TROISIÈME PARTIE

Les couloirs sombres s'écoulent doucement alors qu'ils avancent côte à côte. Au loin, l'écho de la musique dansante et joyeuse se rapproche inlassablement. Les festivités n'ont pas été interrompue, loin de là, car la nuit ne fait que commencer. On devine les dansent endiablées et les rire qui résonnent, l'hypocrisie des grandes gens, l'ivresse des masques et les jeux des amours faux.

La Femme-Chat et le Borgne Mystérieux marchent à pas lents, avec leur airs majestueux. Par convention, le Cavalier tient le bras de la Dame, mais pour cet étrange couple, pas de jeu de regards ni de sourires. Ils regardent droit devant eux, impassibles, et n'échangent pas une parole. De longs couloirs les séparent encore de l'agitation et de la foule que tout deux déprécie tant. Mais cette distance diminue un peu plus à chacun de leur pas, et même s'ils ne se disent rien, ils savent que cela leur coûte autant à l'un qu'à l'autre.

Les tableaux témoins de cette sinistre marche désespèrent devant ces attitudes aussi fières et se manque terrible de joie. On croirait entendre des murmures désapprobateurs émanant des portraits figés, alors le jeune homme jette aux visages quelques regards noirs et dédaigneux. La jeune fille, elle, soupire parfois, ennuyée par le manque de parole de son partenaire. Peu à peu, alors que les couloirs semblent s'allonger, une gêne s'installe dans le silence.

« Vous n'êtes pas très bavard tout à coup... »

Souffle-t-elle.

« Est-ce parce que nous nous rapprochons des lieux où se regroupe toute les grandes personnalités si ennuyantes de la soirée ou est-ce parce que ma présence vous déplaît ? »

Demande alors la belle femme-chat en souriant à son cavalier.

« Votre présence... Ne saurait me déplaire. Mais le fait est que je ne sais toujours pas qui vous êtes. »

Répond-il, toujours aussi froid, en regardant droit devant lui.

« Je vois, cette défaite vous laisse perplexe. Je comprend tout à fait. Vous n'êtes pas du genre à perdre souvent, je suppose. Je vous le dirais peut-être mon nom si vous m'invitez à danser. »

« Pardon ? Je croyais que vous n'aimiez pas ce genre de ''stupidités'' ? »

S'indigne le jeune homme en fronçant les sourcils.

« Il est vrai que ce sont des choses stupides, mais elles n'en sont pas moins agréables, vous ne croyez pas ? Vous refuseriez de danser avec moi ? Il est déjà déplorable que j'ai dû faire la demander moi-même, alors faites-moi le plaisir d'accepter ! »

Malicieuse, la jeune femme sourie en se mordant doucement le remord des lèvres en regard intensément le jeune homme qui, peut-être, en a envie, et qui de toute façon ne peut refuser face à de si beaux yeux le fixant avec tant d'insistance.

« Vous me direz votre nom ensuite ? »

S'assure-t-il pour ne pas avouer de dire oui trop vite.

« Sûrement, si vous m'offrez une danse digne de ce nom ! Ne faites pas une telle tête, c'est un grand service que je vous rend ! »

« Vraiment ? J'en doute... »

Il soupire en souriant, ignorance les paroles ''attentionnées'' de sa compagne.

« Oh... Alors vous n'avez pas entendu parlé des rumeurs à votre sujet ? »

« Quelles rumeurs ? »

Le jeune homme s'arrête net en plein milieu d'une allée et lâche soudainement le fin bras pâle de la pianiste en la dévisageant. Celle-ci reste un petit moment figée, prise de surprise, en le regardant. Il devine dans ses yeux une gêne qu'elle ne devrait pas avoir, surtout vu son tempérament. Il sait qu'elle ne dira rien. Alors elle sourit et baisse les yeux en riant.

« Oubliez cela, ce ne sont que des ''stupidités'' que les imbéciles disent pour vanter leurs ''connaissances''. Avançons, ses couloirs me glacent... »

Elle s'avance de quelques pas mais le jeune homme ne la suit pas et continue de la fixer de son œil bleu assombrit par la colère. Elle se retourne et son sourire s'efface. Elle soupire en se rapprochant du comte.

« À votre âge, vous n'êtes toujours pas marié. Même si beaucoup disent que c'est à cause de la mort de votre fiancée, d'autres disent que cela tient... d'autre chose. Vous êtes un jeune homme très beau, vous n'auriez aucun mal à trouver de femme, mais vous ne le faites pas. Certains pensent que c'est parce que vous n'aimez pas les femmes. Voilà la rumeur. »

« C-c'est stupide ! »

S'indigne-t-il en reculant d'un pas, outré et vexé.

« Je n'ai simplement pas envie de me marier ! J'ai beaucoup de travail ! »

« Je n'ai jamais dis le contraire ! Mais vous voir danser avec une femme pourra justement les faire changer d'avis, vous ne pensez pas ? »

« Pourquoi faites vous cela ? »

« Ha ! Ha ! Ha ! Vous êtes idiot ? Je veux juste danser avec vous, rien de plus ! Depuis tout à l'heure je ne fais que trouver des arguments pour vous inciter à le faire ! »

Le rire cristallin de la femme-chat résonne dans les couloirs du manoir, et le jeune homme, pris au dépourvu, sourie à son tour.

« Tout cette histoire est stupide, j'ai déjà accepté ! »

« C'est vous qui avez absolument tenu à entendre cette horrible rumeur ! Que cela soit vrai ou pas, cela ne sont pas mes affaires ! Je voudrais simplement danser avec vous. »

« Ces histoires sont fausses, je peux vous l'assurer. »

Répond le comte en reprenant le bras délicat de la jeune fille.

« Pardonnez-moi. Je ne voulais pas vous brusquer. »

« Non, c'est moi qui suis désolée, je n'aurais pas dû me moquer avec cela, c'était très déplacé. »

En riant, ils reprennent doucement leur chemin vers le grand hall du manoir. Le reste du chemin se fait toujours en silence, mais cette fois, il est plus serein. Les deux jeunes gens se tiennent le bras et avancent avec la même cadence. La jeune fille regarde droit devant elle, finalement satisfaite d'avoir obtenu du jeune homme tout ce qu'elle veut. Le jeune homme, lui, même s'il n'en paraît rien, reste profondément vexé des rumeurs dont il est l'objet.

C'est bien pour ce genre de chose qu'il n'a jamais aimé les fêtes et toutes les sorties que sont rang implique d'accomplir. Ces inconnus aux vies futiles et ennuyeuses ne trouvent aucune autre occupation que de se mêler des histoires des autres, et c'est le genre d'attitude que le comte de Phantomhive ne supporte pas dans la noblesse. Les rumeurs sont les occupations préférées de ces imbéciles qui se contentent de rire, de danser et de boire.

Ces imbéciles se présentent enfin lorsque sa partenaire et lui arrivent à la fin des longs et sinistres couloirs du manoir et passent l'immense porte de bois grande ouverte. Les invités dansent encore et rient toujours. Les musiciens n'ont pas cessé de jouer, et ils ne s'arrêteront pas avant longtemps. Les corps basculent encore, inlassablement, comme des marionnettes commandées par l'on ne sait quel aveuglement. Ils s'amusent, encore et toujours, car ils ne savent rien faire de mieux.

L'étiquette prend le dessus sur les états d'âmes. La belle et talentueuse Femme-chat arbore son plus beau sourire charmeur, l'hôte reprend son attitude d'élégant borgne mystérieux et de grand maître de soirée. Ensemble, ils s'élancent dans la foule qui, découvrant leur présence, leur fait la place pour passer sans encombre. En effet, tout les regards sont alors tournés vers eux : l'hôte et sa mystérieuse partenaire. Celle qui a obtenu le privilège de danser auprès de ce grand homme tant convoité.

Les hommes la regardent avec de grands yeux émerveillés devant sa belle silhouette et le dos-nu de sa robe argenté, et attendris par la grâce contenue dans chacun de ses gestes. Ses lèvres attirent tout les regards et ses yeux verts restent gravés dans les mémoires.

Les femmes pestent de la voir au bras du Bel Homme. Elle l'envie, la jalouse d'être l'élue de celui qui émerveille les regards et qui attire toutes les lèvres et convoitises imaginables. Celui qui fait battre les cœurs des plus riches femmes.

Le jeune homme, surpris de voir autant de regards posés sur la jeune femme se rend alors compte, en pleine lumière, révélée aux yeux de la haute société, de la véritable noblesse dans l'attitude de la jeune femme. Sa beauté ne lui est pas inconnue, non, il a pu la voir et l'apprécier lorsqu'ils étaient seuls à seuls. Mais là, il voit toute la tenue de cette merveilleuse femme. La manière dont elle marche, la manière dont elle tient sa tête droite, révélant son cou fin et ses belles épaules, et la manière finalement, dont elle bouge ses fins bras. Rien n'est laissé au hasard. Ses cheveux ondulés voletaient autour de sa tête, et ses yeux splendides voilés par ses longs cils noirs glissaient doucement sur les visages flous et sans importances des inconnus, faisant tourner les têtes.

« Alors, cher comte, m'invitez-vous enfin à danser ? »

Demande enfin la jeune femme alors qu'une nouvelle musique s'élève.

« Avec le plus grand des plaisirs. »

Répond-il en souriant. Il soulève doucement la main de porcelaine de la belle demoiselle et la conduit jusqu'au centre du Grand Hall.

A SUIVRE...


Et voilà pour la troisième partie ! Pas très intéressante, je dois l'avouer. Mais j'espère que cela vous plaît quand même ! On apprend toute de même quelques petites choses...

Ferness Emey