajouta des bleuets ainsi qu'une grosse poignée de fraises sauvages. Dans une petite assiette de porcelaine à part, elle ajouta un bagel beurré et versa dans un verre du jus d'orange.
« Et qu'est-ce que tu crois que tu fabriques? », questionna Abbigail.
« Je prépare le petit-déjeuner pour Sidalya. J'ai le droit, non? », répondit Amélia avec autant d'impolitesse que son interlocutrice.
« Dans ce cas, ajoute du fromage à la crème sur son bagel, question qu'elle ait au moins un produit laitier dans son repas… », commença Abbigail d'un œil observateur.
Amélia éloigna aussitôt le bagel avec possessivité.
« Elle n'aime pas le fromage à la crème. », expliqua alors la jeune fille.
Abbigail leva un sourcil en gonflant ses lèvres déjà suffisamment pulpeuses au naturel.
« Et tu sais cela parce que…? »
« Parce que je le sais! », répondit simplement Amélia, prenant le plateau contenant tout ce qu'elle avait préparé.
« Et je peux savoir où tu vas comme ça? »
« Dans la chambre de Sissi. Elle n'a pas voulu sortir du lit ce matin. »
« Ne prends pas trop de temps! Il y a beaucoup de choses à faire et tu… »
« Oui ouiiiiii! », s'écria la jeune fille en levant les yeux aux ciels, quittant cette fois-ci de façon définitive les cuisines.
La jeune sorcière se dirigea instinctivement vers le Hall d'entrée, prenant les escaliers en demi-lune qui menaient au deuxième étage. Arrivant devant la porte de la chambre de la plus jeune des Van Droski, Amélia hésita à entrer et préféra cogner subtilement afin de la prévenir de sa présence.
« Je ne veux pas sortir! », s'éleva aussitôt la voix de la jeune Sidalya.
Amélia sourit. Même à l'âge adulte, lorsqu'elle était triste, elle préférait garder son intimité dans sa chambre. Mais aujourd'hui, en cet instant même, c'était différent. Sidalya n'était pas encore une adulte, elle n'était qu'une fillette de six ans qui n'avait pas à garder ses ennuis pour elle-même.
Ne tardant plus, Amélia ouvrit lentement la porte et découvrit une petite Sissi couchée dans son lit énorme, enfoui dans sa couette en duvet.
« Quelque chose ne va pas? », questionna prudemment Amélia.
« J'ai mal à la tête! Et à la gorge! », s'exclama-t-elle.
Amélia pencha la tête sur le côté, observant d'un air amusé la gamine qui s'était redressée dans son lit, les bras croisés.
« Pour quelqu'un qui a mal à la gorge, je dois admettre que tu t'exprimes plutôt clairement. », répondit-elle avec un sourire en coin.
La petite Sissi tourna la tête.
« Écoute, je t'ai apporté le petit-déjeuner… », ajouta Amélia.
« Je n'ai pas faim! », s'exclama-t-elle aussitôt.
« Mais je t'ai apporté tes choses favorites! », expliqua Amélia en osant approcher de quelques pas.
La petite fillette étira son cou, curieuse de voir en quoi consistait son repas du matin.
« Et pourquoi ne pas le manger au lit? », suggéra Amélia.
Le visage de la petite Sissi retrouva son éclat pour la première fois ce matin-là.
« Vraiment? » questionna-t-elle avec espoir.
« Vraiment. », confirma Amélia en déposant le plateau concentré de nourriture colorée et santé sur le lit.
« Géééénial! », s'exclama-t-elle en prenant une bouchée dans une pointe de melon d'eau. « Et tu vas rester avec moi? »
Amélia acquiesça de la tête et retrouva également sa bonne humeur, réalisant à quel point leurs personnalités étaient compatibles. Le plaisir de l'une faisait le bonheur de l'autre.
« Alors… Tu n'es pas allé à ta générale de ballet, ce matin? », commença-t-elle en s'installant sur le lit à côté de Sissi.
Le sourire de la fillette s'affaissa.
« Je n'aime pas le ballet. »
« Qu'aimerais-tu faire, dans ce cas? »
La jeune fille songea à sa réponse un moment, puis répondit :
« Du théâtre. J'aime beaucoup les pièces de théâtre. »
Et encore une fois, c'était tout à fait vrai. Grand-Mère Sissi ne ratait jamais l'occasion d'assister à une merveilleuse pièce de théâtre. Amélia fut impressionnée de constater qu'à seulement six ans, Sidalya avait déjà les idées claires sur ses passions.
« Alors pourquoi n'en fais-tu pas? »
« Parce que maman veut que je fasse du ballet. »
« Dans ce cas, parle s'en à ton papa. », suggéra Amélia.
« Il est toujours occupé. Et il n'approuverait pas non plus. »
« Peut-être, mais il t'adore et je suis certaine que si tu lui faisais part de tes projets de rêve, il t'appuierait. »
Malgré ses paroles positives, Amélia ne parvint pas à convaincre la jeune fille. Et d'un sens, c'était peut-être mieux ainsi, car il était vrai que Sidalya n'avait jamais pu faire de théâtre donc peut-être devait-elle cesser de lui donner de faux espoirs qui risquerait de la décevoir davantage dans le futur.
Puis, elle songea à un autre plan, simple et tout à fait envisageable.
« Tu as des marionnettes? », questionna alors Amélia.
Sidalya la regarda d'un air intrigué, sans réellement comprendre où elle voulait en venir.
« Oui… », répondit-elle, incertaine.
« Alors un de ces jours, on pourrait concocter notre propre pièce de théâtre. Qu'en dis-tu? »
La fillette sourit.
« J'aimerais beaucoup! »
« Parfait! Maintenant, finis ton petit-déjeuner et on se parle plus tard. J'ai du travail à faire. », répondit Amélia en se levant.
« Merci pour le petit-déjeuner! », s'exclama la plus jeune des deux.
Amélia sourit pour elle-même en fixant le vide.
« Merci à toi. », répondit-elle en quittant la pièce.
Si la matinée sembla longue, l'après-midi parut interminable. Amélia s'efforçait de ne pas se décourager en songeant qu'on était seulement mardi et qu'il restait encore quatre longues journées de travail, mais même son petit moment agréable avec Sissi le matin même n'arrivait plus à surmonter la longue liste de faits négatifs qui compétitionnait avec le peu de positif qu'il y avait dans sa vie.
Perchée au sommet d'une haute échelle, la jeune sorcière tenait en main une époussète en plume d'autruche afin de retirer la poussière dans chaque recoin des moulures détaillées des innombrables portraits. C'était un travail qui nécessitait plus d'effort qu'on le croyait, et qui était continuellement sous-estimé quant au temps qui était réclamé pour bien effectuer la tâche, spécialement lorsque les portraits se plaignaient sans cesse que leurs moulures n'étaient pas suffisamment propres et que la jeune sorcière devait passer près de dix minutes par cadre pour simplement retirer le peu de poussière qu'il y avait dessus. Certains étaient plus sympathiques que d'autres, certes, mais la plupart n'étaient que de vieux grincheux et pointilleux qui n'avaient rien de mieux à faire que de trouver la petite imperfection dans chacun de ses gestes.
Seulement, cela faisait déjà un certain temps que la jeune sorcière avait cessé de s'inquiéter sur la montagne de travail qui l'attendait pour les journées à venir, mais c'était surtout le fait qu'elle commençait à perdre tout espoir de retrouver son ancienne vie qui l'effrayait. En toute sincérité, elle n'avait aucune idée où était la bague de ses ancêtres. Certes, elle n'avait jamais vraiment pu la rechercher, car elle avait trop peur de se faire prendre en plein méfait puis de perdre son emploi et ainsi sa seule et unique chance de retourner dans son vrai monde.
D'un côté un peu plus positif, après avoir vécu pendant un mois dans le manoir des Van Droski, Amélia commençait à mémoriser les activités de ses maîtres, aussi changeantes qu'elles fussent, ce qui éventuellement pourrait lui permettre d'approfondir ses recherches dans certaines pièces du manoir. De plus, lorsqu'elle en avait la chance, elle écoutait subtilement aux portes les conversations des adultes, aussi enfantins que cela pouvait paraitre, espérant miraculeusement qu'on y mentionne
la bague. Mais jusqu'à maintenant, ses manigances s'étaient avérées inutiles et sans succès.
C'est donc ainsi qu'elle continuait à vivre sa vie, chaque jour ayant l'impression de répéter celui d'avant, chaque jour un peu moins pénible que le suivant. Mais jamais elle ne se saurait attendue à ce que quelque chose de parfaitement insensé puisse se produire en cet instant. Époussetant enfin le dernier cadre, Amélia entendit une voix qui faillit la faire tomber du haut de l'échelle.
« Où es-tu? », murmura la sombre voix dans sa tête.
Figée comme une statue de pierre, Amélia avait les yeux fixés dans le vide, alors que le portrait qui indiquait le cher Sir Benjamen IV la dévisageait du haut de son tabouret de bois sculpté et de velours scintillant.
« Mademoiselle! Mademoiselle, je vous prie de retirer votre plumeau de mon visage! Mademoiselle! », s'écriait l'homme moustachu, qui décida finalement de faire une petite visite dans son cadre voisin lorsqu'il réalisa que c'était peine perdu.
« Sir Benjamin! Comment osez-vous vous présenter dans mon cadre sans invitation! Mais où sont passé vos bonnes manières? », s'indigna la grosse femme qui avait les cheveux coiffés de façon totalement absurde.
« Mrs Bulbonire! Veuillez excuser mon intrusion soudaine, seulement cette jeune demoiselle avait l'insolence de… », expliquait-il alors qu'Amélia avait totalement perdu conscience de ce qui se passait autour d'elle.
Cette voix. Cette voix qu'elle reconnaissait. Elle ne pouvait se tromper. Ce ne pouvait qu'être lui.
« Miss Howard! Qu'est-ce que vous faites? La poussière ne s'éclipsera pas d'elle-même! », s'écria soudainement Gustavo, qui venait tout juste de faire apparition dans la salle des portraits.
Comment est-ce possible, songea-t-elle avec effroi.
« Miss Howard! », beugla de nouveau le Major d'homme.
Il me cherche. Il me cherche et…
« Miss Hooooooooward! »
Amélia sursauta violemment en reprenant conscience, et accrocha le cadre qui chancela dangereusement de tout côté. Perdant l'équilibre, la jeune fille s'agrippa à l'échelle comme si sa vie en dépendait.
« Faite attention! Le cadre il va… »
Mais Gustavo n'eut pas le temps de prévenir la chute de cinq mètres du portrait absent de son propriétaire, ainsi le cadre éclata en morceau sur le sol de marbre.
« Nom d'une licorne! Mon cadreeeeee! », hurla Sir Benjamen IV en observant les débris par terre.
Amélia secoua la tête en clignant des yeux. En tournant la tête, elle vit Gustavo qui l'observait d'un air scandalisé. Sans le moindre doute, il aurait regardé un cinglé dans une cellule d'un hôpital psychiatrique de la même façon. Elle choisit donc ce moment pour baisser la tête et c'est ainsi qu'elle vit le portrait, ou plutôt ce qui en restait, par terre.
« Bon sang… », murmura-t-elle en plaquant une main sur son visage.
« Miss Howard! Descendez de là immédiatement avant de vous casser le cou! », ordonna Gustavo.
« Mon cadre! Mon cheeeeeeeeer cadre! C'est scandaleux! Parfaitement scandaleux! », s'écria Sir Benjamen IV alors que les autres portraits filaient de cadre en cadre afin de mieux percevoir l'abominable situation.
« Miss Howard! Descendez immédiatement! », répéta Gustavo avec puissance.
Amélia, humiliée et inquiète, descendit lentement de l'échelle alors que les portraits les plus près l'insultaient de façon désobligeante.
« Oh! Mais quelle insolence! », disait l'une.
« Et quelle incompétence! », ajoutait l'autre.
« Jamais de tous mes 112 ans de vie de portrait n'ai-je vu une aussi déshonorante servante! »
« Indigne de travailler pour une si loyale famille! »
Fermant les yeux, Amélia tenta d'ignorer les insultes qu'on lui proférait à chaque seconde et lorsqu'elle arriva finalement en bas de l'échelle, la jeune sorcière jeta un regard perturbé au Major d'homme qui la dévisagea davantage en secouant la tête.
« Je vais tout nettoyer… », expliqua Amélia en se pencha à quatre pattes sur le sol froid.
« Ce n'est pas la peine, levez-vous… », répondit gravement Gustavo en l'empoignant par le coude.
« Je suis tellement désolée… », s'excusa Amélia.
Gustavo l'observa quelques instants, puis, jugeant sa sincérité comme étant véritable, sortit sa baguette de son veston noir et la pointa sur la pile de débris.
« Reparo! », s'écria-t-il fièrement.
En quelques secondes seulement, le cadre reprit sa forme originelle et il le replaça à son endroit habituel d'un dernier coup de baguette. Puis, il se retourna vers la jeune fille.
« Allez-vous rincez de visage, vous êtes pâle. Et ne croyez pas que vous pourrez vous échapper aussi facilement. Mrs Céleste sera mise au courant de ce fâcheux incident aussitôt que possible. »
Amélia acquiesça de la tête et s'éloigna rapidement, tentant de retenir les larmes qui menaçaient de se verser sur ses joues désormais dépourvues d'éclats. Elle parvint tout de même à entendre Gustavo qui ordonnait aux portraits de se taire, mais ne put discerner le restant de la conversation avec Sir Benjamen IV.
De nouveau seule, la jeune sorcière accourut vers la salle de bain la plus près, et après avoir fermé puis barré la porte derrière elle, Amélia se laissa choir sur le sol, prenant sa tête entre ses mains. Elle était tellement confuse, cherchant à savoir si la voix avait fait partie du fruit de son imagination, ou si elle était belle et bien réelle. Elle songea que si la voix l'était, que peut-être elle avait de l'espoir de sortir d'ici, finalement, et que même si elle perdait son emploi cette après-midi, au moins, elle serait de nouveau chez elle. Fermant les yeux, serrant les poings jusqu'à en réduire la circulation, elle se concentra sur la voix afin de l'entendre de nouveau. Elle imagina son visage pâle, ses cheveux foncés lui arrivant aux épaules, ses yeux sombres et imperturbables, sa longue cape noire qui voletait derrière lui lorsqu'il marchait. Elle tenta d'imaginer sa bouche gesticuler les paroles qu'elle avait entendues plus tôt, tenta même de lui répondre, espérant qu'il entendrait ses cris d'appel. Mais sa voix ne se fit plus entendre.
L'estomac noué, elle se leva en chancelant et ouvrit la champelure afin de se rincer le visage à l'eau froide à plusieurs reprises. Lentement, elle prit connaissance qu'elle ne pouvait pas poursuivre ses tâches ménagères suite au choc qui l'avait conduite dans un état de détresse.
Subtilement, elle sortit de la salle de bain et se faufila dans le couloir menant au Hall d'entrée. Malgré le fait qu'on était seulement mardi après-midi et qu'elle travaillait tôt le lendemain matin, si elle ne perdait pas son emploi à l'instant, Amélia ne pouvait dormir dans le manoir. Elle devait révéler à quelqu'un ce qui s'était passé durant la journée. Et la seule personne qui lui serait disponible était Azena.
« Tu vas où? », questionna Abbigail alors qu'Amélia déposait sa main sur la poignée de la porte.
« Chez Azena. »
« Mais il n'est que quatre heures! Tu n'as pas encore terminé ta journée de travail, jeune fille! », répliqua Abbigail, qui n'était visiblement pas encore au courant de sa mésaventure un peu plus tôt.
« Je suis parfaitement au courant de l'heure qu'il est, Abbigail! », s'exclama Amélia en faisant face à la grosse femme. « Et je ne suis plus une petite fille. Je suis une femme, maintenant. Et j'exige qu'on me traite de la sorte! »
Elle avait parlé si fort qu'elle avait attiré l'attention de Gustavo, qui était dans le couloir près de la salle de jeux. Abbigail observa la jeune femme d'un air mauvais.
« Dans ce cas, agis comme une femme, non pas comme une ingrate adolescente qui n'en fait qu'à sa tête! »
Amélia était tellement en colère face à la réplique de la cuisinière qu'elle ne supporta plus de rester un moment de plus dans cette demeure.
« Vous savez quoi? Je fou le camp de cette baraque et vous ne pouvez rien faire pour m'en empêcher! »
Sur ces dernières paroles, Amélia leur tourna le dos et ouvrit la porte, laissant la chaleur du début de l'été envahir la fraicheur du manoir. Pendant un court moment, elle songea à son comportement, puis ajouta :
« Et puis vous savez quoi? », s'écria-t-elle avec acharnement. « Peut-être que ma vie serait moins misérable si seulement vous cessiez de me critiquer à chaque moment de votre existence! »
Normalement, elle aurait trouvé particulièrement hilarant de voir Abbigail les yeux grands ouverts et Gustavo qui était figé sur place, l'observant avec les lèvres pincées. Mais elle était trop furieuse, trop fatiguée, et beaucoup trop inquiète pour s'en soucier.
Cette voix, elle ne l'avait pas entendu pour rien. On la cherchait, il la cherchait.
Elle sortit finalement du manoir et claqua la porte derrière elle. Elle parcourut le jardin avant à grandes enjambées et fila dans la rue vers l'arrêt d'autobus.
En arrivant chez Azena un peu moins d'une heure plus tard, elle ouvrit la porte d'une volée et trouva la bohémienne assise sur le fauteuil avec un bouquin entre les mains.
« Amélia? Mais qu'est-ce que… »
« Je l'ai entendu. », interrompit la jeune sorcière.
Azena fronça les sourcils, visiblement confuse.
« Amélia… Mais de… De quoi parles-tu? Tu as entendu qui? »
La jeune sorcière s'approcha en la fixant d'un air grave.
« Le professeur Snape. »
.oOoOo.
Ahhhhhh! C'est tout ce que j'ai à dire sur ce chapitre, je crois. O_o
Sauf peut-être un GRAND merci de lire ma fiction. Si vous en êtes au 41e chapitre, ça doit surement dire que vous l'aimez toujours et ça me touche beaucoup. Les reviews sont les raisons qui me motivent à écrire plus rapidement parce que ça me prouve que vous tenez toujours à lire cette fiction et que mes fabuleuses après-midi de pluies à écrire ne sont pas perdues, après tout.
xoxo
