Hello les filles

Encore une bonne semaine pour le cinéma ?

Un nouveau chapitre tout frais ...

Merci à Chrys pour son aide . C'est grâce à elle que vous allez lire un texte sans faute (ou presque)

Bonne lecture

Disclaimer : les personnages de Twilight appartiennent bien sur à S Meyer.


Chapitre 15 Réflexions nocturnes

Dimanche soir 22h

« – Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…

Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.

Ah ! pardon, fit le petit prince.

Mais, après réflexion, il ajouta :

Qu'est-ce que signifie « apprivoiser » ?

C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens… »

Créer des liens ?

Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… »*

Il s'était tu. Peut-être qu'il pensait que je dormais.

J'aimais sa voix douce et grave. Je n'avais pas envie de bouger. Peut-être que si je fermais les yeux et que je faisais comme si je dormais, il resterait un peu, juste un peu…

C'était comme avant. Sauf qu'il citait le texte de mémoire. C'était encore mieux en fait. Il tenait le livre devant nous rien que pour moi. Pour que je regarde les dessins que je connaissais par cœur.

Je baillais. J'avais sommeil.

Il sentait bon. Il sentait le savon à la menthe et une odeur de gâteau aussi.

Mon nouveau lit était confortable. Un peu étroit lorsqu'il était allongé à côté de moi, mais ce n'était pas grave. J'avais envie qu'il reste.

C'était comme avant. Quand il s'endormait parfois tout près de moi.

J'inclinai doucement la tête pour me blottir dans le creux de son épaule et je sentis sa main se poser sur la mienne, sur mon ventre. J'étais protégée.

Ne pas ouvrir les yeux. Il posa un baiser sur mon front. C'était doux.

J'étais bien, tout contre Papa.

C'était comme…

ooOoo

Un peu plus tard

POV Bella

Je redescendis de ma chambre sur la pointe des pieds. Lorsque j'étais revenue à l'appartement après avoir quitté Alice, il n'y avait plus personne, ni dans le salon, ni dans la cuisine mais j'avais entendu la voix d'Edward dans la chambre de la petite. Il était calme et tranquille. Tout semblait aller merveilleusement bien entre eux. J'en avais été soulagée. Son ténor était si doux que je serais volontiers restée à l'écouter derrière leur porte mais ils avaient droit à leur intimité et je ne voulais pas céder à cette envie de plus en plus irrésistible de rester près d'Edward.

J'avais donc rapidement terminé de ranger le salon et la cuisine, jetant les restes de notre repas interrompu, avant de faire la vaisselle. Enfin, je m'étais éclipsée dans ma chambre. Pendant plus d'une heure j'avais tourné en rond, laissant enfin les événements des dernières vingt-quatre heures se dérouler dans ma tête.

Depuis notre dernière nuit d'isolation forcée dans l'ascenseur, j'avais pris soin d'éviter de repenser à tout cela. Douze heures à peine étaient passées et tant de choses étaient arrivées. Enfin surtout une. Une jolie petite chose d'à peine trente kilos, mais très encombrante et remuante. Je craignais que la petite peste ne blesse encore une fois son père, volontairement ou non.

Je n'arrivais pas à me résoudre à me coucher sans savoir comment Edward allait, après cette journée difficile. Je ne l'avais pas entendu remonter dans sa chambre et cela suffisait à expliquer ma présence à minuit, dans la cuisine, savourant lentement et pensivement un verre d'eau. Appuyée contre l'évier, le regard fixé sur la porte de Bree j'essayai de calmer ma curiosité.

La chambre était silencieuse. Par la porte entrouverte, comme il y a une heure, je distinguai qu'une lumière était restée allumée.

Que devais-je faire ?

J'étais là pour les aider. Pour accompagner Edward avec sa fille. Il était donc de mon devoir d'aller vérifier si tout se passait bien. Enfin, si j'obéissais à la petite voix de ma curiosité qui était prête à trouver n'importe quelle excuse pour savoir comment Edward allait.

Edward et Bree.

La gamine était effroyable. Effroyable et touchante. Depuis la prise de contact à l'aéroport ,j'essayai en vain de faire coïncider dans ma tête la Bree adorable, vive et câline qu'Edward m'avait décrite et le petit monstre de froideur, empli de colère que l'avion de L.A. nous avait livré.

Difficile. Mais pas impossible. J'avais la triste impression que la petite avait tout perdu en même temps, il y a un an. La chaleur du foyer de son père. La sécurité d'un monde adulte stable et sécurisant avait été remplacée par la présence d'une femme, sa mère, dont Edward ne m'avait pas dit grand-chose.

Il n'avait rien livré sur Tanya, mais je détestai déjà cette femme. Je ne comprenais pas qu'elle ait pu quitter un homme, son mari (et quel homme) et son enfant pour courir le monde. Elle avait eu cette possibilité, cette chance, d'élever son enfant, et ne l'avait pas saisie. Elle avait un enfant et l'avait abandonné. C'était mauvais de ma part mais je la jugeais.

Injuste. J'étais terriblement injuste. Certaines femmes ne souhaitent pas être mère et d'autres ne pouvaient ou ne voulaient pas être de « bonnes » mères. Bree avait été heureuse avec son père et c'était bien mieux pour elle finalement que Tanya les ait laissés ensemble.

Malgré le peu d'éléments dont je disposais, je m'étais construit cette image négative de Tanya en moins de 24 heures. Ne disait-on pas que la première impression était souvent la bonne ?

La mienne me disait que Bree aimait Edward, malgré son agressivité, malgré ses gestes de révolte. Son dur regard quand elle avait évoqué sa maman était très clair lui aussi, elle n'avait pas été heureuse cette année passée à Los Angeles.

Bon. Je posai mon verre sur le plan de travail pour remonter dans ma chambre avant de me raviser. Je repris le verre, le rinçai rapidement et le remis en place avec le reste de la vaisselle du repas, dans les placards assignés. Edward avait besoin d'ordre.

Moi, j'avais besoin de savoir s'il allait bien.

Je fis rapidement les quelques pas qui me séparaient de la chambre de la fillette et poussai doucement la porte. Une veilleuse avait été allumée près du lit et je découvris immédiatement une scène qui me fit monter les larmes aux yeux.

Ils dormaient. Allongés côte à côte, Bree était blottie dans le creux de l'épaule de son père. Son visage était si beau et calme. Elle était détendue et un léger sourire soulignait ses lèvres. Sa petite main était cramponnée à la chemise d'Edward, comme si elle craignait qu'il ne la quitte.

Bree était une bonne fille. Une fillette malheureuse, que sa mère avait manipulée. J'étais tellement heureuse de constater qu'ils semblaient avoir aplani une partie des malentendus qui les séparaient.

Je reportai alors mon regard sur Edward. Son souffle régulier soulevait sa poitrine et lui aussi, semblait détendu et tranquille. L'angoisse qui déformait ses traits lorsque nous avions compris que Bree était sortie de l'appartement était remplacée par un sommeil serein, apaisé. Son bras gauche, qui retenait sa fille contre lui, s'était incurvé pour entourer les épaules de celle-ci, tandis qu'un livre gisait dans sa main droite ouverte sur la couette.

Délicatement, mes doigts saisirent le livre sur le point de tomber. Je souris en découvrant son choix. L'aspect froissé du livre, et les nombreuses pages cornées indiquaient qu'il avait été lu et relu. Mon Edward, aveugle avait donc parlé lecture avec Bree. Il devait connaître le texte par cœur. Je posai à regret, l'ouvrage sur la table de nuit avant de me mordiller les lèvres, indécise.

Est-ce que je devais le réveiller pour qu'il dorme tranquillement dans son lit, de préférence après m'avoir expliqué ce qu'il s'était passé dans la tête de Bree ? Ou devais-je les laisser ainsi tranquillement assoupis ?

Je ne réfléchis pas longtemps, m'avisant du plaisir qu'aurait la petite en se réveillant dans les bras de son père et du soulagement de celui-ci, pour la même raison, tandis qu'il sentirait sa présence près de lui.

Dans la partie supérieure du dressing de Bree, j'avais placé les couettes légères et confortables que la mère d'Edward avait choisies. Rapidement et sans bruit j'en sortis une. Les personnages représentés sur le tissu imprimé me firent de nouveau sourire. Le petit Prince, sa Rose et le Renard rivalisaient de couleurs sur le fond mauve sombre représentant la voûte céleste. Esmée Cullen connaissait apparemment très bien son fils.

Je recouvris alors les deux dormeurs, ne pouvant m'empêcher de me pencher pour embrasser légèrement le front de Bree et caressant doucement au passage les cheveux emmêlés d'Edward. Mes doigts s'attardèrent sur les fines ridules d'expression qui reliaient le coin de ses yeux à ses tempes. Je n'osai faire plus, m'attardai plus, alors, je me détournai à regret vers la porte.

- Bonne nuit à tous les deux, murmurai-je avant de sortir, laissant la veilleuse allumée pour rassurer Bree, si par hasard elle se réveillait la nuit dans ce nouveau décor.

L'horloge phosphorescente posée sur le bar qui séparait la cuisine du salon, indiquait minuit quinze. Je devrais aller dormir. Il fallait que je dorme. Je remontai donc seule à l'étage. Cependant une étrange excitation me parcourait encore. À force d'éviter de réfléchir, à force de refouler mes envies, les émotions me submergeaient. Je savais que je ne trouverais pas le sommeil. Soupirant, je choisis alors de passer un moment sur la terrasse privée de l'appartement. Je n'y étais pas revenue depuis deux jours, depuis la soirée où Edward m'avait inutilement tentée avec cette superbe vue. J'étais consciente de son manège, même si lui, n'avait pas compris que j'avais déjà, à ce moment-là, quasiment pris la décision de rester. Je m'accoudai à la balustrade contemplant sans les voir, les lueurs de Manhattan.

Il était temps d'affronter mes démons et mes craintes. Bree serait une sorte de test. Bon d'accord, Bree se révélait un sacré test. Si je réussissais à dépasser mon appréhension, non, je devais être honnête… Si je réussissais à dépasser ma peur de m'occuper d'enfant avec elle, je serais prête à tout. Je frissonnai sous le vent frais mais je ne souhaitais pas encore rentrer. Quelques véhicules passaient dans la rue, en bas de l'immeuble, mais l'avenue un peu plus loin, subissait un encombrement même à cette heure tardive. New York vivait de nuit comme de jour. La vue sur Central Park m'apaisait, le poumon artificiel créé il y a plus de cent ans au cœur de la ville, jouait son rôle : garder un semblant de raison aux habitants de cette ville folle et monstrueuse. Je suivis du regard la lumière blanche d'un taxi jaune qui roulait laborieusement dans l'avenue encombrée. La voiture avançait lentement, mais elle avançait, le passager devait être patient, il arriverait à destination.

Comme moi. J'avais l'impression irraisonnée d'être arrivée à destination. Chaque événement de ma vie, heureux ou malheureux, m'avait conduit chez l'homme curieux, courageux et attachant qu'était Edward. Quoi que je fasse désormais, ma vie était liée à la sienne. J'étais tout à fait consciente de l'attirance physique extraordinaire qu'il y avait entre nous. Mais cela allait aussi plus loin que cela. Ses mains sur ma peau la nuit précédente, m'avaient électrisée sexuellement mais surtout, en lisant les traits de mon visage dans l'ascenseur, j'avais eu l'impression déchirante qu'il touchait mon cœur, qu'il découvrait mon vrai « moi », qu'il mettait à jour ma fragilité et ma force en même temps. Ses gestes doux m'avaient attachée à lui aussi fortement que des liens de cuirs l'auraient fait. Puis ses lèvres avaient effleurés les miennes. Ou vice versa.

Mon corps trembla mais ce n'était pas de froid. Pourquoi n'étions-nous pas allés plus loin dans ce confinement intime et protecteur ? Pourquoi nous étions-nous tous les deux reculés ? J'avais besoin de sentir à nouveau la tiédeur de sa peau sur la mienne, la chaleur de son souffle contre mes lèvres et le rythme accéléré de son cœur en écho avec le mien.

Mais il y avait Bree. Mais il y avait Alec. Je fermai les yeux qui jusqu'ici, avaient suivi le petit taxi jaune qui disparut enfin dans une artère lointaine. Je serrai les dents lorsque la douleur familière posa sa griffe sur ma poitrine, me coupant le souffle, déchiquetant en une seconde, la confiance qui existait en moi depuis quelques jours. Je ne pouvais avancer plus loin. Pas immédiatement. L'obscurité m'envahissait. L'air devenu glacial, se raréfia autour de moi. Alec…

Puis sous mes paupières fermées, je les revis. Edward et Bree. Allongés l'un près de l'autre. Heureux. La vision se brouilla et je sentis alors les lèvres d'Edward effleurer les miennes tandis que ses doigts réconfortants, touchaient ma peau. Mon monde se réchauffa peu à peu sous la protection de cette sensation délicieuse.

- Un jour, peut-être que nous aurons notre chance, soupirai-je pour moi-même.

- Hum, pourquoi ai-je la triste impression que vous ne parlez pas de vous et moi ?

Je sursautai en entendant un homme répondre à ma question intérieure. Apeurée, puis gênée, en reconnaissant la haute silhouette sombre de Jacob Black à quelques mètres de moi.

- Vous m'avez fait peur !

- J'en suis désolé, mais j'étais là avant vous, simplement, vous ne m'avez pas vu et je ne peux rester caché dans l'ombre plus longtemps, vous m'en auriez voulu davantage encore.

Je remarquai alors qu'il n'était pas sur « notre » terrasse mais derrière un mur à claire-voie qui devenait muret juste avant la balustrade. Il était sur la terrasse collective de l'immeuble.

- Merci alors Jacob de m'avoir interrompue, avant que je ne dise d'autres bêtises.

- À priori, ce n'est pas une bêtise de penser ou dire « un jour peut-être que nous aurons notre chance… ». Tout le monde mérite sa chance. Même Cullen, reprit-il en esquissant une moue dubitative qui gâchait l'effet de sa phrase.

Il s'approcha alors de moi et sauta d'un geste souple et aisé - pour lui - l'obstacle qui était censé garantir mon intimité.

Je reculai à son approche. Cet homme était impressionnant. Grand, musclé, le regard sombre. Je n'avais pas réellement peur de lui, mais me retrouver seule, la nuit, avec un grand mec baraqué ne me mettait pas extrêmement à l'aise. Mon dos rencontra la balustrade et, à moins que mes super-pouvoirs ne se manifestent pour la première fois de mon existence, il était évident que ma fuite ridicule s'arrêtait là. Courageusement je relevai la tête pour croiser le regard de braise de Jacob.

- Vous sous-entendez quoi exactement ? lançai-je agressive sans trop savoir exactement pourquoi. Peut-être que la méfiance d'Edward vis à vis de cet homme était contagieuse, même s'il s'était bien comporté lorsque nous cherchions Bree.

Son regard se troubla et il sembla perdu.

- Rien de spécial… C'est juste qu'on ne s'apprécie pas trop lui et moi. Pas mal de jalousie je pense. Un excès de testostérone peut-être ? C'est ridicule !

Il haussa les épaules, avant de poursuivre avec une nuance curieuse dans la voix.

- Je ne marcherai pas sur ses plates-bandes. Malheureusement.

Je me raidis en entendant cette expression avilissante, mais il leva les bras en signe d'apaisement. Pourquoi avais-je l'impression que je n'aimerais pas ce que j'allais entendre ? J'ouvris la bouche pour protester.

- Hé ! Écoutez-moi avant de me contredire, Bella… Je peux vous appeler Bella ?

- Humpff, on verra, grognai-je.

- Je voulais juste dire que ce matin, quand vous êtes sortis de l'ascenseur tous les deux et vous vous êtes enfuis en courant dans l'escalier comme si vous aviez le diable à vos trousses… j'ai compris.

Il s'arrêta là. Brusquement. Il avait compris. D'accord. Mais compris quoi ? Moi je ne comprenais pas. Fronçant les sourcils, je tergiversai quelques instants avant de lui demander une explication. Je voulais en savoir plus mais discuter avec Jacob Black me mettait mal à l'aise.

- Que fallait-il comprendre de notre sortie précipitée ?

- J'ai vu le regard que vous échangiez. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans ce putain d'ascenseur mais tout a changé entre vous la nuit dernière. Je m'en doutais d'ailleurs, c'est pour cela que ça m'agaçait autant que ce truc tombe en panne avec vous deux à l'intérieur. Quand vous êtes sortis, quand il vous a aidé à grimper jusqu'à son frère et moi, c'était clair comme de l'eau de roche. Premièrement, j'ai compris que j'ai plus aucune chance avec vous et deuxièmement, encore plus important, j'ai acquis la certitude, à sa façon de vous… tenir, de vous « couver » presque, qu'il ne vous fera pas de mal… du moins…

Il hésita à conclure.

- Du moins ? repris-je l'incitant à terminer sa phrase.

- Du moins pas volontairement.

Cette conversation était un peu… surréaliste, mais Black n'avait pas tort, je secouai la tête. Edward et moi allions trop loin et trop vite.

Trois jours à peine que je le connaissais et déjà le portier de l'immeuble savait qu'il y avait un « truc » entre nous. Ledit portier s'adossa au muret face à moi, croisant négligemment ses bras sur son torse et il se pencha exagérément vers mon visage, comme pour scruter mon expression. Sa présence physique était impressionnante mais je n'arrivais pas à avoir peur de cet homme, même si je savais qu'il était capable de me plaquer au sol, ou de me balancer par-dessus la balustrade, en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire.

Je ne faisais pas le poids face à sa force, mais j'opposai à son examen attentif de mon visage, un regard aussi calme que possible. Il avait été franc, sincère. Lui non plus ne me connaissait pas, rien ne l'obligeait à me parler. Rien ne m'obliger à l'écouter mais c'était plus fort que moi.

- Vous avez autre chose à ajouter Monsieur Black ? demandai-je froidement.

Il voulait m'intimider ? C'était loupé ! Il éclata alors de rire en se redressant puis effleura ma joue du revers de sa main.

- Monsieur Black ? Ciel ! Edward qui me demande de l'appeler par son prénom et vous, Miss Swan, vous me donnez du Monsieur ?

Je me raidis un peu avant de réaliser que ma position était ridicule. En soupirant, je compris qu'il m'était impossible de rester longtemps fâchée avec cette montagne de muscles ambulante. Jacob avait de l'humour et j'aimais cela. Subitement les choses devinrent plus simples. Il me plaisait. Il était honnête et transparent, et surtout, ne mettait pas en danger mon affectif.

- OK. Touché. Je t'appellerai Jacob si tu dis Bella.

- Jake, je préfère s'il te plaît.

- Marché conclu ! Pourquoi me regardais-tu de si près il y a un instant ? C'est... surprenant et agaçant on ne se connait pas assez pour que tu vérifies mon maquillage ?

Ou son absence ajoutai-je en moi-même.

- Je voulais juste voir qui tu étais. Comme tu dis on ne se connaît pas, tu arrives sans crier gare chez Cullen, il t'adopte et Bree arrive dans la foulée. Jusqu'à ce matin… j'étais… comment dire…

Il cherchait ses mots et si l'éclairage de la terrasse avait été meilleur, j'aurais pu jurer que sa peau brune avait encore foncée, comme s'il avait rougi.

- Alors ? demandai-je.

Je n'allais pas le laisser se défiler. Il soupira longuement comme s'il se dégonfler. Je l'observai à mon tour avec attention. Ce serait un spectacle curieux que de voir ses pectoraux et biceps disparaître en quelques minutes. Je croisai les bras devant ma poitrine par mimétisme. J'avais l'impression d'être aussi peu impressionnante qu'une institutrice débutante en colère.

- Alors ? Ok j'avoue. J'étais un peu jaloux. Un peu intéressé par toi.

- Ah.

J'avais sûrement couiné. Et pris des couleurs à mon tour. Je ne savais pas quoi répliquer et je me détournai, préférant fixer un point vers l'horizon, subitement gênée. Edward avait raison. Il m'avait prévenue. Je ne savais que dire. Quelques longues secondes de silence assez embarrassantes passèrent avant qu'il ne reprenne la parole. Il s'était accoudé à la balustrade à côté de moi et lorsque je tournai la tête pour regarder discrètement dans sa direction, il fixait à son tour Central Park, semblant éviter mon regard autant que moi j'évitai le sien.

- Tu sais des jolies filles comme toi ici, il n'en défile pas tant que cela. Et dès qu'il y en a une, Cullen la rafle. Elles lui tournent toujours autour même après son accident. C'est très agaçant. En plus, il semblait s'en ficher. Jusqu'à ce que tu arrives.

S'il était très clair que Jake exprimait sa jalousie et un peu d'amertume, j'étais de mon côté, partagée entre la gêne, la jalousie et une sorte de fierté mal placée.

Fréquentez un concierge quelques instants et vous apprendrez beaucoup plus que vous ne le souhaiteriez sur votre entourage.

- Je… suis euh... désolée, articulai-je avec difficulté, lorsque je repris le dessus de ses déclarations perturbantes.

- Pas autant que moi, rigola-t-il, mais mon cœur brisé s'en remettra. Tu sais faire les gâteaux ?

Je ne comprenais plus rien. Quel était le rapport avec notre conversation ? S'il y avait un quelconque rapport d'ailleurs. Il dut surprendre mon regard perdu et interrogatif.

- Ben oui… mon cœur va nettement mieux quand mon estomac est satisfait. Tu pourrais rattraper le préjudice que tu m'as causé en confectionnant un ou deux gâteaux pour moi ?

Son regard plein d'espoir, en débitant son discours idiot, me fit éclater de rire, ce qui était, je pense, le but recherché.

- La cuisine est un domaine réservé à Edward cependant, je me débrouille. Je vais y réfléchir

- Super Bella. Tu es un ange.

Sans prévenir il se pencha à nouveau vers moi et planta un baiser sur ma joue. Je sursautai et reculai.

- Attention Black ! Il y a des limites à ne pas franchir si tu veux que je te nourrisse.

Je ne plaisantai qu'à moitié. Je ne le connaissais pas et ne voulais en aucun cas d'un type trop collant à proximité. J'avais quelques problèmes avec les contacts masculins. Problèmes totalement oubliés avec Edward d'ailleurs mais, ce n'était pas le moment d'y réfléchir.

- Promis, la prochaine fois je demande l'autorisation avant. C'est sérieux entre toi et Cull… Edward ? demanda-t-il soudain plus grave.

- Sérieux ? Bonne question. Pour l'instant il n'y a… rien de concret entre nous. C'est trop tôt mais s'il se passe quelque chose je t'envoie un SMS !

Il m'agaçait soudain. Il posait LA question à laquelle je ne voulais pas répondre. À laquelle je ne pouvais pas répondre.

- Désolé, encore une fois. Je te demande ça à cause de la petite. À cause d'Edward aussi. Elle est fragile et euh… Edward aussi je pense. Bon sang s'il m'entendait dire cela ! Déjà moi ça m'arrache les oreilles d'entendre ce que je dis.

Il secouait la tête d'un air incrédule, je souris, le gros nounours se tracassait pour Bree. Et pour Edward. L'espionnage agaçant que ce dernier avait ressenti de la part de Jacob n'était sûrement qu'une façon de surveiller discrètement qu'il ne risquait rien. Je préférai ne pas relever.

- Je pense à Bree aussi, ne t'inquiète pas. Je n'ai pas l'intention de la blesser. Quant à Edward, ne t'en fais pas. Il est solide. Beaucoup plus que tu ne le penses. Je ne voulais plus parler d'Edward avec lui.

- C'est ton avis Bella, mais depuis qu'il y a eu cet accident, depuis qu'il a failli perdre sa fille, tout en perdant la vue, il a dû affronter trop de choses. Et je suis certain que l'autre bonne femme à Los Angeles en a profité pour dire tout un tas de conn... de bêtises à Bree.

Je me sentis glacée en comprenant soudain ce que disait Jake. Bree avait été impliquée dans l'accident d'Edward ? Il avait failli la perdre ? J'ignorai encore tellement de choses de leurs vies. C'était notre deal dès le départ à Edward et moi : pas de questions. Ce qui m'arrangeait bien. Mais ce qui venait d'échapper à Jake me bouleversa. J'étais partagée entre ma réserve et l'envie d'en savoir plus. Edward était celui qui devrait m'apprendre tout cela. Quand il serait prêt. Je ne voudrais pas qu'il apprenne mes secrets par d'autres. Je ne voudrais pas qu'il apprenne mes secrets tout court pour être honnête.

- Ils sont deux, ils s'adorent, je suis sûre qu'ils vont surmonter leurs malentendus. Tu… connais Tanya ?

Je n'avais pas pu retenir ma curiosité. Je m'en mordis la langue tout en prêtant attention à la réponse de Jacob.

- Non je ne la connais pas. Elle avait vidé les lieux presque 3 ans avant mon arrivée ici. Elle n'est jamais revenue à l'appartement à ma connaissance. Il élevait seul la petite. Et ils étaient férocement heureux comme cela. Tanya est une garce.

Comme je l'interrogeai du regard suite à cette affirmation véhémente, il haussa à nouveau les épaules avant de poursuivre. Il n'avait pas de scrupules lui, à parler d'autrui.

- Enfin pour être honnête, j'en sais rien. Je ne l'ai jamais vue. Mais elle a abandonné la gosse pour mieux l'arracher à la famille Cullen après l'accident. Je crois même qu'elle a voulu faire un procès à Edward pour mise en danger de la vie de sa fille, mais Emmett Cullen, tu sais, le grand frère, a mis le holà à son cinéma. J'voudrais bien qu'elle revive ici la petite. Elle serait mieux. Enfin si tu es sérieuse avec Edward. Si tu ne joues pas avec eux.

Il braqua soudain son regard noir sur moi en prononçant ces derniers mots et si j'avais eu la moindre intention de « jouer » avec Edward et Bree j'aurais pris peur. Devant la sincérité de son inquiétude, je répondis sérieusement à mon tour.

- Je ne joue jamais avec le bonheur des enfants. Leur vie est trop précieuse.

Les larmes menaçaient d'affleurer sur le bord de mes yeux. Je ne pourrais pas les retenir longtemps. La première s'écoula lentement traçant son chemin sur ma joue, je savais que si je craquais, j'allais m'effondrer devant lui. Il ne me lâchait pas du regard cherchant à comprendre ce que je voulais lui cacher. Je me tus obstinément, incapable de desserrer les lèvres sous peine de tomber en morceaux en pleine nuit, sur une terrasse perdue au cœur de Manhattan, devant un quasi-inconnu. Le silence s'éternisa. Long et douloureux.

- Je vois. T'as des trucs lourds bien cachés à porter, toi. J'espère qu'Edward pourra t'aider. Et si tu as besoin d'un ami, d'une épaule sympa et solide, je peux être là, si tu le souhaites. Même sans gâteaux supplémentaires en contrepartie.

Il était mignon. Je ne l'aurais jamais cru. Je souris à travers le rideau de larmes qui troublait ma vue et sans réfléchir, je me haussai sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur la joue de l'homme sensible qui me faisait face.

- Merci, Jake.

- À ton service Bella, fit-il avec un clin d'œil, ça ira ?

- Oui ça ira.

Je disais vrai. Ça irait. J'en étais persuadée. J'aurais la force. Cet immeuble devenait un miracle pour moi. L'amitié, le défi d'avancer et une étincelle d'espoir s'y trouvait réunis.

- Ça ira, répétai-je, je vais mieux.

- Bon, je dois te laisser. Mes potes m'attendent devant ma porte depuis un moment, mais je voulais vérifier que tout allait bien partout et j'avais aussi besoin d'air. Tu verras cette terrasse est sympa. À demain Bella.

- À demain Jake.

Aussi souplement qu'il était arrivé, il passa par-dessus le muret avant de s'éloigner dans l'obscurité. Je me retrouvai seule. Il faisait de plus en plus froid. Le silence relatif de cette nuit citadine m'enveloppait mais je me sentis plus forte. Comme il y a deux jours j'avais « grandi », je n'avais plus l'impression d'être seule. Jacob Black mais surtout Edward avaient réussi à me faire prendre conscience que je pouvais être utile, que je pouvais aider.

Edward avait peut-être détecté en moi une qualité qui m'avait échappée mais il avait besoin de moi. De la même façon que j'avais besoin de savoir qu'il allait bien. Je ne savais pas bien pourquoi mais j'étais à ma place ici avec lui, avec Bree. Mes derniers doutes s'envolèrent dans la brise, alors que je quittai la terrasse pour aller dormir. Je me couchai rapidement et lorsque mes paupières s'abaissèrent dans un demi-sommeil, les mots de ma phrase fétiche du livre de Saint-Exupéry, revint défiler devant moi.

« On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux. »


Euh. Bon je sais que ca ne plaira peut-être pas à tout le monde *air craintif*

Mais un tête à tête romantique et nocturne sous le ciel New-yorkais entre Bella et Jacob pendant qu'Edward fait dodo , c'est sympa ? Ou pas ?

J'attends votre avis.

Merci à toutes de votre fidélité , en particulier à mes facebookeuses préférées

Kiss

Nic