Hey! Je sais ça fait longtemps.^^' Sorry, j'ai eu des semaines chargées récemment.
Vous verrez, dans les parties où Andùnë est Andùn,j'ai choisi de tout mettre au masculin. Normalement je devrai procéder à une mise à jour des chapitres précédents et de Négociations aussi dans cette même optique.
Bonne lecture.^^
Chapitre 3 : La chute du roi des cieux
Bard força son allure au pas quand il approcha de la caserne. Montrer son agitation ne ferait que plonger les soldats d'Esgaroth dans la panique. Plus d'une fois, l'Homme du Lac avait levé les yeux au ciel, redoutant d'y voir une masse dorée, espérant y apercevoir un éclat de rouge. Car c'était la seule explication qu'il avait compris aux derniers dires d'Andùn : tout comme Smaug était recouvert d'écailles d'un rouge tirant sur l'or, l'étrange allié que représentait son invité devait posséder une carapace d'écarlate. Mais il n'avait rien vu. Rien hormis de gros nuages noirs qui grondaient au-dessus d'Esgaroth. Un instant, il espéra qu'ils cracheraient leurs pleurs, dans la folle idée qu'ils éteignent le feu des dragons. Puis il s'était rappelé que leurs fours intérieurs étaient trop puissants et que la pluie ne ferait que diminuer la précision des archers.
Le batelier ouvrit soudainement la porte de la caserne et ses yeux flambèrent de colère devant les soldats assis tranquillement ou vaquant à une quelconque affaire.
-Aux armes, gronda-il, les surprenant par son air sombre. Aux armes donc ! Smaug arrive.
Il eut un silence assourdissant tandis qu'ils le dévisageaient avec de grands yeux d'abord écarquillés par la surprise puis par un peur sans nom. Tremblants, ils posèrent un regard hésitant sur leurs armes, sur les lances et les arcs qui reposaient dans un coin de la pièce.
Alors Bard s'avança et cria :
-Aux armes! Il faut défendre Esgaroth!
Les soldats sursautèrent mais l'instant de flottement avait disparu. Ils sautèrent près des armes et se préparèrent à la bataille. Bard se garda bien de répéter le nom de l'ennemi qui fondait sur eux. Une fois au cœur du combat, devant l'horreur ailée qui venait, ces hommes allaient devoir faire montre de bien de courage.
Lorsqu'il ressortit de la caserne, Esgaroth était tout aussi calme que lorsqu'il y était entré, excepté l'absence des quelques personnes encore dehors, espérant apercevoir les étoiles sur le lac, qui avaient fini par rentrer dans leurs demeures tandis que les nuages noirs cachaient la voûte étoilé.
Soudain un rugissement se fit entendre, lointain et grave, et l'on aurait pu le prendre pour un grondement de tempête. Mais pas en cette nuit où Bard attendait avec crainte la venue du dragon de la Montagne. L'Homme du Lac se tendit et se tourna vivement vers Erebor : là, quelque part dans les épaisses volutes, un éclat rougeoyant trancha la nuit.
Sans attendre plus longtemps, Bard se précipita vers la maison du bourgmestre et il toqua puissamment sur les lourdes portes de poids. Des cris étouffés et des pas rapides se firent entendre avant qu'un serviteur daigne lui ouvrir.
-C'est pour..., commença-t-il avant de reconnaître le visiteur nocturne. Son air se ferma et il bougonna, refermant déjà la porte derrière lui : Quoi que cela soit, Bard, cela peut attendre le matin.
-Non point, je ne m'en repartirai pas, contredit le batelier en tendant la main pour arrêter la porte. Il plongea un regard noir sur le serviteur et ajouta : Pas sans avoir vu le bourgmestre. Allez le quérir.
L'homme pinça les lèvres, plus qu'agacé par le ton commandeur du batelier, mais l'éclat furieux qui luisait dans ses prunelles noires le convainquit d'accéder à sa demande.
-Attendez-là, dit-il en se reculant mais Bard força l'entrée.
-Je préfère attendre à l'intérieur. Hâtez-vous, le temps presse.
Le serviteur haussa les épaules et se rendit dans la chambre du bourgmestre. L'énorme bonhomme ne voulut d'abord rien entendre -ils étaient au milieu de la nuit !- jusqu'à ce que le serviteur, excédé par ces atermoiements, ne lui fasse remarquer que Bard était bien capable de venir jusqu'à la chambre pour lui parler, car il était bien déterminé à le faire.
Dès qu'il vit le bourgmestre venir à sa rencontre, sombre et peu engagé à la discussion, Bard parla sans détour :
-Smaug arrive. Il faut que vous sonniez l'alarme.
-Vous divaguez, Bard. Allons donc : me réveiller pour me faire part de vos sottes hallucinations ? Qu'avez-vous bu ce soir ? Le Roi sous la Montagne s'en est reparti reprendre sa patrie. Smaug doit être étendu mort à ses pieds désormais.
-Ou ce sont les Nains qui ont fini carbonisés par ses flammes. Je vous en conjure : sonnez l'alarme !
-Je ne vois point pourquoi je devrais réveiller nos concitoyens alors que rien n'indique que Smaug vient à Esgaroth.
Alors Bard n'y tint plus et, attrapant le bras du bourgmestre, il le tira au dehors. Là il pointa le bras vers l'endroit où il avait vu la lueur apparaître.
-Regardez !, ordonna-t-il. Regardez donc.
Et des rugissements se firent à nouveau entendre, bien plus forts et terribles qu'auparavant, et Bard comprit qu'Andùn se trouvait également là-bas et qu'il avait commencé le combat contre Smaug. Le ciel s'embrassa, d'un rouge doré sur le noir de la nuit, dévoilant une forme écailleuse aux allures terrifiantes.
-Le dragon arrive, ou je suis un sot! cria Bard. Coupez les ponts! Aux armes ! Aux armes !1
Il en avait oublié le bourgmestre qui, d'ailleurs, était trop tétanisé pour réagir. Alors il prit les choses en main et organisa la défense d'Esgaroth, son autorité naturelle, à défaut de l'autorisation du bourgmestre, satisfaisant les autres hommes dans la panique montante.
Enfin les trompettes sonnèrent, réveillant les gens d'Esgaroth, interrompant les quelques chants de réjouissance.
Concentré à sa tâche, Bard essayait d'oublier la terrible vision que le feu avait révélé. Il n'y avait pas qu'un dragon à venir à Esgaroth et à cracher le feu au-dessus de la ville. Ce qu'il avait vu, ce qui avait sûrement contribué à figer d'effroi le bourgmestre, c'était deux dragons enchevêtrés dans un corps à corps meurtrier. Et Bard se demandait si ce titanesque duel n'allait pas détruire la Ville du Lac plus facilement que les seules flammes de Smaug.
L'allégresse courait dans les veines de Smaug tandis que ses immenses ailes fouettaient l'air, défiant la pesanteur, rappelant par leurs effrayants battements qu'il était roi dans les cieux. La présence de voleurs dans sa montagne n'avaient pas eu que de mauvaises conséquences. Il lui était agréable de voler à nouveau et de penser à la mort qu'il allait bientôt abandonner.
Ricanant joyeusement dans le vent, le dragon doré gronda de sa voix caverneuse, pour entendre ces doux mots chantonner à ces oreilles à défaut que ses ennemis ne les entendent :
-Je suis le feu. Je suis la mort.
Il n'y avait rien de plus vrai, pensait-il, souriant de toute sa dentition. Mais il lui sembla entendre une réponse, rapportée par le vent, par une voix qu'il avait cru ne plus jamais entendre.
- Non, Smaug, je suis le feu. Et je vais faire en sorte que la mort fonde sur toi.
La surprise le fit s'arrêter et faire du surplace. Ses naseaux inspirèrent profondément, cherchant dans l'air, sa langue darda, goûtant le vent, ses oreilles frémirent, guettant tout autour. Mais il ne trouva aucun signe de son odeur ou de sa présence. Andùnë était partit depuis longtemps, même s'il ne savait pas exactement quand. Pas plus d'une année sûrement. Le grand dragon secoua la tête de droite à gauche. La dragonne était exaspérante de venir l'embêter dans son moment de grandeur joyeuse.
Occultant la moindre pensée relative à sa comparse, Smaug reprit sa progression, plus déterminée que jamais car désormais une nouvelle colère, dont il ne trouvait pas la cause, emplissait son esprit. Il voulait mordre et déchiqueter, déchirer et dévorer, enflammer et détruire. Et il ferait tout cela à Esgaroth. Après tout, il devait punir ces Hommes du Lac pour avoir osé aider ces sales voleurs qui s'étaient introduits dans sa montagne.
Et, tout entier concentré sur la ville qui se dévoilait en contrebas, il ne la vit pas arriver. L'attaque se concentra sur l'articulation de son aile droite et il ne put éviter de pousser un glapissement mi-surpris mi-douloureux quand des crocs aiguisés se plantèrent dans la zone aux écailles plus tendres. Il fit violemment demi-tour, et crut toucher son adversaire avec son ergot, mais il ne trouva que le vide en face de lui. Son agresseur s'était volatilisé. Grondant en continu, tel un orage sur le point d'éclater, Smaug tourna sa tête vers son aile. L'utiliser était douloureux et une estafilade saillait mais son instinct, et la dureté de sa carapace, lui avaient fait éviter l'arrachement complet.
Alors il sut.
Une telle blessure n'avait pu être faite que par un dragon. Un dragon capable de l'approcher suffisamment pour le faire. Un dragon souple, rapide, rusé et plus petit que lui. Un dragon dont il ne se méfiait pas de l'odeur, la croyant issu de son esprit seul.
Il s'était trompé. Andùnë était bien là. Andùnë lui avait promis la mort. Et elle venait de l'attaquer.
-Où es-tu, chère, chère Andùnë ?, ronronna-t-il, la colère toujours présente en lui malgré son ton mielleux. Je te croyais partie loin d'ici. Pourquoi es-tu revenue ?
Mais seul le vent lui répondit, sans être chargé de la voix de la dragonne. Son odeur l'enveloppait. Maligne, Andùnë avait déjà marqué l'air de son odeur tout autour de lui. Il ne pouvait la localiser ainsi. Et les nuages la cachaient à sa vue.
-Superbe, reprit-il, la colère se dissipant devant l'ingéniosité de la dragonne. Ton intelligence est toujours aussi merveilleuse, ma chère. Je l'ai toujours admiré depuis ce jour où nous avons chassé ensemble. Tu te sais plus faible que moi alors tu utilises le terrain à ton avantage pour combler cette différence. Splendide.
Tout en parlant, le dragon fouillait chaque recoin de chaque nuage. Mais Andùnë lui restait invisible. Un moment il se demanda si elle n'avait pas utilisé son étrange pouvoir pour prendre une forme plus petite mais il se rappela la dose de concentration qui lui était nécessaire pour cela. Toute douée qu'elle soit, Andùnë ne devait sûrement pas arriver à changer de forme assez rapidement pour l'utiliser de façon utile en combat.
Un léger mouvement attira son attention. Les nuages bougeaient dans son dos.
Le dragon se retourna vivement et intercepta la gueule de son adversaire dans un claquement sonore. Les crocs tintèrent les uns contre les autres. L'élan d'Andùnë était tel que la dragonne, arrêtée en pleine attaque, se fracassa contre Smaug, griffes et ergots en avant. Et si ces derniers ne firent aucun dégât, échouant à percer la carapace, Smaug fut bien trop lent à réagir et les flammes d'Andùnë s'engouffrèrent dans sa gorge. Il hurla de douleur et se dégagea sèchement, renvoyant le corps de la dragonne loin de lui. Mais déjà elle était à nouveau sur lui et crachait sur sa face son souffle brûlant. Aveuglé par l'éclat, Smaug recula en fouettant l'air de sa queue et de ses ailes. Andùnë ne recula pas et, attrapa la queue de son adversaire dans ses mâchoires, en un mouvement adroit qui indiquait, si tel n'était pas déjà le cas, qu'elle maniait l'art du combat bien mieux que son ennemi. Avant que Smaug ne finisse de se demander ce qu'elle comptait en faire, deux puissants coups d'ailes la menèrent à passer par-dessus le corps de Smaug, tordant la queue dans un mouvement aussi douloureux que déséquilibrant. Et elle alla jusqu'au bout de son idée, jusqu'au moment où un craquement sinistre se fit entendre. Sous le coup de la douleur, Smaug rejeta la tête en arrière et attrapa l'une de ses pattes sur laquelle il tira violemment. Un autre craquement retentit et les deux dragons hurlèrent de concert.
Et ils crachèrent leurs flammes l'un sur l'autre, essayant de calciner, de faire fondre les écailles, dans un rouge aussi aveuglant que la colère dans laquelle ils étaient tombés.
Ils dégagèrent leurs corps enchevêtrés sans cesser de souffler. Mais Andùnë était plus âgée et plus expérimentée. Ses flammes surpassèrent celles de Smaug qui dut rompre l'engagement pour éviter la langue de feu qui alla s'écraser quelque part dans les nuages.
-Andùnë !, rugit Smaug alors que la dragonne avait de nouveau disparu dans lesdits nuages. Pourquoi m'attaquer ? Nous sommes de la même race ! N'était-ce pas ce que tu disais, argumentant avec ton cœur plutôt qu'avec ton corps ?! Cessons ce combat dénué de sens. Tu ne peux gagner ! Tu as pour toi ton souffle et ton intelligence mais l'un comme l'autre sont limités. Tu perdras contre ma force et ma carapace. Ne gaspilles donc pas ta vie pour protéger quelques Humains qui n'hésiteraient pas à te percer le flanc de leurs flèches acérées!
-Je ne le fais pas pour eux, lui répondit la voix de la dragonne, perdue dans les nuages. Intrigué, il n'attaqua pas, quand bien même avait-il perçu sa position pendant quelques fractions de secondes.
-Je le fais pour moi, reprit Andùnë, toujours en mouvement. Je le fais pour arrêter de douter ! Tant que je n'ai pas tourné la page de notre histoire commune, jamais je ne pourrai aller de l'avant. Si je dois te tuer pour le faire, sache, Smaug, que je le ferai.
-Si tu y arrives. Et tu n'es pas assez forte.
-Tu mourras Smaug.
Elle lui fit soudain face, révélée à sa vue, et il vit les dégâts qu'il avait causé par leur précédent affrontement. Ses écailles étaient roussies et en de nombreux points entaillées. Quant à la patte blessée, elle pendait le long de son corps, brisée et ensanglantée. Mais il n'y avait nulle peur dans les yeux de la dragonne ; juste une résignation teintée de tristesse.
-Tu mourras, répéta-t-elle. Je t'ai vu mourir. Tu mourras mais pas de mon fait. Crains les Hommes du Lac, Smaug, car la morsure de la mort viendra d'eux. Détourne-toi de ce chemin et peut-être vivras-tu.
Elle se tut et tourna le tête sur le côté. Sa voix se fit plus douce.
-Mon offre tient toujours.
Et, comme cette fois là, un an auparavant, il douta. Il se rappela les rêves qui avaient suivi leur discussion. Des rêves non pas d'or mais de liberté et d'aventure. Il se rappela les écailles rouges qu'il entrapercevait toujours à ses côtés, sans jamais voir complètement leur propriétaire. Et, alors qu'il dévisageait la dragonne, belle et intrépide, la carapace certes un peu abimée, mais en tout point représentative de la force et la magnificence accordées aux dragons, la pensée que ce n'était peut-être pas une vie d'errances sans fin et sans but, comme il l'avait toujours cru, mais plus une vie de vols sans limite et d'inconnus lui vint, ravivant d'anciennes envies qu'il pensait à jamais enfouies loin, très loin, dans son esprit.
-Viendras-tu avec moi ?, demanda Andùnë avec une note d'espoir dans la voix. Smaug se rendit compte qu'il s'était avancé vers elle, prêt à se ranger à son avis, abandonnant ses projets de vengeance, ses pensées morbides à l'encontre des voleurs, son désir toujours croissant de l'or. Son or.
Il se braqua soudain et l'inquiétude revint danser dans les prunelles dorées de la dragonne. Dorées. Comme son or. Comme les coupes, les bijoux et les pièces. Et ces éclats blancs qui y miroitaient en fonction d'où venait la lumière. Comme les perles et les diamants. Mais il manquait le vert des émeraudes, le rouge des rubis et le bleu des saphirs. Son trésor. S'il partait, il allait être dilapidé, pris par des voleurs sans scrupules... ces Nains! Ces Nains qu'il avait laissé en vie, pris comme des rats, au sein même de leur si chère Montagne, tandis qu'il allait punir leurs complices, ces Hommes du Lac.
Il découvrit les dents.
-Smaug ?
La Ville du Lac! Andùnë sentait ses fragrances, elles la recouvraient toute entière. Andùnë avait résidé à Esgaroth. Andùnë défendait les Hommes du Lac en s'opposant à lui, ici et maintenant.
Un grondement sourd lui échappa. Long. De plus en plus fort.
-Est-ce ta réponse ?
Il n'entendait plus la dragonne. Tout ce qui sortait de sa bouche n'était que mensonges. Andùnë était complice avec eux. Avec les Hommes du Lac. Avec les voleurs. Elle était complice de leur odieux crime. Ce qu'elle voulait depuis le début, c'était son trésor. Rien de plus.
Alors il fit de qu'il devait faire devant tout voleur : il attaqua.
Andùnë était inquiète. Sa patte était devenue inutile après l'attaque de Smaug et elle avait presque usé de la totalité de son souffle pour vaincre Smaug dans leur lutte enflammée. Et, sans ses flammes, elle n'avait plus aucune chance contre le grand mâle doré. Ses griffes et ses crocs n'arriveraient jamais à percer sa dure carapace.
Elle avait cru le convaincre cette fois-ci. Il s'était troublé à ses mots et avait esquissé un geste vers elle. Andùnë avait senti l'espoir inonder son âme : ses arguments, énoncés un an auparavant, avaient peut-être faits leur chemin ?
Puis elle avait vu son regard changer, devenir plus dur que la pierre, se teinter des couleurs de la colère. Elle l'avait appelé, essayant de le sortir de la spirale de ses pensées, en vain. Il avait découvert les crocs et il avait grondé. Longuement. Puissamment.
Alors elle avait compris qu'elle avait échoué encore une fois et qu'elle avait encore perdu contre l'or dont l'attrait n'était que trop prononcé chez lui.
Et quand Smaug l'attaqua, plus vif et sournois, avec le désir certain de la tuer, tout comme l'autre fois, elle était prête.
Elle accueillit les mâchoires cruelles avec ses propres mâchoires et les tint éloigner de sa gorge vulnérable. Les ergots lui déchirèrent les flancs, perforant ses poumons, tandis qu'il s'agrippait à elle. Elle parvint à arrêter les assauts des griffes sur trois des pattes mais la quatrième passa et lui laboura l'encolure, le cou, la gorge, tout ce qu'elle pouvait atteindre. Et ses écailles ne résistaient en rien fasse à leur assaut. Et quand il fut bien accroché à elle, elle qui les soutenait tous deux de ses seules ailes, leurs poids conjugués qui tombèrent sur ses articulations furent trop douloureux.
Ils chutèrent.
Et c'était exactement ce que Smaug voulait. Profitant du moment d'égarement d'Andùnë, paniquée par la soudain perte de contrôle sur ses ailes, il se dégagea de la poigne de ses mâchoires et fracassa sa tête que la sienne. Le choc fut terrible et les écailles rouges volèrent par dizaine. Andùnë gémit faiblement, trop assommée pour hurler, ou même réagir lorsque les mâchoires revinrent à l'attaque et se refermèrent sur sa jugulaire.
Un dernier sursaut d'instinct conservateur jaillit dans son esprit embrumé par la douleur, assez fort pour la pousser à balancer sa queue contre Smaug. La pointe claqua contre les écailles du ventre, d'abord une fois sans rien entamer, puis une seconde fois, celle-ci victorieuse. Car, à moins que sa vision floue ne l'ait abusée, c'était bien quelques gouttes de sang qui venaient de perler suite à son coup.
Un rictus étira ses lèvres et elle siffla, la voix étranglée par la prise de Smaug :
-Ton orgueil te perdra.
Mais il ne l'étendit pas - ou du moins ne l'écouta pas. Alors, l'esprit plus clair, Andùnë réussit à envoyer sa queue en plein dans l'un des naseaux de Smaug, le faisant à la fois glapir et lâcher sa prise. Usant de ses dernières forces, elle se libéra de ses ergots et de ses griffes et battit violemment des ailes pour l'éloigner d'elle alors qu'elle s'enfuyait en toute hâte retrouver la sureté des nuages.
Pour couvrir sa fuite, elle cracha ses dernières flammes dernières elles et la fumée qu'elles dégagèrent camouflèrent son odeur le temps qu'elle quitte les environs.
Elle ne sut jamais ce qui l'empêcha de s'évanouir en plein vol, s'écrasant de ce fait après une chute mortelle, même pour un dragon, mais seulement une fois qu'elle se soit à moitié avachie sur le sol, quelques kilomètres plus loin, entre deux collines, sûrement près de Dale.
Mais elle sut parfaitement reconnaître la culpabilité alors que la vision d'Esgaroth en flammes et de Fràin, Bard et ses enfants morts dans la fournaise vint danser sous ses paupières avant que le noir de l'inconscience ne l'en délivre.
Un battement sourd tambourinait dans sa tête. Andùnë grogna doucement et releva sa tête qu'elle secoua pour tacher de retrouver un esprit plus clair. Mais son mouvement ne lui arracha qu'une nouvelle vague de douleur et un gémissement en écho. La dragonne resta prostrée quelques secondes, laissant son mal refluer, puis elle se redressa avec difficulté. Tout son corps lui faisait mal. Sa peau était découverte à de nombreux endroits tant sa carapace était entamée. Quant à sa patte, sa guérison allait nécessiter de nombreuses semaines de repos.
-Je n'ai pas ce luxe, murmura Andùnë en tournant la tête vers Esgaroth. Elle ne savait pas combien de temps elle s'était évanouie mais une aube blafarde se levait. Pourtant le ciel était si sombre.
Assombri par des volutes de fumée noire.
-Esgaroth !, souffla Andùnë et son estomac se tordit sous une vague de souffrance. Elle avait échoué à arrêter Smaug et la Ville du Lac n'était maintenant qu'un vague souvenir emporté par les flammes et les crocs du grand dragon.
Alors qu'elle laissait retomber sa tête au sol, se morfondant sur son échec, des éclats de son rêve apparurent derrière ses paupières fermées. Certes, elle avait vu Esgaroth brûler. Mais elle avait aussi vu Smaug tomber, abattu par un archer dont la bravoure n'avait d'égale que sa précision à l'arc.
Les yeux se rouvrirent soudain, choqués, et la tête se releva, à nouveau tournée vers Esgaroth.
-Bard, murmura Andùnë en se relevant, ses grandes ailes s'ouvrant en grand. C'est Bard qui a tué Smaug. Je dois m'en assurer.
Elle ramena sa patte blessée contre elle et s'appuya sur les trois autres pour prendre son envol. Bientôt la Ville du Lac fut en vue et elle prit encore plus d'altitude pour éviter d'être vue par les Hommes qui s'affairaient en bas. Au moins quelques habitants d'Esgaroth avaient-ils survécus à l'attaque de Smaug. Elle n'en ressentit pourtant que peu de joie car ils avaient perdu leurs maisons et l'hiver était là. Survivre allait être difficile.
Virant de l'aile, la dragonne contourna le camp de fortune que les survivants avaient dressé et continua sa route vers les restes calcinés de la Ville du Lac. Comme elle s'en était moquée, un an plus tôt, le bois avait pris à grande vitesse et la ville avait brûlé dans presque toute sa totalité.
Et enfin, elle le vit. Effondré dans les eaux du lac, l'or de ses écailles ternies par le feu et l'eau, Smaug gisait sans vie, délesté de son ancienne grandeur. Mais son mal restait. Elle le sentait dans l'air. Cette partie du lac ne serait plus visitée avant de longs siècles.
Andùnë se posa sur l'eau avec douceur et nagea jusqu'à atteindre Smaug. Elle avait en tête l'idée de lui adresser quelques mots d'adieux, quand bien même ne les auraient-ils pas entendus, mais ses plans changèrent quand elle capta un mouvement infime de la cage thoracique. Elle se figea, ne sachant que faire. Puis elle ramena la tête de Smaug hors des eaux. Il n'en avait plus pour très longtemps de toute façon alors autant lui parler avant qu'il ne trépasse.
-Andùnë, crachota le grand mâle en ouvrant des yeux las. Alors la dragonne perdit son air dur et passa son museau sur la joue de son comparse en une caresse douce.
-Je t'avais prévenu, murmura-t-elle, sans bouger de sa place. Il ricana et le geste sembla lui arracher tout le souffle qui lui restait.
-Oui, acquiesça-t-il. Comment le savais-tu ?
-Je l'ai rêvé. C'est la seule raison qui m'a fait revenir. J'étais partie chercher les nôtres loin, très loin à l'Est.
-Les as-tu trouvé ?
Il y avait tellement d'espoir dans cette question qu'Andùnë fut tentée de mentir mais elle chassa cette pensée, trop cruelle. Malgré son état, Smaug détecterait le mensonge dès qu'elle l'énoncerait.
-Pas encore, préféra-t-elle répondre. Mais il restait encore un immense horizon oriental à visiter avant que je ne fasse demi-tour. Ils sont quelque part là-bas. Je les trouverai.
Il sourit et referma les yeux. Andùnë sentit qu'il partait et elle ne put retenir un gémissement angoissé. Elle avait tenté de le tuer à peine quelques heures auparavant et il avait presque réussi à le faire. Mais il représentait tout de même le seul autre dragon qu'elle connaissait. Dès qu'il serait mort, elle serait seule.
-Tu aurais pu venir avec moi, pleura-t-elle. Elle avait peur. Peur d'être la dernière de son espèce, à jamais condamnée à la solitude. L'espoir fou de trouver d'autres dragons s'étiolait devant l'imminence de la mort de l'un d'entre eux, soit-il maléfique.
-J'aurai pu, convint Smaug qui se rappelait ses doutes, mais l'or m'avait tout entier, Andùnë. J'étais perdu depuis le départ. Pars maintenant, brave et splendide Andùnë, pars et continue ta quête. Tu trouveras certainement.
Sans répondre, ne sachant trop que dire, elle lui caressa une nouvelle fois la joue et sentit son dernier souffle le quitter. Doucement, elle laissa retomber sa tête sous l'eau et entreprit de pousser le reste du corps vers un lieu plus profond. Silencieuse et prostrée, elle resta à regarder la lente immersion de la dépouille de ce qui fut Smaug le Doré, grand dragon aux flammes brûlantes, terrifiante bête dormant sur un lit scintillant.
Et, pendant ce temps, elle se remémora le petit dragonnet, déjà orgueilleux et sournois, le partenaire de chasse, agile et efficace, le roi sous la montagne, arrogant et splendide, l'adversaire, mortel et fort.
Et elle les pleura tous, longuement, ses cris et gémissements résonnant parmi les ruines désertes de la Ville du Lac.
Bard était harassé. La nuit avait été longue et difficile. Smaug avait déferlé sur Esgaroth, beaucoup étaient morts sous ses flammes et, sans les murmures d'une grive, il doutait qu'il y aurait aussi survécu. Après l'horreur ailée était venue la tâche ardue de monter un camp de fortune pour abriter les survivants. Malgré tous ses efforts, il avait échoué à sa tâche. Nombreux étaient ceux qui manquaient d'abri et grelottaient de froid. S'y rajoutait un manque de nourriture qui allait les condamner s'ils ne recevaient pas de l'aide dans les prochains jours. Mais Bard avait encore l'espoir de voir venir les Elfes de Mirkwook auxquels il avait fait envoyer des messagers.
Et il y avait une autre source d'inquiétude. Partout il entendait des rumeurs de trésor sans gardien car Smaug gisait dans le lac et les Nains avaient sans doute péri sous ses flammes. On parlait d'aller s'emparer de l'or et des joyaux, en dédommagement des dégâts causés par le dragon, et de vivre dans l'opulence pour les décennies à venir. Toutefois, le batelier, devenue le héros tueur de dragon, avait réussi à calmer les ardeurs de ses pairs, prétextant que le trésor ne bougerait pas d'un pouce.
Bard souleva le pan de peau de la petite tente qu'il avait réussi à dénicher pour garder sa famille à l'abri des intempéries et s'engouffra à l'intérieur. Sigrid dormait encore, la petite Tilda lovée dans ses bras. Bard sourit en dégageant une mèche qui était retombée sur son visage. La jeune femme avait travaillé toute la nuit à panser les plaies de ceux qui avaient été blessés lors de l'attaque. Bain dormait lui aussi, enroulé dans une couverture, deux pas plus loin. Seul Fràin était éveillé et il le regarda avec de grands yeux rougis. Glaer l'avait ramené au camp après l'attaque et certaines personnes avaient eu de mauvaises langues à l'égard d'Andùn, étrangement absent. On murmurait qu'il était allié au dragon, un type pas net, pas naturel même, sûrement pas humain. L'enfant n'avait pas apprécié voir son protecteur être ainsi déprécié.
-M'ssire Andùn est r'venu ?, demanda le garçon, la voix enrouée par trop de sanglots. Bard se baissa à sa hauteur et lui ébouriffa les cheveux.
-Ne t'en fais pas, petit, lui dit-il. Andùn ne s'est pas enfui. Je le sais : il me l'a dit.
Bard marqua une pause, hésitant à dire la suite. Puis il se dit que la vérité ne ferait pas plus de mal que les mensonges colportés par les rumeurs.
-Il est allé essayer d'arrêter Smaug, avoua-t-il. Les yeux de l'enfant s'écarquillèrent avant que de grosses larmes n'y perlent. Puisque Smaug était venu, il y avait peu de chance qu'Andùn ait survécu à une rencontre avec lui.
-Ecoute, petit..., essaya de le rassurer Bard. Ecoute, Fràin, je ne crois pas qu'Andùn soit mort. Il me paraît bien trop intelligent pour être tombé sous les coups de Smaug.
-Mais Smaug est fort, objecta Fràin d'une petite voix, trop fort.
-Qui a dit que je ne pourrai pas lui survivre ?
La voix était rauque et basse, comme si son propriétaire avait crié jusqu'à s'en faire mal, mais c'était bien celle d'Andùn. Bard se redressa, presque bousculé par Fràin qui se jeta sur Andùn duquel il entoura la taille de ses bras frêles. Le batelier fronça les sourcils en avisant le bras droit de l'étranger, tordu en un angle bizarre et recouvert d'une étoffe déchirée et ensanglantée.
-Z'êtes r'venu, m'ssire, pleura Fràin en resserrant sa prise. Z'êtes r'venu. Ils disent que vous êtes un ami du dragon. Ils disent que vous êtes enfuis. Mais c'pas vrai, m'ssire, hein c'pas vrai ? Moi j'sais que c'pas vrai !
-Je comprends mieux les regards noirs, murmura Andùn en soulevant l'enfant de son seul bras valide. Fràin remarqua enfin son bras blessé et tendit une main hésitante vers lui, une nouvelle cascade de pleurs dévalant sur ses joues.
-Smaug ?, questionna Bard en revenant avec du matériel de soin. Andùn acquiesça et s'assit à l'opposée de l'endroit où les autres enfants dormaient, ne voulant pas les réveiller.
-Je n'ai pas réussi à le convaincre, souffla Andùn, las et triste. L'or a été plus fort.
Bard et Fràin se figèrent tout deux à la vue des sillons humides qui jalonnaient les joues de l'étranger.
-Vous pleurez, m'ssire ?, remarqua Fràin, la voix tremblante. Voir cet homme, qu'il avait toujours vu fort et sûr de lui, totalement défait et en pleurs faisait vaciller les fondements mêmes du monde qu'il croyait connaître.
-Smaug a besoin que quelqu'un pleure pour lui affirma Andùn. Fràin afficha un air surpris et Bard se renferma. Andùn continua sur sa lancée, parlant dans le vide.
-Quelqu'un qui le comprenne...J'aurais pu être à sa place.
Sans mot dire, Bard s'approcha de l'étranger, la mine soucieuse tant il paraissait hors du monde, et entreprit de lui enlever sa chemise. Andùn finit par prendre le relais et enleva son bras brisé de la manche sans même grimacer alors que le mouvement aurait dû être douloureux.
-Sentez-vous la douleur ?, s'enquit Bard en auscultant le membre blessé. Andùn acquiesça distraitement d'un mouvement de la tête. Bard retourna à son étude et grimaça en comprenant l'étendue des dégâts : l'épaule était déboitée, les muscles déchirés et les os fracturés à plusieurs points.
-Comment vous êtes-vous fait une telle blessure ?, souffla-t-il en s'écarta d'Andùn. C'est au-delà de mes capacités.
Andùn clignota des yeux plusieurs fois, sans répondre, et s'affaissa à terre. Il eut juste le temps de marmonner quelque chose à propos de laisser les choses en état, qu'il allait soigner tout seul, avant que le sommeil ne le happe.
Bard le regarda avec inquiétude. Le combat avec Smaug semblait avoir laissé autant de blessures psychiques que physiques.
-Fràin, dit-il, sortant l'enfant de son silence angoissé, cours me chercher de l'eau propre.
Il le regarda quelques secondes sans réagir avant de détaler hors de la tente. Bard vérifia que ses propres enfants dormaient puis retourna son attention sur l'homme blessé étendu à ses côtés. Alors, déterminé, il empoigna l'épaule et le bras et les remit sèchement en place. Il entreprit ensuite de réduire les fractures du mieux qu'il pouvait et désinfecta les plaies ouvertes avant de bander le tout. Il ne pouvait rien faire de plus.
-Va-t-il s'en sortir ?, questionna Fràin qui venait de revenir avec une cruche pleine d'eau. Bard lui fit signe de remplir le bol dont il venait de vider l'eau devenue rouge suite aux soins.
-Je crois que oui, assura-t-il en trempant un bout de tissu dans l'eau avant de nettoyer le visage d'Andùn. C'est un être de magie.
Fràin voulut alors s'occuper du débarbouillage sommaire de son protecteur et prit d'autorité le bol et le linge des mains de Bard. Le batelier le laissa faire et sortit sans plus attendre, craignant de trouver une foule hostile postée à sa porte. Andùn avait parlé de regards noirs et les rumeurs des dernières heures n'arrangeaient pas ses craintes. Mais ses concitoyens étaient encore trop choqués par l'attaque de Smaug pour penser à autre chose que panser leurs blessures.
Les problèmes survinrent dès le lendemain. Le bourgmestre vint en personne demander l'arrestation d'Andùn qu'il accusa d'avoir trahi la confiance des autorités d'Esgaroth, d'être un allié de la bête de la montagne, d'avoir encouragé les Nains dans leur mission impossible et ainsi de s'être rendu coupable de l'attaque de Smaug sur le Ville du Lac.
-Laissez-le donc, plaida Bard et beaucoup l'écoutèrent avec attention. Il est blessé et a besoin de repos, comme nous tous. Andùn n'était peut-être pas présent lors de la venue du dragon mais pour une bonne raison : il était parti tenter de l'arrêter.
-L'arrêter, vraiment ?, se récria le bourgmestre, faisant passer tout son mépris dans ces deux mots. Cela a bien réussi, ah oui ! Smaug n'est pas le moins du monde venu brûler ma belle ville !
-Regardez-donc ! s'irrita le batelier. Le dragon s'est avéré plus fort que lui et le voilà blessé.
Le bourgmestre rejeta l'argument d'un simple mouvement de la main. Il comptait bien rétablir son autorité ici même. La nouvelle popularité de Bard ne lui plaisait pas le moins du monde. Il devait y mettre fin dès maintenant. Et le batelier lui offrait une occasion en or en s'opposant à l'arrêt de l'étranger, parfait bouc émissaire des malheurs des Hommes du Lac.
L'homme en question s'avança alors, coupant Bard qui allait continuer sa plaidoirie. Le bourgmestre ne put retenir un frisson lorsqu'il croisa les yeux de l'étranger, si las qu'ils en paraissaient morts.
-Je ne me laisserai pas capturer, dit-il et, même s'il n'haussa pas la voix, il fut entendu par tous. Mais je ne troublerai pas la paix précaire que vous avez trouvé après les flammes de Smaug. Je m'en vais donc. Vous n'aurez plus à vous soucier de moi.
-Oui, c'est cela, renchérit le bourgmestre, trop ravi de le voir détaler sans s'opposer à lui. Vite avant que vous ne nous apportiez que plus de malheurs.
Puis il s'en alla dignement rejoindre ses quartiers et la foule se désagrégea rapidement. Bard se rapprocha d'Andùn et lui demanda en aparté :
-Etes-vous sûr ?
-Parfaitement, lui répondit l'étranger, guère ébranlé par les évènements. Ma magie ne résistera pas aux yeux d'un Elfe aussi vieux et sage que l'est le roi Thranduil de Vertbois-le-Grand. Il devinera ma nature et je suis trop faible pour combattre des Elfes. Je m'en vais donc avant que n'arrivent les renforts que vous avez demandé.
-Alors je vous souhaite bonne route. Par où partirez-vous ?
-Vers l'Est, répondit Andùn et il y avait tellement d'espoir dans sa voix que Bard comprit sans peine l'importance de cette destination. Importance qui se dessina aux prochains mots de l'étranger:
-Ma quête a toujours été de rechercher les miens. Smaug est mort désormais. Plus rien ne me retient à l'Ouest.
Andùn se tourna alors vers la tente où les enfants attendaient patiemment. Son regard se troubla en tombant sur Fràin. Il n'aimait pas le choix qu'il devait faire.
-Puis-je vous demander de prendre soin de lui ?, dit-il d'une voix basse, presque en une supplique.
-Il n'aimera pas ce choix, remarqua Bard qui avait pris connaissance du caractère têtu du garçon.
-J'ai déjà plusieurs siècles derrière moi, Bard, et bien d'autres m'attendent. Un enfant d'Humain ne peut vivre avec un dragon.
-Vous avez sans doute raison.
Andùn se détourna alors et siffla Glaer sur lequel il se jucha sans regarder en arrière. Mais son ouïe lui rapporta le mouvement soudain de Fràin, empli de panique, alors qu'il le devinait prêt à partir.
-Adieu, dit-il, assez fort pour être entendu par l'enfant.
-Non, m'ssire!, pleura l'enfant en se mettant à courir vers eux, vite arrêté par Bard. Me laissez pas ! M'ssire !
Ignorant ses cris déchirants, Andùn talonna les flancs de Glaer et l'étalon gris partit au galop. Bientôt homme et cheval disparurent dans un nuage de poussières.
Ne vous inquiétez pas, il y a encore un chapitre et un épilogue de prévu.^^
1:p 352, le Hobbit annoté, JRR Tolkien
