Hi! Je reviens après un long moment avec le chapitre 4 de cette fanfic. Finalement il ne sera pas le dernier mais l'avant dernier. Comme la Bataille des Cinq Armées n'est pas encore sorti, ce chapitre s'appuie beaucoup sur le livre et il y a des passages directement tirés. Ils seront en gras et référencés. Attention ! Il y aura des spoilers pour les personnes n'ayant pas lu le livre.

Bonne lecture. :3


Chapitre 4 : Attirance, Folie et Armées

Le soleil ne s'était couché que déjà les remords assaillaient Andùnë. Elle les combattait depuis son départ, essayant de se convaincre qu'elle n'était pas en tort, mais, rien à faire, le visage en pleurs de Fràin la hantait. Ils allaient lentement, car elle n'avait le cœur à se hâter, et ils étaient encore dans les plaines bordant le Lac.

-J'ai pris la bonne décision, dit-elle à Glaer. L'étalon souris rebiffa en tapant violemment le sol de ses sabots. Il ne faisait que sentir, et réagir, à la nervosité de son cavalier mais Andùnë prit cela comme un reproche à son encontre. Elle soupira et Glaer s'arrêta en sentant son poids s'alourdir sur son dos.

-Cet enfant doit vivre parmi les siens, affirma Andùnë. Allons ! Reprenons notre route ; elle est encore longue.

Mais soudain un son lointain de cor déchira le ciel de crépuscule. Glaer se cabra et fouetta l'air de ses sabots, pris par surprise, tentant d'abattre un ennemi invisible. Andùnë s'accrocha tant bien que mal à sa crinière et aux rênes, serrant les jambes pour ne pas chuter suite au brusque mouvement de sa monture. Son bras blessé se rappela alors à elle et elle gémit sourdement, la vision floue.

Elle crut donc que ses yeux lui jouaient des tours lorsque le ciel tourna brusquement au noir alors que le soleil n'avait encore fini sa course dans l'ouest. L'excitation inhabituelle de Glaer lui fit reconsidérer les choses. Elle se redressa brusquement sur la selle et fit reculer l'étalon jusqu'à ce qu'ils soient cachés derrière un rocher. Sa prudence n'était pourtant pas nécessaire. Quoi qui vienne vers eux était encore loin.

L'odeur âcre des Orcs vint alors chatouiller ses narines et elle souffla pour l'évacuer. Une grimace tordit son visage tant leur puanteur était grande. D'autant plus que s'y rajoutait celle des Wargs. Leurs odeurs portaient loin et étaient assez forte pour laisser deviner leur grand nombre.

-Où vont-ils ? se demanda la dragonne. Un hoquet de stupeur lui échappa.

Sans qu'aucun doute ne soit possible, l'armée s'en allait vers Erebor.

-L'or attire de biens sombres créatures, commenta-t-elle sèchement. Son regard s'accrocha à l'horizon, là où la Montagne Solitaire perçait le ciel, et son ancien élan revint la titiller. Si elle ne faisait rien, les Hommes d'Esgaroth allaient devoir affronter ces Orcs et ces Wargs. Affaiblis, endeuillés, sans maison et avec peu d'armes, ils couraient au massacre.

-Nous devons les prévenir !

Andùnë fit volter Glaer et le lança au galop sur le chemin qu'ils avaient emprunté quelques heures plus tôt. De leur vélocité pouvaient dépendre les vies des quelques centaines d'habitants qui peuplaient la Ville du Lac.

La nuit était tombée lorsqu'elle atteignit le camp de fortune que les gens du Lac avaient bâti après la ruine d'Esgaroth. Andùnë pesta en avisant les restes épars qui gisaient ici et là. Les Hommes du Lac s'en étaient déjà partis. Elle pensait savoir où.

Après tout, Smaug était venu par la faute des Nains d'Erebor et il était plus que probable qu'ils soient morts. Les Hommes du Lac ne pouvaient qu'être allé récupérer le trésor orphelin, eux qui n'avaient plus rien.

-Mais ils ne savent pas que la mort fond sur eux, murmura Andùnë. Allez !

Glaer bondit en avant. L'endurant cheval du Rohan avalait les distances comme s'il ne s'était agi de rien. Sur son dos, au contraire, Andùnë faiblissait. Les blessures octroyées par Smaug la lançaient et la fatigue n'arrangeait rien. Elle espérait que les Hommes du Lac ne l'attaqueraient pas à vue.

Bientôt la Montagne Solitaire se dressa devant eux et elle ralentit Glaer, ne voulant pas qu'il se brise une patte sur le terrain accidenté. Comme elle l'avait deviné, les Hommes du Lac avaient rejoint Erebor mais ils campaient devant les portes du royaume des Nains.

-Ils sont en vie, réalisa la dragonne. Elle fronça les sourcils. Il lui paraissait étrange que les portes soient fermées si la Montagne était habitée.

-A moins que la folie de l'or n'ait touché le descendant de Durin.

Un soupir lui échappa. L'or de cette montagne n'avait engendré que du malheur. Elle, qui était une dragonne, n'en avait pas voulu. Et voilà que quatre peuples allaient se disputer pour lui.

-Quel voyageur erre en solitaire sur ces terres désolées à l'approche de l'hiver ?

Au son de la voix mélodieuse et de la corde tendue d'un arc, elle rajouta un peuple à son compte. Les Elfes étaient venus.

Andùnë se tourna lentement vers le nouveau venu et se tendit quand ses effluves vinrent à elle. Qu'elle soit transformée en lézard s'il n'était pas de sang royal ! Sa jeunesse n'avait pas besoin d'être prouvée mais l'odeur qu'il dégageait était puissante.

-Andùn du Nord, un ami de Bard, répondit-elle en levant les bras, se voulant inoffensive. Son bras blessé devait bien l'aider dans cette situation.

-Il n'a pas parlé de vous.

L'Elfe n'avait pas baissé son arc et sa voix était toujours aussi méfiante.

-Il a bien mieux à faire. Dites-moi, Elfe, vu que vous n'avez pas eu la politesse de vous présenter, les Nains sont en vie, n'est-ce pas ? Ils refusent de vous ouvrir leurs portes. Quelle folie. Mais l'or est maudit, il fallait s'y attendre.

-Je suis Legolas Thranduilion, dit l'Elfe en baissant son arme. Andùnë écarquilla les yeux et expira. Elle qui voulait éviter les Elfes venait de rencontrer le propre fils du Roi-Elfe. Legolas s'avança vers elle.

-Or maudit ou non, les actions de ces Nains ne m'étonnent pas. Ce sont des Nains. Veuillez me suivre. Si vous êtes un ami de Bard, il nous le confirmera.

-Je vous suis, Thranduilion.

Il la mena jusqu'au camp dressé à quelques mètres des portes, hors de portée de possibles flèches, et s'arrêta finalement devant une grande tente où devait se réunir les chefs pour discuter de ce qu'il fallait faire.

Une grande discussion y avait lieu. Elle crut entendre la voix de Bilbon Sacquet et fronça les sourcils, ne comprenant pas la présence du Hobbit. Soudain Bard sortit de la tente et se stoppa net en la voyant.

-Andùn ?

-Il semblerait que les Nains ne soient pas morts, grimaça la dragonne en indiquant la Montagne d'un coup de tête.

-Non, ils sont en vie et plus que têtus à garder leur trésor, doivent-ils y mourir de faim. Mais nous avons un élément qui devrait faire pencher la balance en notre faveur.

Andùnë vit alors Bilbon Sacquet dans le dos de l'Homme.

-Vous avez survécu, lui dit-elle en souriant. Voilà qui est bien !

-Je n'en ai pas moins réveillé le dragon, soupira le Hobbit. Mais j'ai trouvé son point faible comme vous me l'avez conseillé. Bard m'a appris qu'une grive lui avait soufflé à l'oreille lors de la bataille. Je me rappelle avoir vu une vieille grive lorsque j'en ai parlé à Thorïn. Peut-être ai-je été utile.

Le cliquètement reconnaissable d'une arme sortie de sa gaine interrompit leur discussion et Andùnë se retrouva avec une lame blanche, indubitablement elfique, pointée sur sa gorge. Elle déglutit doucement et se força à l'immobilité, sachant que Legolas venait d'encocher une nouvelle flèche et qu'il la pointait sur elle.

-Roi Thranduil ! s'exclama Bard en s'interposant entre eux. Andùn est un allié et un ami des Hommes du Lac.

-C'est un dragon, accusa l'Elfe. Legolas frissonna et Bilbon sursauta violemment mais Bard ne se décala pas.

-Je le sais. Il me l'a avoué.

-Pourquoi le défendez-vous donc, dans ce cas-ci, Homme du Lac ? Cette créature est de la même engeance que le monstre qui a détruit votre ville.

-Andùn a combattu Smaug pour nous. Il a été blessé pour nous. Il a failli mourir pour nous. Pourtant rien ne l'en obligeait. C'était son choix. Cela me suffit pour continuer de l'appeler mon ami, soit-il un dragon.

-Si je puis me permettre, intervint soudain Bilbon, je devrais y aller. Je dois réveiller le vieux Bombur à minuit.

Le Hobbit s'était déjà remis de la nouvelle. Il était dans un tel état de fébrilité que plus grand chose n'arrivait à le surprendre. Andùn ne lui avait pas semblé être un représentant de la normalité lorsqu'il l'avait rencontré et il en savait long sur les dragons. Qu'il en soit un ne l'étonnait guère en réalité.

-Ces hommes vont vous y conduire, dit Bard. Le Hobbit acquiesça, les remercia et suivit les guides que l'Homme du Lac lui avait indiqué. Une fois qu'il fut parti, Thranduil rengaina sa lame.

-Je vous remets cette créature, Bard du Lac. Nous avons déjà des Nains pour nous préoccuper.

Il partit dans d'élégants froufrous de robes et son fils le suivit sans rien dire de plus. Après leur départ, Andùnë expira longuement et se laissa glisser à terre.

-Vous allez bien ? s'enquit Bard.

-La fatigue me rattrape, mon ami. Comme je le craignais, le Roi-Elfe a vu clair dans mon déguisement. Quand je n'étais encore qu'un dragonnet sans ailes, j'ai eu affaire aux flèches des Elfes de Mirkwook. La terreur est restée gravée dans ma mémoire. Rencontrer leur roi est sûrement la plus terrible épreuve de ces dernières années ; bien plus que de combattre Smaug.

-Une peur irrationnelle d'un enfant ? ironisa Bard. Je ne crois pas que Thranduil soit plus terrible que Smaug.

-Vous pourriez être surpris. C'est un vieil Elfe, Bard. Il a pour lui l'expérience accumulée de ses milliers d'années et la sagesse de ses ancêtres. Smaug était prévisible ; lui ne l'est pas.

Le silence les enveloppa et Andùnë se sentit dodeliner. Bard la couvrit d'une étole et s'en alla, la laissant dormir.


Andùnë se réveilla en sursaut peu avant l'aube. Un instant désorientée, elle se sentit perdre le contrôle de sa transformation. L'étole chut de ses épaule quand elle se mit à trembler et un grognement lui échappa. Des soubresauts l'agitèrent et elle se recroquevilla en une vaine tentative de les faire cesser. Ses crocs saillaient et, sous les épais cheveux de flammes, deux bosses commençaient à se former.

-Calmez votre esprit. Vous n'avez rien à craindre ici. Vous êtes entre amis. Andùnë, calmez votre esprit.

Une main rassurante se posa sur la tête et à son contact, les cornes refluèrent et la transformation cessa. Quelques tremblements l'agitèrent encore quelques secondes puis ses muscles se détendirent et elle expira bruyamment.

-Quel évènement a-t-il pu déclencher une telle terreur ?

Andùnë leva un regard voilé sur le vieillard qui venait de s'asseoir à ses côtés. Elle ne le voyait pas vraiment mais elle reconnut son odeur et lui sourit.

-Gandalf ! Voilà longtemps que nous nous sommes pas vus. En ce lointain jour dans la Comté, je crus vous dire adieu et pourtant nous parlons à nouveau. Je suis heureuse de vous revoir.

Elle se redressa en gémissant, acceptant l'aide de Gandalf qu'elle remercia d'un petit mouvement de tête, et laissa glisser son regard sur ce qui l'entourait. Tout le revint lentement.

-Le Roi-Elfe ne s'est pas laissé abuser par mon déguisement. Ma faiblesse lui est aussi apparue. Elle m'aura sauvée car les Nains lui ont paru plus primordiaux que moi.

Andùnë se redressa et ramassa l'étole qu'elle avait fait tomber à terre. La gentillesse de Bard la réchauffa, étouffant la peur sourde qui l'envahissait peu à peu depuis que les Elfes savaient ce qu'elle était.

-Il faut que je remercie Bard car il a pris ma défense quand le Roi-Elfe voulait m'occire. Il savait pourtant ma véritable nature. Cet Humain est d'un courage comme on en voit peu.

-Il a l'étoffe d'un chef, acquiesça Gandalf.

-Quel dommage que les Hommes d'ici soient si aveugles.

-En êtes-vous si sûre ?

-Allons donc, Gandalf ! Ôtez de votre visage cet air de celui qui sait ce que les autres ignorent. Il aura fallu le feu d'un dragon pour que la grandeur de Bard se dévoilent enfin aux yeux de ses concitoyens. Pourtant elle fut toujours là.

La dragonne transformée s'étira en baillant, ses os roulèrent sous la peau et se remirent place en de légers craquements. Elle fit la moue. Sa perte de contrôle avait été importante et elle n'était pas passée loin de la transformation totale.

-Pourquoi êtes-vous revenue ? s'enquit Gandalf en s'appuyant sur son bâton. Andùnë sursauta. Sa fatigue avait été telle qu'elle en avait oublié la raison de son retour et n'avait pas prévenu Bard de l'approche rapide d'une armée d'Orcs et de Wargs.

-Ne leur dites rien, l'arrêta Gandalf quand elle voulut se précipiter à la recherche du batelier. Elle se figea et se tourna lentement vers le magicien, un air interrogateur altérant ses traits.

-Pas tout de suite, tout du moins, ajouta Gandalf. Beaucoup de choses dépendent d'un bon timing. Ils doivent ignorer que l'Ennemi est en marche.

-L'Ennemi ? répéta Andùnë. Un frisson la saisit et elle serra ses bras sur son torse, apeurée.

-Il est de retour. La malveillance qui était à l'œuvre à Dol Guldur n'était pas le fait d'un Nazgûl mais de bien pire. Sauron y résidait, encore faible, mais reprenant de ses forces.

-Est-ce Lui qui vient ici ? Si tel est le cas, je dois partir. L'Ombre m'appellera et je ne sais si je pourrai y résister. Je préfère fuir que ployer devant Elle.

-N'ayez crainte, Andùnë. Sauron a été vaincu par le Conseil Blanc ; cela m'aura poussé à abandonner la Compagnie à l'orée de Mirkwook. Il s'en ait retourné dans les ténèbres, ombre disparate sans guère de pouvoir. Il lui faudrait son Anneau pour revenir en grandes forces. Heureusement, il est perdu depuis longtemps. Mais il y a tout à penser que les armées menées par Bolg fils d'Azog sont liées à Lui. Quand le Seigneur des Ténèbres croit, ses serviteurs grouillent. Toutefois c'est un Orc qui vient à nous, non un lieutenant de Sauron.

-Je m'en vois rassurée. Mais quelles sombres raisons poussent ce Bolg a venir par ici ? Seulement l'appât du gain ou une machination plus grande ? Il me semble avoir déjà entendu le nom d'Azog.

-C'est un Orc qui avait une sombre réputation, lui apprit Gandalf. Les Nains le nommaient Azog le Profanateur car il avait envahi l'antique cité de la Moria. Il fut tué par Daïn des Monts de Fer à la bataille d'Azanulbizar où périrent nombre de Nains et surtout le roi Thror, de la main même d'Azog. Vous comprenez à présent ?

-Bolg veut venger son père en détruisant la lignée de Durïn tout en s'emparant de leur trésor. Les Nains ont attiré sur eux plus de calamités que Smaug en représentait ! Voilà que des Orcs, des Elfes et des Hommes leur en veulent. A quoi donc pense Thorïn ?

-Il a succombé à la folie, comme Thror avant lui. Mais il reste une chance de nous sortir de ce guêpier grâce à l'esprit habile d'un Hobbit. Je savais que Bilbon Sacquet serait d'une aide certaine dans cette quête.

Andùnë claqua de la langue, dubitative. Elle appréciait le Hobbit pour le peu qu'elle avait vu mais il ne lui avait semblé ni preux ni particulièrement tactique. Le sourire mystérieux qui agitait la barbe du magicien ne l'en intriguait que plus.

-Qu'a-t-il donc ramené de la Montagne ? s'écria-t-elle en levant les bras d'exaspération. Car c'est de cela qu'il s'agit n'est-ce pas ? Messire Sacquet a offert quelque chose à Bard et au Roi-Elfe. Quelque chose d'assez précieux pour espérer infléchir le caractère obtus de Thorïn Ecu-de-Chênes !

-En effet et non la moindre des choses. Maître Sacquet a parfaitement joué son rôle de cambrioleur. Thorïn ne trouvera pas ce qu'il cherche dans la Montagne. Son Cœur a déjà quitté ses entrailles de pierres.

-De quoi donc parlez-vous avec tant d'énigmes ?

-Mais voyons ! De l'Arkenstone ! Que quoi d'autre pourrais-je parler ?

La surprise se peignit sur le visage d'Andùnë et elle resta quelques instants sans parler. Puis un sourire s'étira sur ses lèvres.

-Notre camp a donc un avantage certain.


Gandalf l'avait laissée sitôt leur conversation finie, non sans lui arracher la promesse de se taire au sujet de l'armée, et s'en était allé à d'autres tâches. Elle faisait assez confiance au vieux magicien pour ne pas douter de lui et choisit de ne pas essayer de contourner sa promesse. Ce n'était pas trahir les Hommes du Lac et duper les Elfes. Elle ne doutait pas que Gangalf les préviendrait au bon moment de l'arrivée des légions noires. Cette certitude ne l'empêchait pourtant pas de constamment lever les yeux au ciel en quête des corneilles qui précédaient l'armée.

Les Hommes du Lac étaient venus avec leurs familles. D'abord indécise, Andùnë finit par chercher Fràin dans la foule. On la saluait sur son passage, parfois avec déférence, parfois avec crainte, et quelque fois des regards haineux la suivaient. Elle répondit aux saluts et ignora les regards.

Un sujet plus grave occupait son esprit. Qu'allait-elle donc dire à Fràin ? Les cris déchirants de l'enfant la hantaient encore, même s'ils avaient diminué depuis qu'elle était dans le camp. Elle se résolut à lui révéler la vérité.

-M'ssire Andùn ! hurla le gamin des rues dès qu'il l'aperçut. Il lâcha les flèches qu'il était en train de confectionner, tout comme le reste des enfants qu'on avait assigné à cette tâche, et se précipita vers elle pour l'enlacer de ses bras maigres. Elle tendit la main pour le toucher mais il s'était déjà reculé, un air réprobateur placardé de force sur son visage.

-Non ! Je suis fâché contre vous.

Il croisa les bras, figé devant elle. Andùnë tenta de rester neutre mais la moue boudeuse que Fràin s'efforçait d'afficher lui arracha un gloussement qui se transforma en une cascade de rires qu'elle ne put arrêter.

-Arrêter d'rire ! Vous m'avez laissé ! Z'êtes parti sans rien dire.

Andùnë essuya les coins humides de ses yeux et se laissa glisser au sol, le visage à hauteur de l'enfant. Ses yeux brillaient et sa bouche tremblait.

-Je n'ai pas eu le courage pour les adieux, lui avoua-t-elle. Pardonne moi.

-Z'êtes revenu. Vous allez repartir. Sans moi.

-Je suis un dragon, Fràin. Tu es un Humain. Comment penser vivre ensemble ? Ma vie sera bien plus longue que la tienne. Je ne peux rester ici. Tu ne peux m'accompagner là où je vais.

-Glaer vient, se rebiffa Fràin. Un ch'val vit moins longtemps qu'un Homme. J'peux vous accompagner. J'veux pas rester tout seul.

-Il y a Bard, remarqua Andùnë. Et ses enfants.

Elle ne pouvait manquer la surveillance inquiète de la fille ainée du batelier qui les regardait en retrait.

-J'préfère rester avec vous.

-Que tu es têtu ! s'écria Andùnë en se redressant. Fràin leva des yeux inquiets sur elle. Il craignait que l'éranger ne parte, décidant qu'il n'avait rien à faire avec elle. La dragonne était embêtée. Son cœur lui dictait de prendre l'enfant avec elle mais sa raison lui disait autre chose.

-Suis-moi, ordonna-t-elle en partant à grands enjambées. Elle venait d'avoir une idée. Fràin la suivit en trottinant pour se maintenir à ses côtés, surpris et intrigué. Elle le mena loin du campement, jusqu'à un creux dans le paysage accidenté qui ceinturait Erebor.

-Je serai à l'abri des yeux des Elfes ici, dit-elle en y sautant. Elle commença à ôter ses vêtements.

-A l'abri pour quoi faire ?

La voix de Fràin se bloqua dans sa gorge et il s'assit avant de tomber d'étonnement. Le corps de l'étranger, dénudé de tout habit, grossissait. Déjà cornes et queue étaient sorties et il voyait les ailes se hisser sur son dos. Sa peau fourmilla et se teinta de rouge. En quelques instants, Fràin faisait face à un immense dragon d'un rouge écarlate.

Aussitôt qu'elle fut transformée, Andùnë s'accroupit dans le creux pour échapper à d'éventuels guetteurs. Elle ne voulait pas aggraver son cas auprès des Elfes.

-Fràin, dit-elle et ce fut comme un roulement de tambour. Descends par ici.

L'enfant se laissa glisser le long de la paroi contre laquelle il se colla lorsque la tête énorme du dragon se tourna vers lui. Il déglutit et se retint de pleurer. Malgré lui, il était terrifié. Toute sa vie il avait craint de voir l'ombre de Smaug obscurcir le ciel et il était venu quelques jours auparavant cracher ses flammes sur Esgaroth.

-Comme je le pensais, soupira Andùnë en fermant les yeux, tu as peur de moi.

Elle se recula pour laisser Fràin respirer.

-Attendez ! cria l'enfant en bondissant vers elle. Vot' voix est bizarre.

Andùnë se figea et un étrange sourire tordit son museau.

-Vot' voix est celle..., Fràin se stoppa et se mordilla la lèvre inférieur, indécis quant à la suite. M'enfin...Vot' voix...elle sonne comme celle...celle...d'une femme.

-C'est exact, confirma Andùnë. Je suis une dragonne. Andùn n'était qu'une couverture. Ce fut mon seul mensonge, Fràin.

-C'quoi votre nom ?

Andùnë gifla l'air de sa langue, amusée par le ton grondant de l'enfant. Il était en colère conte elle.

-Andùnë Angulocë du Nord. Ce n'est pas mon vrai nom mais celui-là je le garde secret et personne ne le connaît.

Le silence entoura l'enfant et la dragonne. Comme il s'éternisait, Andùnë posa sa tête sur ses pattes avant, lovées dans le petit espace entre les rochers, et s'assoupit. Ses blessures nécessitaient beaucoup de repos. Ce fut une légère caresse sur son museau qui lui fit rouvrir les yeux.

Fràin se tenait devant elle, la main posée sur son nez.

-C'doux, fit l'enfant d'une voix hésitante. Comme Andùnë ne disait rien, il s'enhardit à la caresser plus franchement et gratouilla même derrière l'une des oreilles. Un bruit de délectation, semblable à un ronronnement, échappa à la dragonne et l'enfant rit.

-J'viens avec vous, M'dame Andùnë ! s'écria-t-il avant de bondir sur le large cou, toute peur oubliée. Il s'accrocha aux écailles, évitant les lacérations que Smaug y avait laissé, et finit par se hisser derrière les crêtes osseuses qu'Andùnë avait dressé sous le coup de la surprise et du chatouillement de ses pieds.

-Que crois-tu faire ? gronda-t-elle en se contorsionnant pour voir Fràin. Mais il était posté hors de sa portée et il s'accrochait aux écailles, tout en sourires et en éclats de rire.

-J'pas peur d'vous ! J'viens avec vous ! V'pouvez pas m'faire descendre !

-Gosse testard !

La queue d'Andùnë s'abattit violemment sur le sol et elle sentit le petit corps juché sur elle se tendre. Fràin descendit en douceur jusqu'à se trouver entre ses ailes et la regarda avec une nouvelle indécision. Le sourire amusé qu'affichait la dragonne le rassura.

-J'peux v'nir alors ?

-Comment puis-je résister à une telle frimousse ? soupira Andùnë. Mais comprends bien que ce sera une vie d'aventure et de vols, de nuits sous les étoiles et de jours de voyage. Tu verras peu d'Humains et tu visiteras des lieux que tu n'as même pas imaginé.

Fràin acquiesça.

-Je serai avec vous, ça ira.

Soudain Andùnë s'ébroua, le faisant glisser à terre.

-Allez ! Il faut retourner au campement.

La transformation s'était déjà déclenchée. Fràin assistait, estomaqué, au reflux des cornes et des écailles.

-Retourne-toi.

Fràin obéit et lorsqu'Andùnë le dépassa, un hoquet s'échappa de ses lèvres. Envolé l'étranger aux airs sombres et mystérieux. Une magnifique femme se tenait devant lui. Andùnë avait gardé sa chevelure rousse et ses yeux mordorés mais elle était plus petite et plus mince, toute en formes et en fluidité. Les vêtements d'Andùn lui allaient trop grands. Elle fit un ourlet au pantalon et un nœud à la tunique.

-Allons-y.


Le campement était agité, bien plus qu'à leur départ. L'on murmurait qu'un messager venait de s'en revenir de la Montagne et que Thorïn avait accepté de voir les représentants des Hommes et des Elfes. Toutefois le Roi sous la Montagne avait ordonné qu'ils viennent peu nombreux et sans armes.

-Va t'occuper de Glaer, ordonna Andùnë. Il n'a pas été brossé depuis hier soir.

Fràin ouvrit la bouche pour discuter puis se ravisa et laissa la dragonne se rapprocher, seule, de la tente où Bard et le roi Thranduil avaient reçu Bilbon la veille.

-Halte là ! firent les gardes en tournant vers elles leurs armes. Elle savait que des Elfes se tenaient également embusqués sur des rochers.

-Gandalf est-il là ? s'enquit-elle en restant tranquille à la distance qu'ils demandaient. Ils abaissèrent un peu leurs armes et se regardèrent, ne sachant que faire.

-Annoncez-moi, braves soldats. Dites au Mage Gris qu'Andùnë est là.

Ils firent comme elle leur avait dit. Tandis que l'un parlait avec le magicien, l'autre la surveillait. Elle lisait dans ses yeux sa confusion.

-Vous pouvez rentrer, dit le premier garde en ressortant la tête de la tente, Madame.

Le ton était hésitant. Souriant par devers elle, Andùnë franchit la toile, laissant les gardes à leur questionnement.

-Andùnë ! s'écria Gandalf, visiblement ravi de la voir. J'ai craint que vous ne soyez partie.

-J'avais à parler à Fràin. L'enfant désire m'accompagner même après avoir vu ma véritable forme.

-Au moins ne serez vous pas seule pour quelques années.

-Qu'est-ce que cela ? les coupa Bard. Il se tenait à moitié levé, complètement estomaqué. Il était le seul à être aussi surpris. Le roi Thranduil n'avait qu'haussé un sourcil.

-Je suis désolée de vous avoir trompée, Bard. Mais une femme qui voyage seule attire trop l'intention. Laissez-moi rectifier mes erreurs. Je suis enchantée de vous rencontrer, Bard d'Esgaroth. Mon nom est Andùnë Angulocë du Nord.

-Un nom des plus transparents sur votre nature, remarqua Thranduil. D'où connaissez-vous le quenya ?

-Ma mère aimait les langues et elle en avait appris de nombreuses. Ne croyez pas les dragons ignares et incultes.

-Vous êtes donc une dragonne ? dit Bard. Je comprends mieux pourquoi Smaug a accepté de vous parler. Je croyez que les dragons s'entredéchiraient entre mâles et cette partie de l'histoire me paraissait étrange. Désormais tout s'explique. Il reste juste un point que je comprends pas. Maintenant que Smaug est mort, pourquoi êtes-vous encore là ? Vous ne m'avez pas dit la raison de votre retour.

Andùnë glissa son regard sur Gandalf. Le magicien secoua imperceptiblement la tête et elle opta pour une demi-vérité.

-Les remords m'assaillaient. Je devais laisser Fràin choisir. C'est chose faite. Mais je suis au service du Mage Gris dans cette affaire. Je ferai ce qu'il me demandera.

-Et j'aurai une requête, dit Gandalf. Accompagnez-nous rencontrer Thorïn. J'ai besoin de votre avis.

-Sur sa folie engendrée par l'or ? Je n'ai pas besoin d'y aller. L'or de Smaug est maudit, il empeste la malveillance. Le Nain coure à sa perte en le convoitant.

-Venez tout de même, insista le magicien.

-Entendu.

Ils se rendirent à midi à la porte d'Erebor. Ils étaient vingt et les bannières du Lac et de la Forêt s'entremêlaient. Le prince Legolas accompagnait son père. Le reste de la groupe était composé de quelques guerriers de la garde rapprochée du Roi-Elfe et des hommes de confiance de Bard. Andùnë avait caché son visage et se tenait près de Gandalf.

-Thorïn nous écoutera-t-il ?

-Je l'espère et s'il s'entête, l'Arkenstone lui fera changer d'avis.

Ils déposèrent leurs armes à l'entrée du chemin étroit. Bard s'avança le premier et une conversation s'engagea entre le Nain et l'Homme. Andùnë plissa des yeux. Ceux de Thorïn brillaient d'un éclat trouble.

-Il est complètement fou, maugréa-t-elle. L'or lui a tourné la tête. Ah ! Le Roi sous la Montagne ne fera pas long feu, je le crains.

Les négociations n'avançaient en rien - Thorïn ne voulait rien entendre tant que l'armée elfe camperait sous sa porte- et Bard en vint à sortir sa pièce maîtresse. A la vue de l'Arkenstone que Gandalf, déguisé en vieillard, venait de dévoiler, Thorïn se figea, confus et étonné.

-Sa lumière est pure, murmura Andùnë, peut-être pourra-t-elle chasser la folie de l'or.

Elle grimaça et se détourna quand la rage grandit au sein des yeux et de la voix du Roi sous la Montagne. Il demandait à grands cris la raison de la présence de son trésor entre les mains de ses ennemis.

-Je leur ai donné ! dit Bilbon d'une voix fluette. 1 Andùnë l'apercevait, petite silhouette perchée sur les remparts, posant un regard effrayé par dessus les pierres. La compassion la saisit. Le pauvre Hobbit était complètement dépassé par les évènements.

Mais ce fut la colère qui enfla lorsque Thorïn, fulminant, agrippa le Hobbit par le col et le secoua comme un prunier, l'insultant avant de réclamer la présence de Gandalf.

-Halte-là ! Votre souhait est exaucé ! s'écria le magicien en se dévoilant au Nain. Voici Gandalf ! Et pas une minute trop tôt, dirait-on. Si vous n'aimez pas mon Cambrioleur, je vous saurai gré de ne pas l'abîmer. Posez-le par terre et voyez d'abord ce qu'il a à dire ! 2

-Cela ne sert à rien, Gandalf, dit Andùnë après que Thorïn et Bilbon se soient expliqués. Le Nain ne donnera rien de plus ce que le contrat prévoyait pour le Hobbit. Je croyais avoir vu de la grandeur en lui. J'en vois de moins en moins.

Elle partit en secouant la tête. Derrière elle, elle entendit Bard annoncer au Nain qu'il reviendrait le lendemain à midi pour chercher la récompense promise et que, si tout était fait sans entourloupe, ils s'en repartiraient.

La dragonne passa l'intégralité de l'après-midi à se reposer et manger, tentant de reprendre le plus de force possible. Elle était également aller voir Glaer et avait trouvé le cheval énervé par son inactivité.

-Nous nous en repartirons bientôt, mon ami, lui dit-elle en caressant son chanfrein. Patiente encore un peu.


Le lendemain, elle se sentait bien mieux. Sa récupération naturelle, renforcée par le bon traitement que son corps subissait depuis deux jours, avait fait son œuvre. Ses plaies étaient refermées et seule sa fracture au bras nécessitait encore de gros soins. Pour elle, il faudrait attendre encore quelques semaines, voire un mois ou deux.

Pourtant elle n'était pas sereine. Un frisson lui avait parcouru l'échine dès qu'elle s'était réveillée. Le vent tourna vite à l'ouest et le ciel s'assombrissait, maussade.

Les enfants dormaient encore quand elle rejoignit Bard sur un petit promontoire donnant pleine vue sur la porte d'Erebor au sommet de laquelle flambaient les torches des Nains. Le batelier fumait, tirant de grosses volutes de la pipe coincée entre ses dents.

-Le sommeil vous fuit ? demanda-t-elle en s'asseyant à ses côtés.

-Je ne suis pas tranquille. Thorïn ne paraissait pas si inquiet que cela. Trahi et furibond, certes, mais pas inquiet. Je crains qu'il n'ait un atout dont nous n'avons pas connaissance.

-C'est également votre cas, Bard. Les Nains ne savent pas que vous avez une dragonne de votre côté.

Bard s'étrangla avec la fumée et il toussota plusieurs fois avant de se reprendre.

-Vous prendrez notre parti ?

-Allons donc ! Ne suis-je pas votre amie ? Ou alors mes mensonges, mes cachoteries, mes mystères auraient-ils entamé l'affection que vous me portiez ?

-Non point, assura Bard. Je tiens à notre amitié. Vous m'avez surpris, Andùnë, n'en doutez pas, mais vos secrets étaient nécessaires. Je ne vous aurez jamais ouvert ma porte si vous étiez venue à moi en prétendant être une dragonne !

Un cri les interrompit. Ils se regardèrent et la même lueur inquiète assombrit leurs yeux. Bard rangea sa pipe et ils se précipitèrent au campement voir ce qu'il se passait. Des éclaireurs affolés criaient à tout va au milieu d'une foule dont le brouhaha réussissait l'exploit de couvrir leurs voix.

-Assez ! cria Bard en montant sur une roche qui dépassait de terre. Calmez-vous ! Je n'entends pas ces braves hommes.

Le silence revint peu à peu.

-Dites-moi ce qui a entraîné une telle terreur, ordonna Bard en direction des éclaireurs. Le plus jeune des Hommes s'avança.

-Une armée de Nains, Sire ! Ils ont contourné l'éperon est de la Montagne et se dirigent rapidement vers le Val. Ils arrivent sur nous !

Un autre éclaireur prit la parole.

-Ils sont bardés de fer, de hauberts d'acier qui descendent jusqu'aux genoux et de jambières de métal. Ils sont forts, même pour des Nains, et manient de lourdes armes. Leurs barbes sont longues et leurs visages féroces.

A cet exposé, des gémissements angoissés s'élevèrent de la foule. Bard leva la main et on se tut pour l'écouter.

-Ne craignez rien. Nous avons les Elfes en alliés et, si nous devons en venir à cette extrémité, leurs flèches sauront percer les armures des Nains. Mesdames ! Rentrez vos enfants et mettez vos effets en de sûrs paquetages. Messieurs ! Préparez vos armes. S'il nous faut combattre, autant être prêts.

Bard descendit du rocher et ses concitoyens coururent faire ce qu'il leur avait ordonné. Arrivé au niveau d'Andùnë, il secoua la tête et murmura, défait :

-Voilà l'atout de Thorïn ! Il aura prévenu un quelconque parent de sa déconvenue.

Les trompettes des Elfes retentirent et celles du Lac leur firent échos. Les Nains approchaient dangereusement.

-Je vais aller parler à leur chef, dit Bard. Espérons qu'il saura m'écouter et éviter le bain de sang !

Andunë préféra aller seller Glaer. Une fois l'étalon équipé, elle chercha Fràin qu'elle trouva en compagnie des enfants de Bard.

-Restez ici, ordonna-t-elle à l'enfant et au cheval. Si les choses tournent mal, enfuyez vous vers l'Est. Je vous retrouverez !

La dragonne fila rejoindre Bard qu'elle trouva en compagnie du roi Thranduil, du prince Legolas et de Gandalf. Elle arrivait au moment où le batelier, acculé par l'entêtement des Nains, proposait de profiter de la position avantageuse des archers pour décimer les Nains avant qu'ils ne se soient reposés.

-Je tarderai longtemps avant d'entreprendre une guerre pour l'or, refusa Thranduil. Les Nains ne peuvent passer sans notre consentement, ni tenter quoi que ce soit sans que nous le sachions. Continuons d'espérer que quelque chose apportera la réconciliation. Nous aurons l'avantage du nombre, ce qui suffira à nous assurer la victoire si par malheur nous en venons aux coups. 3

-Les Nains sont trop déterminés pour se réconcilier avec ceux qui réclament une juste part de leur trésor, contredit Andùnë. Elle voyait juste. Legolas grimaça, la colère altérant ses traits juvéniles.

-Ils bandent leurs arcs !

-Nous avons l'Arkenstone et ils se consument de rage à cette idée.

Andùnë se tourna vers Gandalf et le supplia du regard de révéler l'approche des Orcs. N'était-ce pas là le bon timing pour le faire ? Nains, Elfes et Hommes s'allieraient pour combattre leurs ennemis communs.

Les premières flèches sifflèrent. Andùnë sauta en arrière pour éviter l'une d'entre elles. Heureusement personne ne fut touché par cette première slave.

-Gandalf !

Son cri s'étrangla lorsqu'une soudaine obscurité tomba sur eux. Le soleil fut couvert par un nuage noir, le tonnerre gronda et la foudre fendit le ciel, faisant trembler jusqu'à la Montagne. Sous le couvert du nuage, une autre masse grouillait.

-Les corneilles, murmura Andùnë. Ils sont là.

Elle voulut se tourner vers Gandalf pour le supplier une nouvelle fois mais le magicien avait disparu. Soudainement il se dressa entre les Nains et leurs adversaires. Il cria halte deux fois en levant les bras au ciel.

-Le malheur est sur vous ! Hélas ! Le voilà sur vous tous, plus vite que je l'appréhendais. 4

-Que nous chante-t-il ?! s'écria Bard.

-Bolg de la Moria vient pour l'or, dit Andùnë qui avait compris le dessein de Gandalf. Ses armées arrivent. Les Orcs sont nombreux, ils montent des loups et des Wargs les accompagnent.

-Comment le savez-vous ?

-Je les ai entendu et senti et c'est ce qui m'a fait tourner bride. Mais, Votre Majesté, avant que vous ne m'accusiez de traîtrise, sachez que je n'ai fait que suivre les ordres du Mage Gris.

Au loin, Gandalf ajouta la dernière pièce de son plan.

-Allons ! Il est encore temps de tenir conseil. Que Dain fils de Nain se joigne rapidement à nous ! 5


1 et 2 p 385, Le Hobbit Annoté (Annotations de Douglas )

3 et 4 p 390 Le Hobbit Annoté (Annotations de Douglas )

5 p 391 le Hobbit Annoté (Annotations de Douglas )