Enfin la suite...je crois que le dernier chapitre date de novembre 2013. Pardon *s'incline bien bas*. J'ai des raisons ! Outre le travail et le manque de temps, le film de Peter Jackson m'a tellement surprise sur certains points que je ne savais si je devais suivre le livre, le film ou faire un mixte des deux. Or le dernier ne me plaisait pas vraiment. J'ai finalement choisi d'être fidèle au livre mais de garder le background autour de Bard et d'Esgaroth du film.

Ensuite il y a eu des changements dans ce qui était prévu. Andùnë a voulu prendre une décision étonnante. Soit.

Sur ce bonne lecture.^^


Chapitre 2 : Le calme avant la tempête

Andùnë laissa Glaer mener la marche du retour. L'étalon sut retrouver son chemin jusqu'à la demeure de Bard tout en évitant les passages trop près de l'eau froide sur laquelle était bâtie la cité du Lac. Alors qu'elle mettait pied à terre, un homme graisseux à l'aspect désagréable et retors s'avança vers elle, courbé dans une attitude fourbe. Andùnë montra les dents l'espace d'un instant avant de vite reprendre un air neutre. Ce visage ne lui était pas inconnu…Elle l'avait déjà vu, il y avait un an, parmi les conseillers du bourgmestre.

-Salutations, noble étranger, fit-il d'une voix dont l'hypocrisie n'avait d'égal que le miel. Andùnë grogna légèrement et lui rendit à peine son salut. Elle était fatiguée et inquiète, pas le moins du monde disposée à supporter un tel homme.

-Je suis Alfrid, continua-t-il, pas découragé par son attitude, Le Maître m'envoie vous porter son message de bienvenue. Il a été surpris de ne point vous voir venir à lui. Il est tout à fait disposé à vous héberger, comme il l'a déjà fait.

Andùnë se tourna enfin vers Alfrid qui recula d'un pas devant ses yeux froids.

-Je n'ai pas à faire avec le bourgmestre, dit-elle d'un ton tout aussi glacé avant de se désintéresser à nouveau du désagréable individu. Alfrid trépigna quelques instants, le visage contracté par la colère, puis il reprit, toujours aussi hypocrite, même s'il y avait désormais une note de menace dans sa voix :

-Vous êtes à Esgaroth. Vous avez donc à faire avec le Maître.

Andùnë se retourna vivement et s'abaissa à hauteur du visage de l'autre homme, plus petit et plus malingre. Ses yeux luisaient de colère : dorés et flamboyants, percés d'un unique trait vertical. Alfrid se recula encore, précipitamment.

-Andùn du Nord ne reçoit des ordres de personne, siffla-t-elle en suivant son mouvement, toujours menaçante, Il va et vient à sa guise et décide lui-même quelles sont ses affaires et avec qui il les traite. Je n'ai pas à faire avec le bourgmestre ! Et encore moins avec son serviteur rampant. Hors de ma vue. La nuit fut longue et je ne suis pas d'humeur à vous supporter plus longtemps, Alfrid du Val.

Et sans attendre de réponse, elle se détourna pour aller ranger la selle et la bride de Glaer dans l'abri qu'on lui avait assigné. L'étalon s'était déjà installé dans son box et elle ne prit pas la peine de fermer la porte. Elle savait qu'elle le retrouverait là où il devrait être.

Quand elle repassa devant Alfrid, il était toujours immobile, stupéfié par la façon dont elle l'avait rabroué. Elle n'en fut pas désolée un seul instant.

Sur le chemin menant à la maison de Bard, elle aperçut divers individus à l'occupation plus que louche…c'était comme s'ils surveillaient quelque chose. Ou quelqu'un. Et elle dût bien se rendre à l'évidence que l'objet de cette attention n'était d'autre que son hôte.

Hôte qu'elle croisa alors qu'il remontait les marches menant à sa demeure.

-Vous êtes revenu, fut son salut alors qu'il la dépassait pour rentrer. Andùnë sourit. Cet Homme lui plaisait. Il avait des manières directes et franches tout en gardant une part de secret et de fourberie, juste assez pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Et, malgré ses vêtements défraichis et sa maison modeste, il lui restait de son ascendance une noblesse dans son port et ses actions qui ne pouvait être niée.

-Les Nains sont partis à l'aube, lui dit-il quand elle se décida enfin à rentrer, Ils semblaient pressés. Mes concitoyens les ont encouragés : ils ont chantés et la gaité était dans leurs cœurs. Ne voient-ils pas l'ombre qui s'avance vers nous ? Le Dragon sortira de la Montagne. Ses flammes brûleront et le lac flamboiera.

-Alors partez, répondit Andùnë en se rapprochant, prenez tous les effets que vous pouvez porter et partez. La route sera dangereuse mais vous aurez une chance de survivre.

-Pour aller où ?, rétorqua Bard, amer, On ne peut aller nulle part. Je suis un batelier : il n'y a qu'un Esgaroth que je trouverai facilement un emploi. Peu nombreuses sont les villes bâties sur un lac. Et le Dragon nous trouvera.

-Smaug ne laisserait jamais son trésor sans surveillance pour un temps assez long pour pourchasser des Hommes fuyant sa colère, affirma Andùnë.

Bard allait répliquer quelque chose quand ses enfants poussèrent la porte de l'entrée. Les filles revenaient du marché. Quant à Baïn, il était allé faire connaissance avec Fraïn qui lui avait montré quelques passages méconnus.

-Z'êtes de retour, m'ssire !, s'écria l'enfant des rues en apercevant Andùnë. Elle lui sourit, attendrie, puis son sourire se fana. Elle s'attachait trop à cet enfant et à cette famille. A cette ville. Si Smaug venait, que ferait-elle ? Risquerait-elle sa vie pour sauver celles des Hommes du Lac ?

-Vous êtes bien sombre, remarqua Bard.

-Chacun a son lot de fardeaux sur les épaules, laissa-t-elle échapper, et les miens me poussent à un choix dont je ne vois pas l'issue.

-Cela a à voir avec Smaug, lâcha Bard, accusateur, Il est temps de tout dire ou de vous taire définitivement, Andùn. Après avoir quitté cette maison en ayant payé ce que vous me devait conformément à notre arrangement.

Les enfants leur jetèrent un regard en coin puis Sigrid rappela ses cadets à l'ordre et ils rangèrent la nourriture ramenée du marché. Bard et Andùnë se regardaient toujours, se défiant l'un l'autre du regard. La dragonne faillit tout dire mais elle se ravisa. Etre chassée n'était pas dans ses objectifs.

-Smaug m'inquiète, dit-elle simplement. Ce n'était ni un mensonge ni l'entière vérité. Elle pensait que cela contenterait Bard ; elle se trompait lourdement.

-Qui n'inquiète-t-il pas ?, rétorqua Bard. Son air fermé n'acceptait pas de compromis ni de demi-vérité. Il la voulait entière.

Alors Andùnë empoigna sa bourse, le cœur serrée par l'amertume, prête à partir maintenant en refuser de répondre aux questions de son hôte. Alors qu'elle s'échinait à ouvrir la bourse, sa main s'arrêta et elle reposa l'objet en cuir sur la table. La tête basse, elle soupira bruyamment, avant de tirer une chaise et de s'asseoir, incitant Bard à en faire de même. Il l'imita sans perdre son air soucieux.

-Serez-vous apte à supporter la vérité ?, souffla Andùnë, se parlant plus à elle-même qu'à son interlocuteur, en rejetant la tête en arrière.

Que faisait-elle ?Allait-elle vraiment dévoiler sa véritable identité à cet homme qui avait tant souffert de Smaug ? Le risque qu'il ne prenne les armes contre elle et la chasse, sonnant l'alarme dans Esgaroth par la même occasion, était grand.

Mais elle en avait assez de se cacher.

-Si un membre de votre race était mauvais mais que vous semblez être les deux derniers, demanda-t-elle d'une voix lasse, le tueriez-vous ou, au contraire, le garderiez-vous en vie, qu'importe ses crimes?

Bard fronça les sourcils, ne comprenant pas le sens de cette question pour le moins inattendue, puis ses yeux s'écarquillèrent. Il se releva vivement et plongea sans détour son regard dans celui de son vis-à-vis.

-Vous êtes un dragon, accusa-t-il, crachant le dernier mot avec un tel mépris qu'Andùnë s'hérissa.

-Z'êtes un dragon, m'ssire ?, fit soudain la voix de Fràin. Sans le vouloir, son intervention apaisa la situation tendue. Andùnë tourna la tête vers l'enfant et acquiesça.

-Lors...pourquoi vous tuez pas l'dragon sous l'montagne ?

La question eut le mérite de faire se rasseoir Bard qui maugréa dans sa barde, un air rêveur sur le visage :

-Mais oui...seul un dragon peut tuer un autre dragon.

Mais leurs espoirs furent brisés par le simple mouvement de tête négatif d'Andùnë qui s'expliqua calmement en réponse à l'air noir du batelier :

-La dureté de la carapace d'un dragon est liée à la quantité de métal qu'il ingurgite.

-Et, finit Bard à sa place, comprenant, Erebor est remplie d'or.

-De plus, ajouta la dragonne, son ventre, normalement vulnérable, est protégé par les joyaux qui formaient sa couche. Elle leva un regard désolé sur Bard et lâcha :

-J'ai essayé, Bard, j'ai essayé de convaincre Smaug de partir avec moi. Mais il m'a attaqué, ce fourbe, et il a failli me tuer. Quant à moi...je n'ai fait que briser l'un de mes crocs sans même érafler sa cuirasse.

Un silence succéda à ces paroles puis Bard se détourna.

-Je n'ai pas de réponse à votre question. Je ne peux souhaiter voir Smaug vivre après ce qu'il a fait à mon peuple.

-Je comprends, Bard, et je comprendrai également que vous me mettiez à votre porte en criant à toute Esgaroth ma véritable nature.

-Vous me paierez ce que vous me devez ?, grogna Bard, surprenant Andùnë. Elle acquiesça vivement et agita sa bourse pour faire tinter les pièces qui s'y trouvaient. Bard eut un sourire en coin et assura :

-Alors restez en ma demeure, Andùn du Nord.


Un peu plus tard, Andùnë se trouvait à rattraper sa nuit, à moitié allongée sur un vieux fauteuil qui n'avait pas perdu de son confort. Soulagée d'avoir révélé son secret à son hôte, elle avait un peu plus lâché la bride à sa transformation et son four intérieur la réchauffait d'une bienveillante chaleur. Un toucher extérieur aurait plutôt pris peur de sa température élevée.

Ses yeux à moitié fermés lui rapportèrent la présence de quatre jeunes Humains et elle les ouvrit complètement pour dévisager les enfants de Bard et Fràin qui la regardaient avec un mélange de curiosité et de crainte sur leurs juvéniles visages.

-Z'êtes vraiment un dragon ?, souffla Fràin en premier. Andùnë sourit et referma les yeux. S'ils ne voulaient que savoir cela, ne pas démentir était amplement suffisant pour leur répondre. Mais Bain ne l'entendait pas de cette oreille.

-Prouvez-le, ordonna-t-il, déclenchant le réouvrement des yeux mordorés qui se plantèrent dans les siens. Il eut le mérite de ne pas reculer.

-Certes vous avez des cheveux et des yeux pas courant mais de cela à dire que vous êtes un dragon, il y a du chemin, se défendit-il devant son air courroucé.

-Vous voulez que je vous le prouve, susurra la dragonne, la voix nettement moins humaine. Les enfants tressaillirent et la petite Tilda se cacha dans les jupes de sa sœur. Sigrid serra les poings et, rassemblant tout son courage, elle lui lança d'une voix tremblant à peine :

-Mais ne vous transformez pas ici. Vous devez être beaucoup plus grand que notre maison.

-En effet, ronronna Andùnë, prise au jeu. Je fais plus de quatre chevaux de longueur et trois de hauteur. Quant à mon envergure, pour me permettre de voler, elle est de deux fois la distance entre ma tête et ma queue.

Les enfants écarquillèrent les yeux et elle entendit Fràin marmonner quelque chose à propos de quatre fois Glaer et énorme. Mais Bain ne voulut pas démordre.

-Quiconque peut donner les mesures d'un dragon. Cela ne prouve pas qu'il en est un.

-Quel jeune garçon bien têtu, gronda Andùnë, d'un son grave et caverneux. Ses yeux prirent une teinte dorée et se fendirent. Sa chevelure devint une crinière d'écarlate. Ses ongles s'allongèrent en griffes et ses dents en crocs. Enfin elle tira une langue fourchue et siffla à l'adresse du jeune garçon :

-Cela suffit-il à prouver ma nature, fils de Bard, ou dois-je sortir mes cornes, mes écailles et même ma queue ?

Tilda laissa échapper un petit cri de terreur et ne se cacha que plus dans les jupes de Sigrid qui lança le bras en avant pour agripper son frère et le ramener à elle. Se sentant honteuse devant leur terreur, Andùnë rétablit sa transformation et se laissa glisser dans le fauteuil dans un soufflement.

-Vous avez pas mal ?, demanda soudain Fràin qui avait profité de son inattention pour s'approcher d'elle. Il poussa la familiarité à grimper sur ses genoux et à s'y installer malgré l'avertissement de Sigrid.

-J'ai mal quand je reste trop longtemps sous une forme qui n'est pas la mienne, répondit Andùnë, peu disposée à mentir aux grands yeux bruns qui la dévisageaient sans peur.

-C'pour ça qu'vous êtes parti hier soir ?

-Tu es perspicace, jeune Fràin du Val.

-J'sais, assura le gamin des rues, resplendissant de fierté, et j'ai 'ssi compris qu'vous êtes d'jà v'nu ici, m'ssire, car j'vous ai vu essayer d'faire venir vot'cheval par l'pilotis.

-Pour la deuxième affirmation, ce n'est qu'un constant, mon petit, s'amusa Andùnë en lui ébouriffant les cheveux. Il prit un air boudeur et gromella :

-Mais si vous êtes d'jà v'nu, ça n'peut être que pour le dragon sous la montagne, non ?

-En effet..., acquiesça Andùnë, surprise qu'il est si vite fait le lien.

-Je vous ai vu entrer chez le bourgmestre, rajouta Fràin avec un grand sourire victorieux. -Qu'est-ce que tu racontes, maugréa Bain avant de s'adresser à Andùnë, de nouveau méfiant. Vous êtes ami avec le bourgmestre ?

-Avec ce vieux gros rabougri et son fouineur de serviteur ?, s'insurgea Andùnë. Tu me prends pour qui ?

-Vous ne devriez pas avoir de tels propos sur le bourgmestre au sein même d'Esgaroth, l'avertit Bard qui venait de rentrer. Andùnë haussa les épaules puis lui demanda, soucieuse :

-Vous savez que vous êtes surveillé ?

La moue du batelier lui apprit qu'il était au courant.

-Cela ne change pas vraiment de d'habitude, marmonna Bard en posant son manteau. Ils me prennent pour un faiseur de troubles et Alfrid ne m'aime pas.

-Ils craignent plutôt la grandeur de vous dégagez, assura Andùnë en se recalant dans le fauteuil, bien déterminée à prendre son repos. Qu'ils vous habillent de loques et vous fassent loger dans une masure n'y changera rien. Vous avez le sang noble et cela se voit.

Bard allait répondre quelque chose quand des coups durement frappés à la porte firent sursauter tout le monde, même la dragonne à moitié endormie. Aussitôt qu'elle fut réveillée, l'odeur désagréable d'Alfrid vint lui emplir les narines, lui tirant un air dégouté.

-Quand on parle du loup, grogna-t-elle en se redressant, il montre sa queue.

Il n'en fallut pas plus pour que Bard comprenne à qui ils avaient affaire. Il adressa un mouvement de la main à Sigrid et elle entraîna les enfants plus jeunes dans la cuisine. Puis le batelier ouvrit la porte sur un Alfrid courroucé par l'attente.

-Pardon, marmonna-t-il, je nettoyai un poisson pour le dîner.

-Hurmf, fut la seule réponse de son vis-à-vis qui posa sur l'intérieur de la petite maison un regard méprisant qui se fit acerbe en tombant sur Andùnë.

-On accueille les criminels, maintenant, Bard ?, fit-il d'une voix traînante avant de s'inviter dans la pièce, faisant entrer à sa suite quelques gardes de la ville qui pointèrent leurs lances sur Andunë. Elle se fit fureur pour ne pas les égorger d'un coup de griffes et préféra gronder contre Alfrid:

-A quoi rime tout cela ? Je n'ai rien fait de criminel.

-Si, assura Alfrid en se lissant la moustache rase qu'il avait, vous n'avez pas payé la taxe d'habitation.

-La taxe d'habitation ?, répéta Andùnë en clignant des yeux. L'air surpris de Bard ne l'aida en rien.

-Oui, la taxe d'habitation, reprit Alfrid, celle que tout étranger ne résidant pas dans une auberge ou à l'hôtel de ville, sous l'hospitalité de la ville incarnée en le bourgmestre, doit payer pour séjourner à Esgaroth.

-Quelle est cette taxe ?, réagit enfin Bard en s'avança à grands pas du petit homme. Je n'en ai jamais entendu parler.

-Evidemment, continuant Alfrid, toujours aussi calme, vu qu'elle n'est que peu utilisée devant le peu d'étrangers à loger à Esgaroth. Habituellement, ils vont à l'hôtel de ville ou à l'auberge. Mais messire Andùn a refusé l'hospitalité du bourgmestre et ne réside pas dans l'une des auberges de la ville. Il doit donc payer cette taxe.

Alors que Bard allait se répandre en contre-arguments, Andùnë leva une main, coupant les deux hommes dans leur échange houleux.

-Combien ?, demanda-t-elle d'une voix sèche.

-Cinq pièces d'or par journée, messire.

-Cinq ?, s'insurgea Bard, qui ne la faisait payer que deux par journées, C'est du vol !

-Devons-nous parler de votre petit arrangement avec le même messire, Bard ?, susurra Alfrid. L'homme le regarda d'un air noir mais préféra se taire. De son côté, Andùnë avait délié les cordons de sa bourse et comptait les pièces d'or qui lui restait. Elle en mit quatre de côtés, pour payer les deux jours passé chez Bard, et son regard se fit plus dur en avisant qu'il ne lui en restait plus que huit.

-Il manque deux pièces, s'amusa Alfrid, victorieux. Vous ne voyagez pas avec beaucoup d'argent, messire. Je comprends maintenant pourquoi vous avez préféré loger chez l'habitant plutôt qu'à l'auberge. Une nuit et un repas en auberge vous aurez valu trois pièces d'or et quelques autres pièces d'argent.

L'envoyé du bourgmestre se tut puis fit signe aux gardes.

-Je crains de devoir vous arrêter, dit-il. Je vous prie de vous laisser escorter sans faire de trouble.

Andùnë gronda mais se laissa attacher les mains par les gardes. Elle tourna le visage vers Bard et lui demanda d'aller à l'auberge où elle avait laissé Glaer et de relâcher le cheval.

-Il saura où me retrouver quand j'aurai besoin de lui, assura-t-elle. Alors que les gardes allaient l'emmener, Fràin débarqua en courant et, s'accrochant à ses chausses, il lui tendit une main où brillait une pièce d'or.

-J'vous la rend m'ssire!, s'écria-t-il, presque en larmes. N'allez pas en prison.

-Désolé, souffla Sigrid, apparue à sa suite. Je n'ai pas pu le retenir. C'est une véritable anguille.

Touchée par le geste de l'enfant, Andùnë s'agenouilla près de lui et lui fit refermer les doigts sur la pièce.

-Je te l'ai donnée, Fràin, en récompense à ton aide. Je préférerai que tu la gardes.

Mais l'enfant semblait hésiter encore. Alors Alfrid, qui s'impatientait, le ramena en arrière et assena sans pitié :

-De toute façon il en manquerait encore une. Huit plus un font neuf, petit, pas dix. Mais on ne va pas demander à un gosse des rues de savoir compter.

Il dépassa Fràin sans faire plus grand cas de ses larmes et lança aux gardes :

-Allons-y! Se tournant vers Bard, il ajouta : A la prochaine, Bard.

-Sans façon, maugréa le batelier qui ne put que regarder, impuissant, les gardes emmener son invité jusqu'à la prison de la ville.


Une fois dans sa cellule, Andùnë se coucha sur la paillasse et maudit Alfrid pour l'avoir ôtée de son fauteuil confortable. Mais sa fatigue n'était pas surjouée et elle tomba dans une semi-conscience.

-Hey !

L'éclat de voix et un coup de lance sur le fer des barreaux lui fit reprendre pieds avec la réalité et elle tourna la tête vers ses visiteurs, n'étant pas le moins du monde surprise de voir le bourgmestre en compagnie de l'impudent garde qui l'avait interpelée.

-Toujours aussi gros et sale, fut son seul salut avant qu'elle ne retourne le visage de l'autre côté, toujours nonchalamment couchée sur le dos, une jambe levée et les bras croisés derrière la tête.

-Ne vous croyez pas en position de force, Andùn du Nord ou de je ne sais où, gronda le bourgmestre, dans une tentative de menace. Vous avez beau être le collaborateur de Gandalf, ici, le Gris n'a pas de pouvoir.

-Croyez-vous que j'ai besoin de Gandalf pour me sortir de cette cellule où je me suis laissé enfermer de plein gré ?, s'amusa Andùnë, déclenchant la fureur de l'homme. Mais son avarice était grande et il sut la contenir.

-Je sais que vous avez la possibilité d'avoir de l'or, messire Andùn. Alors faisons un marché.

-Quel genre de marché ?, s'enquit la dragonne, intéressée de savoir ce qui avait pu germer dans l'esprit de l'humain.

-Je vous libère et vous accueille avec tous les honneurs qui devraient vous être dus. En échange vous prêtez serment de me donner 30% du butin de votre prochaine mission. En plus des frais de mon hospitalité qui s'élèveront à quatre pièces d'or la journée.

-En une façon moins détournée de le dire, vous voulez vous remplir les poches sur mon dos ?

-Si c'est ainsi que vous voulez le dire alors soit, oui.

Andùnë rit à la remarque. Les Hommes étaient vraiment étonnants. Certains, comme Bard, étaient plein de grandeur et de noblesse. D'autres, comme ce bourgmestre et Alfrid, étaient remplis de sournoiserie et d'avarice.

Et après ils se permettaient d'insulter les dragons ?

Soudain une violente secousse ébroua Esgaroth et plus d'un habitant fini dans l'eau glacée du lac. Andùnë se redressa vivement de sa couche et se jeta sur la fenêtre, dirigeant son regard sur Erebor.

Erebor qui fumait. Erebor qui tremblait. Erebor qui rugissait.

-Prenez garde, dit-elle alors, terrible et sombre, car les Nains ont réveillé une bête qui aurait dû rester endormie.

Elle s'avança jusqu'aux barreaux qui la séparaient du bourgmestre et gronda :

-N'espérez rien de moi.

Puis elle alla se recoucher sur la paillasse, n'assistant pas au départ précipité -par la colère ou la peur ?- du bourgmestre et du garde.

Quelques instants plus tard, des bruits de lutte la firent se relever et elle ne fut que peu surprise, une nouvelle fois, de voir Bard débouler devant sa cellule. L'Homme paraissait fébrile et apeuré. Il avait compris que l'ombre d'un dragon approchait de sa ville.

-Vous ne pouvez pas le tuer, vous l'avez dit !, s'écria-t-il en empoignant les barreaux dans une poigne ferme. Mais ne pouvez-vous pas l'affronter quand même ? Qui sait, vous pourrez alors trouver son point faible !

-Vous me demandez de mettre ma vie en danger pour vous autres, Hommes mortels ?

Bard en resta surpris et il dévisagea d'un autre œil l'homme qui lui faisait face. Non, le dragon déguisé en homme. Ses yeux dorés flambaient de colère mais, il la voyait, cachée derrière, il y avait également une grande tristesse.

-Je vais rassembler les archers, lui assura-t-il, vous ne serez pas seul. Andùn !

Mais Andùnë se détourna de lui et retourna observer Erebor par la fenêtre. Elle le sentait venir. Elle le sentait amener la mort sur Esgaroth.

-Allez-vous rester à regarder les habitants d'Esgaroth mourir ? Fràin a pleuré pendant des heures après qu'ils vous aient emmené !

Toujours les mêmes questions. Elle repensa au visage plein de candeur de Fràin, cet enfant trop jeune pour vivre seul dans la rue. A sa joie quand il avait reçu sa pièce. A ses larmes de tantôt.

-Pourquoi êtes-vous revenu si ce n'est pour arrêter Smaug ?!, hurla Bard en désespoir de cause.

Mais comme la dragonne ne réagissait pas, il lança le trousseau de clés d'un geste sec dans la cellule et se détourna en grognant, amer :

-A quoi bon. Partez tant que vous le pouvez encore. Je vais défendre Esgaroth et j'userai jusqu'à ma dernière flèche pour tenter d'abattre Smaug.

Quand elle l'entendit ouvrir la porte de la prison, Andùnë se retourna vivement et baissa les yeux sur les clés. Les mots de Bard retentissaient dans sa tête. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Tant de questions sans réponse. Depuis quand doutait-elle ainsi, incapable d'avancer ? Depuis ces retrouvailles avec Smaug qui l'avaient bouleversées plus que raison ?

Soit. Elle allait y mettre fin.

Prenant le trousseau en main, elle ouvrit fébrilement sa cellule, après plusieurs essais ratés, et se précipitant dehors. Elle ne tarda pas à rejoindre la maison de Bard quand laquelle elle jaillit en furie.

-Fràin !, hurla-t-elle, empoignant l'enfant dès qu'elle le vit. Retrouve Glaer hors de la cité et monte sur son dos. Dis-lui que c'est moi qui t'envoies. Puis ordonne-lui de partir loin. Il obéira.

-Mais..., fit le petit garçon, impressionné par l'aura qui se dégageait d'Andùnë.

-Fais ce que je te dis, gronda-t-elle en le poussant en avant. Il eut pour elle un dernier regard avant de foncer dehors.

-Que faites-vous ?, demanda Bard, revêtu d'une armure de cuir et portant carquois au flanc et arc à la main.

-J'arrête de douter, affirma-t-elle et son feu intérieur semblait brûler dans ses pupilles. Bard acquiesça puis ordonna à ses enfants de courir aussi loin qui le pouvait loin d'Esgaroth. Qu'il les retrouverait. Le laissant faire ses dernières recommandations à ses enfants, Andùnë quitta la maison en lui adressant ces dernières paroles :

-Ne visez que l'or, Bard, le feu sera votre allié.


Une fois sortie de la maison du batelier, Andùnë voulut sortir de la ville. Mais la panique montante et son sens de l'orientation dérisoire dès qu'elle se trouvait entre quatre maisons la firent tourner en rond plus qu'elle ne l'avait voulu. Déjà sa longue veste et ses bottes se trouvaient fourrées dans sa sacoche et le froid s'insinuait au travers de la fine peau qui recouvrait les Humains. Elle n'en avait que plus hâte de reprendre sa véritable forme.

Alors qu'elle pensait enfin avoir trouvé sa sortie en reconnaissant le pont de pilotis utilisé un an auparavant -et qui était fort décalé du grand pont qu'elle cherchait- elle fut soudainement arrêtée dans son élan par les gardes de la cité et...Alfrid.

Elle pila comme elle put pour ne pas percuter le petit homme, dont l'odeur la révulsait. Grondant sauvagement, elle pointa un index griffu sur la poitrine de son vis-à-vis et demanda, tout en accentuant ses mots d'un petit coup :

-Ne voyez-vous pas que le danger fonde sur Esgaroth ? Laissez-moi passer !

-Un danger ?, répéta Alfrid. Il est devant moi. Vous êtes un criminel évadé des prisons du bourgmestre.

-Oh!, hurla soudainement la dragonne. La peste soit des Hommes !

Les Hommes en question reculèrent précipitamment devant la vision terrifiante du grand homme à la chevelure de flamme et aux yeux d'or liquide environné d'une brume opaque.

-Un ma...gi...cien..., bégaya l'un des gardes qui, d'épouvante, en lâcha sa lance, bientôt suivi de l'ensemble de ses camarades. Andùnë ne prit pas plus attention à eux. Elle bouscula Alfrid en forçant le passage et s'élança, rapide et sauvage, sur le pont de pilotis. Bientôt elle fut hors de vue.

Elle courut un long moment et retrouva la clairière où elle était venue penser la vieille. Sans perdre plus de temps, elle se déshabilla et rangea les vêtements dans la sacoche de cuir qu'elle accrocha dans un arbre, caché derrière les feuilles. Puis, réfléchissant à ce qui allait advenir, elle la récupéra et entreprit de l'enterrer.

Ainsi elle serait protégée de probables langues de feu.

-Alors je vais combattre Smaug, murmura-t-elle et sa voix mua en pleine phrase tandis que sa transformation se déclenchait. D'abord poussèrent les cornes et la queue puis son dos s'arqua sous la force de ses ailes. Son corps grandit, enfla, et les bras devinrent de puissantes pattes tandis que l'ensemble se couvrait d'écailles rougies.

Quelques secondes plus tard, la grande dragonne rouge trônait au milieu de la clairière.

-Alors j'ai choisi, fit sa voix caverneuse.

Elle tourna la tête vers Erebor et ouvrit ses sens au vent. Il lui parut entendre une voix grave, sombre, remplie de promesses noires.

Je suis le feu. Je suis la mort.

Smaug venait réellement à Esgaroth. Avait-il compris que les Nains avaient été aidés par les Hommes du Lac ? En parlant de Nains, ces pauvres hères devaient être morts désormais. Tout comme ce pauvre Hobbit qu'ils avaient embarqués dans leur quête impossible à réaliser.

-Non, Smaug, s'adressa la dragonne au vent, je suis le feu. Et je vais faire en sorte que la mort fonde sur toi.

Les grandes ailes parcheminées s'ouvrirent soudainement et la dragonne pris son envol, silencieuse et discrète. Elle monta haut dans le ciel jusqu'à être cachée dans les nuages. Elle était plus légère que Smaug, à défaut d'être aussi puissante. Cela pourrait être un avantage.

De gros nuages de désolations se rassemblaient au-dessus d'Esgaroth, comme si le ciel se préparait à pleurer le massacre qui allait advenir.

-Bien, souffla-t-elle en virant de l'aile pour se positionner face à Erebor, ces nuages seront la cache de mon embuscade. Ainsi que mon bouclier contre les flèches des Hommes.

Au loin, elle vit soudain un éclat doré grossir de plus en plus.

Gonflant ses poumons, elle prépara son four intérieur à cracher flamme sur flamme.

Elle allait combattre.


Et donc le prochain chapitre sera...riche. :3

Je dirai qu'il reste 2 chapitres + l'épilogue ce qui ferait une mini-fic composée de :prologue + 4 chapitres + épilogue ; un peu plus long que Négociations si mes souvenirs sont bons.